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Langue Dagara

Ce mémoire de DEA explore la polysémie lexicale en koromfe, une langue parlée au Burkina Faso, en se concentrant sur les relations sémantiques entre les différents sens des lexies. L'étude vise à identifier les lexies polysémiques, à déterminer leurs relations et à dégager un sens invariant, tout en soulignant l'importance de la recherche sémantique pour enrichir la langue et faciliter la communication. La recherche est motivée par le manque d'études sur le koromfe d'Aribinda et vise à contribuer à la description de cette langue peu connue.

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Langue Dagara

Ce mémoire de DEA explore la polysémie lexicale en koromfe, une langue parlée au Burkina Faso, en se concentrant sur les relations sémantiques entre les différents sens des lexies. L'étude vise à identifier les lexies polysémiques, à déterminer leurs relations et à dégager un sens invariant, tout en soulignant l'importance de la recherche sémantique pour enrichir la langue et faciliter la communication. La recherche est motivée par le manque d'études sur le koromfe d'Aribinda et vise à contribuer à la description de cette langue peu connue.

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UNIVERSITE DE OUAGADOUGOU

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-
UNITE DE FORMATION ET DE RECHERCHE EN LETTRES,
ARTS ET COMMUNICATION (UFR/LAC)
-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

Département de Linguistique

Thème : La polysémie lexicale en koromfe, variante d’Aribinda

MEMOIRE DE DEA

Présenté par Sous la direction de


Inoussa GUIRE Pr. Alou KEITA
Maître de Conférences

Septembre 2011
II

DEDICACE

Ma mère Assata MAÏGA.


III

REMERCIEMENTS

Pour le présent travail, nous avons bénéficié du soutien moral, intellectuel et matériel de
plusieurs personnes. Nous saisissons l’opportunité qui nous est offerte pour leur adresser nos
sincères remerciements.
Le premier, à ce titre, est le Professeur Alou KEITA, qui a accepté, après notre maîtrise avec lui,
nous suggérer ce thème et diriger ce mémoire de D.E.A. jusqu ‘au bout, malgré nos imperfections.
Et avant cela, son amour du travail bien fait, sa personnalité, nous ont attiré très tôt vers lui.
Nous l’approchions depuis notre année de licence pour ses suggestions, conseils et
encouragements ou pour profiter de ses documents. Vous nous avez encore témoigné une affection
fraternelle particulière, une franchise exemplaire. Toute notre reconnaissance.
Nos remerciements vont également à tous les enseignants du département de linguistique qui
d’une façon ou d’une autre nous ont accordé leur attention.
Nous remercions tous nos informateurs pour leur francche collaboration, en particulier
M.Maîga Souleymane et Maïga Sadjo qui n’ont menagé aucun effort pour organiser des thé-
débats entre étudiants locuteurs natifs du koromfe à chaque fois que nous exprimions le besoin.
Nous disons également merci au Général Ali Traoré et au Dr Sanfo Marou pour leur soutien
financier.
Une mention particulière est faite à madame GUIRE/JIRO Haoua pour ses prières, sa
compréhension et son soutien quotidien et indéfectible dans toutes les circonstances.
Que tous ceux qui ont contribué à l’élaboration de ce rapport y trouvent le couronnement de leurs
efforts.
IV

SOMMAIRE
0. Partie introductive .................................................................................................................1
1. Cadre théorique .......................................................................................................................5
2 Cadre méthodologique ............................................................................................................8
2.1. Méthode de collecte de données ....................................................................................... 8
2.2. Méthode d’analyse ............................................................................................................... 11
3. Analyse des verbes polysémiques : cas de trois verbes ......................................................12
3.1. Préalables ............................................................................................................................... 12
3.1.1. Mise au point terminologique ...................................................................................12
3.1.2. Aperçu morphologique du koromfe d’Aribinda........................................................13
3.2. Dɔmnam « entendre »......................................................................................................... 19
3.2.1. Au niveau morphosyntaxique...................................................................................19
3.2.2. Au niveau sémantique ..............................................................................................22
3.2.3. Au niveau pragmatique ...........................................................................................28
3.2.4. Ce que dɔmnam ne peut pas exprimer ......................................................................29
3.3. dιam « manger » ................................................................................................................... 30
3.3.1. Au niveau morphosyntaxique...................................................................................30
3.3.2. Au niveau sémantique ...............................................................................................32
3.3.3. Au niveau pragmatique ............................................................................................36
3.4. A kɔtam « couper »............................................................................................................. 38
3.4.1. Au niveau morphosyntaxique....................................................................................38
3.4.2. Au niveau sémantique ...............................................................................................39
3.4.3. Au niveau pragmatique .............................................................................................43
4. Analyse des noms polysémiques ; cas de trois nominaux ..................................................45
4.1. A bι notion de « enfant » .................................................................................................... 45
4.1.1. Au niveau morphosyntaxique...................................................................................45
4.1.2. Au niveau sémantique ...............................................................................................48
4.1.3. Au niveau pragmatique .............................................................................................57
4.2. a bɔrɔ notion de « homme »........................................................................................... 58
4.2.1. Au niveau morphosyntaxique...................................................................................58
4.2.2. Au niveau sémantique ...............................................................................................59
4.2.3. Au niveau pragmatique .............................................................................................65
4.3. A bĩĩndε notion de « cœur » ............................................................................................ 66
4.3.1. Au niveau morphosyntaxique...................................................................................66
4.3.2. Au niveau sémantique ...............................................................................................67
4. 3.3. Au niveau pragmatique ...........................................................................................69
Conclusion ..................................................................................................................................72
Bibliographie..............................................................................................................................74
Annexes .................................................................................................................................... VII
Contextes d'utilisation des mots polysémiques ............................................................... VII
Transcription des métadiscours ......................................................................................... XVII
V

LISTE DES ABREVIATIONS ET DES SIGNES CONVENTIONNELS


Abréviations
acc. : accompli
af. : affirmatif
B.V. : base verbale
ch. : chose
dem. : démonstratif
dim. : diminutif
dét. : déterminant
h. : humain
imp. : impératif
inac. : inaccompli
inac. Hab : inaccompli habituel
inact. : inactuel
loc. : locatif
m.m. : morphème marqueur
m.n. : marqueur nominal
nég. : négatif
nh. : non humain
np. nom propre
opt. : optatif
p. : participe
pl. : pluriel
ppa. : participe passé
prog. : progressif
proh. : prohibitif
proj. : projectif
pron. : pronom
prosp. : prospectif
qlq. ch. : quelque chose
s.g. : singulier
v. : verbal

Signes conventionnels
 morphème zéro
* L’astérisque indique des constructions qui ne sont pas admises dans la langue.
0. Partie introductive
La langue est un système de signes doublement articulés. La parole en constitue la
concrétisation. C’est par la parole que les membres d’une communauté linguistique expriment
leurs idées, leurs pensées et leurs sentiments. Chaque système linguistique est particulièrement
complexe. Ce qui importe dans l’aspect identitaire d’une langue comme le koromfe, c’est la
façon dont ses locuteurs cryptent et décriptent le sens souvent polysémique, des unités
lexicales.
0.1. Contexte de l’étude : Le koromfe est une langue de type gur parlée par les Koromba qui
vivent au nord du Burkina Faso. Son aire géographique va de la partie Est de la région du Nord
notamment de la province du Lorum au centre de la province du Sahel. Il s’agit du
département d’Aribinda de la province du Soum. LEWIS M. Paul (2001) leur attribue un
chiffre de cent quatre vingt seize mille (19600) locuteurs ce qui est nettement inférieur à 2%
de la population du BURKINA FASO en cette date. On distingue de nos jours deux grandes
variantes géographiquement reparties. La variante de l’Est parlée autour d’Aribinda et la
variante de l’Ouest parlée autour de Mengao.
0.2. Problématique : Un débat sur la traduction de la lexie française « couper » en koromfe
nous a permis non seulement de remarquer que le mot « couper » a plus d’un équivalent en
koromfe d’Aribinda parmi lesquels kɔtam , mais aussi que son équivalent kɔtam lui-même était
polysémique. Le seul locuteur à qui nous avons demandé de traduire l’énoncé « Assita a coupé
la corde avec un couteau » nous a dit, après hésitation, sur dokam et kɔtam, que toutes les deux
traductions étaient bonnes. Il nous a ensuite demandé si Assita a coupé la corde
intentionnellement ou par mégarde avec le couteau. Nous nous sommes rendu compte que
même quand on est locuteur du koromfe, le choix de la bonne traduction n’est pas aisé parce
que la réalité du signifié dépend des habitudes linguistiques du groupe.
- Quelle démarche sémantique ou lexicologique adopter pour opérer un choix entre des mots
synonymiques ?
- quelles relations unissent les acceptions d’une lexie polysémique en koromfé ?
Autrement dit, y’aurait-il un sens invariant dans les polysèmes d’une lexie ? Nous savons selon
la thèse de TRACY (2001) sur le sémantisme des verbes en allemand que partir n’a aucune
traduction acceptable en soi en allemand, car fahren implique un déplacement en voiture,
fliegen en avion, gehen à pied. Ainsi le concept de déplacement sans précision du moyen n'est
pas accessible à un Allemand.
2

Pour qu’une traduction d’une langue à une autre puisse rendre compte de la réalité avec une
certaine perfection, il faut qu’elle soit fondée sur une étude tenant compte des subtilités de la
polysémie dans cette langue.
Par delà la polysémie, la difficulté de la traduction pose aussi le problème de l’arbitraire du
signe et la vision du monde : le lien entre le signifiant et le signifié est arbitraire parce qu’une
même idée ou réalité peut être représentée dans des langues diverses par des signifiants
différents. La réalité elle-même est fonction des habitudes linguistiques du groupe. Car comme
le dit DETRIE et al. (2001: 138) « Le fait est que la «réalité» est, dans une grande mesure,
inconsciemment construite à partir des habitudes linguistiques du groupe. Deux langues ne sont
jamais suffisamment semblables pour être considérées comme représentant la même réalité
[matérielle ou] sociale. Les mondes où vivent des sociétés différentes sont des mondes
distincts, pas simplement le même monde avec d'autres étiquettes».

0.3. Etat de la recherche


Seul le parler de Mengao a connu des investigations de linguistes : Le professeur autrichien
RENNISON R. John y a consacré des travaux parmi lesquels ; un dictionnaire koromfe –
français (1986), une thèse intitulée «koromfe descriptive grammar » parue en 1997, et un
dictionnaire multilingue koromfe-francais-anglais-allemand ( 2005) réactualisé en 2006 et
actuellement disponible sur Internet. On trouve également à l’université de Ouagadougou deux
mémoires de maîtrise de linguistique : le premier intitulé « Esquisse phonologique du
koromfe » a été soutenu en 1986 par Boureima OUEDRAOGO, le deuxième intitulé « les
emprunts du koromfe, variante de Mengao » a été soutenu en 2007 par Inoussa GUIRE.
Pour le parler de la région d’Aribinda, aucun ouvrage de niveau universitaire n’est connu. Un
missionnaire américain LADISH Christophe en collaboration avec la SIL a tenté de décrire le
parler de Béléhédé qui est à cheval entre les deux ci-dessus cités dans un but d’évangélisation.
Et une campagne d’alphabétisation a été entreprise en 2004 à Djibo, à Béléhédé et à Aribinda.
Beaucoup de petits manuels sont édités sous le couvert de la SIL parmi lesquels A koromfe ceu
kurgam titε ou syllabaire, a taasi. Un lexique koromfe-francais non publié est actuellement en
train d’être établi par ce missionnaire.
Une recherche en sémantique sera d’un apport essentiel non seulement pour tout travail
lexicographique, mais aussi pour toute recherche appliquée en koromfe telle l’élaboration de
terminologies spécialisées, de traductions diverses, etc. Cette situation interpelle tous les
chercheurs du domaine sémantique et sémiotique.
3

0.4. Justification de la recherche :


Le parler d’Aribinda est peu connu du milieu linguistique, il n’existe aucune étude descriptive,
même partielle le concernant. Ce qui nous motive à y travailler. Nous en avons fait une cible
pour une recherche qui concerne les unités lexicales qui ont plus d’un sens. Le phénomène de
polysémie, omniprésent dans les langues naturelles, a des spécificités sémantiques que seule
une étude approfondie peut révéler dans une langue.
L’intérêt de cette étude au plan linguistique est qu’elle permet de rechercher non les universaux
du langage, mais l’invariant dans le phénomène de polysémie conformément aux concepts et
outils techniques empruntés à la sémantique et principalement à la lexicologie. Par cette
recherche, nous pourrons contribuer à la description et à l’enrichissement de la langue koromfe,
une des richesses du patrimoine linguistique burkinabé.
La sémantique est aussi une discipline linguistique qui peut servir à la fois à la philosophie, à la
sociologie, à la médecine et aux mathématiques. Par extension nous dirons qu’une recherche
sémantique dans une communauté linguistique pourrait servir à amoindrir les
incompréhensions, à faciliter tout projet de développement ou d’intégration régionale.
0.5. Objectifs :
Notre activité s’organise autour d’un objectif global et des objectifs spécifiques opérationnels.
0.5. 1. Objectif général :
L’objectif général dans notre étude est de déterminer les caractéristiques des lexies
polysémiques en koromfe.
0.5.2. Objectifs spécifiques :

-identifier les lexies polysémiques,


-déterminer les relations entre les différents sens d’une même lexie polysémique.
-déterminer l’invariant qui se dégage des spécificités polysémiques de chaque lexie étudiée.

0.6. Hypothèse :
Nous partons de l’hypothèse qu’il y a une relation sémantique entre les différents sens de toute
lexie polysémique, notamment un noyau de sens invariable. Nous pensons que même sans
données diachroniques indiquant l’évolution sémantique des lexies, une étude basée sur l’état
actuel de la langue koromfe doit pouvoir dégager le sens canonique de chaque unité
polysémique. Cela pour infirmer la conception nominaliste de la sémantique interprétative de
RASTIER (1994:50) selon laquelle le sens lexical « n’est pas doté d’une identité à soi qui
définirait un noyau de sens invariant et primordial. Sa définition dépend des conditions
4

objectives telles que le contexte (local puis global) et la situation mais encore des conditions
subjectives qui sont celles de l’interprétation »
D’une part, la polysémie ne peut pas être organisée autour d’une acception prototypique de la
lexie, parce que la polysémie est un phénomène vivant au sens où les lexies sont
permanemment capables d’acquérir de nouveaux sens. Nous recherchons la forme constante
dans les différents sens et non l’inverse. Or, la conception prototypique de la polysémie renvoie
à un sens particulier pris comme idéal, dont la caractérisation obéit à des conditions nécessaires
et suffisantes, et auxquelles les autres sens doivent se conformer pour appartenir à la catégorie
du prototype.
Nous nous appuyons sur le sens conventionnel des unités lexicales. Si le mot n’est pas
déterminé par un schème, un « noyau » en termes de forme sémantique, alors sa polysémie
serait incontrôlable. La possibilité d’acquisition constante de nouveaux sens par la lexie ne
veut pas dire qu’elle peut désigner n’importe quoi. Il est admis généralement par les linguistes
que la polysémie s’obtient par la métaphore et la métonymie. Ce qui revient à admettre une
forme de base à partir de laquelle on obtient la prolifération des sens pour une unité lexicale
donnée. Or, postuler pour l’existence d’un sens premier ou de base implique la disponibilité de
données diachroniques sur la langue étudiée afin de pouvoir remonter à l’étymon ou à la
première attestation de cette unité lexicale. Le koromfe d’Aribinda n’en dispose pas. Ce qui
exclut cette approche.
Quant à la polysémie métaphorique, VENANT (2006:25) rappelle qu’ «On peut décider de
considérer que dans un emploi métaphorique l’unité garde son sens habituel, mais que c’est
l’énoncé dans son ensemble qui est porteur d’un sens original ». Nous ne voulons cependant
pas aller au-delà du sens conventionnel ou habituel lui-même, parce que la polysémie analysée
du point de vue métaphorique ou métonymique revient à étudier la polysémie syntaxique et non
lexicale.
0.7. Corroboration de l’hypothèse
Si nous arrivons à déduire à partir de l’étude des relations sémantiques entre les différents sens
de chaque lexie polysémique, l’archétype cognitif ou plus précisément l’invariant, nous aurions
confirmé notre hypothèse.
5

1. Cadre théorique
Le cadre théorique oriente et délimite le domaine intellectuel ou disciplinaire dans lesquel
s’inscrit la recherche. Une fois spécifié, des démarches propres doivent être adoptées pour
l’atteinte des objectifs
La sémantique est une discipline linguistique qui étudie le sens des mots en contexte et hors
contexte. C’est une composante de la linguistique descriptive qui s’occupe du signifié. Le mot
sémantique a été inventé à la fin du XIX°siècle par le linguiste français BREAL Michel. Les
phénomènes sémantiques sont divisés en deux grandes catégories, à savoir les sémantiques
lexicale et grammaticale. Les théories pour lesquelles le sens de la phrase résulte du sens de ses
mots, et où l’on tente d’associer aux mots lexicaux une représentation conceptuelle qui en
décrit le sens sont regroupées dans la première catégorie. Dans la sémantique grammaticale
sont régroupées les théories pour lesquelles le sens d’une phrase résulte des rélations entre les
mots qui la composent. On y interprète les relations sémantiques. C’est dans le cadre de l’idée
de la décomposition sémantique que s’inscrit la sémantique componentielle.
Dès les années soixante, KATZ et FODOR (1963) développent en suivant la grammaire
schomskienne, le premier modèle de l’analyse componentielle aux USA. « L’analyse
componentielle : analyse en composants (anglais components) ou marqueurs sémantiques
(hiérarchiques) ». Une autre version de l’analyse componentielle se développe en Europe avec
GREIMAS (1966), Hjelmslev (1971), POTTIER (1987), RASTIER (1987et 1994). On y parle
de figures du contenu, de traits sémantiques ou semantics features (anglais) ou sèmes. Parlant
justement de l’analyse sémique TOURATIER (2004 :42) souligne qu’ « il n’en reste pas
moins que le principe de définition qui consiste à comparer les objets étudiés en dégageant ce
qu’il peut y avoir de commun et de différent entre eux est un principe logique et
méthodologique qui n’est nullement propre à la phonologie, mais qui sous-tend toute entreprise
définitoire ou classificatrice ».
Ainsi la sémantique a connu plusieurs théories :
La théorie de la sémantique interprétative est une sémantique cognitive qui se propose une
démarche plus rigoureuse d’analyse. Pour la sémantique interprétative de RASTIER (1987), le
sens ne peut s’appréhender que dans l’interprétation du sujet qui ne peut être pris isolement.
Avec RASTIER François, la démarche interprétative se fera par paliers qui sont ; le niveau
microsémantique (sémèmes, sèmes), le niveau mésosémantique (taxèmes, classèmes,
sémantèmes) et le niveau macrosémantique. Le niveau macrosémantique est le niveau
discursif, phrastique ou énonciatif. L’opération interprétative tient compte en plus de la
6

hiérarchie de ces niveaux, de l’isotopie des éléments qui fait la cohérence de l’ensemble. Ce qui
constitue les conditions nécessaires et suffisantes qui sont à la base dans son analyse. L’isotopie
y est définie comme la récurrence d’un même sème. Le concept d’isotopie qu'il emploie vient
de GREIMAS (1966) qui insiste sur la cohérence interne du discours. C’est dans ce sens que
la théorie de la sémantique interprétative refuse toute analyse sémantique qui ne tienne pas
compte du contexte.
En 1994 RASTIER François inclut la polysémie dans l’analyse sémique où il oppose sèmes
génériques (qui caractérisent la classe sémantique) et sèmes spécifiques (qui distinguent dans la
classe les différentes unités lexicales). Mais comme le souligne RASTIER (1987:214), « pour
la sémantique dite «interprétative», la structure syntaxique est le point de départ de
l'interprétation sémantique». Ce qui constitue pour nous une limite dans la mesure où nous ne
nous intéressons qu'aux unités lexicales.
Selon DELPLANQUE (1986: 695), la théorie de la sémantique interprétative se propose de
« rendre compte de la synonymie, de la paraphrase, de l’ambiguïté, de l’antonymie et de
l’hyponymie en même temps [...] ». RASTIER (1994) dans sa conception nominaliste s’oppose
à toute idée de sens prototypique dans la polysémie lexicale. Il rejette ainsi les diverses théories
des stéréotypes, prototypes et archétypes lexicaux qui pour lui « réifient un noyau de sens
infrangible ». Cette conception nominaliste va jusqu’à considérer la polysémie lexicale comme
un artefact dû à des conceptions erronées de la sémantique. Pourtant, l’idée du sens prototypque
est à la base de la théorie sémantique du prototype de KLEIBER en 1990.
Cette théorie du prototype postule pour l’existence, pour toute unité linguistique, d’un sens de
départ ou d’un noyau de sens duquel il dérive. Ce sens prototypique est pris comme modèle ou
comme référence. Ceci conduit à une conception graduelle des catégories, qui est un concept
central dans de nombreux modèles des sciences cognitives. Il a copié ce modèle chez le
psychologue Eleanor Rosh Heider. La théorie sémantique du prototype traite aussi des
dénominations et favorise, selon BAYLON (1994), le dégroupement des polysèmes au niveau
lexicographique. Elle a connu une version standard et une version étendue. C’est la version
étendue qui prend en charge l’analyse de la polysémie. Ludwig Wittgenstein ajoute à l’analyse
prototypique la ressemblance ou air de famille.
Prototype d’origine psychologique ou stéréotype d’origine sociolinguistique, tous portent sur
des noms concrets. Ce qui constitue pour nous une limite dans la mésure où les noms abstraits y
sont écartés. VENANT (2006: 58) explique que dans cette théorie « On cherche alors à associer
à l’unité considérée un noyau de sens qui n’est pas un sens à proprement parler, mais plutôt un
7

schéma de base à partir duquel se construisent ses différents sens, y compris le sens premier et
les sens figurés ».
Cette approche s’apparente à l’analyse sémique qui part de l’idée d’un noyau sémique.
BAYLON (1994:132) souligne qu’ « elle convient mal aux mots polysémiques, dans la mesure
où un polysème regroupe sous une dénomination unique plusieurs catégories. Si, prise
séparément, chacune se laisse décrire par le modèle, prises ensemble, elles font problème quand
on n’aperçoit pas une unité catégorielle correspondant à l’unité de mot ». Il est également
reproché à cette théorie d’avoir une portée limitée et d’être une sémantique de désignation et
non de la signification.
La théorie des tropes : un trope est une figure de style qui détourne un mot ou une expression
de son sens propre pour lui donner un sens figuré. Cela rejoint l’approche prototypique vue
sous l’angle dynamique de la polysémie.
Les tropes sont un moyen de produire et d’interpréter le sens. RASTIER F. (2001) souligne
qu’ « Ils sont ainsi un des moyens de penser ensemble le sens textuel et la signification lexicale.
Ils varient sans doute selon les cultures, les langues et les traditions. Leur inventaire n’est
aucunement achevé. C’est ainsi que l’entreprise du groupe Mµ qui se charge de refonder
systématiquement la tropologie sur des critères linguistiques mériterait d’être poursuivie. Une
tropologie sémiotiquement refondée aurait certainement une grande portée anthropologique ».
DELPLANQUE (1986:691) trouve que l’identification des tropes, qu’il résume à deux
opérations essentielles ramenées à l’axe paradigmatique (hyperonymie) et à l’axe
syntagmatique (contiguïté), est théoriquement indécidable au regard des exemples qu’il a pris
en dagara, langue africaine.
Notre travail s’inscrit dans le cadre général de la sémantique cognitive dans sa partie
sémantique lexicale. LEHMANN (2005:11 ) note que la «sémantique lexicale a pour objet
l'étude du sens des unités lexicales». Nous nous intéressons plus particulièrement aux relations
de sens entre les mots polysémiques. Nous nous inspirons de la théorie des prototypes, des
théories du courant des linguistes de l’énonciation, de celles issues des travaux fondateurs
d’Emile Benveniste (Benveniste 1966 et 1974) lorsqu’ils admettent un noyau de sens en
polysémie lexicale. C’est de ce noyau que parle LEHMANN (2005 : 17) lorsqu'il dit qu' «il y a,
sous les différentes occurrences d'un mot en discours, un invariant sémantique, un noyau stable
inhérent au mot que l'on peut décrire en relation avec ses emplois et hors emploi».
JACQUET (2005: 32) rappelle dans sa thèse que « Ce noyau de sens est nommé de
différentes manières selon les auteurs : forme schématique (Culioli, 1990, pp.115 à135), figures
morphologique (Pottier, 1987), image schéma (Langacker, 1991), archétype cognitif (Desclés,
8

1985), motif (Cadiot et Visett, 2001) » dont les principaux représentants sont Oswald Ducrot
(1984) Antoine Culioli (1999) et Alain DELPLANQUE (1986). JACQUET sintéresse à tout ce
qui peut être pris comme notion représentative du sens quelque soit la dénomination que l’on
lui donne. Malgré le désaccord théorique entre ces dénominations, notre intérêt est porté sur le
lien entre les sens usuels du mot polysémique au niveau lexical.
Le sens usuel ést le sens conventionnel que tout locuteur peut donner au mot
polysémique. Dans ses travaux sur le dagara, DELPLANQUE (1986 : 698) assure que « le
mot doit donc posséder un sens, en germe ou en configuration, et ce préalablement à toute
énonciation ». Chaque langue offrant son propre système lexico- grammatical pour réaliser ces
opérations fondamentales, nous nous en tenons dans cette vision à tout ce qui permet
d’identifier la variation de sens des unités lexicales polysémiques et de ce qui les lie. Il s’agit de
la prise en compte du contetxte culturel, parfois grammatical ou géographique. Nous
abandonnons volontier la sémantique componentielle et partant, celle interprétative au regard
du fait que notre analyse n’est pas systématiquement sémique ; notre métadiscours n’est pas
une définition en sèmes (spécifiques/génériques, aférents/inhérents), mais une donnée orale
produite par les locuteurs. Nous qualifions de métadiscours, les explications et définitions que les
locuteurs donnent des lexies de leur langue, conformément à DUBOIS (2001: 301) qui dit que
« Ainsi, tout discours sur la langue est un métadiscours ». Le français reste la métalangue. Le sens
des lexies sera donc étudié en fonction des équivalents qu’elles peuvent avoir en français.

2 Cadre méthodologique
Le balisage du cadre méthodologique constitue un volet essentiel dans la compréhension des
résultats d’un travail de recherche. Il sera ici question de la méthode de collecte et de l’analyse
des données sémantiques. Par cadre méthodologique, nous entendons les méthodologies de
recherche et d’analyse utilisées ainsi que les difficultés rencontrées dans leur mise en œuvre.

2.1. Méthode de collecte de données


Lorsqu’on décide de travailler sur la polysémie en français ou en anglais, l’on dispose d’une
base de données textuelle. Pour le français par exemple, il existe des dictionnaires de langue
française qui donnent pour chaque lexie suffisamment d’informations sur l’étymologie et les
différentes acceptions.

Par contre, pour une langue comme le koromfe d’Aribinda où il n’existe aucune base
textuelle voire lexicographique, l’identification de lexies polysémiques constitue en elle-même
9

un travail empirique et fastidieux. Il est très difficile pour un informateur de faire ressortir en
un entretien les différentes acceptions d’un mot polysémique dans leurs contextes.

Au niveau de la démarche méthodologique, nous avons établi un questionnaire sous


forme de fiches d’enquête qui nous a servi pour la collecte des données de l’échantillonnage.
Une enquête préliminaire auprès de quelques informateurs nous avait permis de comprendre
qu’il leur est difficile de fournir des lexies polysémiques sur le champ ; il faut leur donner un
temps de réflexion. Une fois sur le terrain, nous avons soumis le questionnaire aux élèves de la
classe de cinquième et de terminale du Lycée départemental d’Aribinda et à des animateurs de
centres d’alphabétisations identifiés à Aribinda tout en leur accordant pour cela trois jours (du
vendredi 17 octobre 2008 au lundi 20 octobre 2008). Ce qui correspond à la technique dite auto
administrée de la méthode quantitative de collecte de données. Mais les résultats n’étaient pas
aussi satisfaisants. C’est finalement à partir de la méthode qualitative, notamment la technique
d’entretiens semi-directifs des locuteurs koromfe rencontrés à Ouagadougou que nous avons pu
constituer un corpus d’énoncés paraphrastiques. Ces énoncés font ressortir les contextes
d’occurrence des lexies polysémiques. Il s’agit essentiellement des acceptions des six (6) lexies
polysémiques dont trois verbes et trois noms et leurs contextes d’utilisation, et aussi des
habitudes socio-culturelles des Koromba d’Aribinda. LEHMANN (2005: 72) soulignait déjà
que pour le phénomène de polysémie, «toutes les catégories syntaxiques sont concernées:
noms, verbes, adjectifs, adverbes, prépositions, conjonctions, pronoms, etc.». Nous nous
sommes limité dans ce panorama aux noms et aux verbes et en avons retenu trois (3) pour
chaque catégorie. Pour les noms, nous avons retenu deux noms ordinaires et un primitif lexical.
Pour les verbes, nous avons retenu deux verbes d'actions, kotam «couper» et diam «manger»,
un verbe de perception dɔmnam «entendre» qui peut être consideré comme un primitif
sémantique (noème). Selon LEHMANN (2005 : 28), les primitifs sémantiques ou noèmes sont
des unités ou entités du domaine cognitif comme penser, dire, quelqu'un, négation, être,
personne, chose. Ils sont difficiles à analyser pour des raisons d'ordre philosophique ou lexical
(il n'existe pas d'unités polysémiques plus pauvres) et souvent rebelles à la définition par
inclusion. Ce verbe a aussi été analysé par FRANCKEL (1990).

Notre informateur principal est né en 1984 à Aribinda et y a fait ses études primaires. Il
est actuellement à Ouagadougou dans le cadre de ses études universitaires en psychologie.

Quant à la collecte des métadiscours, c’est surtout à partir des veillées-débats autour du
thé, organisées souvent en fin de semaine chez Maïga Sadou étudiant doctorant en Math, que
10

nous les avons recueillis. Seuls les locuteurs Koromba ressortissants d’Aribinda y étaient
conviés. Lorsque nous étions tous limités sur un point, nous nous informions dans d’autres
familles de Koromba, particulièrement chez le vieux centenaire MAÏGA Balma (décédé en
2010). Le choix des étudiants comme informateurs est dû au fait qu’ils acceptent évoquer
toutes les notions abordées, qu’elles soient liées au sexe ou aux origines (clan des esclaves) des
familles.

La principale difficulté rencontrée lors de nos enquêtes réside dans le fait qu’aucun des
locuteurs rencontrés n’avait auparavant essayé de définir un mot koromfe dans sa langue. Pour
les non lettrés, la tâche était plus laborieuse parce que ceux-là avaient l’habitude de recourir
directement au référent. L’on nous a déjà dit que si nous ne connaissions pas ce que c’est que
bĩĩndε « cœur », il suffisait d’aller à la boucherie, nous aurons l’occasion d’en voir.

Ce type de définition qui consiste à désigner directement le référent correspond en lexicologie


à la définition encyclopédique qui a recours à l’image du référent. KEITA (1990: 9) qualifie
« les définitions obtenues par ce procédé de désignatives ».

Notre objectif étant de saisir la compréhension des locuteurs, l’interprétation qu’ils


donnent aux lexies, nous inscrivons la démarche dans une perspective qualitative qui est celle
qui permet non de mesurer, comme le décrit HIRTZLIN (2005: 2), mais « de comprendre les
logiques cognitives de l'expérience des individus, des interprétations qu'ils en font ».

Les énoncés ont été transcrits et traduits. Pour cette transcription, nous avons suivi les
principes d’une notation phonétique large cités dans BOUQUIAUX (1987: 34) qui consiste à
noter les faits pertinents et les faits de réalisation. Pour la traduction intralinéaire, nous avons
respecté les principes de traduction des langues orales de BOUQUIAUX (1987: 133). Il y
mentionne qu’« il s’agit en effet de présenter, au niveau du mot à mot, le découpage
grammatical de la phrase. Un certain nombre de morphèmes-clés sont désignés par leur
appartenance catégorielle ou sérielle. Ainsi, au lieu de « il viendra (peut être) », on indique : //
il / venir + inaccompli / futur // […] ». Ensuite nous avons donné la traduction juxtalinéaire.
Mais celle-ci n’est pas toujours intelligible en français. Ainsi nous avons de temps en temps
ajouté la traduction intelligible lorsqu’elle permet de mieux saisir le sens.
11

2.2. Méthode d’analyse

L’analyse consiste d’abord à rechercher la variation de sens de chaque lexie. Ce qui


consiste pour les verbes à varier la nature du sujet et l’objet en humain et en non humain,
concret ou abstrait, réel ou irréel. Nous avons essayé de voir la compatibilité du prédicat avec
les différents aspects dans leur validation (affirmation/négation).

Pour les noms, c’est surtout dans la dérivation, la composition et dans les syntagmes de
détermination que la polysémie a été recherchée.

Certains sens ne peuvent être compris que par la prise en compte de l’expérience
physico-culturelle du milieu koromfe. Cette expérience permet de dépeindre la valorisation
sociale de la lexie polysémique ; il s’agit de dire si l’action ou l’état est bon ou mauvais,
bénéfique, maléfique ou indifférent en fonction des normes sociales propres aux Koromba. Ce
codage culturel permet d’enrichir la connaissance des facteurs extralinguistiques, afin de mieux
comprendre le codage linguistique des mots chargés de connotations, par-delà les artifices du
langage.

Enfin, dans le cadre de la recherche des invariants, nous avons recherché la nature type et la
fonction type dans la polysémie des nominaux et dans celle des verbaux.
12

3. Analyse des verbes polysémiques : cas de trois verbes


Les arguments du verbe koromfe, c’est-à-dire le sujet et l’objet, sont d’une grande importance
dans la recherche des relations entre les sens d’un verbe polysémique en koromfe. Cette section
abordera d’abord les préalables et ensuite, nous nous intéresserons aux trois verbes retenus pour

l’analyse qui sont ; dɔmnam « percevoir », dιam « manger» et kɔtam «couper ».

3.1. Préalables
Le domaine de la sémantique est très vaste et contient une multitude de termes utilisés pour
décrire les différentes unités de sens. Parfois, le même signifié est nommé par différents
signifiants au regard des petites nuances de compréhension ou de vision d’écoles. Aussi,
comme précédemment indiqué, le koromfe d’Aribinda n’a pas encore été décrit. Il implique
donc, pour faciliter le discernement des termes que nous utilisons, et surtout pour la
compréhension de la structure dess énoncés du Koromfe variante d’Aribinda, de donner des
préalables constitués d’explications de quelques termes utilisés et d’un aperçu de la
morphologie de la langue.

3.1.1. Mise au point terminologique

Le terme « lexie » que nous utilisons tout au long de notre travail est lui-même polysémique. Il
n’est pas à confondre avec le terme « lexis ». Selon PECHON D. et al. (1992 :582), « une lexie
(du grec mot) désigne en linguistique une unité du lexique pouvant être un mot ou une
expression. Tandis qu’une lexis (grec logique) désigne un énoncé considéré indépendamment
de la vérité ou de la fausseté de son contenu sémantique ».

Selon DUBOIS et al. (200 : 282), « La lexie est l’unité fonctionnelle significative du
discours contrairement au lexème, unité abstraite appartenant à la langue »

Nous avons retenu le terme lexie dans l’entendement de DUBOIS et al. parce que nous
traitons des unités lexicales. Et c’est d’ailleurs cette dénomination qui est retenue dans le
domaine de la lexicologie comme l’affirme RENATA (2002:140), « L’objet d’étude de la
lexicologie est la lexie, car seule cette dernière peu être définie.»
13

Polysémie

Selon VENANT (2006: 23), « Le terme de polysémie a été introduit par Bréal (1897). Il le définit
comme « le phénomène diachronique qui consiste dans l’addition d’acceptations nouvelles au sens
fondamental », une particularité de ces « sens nouveaux » étant de coexister avec l’ancien. Il
propose d’appeler ce phénomène de multiplication la polysémie. C’est donc le caractère
diachronique de la polysémie qui a d’abord servi à définir et qui est encore souvent utilisé pour
distinguer l’homonymie de la polysémie ». TOURATIER (2004:17) simplifie l’explication en
affirmant que la polysémie est la « faculté qu’a un mot de porter des significations variées ».

Par polysémie, nous entendons nous limiter simplement à la définition donnée par
TOURATIER (2004) sans référence à l’évolution diachronique. Sans nous appliquer forcément
à toutes les possibilités qu’il donne, le terme polysémie lexicale que nous employons est
orienté exclusivement vers la définition selon KLEIBER (1999 : 55). Il indique que l’ « on peut
définir la polysémie lexicale par deux caractéristiques (i) une pluralité de sens liée à une seule
forme, (ii) des sens qui ne paraissent pas totalement disjoints, mais se trouvent unis par tel ou
tel rapport ».

3.1.2. Aperçu morphologique du koromfe d’Aribinda


Les deux grandes variantes du koromfe diffèrent au niveau du lexique à cause
vraisemblablement du phénomène d’emprunt de mots issus principalement du moore et du
fulfulde, mais aussi au niveau morphophonologique.

3.1.2.1. Le système vocalique koromfe


Au niveau phonologique, les voyelles d’une lexie koromfe sont toutes soit tendues soit lâches
et ce, en fonction de la base lexicale du mot ; c’est-à-dire que chaque lexie a ses voyelles
préétablies (tendues ou lâches). Il ne doit donc pas être étonnant de voir dans nos exemples que
ε s’alterne avec e ou que ι s’alterne avec sa correspondante i sans changement de sens.

Le système vocalique de base du koromfe de Mengao est le suivant selon Rennison (1997:
396).
antérieur central postérieur
haut ι υ
Moyen ε (ə)
ɔ
bas a
14

Mais le système complet comporte toutes les voyelles de ce tableau et leurs correspondantes -
ATR courtes et longues.

3.1.2.2.Les modalités énonciatives


Le koromfe offre au locuteur la possibilité d’énoncer son message comme affirmation,
négation (sémantiquement appelé validation), assertion, question, ou injonction.

La marque de négation est ba et se place entre le sujet syntaxique et le verbe. Son absence
correspond à l’assertion.

Moussa ba dɔmn -ε « Moussa n’a pas entendu. »


Moussa /nég. / percevoir ind. acc.
Il arrive que ce morphème du négatif ba s’amalgame aux pronoms personnels sujets mυ « je »
dι «il » ba « ils » qui sont de forme CV pour donner les formes CVV. Ainsi on aura les formes
négatives maa « je ne ..pas» daa «il ne ..pas » baa « ils ne ..pas ».

Exemple :

dι ba dɔmn -ε « il n’a pas entendu »


il /nég. / percevoir ind. acc.

Da -a dɔmn -ε « il n’a pas entendu »


il /nég. / percevoir ind. acc.
Au niveau de l’impératif à toues les personnes, la négation s’exprime par le morphème
prohibitif « ka », placé en tête de phrase.

Exemple :

Ka n dɔma-  « N’écoute pas.»


prohibitif /tu / percevoir- impératif

La marque de l’affirmation est un morphème discontinu ε …la. Elle est suffixée au


morphème marqueur verbal.

Exemple :

Dι dɔmnεε la a duka « Il a entendu du bruit»


il hum. / percevoir acc./ det / bruit
15

Morphologiquement nous distinguons ε …la comme des particules dicto-modales constituées


de ε et de la. La particule ε en se suffixant à la marque de l’accompli provoque une longueur
vocalique –εε. Cette forme est caractéristique du koromfe d’Aribinda. La première particule ε
est omise à l’inaccompli.

Cette section a l’avantage de faciliter la compréhension de l’interprétation des différents


marqueurs syntaxiques, de la traduction intralinéaire et partant, de l'analyse de la polysémie à
partir des unités lexicales retenues pour cela dans les sections suivantes.
Pour toute lexie koromfe, tout comme dans la plupart des langues africaines et
conformément à la terminologie de HOUIS (1980), le substantif est formé d’ « une base
lexicale et d’un morphème marqueur ». La sélection de ce morphème marqueur dépend de la
base qui peut être nominale, verbale ou verbo-nominale.

Exemple 1 gaga « couteau » est formé de la façon suivante

gag- : base lexicale nominale

- a : morphème marqueur nominal (du singulier)


Exemple 2a : dɔmnε « a entendu » est formé de :

dɔmn- : base lexicale verbale

-ε : marque de l’accompli, morphème marqueur verbal

2b : doke « couper » est formé de :

Dok- : base lexicale verbale

-e : marque de l’accompli, morphème marqueur verbal

Nous considérons ce suffixe –am comme la marque de l’infinitif. L’infinitif selon DUBOIS
(2001: 246) « est une forme nominale du verbe qui exprime l’état ou l’action, mais sans porter
des marques de nombre et de personne. Il peut assumer dans la phrase toutes les fonctions du
nom ».

Nous reconnaissons la base verbale par son aptitude à s’associer à la marque de l’aspect.
Laquelle base peut être simple, dérivée ou composée ; Par base simple nous percevons une
base réduite à l’unité lexicale minimale ou lexème qui la compose. Et une base dérivée est une
base comportant un lexème et un dérivatif. La base composée serait une base comportant plus
d’un lexème. Toute base se reconnaît à partir de l’identification du morphème marqueur.
16

3.1.2.3. Le morphème marqueur


Le morphème marqueur peut être nominal ou verbal et s’associe à la base lexicale
pour former le constituant syntaxique. CREISSELS (1979 : 76) explique que le morphème
marqueur désigne « les morphèmes dont les variations paradigmatiques
caractérisent un type donné de constituant syntaxique, c’est-à-dire des morphèmes dont les
variations définissent le constituant de manière intrinsèque et ne sont pas liées à des
modifications de son statut dans l’énoncé». Ainsi on a selon le morphème marqueur, des
constituants syntaxiques nominaux et des constituants syntaxiques verbaux.

Les marqueurs nominaux et les marqueurs verbaux du koromfe sont tous des suffixes.

3.1.2.4. Les constituants syntaxiques nominaux


La variation singulier/pluriel des nominaux est repartie par série systématique de classes.
Selon CREISSELS (1979: 179) « il y a classification nominale lorsque les constituants
nominaux présentent des marques grammaticales formellement différenciées, cette
différenciation satisfaisant aux deux conditions suivantes :

a. on la retrouve au niveau du choix des pronoms et/ou de phénomènes d’accord,


b. elle n’est pas liée […] à des différences dans les modalités de spécification, et
met au contraire en jeu, au moins dans une partie des cas, la nature de la notion
signifiée par le nom ».
Exemple :

gaga « couteau » classe de a/nι

gagnι « couteaux »

a bi «l’enfant » classe de i/u

a bu « les enfants »

Les constituants syntaxiques nominaux peuvent occuper les fonctions de sujet, d’objet

et de circonstant. Le sujet est souvent défini au plan sémantique comme « l’élément qui

commande l’action du verbe » ou « celui qui fait l’action ». Au niveau syntaxique

CREISSELS (1979: 67) définit le sujet comme «le terme de l’énoncé dont la présence

nécessaire constitue la grammaticalisation de la relation du prédicat à un de ses arguments ».


17

Le sujet peut être un pronom, c’est-à-dire un terme qui remplace le nom. Les pronoms

personnels du koromfe d’Aribinda sont :

[mυ]: a pour référent celui ou celle qui parle. Ce pronom permet au locuteur koromfe
d’exprimer ses émotions, ses états d’âme et intentions. Sa forme pleine est [mυkϽ] Son autre
forme est [m].
[n~ŋ~m] a pour référent celui ou celle à qui on parle. Il permet de s’adresser à l’interlocuteur

et de susciter une réaction de sa part. Sa forme pleine est [ ŋkɔ]


[də] a pour référent celui ou celle de qui on parle. Sa particularité est qu’il s’adresse

uniquement à un humain dans la langue. Ses autres formes sont [dι] [dəkɔ]. Il fait partie des
trois pronoms délocutifs singuliers assumant les fonctions référentielles. Les deux autres étant
ga et gυ.
[gυ] a pour référent ce de quoi on parle. Ce référent est normalement non humain Sa forme

pleine est [gυkɔ].


[ga] a pour référent celui, celle de qui ou ce de quoi on parle au regard de sa petitesse d’âge, de

taille ou de sa force. Sa forme pleine est [gakɔ].


[υ] a pour référent ceux ou celles qui parlent. Ce pronom personnel inclut non seulement
celui qui parle, mais aussi celui de qui l’on parle. Sa forme pleine est [h ] . Il assume avec [mυ]
la fonction expressive.
[na] a pour référent ceux ou celles à qui l’on parle. Il assume la fonction conative tout comme
le pronom personnel /N/. Ils incluent non seulement celui à qui l’on parle, mais aussi celui de

qui l’on parle. Sa forme pleine est [nakɔ].


[ba] a pour référent ceux ou celles de qui on parle. Il est naturellement le pluriel de « dә ». Sa

forme pleine est [bakɔ].


[ι] a pour référent ceux ou celles de qui l’on parle et qui sont non humains. Ses autres formes

sont [ h ],[ ιkɔ].


En fonction de sujet, ils se placent en début d’énoncé, juste avant les constituants syntaxiques
verbaux ;

En fonction d’objet, ils sont placés après les constituants syntaxiques verbaux ;

En fonction de circonstant, ils sont placés en fin d’énoncé. Seuls les circonstants à valeur
temporelle et à valeur locative sont aptes à être déplacés en début d’énoncé.
18

Selon HOUIS (1977 : 29) «Les couples de nominatifs correspondent à une


corrélation de nombre au sens large. […] Une classe regroupe les noms qui ont même
nominatif ». L’expression «morphème marqueur nominal » que nous utilisons est de
CREISSELS (1979) tandis que HOUIS utilise le terme « nominatif ». De même, Houis appelle
« genre » ce que beaucoup de linguistes nomment « suffixes de classes »

3.1.2.5. Les constituants syntaxiques verbaux


Les morphèmes marqueurs verbaux sont aussi appelés prédicatifs verbaux et relèvent du
système de conjugaison. Les constituants syntaxiques verbaux sont constitués d’une base
verbale et d’un morphème marqueur verbal ou prédicatif verbal. En koromfe, il y a une
distinction nette entre les prédicatifs verbaux à aspect accompli (-ε) et les prédicatifs verbaux à
aspect inaccompli (-(r) a  -(r) i  -(r) u). Au niveau de l’inaccompli, il y a l’impératif et
l’inaccompli projectif (futur). L’impératif peut être considéré comme la forme de base ou la
forme non marquée du verbe. C’est aussi la forme narrative du verbe koromfe. Ses marqueurs
sont -iι , -uυ. Quant à l’inaccompli projectif, il représente une action non encore réalisée. Le
suffixe attaché au radical du verbe est allomorphique selon l’environnement/-rala/.
Exemple 3 :

dokam « couper »

Ali dι-rι a fε « Ali mange du tô»


Ali / manger inac. /dét. /tô
Ali d-ε a fε « Ali a mangé du tô»
Ali / manger acc. /dét. /tô

Au niveau nominal tout comme au niveau verbal, l'étude de la polysémie se fera par une
analyse morphologique des unités lexicales polysémiques. Nous nous tournons d'abord vers les
verbes, parce que comme le dit JACQUET (2005 : 36), la polysémie verbale «semble plus
complexe par bien des aspects que la polysémie nominale ou adjecitivale.»
19

3.2. Dɔmnam « entendre »


Lorsqu’un Koromdo entend la phonie [dɔmnam], la première compréhension qui lui vient à
l’esprit, indépandamment de ses arguments, est « entendre » ou « écouter ». Mais seule
l’analyse de sa morphologie permet de se convaincre de son statut de verbe.

3.2.1. Au niveau morphosyntaxique


Dɔmnam est formé d’une base verbale dɔmn et d’un suffixe nominal -am.
Ce constituant syntaxique verbal, contrairement à d’autres comme à wε « être » ou gooten
« ne pas être », est apte à s’associer avec les morphèmes de l’accompli et de l’inaccompli. Il a
aussi une forme non marquée dɔma. Il peut dans certains contextes sémantiques avoir une
restriction aspectuelle. Lorsqu’il a par exemple le sens de « apprendre une nouvelle », il ne peut
être qu’à l’accompli.
Hal dι baa dυg- εε a bũnei kala n dɔm - a ce ba kɔ -ε dι
//si / il h./ nég./ laisser acc./det/ vole / alors / tu / entendre fnm. / que / ils h./ venir acc./il h.//
« S’il ne cesse pas de voler, tu apprendras certes qu’on l’a tué.»

3.2.1 .1. Les paradigmes


Le mot dɔmnam ne semble pas avoir une origine étrangère. L'on ne connaît aucune langue qui
pourrait en être la langue d'origine. Il n'existe pas aussi de sources écrites anciennes permettant
de déterminer la catégorie à laquelle il appartenait et l'évolution possible qu'il a dû subir jusqu'à
la forme actuelle. Il est donc impossible de parler de sa forme originelle et encore moins de sa
datation.
Au niveau de la variation, plus l'on vient vers Béléhédé, localité située à cheval entre les deux
variantes géographiques, plus l'on rencontre quelques personnes qui prononcent dɔmanam.
L'on retient qu'à Aribinda même, le terme tι hetina est beaucoup employé pour signifier
«écouter». Mais ce syntagme n'est pas d'origine koromfe. il est formé de tι qui signifie en
koromfe «mettre» à l’impératif et de hetina qui signifie en fulfulde «écouter».
Dans la variante koromfe de Mengao, la lexie dɔmnam est employée , mais avec une variation
morphologique; la nasale vélaire n devient une occlusive vélaire sonore d. On y entend donc
dɔmandam.
20

3.2.1.2. Les caractéristiques morphosyntaxiques de dɔmnam


La lexie dɔmnam varie en aspect accompli et inaccompli. Ce qui permet de dire que c'est un
verbe.
Exemple :
mυ dɔman « j'entends» (Aspect inaccompli)
//je / percevoir+ inac.//
mυ dɔmnε « j'ai entendu» (Aspect accompli)
// je /percevoir acc.//
Morphologiquement, on obtient généralement le radical du verbe koromfe en supprimant le
suffixe nominal –am. L'on suffixe à ce radical les morphèmes de l'accompli et de l'inaccompli
qui sont tous des voyelles pour la variation aspectuelle. On obtient en finale des syllabes de
type CV.
Exemples:
mυ gɔm -υ a lemb -i « je chasse les oiseaux» (Aspect inaccompli)
//je / chasse+ inac./dét./oiseau pl.//
mυ p m -υ a b -ι « je frappe un enfant» (Aspect inaccompli)
//je / chasse+ inac./dét./enfant sg.//
mυ dιr -ι « je mange» (Aspect inaccompli)
//je / mange+ inac.//

Mais la morphologie de dɔmnam à l'inaccompli est complexe1. Le morphème de l'inaccompli


qui est une voyelle antérieure d'aperture maximale [a] ne se suffixe pas au radical. Il s'infixe
entre la nasale bilabiale et la nasale vélaire. Il en résulte en finale une syllabe de type CVC
Exemple:

mυ dɔman « j’entends» (Aspect inaccompli)


//je / percevoir+ inac.//

3.2.1.2.1. La dérivation
La base lexicale de dɔmnam qui est dɔmn- est une base verbo-nominale. Elle est pour ainsi
dire, apte à s’associer aux nominatifs instrumentaux ( -ga, -gυ, -hι), au morphème locatif (-fa),
et aux morphèmes agentifs ( -o, -ba).
Le suffixe instrumental (-gυ) sert à former des noms d'objets et de choses au singulier à partir
des verbes. On utilise (-hι) pour les noms au pluriel et (-ga) pour le diminutif. Ga,et gυ sont en
fait des pronoms délocutifs singuliers non humains. Ils font leur pluriel en hi et en hι.
Exemples :

1
A ne pas confondre dɔm issu de dɔmam "battre" conjugué à l'inaccompli injonctif (impératif) et de dɔmɑ issu de
dɔmnam "percevoir" conjugué aussi à l'inaccompli injonctif (impératif).
21

- A dɔman-gυ dι tυŋn -ε dι raɨo- nι


// dét./ percevoir-il / il(hum)/ brancher acc./il(hum) /radio sg./ loc//
« il a branché un écouteur à sa radio»

Dɔmangυ «écouteur» occupe ici la fonction syntaxique de complément d'objet direct du verbe
tυ ŋnam «brancher».

- Almisi llε a kabaa -ya dɔmn-ɔ


//Almisi / est / dét. / nouvelle sg./ percepteur(hum)
«Almissi est celui qui entend (ou écoute) les nouvelles.»

Dɔmnɔ «celui qui entend» ou «celui qui écoute» est identifié syntaxiquement comme un
adjectif qualificatif attribut du sujet Almissi. Il peut figurer dans un syntagme déterminatif où il
est le déterminé. C'est le cas de l'exemple suivant :

A mυsfε dɔmn-ɔ bεn -ε «Le locuteur (non natif) du moore est venu.»
//det / moore / entendre ag./ venir ac.//
Les suffixes agentifs singuliers [-o ~ -ɔ] ne sont pas des pronoms. Mais leur pluriel [ba]
correspond au pronom délocutif humain pluriel (ba).
Quant au suffixe [-fa] il sert à former à partir des verbes un adverbe de lieu de l'action du verbe
à partir duquel il est formé. Exemple:

A kabaa-ya kɔ dɔman - fa da llε a ya -ga nι


// dét./ nouvelle pl./ insist./ percevoir loc./ / est / dét./ marché sg./ loc.//
« Le lieu pour entendre (ou écouter) des nouvelles est bien le marché.»

Dɔmnam se dérive donc comme suit:

dɔman-ga « petit objet servant à entendre»


dɔman dɔmangυ « objet pour entendre»
dɔmanh « objets pour entendre»
dɔmno « celui qui perçoit »
dɔmanba « ceux qui perçoivent »
dɔmanfa « par où l’on perçoit »

Ainsi dérivé, dɔmnam est apte à jouer le rôle de constituant syntaxique nominal en
assumant la fonction de sujet, d’objet (complément) ou de circonstant.
22

3.2.2. Au niveau sémantique


La nature de dɔmnam consiste à dire ce qu'est cette lexie dɔmnam. Pour un sujet humain,

dɔmnam peut avoir plusieurs natures en fonction de l'organe utilisé:


Soient les exemples suivants.
A kilaŋgam dι dɔmn -ε la pa - dι sιr -ι
//dét. / crier inf / il hum. / percevoir acc / af./ donner acc. / il hum./ sortir inac. //
« Il a entendu un cri voilà pourquoi il est sorti.»

Dι bol-e-e ce a lɔɔ-rε kũŋga dι dɔm -an


//il h./ dire acc./ que / dét. / voiture sg. / bruit / il hum. / percevoir acc. //
« Il a dit qu'il a entend le bruit d'une voiture.»
Au regard de ces exemples, l'on peut retenir que l'organe de perception impliqué est
celui de l’ouie et que par conséquent il y a «perception» de bruit par l'agent. La nature de
dɔmnam correspond à la définition donnée à cet effet par les locuteurs :

- kυr fυ hɔ--tυ n dιn -na nι ce a duka la bag -rι


//lorsque/ on / savoir inac./tu / oreille pl. / loc. /que/ dét./ bruit/ af. / produire inac. //
« Lorsqu’on sait dans ses oreilles qu’il y a du bruit.»

Autrement dit, dɔmnam c'est lorsqu'un bruit atteind notre organe de l'ouie. Dɔmnam suppose
que la cause du bruit ou de l’entendu est extérieur. Sans l’entendu, il n’y a pas d’entendement.
Si en français on ne peut pas décider d’entendre (mais d'écouter), en koromfe on peut décider

de dɔmnam « percevoir ». Ce qui devient l’écoute. Il arrive que l'on ne décide pas de dɔmnam
« percevoir », mais entendre quand même. Dans ce cas il y a absence de visée, tout dépend de
la capacité des organes de l’ouie et de la distance physique ou mentale qui les sépare de
l’entendu. Pour spécifier qu’il y a visée, le koromfe recourt à un emprunt qui est ti hetina
« écouter » sur lequel nous reviendrons plus loin.

La fonction de dɔmnam est de permettre au sujet humain ou sujet entendant de percevoir et


d'identifier un son dans un environnement donné.
L'agent est en même temps la cible et il n' y a pas de modification de la cible au terme du

procès. Pour un procès comme celui de dɔmnam , la nature est difficilement séparable de la
fonction.
L'on peut avoir comme organe de perception l'oreille, mais avec une autre fonction qui

est celle de comprendre. La nature de dɔmnam en ce moment est de percevoir un message pour
23

l'analyser. L'objet de la perception est le contenu du perçu. La fonction devient la


compréhension du message émis dans un code linguistique commun à l'émetteur et au
destinateur.
Exemple:
Mυ t -ε hettina la mυ ba dɔmn -ε ŋ woiga bi
// Je/ mettre acc. / mais / je / nég. / percevoir acc / tu / parole / fils//
« J’ai écouté mais je n’ai pas compris ce que tu as dit.»
Contexte d’énonciation :
Cette phrase est une reponse à quelque'un à qui est destiné le message suivant:
A dυ -frε ba dυg- ra an hι - fυ dɔba də pa an tu -fu sεεndε
// det/ Dieu / nég./ laisser inac./celui/ arrêter inac./ ciel / il h. /donner nm./celui/ asseoir inac./ terre //
« Dieu ne laisse pas celui qui est débout pour donner à celui qui est assis »
Il sagit d'un sens caché. Le contenu intelligible est glosé comme suit : «aide-toi et le ciel
t'aidera». Il n'est pas étonnant que le destinateur du message reponde en disant « J’ai écouté

mais je n’ai pas «dɔmnε» compris ce qu’il a dit ».

Avec la langue de communication comme objet, dɔmnam a le sens de «parler une langue X».
Exemple:

Wagadυgυ Koromba dɔma -n -ø a mυsfε


//Ouagadougou / fulcé pl. / percevoir ind. inac. / dét. /moore//
« Les Koromba de Ouagadougou comprennent le moore.»

En koromfe, lorsque l'on est capable de communiquer dans une langue L2, on dit que

l'on dɔman «perçoit» cette langue. La particularité est que le procès n'est jamais à l'accompli
car l'on comprend une langue une fois pour toute. Le processus étant acquis définitivement, ou

du moins, pour une longue période. Dire par exemple [mυ dɔmnε a mυsfε ] «j'ai compris le
moore» n'a pas de sens. Il n'y a pas apparemment de différence entre comprendre et parler. En
français l'on peut comprendre sans pour autant pouvoir parler une langue. En koromfe, dire

que quelqu'un [dɔman ] une langue, c'est dire non seulement qu'il comprend la langue, mais
qu'il la parle aussi, à moins que l’on ajoute explicitement qu’il ne la parle pas. Le métadiscours

suivant donne dans ce sens une définition claire de dɔmnam.

- kυr fυ dει n yoro ba dυ m digre wɔiga nι


//lorsque/ on / pouvoir inac/tu / repondre / ils h../ un / ethnie / parole/ loc. //
« C’est pouvoir répondre dans une langue d’une autre ethnie.»
24

Avec la langue comme organe de perception, dɔmnam prend une autre nature, celle de
goûter qui consiste selon REY (1998: 597), à «consommer une petite quantité pour évaluer la
saveur (d'une chose)». Nous dirons que c'est mettre un objet en contact avec la langue pour
identifier son goût.
Exemples:
Dι bol -e ce dι ba dɔmn -ε a somei m bond -o heŋ yoro
//il hum./ dire acc./ que / il hum./ nég. / percevoir acc. /dét. / aigreur / tu / bouillie sg./ dem./ dans//
« Il dit qu’il n’a pas senti de l’aigreur dans ta bouillie.»
Mυ dɔmn -ε a sυkara a bond-o yoro
//Je / percevoir acc. /dét. / sucre/ dét./ bouillie sg./ dans//
« J’ai senti du sucre dans la bouillie.»
Sa fonction c'est identifier le goût de l'objet goûté, de l'objet mis en contact avec la

langue. Ce qui correspond à la définition suivante de dɔmnam:


kυr fυ lem -u a dιυ la n tιr maatε a somei n dila-aŋa nι
//lorsque/ on / goûter inac. / dét./ nourriture sg. / ensuite / tu / mettre/ sensation/ dét. / aigreur / tu / langue dim / loc //

« Lorsqu’on goûte une nourriture et l’on sent de l’aigreur sur sa langue.»

Avec le nez comme organe, dɔmnam change de nature pour être tout simplement le fait
de « sentir (par le nez)». Il consiste à inspirer l'air comme il faut dans un environnement donné
(à côté d'un objet par exemple) pour identifier l'odeur qui s'y exhale. Exemple:

A cε -na fɔr -fι sa -mba la cã ba dɔma-n - ø a k


//dét. / femme pl./ ventre pl./ propriétaire pl. / prés./ depasser acc./ Ils hum / percevoir inac. / dét. / odeur //
« Ce sont les femmes enceintes qui sentent le plus l’odeur.»
L’odeur, d'un point de vue phénoménologique se caractérise par son statut relationnel,
sa capacité à exhaler de son origine, son statut qualificatif et particulier ou «subjectif» pour
reprendre les termes de FRANCKEL. Il s'en suit donc qu'en déhors de l'auteur de l'enoncé,
l'odeur elle-même émane de quelque chose (sa source réelle), elle est perçue et qualifiée par
quelqu'un qui peut être auteur de l'énoncé.

Dɔmnam est aussi possible avec la peau. Dans ce cas, il consiste à toucher un objet, à
mettre la peau en contact avec cet objet pour identifier la température.
Exemple :

A b -ι t - ε-ε ɨɔntɔ kala n dɔm-a ga kυl-ɔ homei


//dét./ enfant sg./ mettre acc./ maladie/ certes/ tu/ percevoir nm./il dim./corps sg./ chaleur//
« Si un enfant est malade, tu percevras la chaleur de son corps »
Autrement dit, «Si un enfant est malade, tu sentiras que son corps est chaud»
25

La fonction dans ce cas consiste à sentir par la peau la température d'un objet ou d'un milieu
donné. Culturellement, il n'y a pas un thermomètre autre que le corps humain pour mesurer la
température. Il est utilisé lorsque l'on chauffe de l'eau par exemple. Il n'est pas rare que l'on se
brûle en voulant mesurer la température d'un objet. L'on a donc les métadiscours suivants pour
cette sensation :

kυr kãŋ ha -tι fυ la ŋ hɔ- rɔ ce gυ hom-ei


// lorsque/ qlq ch. / toucher inac. / qlq1 / et / tu / savoir acc./ que/ il nh./ chau d.//

« Lorsque l’on est touché par quelque chose et que l’on reconnaît que c’est chaud.»

Kυr fυ tιr maatε a wulgu kãnã


// lorsque/ qlq 1 sg. / mettre inac. / sensation / dét./ vapeur / comme //

« Lorsqu’on sent une sorte de chaleur.»


Le corps peut aussi être utilisé pour dɔmnam «sentir» de la douleur.
Exemple:
Mυ dɔman- a wɔ -w koŋ wolmiy mυ wol -e ni
// Je / percevoir inac. /dét. / épine sg / dem./ douleur / je / pied sg / dans //
« Je sens la douleur de l’épine dans mon pied.»
On a la définition suivante :

kυr fυ dɔmnam ŋ kυl -ɔ du-ru, maa gυ zυb-rυ maa gυ gυb-rυ.


// lorsque/ on / sentir inac. / tu /cops sg. / calciner inac. /ou /il nh./ brûler inac./ou/piquer inac. //

« Lorsqu’on sent une inflammation, une brûlure ou une piqûre dans son corps.»

En résumé, si le sujet est humain, cela témoigne d’une présence d’intention ou de volonté. On
voit donc que dans tous les cas déjà vus, dɔmnam « percevoir » a pu prendre les sens de « sentir
de la chaleur » ou « une odeur » ou encore « de la douleur », « entendre », « écouter »,
« comprendre », « parler une langue».
La polysémie de dɔmnam peut être obtenue à partir du changement de la nature du sujet. Avec
un sujet non humain on ne parlera plus de perception incluant une intention.

3.2.2.1 Avec un agent et un patient (objet) non Humain


La nature de dɔmnam change lorsque le sujet (agent) n'est pas humain. Lorsque l'on parle des
aliments et des mets, dɔmnam prend le sens de suffire.
Exemples:
A sυmmυ dɔm- ø -n -ε a dammι « La sauce est bien salée.»
26

//dét. / sel sg. / percevoir ind. acc. / det / sauce sg. //

A nɔã dɔm- ø -n -ε a hon -a « L’huile a entendu le haricot.»


//dét. / huile / percevoir ind. acc. / det / haricot pl. //

Ceci pour dire qu’ « il y a assez d’huile dans le haricot »

A sυkara dɔm- ø -n -ε a yilam « Le lait est bien sucré.»


//dét. / lait / percevoir ind. acc. / det / sucre//

La fonction consiste à ajouter un aliment dans unmetsjusqu'à obtenir un mélange ou un dosage


convenable à ce met. Ce qui va avec le métadiscours suivant :

kυr fυ tιr - ι a kãŋ a dιυ nι hal gυ dɔnmιj makι


// lorsque / on / mettre inac. / dét./ qlqc. ./ dét./aliment/ loc/ jusqu’à/ son/ goût/ ajuster acc. //
« Quand on met un ingrédient dans un aliment pour l'assaisonner, relever son bon goût.»
Cependant, parlant toujours des aliments, l'on emploie dɔmnam, non dans le sens de mélanger
des aliments, mais dans le sens de bien les cuir.
Exemple:
-A hãnĩ dɔmn -ε a n mm koŋ « cette viande est bien cuite. »
//Dét.. / feu / percevoir acc. /det ./ viande/ ce / /
-A hãnĩ ba dɔmn -ε n dammi « cette sauce n’est pas bien cuite.»
//Dét.. / feu / nég./ percevoir acc. / tu./ sauce sg. / /
Avec un agent non humain donc, l'on a les sens de « être bien dosé », « suffire », « être bien
cuit ».

3.2.2.2. Avec un agent non humain et un objet humain


Dans un énoncé où l'agent est non humain et le patient est humain, dɔmnam ne peut avoir une
valuation positive. Il consiste dans sa fonction à faire subir au patient une douleur physique ou
morale d'un certain degré, une certaine gêne, un affaiblissement.
Exemples:

A hãm dɔmn -ε a fεt -ɔ « Le cultivateur a eu suffisamment faim.»


//Dét.. / faim / percevoir acc. /dét. / cultivateur sg. //

A bããta hoŋ bããtει dɔmn -ε dι «Ce malade a souffert de sa maladie.»


//Dét../malade/ce / maladie/ percevoir acc. / il Hum. //

A warga dɔmn -ε a bɔrυ yaf -ɔ « Le voyageur est beaucoup fatigué. »


//dét.. / fatigue / percevoir acc. / dét. /route-marcheur sg. //

A foore dɔmn -ε a fεt -ɔ « Il a souffert de la chaleur.»


//dét.. / fatigue / percevoir acc. / dét. / cultivateur sg.//
27

A yĩnnĩ dɔmn -ε a kurko- « Le berger a eu suffisamment soif.»


//dét.. / soif / percevoir acc. / dét. / berger sg. //
Dans sa fonction, dɔmnam consiste à faire souffrir le patient. Si la source (agent) est par
exemple la faim, la soif ou la fatigue, le patient commence par sentir cela. L'on commence

normalement par dɔmnam «sentir» la douleur ou la fatigue dans son corps. A une étape non
avancée, l'on dira que l'on est gagné par la fatigue ou par la faim. Si une solution n'est pas

trouvée, l'on finit par être dɔmnε « entendu, englobé ou possédé par la faim, la soif, la
fatigue… ». Ce qui est expliqué dans les métadiscours suivants :

A hãm kυr dɔmnam a fubi :


kυr a hãm dar fυ kala n alhaalυ dυrυ tυgatι
// lorsque /dét./ faim sg./ avoir inac./ on / jusqu’à/ tes / états / tout / changer inac. //
« Lorsque l’on a faim au point de ne plus être soi même.»
A warga kυr dɔmnam a fubi :
kυr a warga dar fυ kala ŋ gaabι dυrυ kεndι
// lorsque/ dét. / fatigue / avoir/ homme sg./ jusqu’à / tu / force / tout./ finir inac. //

« Quand on est fatigué au point de perdre toute sa force.»

Avec donc un sujet non humain et un objet humain, dɔmnam prend le sens de « infliger une
peine à… »

Cependant, ce n'est pas seulement l'être humain qui peut être objet syntaxique de dɔmnam.

L'objet non humain peut l'être aussi. Et dans ce cas, dɔmnam prend le sens de « altérer ».
Exemple:
A w -ø heŋ , a fι-rε baa dɔmn -εε h dυrυ, ι ba sιbυra
//dét.. / herbes / dem. / dét./ soleil sg./nég./percevoir acc. /ils nho. / Loc./ ils nh./nég./ mourir//
« Si le soleil n'entend pas ces herbes,elles ne mourront pas ». Autrement dit, «si ces herbes ne
sont pas suffisamment brûlées par le soleil, elles ne mourront pas».
L'on peut donc admettre la définition suivante de dɔmnam comme valable pour l'objet humain
et l'objet non humain.
A dɔmnam :
Kυr kãŋ dar fυ , maa kãŋ dar- kãŋ , kala gυ gamsυ
// lorsque / qlq ch. / avoir/ homme sg./ ou / qlq ch./ avoir inac./qlq ch. / jusqu’à / il nh./ dépasser inac //
« Quand quelque chose gagne une personne ou une chose jusqu’à dépasser la limite.»
28

3.2.3. Au niveau pragmatique


Dɔmnam acquiert souvent un sens que seuls le contexte et la situation de communication
peuvent élucider. C'est le cas des exemples suivants :
Si le sujet est non humain, le sens de dɔmnam peut être « suffire, souffrir de, en avoir assez,
être bien cuit, ».
Exemples :
- N dɔmn -ε wala ? « As-tu perçu ? »
// tu / percevoir acc / interrogatif //
Cette question a deux sens possibles. Elle peut vouloir dire «as-tu entendu ?» ou «as-tu
compris ?». Cela dépend donc du contexte d'énonciation.

Avec un pronom délocutif non humain, dɔmnam à l'accompli signifie « suffire » ou «en avoir
assez », «en souffrir».
- Gυ dɔmn -ε wala ? « Y’en a-t-il assez ? »
// il nh / percevoir acc / interrogatif //

- Gυ dɔmn -ε « Y’en a assez ? » ou « ça suffit.»


// il nh / percevoir acc / interrogatif //

- Gυ dɔmn -ε dι « il en a assez souffert ? »


// il nh / percevoir acc / il h. //

A l'inaccompli, la même question a deux significations possibles :


- N dɔman wala ?
// Tu / percevoir inac / interrogatif //
Elle peut vouloir dire « Est-ce que tu écoutes ? » ou « Est-ce que tu entends ? ». Mais
l'acception « Est-ce que tu comprends ? » est exclue. Elle remplit aussi la fonction phatique.
Elle permet de maintenir l'attention du locuteur, de savoir s'il écoute. Selon certains de nos
locuteurs, le mot interrogatif [wala] n'est pas employé lorsqu'on veut obtenir cette fonction
phatique. L'on se contente de dire après chaque idée émise ;

- N dɔman ?
// il inh / percevoir inac //
« Tu me suis ? » ou « Tu écoutes ? » dans un contexte familier.

A l'impératif, dɔmnam implique nécessairement la fonction phatique. Il est l'un des termes par
excellence pour remplir cette fonction en koromfe.

Dɔm-a ! « Écoute ? »
//percevoir imp.//
29

3.2.4. Ce que dɔmnam ne peut pas exprimer


Dɔmnam sert à exprimer l'idée de sentir comme nous venons de le voir, mais il n'est pas
possible de lui donner l'équivalent de sentir dans tous les contextes. En français l'on peut dire «
je sens qu'il va pleuvoir», ou encore « Comment te sens-tu ». Ces emplois relèvent de
l'intuition ou de l'état de santé.

Dans un emploi qui rélève de l'intuition, l'on n'utilise pas dɔmnam comme en français. Mais
l’on utilise d’autres lexies plus explicites.
Exemple:
Mυ ni-yãã ce a vιnnã la ya -tι gυ nε
// Je/ voir inac./conj./dét./ pluie / af. / chercher inac. / il nh. / pleuvoir nm.//
« Je sens qu'il va pleuvoir.»
Naana n kυl- fι wε ?
// Comment / tu / corps pl. / sont ?//
« Comment te sens-tu.»
La santé se traduit par kυlfι « les corps » ou encore « états physiques ». C'est certain que pour
connaître l'état de santé, l'on peut utiliser la vue, le toucher, ou encore l'odorat. Nous avons vu

précédemment que dɔmnam est employé pour ces sens. Mais il ne peut être employé pour
juger de l'état de santé.
Synthèse:
entendre

Dɔmnam comprendre parler « une langue étrangère.»


écouter
suffire « y avoir assez de...»
sentir « ouie, odorat, toucher, intuition.»
infliger une peine «fatigue, faim, soif, maladie.»
altérer
bien doser (assaisonner)

L’acception qui peut être commune à tous ces polysèmes de dɔmnam doit être un noyau de
sens que l’on retrouve necessairement dans chacun d’eux. Sentir par l’ouie, l’odorat, le toucher
revient à percevoir à partir de ces organes de sens. De même, écouter, entendre, comprendre
implique une perception ou une volonté de percevoir quelque chose. Quant à suffire, infliger
une « une peine », alterer, bien doser, l’on ne voit pas d’emblée la perception. Il suffit
30

cependant de remonter aux exemples les contenant pour comprendre que dɔmnam dans le sens
de suffire suppose une perception de l’objet dont la quantité, l’ampleur ou l’étendue est jugée
suffisante. Il y va de même pour « bien doser » où l’on doit « percevoir » l’élément servant à
doser et l’élément dosé. « Infliger une peine », et « altérer » un objet ne peuvent se faire que
quand il y a perception de ce qui est « altéré » et de ce qui « inflige la peine, la faim, la
fatigue » ou « la maladie ». Nous retenons donc percevoir comme noyau de sens, non comme

le sens idéal ou prototypique de dɔmnam, mais comme une forme sémantique.


L’on peut se demander si un verbe d’action comme dɩam « manger » pourrait aussi se prêter à
une telle analyse.

3.3. dιam « manger »

3.3.1. Au niveau morphosyntaxique


Dιam est formé d’une base verbale dι et d’un suffixe nominal –am.
Ce constituant syntaxique verbal est apte à s’associer avec les morphèmes de l’accompli et de
l’inaccompli. Il a aussi une forme non marquée dι.

3.3.1.1. Les paradigmes


A l'état actuel des recherches, l'on ne peut pas affirmer que le mot dιam à une origine
étrangère. Mais l'on note que les langues de type Gur comme le moore et le gourounsi ont des
signifiants très proches de ce mot et qui ont le même signifié. Ce qui pourrait servir à expliquer
la parenté linguistique entre elles. On a successivement;
-en moore : di/ri «mange»
-en gurunsi : Di «mange»
Il n'existe pas aussi d’écrits sur l'évolution historique possible de dιam ayant conduit à la forme
actuelle. Ce qui exclut l'idée d'étymon.
Au niveau de la variation géographique, à Aribinda tout comme à Pobé Mengao, on utilise la
même lexie, mais avec une prononciation plus lente à Pobé qu'à Aribinda.

3.3.1.2. Les caractéristiques morphosyntaxiques de dιam


31

La lexie dιam varie aussi en aspect accompli et inaccompli. Ce qui permet d'affirmer que c'est
un verbe.
Exemple :
A bal - ιɔ hon dir -a -a « L'étranger est en train de manger.» (Aspect
inaccompli)
//dét./ étranger sg./ dem./manger + inac. af. //

A l'accompli, seule la consonne d- représente le radical de la lexie. Le morphème de l'accompli


[ε] se suffixe pas à ce radical pour donner une syllabe de type CV.
Exemple :
Dι d -ε « Il a mangé.» (Aspect accompli)
// Il / manger acc.//

3.3.1.2.1. La dérivation
La base lexicale de dιam qui est dι- est aussi apte à s’associer aux nominatifs instrumentaux (
-ga, -gυ, -hι), au morphème locatif (-fa), et aux suffixes agentifs ( -o, -ba).
Exemple:

A girbal kɔ a dιr -gυ dala


//dét./ cuillère sg./ af./ dét./ mangeoire sg./ restrictif//

« La cuillère n'est qu'un instrument pour manger.»


Les suffixes (-hι) et (-ga) sont utilisés respectivement pour le pluriel et le diminutif de dιrgυ.
Exemples :

A girbal-υ kɔ a dιr - hι dala


//dét./ cuillère pl./ af. / dét./ mangeoire pl. / restrictif//

« Les cuillères ne sont que des instruments pour manger.»

kεŋ a taasa-ŋa dιr - ga la


// dem./ dét./ plat dim.sg. / manger dim.sg. / af//
« Ceci est un petit plat servant à manger.»

Avec le suffixe agentif (-ɔ,-ba), l'on a une lexie qui indique celui qui mange, autrement dit, le
ou les mangeur (s).
exemples:

A dιrɔ « le mangeur»

A fει dιrɔ «le mangeur de tô»


32

Au pluriel, pour lever l'ambiguïté, on emploie dιrba dans un syntagme qualificatif où il est le
qualifié.
A dιrba « les mangeurs» ou «les moustiques»
A fει dιrba «les mangeurs de tô»

Avec le suffixe locatif –fa, on obtient le sens de réfectoire.


Exemple:
Dιr-fa də ya- tι hal də tu-go də d-ɩ
//manger-loc/il h./chercher inac./pour / il h./asseoir inac./il h./ manger inac.//
«Il cherche le réfectoire pour s'asseoir manger.»

On aura donc la dérivation suivante :


dιr-ga/ - « petit objet servant à manger»
dιam dιr-gυ « objet pour manger»
dιr-h « objets servant à manger»

dιr-ɔ « le mangeur »
dιr-ba « les mangeurs »
dιr-fa « Lieu où l'on mange »
Ainsi dérivé, dιam est apte à jouer le rôle de constituant syntaxique nominal en assumant la
fonction de sujet, d’objet (complément) ou de circonstant.

3.3.2. Au niveau sémantique


La nature de dιam consiste à dire ce qu'est cette lexie dιam. Pour un sujet humain, dιam
peut avoir plusieurs natures en fonction de l'objet:

3.3.2.1. Avec un objet non humain mangeable


Soient les exemples suivants.

Mυ dι-rι a nɔã « Je mange de l’huile.»


//Je /manger inac. /dét. / huile//

Mυ dι-rι a sυmmυ « Je mange du sel.»


//Je /manger inac. /dét. /sel //
Mυ dι-rι a fε ι « Je mange du tô.»
//Je /manger inac. /dét. / tô //
Au regard de ces exemples, l'on peut retenir qu'il est employé pour des aliments utilisés comme
ingrédients ou plats principaux pâteux consommés habituellement par l'agent. Pour les
33

aliments, ce sont par exemple les céréales comme le mil, le riz, le blé moulus et préparés sous
une forme pâteuse. Par ingrédients, il faut entendre tout ce qui est utilisé dans une proportion
donnée pour assaisonner, améliorer le goût d'un mets.
Dιam peut être employé dans ce sens à l'accompli, à l'inaccompli et même à la forme non
marquée.
Nous considérons comme aspect non marquée , la forme du verbe exprimant un événément
ponctuel dans un récit ou dans un énoncé injonctif. A cette forme, le verbe est
morphologiquement plus court que dans les autres aspects. Mais tout comme à l'aspect
accompli, dιam a ici aussi la forme CV avec une voyelle finale antérieure de premier degré
d'aperture + ATR [ι].
Exemple:
dι a fε « mange le tô »
// manger inac. inj./ dét. / tô //
dι tεrεε dι dι a fε nah dυrυ « Il arriva et mangea tout le tô »
//il h. / arriveracc./ il h./ manger inac.inj./ dét. / tô / dem./ tout //

3.3.2.2. Avec un objet non humain non mangeable


Avec un objet non humain non mangeable, dιam peut être employé dans le sens de dépenser.

Exemple:
A seno hoŋ dε dι mãrĩ dυrυ
// det/ jeune/ ce / manger acc. / son /argent. /entier //

« Ce jeune homme a dépensé tout son argent.»


Sa fonction ici consiste à acheter beaucoup de choses au point de perdre tout ou une grande
partie de son argent. L'acte est vu négativement dans sa valuation. Contrairement donc au
dagara comme l'affirme SOME (2007 :173), le verbe dιam au sens de dépenser en koromfe
marque que la dépense est inutile vis-à-vis de l’agent.
La fonction de dɩɑm ici consiste à perdre son argent pour des choses moins importantes.
Lorsqu'on utilise diam avec pour objet l'argent, cela sous-entend que l'on effectue des achats,
mais dans un contexte où épargner est mieux pour le sujet. Il y a une diminution de la quantité
de l'objet non compensée par la valeur des acquis. C'est donc dilapider.
Dιam est utilisé pour exprimer certaines situations hautement considérables d’un point de vue
social, avec une valuation positive. Il s'agit par exemple des honneurs, du prestige obtenus ou
recherchés dans l'usage d'objets valeureux ou lorsque l'on accède à certaines responsabilités
sociales.
34

Exemples:

dε muusa d - ε a see-re a yaga nι la dι mυtεεrι kɔŋ


//hier/ Moise / manger acc./dét./nom sg./dét. /marché/ loc./avec/ son / moto sg./ ci//
« Hier, Moïse s'est donné de l'estime au marché grâce à sa moto. »
Si à mãrĩ dιam signifie « dépenser inutilement de l’argent », a seere dιam littéralement
« manger le nom » signifie ici « se donner de l'estime » ou « se vanter ». L'on mange le nom
avec une nouvelle chaussure, un bel habit, un poste radio, un vélo, bref tout ce qui peut
temoigner d'un mieux être social. L'on peut aussi «manger le nom» en se vantant, même si dans

ce cas, l'acte est perçu négativement par la société, parce que être qualifié de a seere dιrɔ

«mangeur de nom» témoigne d’une certaine bassesse morale.


Dans le même volet, a yιι dιam «manger la chefferie» exprime aussi le prestige pour le sujet,
mais non perçu négativement. La phrase suivante est tirée de l'histoire d'Aribinda racontée par
une femme sexagénaire :
Koskε la dι-rι karυ yii ndεnι
//Koskε / af. / manger inac. / karυ / chefferie/ en ce moment //

« C’est koskε qui régnait à karυ (Aribinda) à cette période »

La nature de A yιι dιam est «régner». Il n'y a pas une autre lexie pour exprimer la notion de
régner autre que a yιι dιam « manger la chefferie » en koromfe. Dans un dictionnaire
unilingue, il est mieux de consacrer cette expression comme une entrée à part.
Dans les jeux de sociétés, l'on emploie dιam «manger» dans le sens de «gagner» ou «battre les
autres».
Exemple:
Muusa la dι-rι a f ma a dili nι
//Moussa /prés. /manger inac. /dét./gens /dét./ jeu de baguettes/ loc. //

« C’est Moussa qui bat (mange) les gens aux jeux de baguettes. »
Autrement dit « C’est Moussa qui gagne aux jeux de baguettes ».

Sa nature consiste à jouer mieux que les autres, tandis que sa fonction consiste à être le meilleur
joueur.
Dans l'expression a kabbaya dιrɔ «mangeur de nouvelles», le terme kabaaya «nouvelles» est

le complétant et dιrɔ «mangueur» est le complété et désigne un être humain. L'expression


signifie «enquéteur» ou «agent de renseignement».
35

L'on peut donc retenir que lorsque dιam a un sujet humain, le procès de dιam laisse entrevoir
une possession, un gain de la part du sujet. Toutefois, si l'objet est péjoratif, la considération
négative est perçue comme étant ignorée par le sujet.

3.3.2.3. Avec un agent Non Humain


La nature de dιam change lorsque le sujet (agent) n'est plus humain. Si l'objet est humain, il est
éprouvé par le sujet. D'une manière générale, avec un sujet non humain, dans le subconscient
du Koromdo, l'énoncé est détérioratif vis àvis de l'objet humain.
Exemples:

A hɔnιy la dι- ø durel-ŋa h mnι


//dét. / amusement / af . / manger acc. / durel+ dim. / esprit sg. //

« C’est le jeu qui occupe (mange) l’ esprit du petit Durel». Autrement dit « c’est le jeu qui
distrait le petit Durel ».
Dans cet exemple, dιam, dans sa nature, détériore l'esprit et partant, le propriétaire de cet esprit.
Durelŋã est un nom propre diminutif de personne. La fonction consiste, pour l'objet Durelŋã, à
être distrait, à ne plus avoir un esprit fidèle ou fécond, à être par exemple oublieux.
durel-ŋa mnι « l’esprit de Durel » étant ici un syntagme complétif, la détérioration se sent
plus lorsque le résultat sur le complété est une suite logique produite par le sujet. C'est la
détérioration de quelque chose appartenant à un être humain.

A bããtει la dι Paatε kυlɔ


//dét. / maladie / af . / manger acc. / n.prop / esprit sg. //

« C’est la maladie qui a (mangé) le corps de Paatε ». Autrement dit « c’est la maladie qui a
amaigri Paatε».

Il arrive que la détérioration devienne une destruction, lorsque ce n'est plus une partie de
l'homme, mais sa personne toute entière, sa vie.
Exemple:
A hυlɔ koŋ dι-rι ø - a gιnd-a
//dét. / marigot / ce / manger inac. Hab. / det / enfant pl. //
« Ce marigot mange les enfants » ou encore « les enfants se noient dans ce marigot ».

A hãnĩ la dι dι « C'est le feu qui l’a consumé (mangé). »


//Dét. /feu/ manger acc. / lui //

Autrement dit « C'est le feu qui l’a tué ».


36

L'objet peut être une chose et non un être humain, et même dans ce cas, c'est toujours une
destruction totale. Ce n'est pas un syntagme complétif, mais un complément d'objet du verbe
dιam. Il peut être un habit, la brousse, le champ, le grenier…
Exemple:
- A hãnĩ d - ε a durgu « Le feu a consumé la brousse. »
//Dét.. / feu sg. / manger acc./ dét./ brousse / /

A hem dι-rι - a cɔ-gυ « L’eau détruit (mange) le champ. »


//dét. / eau / / manger acc. / det / champ sg. //

3.3.3. Au niveau pragmatique

Au niveau pragmatique, l'on rencontre des situations où dιam a un sujet humain, et pourtant il
n'exprime pas un gain, une situation laudative d'un point de vue social. C'est le cas de l'exemple
suivant :
Almisi d - ι – ra la a hub -a
//Almissi / manger inacc.+ af. / dét. / crédit pl. //
« Almissi mange des crédits (ou tombes) », autrement dit « Almissi contracte des crédits ».
Dιam ici a le sens de «emprunter».
Un locuteur nous dit que lorsqu'on qualifie quelqu'un de uba dιrɔ «mangeur de crédits», cela
signifie non seulement que cette personne aime prendre des crédits, mais qu'elle n'aime pas
rembourser ses dettes. Et pour pouvoir qualifier quelqu'un ainsi, il faut l'avoir connu
auparavant.

Il arrive aussi que dans certains contextes, Dιam soit employé sans complément d'objet, et avoir
le sens de «être tranchant». Il précise la nature du sujet comme une qualité alors que sa fonction
peut être dangereuse.
Exemple :
A gag - a keŋ dι - rι
//dét./couteau sg./ ce / manger inac. //
« Ce couteau mange », autrement dit « Ce couteau est tranchant ».
Si l'on omettait le demonstratif keŋ «ce», l'énoncé n'aura plus de sens. Ici, il s'agit d'un couteau
à portée de main, ou un couteau connu du locuteur et de son interlocuteur et auquel on attribue
la qualité dιrι «mange (tranchant)». L'interlocuteur a la possibilité de vérifier s'il le veut, la
qualité attribuée. Il est des habitudes des hommes Koromba de se promener chacun avec un
couteau attaché et pendant à sa ceinture. Ce fait est tellement repandu que l'on peut penser
qu'un homme sans couteau n'est pas un «homme». A l'inverse, chaque couteau a son
37

propriétaire. Attribuer une qualité à un couteau revient à l'attribuer à son propriétaire. On est
fier d'entendre que son couteau est tranchant. Cela n'est donc pas seulement une réalité que l'on
souligne, mais celui qui le dit recherche la joie du propriétaire.
De même, l'aspect est inaccompli parce qu'il s'agit d'un état actuel. A l'aspect accompli,
l'énoncé perd son sens, parce qu'il confère au couteau la capacité de manger au sens de
l'absorption d'aliments. Autrement dit, cet énoncé peut être glosé ainsi qu'il suit sans effet de
rhétorique :

A gag - a keŋ y rε dɔn - dυ


//det./couteau sg./ ce / bouche sg./être bon inac. //
« La bouche de ce couteau est bonne. », pour dire que « Ce couteau est tranchant. »

Avec un sujet non humain et un objet non humain, Dιam prend le sens de «trouer» ou «user».
Cela est possible seulement avec les chaussures.
Exemple:

- A yabrει dι - rι a lɔŋg-a « La marche troue (ou use) les chaussures. »


//Dét.. / marche / manger inac./ dét./ chaussure pl. / /

On peut synthétiser les différents polysèmes de dιam comme il suit.

manger

Dιam consommer
dépenser « une somme d'argent»
regner « comme chef»
détruire
user
distraire
noyer
emprunter
amaigrir
battre

L'invariant peut être ici une appropriation. En effet, il faut s’approprier quelque chose pour
pouvoir le manger, le dépenser, régner, l'user, le détruire, le noyer, le battre.
38

3.4. A kɔtam « couper »


« Couper » renvoie à plus d’un signifiant en koromfe. L’on peut penser à [dokam], [kɔtam],
[tɔgam]. C’est de [kɔtam] qu’il sera question parce qu’il semble être la résultante des autres
actions tout en restant une action à part entière.

3.4.1. Au niveau morphosyntaxique


Kɔtam est formé d’une base verbale kɔt- et d’un suffixe nominal –am.
Ce constituant syntaxique verbal est apte à s’associer aux morphèmes de l’accompli et de
l’inaccompli. Il a aussi une forme non marquée kɔtυ.

3.4.1.1. Les paradigmes


Kɔtam ne semble pas être une lexie empruntée. Aucune des langues voisines du koromfe n'a
un signifiant semblable pour la même notion. Le koromfe étant une langue à tradition orale, il
est difficile de parler de la forme originelle de kɔtam. L'on sait seulement que la notion de
«couper» est rendue par plusieurs signifiants: dokam «couper intentionnellement avec un objet
tranchant», kɔtɔmam «couper plusieurs fois», dogomam «couper plusieurs fois», tɔgam
«couper». Ccertaines de ces lexies désignent des actions nécessitant un instrument plus solide
que le couteau. Il s'agit de l’action de couper des arbres, du bois et autres objets durs.
Dans le dialecte de l'Ouest, les mêmes lexies sont employées , mais avec une modification
phonologique. kɔtam y est prononcé avec la gémination du t, tandis que dokam est prononcé
[dogtam], tɔgam devient [tɔkkam].

2.4.1. 2. Les caractéristiques morphosyntaxiques de kɔtam

La lexie kɔtam varie aussi en aspect accompli et inaccompli. Ce qui permet d'affirmer que c'est
un verbe. La base lexicale kϽt- peut être dérivée à partir des nominatifs instrumentaux ( -ga, -
gυ, -hι), du morphème locatif (-fa), et des morphèmes agentifs ( -o, -ba) pour former des
constituants syntaxiques nominaux qui peuvent assumer des fonctions de sujet et d’objet. Il y a
insertion d’une vibrante [r] entre cette base lexicale et le suffixe.
39

Exemple :
kɔtr-ga « petit ojbet qui sert à couper»
kɔtam kɔtr -gυ « objet qui sert à couper »
kɔtr -h « objets qui servent à couper »
kɔtr -o « celui qui coupe »
kɔtr -ba « ceux qui coupent »
kɔtr –fa « par où l’on coupe »

Pour la composition, nous n'avons eu qu'une seule lexie: bin -kɔtam qui dérive de bιιndε et de
kɔtam et qui signifie « grande peur».

3.4.2. Au niveau sémantique


La recherche du sens de kɔtam consiste pour nous à rechercher sa nature. Généralement, l’agent
n’est pas exprimé, alors que le patient l’est. Cependant, il arrive que l’on précise le sujet
humain de kɔtam, ce qui correspond à une topicalisation, ou tout au moins une focalisation du
sujet.

3.4.2. 1. Avec un sujet humain


Employé avec un sujet humain, kɔtam ne semble pas assez productif du point de vu
polysémique.
On utilise kɔtam lorsque la notion de « couper » n'est pas suivie d'une intention. La précision du
premier argument (sujet) humain n’est pas nécessaire. C’est ce qui ressort du métadiscours
suivant :
kɔtam : - kυr a kãŋ dɔιgυ tereŋg – rι tigni- ma h
// quand / dét. /qlq ch. / long / diviser inac. / endroit pl.. / deux. //

« Lorsqu’une longue chose se détache en deux endroits. »


Avec un sujet humain, kɔtam a nécessairement un second argument (complément d'objet). Il
peut arriver que ce second argument soit omis, mais cette omission suppose que les
interlocuteurs savent de quoi ils parlent. L’on tient par là à préciser l’auteur de l’action
exprimée dans le procès.
Exemple:
almisi kɔt ε a yond-o « Almisi a coupé la corde »
//Almisi / couper +ac./ dét./ route +sg. //

L'on peut exprimer cette idée sous forme passive. Il est impossible, dans ce cas, d’utiliser un
complément d’agent.
40

Exemple:
A yond -o koŋ kɔt –ε -ε la
//dét. corde +sg. ce couper + ac. Af. //

la « la corde a été coupée » ou « la corde s'est coupée ».


Il arrive que le sujet de kɔtam ne soit pas humain, mais un complément de nom (humain).
Soit les exemples suivants :
Gibrillu la hasane folre kɔt-ε « L’amitié de Djibril et de Hassane s’est rompue.»
//Djibril /et / Hassane./amitié/ couper acc. //
a fute kɔtam ba hãryã « Divorcer n’est pas bien. »
//dét./ mariage/ couper inf. /neg./ bien //
a nɩɩgυ kɔtam ba hãryã
//dét./ parenté par alliance / couper inf. / neg. / bien //
« Il n’est pas bon de rompre avec sa belle famille.»
Kɔtam signifie «rompre». Il ne s'agit pas d'une rupture concrète, mais une dégradation des
relations humaines entre des individus. Kotam a dans ce cas un sujet humain si l'on venait à
penser que c’est quelqu'un qui est à l'origine de cette rupture. Car une relation humaine ne peut
être rompue que par un agissement humain, une malveillance.
A l'inaccompli, on peut avoir la forme gυ wote gυ kɔtrυ «être en train de se rompre». On peut
également employer l'inaccompli projectif (futur) comme une prévision de cette relation
d'amitié. Mais ce changement d'aspect n'influe pas sur le sens de kɔtam. Sa définition reste
comme suit :
a folre kɔtam : a fυ-ma tιlε dondmι cεnd- am
// dét. / gens / milieu / joie / finir inf. //

« La rupture de l’entente entre les gens.»

Le changement de sens viendrait du changement de la nature ou de la fonction du sujet ou de


l'objet de kɔtam.

3.4.2. 2. Avec un sujet non humain


Si l'on change la nature du premier argument, c'est-à-dire le sujet humain en non humain, le
sens se verrait changé. Soit l'exemple suivant :
N yιlam fee -hi heŋ kɔt -ε « Ton lait frais s’est acidifié. »
//tu / lait / vivant pl. / dem. pl./ couper acc. //
« Ton lait frais s’est désagrégé. »

Le lait frais est de nature liquide, on ne peut donc pas traduire ici par « couper». Lorsque le lait
frais commence à ne plus être frais, lorsque ses éléments constitutifs commencent à se
décomposer visiblement à l'œil nu sous l'effet de l'acidification ou de l’apport de l’enzyme
41

appelée présure, alors on emploie kɔtam. On voit en ce moment le liquide résiduel clair se
séparer de la caséine. La définition donnée par les paysans semble convenir avec l'explication
scientifique de ce processus:
yιlam feehi kɔtam : a yιlam feehi soms - am kurg – am
// dét. / lait / vivant / s’aigrir inf. / débuter inf. //

« Quand le lait frais commence à s'aigrir »


En effet, c'est l'acidification qui donne au lait son goût aigre. Ce processus se passe de façon
identique avec la bouillie de mil généralement consommée en milieu Koromba. Dans ce
contexte aussi, on utilise kotam.
Exemple:
A bondo ko-ŋ wote g kɔt -rυ « Cette bouillie est en train de se liquéfier. »
//dét./ bouillie /dem.sg./ exister acc./ il Nh. / couper inac. //

Pour en savoir sur la définition reservée à la kɔtam de la bouillie, voici une illustration :
bondo kɔtam :
a bondo-ø kυr kon-tu gυ tɔŋgυ kala gυ bε tι hersa
// dét. / bouillie sg. / qui / poser ppa. / il nh. / durer ppa./ jusque/ il nh./ venir p./ mettre p./ liquide//

« Quand la bouillie commence à se liquéfier.»

Kɔtam admet une composition avec d'autres lexies. Il en resulte un synthème ou une nouvelle
lexie.
Exemple:
Dι bε a homna sεbam , kala a bĩn kɔtam
//il / ignorer / dét./ décès / annoncer ./ sinon / dét./ cœur - couper //

« Il ne sait pas annoncer un décès, si ce n’est qu’avec rudesse (au point de crever le cœur) ».
On nous dit que c'est lorsqu'une nouvelle ou une situation bouleverse une personne à cause de
l'excès de peine que l’on utilise a bɩɩnd kɔtam. On peut aussi dire :
Dι kɔt ε mυ bĩ n -dε.
//il / couper acc./ mon./ cœur sg. //
« Il m'a beaucoup effrayé. »
En prenant ãnnĩyã kɔtam « rupture d'intention» comme sujet, kɔtam prend le sens de « faire
désespérer ». Cette expression est expliquée comme suit:
a ãnnĩyã kɔtam : - kυr ba gãŋãn - ι fυ a kãŋ da - am
// quand / ils pl. / empêcher inac. / qlq1. / dét. / qlq ch./ avoir inf. //

« Quand on empêche quelqu’un d’avoir quelque chose. »


- kυr fυ hɔ - tυ ce m ba dειs - ra m bagι a kãŋ
// quand / qlq1. / savoir inac. / que / tu / nég. / pouvoir inac proj./ tu/ faire inac./ dét./ ch. //
42

« Le fait de savoir que l’on ne pourra pas faire quelque chose. »

En rappel, les lexies du même champ sémantique sont : tɔgam, dokkam, kɔtɔmam, dogomam.
Lorsque l'objet à couper exige un instrument autre que le couteau et avec plus d'effort, kɔtam
n'est plus employé. C'est plutôt tɔgam qui est utilisé.
Exemple:
almisi tɔg -ε-ε la a fε- gυ la a ɟιbrε
//Almisi / couper +ac. /af./ dét./ arbre +sg. /avec/ une/ hache//
« Almisi a coupé un arbre avec une hache. »

Le premier argument (le sujet) est doué de force et de volonté pour agir. Il est donc humain. Le
deuxième argument est généralement du bois ou un arbre.
Par contre, lorsque l'on coupe un objet avec moins de violence et plus d'habileté, on utilise
dokkam. On n'a pas forcément comme résultat de l'action un objet scindé, mais un objet
contenant les traces de coupure visibles.
Lorsqu'il s'agit par exemple de la viande, on utilise dogomam. On a un infixe «-gom-» qui
dénote la répétition de l’action.
La différence entre kɔtam et dokkam est que dans dokkam il y a une intention et dans kɔtam
l'intention n'y est pas forcément.

A kɔtɔmam
A yond -o koŋ kɔt- ɔm– ε -ε la « La corde s’est coupée en morceaux. »
//Dét./ corde+sg. / ce / couper + itératif + ac../ af.//

Dans l'expression suivante, il est sujet de «tard».


A wola kɔtam wakatι sιram ba hãrĩyã
// dét./ pied pl./ couper / temps / sortir / neg./ bien.//

« Il n’est pas bon de sortir au moment où les pieds se sont coupés » ou plus exactement « Il
n’est pas bon de sortir tard dans la nuit».
Toute l'expression A wola kɔtam wakatι signifie «tard dans la nuit» ou « à midi».

Nous pouvons donc retenir que la polysémie commence à partir du moment où le sujet
grammatical change de nature.
Si le syntagme nominal en fonction de sujet est humain, cela témoigne d’une présence non
seulement de volonté, mais aussi de brutalité. Dans ce cas kɔtam signifie généralement
« couper sans l’usage d’objet tranchant ».
43

Si le syntagme nominal en fonction de sujet est non humain, le sens de kɔtam peut être
« rompre une relation sociale, heure tardive, se fermenter, faire désespérer ».
Au niveau pragmatique, kɔtam se trouve dans un emploi qui rend son sémantisme plus
complexe par rapport à tout ce que nous venons de voir.

3.4.3. Au niveau pragmatique


Kɔtam est souvent employé dans un sens pronominal (l'on pourrait même penser au sens
passif). En ce moment, il ne peut avoir un sujet humain. Plusieurs actions peuvent produire ce
résultat «coupé». On peut tirer sur un fil jusqu'à ce qu'il se coupe, on peut également mordre
un fil jusqu'à ce qu'il se coupe, on peut dokam «couper» pour couper, on peut tɔgam «couper»
pour couper. Soit l'exemple :
gυ kɔt -ε « Il est coupé»
// il nh./ couper acc.//
Pour être compris, cet énoncé exige à ce que l'on identifie le référent du pronom délocutif gυ. Il
s'agit d'une affirmation. Mais cette affirmation peut être une confirmation d'une supposition ou
d'une inquiétude d'autrui, une réponse à une question ou une mise en garde. La compréhension
de kɔtε dépend du contexte ou du cotexte dans lequel il est énoncé. L'on pourrait tout
naturellement penser à le traduire par «il s'est coupé», «il est coupé», «il s'est rompu», «il est
désespéré», « il s'est acidifié», ou «il s'est décomposé». Toutes ces acceptions sont admises
d'autant plus que nous avons affaire à un pronom délocutif non humain.
Au niveau du procès, kɔtam peut avoir un sujet humain ou non humain. Si le sujet est humain
(dɩ), il n'y a pas de doute qu'il faut un complément d'objet. Mais le complément d'objet peut être
sujet de kɔtam si l'on veut taire l'agent réel. Beaucoup de verbes en koromfe fonctionnent de
cette manière; ils admettent un sujet non humain qui est en même temps le patient.
Exemples:
Gυ sιbε « Il est mort.»
Gυ bιrε « Il a mûri», «il est cuit.»
Gυ g nε « Il s'est tordu.»
Dans tous ces exemples, le sujet subit l'action. Il faut une étude plus approfondie pour
déterminer ce qui peut être qualifié de forme passive ou de forme pronominale.
Soit l'énoncé suivant:
N kɔt -ε ? « As-tu coupé.»
// tu / couper acc.//
44

La traduction de cette question exige que l'on éclaircisse certaines données deictiques: l'
identité du référent de N, le moment d'énonciation, le contexte d'énonciation, le statut culturel
ou social des actants.
Cette question est posée par une femme un soir à son mari qui à jeûné. C'est dans une famille
musulmane. Le jeûne se rompt donc le soir. La femme a servi le repas pour la rupture du jêune.
De retour des toilettes, elle constate que le repas semble intact. Elle pose cette question à son
mari pour s'assurer qu'il a rompu son jeûne.
N kɔt -ε ? « As-tu rompu (le jeûne).»
// tu / couper acc.//

Dans la fermentation, l'on ne voit pas d'emblée la notion de couper. Cependant, pour le
Koromdo, lorsque la bouillie est coupée, l'on perçoit qu'elle est désintégrée en eau et en
substance plus ou moins solide. De même quand le lait est «coupé», l'on perçoit un liquide plus
clair dans ce lait. C'est une étape de la fermentation. Selon ABOUDA (2007) «En général, la
fermentation provient de la décomposition de substances organiques complexes en substances
plus simples sous l'action d'un catalyseur. Par exemple sous l'action de la diastase, de la zymase
et de l'invertase, l'amidon est décomposé (hydrolysé) en sucres complexes, puis en sucres
simples et finalement en alcool». Dans cette décomposition, il y a la notion de «couper» perçue
sous forme de rupture.
Couper, rompre, se sédimenter, se désagréger, se liquéfier, effrayer (couper le rythme normal
de la vie), rompre les relations sociales, interrompre, se fermenter, faire désespérer sont les
différents sens que kɔtam peut prendre.
Dans le désespoir, la notion de rupture de l'espoir est clairement perçue. Ce qui nous amène à
retenir “ rompre” comme noyau de sens invariant.
45

4. Analyse des noms polysémiques ; cas de trois nominaux


L’analyse des noms polysémiques est différente de celle des verbes à bien des égards. Les
variations morphologiques des noms restent plus ou moins identiques au français qui ne
connaît que le genre et le nombre. Dans la suite de notre analyse, il sera question de - bi,
bɔrυ et bĩĩndε qui renvoient respectivement et empiriquement aux notions de « fils »
« homme » et « cœur ».

4.1. A bι notion de « enfant »


Le sens empirique que nous donnons à la lexie [A bι] est « enfant ». Mais la compréhension
des relations entre ses sens implique la prise en compte de ses changements morphologique,
sémantique et pragmatique.

4.1.1. Au niveau morphosyntaxique

Morphologiquement bi est un substantif. Il est composé du lexème b- et du morphème


marqueur nominal -i appartenant au suffixe de classe i/u. Il convient de rechercher les
différentes variations géographiques et/ou historiques qu’il a dû subir pour mieux le cerner.

4.1.1.1. Les paradigmes


Il n'y a pas d'études sur l'origine de la lexie bi. Mais elle existe dans les langues de type gur
comme le moore et aussi dans les langues de type Ouest Atlantique comme le fulfuldé. Le
koromfe d'Aribinda a beaucoup d'emprunts issus du fulfulde. Le signifiant de «enfant» en
fulfulde est composé d'une seule syllabe formée d'une consonne bilabiale implosive et d'une
antérieure haute. La différence entre ces deux langues se trouve au niveau de la bilabiale.

Exemple: [ɓι] « enfant » en fulfulde

[biiga] « enfant » en moore


La date de la première attestation de cette lexie est difficile à connaître, tout comme le
modification qu'elle a dû subir au cours de l'histoire.
Pour la variation géographique, dans toutes les variantes koromfe, on utilise la même lexie,
mais c'est l'intonnation qui diffère.
46

4.1.1. 2. Les caractéristiques morphosyntaxiques de bi

La lexie bι varie en nombre selon le suffixe de classe i/u. La base lexématique est constituée de
la consonne bilabiale sonore b- . Ce qui permet d'affirmer que c'est un nom. Pour chaque
nominal en koromfe, hormis les noms propres, l'article est obligatoire.
Exemple :
A b –ι « l’enfant »
//dét./ enfant sg.//
A b -υ «les enfants »
//dét./ enfant pl.//

4.1.1.2.1. La dérivation
Le substantif bi n’admet pas de dérivation en dehors de bitarει « manière d’enfant » qui semble
être une dérivation forcée parce que moins fréquente. C’est plutôt gindfε « manière d’enfant »
ou gindij « enfance » qui sont fréquents.
A gιnd -fε dι bag -ε la pa dι wacc-a sim
//dét./enfant der.n./ il / faire acc./ af./donner/ il/ argent pl./ perdre n.m.//
« Il a eu un comportement d'enfant voilà pourquoi son argent s'est perdu. »

4.1.1.2.2. La composition
Bi rentre dans une relation syntaxique de détermination. C’est dans ce cas qu’il est
sémantiquement déterminé (ou qualifié) tout en admettant une réelle polysémie.
Syntaxiquement, si dans un syntagme complétif en français on a la forme XY, en koromfe c'est
plutôt YX.
Exemple:

A yɔ b-i « le fils du chef. »


//dét./ chef sg./ fils sg//

Les lexies composées ont une unité syntaxique qui renvoie à un sens. Il n'y a pas en koromfe
des prépositions qui relient les lexies composées. Il y a des lexies composées qui admettent des
suffixes de classe pour les deux (2) éléments.
Exemple :

A bɔ -rɔ b-i « un garçon »


//Dét. / homme sg. / fils sg./

A bɛ - na b–u « les garçons »


// Dét./ homme pl. / fils pl./

Tandis qu'il y en a qui n'admettent le suffixe de classe que pour le deuxième terme.
47

Exemple :
A per - b-i « l'ânon »
//Dét. / âne lex. / fils sg.//

A per - b-u « les ânons »


//Dét. / âne lex. / fils pl. //

En français «la place de l'adjectif épithète est fixée par l'usage»2. Elle peut être avant ou après
le nom. Exemple :
Le grand homme
L'amour maternel
Si dans un syntagme qualificatif en français on a la forme XY ou YX, en koromfe on n’a que la
forme XY où Y est le qualifiant.
Exemple :

A b -i f ntɔ « un enfant peureux »


//son/ fils sg. / peureux sg.//
* A f ntɔ b -i « le peureux fils»
//son/ peureux sg. / fils sg.//
A b -i komga « un enfant pleurnichard »
//dét./ fils sg. / rouge dim. //

Mais le syntagme qualificatif ne constitue que très rarement un mot composé en koromfe
d'Aribinda. Nous n'avons eu que deux lexies composées, qui d'ailleurs n'ont pas fait l'unanimité
de point de vue chez nos informateurs bien qu'ils semblent renvoyer chacun à un seul signifié.
RENNISON R. John en a déjà parlé dans les pages introductives de son premier dictionnaire
sur la variante koromfe de l'Ouest. Il souligne RENNISON (1985 : XV) que « la composition
en koromfe consiste donc en la juxtaposition de 2 nominaux (soit simples, soit déjà composés)
comme dans la composition génétive […]».
Pour lui, dans la langue koromfe il y a la composition appositive où le deuxième élément
qualifie le premier, et la composition génitive où le premier élément nominal qualifie le
deuxième. C'est ce qu'il évoque en ces termes RENNISON (1997:348) «The number of the first
noun is semantically, not grammaticaly determined (as indeed number of everywhere in
koromfe), both for the genetival construction described here and the appositive constructions in
$2.3.1.1.4 below.».
Au niveau sémantique, les deux éléments admettent tous ou partiellement des suffixes de
classes, la lexie composée à partir de bi accuse une réelle polysémie en koromfe d'Aribinda.

2
MESSRS(1991) ' grammaire du français 6e /5e IPAM, EDICEF, 271p.
48

4.1.2. Au niveau sémantique

Déterminer la variation de sens de bi en fonction de sa nature et de sa fonction consiste à


rechercher le point d'incidence de la polysémie de bi. Pour la nature, elle consiste à se
demander ce qu'est cette lexie bi.
Bi exprime la notion de petit, jeune, fruit, noix en fonction du syntagme dans lequel il se
trouve, plus précisement en fonction du complétant.
Dans un syntagme qualificatif, le qualifiant est le deuxième terme. Avec bi comme premier
terme, la composition semble très restreinte en koromfe d'Aribinda. Les deux lexies composées
obtenues sont les suivantes dans des contextes différents :

Dι b -i pote a cɔ - b -i la
//son/ fils sg. / premier / dét./femme sg./ fille sg./ af .//
« Son premier enfant est une fille (fille aînée). »

A b -i sɔmεε- ŋã yã ba sirfa « La mère d’un bébé n’est pas propre. »


//dét./ fils sg. / rouge dim. / mère sg / neg./ propre //

L'on constate que le second élément, le qualifiant, peut désigner une chose. Mais le composé
désigne un humain. Les deux éléments admettent des suffixes de classes.
Exemple:
A b -i po -te « l'ainé(e) »
//son/ fils sg. / premier sg.//

A guinda po -ra « les ainé(e)s »


//son/ fils pl. / premier pl.//

A b -i sɔmεε- ŋã « le bébé »
//dét./ fils sg. / rouge dim. //

A guinda sɔmεε- j « les bébés »


//dét./ fils sg. / rouge dim. //

Le métadiscours correspondant recueilli auprès des locuteurs nous donne la nature de cette
lexie polysémique en ces termes:

A bi sɔmŋã : : llε a b - i kιr ba hυl - ε fel - fel


//c’est/ dét. / enfant sg./ qui / ils h./ accoucher acc./ neuf neuf //

« C’est un enfant qui est nouvellement né.»


49

Notre informateur, Iba Karim, ajoute que a bi sɔmŋã est utilisé pour qualifier les enfants mâles
de moins de trente trois jours et les enfants de sexe feminin de moins de quarante quatre jours.
Passé ce delai, même si le baptème n'est pas fait, ils ne sont plus qualifiés par ce terme.

Dans un syntagme complétif avec bi comme second terme, une variation de sens s'opère en
fonction de la nature de ce second élément. Voyons d'abord le cas où les deux termes de la
lexie composée admettent tous des suffixes de classes, c'est-à-dire qu'ils varient tous en
nombre. Soient les contextes suivants:

Fanta hυl -εε la a bɔ -rɔ b -i la a cɔ - b -i


// Fanta / accoucher acc. / af./ Dét./ homme sg./ fils sg./ avec/ dét./ femme sg/ enfant sg. //
« Fanta a accouché d'une fille et d'un garçon. »

Ba wũndu nĩ bε-na b -u hιpε la a cε - na b-u hυrυ la wote


// ils hum. / cours sg/ dans / homme pl. / fils pl../ sept/ avec / dét./ femme sg/ fille sg. / six / af./ être //

« Il y a sept garçons et six filles dans leur cour.»

Dans l'exemple1, la lexie bɔrɔ bi est une juxtaposition de bɔrɔ « mâle» et de bi «notion
de petit». Le tout renvoie à un seul signifié «garçon». La lexie composée cɔ bi est aussi
formée de cɔ «femelle» et de bi « notion de petit » et le tout renvoie au signifié « fille ». Ce
qui confirme que ce sont des lexies composées.

A bɔ -rɔ b-i « un garçon »


//Dét./ homme sg./fils sg./
A cɔ - b - i « une fille »
// Dét./ femme sg/ enfant sg. //

Les métadiscours suivants donnés par les locuteurs renforcent l'idée qu'il s'agit bien des
signifiés garçon et fille.
A bɔrɔ bi : llε a b - i kιr llε a bɔ- rɔ, kιr ba yele a cɔ -
// c’est / dét./ enfant sg./qui / c’est/ dét./ mâle sg.// // qui / nég./ être / dét./ femelle sg. //

« C’est un enfant qui est un mâle (fils), qui n’est pas une femelle (fille). »

A cɔ bi : llε a b -i kιr llε a cɔ- , kιr ba yele a bɔ-rɔ


// c’est / dét./ enfant sg./qui / est/ dét./ femelle sg.// // qui / nég./ être / dét./ mâle sg. //

« C’est un enfant qui est une femelle (fille), qui n’est pas un mâle (fils). »
Un garçon est effectivement un enfant de sexe masculin et une fille est aussi un enfant de
sexe féminin. Le pluriel de ces lexies composées est obtenu dans les contextes suivants :

Ba wũndu nĩ bε-na b -u hιpε la a cε -na b- u hυrυ la wote


// ils hum. / cours sg/ dans / mâle pl. / fils pl../ sept / avec / dét./ femelle sg/ fille sg. / six / af./ être //
50

« Il y a sept garçons et six filles dans leur cour.»

En passant donc du singulier au pluriel, bɔrɔ bi devient bεna bu et cɔ bi devient cεna bu.
En changeant la nature du premier terme, le sens de bi se voit également changé. Soit les
exemples suivants :
a - b -υ a lembi- dι -rι
//dét./ herbre pl. / fils sg. / dét. / oiseau sg. / manger inac.hab. //

« Les oiseaux se nourrissent de grains (d’herbe).»


La lexie composée est définie comme il suit par les locuteurs :
f b, bυ:
hι n a -ø hυl - ε , ba dig -ee hi ma i mυ hagat- ι a -- ø
// qui / dét. / herbre pl. / accoucher acc .// // ils h./semer acc./ les/ donc/ ils nh/ aussi/ devenir ac./ dét./ herbre pl.//

« C'est que les herbes ont produit, qui deviennent aussi des herbes lorsqu’on les sème. »

Il s'agit bien ici de graines. Le sens de bi est précisé par le complétant «herbes». La
fonction de la lexie est pouvoir produire d'autres herbes de même espèce. Il faut souligner que
«herbes» est pris dans un sens hyperonymique. Plus on descend au niveau des hyponymes,
plus bi prend d'autres sens plus précis.
Exemple:
A hon-de b-i dι dig - e di daηι rε
//Dét./ haricot sg./ fils sg./il h./ semer acc./ il h. / porte sg//

« C'est un grain de haricot qu'il a sémé devant sa porte. »


Ainsi, pour tous les céréales, le nom du grain s'obtient en employant le nom du céréale et bi
comme second terme.

4.1.1.2.2.1. Employé avec un premier terme animé et une variation en nombre des deux termes

Dans un syntagme complétif composé de bi et un premier terme désignant un être animé, le


sens de bi dépend de ce premier terme. Exemples:
A fu b-i hεmε n tι taika la tεεsιni n wɔi
// Dét. / homme sg. /fils sg./ devoir inac./ tu / reflechir / et / ensuite / tu / parler inac. //

« L’homme doit penser avant de parler »


Le sens de fu bi est donné dans le metadiscours suivant:
fu bi: Kυr a fυ - ø hυl - ε « Ce que l’homme a enfanté.»
// qui / dét. / homme sg. / accoucher acc . //

L'on peut donc gloser cette lexie comme désignant l'être humain. Le pluriel s'obtient avec la
suffixation des morphèmes de classes aux deux lexèmes.
51

A fυ - ma b –u « Les êtres humains.»


// Dét./ homm pl./ fils pl. //

Bi peut aussi exprimer la notion de «élève». Mais le pluriel dans ce cas ne s'obtient pas par
suffixation de morphèmes de classes. Il s'obtient par l'emploi d'une autre lexie toujours au
pluriel :
A ceu b -i dι yati hal ga ti ceu dι bataaki-
//dét. / étude fils sg. / il h. / chercher inac. np./ pour / il dim./ mettre/ étude/ son/ lettre sg. //

« Il cherche un élève pour lui lire sa lettre.»


A lεkɔl daŋ a ceu ginda wε
//dét. / école sg. / dét. / étude / fils pl. / être ianc.//

« Les élèves sont à l'école. »


La lexie composée ceu bi, employée au pluriel avec ses suffixes de classes correspondantes,
désigne les lettres de l'alphabet.
Exemple:

A lεkɔl daŋ ba sɛb-rυ a ceu bu


//dét. / école sg . / ils h./ apprendre inac./ dét. / étude / grains pl. //

« C’est à l'école que l’on apprend les lettres.»

4.1.1.2.2.2. Avec un premier terme inanimé et une variation en nombre des deux termes
Soit les exemples suivants :
dι b -ndε b -i la wol -u « Il a mal au cœur. »
// il h. / cœur sg. / fils sg. / af. / bagarrer acc. //

A sab-a la a b -na b -u da Gorko wυ m -υ a kibsi fιndε


// dét. /foie pl./ et/ dét./ cœur pl./ fils pl./ seulement/Gorko / manger inac./ dét./ Tabaski/ jour //

« Ce sont les foies et les cœurs que Gorko mange le jour de Tabaski »
b ndε est une lexie polysémique en koromfe. Il peut signifier «le courage» ou bien le cœur.
Mais b ndε bi désigne le cœur en tant qu'organe dans le corps.
Au niveau des noms abstraits, bi peut prendre le sens de « cause », « sens », « raison », en
fonction du premier terme du mot composé.
Exemples :

Maa t -ε faama dι wɔi -ga b -i


// je / mettre acc. / compréhension / il h. / parole sg. / fils sg //

«Je ne comprends pas le sens de sa parole.»

mυ bε ι Hũnezatυ lɔggtɔrɔ d -aŋ yaam b -i , kala dι fɔrfaa


// je / ignorer / Hũnezatυ np. / docteur sg. / maison sg. / aller / fils sg. // excepté / il h. / être enceinte //
52

« Je ne sais pas pourquoi Hũnezatυ part à l’hôpital, peut être elle est enceinte.»

Au niveau de la flore et parlant des arbres, bi prend le sens de «fruit de...» dans le syntagme
complétif. L'on a l'impression que l'on ne peut pas dire «fruit» en koromfe sans préciser de quel
fruit il s'agit.

Exemples:
A fε -gυ bi la sol hũneŋã yũũ nĩ
//dét./ arbre sg. / fils sg. / af. / tomber acc. / hũneŋã np../ sur loc. //
« Un fruit est tombé sur hũneŋã »
La définition de cette lexie composée est glosée comme suit:
fεgυ bi: - kιr a fε - gυ hυl - ε - ε
// qui / dét. / arbre sg. / accoucher acc . af //

« ce que l’arbre a produit »


- kυr sι - tι a fε - gυ nι , ba dig -ee gυ ma gυ mυ hagat – ι a fε - gυ
// qui / sortir inac./ det / arbre sg./ loc.// // ils h./ planter acc./ il nh./ donc / il nh./ aussi / devenir inac./ dét. /arbre sg. //

« Qui sort de l’arbre, si on le sème il devient aussi un arbre.»

Ici il s'agit du fruit d'arbre de façon vague, c'est tout ce qu'un arbre peut produire et qui rentre
dans le cadre des fruits et des semences pour la même espèce. Le pluriel s'obtient de la même
façon que les lexies précédentes :
A fε-bι b-u a lemb-ga keŋ dι - rι
//dét./ arbre pl. / fils pl. / dét. / oiseau sg. / dem.dim./ manger inacc.. //

« Cet oiseau se nourrit des fruits. »


Mais lorsque que le ton de la dernière syllabe est haut, le sens change. Ce phénomène mérite un
éclaircissement.
exemple:
A fε-gυ bi la sol hũneŋã yũũ nĩ
//dét./ arbre sg. / petit sg. / af. / tomber acc. / hũneŋã np../ sur loc. //

« Un petit arbre est tombé sur hũneŋã »


Il reste à voir si le problème ne réside pas au niveau de la transcription de la lexie.
53

4.1.1.2.2.3. Bi dans un syntagme complétif avec un premier terme reduit à sa base lexématique
(sans variation en nombre)
IL arrive très souvent que dans un syntagme complétif seul le second terme varie en nombre.
Si le premier terme désigne un humain, la lexie formée désignera aussi un humain.
Exemple :
Mairama hε mam nι Fanta llε a cε hε m b -i
//Mariam np. / mariage / loc / Fanta np./ être / dét./ fille d’honneur sg. //

« C’est Fanta qui fut la fille d’honneur lors du mariage de Maïrama. »

A cεhεm bi est formé de A cε hε m, qui est aussi une lexie composée de cɔ w « femme» et de
hε mam «marriage» , et de la lexie bi. Son métadiscours est le suivant:
A cε hε m bi :

a cɔ -w b - i kιr ba tιg - ε ce ga tεŋg -ι a cε hε m -ɔ


// dét. / femelle sg./ enfant sg. / qui / ils h./ enlever acc./ afin/ il dim./ accompagner inac./ dét./ mariée sg.//

« La fille qui est selectionnée pour accompagner une femme mariée.»


Dans la lexie composée a bãnbi, le sens de ban- n'est pas connu. Cépendant cette lexie est
définie comme suit:
bãn-bi : llε a woime -ø b - i
//c'est /dét. / sœur sg. / enfant sg. //

« C'est l’enfant de la soeur (neveu).»

Exemple :
Dι bãn-bi la b –ε ye dι
// il h. / cousin sg. / af. / venir acc. / regarder acc./ il h. //

« C’est son neveu qui est venu lui rendre visite.»


Il y a un autre polysème de bi dont le premier lexème ne semble pas avoir de sens, en tout cas
pour les locuteurs d'un certain âge. Il s'agit de noobi.
Exemple:

A y-ɔ kã hɔf - υ a noob-u


// dét. / chef sg. / chaque / avoir acc./ dét. / esclave pl. //

« Chaque chef a des esclaves. »


Un de nos informateurs nous a mis en garde contre les conséquences sociales de la simple
prononciation de ce terme actuellement en milieu Koromba. Il précise dans l'entretien
enregistré que nous avons eu avec lui, que beaucoup de Koromba sont actuellement
identifiables par leur nom de famille comme étant à l'origine du clan des esclaves. Mais avec
l'abolition de l'esclavage, la prudence et le respect des droits humains, ce terme est de moins en
moins employé ou évoqué.
54

Dans le même ordre d'idée, les gens liés par une parenté maternelle ou paternelle sont aussi
désignés par des mots composés à partir de bi.
Exemple :

Dι sʌ- b -u la dι yã-b-u la bε - pos -u dι woten


// il h. / père pl./ fils pl. / et / dét./mère/ fils pl./ af. / venir ac.. / saluer acc/ il h./ matin //

« Ce sont ses parents paternels et ceux maternels qui sont venus le saluer ce matin. »

sʌbi est formé de sʌ «père» et de bi «notion de enfant». Ici il faut s'en tenir au sens contenu
dans le métadiscours donné par les locuteurs. En réalité, il y a une legère différence dans la
prononciation qui fait changer de sens. C'est en mettant la lexie au pluriel que l'on se rend
vraiment compte de sa polysémie. Sa définition est la suivante :

sʌbi , sʌbu: fυ sa- da - ŋ fυ- ø


//soi. / père maison sg. / qlq1 //

« C’est un ressortissant de la famille paternelle ou du village paternel.»

sʌbi , sʌbu: an fυ wol - u la a sabire


// celui / qlq1/ quereller inac./ avec/ dét./ rivalité //

« Celui avec qui l’on rivalise.»

sʌbire: a hυlam kυr teng- ri fυ la n sa - b -i


// dét. / parenté./ qui / relier inac./ soi/ avec/ tu / père-fils sg. //

« C’est la parenté qui lie quelqu'un au membre de sa famille paternelle .»


L'informateur, auteur de ce métadiscours, a attiré l'attention sur la particularité de la relation de

sʌbire qui unit les membres d'une famille. Il précise que c'est une situation de « guerre froide»,
une situation plus ou moins conflictuelle non exprimée. Ce qui lui permet d'ajouter la définition
suivante:

sʌbire: llε a paatam « c'est la rivalité »


// c'est. / dét. / rivalité //

Cette lexie est donc elle même polysémique. Elle désigne non seulement un relation de
parenté, mais aussi la rivalité. Sur le plan social, même quand elle est employée au sens de
«relation de parenté», elle reste péjorative et laisse entrevoir une possibilité de concurrence
dans la vie ou une rivalité ou même une jalousie lorsqu'un membre de cette relation prospère.

Dans les lexies composées de bi avec le premier lexème invariable, il arrive que cette base
lexématique soit phonologiquement complexe. Soit l'exemple suivant:

a ɟemp -i dι lo -e la a b- i keŋ yυ - 
//dét./ gravier sg / il h. / percer acc. / avec / dét./ enfant sg./ dem. dim./ tête sg //
55

« C’est avec un petit caillou qu’il a percé la tête de cet enfant. »

ɟempi est composé de ɟende «caillou» et bi «notion de petit». La lexie ɟende est à son tour
formée d'une base lexématique ɟen- « idée de caillou » et du morphème du singulier de
appartenant au suffixe de classe –de/a. La preuve est que son pluriel est ɟeŋã « cailloux ».
Dans ɟempi donc l'on a les deux lexèmes ɟen – et –bi. La nasale alvéolaire n dans la première
base lexématique a copié le trait bilabial de b à l'initiale de la deuxième base lexématique pour

se réaliser m dans ɟembi. Un phénomène de fortition, dû certainement à la voyelle palatale i, a


fait perdre à la bilabiale sonore son trait de sonorité pour devenir p. il en résulte donc une lexie

composée sous la forme de ɟempi.


Pour sa définition, nous en avons recueilli trois métadiscours.

A ɟempi : a) - a ɟen - de b - i hal - ga lυmb- ga


// dét. / caillou sg. / petit sg. / lisse dim. / rond dim. //

« Une petite pierre ronde et lisse.»


b) - a ɟen - ka hal -ga
// dét. / caillou dim. / lisse dim. //

« Une petite pierre lisse.»

c) - a ɟen - de lυmb- rε kυr ba wɔg -rυ la a sorei (ɟempu bi)


// dét. / caillou sg. / rond sg. / que / ils h./ casser inac. / avec / dét./ objets //

« Une pierre ronde servant à concasser des objets.»


Nous constatons que la dernière définition correspond à la fonction de ɟempi, tandis que les
deux autres donnent sa nature.

Une autre lexie composée fonctionne de la même manière. Il s'agit de gampi. Il est utilisé dans
des contextes comme celui suivant :

Alυ la hɔ -fυ a gamp -i « C’est Alu qui a la clé. »


//Alu np. / af. / tenir inac. / dét./ clé sg //

Gampi est composé de gambu « porte» et bi «notion de petit». La lexie gambu est à son tour
formée d'une base lexématique gambu- « idée de caillou » et d'un morphème du singulier
constitué de l'ensemble vide appartenant au suffixe de classe –ø/w. La preuve est que son
pluriel est gambuw « portes ».
Dans gampi donc l'on a les deux lexèmes gambu et bi. La consonne bilabiale sonore b en
finale de la première base lexématique gambu est géminée à la bilabiale b à l'initiale de la
deuxième base lexématique bi pour donner une consonne bilabiale sourde p. Il en résulte donc
une lexie composée sous la forme de gampi issue de gambu + bi. Il faut souligner que gambu
56

n'est plus empoyé par les locuteurs actuels du koromfe d'Aribinda. Toutefois, les personnes
âgées qui connaissent ce sens reconnaissent que c'est un terme encore utilisé par les Koromba
de la variante de Pobé Megao. Cette lexie est définie de deux façons :

A gampi : a) – kιr ba hɔ - fυ ba sɔg - rυ, la ba sɔgɔtrυ à gãηfu-w


// dem.dim./ ils h./ tenir inac./il h./ boucler inac// .cord. / ils h./déboucler det ./ porte pl. //

« Ce que l'on utilise pour boucler et déboucler les portes.»


b) -a kυfal-ø b-i « La clé d’une serrure.»
// dét. / serrure sg. / fils sg. //

c) -a gãηfu - ø b- i « La clé d’une porte.»


// dét. / porte sg. / fils sg. //

Dans le domaine des parties du corps des objets animés en général et du corps humain en
particulier, des lexies composées avec bi sont aussi employées. Il s'agit des lexies wolbi
«l'orteil» et de Wonbi «le doigt» qui se trouvent dans l'exemple suivant.

Kindo hɔ - faa wolb-u hυrυ la wonb-u hυrυ « Kindo a six orteils et six doigts.»
// kindo nprp./ tenir inacc./ orteil pl./ six / et / doigt pl. / six //

wolbi est formé de wole «pied» et de bi «notion de petit». Wole est à son tour formé d'une base
lexématique qui est wol- et d'un morphème du singulier –e appartenant au suffixe de classe –e/-
a. la définition de wolbi est confirmée par le métadiscours suivant:
A wolbi:
a wol- e tig -ni hιr yυ nι a wolkɔbs-υ wε nãhι llε a wolb - u
// dét./ pied sg. / lieu pl./ qui / sur / loc./dét./ ongle pl /être inac./ eux / c’est / dét./ orteille pl. //

« Les parties du pied sur lesquelles se trouvent les ongles sont des orteils.»

Quant à wɔnbi, il est formé de wɔndε «pied» et de bi «notion de petit». wɔ ndε est à son tour

formé d'une base lexématique qui est wɔ n - et d'un morphème du singulier –dε appartenant au

suffixe de classe –de/-a. La définition de wɔ ndε est confirmée par le métadiscours suivant:

A wɔ ndε:
a wɔ n-dε cεndgr-fa tereŋg-e-e la tig- nimã nυ m, tig- e kãã a wɔ ndb-i la
// dét./ main sg. / terminaison / diviser acc. af./ lieu sg. / cinq // lieu sg. / chaque/ dét./ doigt sg. / af. //

« Le bout de la main est divisé en cinq parties, chaque partie est un doigt.»
A ces lexies qui constituent des exemples parfaits de lexies polysémiques composées pouvant
s'écrire chacune en un seul mot, peuvent s'ajouter d'autres issues du domaine de la faune. Il
s'agit des noms des petits d'un grand nombre d'animaux qui sont a w rbi «le poussin», a
pesbi «l'agneau», a burbi « chevreau», a nebi «le veau»,et a perbi «ânon».
57

4.1.3. Au niveau pragmatique


Il arrive, dans l'usage pratique de la langue, c'est-à-dire dans la parole, que bi soit employé dans
un sens où seul le contexte peut désambiguïser.
Exemple:

Koŋ wυr- fυ la gυ dɔɔ , a b -i la


// dem./ être petit inac./avec/ il nh./ prix // dét. / fils sg./ af. //

« Il est petit avec ce prix, c'est un bi ! »


Il y a dans cet exemple un élément déictique dont le référent doit être élucider. Il s'agit du
démonstratif non humain singulier Koŋ qui se réfère dans ce contexte à un boeuf. La
conversation a lieu au marché de bétail entre un vendeur de boeufs et un acheteur. L'acheteur
s'inquiète devant un boeuf apparemment petite de taille dont le prix est élévé. En entendant cet
énoncé hors contexte, l'on ne peut donner à bi un sens exact. Mais en prenant en compte le
contexte, l'on voit bien que bi signifie veau. Il correspond au métadiscours suivant:
- a bi : kυr zen - a wυrfυ « Qui est peu âgé.»
// qui / âge pl./ peu //

Ainsi, dans la pratique, bi peut désigner «un poussin», «un agneau», «un ânon» et n'importe
quel autre animal.

L'on peut retenir que bi englobe les sens suivants : « bébé, ainé, garçon, fille, grain de, lettres
de l'alphabet, noyau de, fruit de, fille d’honneur, neveu/ nièce, esclave, parent paternel et
maternel, petit caillou, clé, orteil à l'exclusion du gros orteil, doigt à l'exclusion du pouce, ânon,
veau, chevreau, agneau, poussin ».
Dans parent paternel ou maternel, bi peut être traduit par « membre de ». Ce qui ramène
toujours à la notion de subordination à un groupe comme celui de « esclave » par rapport à
« noble ».
Dans les notions de «orteil» et de « doigt », il faut noter qu'il y a là aussi une certaine

hiérarchisation. Le gros orteil est dit wolbaarε « pied homme». Le pouce est dit wɔnbaarε «
main homme ».Wolbu «orteils» et w nbu «doigts» contiennent tous la base lexicale bu. Bi
exprime donc la notion de «petit».
L'invariant de bi serait donc la notion de «petit».
58

4.2. a bɔrɔ notion de « homme »

4.2.1. Au niveau morphosyntaxique


En tant que substantif, bɔrɔ est composé du lexème bɔ- et du morphème marqueur nominal –rɔ

appartenant au suffixe de classe ɔ/a.

4.2.1.1. Les paradigmes


De sources orales selon un de nos informateurs, l'origine de bɔrɔ doit être rechercher en tenant
compte des différentes origines des Koromba. L'on pourrait même remonter à l'époque
pharaonique en passant par les descendants de Askia Mohamed empéreur du royaume Songhaï

(1443-1538). Les Maïga d'Aribinda sont issus des sonraï où bɔrɔ est bien attesté. Maïga n'est
autre chose que Maga qui signifie «grand» en egyptien. Tandis que les Iba proviennent du
Clan des Ba des pharaons. La famille royale des pharaons est divisée en adorateurs de Ba, de
Ka et de Ra. Ces Ba se retrouvent actuellement au Sénégal et au Mali sous le même nom Bâ,

au Burkina et au Mali sous le nom Iba. L'autre source de bɔrɔ proviendrait du royaume de
Lorum en recherchant la relation entre les werem d'Aribinda et les wermi de la zone de
Bourzanga.

4.2.1. 2. Les caractéristiques morphosyntaxiques de bɔrɔ


La lexie bɔrɔ varie en nombre selon le suffixe de classe ɔ/na. La base lexématique est

constituée d'une syllabe ouverte bɔ- dont la voyelle finale s'harmonise en fonction du trait
ATR avec le suffixe de classe. La marque du pluriel étant na, la voyelle finale –a qui est une
voyelle antérieure ouverte, transforme la voyelle vélaire mi-ouverte arrondie de la base lexicale

ɔ- en une palatale mi-ouverte non arrondie ε. Ainsi l'on peut donc affirmer que c'est un nom au
regard de sa variation en singulier/ pluriel.

A bɔ -rɔ bεn- ε « l'homme est venu .»


//dét./ homme sg./ venir acc./
A bε - na bεn - ε « les hommes sont venus . »
//dét./ homme pl./ venir acc.//
59

4.2.1.2.1. La dérivation
Le substantif bɔrɔ admet une dérivation suffixale même si cette dérivation n'est pas
suffisamment productive. Nous avons des lexies dérivées comme bεnfε, bεnι, bara sur
lesquelles nous reviendrons.

4.2.1.2.2. La composition
Bɔrɔ rentre dans une composition dite génitive, c'est-à-dire dans une relation de possession
exprimée sous forme de X de Y. Il peut également rentrer dans une composition appositive où
il est le premier ou le deuxième terme (qualifié ou qualifiant).

4.2.2. Au niveau sémantique


Déterminer la variation de sens de bɔrɔ dans la dérivation opère en cette lexie un grand
changement morphologique au point où sa base lexicale devient difficilement identifiable.

Par la dérivation et la composition, bɔrɔ exprime des notions diverses; courage, rivalité,
homme, appareil rerpoducteur masculin, sexe masculin, vieillesse, mari.

4.2.2.1. La dérivation
La dérivation en koromfe étant suffixale, normalement c'est le suffixe de classe de bɔrɔ
seulement qui devrait connaître le changement. Mais il se trouve que cette dérivation suffixale

a un impact phonologique sur la voyelle de la base lexématique bɔ-. Il arrive que la voyelle
postérieure mi-ouverte arrondie devienne une voyelle palatale mi-ouverte non arrondie.
Exemples :
A bεn - ι koi ba hυιma
//dét./homme der.n./ loc / nég./ facile //
« Il n'est pas facile d'être courageux ! »

A bεn - fε dι bag - ε kai dι ba dει- a hɔ ɔ - rε koŋ


//dét./homme der.n./ il h./ faire acc./ si non/ il h./ nég./pouvoir inacc./dét./ botte de mil sg./ dét. //
« Il fait le courageux sinon il ne peut pas porter cette botte de mil. »
A bεnfε est un constituant syntaxique nominal parcequ'il est accompagné d'un déterminant. Il
a le même sens que a Bεnι. mais en koromfe d'Aribinda, l'on fait a Bεnfε et l'on a a Bεnι. Ceci
parce que bεnfε est une qualité que l'on se donne, l'on prend l'intention de l'exprimer. Mais
bεnι est une qualité qui s'acquiert et qui s'exprime indépendamment de soi, l'on ne peut pas
faire semblant. Les définitions suivantes font la distinction entre les deux.
60

Exemple:
A Bεnι : hal fυ baa fυ n - ø ka
// lorsque / on / nég. / craindrer inac./ nég//

«Quand on n’a pas peur. »


A Bεnfε: llε a bεnι bagam
//c'est/dét./ courage/ faire //

« C'est faire le courage. »


A Bεnι correspond à la définition du mot «courage» en français. C'est selon REY (1988:287)
«l'énergie morale face aux dangers, aux difficultés de la vie». Ce qui nous renvoie à une autre

définition de la lexie bɔrɔ.

Exemple: a bɔ - rɔ llε an hɔ - fυ a bεnι


//dét./ homme sg./ c'est/ qui./ avoir inac./ dét./ courage //

« L'homme c'est celui qui a le courage.»

Mais Bεnι a un autre sens allant dans le cadre de la nomenclature des objets concrets, ou plus
précisement, celle des parties du corps humain.
Exemple:

Durel bεnι la hɔ - rυ « le sexe de Durel le gratte »


// Durel np. / sexe / af. / gratter inacc. //
Autrement dit « Durel a une démangeaison au sexe.»
Les locuteurs nous ont donné des métadiscours différents sur ce deuxième sens de bεnι.
Exemple1:

A bεnι llε a bɔ - rɔ kυl - ɔ nυ mmυ -ø Kυr dι hɔ - fυ dι nε -rι la dι


//dét./sexe / c'est/ dét./ homme sg./ corps sg./ chair sg. / que / il h./ tenir inac./ il h./ uriner inac./avec / il h/
Zu - ru la dι cɔ - υ (a mυ rε )
rentrer inac./ avec/ il h./ femme sg. //

« A bεnι c'est la partie du corps de l’homme servant à uriner et à faire des rapports sexuels. »

Exemple2:
A bεnι llε a hυ rι - ø la a mυ -rε
//dét./ bεnι / c'est/ dét./ testicule pl. / et / det ./ verge sg. //

«A bεnι c'est le pénis et les testicules »


Dans le premier exemple, bεnι est synonyme de mυrε «verge». Mais sur le plan social, ce
terme revêt une impudité. Il est prononcé par des enfants et des personnes impudiques. Voilà
pourquoi l'on préfère dire bεnι. Toutes les deux définitions renvoient exclusivement au sexe
masculin. Le terme se reférant au sexe féminin est .
61

Une autre lexie qui n'a apparemment rien à voir avec bɔrɔ est le terme bara. Un de nos
informateurs a insisté sur le fait qu'il y a une relation entre ces deux termes et que cette relation
peut ne pas être perceptible par un locuteur non natif du koromfe. Il va jusqu'à affirmer que
c'est le même mot.
Exemple:
Bintou ba - ra llε muusa
// Binout np./mari sg./ c'est / Moussa //

« Le mari de Bintou est Moussa. »


Après analyse, nous parvenons à confirmer son affirmation parce que le pluriel de bara est
bεna, la meme lexie désignant le pluriel de bɔrɔ. Le métadiscours suivant donne sa nature.
Exemple:

A bara : llε an hε m - a cɔ -υ
// c'est/celui/ marier inac./ dét./ femme sg. //

« C'est celui qui a marié une femme. »


Dans les familles polygames, une certaine relation s'établit entres les coépouses. Cette rivalité
se manifeste par la jalousie et par l'égoïsme dans la possession des biens et dans le traitement
des enfants. Le signifiant de cette relation est dérivé de bara.
Exemple:
A cε - na mεnt -ε-ε a ba- ra duru, kala a bar- kε tug - o ba təlε
// dét./ femme pl. / reunir acc./ dét./ mari sg. / tout // donc / dét./ mari der. / asseoir inac./ elles / entre //

« Si des femmes ont un mari commun, une rivalité s'installe entre elles. »
Cette relation est définie comme il suit:

A barkε : llε a woi- ni laalɔ -υ la a wolam bυrbυrυ-w a fυ cε - na təlε


// c'est / dét. / parole pl. / mauvais pl. / et / dét. / bagarre / court pl. / dét. /quelqu'un/ femme pl./ entre //

« Ce sont les mauvaises paroles et les petites bagarres entres les femmes d'un homme ».
C’est donc une relation conflictuelle entre coépouses.
Notre informateur souligne que par extension, des femmes peuvent ne pas avoir un même
mari, mais dévélopper cette sorte de rivalité. Il y a des concessions où les Koromba ne sont pas
polygames et ou les femmes qui y habitent sous des toits de maris différents, manifestent
fréquemment des relations conflictuelles. Cette sorte de « jalousie » se manifeste entre les
belles sœurs, entre belle fille et belle mère, entre voisines. Il semble que ce sont les objets que
leurs maris leur donnent ou les biens qu’elles possèdent qui sont à l'origine.
62

L'on voit donc que cette relation tourne autour du mari. Le mari désignant le conjoint homme,

l'on peut facilement percevoir le lien sémantique entre bɔrɔ»homme», bara»mari» et barkε
«rivalité entre coépouses».

4.2.2. 2. La composition
Dans la composition où Bɔrɔ est le premier terme, la prémière base lexématique garde le sens
de homme de sexe masculin, et c'est la deuxième base lexématique qui joue le rôle de
qualifiant.
Exemple:
A mε -ndε yoro n kund -ru a bεn-hãmnεn -υ
// dét. / guerre sg / dans / tu / trouver inac./ dét. / courageux pl. //

« C’est dans la guerre que l’on trouve les courageux.»


Dans cet exemple, la lexie bεn-hãmnεn est composée de deux lexèmes: bεn- et hãmnεn. Si le

premier lexème renvoie à bɔrɔ, le sens du deuxième n'est pas clair chez nos informateurs.
Néanmoins, le sens de la lexie composée est donné dans le métadiscours suivant :

bεn-hãmnεn a bɔ - rɔ an dει - ø a wol - am


// dét./ homme sg./ qui / pouvoir inac. / dét./ bagarrer inf. //

« Un homme qui peut combattre ».


C'est donc un combattant. Des précisions ont été données à ce sujet. bεn-hãmnεn désigne une
qualité d'homme parmi les hommes. Lorsqu'il y a une guerre tribale, parmi les combattants
(wolba), les bεn-hãmnεnυ sont ceux- la qui sont très courageux, qui maîtrisent les techniques
de combat et dont la présence est nécessaire pour vaincre. Ils combattent pour l'honneur, pour
mériter leur bravoure. Ils sont respectés dans la société et constituent les piliers de la sécurité
des cantons. A Aribinda, ceux qui portent le nom de famille Koura sont connus pour leur
témérité (kouro) dans le combat.

Une autre lexie composée de la même façon est bεlkɔ ɔrε . Elle est composé de bɔrɔ le

qualifié et de kɔ ɔrε « vieux » qui est le qualifiant.


Exemple :

A bεl-kɔ ɔ -rε bεl - ε la wol -u « Le vieillard a mal au dos. »


// dét. / homme vieux sg. / dos sg. / af. / bagarrer inacc. //

Sa définition est confirmée par le métadiscours suivant:

A bεlkɔ ɔ rε : A bɔ - rɔ an kɔ ɔ t - υ
// dét./ homme sg./ qui / vieillir acc. //
63

« Un homme qui a vieilli. »

Lorsque bɔrɔ est la deuxième base lexématique d'une lexie composée, le sens de la nouvelle
base composée peut être tout à fait différent, de sorte que l'on n'y perçoit plus clairement la
notion de «homme».
Exemple:
A hυrbεtε ba dãŋg -rι la a fε ι
// dét./ spatule sg. / ils/ remuer inac./avec/dét./tô//

« C'est avec une spatule que l'on remue le tô»

Dans hυrbεtε l'on a hυr- qui rappelle l'idée de horbam «préparer le tô» et bεtε qui rappelle

l'idée de «mâle». Pour mieux cerner le sens de bɔrɔ dans hυrbεtε, un détail mérite d'être fait.
Chez les Koromba, le tô, c'est de la pâte de mil qui est la principale nourriture. Ce mil est
cultivé généralement par les hommes et gardé par eux dans les gréniers. Il est pilé par les
femmes et pour sa cuisson, l'on utilise une grande spatule appelée hυrbεtε. Pour sa
consommation, on l'accompagne d'une sauce. Les composantes (ingrédients) de cette sauce
proviennent des femmes, de leurs petits champs ou de certaines feuilles qu'elles cueillent ça et
là (gombo, arachides, oseilles...). C'est à elles de trouver le sel, le piment, la potasse pour
l'assaisonner. Il arrive même que des femmes montent sur des baobabs pour cueillir les feuilles
lorsque les hommes et les enfants ne les y aident pas. Pour la cuisson de cette sauce, elles
utilisent une sorte spatule plus petite appelée fileeŋã. Fileeŋã est donc mince tandis que
hυrbεtε suffisamment gros et résistant pour pouvoir remuer le tô sans se briser. Les fonctions
sont donc différentes. Au niveau même de la fabrication, ce sont des hommes qui taillent les
spatules pour le tô et les mortiers. La spatule pour la sauce fileeŋã, n'a pas forcément besoin
d'être taillée par les hommes. Même les femmes à l'aide d'un couteau coupent des brindilles et
en font des petites spatules. À l'heure actuelle, tout est fait par les hommes et vendu sur la place
du marché. Le terme bεtε évoque donc la grandeur de la spatule de tô par rapport à celle de la
sauce. Le métadiscours sur a hυrbεtε donne non seulement la nature, mais aussi la fonction de
cet instrument :

a dε ε rε sε t -gυ kυr yυ paptυ ba hɔ - fυ ba dãŋg -rι la a fε ι


// dét./ bois sg. / sculpté sg./ qui / tête / aplatti / ils h./ tenir inac./ ils h./ tourner inac./avec/ dét./tô sg. //

« Du bois taillé ayant une extrémité aplatie utilisé pour remuer le tô. »

Au niveau des êtres animés, bεtε ou bɔrɔ est employé pour exprimer l'idée de «mâle» ou de
masculinité.
Exemple:
64

Ba a wõrbε-tε gooten ka a wõryã -υ dobl-a la


// même/ dét./ coq sg./ inexistant / partic./ dét./ poule sg. / pondre inac./ af.//
«Même s'il n'y a pas de coq, la poule pond. »
Dans cet exemple, a wõrbεtε est en opposition avec wõryãυ. Wõrbεtε est composé de deux
bases lexématiques qui sont r ŋ «gallinacé» et bεtε «mâle» . r ŋ à son tour composé
d'une base lexicale et d'un morphème du singulier- ŋ. Sa définition par les Koromba est la
suivante :

A wõrbεtε : a wõr- ŋ kesee-gu kυr llε a bɔ - rɔ


// dét./ poulet sg./ grand sg. / qui / c’est / dét./ mâle sg.

«Un gros gallinacé mâle. » « un coq »


Lorsque le gallinacé mâle est de petite taille, on emploie une autre lexie composée qui est
wõrbεrga ou bεrga est le diminitif de bεtε. Ce qui est défini comme suit:

A wõrbεrga : a wõr- ŋ bonneŋã kιr llε a bɔ - rɔ


// dét./ poulet sg./ petit sg. / qui / c’est / dét./ mâle sg.

«Un petit gallinacé mâle.»


Les noms de certains animaux mâles sont formés de la même manière. L'on dira a pesbεtε »le
bélier» ou pesu signifie «mouton». Mais avec nεfε «bœuf » dont le pluriel est nει, l'on dit à

nειbɔrɔ «taureau» et non nεfεbεtε.


Au niveau des humains, la lexie nιιgυ est employée pour exprimer les relations de parenté par
alliance. L'exemple suivant va dans ce sens.

A cɔ - υ hoŋ wote də sam - u də nιιbɔ -rɔ baŋkaa - ya


// dét./ femme sg./ dem./ être inac./ elle / laver inac./ elle / beau père sg./ habit pl. //

« La femme est en train de laver les habits de son beau père. »

La lexie composée nιιbɔrɔ est définie comme il suit :

A nιιbɔrɔ: fυ cɔ - υ wala fυ ba - ra sa - ø
// soi / femme sg. / ou / soi / mari sg. / père sg. //

« Le père du conjoint ou de la conjointe. »


Par extension, le père du conjoint, les frères du mari ainsi que tous les hommes de même
village que le mari sont les nιιbεna de la femme. Pour le conjoint, son beau père, ses beaux
frères ainsi que tous ceux qui sont de la même localité que sa femme sont ses nιιbεna.
65

4.2.3. Au niveau pragmatique


Il arrive que dans l'usage pratique de la langue, c'est-à-dire dans la parole, que bɔrɔ soit
employé dans un sens ou dans un autre que seul le contexte peut déterminer.
Exemple:

A bɔ -rɔ ba hε mε la a boroŋgam
// dét. / homme sg. / nég. / devoir / avec / dét./ murmurer //

« Il ne convient pas à l'homme de parler à basse voix. »

Ici bɔrɔ désigne un être humain de sexe masculin. Mais lorsqu'on tient compte du verbe
«devoir», et de la négation, l'on comprend que boroŋgam ne signifie pas murmurer, mais

médire. Et dans ce cas, bɔrɔ ne désigne pas un homme, mais chaque homme de façon indéfinie
ou du moins, toute personne de sexe masculin.

Il arrive également que bɔrɔ soit utilisé pour interpeler quelq'un, il assume dans ce cas une
fonction conative ou la fonction phatique, pour reprendre les termes de Roman Jacobson. En
effet, il permet de s'adresser à un inconnu de façon affectueuse ou respectueuse, et d'attendre de
cette personne une attention particulière.
Exemple:

A bɔ- rɔ, tugo !


// dét./ homme sg./, asseoir imp. ! //

« Monsieur, assois-toi.»
Il faut rappeler que le vous de respect n'existe pas en koromfe. Ceux qui sont influencés par le
français ou le moore s'efforcent d'utiliser le vous du pluriel pour exprimer le respect qu'ils ont à
l'égard de leur interlocuteur. Cet énoncé peut donc bien être traduit par « Monsieur, asseyez-

vous!». Dans tous les cas, bɔrɔ prend le sens de «monsieur» pour exprimer le respect. Employé
à l'égard d'une connaissance, il maintient la distance et le respect et assume la fonction
impérative ou injonctive.
Dans d'autres situations, il permet simplement d'interpeler un inconnu et d'obtenir une
information sollicitée. Il assume dans ce cas la fonction phatique.
Exemple:

A bɔ- rɔ, nde n sιtι ?


// dét./ homme sg./, d'où / tu / venir inac. ! //

« Monsieur, d'où viens-tu ?»


66

Nous pouvons donc retenir que bɔrɔ, dans ses dérivés et composés, peut acquérir les sens de
«homme », «mâle», «mari», «rivalité», «organes de reproduction», « courage», «parenté par
alliance» et enfin remplir une simple fonction de communication.
Tous ces sens semblent avoir un noyau qui renvoie à la virilité, ou à la masculinité. La virilité
étant un ensemble de qualités, d'énergie et de courage que l'on attribue traditionnellement au
sexe masculin.

4.3. A bĩĩndε notion de « cœur »


Lorsqu’on parle de « cœur », on pense d’emblée à l’anatomie. On ne voit pas immédiatement la
possibilité de polysémie de cette notion. Cependant, l’analyse à travers la morphologie, la
sémantique et l’emploi pragmatique de [a bĩĩndε] permet de mieux cerner non seulement les
différents polysèmes qui se dégagent, mais aussi les relations qui existent entre eux.

4.3.1. Au niveau morphosyntaxique


bĩĩndε est une lexie constituée d'une base lexématique qui est bĩĩ- et et d'un morphème
marqueur nominal –ndε appartenant au suffixe de classe -nde/-a.

4.3.1.1. Les paradigmes


bĩĩndε semble être une lexie appartenant au stock lexical koromfe. Aucune langue voisine du

koromfe n'a un signe linguistique qui s'apparente à bĩĩndε. Elle est néanmoins présente dans

toutes les variantes koromfe, même si l'on note une variance phonologique dans la variante de
Mengao où elle est prononcée lentement de sorte que l'on perçoit bĩnndε .

4.3.1. 2. Les caractéristiques morphosyntaxiques de bĩĩndε


La lexie bĩĩndε fait partie de la catégorie des nominants au regard de sa variation en nombre
selon le suffixe de classe -ndε /na. Sa base lexématique nominale est constituée d'une syllabe
ouverte bĩĩ- avec une longueur syllabique qui se reduit dans les lexies composées.
Elle est apte à assumer les fonctions syntaxiques de sujet et d'objet.
Exemple :
A malfa tar -ɔ la b -ε la a dυ m -dε sab -rε la gυ bĩĩ -ndε
// dét. / fusil sg / tireur sg./ af. / venir acc./ avec / dét. / lion sg. / foie sg. / et / il nh. / cœur sg. //

« Un chasseur a amené le foie et le cœur d’un lion.»


67

4.3.1. 2.1. La dérivation


Les lexies dérivées de Bĩĩndε sont assez rares. Le sens que son équivalent peut prendre par
dérivation dans d'autres langues est rendu en koromfe par une composition avec d'autres bases
lexicales.

4.3.1. 2.2. La composition


bĩĩndε rentre surtout dans une composition dite appositive, c'est-à-dire dans une relation de
qualifiant et de qualifié. Il occupe généralement la place de premier terme (qualifié).
Exemple :
A bĩn - yεyla « la déception »
// dét. / cœur-degradation//

4.3.2. Au niveau sémantique


Lorsque l'on évoque le terme bĩĩndε, l'on a l'impression que le sens qui vient à l'esprit de façon

empirique est le cœur. L'on peut penser au cœur physique, mais dans l'inconscient koromfe, le
cœur physique n'est pas toujours une donnée empirique. Lorsque l'on dit par exemple:
huutu bĩĩ –ndε la wol -u « Houtou a mal au cœur (poîtrine). »
// Huutu np. / cœur sg / af. / irriter inac. //

Il ne s'agit pas forcément du cœur biologique situé dans la poitrine, mais de toute douleur
localisée dans la poitrine. Parce que le cœur de l'homme est sujet à beaucoup d'autres situations
désagréables qui ne sont pas d'ordre physique, mais métaphysique. Il peut se gâter, être bon ou
même être aigre.
Mais lorsque l'on dit :
huutu bĩĩ –ndε bi la wol - u
// Huutu np. / cœur sg ./ fils / af. / irriter inac. //

« Le «fils» du cœur de Houtou lui fait mal (son cœur lui fait mal).»
« Houtou a mal au cœur »
L'on peut facilement comprendre qu'il s'agit du morceau de chair dans la poitrine comme
l'indique le métadiscours suivant :
A bĩĩndε bi:
a hui - re kυr wε a dε - tε nι gυ sã - rι la gυ ba hik - ra kala a sι m.
// dét./ chair sg. / qui / être inac./dét./poitrine sg./loc./ il nh./ sauter inac./ et/il nh./nég./ s’arrêter inac./sinon /det/mort/

« Le morceau de chair situé dans la poitrine et qui ne s’arrête qu’à la mort. »


68

Comme déjà indiqué plus haut, le coeur peut se gâter, et cela correspond à une situation de
découragement.
Exemple:
Muussa bĩĩ-ndε la yει « le cœur de Moussa s'est gâté. »
// Muusa. / cœur sg./ af. / gâter inac. //

Dans une telle situation, l'on dit que Moussa est atteint par a bĩn-yεyla. Ce qui est défini par
les métadiscours suivants :
1- A bĩn - yεyla : - kυr fυ bĩĩ-ndε yει - rι
// Quand / on / cœur sg. / gâter inac. //

« Quand le cœur de quelqu'un se gâte.»


2- kυr a wali dar - ø fυ la m ba dει - ø baa n wal hãηsυ m
// quand/ dét. / problème / arriver inac./ qlq1/ et / tu / nég./pouvoir inac./ même/ tu / travailler inac./ bien //

« Quand on a un problème et l’on ne peut même plus bien travailler.»


Le cœur peut se lever, dans ce cas, le Koromdo comprend par là qu'il y a énervement.
Exemple:

A bεl kɔ ɔ-rε bĩĩ -ndε hĩnn -ε « Le vieillard s’est énervé. »


// dét. / vieillard sg. / coeur sg. / lever acc. //

L'énervement est ainsi appelé a bĩnhĩnnam. Ce qui est défini comme suit:
A bĩnhĩnnam : kυr fυ bĩĩ – ndε hυ - tι
// quand/ on / cœur sg. / énerver inac. //

« Quand on s’énerve. »
Si l'énervement est fréquent, c'est-à-dire que le sujet s'énerve vite, on qualifie cette personne
de bĩn- homey sa, c'est-à-dire, de quelqu'un dont le cœur est rapide.
Exemple:
Durel bĩĩ-ndε homyã « Le cœur de Dourel est rapide.»
// Durel np./ cœur sg. / être rapide. //

Cette situation est exprimée par la lexie composée bĩn- homey et définie par le métadiscours
suivant:

bĩn- homey : llε kυr a fu-øb- i bĩĩ- ndε hĩn -ti wolewole
//c’est/ quand/ dét./humain sg./ couer sg. / lever inac./ vite vite //

« Le fait de s’énerver vite. »


La méchanceté est également nommée par une lexie composée de bĩĩ-ndε «notion de cœur» et
de bĩrmĩy «noirceur». Lorsque l'on a demandé à un locuteur de définir ce que c'est que bĩn-
bĩrmĩy il a repondu par un syntagme nominal.

bĩn- bĩrmĩy : a hɔι « La méchanceté »


// dét. / méchanceté /
69

Le cœur est donc le siège des défauts caractériels. Et ce sont ces défauts qui gagnent l'homme,
qui le submergent qui le dominent et qui se l’approprient. Cependant, il est aussi le siège des
qualités.
Exemple:
A b- i k -eŋ hɔ -fυ a bĩn-tĩŋey « cet enfant est téméraire. »
// dét. / fis sg. / dem. dim./ tenir inac. / dét. / cœur –dur //

Apparemment, le cœur dur est un defaut, mais il peut dans beaucoup de situation être consideré
comme une qualité. C'est dans ce sens que l'humain se l'attribue ou l'attribue aux autres
humains. Sa définition est glosée comme il suit:
A bĩn-tĩŋey : llε kυr fυ tιr - ø suusa hãnda , m ba fυ na kãŋkã
// c’est./quand / qlq1/ mettre inac./ audace / beaucoup// // tu / nég./ peur / rien //

« C'est quand on est audacieux, quand on n'a peur de rien.»


Exemple :

A bĩndɔnmιy la hɔ - fυ a b - I k- eŋ hãnda
// dét./ joie / af./ tenir ianc./dét./ enfant sg./ dem. Dim./ beaucoup //
« Cet enfant est très joyeux »
Le cœur est pour ainsi dire, le siège de bĩndɔnmιy «la joie». Ce qui est défini comme suit:
A bĩndɔnmιy :
a) kυr fυ wε m mɔmυ ma n tir -ι moosa la m boŋ – ø a hãrε ĩ la a fυ-ma dυrυ
// quand./ on/ être/ tu / rir inac. / ou / tu / mettre inac./sourir /et / tu /vouloir inac./det/ bien / et/ dét./ gens / tout//

« quand on est en train de rire ou de sourire et l’on veut du bien à tout le monde.»

b) hal fυ bĩĩ - ndε dɔnd - υ ka « Quand le cœur est bon. »


// si / on / cœur sg. / être bon inac./ af.//

Bon est ici synonyme de content.


Nous pouvons donc retenir que a bĩĩndε est une lexie qui acquiert plusieurs sens en fonction

de ses emplois. Il peut signifier «Coeur» , a bĩn - yεyla «le découragement», a bĩndɔnmιy

«la joie», a bĩnhĩnnam «l'énervement», a bĩn- homey «la rapidité dans l'énervement», a
bĩn- bĩrmĩy « la méchanceté», a bĩn-tĩŋey «la témérité».
Tous ces sens semblent avoir un noyau qui renvoie à un centre ou siège des qualités et des
défauts, un siège des sensations et des comportements face à l'environnement extérieur. Pour ce
noyau de sens nous retenons la notion de « âme ».

4. 3.3. Au niveau pragmatique

L’on rencontre parfois dans la pratique de la langue, un emploi de bɩɩnd qui porte un sens tout
à fait différent de ce que nous venons de voir.
70

Exemple:
A bɩɩnd toma llɛ
// dét. / coeur sg. / travail. /c’est //

« C’est le fruit de l’action du cœur. »


Il est difficile de déterminer le sens de bɩɩnd dans cette phrase si l’on ne prend pas en
considération le contexte dans lequel cet énoncé est produit. nd est doué ici, dans
l’entendement du Koromdo, d’action. Cette action est perçue négativement. Lorsqu’une
personne pose un acte de vengeance par exemple, le Koromdo perçoit cela comme étant le
fruit de l’action du coeur. Il ne s’agit pas du coeur biologique, attribuable à tel ou tel
individu, mais d’un coeur fictif, qui n’a pas de propriétaire fixe.
Cet emploi de bɩɩnd est incompatible avec une deictique de la montration, parce que celui-
ci modifie son sens. Si l’on venait à prononcer l’exemple suivant, le sens changerait
énormément;
Də bɩɩnd toma llɛ
// dét. / coeur sg. / travail. /c’est //

« C’est le fruit de l’action de son cœur.»


Ici, l’on penserait au cœur physique, et partant, aux problèmes cardiaques. Ceci est plus clair
lorsque l’on compare les exemples suivants :
A bɩɩnd ba h rɩy « Le cœur n’est pas bon. »
// dét. / coeur sg. / nég./être bon //

Son bɩɩnd ba h rɩy « Son cœur n’est pas bon. »


// dét. / coeur sg. / nég./être bon //

Dans le premier cas, seul le contexte permet de situer l’auditeur. Mais dans le second cas, la
deictique de la monstration « son » lève toute ambiguïté.

Un autre exemple est la situation où l’on désigne l’état de quelqu’un qui est énervé pour une
bagatelle.
Exemple:
Ye na dəkɔ, a bɩɩnd wole wole « Regardez-le, déjà le coeur »
// regadrer imp./vous /il hum./ dét./ coeur sg. / vite vite //

Pour dire « Regardez-le, il est déjà énervé. »

Les emplois pragmatiques de bɩɩndɛ sont des emplois qui ne peuvent être compris que par la
prise en compte du contexte d’énonciation.
71

Pour les noms ainsi étudiés, l’idée de polysémie ou de l’existence d’une relation entre les
différents sens a été renforcée par le fait que nous ayons pu proposer un sens invariant. Ce qui
confirme que nous sommes bien dans des cas de polysémie et non de synonymie. Nous
pensons donc que pour tout nom qui admettrait une relation entre ses différents sens, il faut
nécéssairement au niveau lexicographique, les regrouper sous une même entrée.
L’approche ainsi faite a permis de voir dans la polysémie des verbes que tous les verbes
analysés admettent les suffixes agentif humain ( /ba) ou non humain (gυ/ h ), locatif (-fa) et
diminutif (ga) pour désigner successivement l’agent humain ou non humain, le lieu de l’action
et l’objet utilisé pour agir. Le sens du radical reste sensiblement le même.
Avec les variations aspectuelles, l’on retiendra que le verbe dɔmnam, de tous ses polysèmes
entendre, comprendre, parler « une langue étrangère », écouter, suffire « y avoir assez de...»,
sentir « ouie, odorat, toucher, intuition», infliger une peine «fatigue, faim, soif, maladie»,
altérer, et bien doser (assaisonner), a comme sens invariant de percevoir.
Le verbe Dιam admet différents sens qui sont : manger, consommer, dépenser, règne, détruire,
user, distraire, noyer, emprunter, amaigrir, battre. L’invariant ou le noyau de sens que nous
avons retenu est « s’approprier ». C’est par l’appropriation d’une chose que l’on peut la
manger, la dépenser, régner sur elle, l'user, la détruire, la noyer ou la battre.
Pour le verbe kϽtam, l’on retient que sa valuation est plus négative que positive. Ses différents
sens sont : couper, rompre, se sédimenter, se désagréger, se liquéfier, effrayer (interrompre la
quiétude, le rythme normal de la vie), rompre les relations sociales, interrompre, se fermenter,

faire désespérer ». L’invariant que nous avons perçu pour kɔtam est rompre.

Pour la polysémie des nominaux, les différentes notions de bi « fils », bɔrɔ « homme » et

bĩĩndε « cœur » sont inégalement productives. Si bi englobe les sens suivants : bébé , ainé,
garçon, fille, grain de, lettres de l'alphabet, noyau de, fruit de, fille d’ onneur, neveu/ niéce,

esclave, parent paternel et maternel, avec pour invariant la notion de « petit » bɔrɔ, et bĩĩndε
sont moins polysémiques.

bɔrɔ, pour tous ces sens semble avoir un noyau qui renvoie à la « virilité », ou à la
masculinité. Dans le domaine de la virilité, il y a un ensemble de qualités, d'énergie et de
courage que l'on attribue traditionnellement au sexe masculin.
Quant à bĩĩndε, il est perçu comme le siège des sensations et des influences de l'environnement
extérieur. Nous retenons la notion de “âme” au sens de “partie essentielle” comme son noyau
de sens.
72

Conclusion

L’analyse de la polysémie des verbaux et des nominaux en koromfe revèle que, d’une
manière générale, la variation du sens d’un verbe est plus liée à la variation de la nature de ses
arguments qu’à sa variation aspectuelle ou à sa fonction.
L'hypothèse qu’il y a une relation sémantique entre les différents sens de chaque lexie
polysémique, notamment un noyau de sens invariable à été corroborée par les différents
invariants proposés à la fin de chaque analyse. Tout en excluant l'idée de prototype, nous avons
recherché la forme constante dans les différents sens en nous appuyant sur des métadiscours
donnés par les locuteurs eux-mêmes. La langue koromfe ayant ses spécificités liées à sa localité
et aux us sociaux, nous avons fait recours à des informateurs de différents âges et milieux
sociaux divers.
Les résultats auxquels nous sommes parvenu montrent que les trois verbes dɔmnam,
dɩam et kɔtam admettent respectivement comme noyau de sens invariants de leurs polysèmes,
les notions de « rompre », « percevoir » et de « s’approprier ».
C’est dans ces changements que s’actualise, pour chaque verbe, son noyau de sens tout
en marquant un sémantisme différent.
Quant aux nominaux, l’on retient que leur sens varie en fonction de la dérivation ou de
la composition qui influent sur leur nature de départ. Pour les lexies bɩɩnd , bɔrɔ et bi, les
notions retenues comme noyaux de sens sont ; « âme », « virilité » et « petit ».
La démarche sémantique et lexicographique que nous proposons est de prendre en compte au
niveau des noms, la nature et la fonction et d’en rechercher l’invariant. Pour les verbes, il faut
surtout utiliser la nature des arguments pour opérer tout choix dans leur sémantisme. Et
lorsqu’il n’y a pas de relations unissant les acceptions d’une lexie polysémique en koromfe, il
faut adopter le traitement dégroupé dans l’élaboration des dictionnaires koromfe.
Les problèmes rencontrés se situent surtout au niveau de la collecte des données. Certains de
nos informateurs changent de tempérament lorsque l’on leur pose des questions relatives au
sexe, et deviennent réticents pour la poursuite de l’entretien. Aussi, la divergence de points de
vue entre nos informateurs sur certaines lexies, notamment au niveau tonal, nous a conduit à
exclure certaines données non moins importantes, pour nous en tenir aux acceptions unanimes.
Ce travail est une ébauche vers l’établissement d’un dictionnaire monolingue en koromfe. Il
peut servir d'orientation pour toute investigation d'ordre sémantique, voire lexicographique sur
la langue koromfe, au regard des rubriques sur la faune, sur la flore, les variances
73

géographiques et sur les usages socio- pragmatiques glanés pour traquer les polysèmes des
lexies retenues.
Pour compléter cette recherche, nous pensons qu'il faut aller aussi vers l’informatisation de la
langue koromfe et l’édition d’un dictionnaire monolingue, utiliser les logiciels comme Praat et
le prosogramme de Piet MERTENS pour statuer sur la problématique des tons et constituer des
corpus oraux, afin de rendre accessible aux chercheurs et à tous ceux qui s'intéresseraient au
koromfe, une banque de données numériques fiables et accessibles sur Internet partout dans le
monde.
74

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ouvertes.fr/docs/00/06/79/02/PDF/these_Venant.pdf (Consulté le 06/09/2011 à 19h12)
VII

Annexes

Contextes d'utilisation des mots polysémiques


A) - a dɔmnam «entendre »

N dɔmn -ε wala ? « As-tu entendu ? »


//tu / percevoir acc / interrogatif //

A kilaŋgam dι dɔmn -ε la pa - dι sιr -ι


//dét. / crier inf / il hum. / percevoir acc / af./ donner acc. / il hum./ sortir inac. //
« Il a entendu un cri, c’est pourquoi il est sorti. »
A dυ -frε ba dυg- ra an hι - fυ dɔba dƏ pa an tu -fu sε ε ndε
// det/ Dieu / nég./ laisser inac./celui/ arrêter inac./ ciel / il h. /donner nm./celui/ asseoir inac./terre//
« Dieu ne laisse pas celui qui est débout pour donner à celui qui est assis.»

Mυ t -ε hettina la mυ ba dɔmn -ε ŋ woiga bi


// Je/ mettre acc. / mais / je / nég. / percevoir acc / tu / parole / fils//
« J’ai écouté mais je n’ai pas compris ce qu’il a dit.»

Dι bol -e ce dι ba dɔmn -ε a somei m bond -o heŋ yoro


//il hum./ dire acc./ que / il hum./ nég. / percevoir acc. /dét./ aigreur / tu / bouillie sg./dem./ dans//
« Il dit qu’il n’a pas senti de l’aigreur dans ta bouillie.»
Mυ dɔmn -ε a sυkara a bond-o yoro « J’ai senti du sucre dans la bouillie.»
//Je / percevoir acc. /dét. / sucre/ dét./ bouillie sg./ dans//

Mυ dɔman- a wɔ -w koŋ wolmiy mυ wol -e ni


// Je / percevoir inac. /dét. / épine sg / dem./ douleur / je / pied sg / dans //
« Je sens la douleur de l’épine dans mon pied. »
Mυ dɔmn -ε a homei « J’ai senti de la chaleur .»
//Je / percevoir acc. / dét. / chaleur//

A b -ι t - ε-ε ɨɔntɔ kala n dɔm-a ga kυl-ɔ homei


//dét./ enfant sg./ mettre acc./ maladie/ certes/ tu/ percevoir nm./il dim./corps sg./ chaleur//
« Si un enfant est malade, tu percevras la chaleur de son corps. »

Mυ dɔmn -ε ce dι bεn -ε « J’ai appris qu’il est venu. »


//Je / percevoir acc ./ que /dél. hum./venir acc.//
VIII

Mυ dɔmn -ε dι kabaa-rυ « J’ai appris des ses nouvelles. »


//Je / percevoir acc ./ dél. hum./nouvelle sg.//

almιsι dɔmn -ε dι nεfε sι m nι karυ


//Almisi np. / percevoir acc ./ dél. hum. / bœuf sg./ perdre p.pa/ locat/ Karυ np.//

« Almissi a eu des nouvelles de son bœuf perdu à Karu (Aribinda). »

Wagadυgυ Koromba dɔma -n -ø a mυsfε


//Ouagadougou / fulcé pl. / percevoir ind. inac. /dét. /moore//
« Les Koromba de Ouagadougou comprennent le moore. »

A cε -na fɔr -fι sa -mba la cã ba dɔma-n - ø a kυ


//dét. / femme pl./ ventre pl./ propriétaire pl. / prés./ depasser acc./ Ils hum / percevoir inac. / dét. / odeur //
« Ce sont les femmes enceintes qui sentent le plus l’odeur. »
υ dɔma -n -ø Bukari nι « Nous avons des nouvelles de Boubacar. »
//nous / percevoir ind. inac. / Boubacar / locatif //

υ dɔma -n -ø domba « Nous nous entendons.»


//nous / percevoir ind. inac. / réciprocité //

υ dɔma -n -ø domba nι « Nous avons réciproquement de nos nouvelles.»


//nous / percevoir ind. inac. / réciprocité / locatif //

Gυ dɔmn -ε wala ? «Y’en a-t-il suffisamment ? »


//il inh / percevoir acc / interrogatif //

A wali dɔm -ø -n -ε dι « Le problème l’a entendu. »


// dét. /problème / percevoir ind. acc / il//
« Le problème l’a fait souffrir »
A wolmiy dɔmn -ε dι
//Dét.. / douleur/ percevoir acc. / il Hum. //
«La douleur l’a entendu » pour dire qu » il a souffert (de la douleur). »
A hãnĩ dɔmn -ε a n mm koŋ « Cette viande est bien cuite. »
//Dét.. / feu / percevoir acc. /det ./ viande/ce / /

A hãm dɔmn -ε a fεtɔ « Le cultivateur a eu suffisamment faim. »


//Dét.. / faim / percevoir acc. /det ;/ cultivateur/ /

A bããta hoŋ bããtει dɔmn -ε dι «Ce malade a souffert de sa maladie. »


//Dét../malade/ce / maladie/ percevoir acc. / il Hum. //
IX

A warga dɔmn -ε a bɔrυ yafɔ «Le voyageur est beaucoup fatigué. »


//dét.. / fatigue / percevoir acc. / dét. /route-marcheur //

A foore dɔmn -ε a fεtɔ « Il a souffert de la chaleur.»


//dét.. / fatigue / percevoir acc. / il Hum. //

A yĩnnĩ dɔmn -ε a kurko « Le berger a eu suffisamment soif. »


//dét.. / soif / percevoir acc. / il Hum. //

A sυmmυ dɔm- ø -n -ε a dammι « La sauce est bien salée. »


//dét. / sel / percevoir ind. acc. / det / sauce//

A nɔ ã dɔm- ø -n -ε a hon -a « L’huile a entendu le haricot. »


//dét. / huile / percevoir ind. acc. / det / haricot pl. //
pour dire qu’» il y a assez d’huile dans le haricot »

A sυkara dɔm- ø -n -ε a yilam « Le lait est bien sucré. »


//dét. / lait / percevoir ind. acc. / det / sucre//

Dɔm -a - na yere « écoutez ici»


//percevoir imp. / vous ici //

B) a dιam « manger»

Mυ dι-rι a nɔ ã « Je mange de l’huile. »


//Je /manger inac. /dét. / huile//

Mυ dι-rι a sυ mmυ « Je mange du sel. »


//Je /manger inac. /dét. /sel //

A seno hoŋ dε dι mãrĩ dυrυ


// det/ jeune/ ce / manger acc. / son /argent. /entier //

«Ce jeune homme a dépensé tout son argent»

Koskε la dι-rι karυ yii ndεnι


//Koskε / af. / manger inac. / karυ / chefferie/ en ce moment //

« C’est koskε qui régnait à karυ (Aribinda) à cette période. »


X

Muusa la dι-rι a fυ ma a dili nι


//Moussa /prés. /manger inac. /dét./gens /dét./ jeu de baguettes/ loc. //

« C’est Moussa qui bat (mange) les gens aux jeux de baguettes. »
Autrement dit « C’est Moussa qui gagne aux jeux de baguettes. »

Dι dεε la a kɔsυ sε υ « Il a pris du médicament anti métal.»


//Je /manger inac./ af. /dét. /metal /médicament //

A hɔ nιy la dι- ø durel-ŋa hυ mnι


//dét. / amusement / af . / manger acc. / durel+ dim. / esprit sg. //

« C’est le jeu qui occupe (mange) esprit du petit Durel. »


Autrement dit « c’est le jeu qui distrait le petit Durel »

A bããtει la dι Paatε kυlɔ


//dét. / maladie / af . / manger acc. / Paate / esprit sg. //

« C’est la maladie qui a « mangé » le corps de Paatε ». Autrement dit « c’est la maladie qui a
amaigri Paatε»

A hυlɔ koŋ dι-rι ø - a gιnd-a


//dét. / marigot / ce / manger inac. Hab. / det / enfant pl. //
« Ce marigot mange les enfants. » ou encore « Les enfants se noient dans ce marigot. »

A hãnĩ la dι dι « C'est le feu qui l’a consumé (mangé). »


//Dét. /feu/ manger acc. / lui //

Autrement dit, « C'est le feu qui l’a tué. »


- A hãnĩ d - ε a durgu « Le feu a consumé la brousse. »
//Dét.. / feu sg. / manger acc./ dét./ brousse / /

A hem dι-rι - a cɔ-gυ « L’eau détruit (mange) le champ. »


//dét. / eau / / manger acc. / det / champ sg. //

Mυ dε a seere la n longa heŋ


//Je / manger acc. /dét. / nom/avec/ tu/ chaussures/ces //

« J’ai mangé le nom avec tes chaussures ci. » ; « je me suis targué en portant tes chaussures. »

Almisi d-ε – ε la a hub -a


//Almissi / manger acc.+ af. / dét. / crédit pl. //
« Almissi a mangé des crédits(ou tombes) », autrement dit « Almissi a pris des crédits.»

- A yabrει dι - rι a lɔŋg-a « La marche troue (use) les chaussures. »


XI

//Dét.. / marche / manger inac./ dét./ chaussure pl. / /

C) - A kɔtam « couper »

A pes -u kɔt - ε a yond-o « Le mouton a coupé la corde. »


//dét./mouton sg. / couper +ac./ dét./ route +sg. //

almisi kɔt ε a yond-o « Almisi a coupé la corde. »


//Almisi / couper +ac./ dét./ route +sg. //

A yond -o koŋ kɔt –ε -ε la « La corde a été coupée. »


//dét. corde +sg. ce couper + ac. + .. //

Gibrillu la hasane folre kɔt-ε « L’amitié de Djibril et de Hassane s’est rompue. »


//Djibril /et / Hassane./amitié/ couper acc. //

A yond -o koŋ kɔt –ε -ε la « La corde est coupée.»


// dét. corde +sg. ce couper + ac. Af.//

A wola kɔtam wakatι sιram ba hãrĩyã


// dét./ pied pl./ couper / temps / sortir / neg./ bien.//

« Il n’est pas bon de sortir au moment où les pieds se sont coupés. »


Autrement dit « Il n’est pas bon de sortir tard dans la nuit»

A sιllιfε kɔt -ε « Le file s’est coupé. »


//dét./ ficelle / couper acc.//

A bɔrɔ sãmba kɔtε dι ãnnĩyã


//l'intrus /couper acc./ son intention. //
« L'intrus l'a fait désespérer. »

A sιllιfε ba tεr -ε la a dokam, n dĩn-ε -ε ga, ga kɔtraa da


//dét./ ficelle/ neg./arriver acc./avec/dét./couper acc./ tu/ tirer acc./af./ il dim./ il dim./couper inac./seulement//

« La ficelle n’a pas besoin d’être coupée (avec un objet tranchant), si tu tire sur elle, elle se
coupe . »

N yιlam fee -hi heŋ kɔt -ε « ton lait frais s’est sédimenté. »
//tu / lait / vivant pl../dem. pl./ couper acc. //

A bondo h-eŋ wote I kɔt -rυ « cette bouillie est en train de se liquéfier. »
//dét./ bouillie /dem.pl./ exister acc./ ils Nh./ couper inac. //

Dι bε ι a homna sεbam , kala a bĩn kɔtam


//il / ignorer / dét./ décès / annoncer ./ sinon / dét./ cœur - couper //
« il ne sait pas annoncer un décès, si ce n’est avec rudesse. »
Ka ŋ kɔtυ dι ãnnĩyã « Ne le fait pas désespérer.»
//proh./ tu / couper acc../ il h./ intention//
XII

almisi tɔg -ε-ε la a fε- gυ la a ɟιbrε


//Almisi / couper +ac. /af./ dét./ arbre +sg. /avec/ une/ hache//
« Almisi a coupé un arbre avec une hache »

Muusa dok -e a yondo « Moussa a coupé la corde.»


//Moussa/ couper +ac./ dét./ corde +sg.//

Musa dok -e mυ wɔilga « Moussa a interrompu ma parole.»


// Moussa /couper +ac. / ma / parole //

Musa dok -e a bɔrυ « Moussa a traversé la route.»


//Moussa/ couper +ac./ dét./ route +sg.//

A kɔtɔmam
A yond -o koŋ kɔt- ɔ m – ε -ε la « La corde s’est coupée en morceaux. »
//Dét./ corde+sg. / ce / couper + itératif + ac../ af.//

Mυ ceeke fι rɔ ŋ kɔt- ε « Le frein de mon vélo s’est coupé.»


//je/ vélo sg../ Frein. sg./ couper acc.//

Les noms polysémiques


A) - a bi « fils »

A bɔ -rɔ b-i « Un garçon. » a be - na b – u « Les garçons. »


//Dét./ homme sg./fils sg./ // Dét./ homme pl../ fils pl./

Fanta hυl -εε la a bɔ -rɔ b -i la a cɔ -υ b -i


// Fanta / accoucher acc. / af./ Dét./ homme sg./ fils sg./ avec/ dét./ femme sg/ fille sg. //
« Fanta a accouché d'une fille et d'un garçon. »

Ba wũndu nĩ bε-na b -u hιpε la a cε - na b-u hυrυ la wote


// ils hum. / cours sg/ dans / homme pl. / fils pl../ sept/ avec / dét./ femme sg/ fille sg. / six / af./ être //

« Il y a sept garçons et six filles dans leur cour.»

Dι b -i pote a cɔ -υ b -i la « son premier enfant est une fille (fille aînée) »


//son/ fils sg. / premier / dét./femme sg./ fille sg./ af .//

A b -i sɔmε ε - ŋã yã ba sirfa « La mère d’un bébé n’est pas propre.»


//dét./ fils sg. / rouge dim. / mère sg / neg./ propre //

Idriisa Sikre lεcɔl ceu b -i la « Idrissa est un élève de l’école de Sikré.»


// Idrissa / Sikré / école / étude / fils sg / af. //

dι bĩĩ -ndε b -i la wol -u « Il a mal au cœur.»


XIII

// il h. / cœur sg. / fils sg. / af. / bagarrer acc. //

Dι sa- b -u la dι yã-b-u la bε - pos -u dι woten


// il h. / père pl./ fils pl. / et / dét./mère/ fils pl./ af. / venir ac.. / saluer acc/ il h./ matin //

« Ce sont ses parents paternels et ses parents maternels qui sont venus le saluer ce matin.»

A fιla -ŋã ce an go yã- b-i ba wola la a dυm-ndε


// Dét./ peulh sg. / que/ celui / manquer / parent maternel / nég./ bagarrer inac./ avec/ dét./ Lion sg. //

« Le peulh a dit que celui qui na pas de parents maternel ne doit pas se battre contre
un lion.»

Dι bãnd-bi la b –ε ye dι
// il h. / cousin sg. / af. / venir acc. / regarder acc./ il h. //
« C’est son cousin qui est venu le rendre visite. »

A fu bi hε mε n tι taika la tεεsι ni n woi


// Dét. / homme sg. / devoir inac./ tu / reflechir / et / ensuite / tu / parler inac. //

« L’on doit penser avant de parler.»

A fε-gυ bi la sol hũneŋã yũũ nĩ


//dét./ arbre sg. / fils sg. / af. / tomber acc. / hũneŋã np../ sur loc. //
« Un fruit est tombé sur hũneŋã.»

A fε-gυ bi la sol hũneŋã yũũ nĩ


//dét./ arbre sg. / petit sg. / af. / tomber acc. / hũneŋã np../ sur loc. //

« Un petit arbre est tombé sur hũneŋã.»

a wυ ι - b -υ a lembi- dι -rι
//dét./ herbre pl. / fils sg. / dét. / oiseau sg. / manger inac.hab. //

« Les oiseaux se nourrissent de grains (d’herbe).»

A fε-bι b-u a lemb-ga keŋ dι - rι


//dét./ arbre pl. / fils pl. / dét. / oiseau sg. / dem.dim./ manger inacc.. //

« Cet oiseau se nourrit des fruits d'arbres. »

A hon-de b-i dι dig - e di daηι rε


//Dét./ haricot sg./ fils sg./il h./ semer acc./ il h. / porte sg//

« C'est un grain de haricot qu'il a semé devant sa porte. »


honde bi

mba a yã -tε b -i go dι gΛru - yoro


//Même si / dét./ mil sg. / fils sg. / manquer / son/ grenier sg. / dans //
« il n’y a même pas un grain de mil dans son grenier. »
XIV

Mairama hε mam nι Fanta llε a cε hε m b -i


//Mariam np. / mariage / loc / Fanta np./ être / dét./ fille d’honneur sg. //

« C’est Fanta qui fut la fille d’honneur lors du mariage de Maïrama.»

A lɔgtɔrɔ-  la bo ce a bããtει b -u la wε dι yãm nι


// dét./ docteur sg. / af./ dire acc. / que / dét./ maladie fils pl. / af./ être / son / sang / loc //

« Le docteur a dit qu’il y a des microbes dans son sang. »

Almisi wote dι sιgal - a homna b -i


//Almissi np. / être inacc. / il h. / consoler inacc. / dét./ finnéraille fil sg. //

« Almisi est en train de consoler l’endeuillé(e)»

A ceu b -i dι yati hal ga ti ceu dι bataaki-


//dét. / étude fils sg. / il h. / chercher inac. np./ pour / il dim./ mettre/ étude/ son/ lettre sg. //

« Il cherche un élève pour lui lire sa lettre.»

mυ bε ι Hũnezatυ lɔggtɔrɔ d -aŋ yaam b -i , kala dι fɔrfaa


// je / ignorer / Hũnªzatυ np. / docteur sg. / maison sg. / aller / fils sg. / excepté / il h. / être enceinte //

« Je ne sais pas pourquoi Hũnezatou part à l’hôpital, peut être elle est enceinte. »

a ɟemp -i dι lo -e la a b- i keŋ yυ - 
//dét./ gravier sg / il h. / percer acc. / avec / dét./ enfant sg./ dem. dim./ tête sg //

« C’est avec un petit caillou qu’il a percé la tête de cet enfant. »

Alυ la hɔ -fυ a gamp -i « C’est Alu qui a la clé.. »


//Alu np. / af. / tenir inac. / dét./ clé sg //

Maa t -ε faama dι wɔi -ga b -i


// je / mettre acc. / compréhension / il h. / parole sg. / fils sg //

« Je n’ai pas saisi le sens de la parole. » ou encore « Je n’ai pas compris ce qu’il a dit. »
Wonbi «le doigt»
A wolbi «l'orteil»
A worbi «le poussin»
A pesbi «l'agneau»
A burbi « chevreau»
Nɛbi « le veau»
XV

A daŋa bi « cuisine », «Personne issue d'une famille petite famille.»


A kasυ bi « prisonnier »
a perbi « ânon »
n nkəbi « meule »
a tugbi «un pilon»

mba a yãr b -i go dι gΛru - yoro


//Même / dét./ mil sg. / fils sg. / manquer / son/ grenier sg. / dans //

« Il n’y a même pas un grain de mil dans son grenier »

B) - - a bɔrɔ» homme »

A bɔrɔ ba h m la a borongam
// dét. / homme sg. / nég. / devoir / avec / dét./ murmurer //
« Un homme ne doit pas médire.»

Fanta hυl -εε la a bɔ -rɔ b -i la a cɔ -w b -i


// Fanta / accoucher acc. / af./ Dét./ homme sg./ fils sg./ avec/ dét./ femme sg/ fille sg. //
« Fanta a mis au monde une fille et un garçon. »

A bεl-kɔ ɔ -rε bεl -ε la wol -u « Le vieil homme a mal au dos.»


// dét. / homme vieux sg. / dos sg. / af. / bagarrer inacc. //

A mε -ndε yoro n kund -ru a bεn-hãmnε -υ


// dét. / guerre sg / dans / tu / trouver inac./ dét. / courageux pl. //

« C’est dans la guerre que l’on trouve les courageux.»


C'est dans le même sens qu'est employée la lexie dambεtε.

Durel bεnι la hɔ - rυ « Les organes génitaux de Durel le gratte. »


// Durel np. / sexe / af. / gratter inacc. //

Autrement dit « Durel a une démangeaison aux organes génitaux.»

C) A bĩĩndε « cœur »

A malfa tar -ɔ la b -ε la a dυ m -dε sab -rε la gυ bĩĩ -ndε


// dét. / fusil sg / tireur sg./ af. / venir acc./ avec / dét. / lion sg. / foie sg. / et / il nh. / cœur sg. //

« Un chasseur a amené le foie et le cœur d’un lion.»

Dι bĩĩ-ndε la dɔndυ « Il est content. »


// il h. / cœur sg./ af. / bon //
XVI

huutu bĩĩ –ndε bi la wol - u


// Huutu np. / cœur sg ./ fils / af. / irriter inac. //

« Le «fils» du cœur de Houtou lui fait mal (son cœur lui fait mal) »

Dι bag –ε -ε la a bĩĩ -ndε « Il s’est énervé (il a fait le cœur). »


// il h. / faire acc. / af. / dét. / couer sg. //

A bĩn - yεyla la zu - ba wundu ni


//dét./ cœur- déterioration. / af. / rentrer acc. / ils h. / cour sg. / loc. //

« Un malheur s’est abattu sur leur famille.»

A bεl kɔ ɔ-rε bĩĩ -ndε hĩnn -ε « Le vieillard s’est énervé. »


// dét. / vieillard sg. / coeur sg. / lever acc. //

(Le cœur du vieil homme s’est levé)

A bĩn-boŋei hɔ - fυ a gaabi « L’amour est fort. »


// dét. / coeur - amable / avoir inac / det ./ force sg. //

A bĩn- homey sa - la « C’est quelqu’un qui s’énerve vite. »


// dét. / coeur - chaud / propriétaire sg. / af. //

A bĩn- wolam la hɔ fυ dι « Il a mal au cœur. »


// dét. / coeur - bagarre /af./ tenir inac./ il //

A bĩn- bĩrmĩy ba hãryã « La méchanceté n’est pas bonne. »


// dét. / coeur - noir / nég. / bien //

A b-i k -eŋ hɔ -fυ a bĩn-tĩŋey « Cet enfant est téméraire. »


// dét. / fis sg. / dim. dém./ tenir inac. / dét. / cœur –dur //

A fε -gυ cεk -ε kala gυ tε -rε gυ bĩĩ -ndε


// dét. / arbre sg. / fendre acc. / jusqu’à / il nh. / arriver acc. / il nh. / cœur sg. //

« L’arbre s’est fendu jusqu’à son parenchyme médullaire (cœur). »


XVII

Transcription des métadiscours


A dɔmnam

kυr kãŋ ha -tι a fυ la ŋ hɔ-rɔ kãnã gυ wɛ la


// lorsque/ qlq ch. / toucher inac. / dét./ qlq 1 sg. / et / tu / savoir acc./ comment/ il nh./être inac / af.//

« Lorsque l’on est touché par quelque chose et l’on reconnaît comment est cette chose.»

A digre wɔiga dɔmnam: - a wɔi-ga w n-ŋã hɔr-am


//det / parole sg. / autre dim./ savoir inf. //
« Comprendre une langue. »

- kυr fυ dει n yoro ba d³m digre wɔiga nι


//lorsque/ on / pouvoir inac/tu / repondre / ils h../ un / ethnie / parole/ loc. //
« C’est pouvoir répondre aux gens parlant une langue d’une autre ethnie. »

- kυr fυ hɔ -tυ a digre nãŋ-kυ wɔι -ga b -i


//lorsque/ on / savoir inac./dét./ ethnie / dem.nh. / parole sg. / sens sg. //
« Lorsqu’on arrive à savoir le sens de la parole de cette ethnie. »

exemple :

Wagadυgυ Koromba dɔma -n -ø a mυsfε


//Ouagadougou / fulcé pl. / percevoir ind. inac. /dét. /moore//
« Les Koromba de Ouagadougou comprennent le moore. »

A dukʌ dɔmnam: - kυr fυ hɔ--tυ n dιn -na nι ce a duka la bag -rι


//lorsque/ on / savoir inac./tu / oreille pl. / loc. /que/ dét./ bruit/ af. / produire inac. //
« Lorsqu’on sait dans ses oreilles qu’il y a du bruit. »

- a saυtɔ kυr zu - ru fυ d±n- nã nι


// dét. / bruit./ lorsque/ entrer inac./ on / oreille pl. / loc. //
« Lorsqu’on a du bruit qui entre dans les oreilles. »

A wɔιga bi dɔmnam: - kυr fυ hɔtυ kυr a wɔι-ga boŋ ga bo


//lorsque/ on / savoir inac./ce que/dét./ parole sg. / vouloir inac./il dim./ dire imp.//
« Lorsqu’on arrive a savoir ce veut dire cette parole. »
- kυr fυ tιr faama a woi - ga
//lorsque/ on / mettre inac./compréhension./ dét./ parole sg. //
« Lorsqu’on comprend la parole. »
XVIII

A somei a dιυ yoro dɔmnam:


kυr fυ lem -u a dιυ la n tιr maatε a somei n dila-aŋa nι
//lorsque/ on / goûter inac. / dét./ nourriture sg. / ensuite / tu / mettre/ sensation/ dét.// aigreur/ tu / langue dim / loc //

« Lorsqu’on goûte une nourriture et l’on sent de l’aigreur sur sa langue.»

A wolmiy dɔmnam : kυr fυ dɔmnam ŋ kυl -ɔ du-ru, maa gυ zυb-rυ maa gυ gυb-rυ.
// lorsque/ on / sentir inac. / tu /cops sg. / calciner inac. /ou /il nh./ brûler inac./ou/piquer inac. //

« Lorsqu’on sent une inflammation, une brûlure ou une piqûre dans son corps.»

A homei dɔmnam:

kυr kãŋ ha -tι fυ la ŋ hɔ- rɔ ce gυ hom-ei


// lorsque/ qlq ch. / toucher inac. / qlq1 / et / tu / savoir acc./ que/ il nh./ chau d.//

« Lorsque l’on est touché par quelque chose et l’on reconnaît que c’est chaud.»

Kυr fυ tιr maatε a wulgu kãnã


// lorsque/ qlq 1 sg. / mettre inac. / sensation / dét./ vapeur / comme //
« Lorsqu’on sent une sorte de chaleur. »
exemples:
Mυ dɔmn -ε a homei « J’ai senti de la chaleur.»
//Je / percevoir acc. / dét. / chaleur//

Mυ dɔman- a wɔ -w koŋ wolmiy mυ wol -e nι


// Je / percevoir inac. /dét. / épine sg / dem./ douleur / je / pied sg / dans //
« Je sens la douleur de l’épine dans mon pied.»
A kυ dɔmnam :
kυr fυ hɔ -tυ la m p m -ã ce a k la wɛ
// lorsque/ qlq 1 sg. / savoir inac. / avec/ tu / nez pl. / que / dét./ odeur sg./ af/ être inac. //

« Lorsqu’on sait par son nez qu’il y a de l’odeur.»

kυr fυ tιr - ø maatε m p³m – a nι a kãŋ tιr -ø ura


// lorsque/ qlq1 sg. / mettre inac. / sensation / tu / nez pl. / loc / dét./ qlq ch. sg./ mettre inac./ emanation. //

« Lorsqu’on sent par son nez l’émanation de quelque chose .»

A fυ nι maa a kãŋ nι dɔmnam:


kυr fυ-ø da - rι a fυ - ø walι maa a kãŋ walι
// lorsque/ qlq1 sg. / avoir inac. / dét./ qlq1 sg. / problème / ou / dét./ qlq ch. sg./ problème //

« Quand on gagne les problèmes de quelqu’un ou de quelque chose. »


XIX

kυr fυ darι a fυ maa a kãŋ kabaarυ


« Lorsque l’on gagne les nouvelles de quelqu’un ou de quelque chose.»
Exemple:
almιsι dɔmn -ε dι nεfε s±m nι karυ
//Almisi np. / percevoir acc ./ dél. h. / bœuf sg./ perdre p.pa/ locat/ Karυ np.//
« Almissi a eu des nouvelles de son bœuf perdu à Karu (Aribinda).»

A( nυ mmυ ) a hãnĩ dɔmnam: a bιram a hãn nι


// dét./ cuire / bien //
« La bonne cuisson (de la viande).»

kυr fυ tιr a nυmmυ a hãnĩ nι kala gυ bιram yo makι


// lorsque / on / mettre / dét./ viande sg./ dét./ feu sg./ loc/ jusqu’à/ il nh./ cuisson/ aller inac/ ajuster //
« Quand on met de la viande au feu jusqu’à ce qu’elle soit bien cuite.»

A hãm a fubi dɔmnam :


kυr a hãm dar fυ kala n alhaalυ dυrυ tυgatι
// lorsque /dét./ faim sg./ avoir inac./ on / jusqu’à/ tu / façon / tout / changer inac. //
« Lorsque l’on a faim au point de ne plus être soi même. »

A warga a fubi dɔmnam:


kυr a warga dar fυ kala ŋ gaabι dυrυ kεndι
// lorsque/ dét. / fatigue / avoir/ homme sg./ jusqu’à / tu / force / tout./ finir inac. //

« Quand on est fatigué au point de perdre toute sa force.»

A dɔmnam (suffire):

A nɔ ã dɔm- ø -n -ε a hon -a « L’huile a entendu le haricot.»


//dét. / huile / percevoir ind. acc. / det / haricot pl. //
pour dire qu’» il y a assez d’huile dans le haricot »

A sυkara dɔm- ø -n -ε a yilam « Le lait est bien sucré. »


//dét. / sucre / percevoir ind. acc. / det / lait //

kυr fυ tιr - ι a kãŋ a dιυ nι hal gυ dɔnmιj makι


// lorsque / on / mettre inac. / dét./ qlqc. ./ dét./aliment/ loc/ jusqu’à/ son/ goût/ ajuster acc. //

« Quand on met un ingrédient dans un aliment pour l'assaisonner ou le rendre bon »


XX

A dɔmnam
Kυr kãŋ dar fυ , maa kãŋ dar- kãŋ , kala gυ gamsυ
// lorsque / qlq ch. / avoir/ homme sg./ ou / qlq ch./ avoir inac./qlq ch. / jusqu’à / il nh./ dépasser inac //
« Quand quelque chose gagne une personne ou une chose jusqu’à dépasser la limite.»
Exemples:

A hãm dɔmn -ε a fεt -ɔ « Le cultivateur a eu suffisamment faim.»


//Dét.. / faim / percevoir acc. /dét. / cultivateur sg. //

A bããta hoŋ bããtει dɔmn -ε dι «Ce malade a souffert de sa maladie.»


//Dét../malade/ce / maladie/ percevoir acc. / il Hum. //

A warga dɔmn -ε a bɔrυ yaf -ɔ « Le voyageur est beaucoup fatigué.»


//dét.. / fatigue / percevoir acc. / dét. /route-marcheur sg. //

A foore dɔmn -ε a fεt -ɔ « Il a souffert de la chaleur. »


//dét.. / fatigue / percevoir acc. / dét. / cultivateur sg.//

A yĩnnĩ dɔmn -ε a kurko- « Le berger a eu suffisamment soif. »


//dét.. / soif / percevoir acc. / dét. / berger sg. //

B) a dιam « manger »

A dιam :
a gιlε dial-am
// dét. / soi / nourrir inf. //
« se nourrir »

kυr fυ tι - rι a dιυ- „ „± -r¨ nι hal gυ tε - n fɔrυ - nι


// lorsque / on / mettre inac. / dét./ nourriture sg./ tu / bouche sg./ loc/ afin / il nh./ arrive inac./ tu/ ventre sg./loc. //

« Lorsque l’on met de la nourriture dans sa bouche afin que ça atteigne le ventre.»

A nɔ ã dιam: kυr fυ dι -rι a dιυ hιn hɔ -fυ a nɔ ã


// lorsque / on / mange inac. / dét./ nouriture sg./ qui./ avoir inac./ dét./ huile //

« Lorsque l’on mange de la nourriture qui contient de l’huile.»

A mãrĩ dιam: a sorei yεbam


// dét. / objet pl. / payer inf. //
XXI

« Payer des choses » autrement dit « Dépenser de l’argent.»

A yii dιam: kυr fυ w¨ a yιι nι ; kυr fυ hagat -rι a yɔ


// lorsque / on / être inac. / dét./ chefferie/loc. /lorsque / on / devenir inac./ dét./ chef //

« Lorsque l’on est à la chefferie, lorsque l’on devient chef.»

: kυr fυ tu -fu m ba wal -a kãŋ kã , ba dũm dala


// lorsque / on / assoir inac. / tu / neg./ travailler inac./ qlq ch./aucun /ils h./ autre / seulement/

Wal -υ n nι
travailler inac./ tu / loc. //

« Lorsque l’on est assis à ne rien faire, ce sont seulement les autres qui travaillent pour
soi.»

A dili nι dιam: kυr fυ dι -rι a fυ -ma a dili nι


// lorsque / on / manger inac./ dét./ homme pl. / dét./ baguette/ loc. //
« Lorsque l’on bât les gens au jeu de baguettes.»

-a fυ -ma da -am a dili h²nι nι


// dét. / qlq 1 pl. / avoir inf. / dét./ baguette/ jeu / loc.//

« Gagner les gens au jeu de baguettes. »

A sε ɔ dιam:
kυr fυ ya -gυ na a sɛ sa- ø ke dι hãɲs -ι nι n daa- ŋ gιlε
// lorsque / on / aller inac. / voir inac./ dét./ thérapeute sg./ pour/ il h./ aider inac. / tu / tu / protéger inac./ tu / soi même//

« Quand on va voir un féticheur pour qu’il donne quelque chose pour se protéger.»

A bagərfε kυr a sɛυ sa- patι fυ bagι hal n daa ŋ gιlε la kãŋ
//dét./ action / que / dét. / thérapeute sg./ donner inac./on /faire inac./afin. / tu / protéger inac./ tu / soi / contre / chose//

« Une façon de faire donnée par un tradipraticien que l’on fait pour se protéger contre
quelque chose . »

kυr fυ son -tυ a sυ -ba sɛ , a kɔsυ sɛ , a malfa sɛ , ma a doɲfe


// ce / on / prendre inac./ dét./ sorcier pl./ remède / dét./ fer / remède / dét./ fusil / remède/ ou / dét./ serpent /

sɛʋ tu bag-ι
remède / tu/ faire inac.//

« Lorsque l’on prend le remède contre la sorcellerie, le fusil, ou la morsure de serpent.»


XXII

A seere dιam: a h s -υ ŋ gιlε bag -am


// dét./ montrer inac. / soi / même / faire inf.//

« Le fait de se faire voir »


A fυ -ma naam boŋei bag -am
// dét./ gens pl. / voir inf./ vouloir / faire inf.//

« Vouloir se faire voir par les gens.»

A hυ mnι dιam: kυr fυ tιrι hinnʌ la kãŋ bagam kala n li n toma m bε hagatι mba a zabrε
« Lorsque l’on se préoccupe de quelque chose jusqu’à oublier ses travaux et devenir
comme un idiot.»

A kυlɔ dιam: a zεr -am


// dét./ amaigrir inf. //
« L’amaigrissement. »
- kυr a warga ma a bããtει zεrg - ιrι fυ
// Quand/ dét./ fatigue / ou / dét./ maladie / amaigrir inac. / on //

« Lorsque la fatigue ou la maladie fait maigrir. »

A hυlɔ dιam: a hυl -ɔ nι sιb - am


// dét./ marigot sg / loc./ mourir inf. //
« Mourir au marigot. »

-Kυr a kãŋ zu -ru a hυl -ɔ yoro kala a gυ yει- denãŋkυ


// lorsque/ dét./ qlq ch. / entrer inac./ dét. / marigot sg. / dans / jusqu’à/ dét. / il nh. / gater inac. / là bas //

« Lorsqu’un objet se retrouve dans l’eau du marigot et y reste jusqu’à ce qu’il se détériore. »

A hãnĩ dιam:
a hãn-ĩ kυr kυ- rυ maa kυr gυ yει – rι kãŋ
// dét. / feu sg. / qui / tuer inac. / ou / quand/ il nh. / gater inac. / qlq ch.

« Lorsque le feu tue ou détériore quelque chose. »

Exemple : A hãn- ι la d - ι ba hal - la


// dét. / feu sg. / af. / manger acc. / ils h./ hangar sg. //

« Le feu a consumé leur hangar.»


XXIII

C) - A kɔtam « couper »

kɔtam : - kυr a kãŋ dɔιgυ teŋget – rι tigni- ma h±


// quand / dét. /qlq ch. / long / detacher inac. / endroit pl.. / deux. //

« Lorsqu’une longue chose se détache en deux endroits. »

- a teŋgetam «Se détacher »

- kυr fυ - ø d±ntι a kãŋ dɔιgυ kala gυ tereŋget-ι tigni- ma h±


// quand / qlq 1 sg./ tirer inac. / dét. / qlq ch. / long / jusque/ il nh./ détacher acc./ endroit pl.. / deux. //

« Lorsque l’on tire sur une chose longue jusqu’à ce qu’elle se détache en deux endroits. »

-kυr fυ -ø dok -uru a kãŋ dɔιgυ kala gυ tereŋgi tigni -ma h±


// quand / qlq 1 sg./ couper inac. / dét. / qlq ch. / long / jusque/ il nh./ diviser acc./ endroit pl. / deux. //

« Lorsque l’on coupe un objet long jusqu’à ce qu’il se divise en deux.»

a folre kɔtam : a fυ-ma tιlε dondmι cεnd- am


// dét. / gens / milieu / joie / finir inf. //

« La rupture de l’entente entre les gens. »

A wola kɔtam wakatι : a yĩntle wala a fιrbanndε k³nn± a fυ-ma ba ya - fa


// dét. / minuit / ou / dét./ midi / quand / dét./ gens /neg./ marcher inac. //

« A midi ou à minuit quand les gens ne marchent plus. »

yιlam feehi kɔtam : a yιlam feehi soms - am kurg – am


// dét. / lait / vivant / s’aigrir inf. / débuter inf. //

« Quand le lait frais commence à se fermenter.»

bondo kɔtam :

a bondo-ø kυr kon-tu gυ tɔŋgυ kala gυ bε tι hersa


// dét. / bouillie sg. / qui / poser ppa. / il nh. / durer ppa./ jusque/ il nh./ venir p./ mettre p./ liquide//

« Quand la bouillie commence à se liquéfier.»

a ãnnĩyã kɔtam : - kυr ba gãŋãn - ι fυ a kãŋ da - am


// quand / ils pl. / empêcher inac. / qlq1. / dét. / qlq ch./ avoir inf. //

« Quand on empêche quelqu’un d’avoir quelque chose.»

- kυr fυ hɔ - tυ ce m ba dειs - ra m bagι a kãŋ


// quand / qlq1. / savoir inac. / que / tu / nég. / pouvoir inac proj./ tu/ faire inac./ dét./ ch. //
XXIV

« Le fait de savoir que l’on ne pourra pas faire quelque chose.»

a kɔtɔmam: - a kɔt - am tigni-ma zaagυ


// dét. / couper inf. / endroit pl. / plusieurs //

« Le fait de se couper en plusieurs endroits.»

- kυr a kãŋ dɔιgυ tereŋg - ιrι tigni -ma zaagυ


// quand / dét. / ch. / long / diviser inac. / endroit pl.. / plusieurs. //

« Le fait pour un objet long de se diviser en plusieurs endroits.»

- kυr fυ dιn - tι a kãŋ dɔιgυ kala gυ teŋge- tι tigni - ma zaagυ


// quand / on / tirer inac. / dét. / qlq ch./ long / jusque/ il nh./ détacher inac/ endroit pl.. / plusieurs. //

« Le fait de tirer sur un objet long jusqu’à ce qu’il se détache en plusieurs endroits.»

- kυr fυ –ø dok - uru a kãŋ dɔιgυ kala gυ tereŋg- ι tigni –ma zaagυ
// quand / qlq 1 sg./ couper inac. / dét. / ch. / long / jusque/ il nh./ diviser acc. / endroit pl. / plusieurs. //

« Le fait de couper un objet long jusqu’à ce qu’il se divise en plusieurs morceaux.»

Les noms polysémiques


A) - a bi : kυr zen - a wυrfυ « Qui est peu âgé.»
// qui / âge pl./ peu //

Kυr sι - rι gυ don -do nι « Qui est isssu d’un autre.»


// qui / sortir ppa./ il nh./ autre sg. / loc. //

kυr gυ boŋ - ø gυ bo- ø « Ce que ça veut dire.»


// qui / il nh./ vouloir inac. / il nh./ dire inac //

A bɔrɔ bi : llε a b -i kιr llε a bɔ- rɔ, kιr ba yele a cɔ -υ .


// c’est / dét./ enfant sg./qui / c’est/ dét./ mâle sg.// // qui / nég./ être / dét./ femelle sg. //

« C’est un enfant qui est un mâle (fils), qui n’est pas une femelle (fille).»

A cɔ υ bi : llε a b - i kιr llε a cɔυ, kιr ba yele a bɔ - rɔ


// c’est / dét./ enfant sg./ qui / c’est/ dét./ femelle sg.// // qui / nég./ être / dét./ mâle sg. //

« C’est un enfant qui est une femelle (fille), qui n’est pas un mâle (fils).»
A bi pote :
llε a b - i kιr fυ-ø fend - e n hυl - ø , kιr fυ-ø fend - e n da - ø.
// c’est/ dét./ enfant sg./ qui/ qlq1 / devancer acc./ tu / accoucher acc// //que / qlq1 / devancer acc./ tu / avoir acc. //

« c’est un enfant qui est premier né, que l’on a eu premièrement .»


XXV

A bi sɔmŋã : : llε a b - i kιr ba hυl - ε fel - fel


//c’est/ dét. / enfant sg./ qui / ils h./ accoucher acc./ neuf neuf //

« C’est un enfant qui est nouvellement né.»

A lεcɔl bi : llε a b - i kιr tιr – ø ceu a lεcɔl -ø.


// c’est/ dét. / enfant sg./ qui / mettre inac. / étude / dét./ école sg. //

« C’est un enfant qui etudie à l’école.»

A bĩĩndε bi:
llε a hui -re kυr wɛ a dε - tε nι gυ sã- r - ι la gυ ba hik - ra
// c’est/ dét. / chair sg./ qui / être acc./ dét./ poitrine sg ./ loc./ il nh./ sauter inac. prog/ et / il nh./ nég./ arrêter inac /

kala a s m
sauf / dét./ mort //

« C’est le morceau de chair qui est dans la poitrine et qui ne s’arrête qu’à la mort.»

sʌbi , sabu: fυ sa- da - ŋ fυ- ø


//soi. / père maison sg. / qlq1 //

« C’est un ressortissant de la famille paternel ou du village paternel.»

sʌbi , sabu: an fυ wol - u la a sabire


// celui / qlq1/ quereller inac./ avec/ dét./ rivalité //

« Celui avec qui l’on rivalise.»

sʌbire: a hυlam kυr teng- ri fυ la n sa - b -i


// dét. / parenté./ qui / relier inac./ soi/ avec/ tu / père-fils sg. //

« C’est la parenté qui lie le membre de la famille paternelle à soi.»

sʌbire: a paat - am
// dét./ rivaliser inf. //

« La rivalité.»
sa b , a s ɉind : a ɉinda kυr fυ sa - ø h - fυ
// dét./ enfants/ qui / soi / père sg./ avoir inac. //

« Les enfants que son père a.»

yãbi, yãbu : a yã – da- ŋ fυ- ø


// soi. / mère maison sg. / qlq1 //

« Une personne de la famille ou du village maternel .»

yãbire : a hυlam kυr teng-ri fυ la n yã - bi


//dét. / parenté/ qui / relier inac./ soi / avec/ tu / mère- fils //

« La parenté qui lie les ressortissants de la famille maternelle ou du village maternel à soi.»

bãn-bi : a woime-ø b - i
//dét./ sœur sg./ enfant sg. //
XXVI

« l’enfant de la soeur»

fubi: Kυr a fυ - ø hυl - ε « Ce que l’homme a enfanté.»


// qui / dét. / homme sg. / accoucher acc . //

f g b : - kιr a fε - gυ hυl - ε - ε
// qui / dét. / arbre sg. / accoucher acc . af //

« Ce que l’arbre a produit.»

- kυr sι - tι a fε - gυ nι , ba dig -ee gυ ma gυ mυ hagat – ι a fε - gυ


// qui / sortir inac./ det / arbre sg./ loc.// // ils h./ planter acc./ il nh./ donc / il nh./ aussi / devenir inac./ dét. /arbre sg. //

« Qui sort de l’arbre, si on le sème il devient aussi un arbre.»

Af g b :a fε – gυ kur ba kɔy hãnda dom


// dét. / arbre sg. / qui / nég./ grandir acc./ beaucoup/ encore //

« L’arbre qui n’a pas encore beaucoup grandit .»


Pluriel: A f g b
Synonyme: a tuudʌu

wυ ι f b , wυ ι b :
hι n a wυ ι-ø hυl - ε , ba dig -ee hi ma i mυ hagat- ι a wυ ι-- ø
// qui / dét. / herbre pl. / accoucher acc .// // ils h./semer acc./ les/ donc/ ils nh/ aussi/ devenir ac./ dét./ herbre pl.//

« Ce que les herbes ont produit, qui deviennent aussi des herbes lorsqu’on les sème.»

A w b : a w ι- - ø bon -ei, hιn ba kɔyɛ dɔm


// dét. / herbre pl. / petit pl.. / qui / nég./ grandir acc./ encore //

« Des petites herbes, qui sont encore jeunes.»

A yãtε bi: a yã - tε kur wυr - fυ dɔm


// dét. / tige de mil sg. /qui / être petit inac./ encore //

« Une petite tige de mil, qui est encore jeune .»

A yãtε bi: kιr a yã - tε hυl - ε ga wε a yãrɟe - te nι


// qui / dét./ tige de mil sg./ accoucher acc./ il dim./ être inac./ det/épi de mil sg. / loc. //

« Le grain qu’une tige de mil a produit qui se trouve dans l’épi de mil .»

A yãrb / yãrsɔι: a yã -rã b - i , kιr a yã-rã hυl - ε


// dét. / mil pl. / grain sg. // // qui / dét./ mil pl../ accoucher acc.//

« Le grain de mil, qui est produit par le mil.»

A yãrbυ: a yã- rã bon –ei , hιn wυr - fυ dɔm


// dét. / mil pl. /jeune sg. // // qui / être petit inac./ encore //

« De petits plants de mil qui sont encore jeunes .»

A cε hε m bi :
a cɔ -υ b - i kιr ba tιg - ε ce ga tεŋg -ι a cε hε m -ɔ
// dét. / femelle sg./ enfant sg. / qui / ils h./ enlever acc./ afin/ il dim./ accompagner inac./ dét./ mariée sg.//
XXVII

« La fille qui est selectionnée pour accompagner une femme mariée .»

A ceu bi : a b -i kιr tιr -ι ceu


// dét. / enfant sg. / qui / mettre inac./ étude //

« C’est un enfant qui étudie .»

A ceu bi : a ceu kυr ya - tι gυ bo - ø


// dét. / étude / ce que / chercher inac./ il dim./ dire inac.//

« Ce que signifie l’étude .»

A ceu bi, ceu bu : a ceu dɛɛ -rɛ ; a ceu dɛ-yã


// dét. / étude / bâton sg.// // dét. / étude / bâton pl.//

« La lettre de l’alphabet; les lettres de l’alphabet .»

A bããtει bu:
a hɔɔ lει b - u hιr tιr - ø sabaabu a bããtει a fυbi kυl -ɔ nι.
// dét. / chose dim. pl./ enfant pl./ qui / mettre inac./ cause sg. / dét. / maladie/ dét./ humain sg./ corps sg./ loc.//

« Les petits êtres qui causent la maladie dans le corps de l’homme .»

A homna bi :
an wũndu-ø nι a s³m bag -ε la a f³ma bel – ø pos - ru a homna.
// dont / cours pl. / loc./ dét./ mort / faire acc./ et / dét./ gens / venir inac./ saluer inac./dét. / funérailles//

« Qui est membre d’une famille endeuillée où se font les salutations funèbres .»

A ɟempi : - a ɟen - de b - i hal - ga lυmb- ga


// dét. / caillou sg. / petit sg. / lisse dim. / rond dim. //

« Une petite pierre ronde et lisse .»


-a ɟen - ka hal -ga
// dét. / caillou dim. / lisse dim. //

« Une petite pierre lisse.»

-a ɟen - de lυmb- rε kυr ba wɔg -rυ la a sorei (ɟempu bi)


// dét. / caillou sg. / rond sg. / que / ils h./ casser inac. / avec / dét./ objets //

« Une pierre ronde servant à concasser .»

A gampi : a kυfal b-i


// dét. / serrure sg./ fils sg. //

« La clé d’une serrure .»

-a gãηfu- ø b- i
// dét. / porte sg. / fils sg. //

« La clé d’une porte.»

A wɔiga bi : a wɔi - ga maana


// dét. / parole sg. / sens //
XXVIII

« Le sens d’une parole .»


A bĩŋã : a b -i kιr wυr - fυ fυ nι
// dét. / fils sg./qui/ être petit inac./ soi / loc //

« Un enfant que l’on juge assez jeune .»

N ŋkυ bi :

a ɟen -de hal - gυ kυr ba del -li a n³ŋkυ-ø y - ø nι ba nãm - υ a yãrã


// dét. / caillou sg./ lisse sg. / qui / ils h./ poser inac./ dét./ meule sg./ tête sg./ loc. / ils h./ moudre inac./ dét./ mil pl. //

« Une pierre lisse utilisée sur une meule pour moudre le mil .»

A n ŋkυ bi: - a n ŋkυ-ø bon -ŋã


// dét. / meule sg. / petit sg. //

« Une petite meule .»


- a n ŋkυ - ŋã
// dét. / meule dim. sg. //

« Une meule mère.»

a tugbi :

a dε ε rε sε rι nasfυ-gυ kυr hɔ - fυ gυ tυbal- ø la , maa gυ sɔk- rυ la kãŋ a


// dét./ bois sg./ taillé / doits sg./ qui / tenir inac./ il nh. / piler inac./ avec// ou/ il nh./ piler inac./ avec/ qlq ch./ dét./

Tυ - gυ yoro
mortier sg./ dans //

« Un bois taillé et droit servant à piler quelque chose dans un mortier .»

a wυra tugbi :

a kɔsυ -ø nasfυ -gυ kυr hɔ-fυ gυ tυbal-ø la a wυra-ø a pεl-la y nι


// dét./ fer sg. / droit sg./ qui / tenir inac./ il nh. / piler inac./ avec/ dét./ or sg./ dét./ coline sg./sur/ loc.//

« Un fer allongé servant à piler l’or sur une colline .»

A wɔ nbi:

a wɔ n-dε cεndgr-fa tereŋg-e-e la tig- nimã nυ m, tig- e kãã a wɔ ndb-i la


// dét./ main sg. / terminaison / diviser acc. af./ lieu sg. / cinq // lieu sg./ chaque/ dét./ doigt sg. / af. //

« Le bout de la main est divisé en cinq parties, chaque partie est un doigt .»
A wolbi:

a wol- e tig -ni hιr yυ nι a wolkɔbs-υ wε nãhι llε a wolb - u


// dét./ pied sg. / lieu pl./ qui / sur / loc./dét./ ongle pl /être inac./ eux / c’est / dét./ orteille pl. //

« Les parties du pied sur lesquelles se trouvent les ongles sont des orteils .»
XXIX

A w rb : a wõr - ŋ kυr wυr - fυ


// dét./ poulet sg. / qui / être petit inac. //

« Une poulet qui est petit .» « Un poussin.»


A kasυ bi : an ba cɛlɛ a kasυ
// Celui ./ils hum. / enfermer acc./det / prison sg. //

« C’est celui qu’on a enfermé dans une prison »


a tugbi «Un pilon»
// dét./ poulet sg. / qui / être petit inac. //

A daŋa bi «cuisine», «personne issue d'une petite famille»

B) - a bɔrɔ « homme »

A bɔrɔ /bεna: a fu-øb- i an ba yele a cɔ - w


// dét./ humain sg. / qui / nég./ être inac./ dét./ femme sg. //

« Un humain qui n’est pas une femelle »

-an hɔ - fυ a bεnι
// qui./ avoir inac./ dét./ courage //
« Qui est courageux »

- an ba fυ n - ã kãŋkã
// qui./ nég./ craindre inac./ rien //
«Qui ne craint rien »

A Bεnι : - hal fυ baa fυ n - ø ka


// lorsque / on / nég. / craindrer inac./ nég//
«Quand on n’a pas peur »

A bɔ-ɔ kυl - ɔ nυ mmυ -ø Kυr dι hɔ - fυ dι nε -rι la dι zu - ru la dι


//dét./ homme sg./ corps sg./ chair sg. / que / il h./ avoir inac./ il h./ uriner inac./ et / il h/ rentrer inac./ avec/ il h./
cɔ υ - (a mυ rε )
femme sg. //
« La partie du corps de l’homme servant à uriner et à faire des rapports sexuels.»

- a hυ rι - ø la a mυ -rε
// dét./ testicule pl. / et / det ./ verge sg. //

« Le pénis et les testicules »

A bεlkɔ ɔ rε : A bɔ - rɔ an kɔ ɔ t - υ
// dét./ homme sg./ qui / vieillir acc. //

« Un homme qui a vieilli. »


XXX

- an zen - a pɔtει
// dont./ âge pl. / beaucoup //
« Un homme qui est beaucoup âgé »
A bεn-hãmnεn : a bɔ - rɔ –hãmnεn- ø
// dét./ homme sg. / combatant sg. //
«Un homme combattant .»
a bɔ - rɔ an dει - ø a wol - am
// dét./ homme sg./ qui / pouvoir inac. / dét./ bagarrer inf. //

«Qui est fort au combat. »

A nιιbɔrɔ: fυ cɔ - w wala fυ ba - ra sa - ø
// soi / femme sg. / ou / soi / mari sg. / père sg. //

« Le père du conjoint ou de la conjointe. »

A bara :
A barkε : relation conflictuelle entre coépouses

A bɔrɔbεtε : a bɔrɔ an kesei cã - ø dι dom -ba


// dét./ homme sg./ qui / grandeur / depasser inac./ il dim./ autre pl. //

« Un homme plus grand que les autres. »

A wõrbεrga : a wõr- ŋ bonneŋã kιr llε a bɔ - rɔ


// dét./ poulet sg./ petit sg. / qui / c’est / dét./ mâle sg.

«Un petit gallinacé mâle. » « Un poulet »


A wõrbεtε : a wõr- ŋ kesee-gu kυr llε a bɔ - rɔ
// dét./ poulet sg./ grand sg. / qui / c’est / dét./ mâle sg.

«Un gros gallinacé mâle. » « Un coq »


A hυ rbεtε : a dε ε rε sε t -gυ kυr yυ paptυ ba hɔ - fυ ba dãŋg -rι la a
// dét./ bois sg. / sculpté sg./ qui / tête / aplatti / ils h./ tenir inac./ ils h./ tourner inac./avec/ dét./

dιυ - ø
nourriture sg. //
« Du bois taillé ayant une extrémité aplatie utilisé pour tourner la nourriture. »

C) A bĩĩndε bi:
a hui - re kυr wε a dε - tε nι gυ sã - rι la gυ ba hik - ra kala a sι m.
// dét./ chair sg. / qui / être inac./dét./poitrine sg./loc./ il nh./ sauter inac./ et/il nh./nég./ s’arrêter inac./sinon /det/mort/

« Le morceau de chair situé dans la poitrine et qui ne s’arrête qu’à la mort. »

A bĩndɔnmιy :
kυr fυ w m m m-³ ma n tir -ι moosa la m boŋ – ø a hãr¨ĩ la a fυ-ma dυrυ
// quand./ on/ être/ tu / rir inac. / ou / tu / mettre inac./sourir /et / tu /vouloir inac./det/ bien / et/ dét./ gens / tout//

« Quand on est en train de rire ou de sourire et l’on veut du bien à tout le monde .»

- hal fυ bĩĩ - ndε dɔnd - υ ka


// si / on / cœur sg. / être bon inac./ af.//
XXXI

« Quand le cœur est bon. »

A bĩĩndε bagam : llε kυr fυ cĩĩ - rĩ la m bo boŋ -ø baa n woi- ø la fυ


//c’est/ quand/ on / facher inac./et/ tu/ nég./ vouloir inac./ même/ tu/ parler inac./avec /qlq1.//
«C’est quand on se fâche et l’on ne veut même pas parler à quelqu’un.»

A bĩn - yεyla : - kυr fυ bĩĩ-ndε yει - rι


// Quand / on / cœur sg. / gâter inac. //
« Quand le cœur se gâte .» « Le découragement »

- kυr a wali dar - ø fυ la m ba dει - ø baa n wal -


// quand/ dét. / problème / arriver inac./qlq1/ et / tu / nég./ vouloir inac./ même/ tu / travailler
ø hãɲsυ m
inac./ bien //
« Quand on a un problème et l’on ne peut même plus bien travailler. »

A bĩnhĩnnam : kυr fυ bĩĩ – ndε hυ - tι


// quand/ on / cœur sg. / énerver inac. //
« Quand on s’énerve »
A bĩn-boŋei : kυr fυ bo„s-υrυ a fυ la m bĩĩ- ndε dυrυ
// quand/ on / aimer inac./ det/ qlq1/ avec / cœur sg. / entier //
« Quand on aime avec tout son cœur. »
llε kυr fυ yã m bo„s - υ a fu-øb - i kala ba n – ii hĩ n tagυ nι
//c’est/ quand/ on / habitude/ tu / vouloir inac./ dét. / humain sg./ jusque/ ils h./ voir inac./les /tu/comportement/ loc.//

« C’est lorsqu’on aime une personne au point où cela se voit dans son comportement»

A bĩn- homey : llε kυr a fu-øb- i bĩĩ- ndε hĩn -ti wolewole
//c’est/ quand/ dét./humain sg./ couer sg. / lever inac./ vite vite //

« Le fait de s’énerver vite. »

A bĩn- wolam : kɔ dala kυr fυ bĩĩ- ndε b - i wol - u


// ça / seulement/ quand/ qlq1/ cœur sg./ fils sg./ faire mal inac. //

« C’est seulement quand on a mal au coeur »

A bĩn- bĩrmĩy : - a hɔι


// dét. / méchanceté //

« La méchanceté.»

A bĩn-tĩŋey : llε kυr fυ tιr - ø suusa hãnda , m ba fυ na kãŋkã


// c’est./quand / qlq1/ mettre inac./ audace / beaucoup// // tu / nég./ peur / rien //

« Lorsque l’on ose beaucoup, sans avoir peur »


XXXII

Table des matières


0. Partie introductive .................................................................................................................1
1. Cadre théorique .......................................................................................................................5
2 Cadre méthodologique ............................................................................................................8
2.1. Méthode de collecte de données ....................................................................................... 8
2.2. Méthode d’analyse ............................................................................................................... 11
3. Analyse des verbes polysémiques : cas de trois verbes ......................................................12
3.1. Préalables ............................................................................................................................... 12
3.1.1. Mise au point terminologique ...................................................................................12
3.1.2. Aperçu morphologique du koromfe d’Aribinda........................................................13
3.1.2.1. Le système vocalique koromfe ..........................................................................13
3.1.2.3. Le morphème marqueur .....................................................................................16
3.1.2.4. Les constituants syntaxiques nominaux .............................................................16
3.1.2.5. Les constituants syntaxiques verbaux ................................................................18
3.2. Dɔmnam « entendre »......................................................................................................... 19
3.2.1. Au niveau morphosyntaxique...................................................................................19
3.2.1 .1. Les paradigmes .................................................................................................19
3.2.1.2. Les caractéristiques morphosyntaxiques de dɔmnam .......................................20
3.2.2. Au niveau sémantique ..............................................................................................22
3.2.3. Au niveau pragmatique ...........................................................................................28
3.2.4. Ce que dɔmnam ne peut pas exprimer ......................................................................29
3.3. dιam « manger » ................................................................................................................... 30
3.3.1. Au niveau morphosyntaxique...................................................................................30
3.3.1.1. Les paradigmes .................................................................................................30
3.3.1.2. Les caractéristiques morphosyntaxiques de dιam ..............................................30
3.3.2. Au niveau sémantique ...............................................................................................32
3.3.2.1. Avec un objet non humain mangeable ...............................................................32
3.3.2.2. Avec un objet non humain non mangeable ........................................................33
3.3.3. Au niveau pragmatique ............................................................................................36
3.4. A kɔtam « couper »............................................................................................................. 38
3.4.1. Au niveau morphosyntaxique....................................................................................38
3.4.1.1. Les paradigmes ..................................................................................................38
2.4.1. 2. Les caractéristiques morphosyntaxiques de kɔtam ..........................................38
3.4.2. Au niveau sémantique ...............................................................................................39
3.4.2. 1. Avec un sujet humain ........................................................................................39
3.4.2. 2. Avec un sujet non humain .................................................................................40
3.4.3. Au niveau pragmatique .............................................................................................43
4. Analyse des noms polysémiques ; cas de trois nominaux ..................................................45
4.1. A bι notion de « enfant » .................................................................................................... 45
4.1.1. Au niveau morphosyntaxique...................................................................................45
4.1.1.1. Les paradigmes ...................................................................................................45
4.1.1. 2. Les caractéristiques morphosyntaxiques de bi ..................................................46
4.1.2. Au niveau sémantique ...............................................................................................48
XXXIII

4.1.3. Au niveau pragmatique .............................................................................................57


4.2. a bɔrɔ notion de « homme »........................................................................................... 58
4.2.1. Au niveau morphosyntaxique...................................................................................58
4.2.1.1. Les paradigmes ...................................................................................................58
4.2.1. 2. Les caractéristiques morphosyntaxiques de bɔrɔ ..............................................58
4.2.2. Au niveau sémantique ...............................................................................................59
4.2.2.1. La dérivation ......................................................................................................59
4.2.3. Au niveau pragmatique .............................................................................................65
4.3. A bĩĩndε notion de « cœur » ............................................................................................ 66
4.3.1. Au niveau morphosyntaxique...................................................................................66
4.3.1.1. Les paradigmes ..................................................................................................66
4.3.1. 2. Les caractéristiques morphosyntaxiques de bĩĩndε ...........................................66
4.3.2. Au niveau sémantique ...............................................................................................67
4. 3.3. Au niveau pragmatique ...........................................................................................69
Conclusion ..................................................................................................................................72
Bibliographie..............................................................................................................................74
Annexes .................................................................................................................................... VII
Contextes d'utilisation des mots polysémiques ............................................................... VII
Transcription des métadiscours ......................................................................................... XVII
XXXIV

Synthème : du grec sun (avec) est selon Martinet André( 1960), est une unité composée de
deux ou plusieurs monèmes( u. significatives minimales). P.282 du dictonnaire
Syntagme, du grec suntagma, « chose rangée » est un constituant syntaxique composée d’une
suite de morphèmes.
Dictionnaire des sciences du langage de Franck Neveu, 2004, Paris, 316 p. Armand Colin. ;
Données cultuelles : la maman d’un bébé est sale

196,000 in Burkina Faso (Johnstone and Mandryk 2001). Population total all countries:
198,000. Region Yatenga Province, Titao Subdistrict; Soum and Oudalan provinces, Djibo-
Aribinda Subdistrict. Koromba is east; Fulse west. Also in Mali. Language map Burkina Faso,
reference number 26
Alternate names Fula, Fulse, Kuruma, Kurumfe Dialects Koromba, Fulse. Classification Niger-
Congo, Atlantic-Congo, Volta-Congo, North, Gur, Central, Northern, Kurumfe Language use
Also use Mòoré [mos
Lewis, M. Paul (2009),.- Ethnologue: Languages of the World, Sixteenth edition. Dallas,
Tex.: SIL International. Online version: http://www.ethnologue.com/

196,000 in Burkina Faso (Johnstone


and Mandryk 2001). Population total
all countries: 198,000.
Region Yatenga Province, Titao Subdistrict; Soum and
Oudalan provinces, Djibo-Aribinda Subdistrict.
Koromba is east; Fulse west. Also in Mali
Johnstone and Mandryk 2001

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