Langue Dagara
Langue Dagara
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UNITE DE FORMATION ET DE RECHERCHE EN LETTRES,
ARTS ET COMMUNICATION (UFR/LAC)
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Département de Linguistique
MEMOIRE DE DEA
Septembre 2011
II
DEDICACE
REMERCIEMENTS
Pour le présent travail, nous avons bénéficié du soutien moral, intellectuel et matériel de
plusieurs personnes. Nous saisissons l’opportunité qui nous est offerte pour leur adresser nos
sincères remerciements.
Le premier, à ce titre, est le Professeur Alou KEITA, qui a accepté, après notre maîtrise avec lui,
nous suggérer ce thème et diriger ce mémoire de D.E.A. jusqu ‘au bout, malgré nos imperfections.
Et avant cela, son amour du travail bien fait, sa personnalité, nous ont attiré très tôt vers lui.
Nous l’approchions depuis notre année de licence pour ses suggestions, conseils et
encouragements ou pour profiter de ses documents. Vous nous avez encore témoigné une affection
fraternelle particulière, une franchise exemplaire. Toute notre reconnaissance.
Nos remerciements vont également à tous les enseignants du département de linguistique qui
d’une façon ou d’une autre nous ont accordé leur attention.
Nous remercions tous nos informateurs pour leur francche collaboration, en particulier
M.Maîga Souleymane et Maïga Sadjo qui n’ont menagé aucun effort pour organiser des thé-
débats entre étudiants locuteurs natifs du koromfe à chaque fois que nous exprimions le besoin.
Nous disons également merci au Général Ali Traoré et au Dr Sanfo Marou pour leur soutien
financier.
Une mention particulière est faite à madame GUIRE/JIRO Haoua pour ses prières, sa
compréhension et son soutien quotidien et indéfectible dans toutes les circonstances.
Que tous ceux qui ont contribué à l’élaboration de ce rapport y trouvent le couronnement de leurs
efforts.
IV
SOMMAIRE
0. Partie introductive .................................................................................................................1
1. Cadre théorique .......................................................................................................................5
2 Cadre méthodologique ............................................................................................................8
2.1. Méthode de collecte de données ....................................................................................... 8
2.2. Méthode d’analyse ............................................................................................................... 11
3. Analyse des verbes polysémiques : cas de trois verbes ......................................................12
3.1. Préalables ............................................................................................................................... 12
3.1.1. Mise au point terminologique ...................................................................................12
3.1.2. Aperçu morphologique du koromfe d’Aribinda........................................................13
3.2. Dɔmnam « entendre »......................................................................................................... 19
3.2.1. Au niveau morphosyntaxique...................................................................................19
3.2.2. Au niveau sémantique ..............................................................................................22
3.2.3. Au niveau pragmatique ...........................................................................................28
3.2.4. Ce que dɔmnam ne peut pas exprimer ......................................................................29
3.3. dιam « manger » ................................................................................................................... 30
3.3.1. Au niveau morphosyntaxique...................................................................................30
3.3.2. Au niveau sémantique ...............................................................................................32
3.3.3. Au niveau pragmatique ............................................................................................36
3.4. A kɔtam « couper »............................................................................................................. 38
3.4.1. Au niveau morphosyntaxique....................................................................................38
3.4.2. Au niveau sémantique ...............................................................................................39
3.4.3. Au niveau pragmatique .............................................................................................43
4. Analyse des noms polysémiques ; cas de trois nominaux ..................................................45
4.1. A bι notion de « enfant » .................................................................................................... 45
4.1.1. Au niveau morphosyntaxique...................................................................................45
4.1.2. Au niveau sémantique ...............................................................................................48
4.1.3. Au niveau pragmatique .............................................................................................57
4.2. a bɔrɔ notion de « homme »........................................................................................... 58
4.2.1. Au niveau morphosyntaxique...................................................................................58
4.2.2. Au niveau sémantique ...............................................................................................59
4.2.3. Au niveau pragmatique .............................................................................................65
4.3. A bĩĩndε notion de « cœur » ............................................................................................ 66
4.3.1. Au niveau morphosyntaxique...................................................................................66
4.3.2. Au niveau sémantique ...............................................................................................67
4. 3.3. Au niveau pragmatique ...........................................................................................69
Conclusion ..................................................................................................................................72
Bibliographie..............................................................................................................................74
Annexes .................................................................................................................................... VII
Contextes d'utilisation des mots polysémiques ............................................................... VII
Transcription des métadiscours ......................................................................................... XVII
V
Signes conventionnels
morphème zéro
* L’astérisque indique des constructions qui ne sont pas admises dans la langue.
0. Partie introductive
La langue est un système de signes doublement articulés. La parole en constitue la
concrétisation. C’est par la parole que les membres d’une communauté linguistique expriment
leurs idées, leurs pensées et leurs sentiments. Chaque système linguistique est particulièrement
complexe. Ce qui importe dans l’aspect identitaire d’une langue comme le koromfe, c’est la
façon dont ses locuteurs cryptent et décriptent le sens souvent polysémique, des unités
lexicales.
0.1. Contexte de l’étude : Le koromfe est une langue de type gur parlée par les Koromba qui
vivent au nord du Burkina Faso. Son aire géographique va de la partie Est de la région du Nord
notamment de la province du Lorum au centre de la province du Sahel. Il s’agit du
département d’Aribinda de la province du Soum. LEWIS M. Paul (2001) leur attribue un
chiffre de cent quatre vingt seize mille (19600) locuteurs ce qui est nettement inférieur à 2%
de la population du BURKINA FASO en cette date. On distingue de nos jours deux grandes
variantes géographiquement reparties. La variante de l’Est parlée autour d’Aribinda et la
variante de l’Ouest parlée autour de Mengao.
0.2. Problématique : Un débat sur la traduction de la lexie française « couper » en koromfe
nous a permis non seulement de remarquer que le mot « couper » a plus d’un équivalent en
koromfe d’Aribinda parmi lesquels kɔtam , mais aussi que son équivalent kɔtam lui-même était
polysémique. Le seul locuteur à qui nous avons demandé de traduire l’énoncé « Assita a coupé
la corde avec un couteau » nous a dit, après hésitation, sur dokam et kɔtam, que toutes les deux
traductions étaient bonnes. Il nous a ensuite demandé si Assita a coupé la corde
intentionnellement ou par mégarde avec le couteau. Nous nous sommes rendu compte que
même quand on est locuteur du koromfe, le choix de la bonne traduction n’est pas aisé parce
que la réalité du signifié dépend des habitudes linguistiques du groupe.
- Quelle démarche sémantique ou lexicologique adopter pour opérer un choix entre des mots
synonymiques ?
- quelles relations unissent les acceptions d’une lexie polysémique en koromfé ?
Autrement dit, y’aurait-il un sens invariant dans les polysèmes d’une lexie ? Nous savons selon
la thèse de TRACY (2001) sur le sémantisme des verbes en allemand que partir n’a aucune
traduction acceptable en soi en allemand, car fahren implique un déplacement en voiture,
fliegen en avion, gehen à pied. Ainsi le concept de déplacement sans précision du moyen n'est
pas accessible à un Allemand.
2
Pour qu’une traduction d’une langue à une autre puisse rendre compte de la réalité avec une
certaine perfection, il faut qu’elle soit fondée sur une étude tenant compte des subtilités de la
polysémie dans cette langue.
Par delà la polysémie, la difficulté de la traduction pose aussi le problème de l’arbitraire du
signe et la vision du monde : le lien entre le signifiant et le signifié est arbitraire parce qu’une
même idée ou réalité peut être représentée dans des langues diverses par des signifiants
différents. La réalité elle-même est fonction des habitudes linguistiques du groupe. Car comme
le dit DETRIE et al. (2001: 138) « Le fait est que la «réalité» est, dans une grande mesure,
inconsciemment construite à partir des habitudes linguistiques du groupe. Deux langues ne sont
jamais suffisamment semblables pour être considérées comme représentant la même réalité
[matérielle ou] sociale. Les mondes où vivent des sociétés différentes sont des mondes
distincts, pas simplement le même monde avec d'autres étiquettes».
0.6. Hypothèse :
Nous partons de l’hypothèse qu’il y a une relation sémantique entre les différents sens de toute
lexie polysémique, notamment un noyau de sens invariable. Nous pensons que même sans
données diachroniques indiquant l’évolution sémantique des lexies, une étude basée sur l’état
actuel de la langue koromfe doit pouvoir dégager le sens canonique de chaque unité
polysémique. Cela pour infirmer la conception nominaliste de la sémantique interprétative de
RASTIER (1994:50) selon laquelle le sens lexical « n’est pas doté d’une identité à soi qui
définirait un noyau de sens invariant et primordial. Sa définition dépend des conditions
4
objectives telles que le contexte (local puis global) et la situation mais encore des conditions
subjectives qui sont celles de l’interprétation »
D’une part, la polysémie ne peut pas être organisée autour d’une acception prototypique de la
lexie, parce que la polysémie est un phénomène vivant au sens où les lexies sont
permanemment capables d’acquérir de nouveaux sens. Nous recherchons la forme constante
dans les différents sens et non l’inverse. Or, la conception prototypique de la polysémie renvoie
à un sens particulier pris comme idéal, dont la caractérisation obéit à des conditions nécessaires
et suffisantes, et auxquelles les autres sens doivent se conformer pour appartenir à la catégorie
du prototype.
Nous nous appuyons sur le sens conventionnel des unités lexicales. Si le mot n’est pas
déterminé par un schème, un « noyau » en termes de forme sémantique, alors sa polysémie
serait incontrôlable. La possibilité d’acquisition constante de nouveaux sens par la lexie ne
veut pas dire qu’elle peut désigner n’importe quoi. Il est admis généralement par les linguistes
que la polysémie s’obtient par la métaphore et la métonymie. Ce qui revient à admettre une
forme de base à partir de laquelle on obtient la prolifération des sens pour une unité lexicale
donnée. Or, postuler pour l’existence d’un sens premier ou de base implique la disponibilité de
données diachroniques sur la langue étudiée afin de pouvoir remonter à l’étymon ou à la
première attestation de cette unité lexicale. Le koromfe d’Aribinda n’en dispose pas. Ce qui
exclut cette approche.
Quant à la polysémie métaphorique, VENANT (2006:25) rappelle qu’ «On peut décider de
considérer que dans un emploi métaphorique l’unité garde son sens habituel, mais que c’est
l’énoncé dans son ensemble qui est porteur d’un sens original ». Nous ne voulons cependant
pas aller au-delà du sens conventionnel ou habituel lui-même, parce que la polysémie analysée
du point de vue métaphorique ou métonymique revient à étudier la polysémie syntaxique et non
lexicale.
0.7. Corroboration de l’hypothèse
Si nous arrivons à déduire à partir de l’étude des relations sémantiques entre les différents sens
de chaque lexie polysémique, l’archétype cognitif ou plus précisément l’invariant, nous aurions
confirmé notre hypothèse.
5
1. Cadre théorique
Le cadre théorique oriente et délimite le domaine intellectuel ou disciplinaire dans lesquel
s’inscrit la recherche. Une fois spécifié, des démarches propres doivent être adoptées pour
l’atteinte des objectifs
La sémantique est une discipline linguistique qui étudie le sens des mots en contexte et hors
contexte. C’est une composante de la linguistique descriptive qui s’occupe du signifié. Le mot
sémantique a été inventé à la fin du XIX°siècle par le linguiste français BREAL Michel. Les
phénomènes sémantiques sont divisés en deux grandes catégories, à savoir les sémantiques
lexicale et grammaticale. Les théories pour lesquelles le sens de la phrase résulte du sens de ses
mots, et où l’on tente d’associer aux mots lexicaux une représentation conceptuelle qui en
décrit le sens sont regroupées dans la première catégorie. Dans la sémantique grammaticale
sont régroupées les théories pour lesquelles le sens d’une phrase résulte des rélations entre les
mots qui la composent. On y interprète les relations sémantiques. C’est dans le cadre de l’idée
de la décomposition sémantique que s’inscrit la sémantique componentielle.
Dès les années soixante, KATZ et FODOR (1963) développent en suivant la grammaire
schomskienne, le premier modèle de l’analyse componentielle aux USA. « L’analyse
componentielle : analyse en composants (anglais components) ou marqueurs sémantiques
(hiérarchiques) ». Une autre version de l’analyse componentielle se développe en Europe avec
GREIMAS (1966), Hjelmslev (1971), POTTIER (1987), RASTIER (1987et 1994). On y parle
de figures du contenu, de traits sémantiques ou semantics features (anglais) ou sèmes. Parlant
justement de l’analyse sémique TOURATIER (2004 :42) souligne qu’ « il n’en reste pas
moins que le principe de définition qui consiste à comparer les objets étudiés en dégageant ce
qu’il peut y avoir de commun et de différent entre eux est un principe logique et
méthodologique qui n’est nullement propre à la phonologie, mais qui sous-tend toute entreprise
définitoire ou classificatrice ».
Ainsi la sémantique a connu plusieurs théories :
La théorie de la sémantique interprétative est une sémantique cognitive qui se propose une
démarche plus rigoureuse d’analyse. Pour la sémantique interprétative de RASTIER (1987), le
sens ne peut s’appréhender que dans l’interprétation du sujet qui ne peut être pris isolement.
Avec RASTIER François, la démarche interprétative se fera par paliers qui sont ; le niveau
microsémantique (sémèmes, sèmes), le niveau mésosémantique (taxèmes, classèmes,
sémantèmes) et le niveau macrosémantique. Le niveau macrosémantique est le niveau
discursif, phrastique ou énonciatif. L’opération interprétative tient compte en plus de la
6
hiérarchie de ces niveaux, de l’isotopie des éléments qui fait la cohérence de l’ensemble. Ce qui
constitue les conditions nécessaires et suffisantes qui sont à la base dans son analyse. L’isotopie
y est définie comme la récurrence d’un même sème. Le concept d’isotopie qu'il emploie vient
de GREIMAS (1966) qui insiste sur la cohérence interne du discours. C’est dans ce sens que
la théorie de la sémantique interprétative refuse toute analyse sémantique qui ne tienne pas
compte du contexte.
En 1994 RASTIER François inclut la polysémie dans l’analyse sémique où il oppose sèmes
génériques (qui caractérisent la classe sémantique) et sèmes spécifiques (qui distinguent dans la
classe les différentes unités lexicales). Mais comme le souligne RASTIER (1987:214), « pour
la sémantique dite «interprétative», la structure syntaxique est le point de départ de
l'interprétation sémantique». Ce qui constitue pour nous une limite dans la mesure où nous ne
nous intéressons qu'aux unités lexicales.
Selon DELPLANQUE (1986: 695), la théorie de la sémantique interprétative se propose de
« rendre compte de la synonymie, de la paraphrase, de l’ambiguïté, de l’antonymie et de
l’hyponymie en même temps [...] ». RASTIER (1994) dans sa conception nominaliste s’oppose
à toute idée de sens prototypique dans la polysémie lexicale. Il rejette ainsi les diverses théories
des stéréotypes, prototypes et archétypes lexicaux qui pour lui « réifient un noyau de sens
infrangible ». Cette conception nominaliste va jusqu’à considérer la polysémie lexicale comme
un artefact dû à des conceptions erronées de la sémantique. Pourtant, l’idée du sens prototypque
est à la base de la théorie sémantique du prototype de KLEIBER en 1990.
Cette théorie du prototype postule pour l’existence, pour toute unité linguistique, d’un sens de
départ ou d’un noyau de sens duquel il dérive. Ce sens prototypique est pris comme modèle ou
comme référence. Ceci conduit à une conception graduelle des catégories, qui est un concept
central dans de nombreux modèles des sciences cognitives. Il a copié ce modèle chez le
psychologue Eleanor Rosh Heider. La théorie sémantique du prototype traite aussi des
dénominations et favorise, selon BAYLON (1994), le dégroupement des polysèmes au niveau
lexicographique. Elle a connu une version standard et une version étendue. C’est la version
étendue qui prend en charge l’analyse de la polysémie. Ludwig Wittgenstein ajoute à l’analyse
prototypique la ressemblance ou air de famille.
Prototype d’origine psychologique ou stéréotype d’origine sociolinguistique, tous portent sur
des noms concrets. Ce qui constitue pour nous une limite dans la mésure où les noms abstraits y
sont écartés. VENANT (2006: 58) explique que dans cette théorie « On cherche alors à associer
à l’unité considérée un noyau de sens qui n’est pas un sens à proprement parler, mais plutôt un
7
schéma de base à partir duquel se construisent ses différents sens, y compris le sens premier et
les sens figurés ».
Cette approche s’apparente à l’analyse sémique qui part de l’idée d’un noyau sémique.
BAYLON (1994:132) souligne qu’ « elle convient mal aux mots polysémiques, dans la mesure
où un polysème regroupe sous une dénomination unique plusieurs catégories. Si, prise
séparément, chacune se laisse décrire par le modèle, prises ensemble, elles font problème quand
on n’aperçoit pas une unité catégorielle correspondant à l’unité de mot ». Il est également
reproché à cette théorie d’avoir une portée limitée et d’être une sémantique de désignation et
non de la signification.
La théorie des tropes : un trope est une figure de style qui détourne un mot ou une expression
de son sens propre pour lui donner un sens figuré. Cela rejoint l’approche prototypique vue
sous l’angle dynamique de la polysémie.
Les tropes sont un moyen de produire et d’interpréter le sens. RASTIER F. (2001) souligne
qu’ « Ils sont ainsi un des moyens de penser ensemble le sens textuel et la signification lexicale.
Ils varient sans doute selon les cultures, les langues et les traditions. Leur inventaire n’est
aucunement achevé. C’est ainsi que l’entreprise du groupe Mµ qui se charge de refonder
systématiquement la tropologie sur des critères linguistiques mériterait d’être poursuivie. Une
tropologie sémiotiquement refondée aurait certainement une grande portée anthropologique ».
DELPLANQUE (1986:691) trouve que l’identification des tropes, qu’il résume à deux
opérations essentielles ramenées à l’axe paradigmatique (hyperonymie) et à l’axe
syntagmatique (contiguïté), est théoriquement indécidable au regard des exemples qu’il a pris
en dagara, langue africaine.
Notre travail s’inscrit dans le cadre général de la sémantique cognitive dans sa partie
sémantique lexicale. LEHMANN (2005:11 ) note que la «sémantique lexicale a pour objet
l'étude du sens des unités lexicales». Nous nous intéressons plus particulièrement aux relations
de sens entre les mots polysémiques. Nous nous inspirons de la théorie des prototypes, des
théories du courant des linguistes de l’énonciation, de celles issues des travaux fondateurs
d’Emile Benveniste (Benveniste 1966 et 1974) lorsqu’ils admettent un noyau de sens en
polysémie lexicale. C’est de ce noyau que parle LEHMANN (2005 : 17) lorsqu'il dit qu' «il y a,
sous les différentes occurrences d'un mot en discours, un invariant sémantique, un noyau stable
inhérent au mot que l'on peut décrire en relation avec ses emplois et hors emploi».
JACQUET (2005: 32) rappelle dans sa thèse que « Ce noyau de sens est nommé de
différentes manières selon les auteurs : forme schématique (Culioli, 1990, pp.115 à135), figures
morphologique (Pottier, 1987), image schéma (Langacker, 1991), archétype cognitif (Desclés,
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1985), motif (Cadiot et Visett, 2001) » dont les principaux représentants sont Oswald Ducrot
(1984) Antoine Culioli (1999) et Alain DELPLANQUE (1986). JACQUET sintéresse à tout ce
qui peut être pris comme notion représentative du sens quelque soit la dénomination que l’on
lui donne. Malgré le désaccord théorique entre ces dénominations, notre intérêt est porté sur le
lien entre les sens usuels du mot polysémique au niveau lexical.
Le sens usuel ést le sens conventionnel que tout locuteur peut donner au mot
polysémique. Dans ses travaux sur le dagara, DELPLANQUE (1986 : 698) assure que « le
mot doit donc posséder un sens, en germe ou en configuration, et ce préalablement à toute
énonciation ». Chaque langue offrant son propre système lexico- grammatical pour réaliser ces
opérations fondamentales, nous nous en tenons dans cette vision à tout ce qui permet
d’identifier la variation de sens des unités lexicales polysémiques et de ce qui les lie. Il s’agit de
la prise en compte du contetxte culturel, parfois grammatical ou géographique. Nous
abandonnons volontier la sémantique componentielle et partant, celle interprétative au regard
du fait que notre analyse n’est pas systématiquement sémique ; notre métadiscours n’est pas
une définition en sèmes (spécifiques/génériques, aférents/inhérents), mais une donnée orale
produite par les locuteurs. Nous qualifions de métadiscours, les explications et définitions que les
locuteurs donnent des lexies de leur langue, conformément à DUBOIS (2001: 301) qui dit que
« Ainsi, tout discours sur la langue est un métadiscours ». Le français reste la métalangue. Le sens
des lexies sera donc étudié en fonction des équivalents qu’elles peuvent avoir en français.
2 Cadre méthodologique
Le balisage du cadre méthodologique constitue un volet essentiel dans la compréhension des
résultats d’un travail de recherche. Il sera ici question de la méthode de collecte et de l’analyse
des données sémantiques. Par cadre méthodologique, nous entendons les méthodologies de
recherche et d’analyse utilisées ainsi que les difficultés rencontrées dans leur mise en œuvre.
Par contre, pour une langue comme le koromfe d’Aribinda où il n’existe aucune base
textuelle voire lexicographique, l’identification de lexies polysémiques constitue en elle-même
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un travail empirique et fastidieux. Il est très difficile pour un informateur de faire ressortir en
un entretien les différentes acceptions d’un mot polysémique dans leurs contextes.
Notre informateur principal est né en 1984 à Aribinda et y a fait ses études primaires. Il
est actuellement à Ouagadougou dans le cadre de ses études universitaires en psychologie.
Quant à la collecte des métadiscours, c’est surtout à partir des veillées-débats autour du
thé, organisées souvent en fin de semaine chez Maïga Sadou étudiant doctorant en Math, que
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nous les avons recueillis. Seuls les locuteurs Koromba ressortissants d’Aribinda y étaient
conviés. Lorsque nous étions tous limités sur un point, nous nous informions dans d’autres
familles de Koromba, particulièrement chez le vieux centenaire MAÏGA Balma (décédé en
2010). Le choix des étudiants comme informateurs est dû au fait qu’ils acceptent évoquer
toutes les notions abordées, qu’elles soient liées au sexe ou aux origines (clan des esclaves) des
familles.
La principale difficulté rencontrée lors de nos enquêtes réside dans le fait qu’aucun des
locuteurs rencontrés n’avait auparavant essayé de définir un mot koromfe dans sa langue. Pour
les non lettrés, la tâche était plus laborieuse parce que ceux-là avaient l’habitude de recourir
directement au référent. L’on nous a déjà dit que si nous ne connaissions pas ce que c’est que
bĩĩndε « cœur », il suffisait d’aller à la boucherie, nous aurons l’occasion d’en voir.
Les énoncés ont été transcrits et traduits. Pour cette transcription, nous avons suivi les
principes d’une notation phonétique large cités dans BOUQUIAUX (1987: 34) qui consiste à
noter les faits pertinents et les faits de réalisation. Pour la traduction intralinéaire, nous avons
respecté les principes de traduction des langues orales de BOUQUIAUX (1987: 133). Il y
mentionne qu’« il s’agit en effet de présenter, au niveau du mot à mot, le découpage
grammatical de la phrase. Un certain nombre de morphèmes-clés sont désignés par leur
appartenance catégorielle ou sérielle. Ainsi, au lieu de « il viendra (peut être) », on indique : //
il / venir + inaccompli / futur // […] ». Ensuite nous avons donné la traduction juxtalinéaire.
Mais celle-ci n’est pas toujours intelligible en français. Ainsi nous avons de temps en temps
ajouté la traduction intelligible lorsqu’elle permet de mieux saisir le sens.
11
Pour les noms, c’est surtout dans la dérivation, la composition et dans les syntagmes de
détermination que la polysémie a été recherchée.
Certains sens ne peuvent être compris que par la prise en compte de l’expérience
physico-culturelle du milieu koromfe. Cette expérience permet de dépeindre la valorisation
sociale de la lexie polysémique ; il s’agit de dire si l’action ou l’état est bon ou mauvais,
bénéfique, maléfique ou indifférent en fonction des normes sociales propres aux Koromba. Ce
codage culturel permet d’enrichir la connaissance des facteurs extralinguistiques, afin de mieux
comprendre le codage linguistique des mots chargés de connotations, par-delà les artifices du
langage.
Enfin, dans le cadre de la recherche des invariants, nous avons recherché la nature type et la
fonction type dans la polysémie des nominaux et dans celle des verbaux.
12
3.1. Préalables
Le domaine de la sémantique est très vaste et contient une multitude de termes utilisés pour
décrire les différentes unités de sens. Parfois, le même signifié est nommé par différents
signifiants au regard des petites nuances de compréhension ou de vision d’écoles. Aussi,
comme précédemment indiqué, le koromfe d’Aribinda n’a pas encore été décrit. Il implique
donc, pour faciliter le discernement des termes que nous utilisons, et surtout pour la
compréhension de la structure dess énoncés du Koromfe variante d’Aribinda, de donner des
préalables constitués d’explications de quelques termes utilisés et d’un aperçu de la
morphologie de la langue.
Le terme « lexie » que nous utilisons tout au long de notre travail est lui-même polysémique. Il
n’est pas à confondre avec le terme « lexis ». Selon PECHON D. et al. (1992 :582), « une lexie
(du grec mot) désigne en linguistique une unité du lexique pouvant être un mot ou une
expression. Tandis qu’une lexis (grec logique) désigne un énoncé considéré indépendamment
de la vérité ou de la fausseté de son contenu sémantique ».
Selon DUBOIS et al. (200 : 282), « La lexie est l’unité fonctionnelle significative du
discours contrairement au lexème, unité abstraite appartenant à la langue »
Nous avons retenu le terme lexie dans l’entendement de DUBOIS et al. parce que nous
traitons des unités lexicales. Et c’est d’ailleurs cette dénomination qui est retenue dans le
domaine de la lexicologie comme l’affirme RENATA (2002:140), « L’objet d’étude de la
lexicologie est la lexie, car seule cette dernière peu être définie.»
13
Polysémie
Selon VENANT (2006: 23), « Le terme de polysémie a été introduit par Bréal (1897). Il le définit
comme « le phénomène diachronique qui consiste dans l’addition d’acceptations nouvelles au sens
fondamental », une particularité de ces « sens nouveaux » étant de coexister avec l’ancien. Il
propose d’appeler ce phénomène de multiplication la polysémie. C’est donc le caractère
diachronique de la polysémie qui a d’abord servi à définir et qui est encore souvent utilisé pour
distinguer l’homonymie de la polysémie ». TOURATIER (2004:17) simplifie l’explication en
affirmant que la polysémie est la « faculté qu’a un mot de porter des significations variées ».
Par polysémie, nous entendons nous limiter simplement à la définition donnée par
TOURATIER (2004) sans référence à l’évolution diachronique. Sans nous appliquer forcément
à toutes les possibilités qu’il donne, le terme polysémie lexicale que nous employons est
orienté exclusivement vers la définition selon KLEIBER (1999 : 55). Il indique que l’ « on peut
définir la polysémie lexicale par deux caractéristiques (i) une pluralité de sens liée à une seule
forme, (ii) des sens qui ne paraissent pas totalement disjoints, mais se trouvent unis par tel ou
tel rapport ».
Le système vocalique de base du koromfe de Mengao est le suivant selon Rennison (1997:
396).
antérieur central postérieur
haut ι υ
Moyen ε (ə)
ɔ
bas a
14
Mais le système complet comporte toutes les voyelles de ce tableau et leurs correspondantes -
ATR courtes et longues.
La marque de négation est ba et se place entre le sujet syntaxique et le verbe. Son absence
correspond à l’assertion.
Exemple :
Exemple :
Exemple :
Nous considérons ce suffixe –am comme la marque de l’infinitif. L’infinitif selon DUBOIS
(2001: 246) « est une forme nominale du verbe qui exprime l’état ou l’action, mais sans porter
des marques de nombre et de personne. Il peut assumer dans la phrase toutes les fonctions du
nom ».
Nous reconnaissons la base verbale par son aptitude à s’associer à la marque de l’aspect.
Laquelle base peut être simple, dérivée ou composée ; Par base simple nous percevons une
base réduite à l’unité lexicale minimale ou lexème qui la compose. Et une base dérivée est une
base comportant un lexème et un dérivatif. La base composée serait une base comportant plus
d’un lexème. Toute base se reconnaît à partir de l’identification du morphème marqueur.
16
Les marqueurs nominaux et les marqueurs verbaux du koromfe sont tous des suffixes.
gagnι « couteaux »
a bu « les enfants »
Les constituants syntaxiques nominaux peuvent occuper les fonctions de sujet, d’objet
et de circonstant. Le sujet est souvent défini au plan sémantique comme « l’élément qui
CREISSELS (1979: 67) définit le sujet comme «le terme de l’énoncé dont la présence
Le sujet peut être un pronom, c’est-à-dire un terme qui remplace le nom. Les pronoms
[mυ]: a pour référent celui ou celle qui parle. Ce pronom permet au locuteur koromfe
d’exprimer ses émotions, ses états d’âme et intentions. Sa forme pleine est [mυkϽ] Son autre
forme est [m].
[n~ŋ~m] a pour référent celui ou celle à qui on parle. Il permet de s’adresser à l’interlocuteur
uniquement à un humain dans la langue. Ses autres formes sont [dι] [dəkɔ]. Il fait partie des
trois pronoms délocutifs singuliers assumant les fonctions référentielles. Les deux autres étant
ga et gυ.
[gυ] a pour référent ce de quoi on parle. Ce référent est normalement non humain Sa forme
En fonction d’objet, ils sont placés après les constituants syntaxiques verbaux ;
En fonction de circonstant, ils sont placés en fin d’énoncé. Seuls les circonstants à valeur
temporelle et à valeur locative sont aptes à être déplacés en début d’énoncé.
18
dokam « couper »
Au niveau nominal tout comme au niveau verbal, l'étude de la polysémie se fera par une
analyse morphologique des unités lexicales polysémiques. Nous nous tournons d'abord vers les
verbes, parce que comme le dit JACQUET (2005 : 36), la polysémie verbale «semble plus
complexe par bien des aspects que la polysémie nominale ou adjecitivale.»
19
3.2.1.2.1. La dérivation
La base lexicale de dɔmnam qui est dɔmn- est une base verbo-nominale. Elle est pour ainsi
dire, apte à s’associer aux nominatifs instrumentaux ( -ga, -gυ, -hι), au morphème locatif (-fa),
et aux morphèmes agentifs ( -o, -ba).
Le suffixe instrumental (-gυ) sert à former des noms d'objets et de choses au singulier à partir
des verbes. On utilise (-hι) pour les noms au pluriel et (-ga) pour le diminutif. Ga,et gυ sont en
fait des pronoms délocutifs singuliers non humains. Ils font leur pluriel en hi et en hι.
Exemples :
1
A ne pas confondre dɔm issu de dɔmam "battre" conjugué à l'inaccompli injonctif (impératif) et de dɔmɑ issu de
dɔmnam "percevoir" conjugué aussi à l'inaccompli injonctif (impératif).
21
Dɔmangυ «écouteur» occupe ici la fonction syntaxique de complément d'objet direct du verbe
tυ ŋnam «brancher».
Dɔmnɔ «celui qui entend» ou «celui qui écoute» est identifié syntaxiquement comme un
adjectif qualificatif attribut du sujet Almissi. Il peut figurer dans un syntagme déterminatif où il
est le déterminé. C'est le cas de l'exemple suivant :
A mυsfε dɔmn-ɔ bεn -ε «Le locuteur (non natif) du moore est venu.»
//det / moore / entendre ag./ venir ac.//
Les suffixes agentifs singuliers [-o ~ -ɔ] ne sont pas des pronoms. Mais leur pluriel [ba]
correspond au pronom délocutif humain pluriel (ba).
Quant au suffixe [-fa] il sert à former à partir des verbes un adverbe de lieu de l'action du verbe
à partir duquel il est formé. Exemple:
Ainsi dérivé, dɔmnam est apte à jouer le rôle de constituant syntaxique nominal en
assumant la fonction de sujet, d’objet (complément) ou de circonstant.
22
Autrement dit, dɔmnam c'est lorsqu'un bruit atteind notre organe de l'ouie. Dɔmnam suppose
que la cause du bruit ou de l’entendu est extérieur. Sans l’entendu, il n’y a pas d’entendement.
Si en français on ne peut pas décider d’entendre (mais d'écouter), en koromfe on peut décider
de dɔmnam « percevoir ». Ce qui devient l’écoute. Il arrive que l'on ne décide pas de dɔmnam
« percevoir », mais entendre quand même. Dans ce cas il y a absence de visée, tout dépend de
la capacité des organes de l’ouie et de la distance physique ou mentale qui les sépare de
l’entendu. Pour spécifier qu’il y a visée, le koromfe recourt à un emprunt qui est ti hetina
« écouter » sur lequel nous reviendrons plus loin.
procès. Pour un procès comme celui de dɔmnam , la nature est difficilement séparable de la
fonction.
L'on peut avoir comme organe de perception l'oreille, mais avec une autre fonction qui
est celle de comprendre. La nature de dɔmnam en ce moment est de percevoir un message pour
23
Avec la langue de communication comme objet, dɔmnam a le sens de «parler une langue X».
Exemple:
En koromfe, lorsque l'on est capable de communiquer dans une langue L2, on dit que
l'on dɔman «perçoit» cette langue. La particularité est que le procès n'est jamais à l'accompli
car l'on comprend une langue une fois pour toute. Le processus étant acquis définitivement, ou
du moins, pour une longue période. Dire par exemple [mυ dɔmnε a mυsfε ] «j'ai compris le
moore» n'a pas de sens. Il n'y a pas apparemment de différence entre comprendre et parler. En
français l'on peut comprendre sans pour autant pouvoir parler une langue. En koromfe, dire
que quelqu'un [dɔman ] une langue, c'est dire non seulement qu'il comprend la langue, mais
qu'il la parle aussi, à moins que l’on ajoute explicitement qu’il ne la parle pas. Le métadiscours
Avec la langue comme organe de perception, dɔmnam prend une autre nature, celle de
goûter qui consiste selon REY (1998: 597), à «consommer une petite quantité pour évaluer la
saveur (d'une chose)». Nous dirons que c'est mettre un objet en contact avec la langue pour
identifier son goût.
Exemples:
Dι bol -e ce dι ba dɔmn -ε a somei m bond -o heŋ yoro
//il hum./ dire acc./ que / il hum./ nég. / percevoir acc. /dét. / aigreur / tu / bouillie sg./ dem./ dans//
« Il dit qu’il n’a pas senti de l’aigreur dans ta bouillie.»
Mυ dɔmn -ε a sυkara a bond-o yoro
//Je / percevoir acc. /dét. / sucre/ dét./ bouillie sg./ dans//
« J’ai senti du sucre dans la bouillie.»
Sa fonction c'est identifier le goût de l'objet goûté, de l'objet mis en contact avec la
Avec le nez comme organe, dɔmnam change de nature pour être tout simplement le fait
de « sentir (par le nez)». Il consiste à inspirer l'air comme il faut dans un environnement donné
(à côté d'un objet par exemple) pour identifier l'odeur qui s'y exhale. Exemple:
Dɔmnam est aussi possible avec la peau. Dans ce cas, il consiste à toucher un objet, à
mettre la peau en contact avec cet objet pour identifier la température.
Exemple :
La fonction dans ce cas consiste à sentir par la peau la température d'un objet ou d'un milieu
donné. Culturellement, il n'y a pas un thermomètre autre que le corps humain pour mesurer la
température. Il est utilisé lorsque l'on chauffe de l'eau par exemple. Il n'est pas rare que l'on se
brûle en voulant mesurer la température d'un objet. L'on a donc les métadiscours suivants pour
cette sensation :
« Lorsque l’on est touché par quelque chose et que l’on reconnaît que c’est chaud.»
« Lorsqu’on sent une inflammation, une brûlure ou une piqûre dans son corps.»
En résumé, si le sujet est humain, cela témoigne d’une présence d’intention ou de volonté. On
voit donc que dans tous les cas déjà vus, dɔmnam « percevoir » a pu prendre les sens de « sentir
de la chaleur » ou « une odeur » ou encore « de la douleur », « entendre », « écouter »,
« comprendre », « parler une langue».
La polysémie de dɔmnam peut être obtenue à partir du changement de la nature du sujet. Avec
un sujet non humain on ne parlera plus de perception incluant une intention.
normalement par dɔmnam «sentir» la douleur ou la fatigue dans son corps. A une étape non
avancée, l'on dira que l'on est gagné par la fatigue ou par la faim. Si une solution n'est pas
trouvée, l'on finit par être dɔmnε « entendu, englobé ou possédé par la faim, la soif, la
fatigue… ». Ce qui est expliqué dans les métadiscours suivants :
Avec donc un sujet non humain et un objet humain, dɔmnam prend le sens de « infliger une
peine à… »
Cependant, ce n'est pas seulement l'être humain qui peut être objet syntaxique de dɔmnam.
L'objet non humain peut l'être aussi. Et dans ce cas, dɔmnam prend le sens de « altérer ».
Exemple:
A w -ø heŋ , a fι-rε baa dɔmn -εε h dυrυ, ι ba sιbυra
//dét.. / herbes / dem. / dét./ soleil sg./nég./percevoir acc. /ils nho. / Loc./ ils nh./nég./ mourir//
« Si le soleil n'entend pas ces herbes,elles ne mourront pas ». Autrement dit, «si ces herbes ne
sont pas suffisamment brûlées par le soleil, elles ne mourront pas».
L'on peut donc admettre la définition suivante de dɔmnam comme valable pour l'objet humain
et l'objet non humain.
A dɔmnam :
Kυr kãŋ dar fυ , maa kãŋ dar- kãŋ , kala gυ gamsυ
// lorsque / qlq ch. / avoir/ homme sg./ ou / qlq ch./ avoir inac./qlq ch. / jusqu’à / il nh./ dépasser inac //
« Quand quelque chose gagne une personne ou une chose jusqu’à dépasser la limite.»
28
Avec un pronom délocutif non humain, dɔmnam à l'accompli signifie « suffire » ou «en avoir
assez », «en souffrir».
- Gυ dɔmn -ε wala ? « Y’en a-t-il assez ? »
// il nh / percevoir acc / interrogatif //
- N dɔman ?
// il inh / percevoir inac //
« Tu me suis ? » ou « Tu écoutes ? » dans un contexte familier.
A l'impératif, dɔmnam implique nécessairement la fonction phatique. Il est l'un des termes par
excellence pour remplir cette fonction en koromfe.
Dɔm-a ! « Écoute ? »
//percevoir imp.//
29
Dans un emploi qui rélève de l'intuition, l'on n'utilise pas dɔmnam comme en français. Mais
l’on utilise d’autres lexies plus explicites.
Exemple:
Mυ ni-yãã ce a vιnnã la ya -tι gυ nε
// Je/ voir inac./conj./dét./ pluie / af. / chercher inac. / il nh. / pleuvoir nm.//
« Je sens qu'il va pleuvoir.»
Naana n kυl- fι wε ?
// Comment / tu / corps pl. / sont ?//
« Comment te sens-tu.»
La santé se traduit par kυlfι « les corps » ou encore « états physiques ». C'est certain que pour
connaître l'état de santé, l'on peut utiliser la vue, le toucher, ou encore l'odorat. Nous avons vu
précédemment que dɔmnam est employé pour ces sens. Mais il ne peut être employé pour
juger de l'état de santé.
Synthèse:
entendre
L’acception qui peut être commune à tous ces polysèmes de dɔmnam doit être un noyau de
sens que l’on retrouve necessairement dans chacun d’eux. Sentir par l’ouie, l’odorat, le toucher
revient à percevoir à partir de ces organes de sens. De même, écouter, entendre, comprendre
implique une perception ou une volonté de percevoir quelque chose. Quant à suffire, infliger
une « une peine », alterer, bien doser, l’on ne voit pas d’emblée la perception. Il suffit
30
cependant de remonter aux exemples les contenant pour comprendre que dɔmnam dans le sens
de suffire suppose une perception de l’objet dont la quantité, l’ampleur ou l’étendue est jugée
suffisante. Il y va de même pour « bien doser » où l’on doit « percevoir » l’élément servant à
doser et l’élément dosé. « Infliger une peine », et « altérer » un objet ne peuvent se faire que
quand il y a perception de ce qui est « altéré » et de ce qui « inflige la peine, la faim, la
fatigue » ou « la maladie ». Nous retenons donc percevoir comme noyau de sens, non comme
La lexie dιam varie aussi en aspect accompli et inaccompli. Ce qui permet d'affirmer que c'est
un verbe.
Exemple :
A bal - ιɔ hon dir -a -a « L'étranger est en train de manger.» (Aspect
inaccompli)
//dét./ étranger sg./ dem./manger + inac. af. //
3.3.1.2.1. La dérivation
La base lexicale de dιam qui est dι- est aussi apte à s’associer aux nominatifs instrumentaux (
-ga, -gυ, -hι), au morphème locatif (-fa), et aux suffixes agentifs ( -o, -ba).
Exemple:
Avec le suffixe agentif (-ɔ,-ba), l'on a une lexie qui indique celui qui mange, autrement dit, le
ou les mangeur (s).
exemples:
A dιrɔ « le mangeur»
Au pluriel, pour lever l'ambiguïté, on emploie dιrba dans un syntagme qualificatif où il est le
qualifié.
A dιrba « les mangeurs» ou «les moustiques»
A fει dιrba «les mangeurs de tô»
dιr-ɔ « le mangeur »
dιr-ba « les mangeurs »
dιr-fa « Lieu où l'on mange »
Ainsi dérivé, dιam est apte à jouer le rôle de constituant syntaxique nominal en assumant la
fonction de sujet, d’objet (complément) ou de circonstant.
aliments, ce sont par exemple les céréales comme le mil, le riz, le blé moulus et préparés sous
une forme pâteuse. Par ingrédients, il faut entendre tout ce qui est utilisé dans une proportion
donnée pour assaisonner, améliorer le goût d'un mets.
Dιam peut être employé dans ce sens à l'accompli, à l'inaccompli et même à la forme non
marquée.
Nous considérons comme aspect non marquée , la forme du verbe exprimant un événément
ponctuel dans un récit ou dans un énoncé injonctif. A cette forme, le verbe est
morphologiquement plus court que dans les autres aspects. Mais tout comme à l'aspect
accompli, dιam a ici aussi la forme CV avec une voyelle finale antérieure de premier degré
d'aperture + ATR [ι].
Exemple:
dι a fε « mange le tô »
// manger inac. inj./ dét. / tô //
dι tεrεε dι dι a fε nah dυrυ « Il arriva et mangea tout le tô »
//il h. / arriveracc./ il h./ manger inac.inj./ dét. / tô / dem./ tout //
Exemple:
A seno hoŋ dε dι mãrĩ dυrυ
// det/ jeune/ ce / manger acc. / son /argent. /entier //
Exemples:
ce cas, l'acte est perçu négativement par la société, parce que être qualifié de a seere dιrɔ
La nature de A yιι dιam est «régner». Il n'y a pas une autre lexie pour exprimer la notion de
régner autre que a yιι dιam « manger la chefferie » en koromfe. Dans un dictionnaire
unilingue, il est mieux de consacrer cette expression comme une entrée à part.
Dans les jeux de sociétés, l'on emploie dιam «manger» dans le sens de «gagner» ou «battre les
autres».
Exemple:
Muusa la dι-rι a f ma a dili nι
//Moussa /prés. /manger inac. /dét./gens /dét./ jeu de baguettes/ loc. //
« C’est Moussa qui bat (mange) les gens aux jeux de baguettes. »
Autrement dit « C’est Moussa qui gagne aux jeux de baguettes ».
Sa nature consiste à jouer mieux que les autres, tandis que sa fonction consiste à être le meilleur
joueur.
Dans l'expression a kabbaya dιrɔ «mangeur de nouvelles», le terme kabaaya «nouvelles» est
L'on peut donc retenir que lorsque dιam a un sujet humain, le procès de dιam laisse entrevoir
une possession, un gain de la part du sujet. Toutefois, si l'objet est péjoratif, la considération
négative est perçue comme étant ignorée par le sujet.
« C’est le jeu qui occupe (mange) l’ esprit du petit Durel». Autrement dit « c’est le jeu qui
distrait le petit Durel ».
Dans cet exemple, dιam, dans sa nature, détériore l'esprit et partant, le propriétaire de cet esprit.
Durelŋã est un nom propre diminutif de personne. La fonction consiste, pour l'objet Durelŋã, à
être distrait, à ne plus avoir un esprit fidèle ou fécond, à être par exemple oublieux.
durel-ŋa mnι « l’esprit de Durel » étant ici un syntagme complétif, la détérioration se sent
plus lorsque le résultat sur le complété est une suite logique produite par le sujet. C'est la
détérioration de quelque chose appartenant à un être humain.
« C’est la maladie qui a (mangé) le corps de Paatε ». Autrement dit « c’est la maladie qui a
amaigri Paatε».
Il arrive que la détérioration devienne une destruction, lorsque ce n'est plus une partie de
l'homme, mais sa personne toute entière, sa vie.
Exemple:
A hυlɔ koŋ dι-rι ø - a gιnd-a
//dét. / marigot / ce / manger inac. Hab. / det / enfant pl. //
« Ce marigot mange les enfants » ou encore « les enfants se noient dans ce marigot ».
L'objet peut être une chose et non un être humain, et même dans ce cas, c'est toujours une
destruction totale. Ce n'est pas un syntagme complétif, mais un complément d'objet du verbe
dιam. Il peut être un habit, la brousse, le champ, le grenier…
Exemple:
- A hãnĩ d - ε a durgu « Le feu a consumé la brousse. »
//Dét.. / feu sg. / manger acc./ dét./ brousse / /
Au niveau pragmatique, l'on rencontre des situations où dιam a un sujet humain, et pourtant il
n'exprime pas un gain, une situation laudative d'un point de vue social. C'est le cas de l'exemple
suivant :
Almisi d - ι – ra la a hub -a
//Almissi / manger inacc.+ af. / dét. / crédit pl. //
« Almissi mange des crédits (ou tombes) », autrement dit « Almissi contracte des crédits ».
Dιam ici a le sens de «emprunter».
Un locuteur nous dit que lorsqu'on qualifie quelqu'un de uba dιrɔ «mangeur de crédits», cela
signifie non seulement que cette personne aime prendre des crédits, mais qu'elle n'aime pas
rembourser ses dettes. Et pour pouvoir qualifier quelqu'un ainsi, il faut l'avoir connu
auparavant.
Il arrive aussi que dans certains contextes, Dιam soit employé sans complément d'objet, et avoir
le sens de «être tranchant». Il précise la nature du sujet comme une qualité alors que sa fonction
peut être dangereuse.
Exemple :
A gag - a keŋ dι - rι
//dét./couteau sg./ ce / manger inac. //
« Ce couteau mange », autrement dit « Ce couteau est tranchant ».
Si l'on omettait le demonstratif keŋ «ce», l'énoncé n'aura plus de sens. Ici, il s'agit d'un couteau
à portée de main, ou un couteau connu du locuteur et de son interlocuteur et auquel on attribue
la qualité dιrι «mange (tranchant)». L'interlocuteur a la possibilité de vérifier s'il le veut, la
qualité attribuée. Il est des habitudes des hommes Koromba de se promener chacun avec un
couteau attaché et pendant à sa ceinture. Ce fait est tellement repandu que l'on peut penser
qu'un homme sans couteau n'est pas un «homme». A l'inverse, chaque couteau a son
37
propriétaire. Attribuer une qualité à un couteau revient à l'attribuer à son propriétaire. On est
fier d'entendre que son couteau est tranchant. Cela n'est donc pas seulement une réalité que l'on
souligne, mais celui qui le dit recherche la joie du propriétaire.
De même, l'aspect est inaccompli parce qu'il s'agit d'un état actuel. A l'aspect accompli,
l'énoncé perd son sens, parce qu'il confère au couteau la capacité de manger au sens de
l'absorption d'aliments. Autrement dit, cet énoncé peut être glosé ainsi qu'il suit sans effet de
rhétorique :
Avec un sujet non humain et un objet non humain, Dιam prend le sens de «trouer» ou «user».
Cela est possible seulement avec les chaussures.
Exemple:
manger
Dιam consommer
dépenser « une somme d'argent»
regner « comme chef»
détruire
user
distraire
noyer
emprunter
amaigrir
battre
L'invariant peut être ici une appropriation. En effet, il faut s’approprier quelque chose pour
pouvoir le manger, le dépenser, régner, l'user, le détruire, le noyer, le battre.
38
La lexie kɔtam varie aussi en aspect accompli et inaccompli. Ce qui permet d'affirmer que c'est
un verbe. La base lexicale kϽt- peut être dérivée à partir des nominatifs instrumentaux ( -ga, -
gυ, -hι), du morphème locatif (-fa), et des morphèmes agentifs ( -o, -ba) pour former des
constituants syntaxiques nominaux qui peuvent assumer des fonctions de sujet et d’objet. Il y a
insertion d’une vibrante [r] entre cette base lexicale et le suffixe.
39
Exemple :
kɔtr-ga « petit ojbet qui sert à couper»
kɔtam kɔtr -gυ « objet qui sert à couper »
kɔtr -h « objets qui servent à couper »
kɔtr -o « celui qui coupe »
kɔtr -ba « ceux qui coupent »
kɔtr –fa « par où l’on coupe »
Pour la composition, nous n'avons eu qu'une seule lexie: bin -kɔtam qui dérive de bιιndε et de
kɔtam et qui signifie « grande peur».
L'on peut exprimer cette idée sous forme passive. Il est impossible, dans ce cas, d’utiliser un
complément d’agent.
40
Exemple:
A yond -o koŋ kɔt –ε -ε la
//dét. corde +sg. ce couper + ac. Af. //
Le lait frais est de nature liquide, on ne peut donc pas traduire ici par « couper». Lorsque le lait
frais commence à ne plus être frais, lorsque ses éléments constitutifs commencent à se
décomposer visiblement à l'œil nu sous l'effet de l'acidification ou de l’apport de l’enzyme
41
appelée présure, alors on emploie kɔtam. On voit en ce moment le liquide résiduel clair se
séparer de la caséine. La définition donnée par les paysans semble convenir avec l'explication
scientifique de ce processus:
yιlam feehi kɔtam : a yιlam feehi soms - am kurg – am
// dét. / lait / vivant / s’aigrir inf. / débuter inf. //
Pour en savoir sur la définition reservée à la kɔtam de la bouillie, voici une illustration :
bondo kɔtam :
a bondo-ø kυr kon-tu gυ tɔŋgυ kala gυ bε tι hersa
// dét. / bouillie sg. / qui / poser ppa. / il nh. / durer ppa./ jusque/ il nh./ venir p./ mettre p./ liquide//
Kɔtam admet une composition avec d'autres lexies. Il en resulte un synthème ou une nouvelle
lexie.
Exemple:
Dι bε a homna sεbam , kala a bĩn kɔtam
//il / ignorer / dét./ décès / annoncer ./ sinon / dét./ cœur - couper //
« Il ne sait pas annoncer un décès, si ce n’est qu’avec rudesse (au point de crever le cœur) ».
On nous dit que c'est lorsqu'une nouvelle ou une situation bouleverse une personne à cause de
l'excès de peine que l’on utilise a bɩɩnd kɔtam. On peut aussi dire :
Dι kɔt ε mυ bĩ n -dε.
//il / couper acc./ mon./ cœur sg. //
« Il m'a beaucoup effrayé. »
En prenant ãnnĩyã kɔtam « rupture d'intention» comme sujet, kɔtam prend le sens de « faire
désespérer ». Cette expression est expliquée comme suit:
a ãnnĩyã kɔtam : - kυr ba gãŋãn - ι fυ a kãŋ da - am
// quand / ils pl. / empêcher inac. / qlq1. / dét. / qlq ch./ avoir inf. //
En rappel, les lexies du même champ sémantique sont : tɔgam, dokkam, kɔtɔmam, dogomam.
Lorsque l'objet à couper exige un instrument autre que le couteau et avec plus d'effort, kɔtam
n'est plus employé. C'est plutôt tɔgam qui est utilisé.
Exemple:
almisi tɔg -ε-ε la a fε- gυ la a ɟιbrε
//Almisi / couper +ac. /af./ dét./ arbre +sg. /avec/ une/ hache//
« Almisi a coupé un arbre avec une hache. »
Le premier argument (le sujet) est doué de force et de volonté pour agir. Il est donc humain. Le
deuxième argument est généralement du bois ou un arbre.
Par contre, lorsque l'on coupe un objet avec moins de violence et plus d'habileté, on utilise
dokkam. On n'a pas forcément comme résultat de l'action un objet scindé, mais un objet
contenant les traces de coupure visibles.
Lorsqu'il s'agit par exemple de la viande, on utilise dogomam. On a un infixe «-gom-» qui
dénote la répétition de l’action.
La différence entre kɔtam et dokkam est que dans dokkam il y a une intention et dans kɔtam
l'intention n'y est pas forcément.
A kɔtɔmam
A yond -o koŋ kɔt- ɔm– ε -ε la « La corde s’est coupée en morceaux. »
//Dét./ corde+sg. / ce / couper + itératif + ac../ af.//
« Il n’est pas bon de sortir au moment où les pieds se sont coupés » ou plus exactement « Il
n’est pas bon de sortir tard dans la nuit».
Toute l'expression A wola kɔtam wakatι signifie «tard dans la nuit» ou « à midi».
Nous pouvons donc retenir que la polysémie commence à partir du moment où le sujet
grammatical change de nature.
Si le syntagme nominal en fonction de sujet est humain, cela témoigne d’une présence non
seulement de volonté, mais aussi de brutalité. Dans ce cas kɔtam signifie généralement
« couper sans l’usage d’objet tranchant ».
43
Si le syntagme nominal en fonction de sujet est non humain, le sens de kɔtam peut être
« rompre une relation sociale, heure tardive, se fermenter, faire désespérer ».
Au niveau pragmatique, kɔtam se trouve dans un emploi qui rend son sémantisme plus
complexe par rapport à tout ce que nous venons de voir.
La traduction de cette question exige que l'on éclaircisse certaines données deictiques: l'
identité du référent de N, le moment d'énonciation, le contexte d'énonciation, le statut culturel
ou social des actants.
Cette question est posée par une femme un soir à son mari qui à jeûné. C'est dans une famille
musulmane. Le jeûne se rompt donc le soir. La femme a servi le repas pour la rupture du jêune.
De retour des toilettes, elle constate que le repas semble intact. Elle pose cette question à son
mari pour s'assurer qu'il a rompu son jeûne.
N kɔt -ε ? « As-tu rompu (le jeûne).»
// tu / couper acc.//
Dans la fermentation, l'on ne voit pas d'emblée la notion de couper. Cependant, pour le
Koromdo, lorsque la bouillie est coupée, l'on perçoit qu'elle est désintégrée en eau et en
substance plus ou moins solide. De même quand le lait est «coupé», l'on perçoit un liquide plus
clair dans ce lait. C'est une étape de la fermentation. Selon ABOUDA (2007) «En général, la
fermentation provient de la décomposition de substances organiques complexes en substances
plus simples sous l'action d'un catalyseur. Par exemple sous l'action de la diastase, de la zymase
et de l'invertase, l'amidon est décomposé (hydrolysé) en sucres complexes, puis en sucres
simples et finalement en alcool». Dans cette décomposition, il y a la notion de «couper» perçue
sous forme de rupture.
Couper, rompre, se sédimenter, se désagréger, se liquéfier, effrayer (couper le rythme normal
de la vie), rompre les relations sociales, interrompre, se fermenter, faire désespérer sont les
différents sens que kɔtam peut prendre.
Dans le désespoir, la notion de rupture de l'espoir est clairement perçue. Ce qui nous amène à
retenir “ rompre” comme noyau de sens invariant.
45
La lexie bι varie en nombre selon le suffixe de classe i/u. La base lexématique est constituée de
la consonne bilabiale sonore b- . Ce qui permet d'affirmer que c'est un nom. Pour chaque
nominal en koromfe, hormis les noms propres, l'article est obligatoire.
Exemple :
A b –ι « l’enfant »
//dét./ enfant sg.//
A b -υ «les enfants »
//dét./ enfant pl.//
4.1.1.2.1. La dérivation
Le substantif bi n’admet pas de dérivation en dehors de bitarει « manière d’enfant » qui semble
être une dérivation forcée parce que moins fréquente. C’est plutôt gindfε « manière d’enfant »
ou gindij « enfance » qui sont fréquents.
A gιnd -fε dι bag -ε la pa dι wacc-a sim
//dét./enfant der.n./ il / faire acc./ af./donner/ il/ argent pl./ perdre n.m.//
« Il a eu un comportement d'enfant voilà pourquoi son argent s'est perdu. »
4.1.1.2.2. La composition
Bi rentre dans une relation syntaxique de détermination. C’est dans ce cas qu’il est
sémantiquement déterminé (ou qualifié) tout en admettant une réelle polysémie.
Syntaxiquement, si dans un syntagme complétif en français on a la forme XY, en koromfe c'est
plutôt YX.
Exemple:
Les lexies composées ont une unité syntaxique qui renvoie à un sens. Il n'y a pas en koromfe
des prépositions qui relient les lexies composées. Il y a des lexies composées qui admettent des
suffixes de classe pour les deux (2) éléments.
Exemple :
Tandis qu'il y en a qui n'admettent le suffixe de classe que pour le deuxième terme.
47
Exemple :
A per - b-i « l'ânon »
//Dét. / âne lex. / fils sg.//
En français «la place de l'adjectif épithète est fixée par l'usage»2. Elle peut être avant ou après
le nom. Exemple :
Le grand homme
L'amour maternel
Si dans un syntagme qualificatif en français on a la forme XY ou YX, en koromfe on n’a que la
forme XY où Y est le qualifiant.
Exemple :
Mais le syntagme qualificatif ne constitue que très rarement un mot composé en koromfe
d'Aribinda. Nous n'avons eu que deux lexies composées, qui d'ailleurs n'ont pas fait l'unanimité
de point de vue chez nos informateurs bien qu'ils semblent renvoyer chacun à un seul signifié.
RENNISON R. John en a déjà parlé dans les pages introductives de son premier dictionnaire
sur la variante koromfe de l'Ouest. Il souligne RENNISON (1985 : XV) que « la composition
en koromfe consiste donc en la juxtaposition de 2 nominaux (soit simples, soit déjà composés)
comme dans la composition génétive […]».
Pour lui, dans la langue koromfe il y a la composition appositive où le deuxième élément
qualifie le premier, et la composition génitive où le premier élément nominal qualifie le
deuxième. C'est ce qu'il évoque en ces termes RENNISON (1997:348) «The number of the first
noun is semantically, not grammaticaly determined (as indeed number of everywhere in
koromfe), both for the genetival construction described here and the appositive constructions in
$2.3.1.1.4 below.».
Au niveau sémantique, les deux éléments admettent tous ou partiellement des suffixes de
classes, la lexie composée à partir de bi accuse une réelle polysémie en koromfe d'Aribinda.
2
MESSRS(1991) ' grammaire du français 6e /5e IPAM, EDICEF, 271p.
48
Dι b -i pote a cɔ - b -i la
//son/ fils sg. / premier / dét./femme sg./ fille sg./ af .//
« Son premier enfant est une fille (fille aînée). »
L'on constate que le second élément, le qualifiant, peut désigner une chose. Mais le composé
désigne un humain. Les deux éléments admettent des suffixes de classes.
Exemple:
A b -i po -te « l'ainé(e) »
//son/ fils sg. / premier sg.//
A b -i sɔmεε- ŋã « le bébé »
//dét./ fils sg. / rouge dim. //
Le métadiscours correspondant recueilli auprès des locuteurs nous donne la nature de cette
lexie polysémique en ces termes:
Notre informateur, Iba Karim, ajoute que a bi sɔmŋã est utilisé pour qualifier les enfants mâles
de moins de trente trois jours et les enfants de sexe feminin de moins de quarante quatre jours.
Passé ce delai, même si le baptème n'est pas fait, ils ne sont plus qualifiés par ce terme.
Dans un syntagme complétif avec bi comme second terme, une variation de sens s'opère en
fonction de la nature de ce second élément. Voyons d'abord le cas où les deux termes de la
lexie composée admettent tous des suffixes de classes, c'est-à-dire qu'ils varient tous en
nombre. Soient les contextes suivants:
Dans l'exemple1, la lexie bɔrɔ bi est une juxtaposition de bɔrɔ « mâle» et de bi «notion
de petit». Le tout renvoie à un seul signifié «garçon». La lexie composée cɔ bi est aussi
formée de cɔ «femelle» et de bi « notion de petit » et le tout renvoie au signifié « fille ». Ce
qui confirme que ce sont des lexies composées.
Les métadiscours suivants donnés par les locuteurs renforcent l'idée qu'il s'agit bien des
signifiés garçon et fille.
A bɔrɔ bi : llε a b - i kιr llε a bɔ- rɔ, kιr ba yele a cɔ -
// c’est / dét./ enfant sg./qui / c’est/ dét./ mâle sg.// // qui / nég./ être / dét./ femelle sg. //
« C’est un enfant qui est un mâle (fils), qui n’est pas une femelle (fille). »
« C’est un enfant qui est une femelle (fille), qui n’est pas un mâle (fils). »
Un garçon est effectivement un enfant de sexe masculin et une fille est aussi un enfant de
sexe féminin. Le pluriel de ces lexies composées est obtenu dans les contextes suivants :
En passant donc du singulier au pluriel, bɔrɔ bi devient bεna bu et cɔ bi devient cεna bu.
En changeant la nature du premier terme, le sens de bi se voit également changé. Soit les
exemples suivants :
a - b -υ a lembi- dι -rι
//dét./ herbre pl. / fils sg. / dét. / oiseau sg. / manger inac.hab. //
« C'est que les herbes ont produit, qui deviennent aussi des herbes lorsqu’on les sème. »
Il s'agit bien ici de graines. Le sens de bi est précisé par le complétant «herbes». La
fonction de la lexie est pouvoir produire d'autres herbes de même espèce. Il faut souligner que
«herbes» est pris dans un sens hyperonymique. Plus on descend au niveau des hyponymes,
plus bi prend d'autres sens plus précis.
Exemple:
A hon-de b-i dι dig - e di daηι rε
//Dét./ haricot sg./ fils sg./il h./ semer acc./ il h. / porte sg//
4.1.1.2.2.1. Employé avec un premier terme animé et une variation en nombre des deux termes
L'on peut donc gloser cette lexie comme désignant l'être humain. Le pluriel s'obtient avec la
suffixation des morphèmes de classes aux deux lexèmes.
51
Bi peut aussi exprimer la notion de «élève». Mais le pluriel dans ce cas ne s'obtient pas par
suffixation de morphèmes de classes. Il s'obtient par l'emploi d'une autre lexie toujours au
pluriel :
A ceu b -i dι yati hal ga ti ceu dι bataaki-
//dét. / étude fils sg. / il h. / chercher inac. np./ pour / il dim./ mettre/ étude/ son/ lettre sg. //
4.1.1.2.2.2. Avec un premier terme inanimé et une variation en nombre des deux termes
Soit les exemples suivants :
dι b -ndε b -i la wol -u « Il a mal au cœur. »
// il h. / cœur sg. / fils sg. / af. / bagarrer acc. //
« Ce sont les foies et les cœurs que Gorko mange le jour de Tabaski »
b ndε est une lexie polysémique en koromfe. Il peut signifier «le courage» ou bien le cœur.
Mais b ndε bi désigne le cœur en tant qu'organe dans le corps.
Au niveau des noms abstraits, bi peut prendre le sens de « cause », « sens », « raison », en
fonction du premier terme du mot composé.
Exemples :
« Je ne sais pas pourquoi Hũnezatυ part à l’hôpital, peut être elle est enceinte.»
Au niveau de la flore et parlant des arbres, bi prend le sens de «fruit de...» dans le syntagme
complétif. L'on a l'impression que l'on ne peut pas dire «fruit» en koromfe sans préciser de quel
fruit il s'agit.
Exemples:
A fε -gυ bi la sol hũneŋã yũũ nĩ
//dét./ arbre sg. / fils sg. / af. / tomber acc. / hũneŋã np../ sur loc. //
« Un fruit est tombé sur hũneŋã »
La définition de cette lexie composée est glosée comme suit:
fεgυ bi: - kιr a fε - gυ hυl - ε - ε
// qui / dét. / arbre sg. / accoucher acc . af //
Ici il s'agit du fruit d'arbre de façon vague, c'est tout ce qu'un arbre peut produire et qui rentre
dans le cadre des fruits et des semences pour la même espèce. Le pluriel s'obtient de la même
façon que les lexies précédentes :
A fε-bι b-u a lemb-ga keŋ dι - rι
//dét./ arbre pl. / fils pl. / dét. / oiseau sg. / dem.dim./ manger inacc.. //
4.1.1.2.2.3. Bi dans un syntagme complétif avec un premier terme reduit à sa base lexématique
(sans variation en nombre)
IL arrive très souvent que dans un syntagme complétif seul le second terme varie en nombre.
Si le premier terme désigne un humain, la lexie formée désignera aussi un humain.
Exemple :
Mairama hε mam nι Fanta llε a cε hε m b -i
//Mariam np. / mariage / loc / Fanta np./ être / dét./ fille d’honneur sg. //
A cεhεm bi est formé de A cε hε m, qui est aussi une lexie composée de cɔ w « femme» et de
hε mam «marriage» , et de la lexie bi. Son métadiscours est le suivant:
A cε hε m bi :
Exemple :
Dι bãn-bi la b –ε ye dι
// il h. / cousin sg. / af. / venir acc. / regarder acc./ il h. //
Dans le même ordre d'idée, les gens liés par une parenté maternelle ou paternelle sont aussi
désignés par des mots composés à partir de bi.
Exemple :
« Ce sont ses parents paternels et ceux maternels qui sont venus le saluer ce matin. »
sʌbi est formé de sʌ «père» et de bi «notion de enfant». Ici il faut s'en tenir au sens contenu
dans le métadiscours donné par les locuteurs. En réalité, il y a une legère différence dans la
prononciation qui fait changer de sens. C'est en mettant la lexie au pluriel que l'on se rend
vraiment compte de sa polysémie. Sa définition est la suivante :
sʌbire qui unit les membres d'une famille. Il précise que c'est une situation de « guerre froide»,
une situation plus ou moins conflictuelle non exprimée. Ce qui lui permet d'ajouter la définition
suivante:
Cette lexie est donc elle même polysémique. Elle désigne non seulement un relation de
parenté, mais aussi la rivalité. Sur le plan social, même quand elle est employée au sens de
«relation de parenté», elle reste péjorative et laisse entrevoir une possibilité de concurrence
dans la vie ou une rivalité ou même une jalousie lorsqu'un membre de cette relation prospère.
Dans les lexies composées de bi avec le premier lexème invariable, il arrive que cette base
lexématique soit phonologiquement complexe. Soit l'exemple suivant:
a ɟemp -i dι lo -e la a b- i keŋ yυ -
//dét./ gravier sg / il h. / percer acc. / avec / dét./ enfant sg./ dem. dim./ tête sg //
55
ɟempi est composé de ɟende «caillou» et bi «notion de petit». La lexie ɟende est à son tour
formée d'une base lexématique ɟen- « idée de caillou » et du morphème du singulier de
appartenant au suffixe de classe –de/a. La preuve est que son pluriel est ɟeŋã « cailloux ».
Dans ɟempi donc l'on a les deux lexèmes ɟen – et –bi. La nasale alvéolaire n dans la première
base lexématique a copié le trait bilabial de b à l'initiale de la deuxième base lexématique pour
Une autre lexie composée fonctionne de la même manière. Il s'agit de gampi. Il est utilisé dans
des contextes comme celui suivant :
Gampi est composé de gambu « porte» et bi «notion de petit». La lexie gambu est à son tour
formée d'une base lexématique gambu- « idée de caillou » et d'un morphème du singulier
constitué de l'ensemble vide appartenant au suffixe de classe –ø/w. La preuve est que son
pluriel est gambuw « portes ».
Dans gampi donc l'on a les deux lexèmes gambu et bi. La consonne bilabiale sonore b en
finale de la première base lexématique gambu est géminée à la bilabiale b à l'initiale de la
deuxième base lexématique bi pour donner une consonne bilabiale sourde p. Il en résulte donc
une lexie composée sous la forme de gampi issue de gambu + bi. Il faut souligner que gambu
56
n'est plus empoyé par les locuteurs actuels du koromfe d'Aribinda. Toutefois, les personnes
âgées qui connaissent ce sens reconnaissent que c'est un terme encore utilisé par les Koromba
de la variante de Pobé Megao. Cette lexie est définie de deux façons :
Dans le domaine des parties du corps des objets animés en général et du corps humain en
particulier, des lexies composées avec bi sont aussi employées. Il s'agit des lexies wolbi
«l'orteil» et de Wonbi «le doigt» qui se trouvent dans l'exemple suivant.
Kindo hɔ - faa wolb-u hυrυ la wonb-u hυrυ « Kindo a six orteils et six doigts.»
// kindo nprp./ tenir inacc./ orteil pl./ six / et / doigt pl. / six //
wolbi est formé de wole «pied» et de bi «notion de petit». Wole est à son tour formé d'une base
lexématique qui est wol- et d'un morphème du singulier –e appartenant au suffixe de classe –e/-
a. la définition de wolbi est confirmée par le métadiscours suivant:
A wolbi:
a wol- e tig -ni hιr yυ nι a wolkɔbs-υ wε nãhι llε a wolb - u
// dét./ pied sg. / lieu pl./ qui / sur / loc./dét./ ongle pl /être inac./ eux / c’est / dét./ orteille pl. //
« Les parties du pied sur lesquelles se trouvent les ongles sont des orteils.»
Quant à wɔnbi, il est formé de wɔndε «pied» et de bi «notion de petit». wɔ ndε est à son tour
formé d'une base lexématique qui est wɔ n - et d'un morphème du singulier –dε appartenant au
suffixe de classe –de/-a. La définition de wɔ ndε est confirmée par le métadiscours suivant:
A wɔ ndε:
a wɔ n-dε cεndgr-fa tereŋg-e-e la tig- nimã nυ m, tig- e kãã a wɔ ndb-i la
// dét./ main sg. / terminaison / diviser acc. af./ lieu sg. / cinq // lieu sg. / chaque/ dét./ doigt sg. / af. //
« Le bout de la main est divisé en cinq parties, chaque partie est un doigt.»
A ces lexies qui constituent des exemples parfaits de lexies polysémiques composées pouvant
s'écrire chacune en un seul mot, peuvent s'ajouter d'autres issues du domaine de la faune. Il
s'agit des noms des petits d'un grand nombre d'animaux qui sont a w rbi «le poussin», a
pesbi «l'agneau», a burbi « chevreau», a nebi «le veau»,et a perbi «ânon».
57
Ainsi, dans la pratique, bi peut désigner «un poussin», «un agneau», «un ânon» et n'importe
quel autre animal.
L'on peut retenir que bi englobe les sens suivants : « bébé, ainé, garçon, fille, grain de, lettres
de l'alphabet, noyau de, fruit de, fille d’honneur, neveu/ nièce, esclave, parent paternel et
maternel, petit caillou, clé, orteil à l'exclusion du gros orteil, doigt à l'exclusion du pouce, ânon,
veau, chevreau, agneau, poussin ».
Dans parent paternel ou maternel, bi peut être traduit par « membre de ». Ce qui ramène
toujours à la notion de subordination à un groupe comme celui de « esclave » par rapport à
« noble ».
Dans les notions de «orteil» et de « doigt », il faut noter qu'il y a là aussi une certaine
hiérarchisation. Le gros orteil est dit wolbaarε « pied homme». Le pouce est dit wɔnbaarε «
main homme ».Wolbu «orteils» et w nbu «doigts» contiennent tous la base lexicale bu. Bi
exprime donc la notion de «petit».
L'invariant de bi serait donc la notion de «petit».
58
(1443-1538). Les Maïga d'Aribinda sont issus des sonraï où bɔrɔ est bien attesté. Maïga n'est
autre chose que Maga qui signifie «grand» en egyptien. Tandis que les Iba proviennent du
Clan des Ba des pharaons. La famille royale des pharaons est divisée en adorateurs de Ba, de
Ka et de Ra. Ces Ba se retrouvent actuellement au Sénégal et au Mali sous le même nom Bâ,
au Burkina et au Mali sous le nom Iba. L'autre source de bɔrɔ proviendrait du royaume de
Lorum en recherchant la relation entre les werem d'Aribinda et les wermi de la zone de
Bourzanga.
constituée d'une syllabe ouverte bɔ- dont la voyelle finale s'harmonise en fonction du trait
ATR avec le suffixe de classe. La marque du pluriel étant na, la voyelle finale –a qui est une
voyelle antérieure ouverte, transforme la voyelle vélaire mi-ouverte arrondie de la base lexicale
ɔ- en une palatale mi-ouverte non arrondie ε. Ainsi l'on peut donc affirmer que c'est un nom au
regard de sa variation en singulier/ pluriel.
4.2.1.2.1. La dérivation
Le substantif bɔrɔ admet une dérivation suffixale même si cette dérivation n'est pas
suffisamment productive. Nous avons des lexies dérivées comme bεnfε, bεnι, bara sur
lesquelles nous reviendrons.
4.2.1.2.2. La composition
Bɔrɔ rentre dans une composition dite génitive, c'est-à-dire dans une relation de possession
exprimée sous forme de X de Y. Il peut également rentrer dans une composition appositive où
il est le premier ou le deuxième terme (qualifié ou qualifiant).
Par la dérivation et la composition, bɔrɔ exprime des notions diverses; courage, rivalité,
homme, appareil rerpoducteur masculin, sexe masculin, vieillesse, mari.
4.2.2.1. La dérivation
La dérivation en koromfe étant suffixale, normalement c'est le suffixe de classe de bɔrɔ
seulement qui devrait connaître le changement. Mais il se trouve que cette dérivation suffixale
a un impact phonologique sur la voyelle de la base lexématique bɔ-. Il arrive que la voyelle
postérieure mi-ouverte arrondie devienne une voyelle palatale mi-ouverte non arrondie.
Exemples :
A bεn - ι koi ba hυιma
//dét./homme der.n./ loc / nég./ facile //
« Il n'est pas facile d'être courageux ! »
Exemple:
A Bεnι : hal fυ baa fυ n - ø ka
// lorsque / on / nég. / craindrer inac./ nég//
Mais Bεnι a un autre sens allant dans le cadre de la nomenclature des objets concrets, ou plus
précisement, celle des parties du corps humain.
Exemple:
« A bεnι c'est la partie du corps de l’homme servant à uriner et à faire des rapports sexuels. »
Exemple2:
A bεnι llε a hυ rι - ø la a mυ -rε
//dét./ bεnι / c'est/ dét./ testicule pl. / et / det ./ verge sg. //
Une autre lexie qui n'a apparemment rien à voir avec bɔrɔ est le terme bara. Un de nos
informateurs a insisté sur le fait qu'il y a une relation entre ces deux termes et que cette relation
peut ne pas être perceptible par un locuteur non natif du koromfe. Il va jusqu'à affirmer que
c'est le même mot.
Exemple:
Bintou ba - ra llε muusa
// Binout np./mari sg./ c'est / Moussa //
A bara : llε an hε m - a cɔ -υ
// c'est/celui/ marier inac./ dét./ femme sg. //
« Si des femmes ont un mari commun, une rivalité s'installe entre elles. »
Cette relation est définie comme il suit:
« Ce sont les mauvaises paroles et les petites bagarres entres les femmes d'un homme ».
C’est donc une relation conflictuelle entre coépouses.
Notre informateur souligne que par extension, des femmes peuvent ne pas avoir un même
mari, mais dévélopper cette sorte de rivalité. Il y a des concessions où les Koromba ne sont pas
polygames et ou les femmes qui y habitent sous des toits de maris différents, manifestent
fréquemment des relations conflictuelles. Cette sorte de « jalousie » se manifeste entre les
belles sœurs, entre belle fille et belle mère, entre voisines. Il semble que ce sont les objets que
leurs maris leur donnent ou les biens qu’elles possèdent qui sont à l'origine.
62
L'on voit donc que cette relation tourne autour du mari. Le mari désignant le conjoint homme,
l'on peut facilement percevoir le lien sémantique entre bɔrɔ»homme», bara»mari» et barkε
«rivalité entre coépouses».
4.2.2. 2. La composition
Dans la composition où Bɔrɔ est le premier terme, la prémière base lexématique garde le sens
de homme de sexe masculin, et c'est la deuxième base lexématique qui joue le rôle de
qualifiant.
Exemple:
A mε -ndε yoro n kund -ru a bεn-hãmnεn -υ
// dét. / guerre sg / dans / tu / trouver inac./ dét. / courageux pl. //
premier lexème renvoie à bɔrɔ, le sens du deuxième n'est pas clair chez nos informateurs.
Néanmoins, le sens de la lexie composée est donné dans le métadiscours suivant :
Une autre lexie composée de la même façon est bεlkɔ ɔrε . Elle est composé de bɔrɔ le
A bεlkɔ ɔ rε : A bɔ - rɔ an kɔ ɔ t - υ
// dét./ homme sg./ qui / vieillir acc. //
63
Lorsque bɔrɔ est la deuxième base lexématique d'une lexie composée, le sens de la nouvelle
base composée peut être tout à fait différent, de sorte que l'on n'y perçoit plus clairement la
notion de «homme».
Exemple:
A hυrbεtε ba dãŋg -rι la a fε ι
// dét./ spatule sg. / ils/ remuer inac./avec/dét./tô//
Dans hυrbεtε l'on a hυr- qui rappelle l'idée de horbam «préparer le tô» et bεtε qui rappelle
l'idée de «mâle». Pour mieux cerner le sens de bɔrɔ dans hυrbεtε, un détail mérite d'être fait.
Chez les Koromba, le tô, c'est de la pâte de mil qui est la principale nourriture. Ce mil est
cultivé généralement par les hommes et gardé par eux dans les gréniers. Il est pilé par les
femmes et pour sa cuisson, l'on utilise une grande spatule appelée hυrbεtε. Pour sa
consommation, on l'accompagne d'une sauce. Les composantes (ingrédients) de cette sauce
proviennent des femmes, de leurs petits champs ou de certaines feuilles qu'elles cueillent ça et
là (gombo, arachides, oseilles...). C'est à elles de trouver le sel, le piment, la potasse pour
l'assaisonner. Il arrive même que des femmes montent sur des baobabs pour cueillir les feuilles
lorsque les hommes et les enfants ne les y aident pas. Pour la cuisson de cette sauce, elles
utilisent une sorte spatule plus petite appelée fileeŋã. Fileeŋã est donc mince tandis que
hυrbεtε suffisamment gros et résistant pour pouvoir remuer le tô sans se briser. Les fonctions
sont donc différentes. Au niveau même de la fabrication, ce sont des hommes qui taillent les
spatules pour le tô et les mortiers. La spatule pour la sauce fileeŋã, n'a pas forcément besoin
d'être taillée par les hommes. Même les femmes à l'aide d'un couteau coupent des brindilles et
en font des petites spatules. À l'heure actuelle, tout est fait par les hommes et vendu sur la place
du marché. Le terme bεtε évoque donc la grandeur de la spatule de tô par rapport à celle de la
sauce. Le métadiscours sur a hυrbεtε donne non seulement la nature, mais aussi la fonction de
cet instrument :
« Du bois taillé ayant une extrémité aplatie utilisé pour remuer le tô. »
Au niveau des êtres animés, bεtε ou bɔrɔ est employé pour exprimer l'idée de «mâle» ou de
masculinité.
Exemple:
64
A nιιbɔrɔ: fυ cɔ - υ wala fυ ba - ra sa - ø
// soi / femme sg. / ou / soi / mari sg. / père sg. //
A bɔ -rɔ ba hε mε la a boroŋgam
// dét. / homme sg. / nég. / devoir / avec / dét./ murmurer //
Ici bɔrɔ désigne un être humain de sexe masculin. Mais lorsqu'on tient compte du verbe
«devoir», et de la négation, l'on comprend que boroŋgam ne signifie pas murmurer, mais
médire. Et dans ce cas, bɔrɔ ne désigne pas un homme, mais chaque homme de façon indéfinie
ou du moins, toute personne de sexe masculin.
Il arrive également que bɔrɔ soit utilisé pour interpeler quelq'un, il assume dans ce cas une
fonction conative ou la fonction phatique, pour reprendre les termes de Roman Jacobson. En
effet, il permet de s'adresser à un inconnu de façon affectueuse ou respectueuse, et d'attendre de
cette personne une attention particulière.
Exemple:
« Monsieur, assois-toi.»
Il faut rappeler que le vous de respect n'existe pas en koromfe. Ceux qui sont influencés par le
français ou le moore s'efforcent d'utiliser le vous du pluriel pour exprimer le respect qu'ils ont à
l'égard de leur interlocuteur. Cet énoncé peut donc bien être traduit par « Monsieur, asseyez-
vous!». Dans tous les cas, bɔrɔ prend le sens de «monsieur» pour exprimer le respect. Employé
à l'égard d'une connaissance, il maintient la distance et le respect et assume la fonction
impérative ou injonctive.
Dans d'autres situations, il permet simplement d'interpeler un inconnu et d'obtenir une
information sollicitée. Il assume dans ce cas la fonction phatique.
Exemple:
Nous pouvons donc retenir que bɔrɔ, dans ses dérivés et composés, peut acquérir les sens de
«homme », «mâle», «mari», «rivalité», «organes de reproduction», « courage», «parenté par
alliance» et enfin remplir une simple fonction de communication.
Tous ces sens semblent avoir un noyau qui renvoie à la virilité, ou à la masculinité. La virilité
étant un ensemble de qualités, d'énergie et de courage que l'on attribue traditionnellement au
sexe masculin.
koromfe n'a un signe linguistique qui s'apparente à bĩĩndε. Elle est néanmoins présente dans
toutes les variantes koromfe, même si l'on note une variance phonologique dans la variante de
Mengao où elle est prononcée lentement de sorte que l'on perçoit bĩnndε .
empirique est le cœur. L'on peut penser au cœur physique, mais dans l'inconscient koromfe, le
cœur physique n'est pas toujours une donnée empirique. Lorsque l'on dit par exemple:
huutu bĩĩ –ndε la wol -u « Houtou a mal au cœur (poîtrine). »
// Huutu np. / cœur sg / af. / irriter inac. //
Il ne s'agit pas forcément du cœur biologique situé dans la poitrine, mais de toute douleur
localisée dans la poitrine. Parce que le cœur de l'homme est sujet à beaucoup d'autres situations
désagréables qui ne sont pas d'ordre physique, mais métaphysique. Il peut se gâter, être bon ou
même être aigre.
Mais lorsque l'on dit :
huutu bĩĩ –ndε bi la wol - u
// Huutu np. / cœur sg ./ fils / af. / irriter inac. //
« Le «fils» du cœur de Houtou lui fait mal (son cœur lui fait mal).»
« Houtou a mal au cœur »
L'on peut facilement comprendre qu'il s'agit du morceau de chair dans la poitrine comme
l'indique le métadiscours suivant :
A bĩĩndε bi:
a hui - re kυr wε a dε - tε nι gυ sã - rι la gυ ba hik - ra kala a sι m.
// dét./ chair sg. / qui / être inac./dét./poitrine sg./loc./ il nh./ sauter inac./ et/il nh./nég./ s’arrêter inac./sinon /det/mort/
Comme déjà indiqué plus haut, le coeur peut se gâter, et cela correspond à une situation de
découragement.
Exemple:
Muussa bĩĩ-ndε la yει « le cœur de Moussa s'est gâté. »
// Muusa. / cœur sg./ af. / gâter inac. //
Dans une telle situation, l'on dit que Moussa est atteint par a bĩn-yεyla. Ce qui est défini par
les métadiscours suivants :
1- A bĩn - yεyla : - kυr fυ bĩĩ-ndε yει - rι
// Quand / on / cœur sg. / gâter inac. //
L'énervement est ainsi appelé a bĩnhĩnnam. Ce qui est défini comme suit:
A bĩnhĩnnam : kυr fυ bĩĩ – ndε hυ - tι
// quand/ on / cœur sg. / énerver inac. //
« Quand on s’énerve. »
Si l'énervement est fréquent, c'est-à-dire que le sujet s'énerve vite, on qualifie cette personne
de bĩn- homey sa, c'est-à-dire, de quelqu'un dont le cœur est rapide.
Exemple:
Durel bĩĩ-ndε homyã « Le cœur de Dourel est rapide.»
// Durel np./ cœur sg. / être rapide. //
Cette situation est exprimée par la lexie composée bĩn- homey et définie par le métadiscours
suivant:
bĩn- homey : llε kυr a fu-øb- i bĩĩ- ndε hĩn -ti wolewole
//c’est/ quand/ dét./humain sg./ couer sg. / lever inac./ vite vite //
Le cœur est donc le siège des défauts caractériels. Et ce sont ces défauts qui gagnent l'homme,
qui le submergent qui le dominent et qui se l’approprient. Cependant, il est aussi le siège des
qualités.
Exemple:
A b- i k -eŋ hɔ -fυ a bĩn-tĩŋey « cet enfant est téméraire. »
// dét. / fis sg. / dem. dim./ tenir inac. / dét. / cœur –dur //
Apparemment, le cœur dur est un defaut, mais il peut dans beaucoup de situation être consideré
comme une qualité. C'est dans ce sens que l'humain se l'attribue ou l'attribue aux autres
humains. Sa définition est glosée comme il suit:
A bĩn-tĩŋey : llε kυr fυ tιr - ø suusa hãnda , m ba fυ na kãŋkã
// c’est./quand / qlq1/ mettre inac./ audace / beaucoup// // tu / nég./ peur / rien //
A bĩndɔnmιy la hɔ - fυ a b - I k- eŋ hãnda
// dét./ joie / af./ tenir ianc./dét./ enfant sg./ dem. Dim./ beaucoup //
« Cet enfant est très joyeux »
Le cœur est pour ainsi dire, le siège de bĩndɔnmιy «la joie». Ce qui est défini comme suit:
A bĩndɔnmιy :
a) kυr fυ wε m mɔmυ ma n tir -ι moosa la m boŋ – ø a hãrε ĩ la a fυ-ma dυrυ
// quand./ on/ être/ tu / rir inac. / ou / tu / mettre inac./sourir /et / tu /vouloir inac./det/ bien / et/ dét./ gens / tout//
« quand on est en train de rire ou de sourire et l’on veut du bien à tout le monde.»
de ses emplois. Il peut signifier «Coeur» , a bĩn - yεyla «le découragement», a bĩndɔnmιy
«la joie», a bĩnhĩnnam «l'énervement», a bĩn- homey «la rapidité dans l'énervement», a
bĩn- bĩrmĩy « la méchanceté», a bĩn-tĩŋey «la témérité».
Tous ces sens semblent avoir un noyau qui renvoie à un centre ou siège des qualités et des
défauts, un siège des sensations et des comportements face à l'environnement extérieur. Pour ce
noyau de sens nous retenons la notion de « âme ».
L’on rencontre parfois dans la pratique de la langue, un emploi de bɩɩnd qui porte un sens tout
à fait différent de ce que nous venons de voir.
70
Exemple:
A bɩɩnd toma llɛ
// dét. / coeur sg. / travail. /c’est //
Dans le premier cas, seul le contexte permet de situer l’auditeur. Mais dans le second cas, la
deictique de la monstration « son » lève toute ambiguïté.
Un autre exemple est la situation où l’on désigne l’état de quelqu’un qui est énervé pour une
bagatelle.
Exemple:
Ye na dəkɔ, a bɩɩnd wole wole « Regardez-le, déjà le coeur »
// regadrer imp./vous /il hum./ dét./ coeur sg. / vite vite //
Les emplois pragmatiques de bɩɩndɛ sont des emplois qui ne peuvent être compris que par la
prise en compte du contexte d’énonciation.
71
Pour les noms ainsi étudiés, l’idée de polysémie ou de l’existence d’une relation entre les
différents sens a été renforcée par le fait que nous ayons pu proposer un sens invariant. Ce qui
confirme que nous sommes bien dans des cas de polysémie et non de synonymie. Nous
pensons donc que pour tout nom qui admettrait une relation entre ses différents sens, il faut
nécéssairement au niveau lexicographique, les regrouper sous une même entrée.
L’approche ainsi faite a permis de voir dans la polysémie des verbes que tous les verbes
analysés admettent les suffixes agentif humain ( /ba) ou non humain (gυ/ h ), locatif (-fa) et
diminutif (ga) pour désigner successivement l’agent humain ou non humain, le lieu de l’action
et l’objet utilisé pour agir. Le sens du radical reste sensiblement le même.
Avec les variations aspectuelles, l’on retiendra que le verbe dɔmnam, de tous ses polysèmes
entendre, comprendre, parler « une langue étrangère », écouter, suffire « y avoir assez de...»,
sentir « ouie, odorat, toucher, intuition», infliger une peine «fatigue, faim, soif, maladie»,
altérer, et bien doser (assaisonner), a comme sens invariant de percevoir.
Le verbe Dιam admet différents sens qui sont : manger, consommer, dépenser, règne, détruire,
user, distraire, noyer, emprunter, amaigrir, battre. L’invariant ou le noyau de sens que nous
avons retenu est « s’approprier ». C’est par l’appropriation d’une chose que l’on peut la
manger, la dépenser, régner sur elle, l'user, la détruire, la noyer ou la battre.
Pour le verbe kϽtam, l’on retient que sa valuation est plus négative que positive. Ses différents
sens sont : couper, rompre, se sédimenter, se désagréger, se liquéfier, effrayer (interrompre la
quiétude, le rythme normal de la vie), rompre les relations sociales, interrompre, se fermenter,
faire désespérer ». L’invariant que nous avons perçu pour kɔtam est rompre.
Pour la polysémie des nominaux, les différentes notions de bi « fils », bɔrɔ « homme » et
bĩĩndε « cœur » sont inégalement productives. Si bi englobe les sens suivants : bébé , ainé,
garçon, fille, grain de, lettres de l'alphabet, noyau de, fruit de, fille d’ onneur, neveu/ niéce,
esclave, parent paternel et maternel, avec pour invariant la notion de « petit » bɔrɔ, et bĩĩndε
sont moins polysémiques.
bɔrɔ, pour tous ces sens semble avoir un noyau qui renvoie à la « virilité », ou à la
masculinité. Dans le domaine de la virilité, il y a un ensemble de qualités, d'énergie et de
courage que l'on attribue traditionnellement au sexe masculin.
Quant à bĩĩndε, il est perçu comme le siège des sensations et des influences de l'environnement
extérieur. Nous retenons la notion de “âme” au sens de “partie essentielle” comme son noyau
de sens.
72
Conclusion
L’analyse de la polysémie des verbaux et des nominaux en koromfe revèle que, d’une
manière générale, la variation du sens d’un verbe est plus liée à la variation de la nature de ses
arguments qu’à sa variation aspectuelle ou à sa fonction.
L'hypothèse qu’il y a une relation sémantique entre les différents sens de chaque lexie
polysémique, notamment un noyau de sens invariable à été corroborée par les différents
invariants proposés à la fin de chaque analyse. Tout en excluant l'idée de prototype, nous avons
recherché la forme constante dans les différents sens en nous appuyant sur des métadiscours
donnés par les locuteurs eux-mêmes. La langue koromfe ayant ses spécificités liées à sa localité
et aux us sociaux, nous avons fait recours à des informateurs de différents âges et milieux
sociaux divers.
Les résultats auxquels nous sommes parvenu montrent que les trois verbes dɔmnam,
dɩam et kɔtam admettent respectivement comme noyau de sens invariants de leurs polysèmes,
les notions de « rompre », « percevoir » et de « s’approprier ».
C’est dans ces changements que s’actualise, pour chaque verbe, son noyau de sens tout
en marquant un sémantisme différent.
Quant aux nominaux, l’on retient que leur sens varie en fonction de la dérivation ou de
la composition qui influent sur leur nature de départ. Pour les lexies bɩɩnd , bɔrɔ et bi, les
notions retenues comme noyaux de sens sont ; « âme », « virilité » et « petit ».
La démarche sémantique et lexicographique que nous proposons est de prendre en compte au
niveau des noms, la nature et la fonction et d’en rechercher l’invariant. Pour les verbes, il faut
surtout utiliser la nature des arguments pour opérer tout choix dans leur sémantisme. Et
lorsqu’il n’y a pas de relations unissant les acceptions d’une lexie polysémique en koromfe, il
faut adopter le traitement dégroupé dans l’élaboration des dictionnaires koromfe.
Les problèmes rencontrés se situent surtout au niveau de la collecte des données. Certains de
nos informateurs changent de tempérament lorsque l’on leur pose des questions relatives au
sexe, et deviennent réticents pour la poursuite de l’entretien. Aussi, la divergence de points de
vue entre nos informateurs sur certaines lexies, notamment au niveau tonal, nous a conduit à
exclure certaines données non moins importantes, pour nous en tenir aux acceptions unanimes.
Ce travail est une ébauche vers l’établissement d’un dictionnaire monolingue en koromfe. Il
peut servir d'orientation pour toute investigation d'ordre sémantique, voire lexicographique sur
la langue koromfe, au regard des rubriques sur la faune, sur la flore, les variances
73
géographiques et sur les usages socio- pragmatiques glanés pour traquer les polysèmes des
lexies retenues.
Pour compléter cette recherche, nous pensons qu'il faut aller aussi vers l’informatisation de la
langue koromfe et l’édition d’un dictionnaire monolingue, utiliser les logiciels comme Praat et
le prosogramme de Piet MERTENS pour statuer sur la problématique des tons et constituer des
corpus oraux, afin de rendre accessible aux chercheurs et à tous ceux qui s'intéresseraient au
koromfe, une banque de données numériques fiables et accessibles sur Internet partout dans le
monde.
74
Bibliographie
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initiation, Paris, Nathan, 255 p.
BOUQUIAUX ( Luc) et THOMAS (Jacqueline M.C.) 1987. - Enquête et description
des langues à tradition orale. Tome I. L’enquête de terrain et l’analyse grammaticale, 2e
édition revue et augmentée.- Paris, CNRS, SELAF, 258 p.
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des langues à tradition orale. Tome II. Approche linguistique (questionnaires
grammaticaux et phrases), 2e édition revue et augmentée. -Paris, CNRS, SELAF, 566 p.
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fondements d’une t éorie générale des descriptions grammaticales.- Grenoble, ELLUG,
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perception, sentiment, connaissance. -Paris, OPHRYS, 239 p.
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offerts à Antoine CULIOLI.- Paris, PRUF, 18 p.
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Bobo Dioulasso.-Université de Nice-Sophia Antipolis, 265 p. Thèse de Doctorat.
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75
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VII
Annexes
B) a dιam « manger»
« C’est Moussa qui bat (mange) les gens aux jeux de baguettes. »
Autrement dit « C’est Moussa qui gagne aux jeux de baguettes. »
« C’est la maladie qui a « mangé » le corps de Paatε ». Autrement dit « c’est la maladie qui a
amaigri Paatε»
« J’ai mangé le nom avec tes chaussures ci. » ; « je me suis targué en portant tes chaussures. »
C) - A kɔtam « couper »
« La ficelle n’a pas besoin d’être coupée (avec un objet tranchant), si tu tire sur elle, elle se
coupe . »
N yιlam fee -hi heŋ kɔt -ε « ton lait frais s’est sédimenté. »
//tu / lait / vivant pl../dem. pl./ couper acc. //
A bondo h-eŋ wote I kɔt -rυ « cette bouillie est en train de se liquéfier. »
//dét./ bouillie /dem.pl./ exister acc./ ils Nh./ couper inac. //
A kɔtɔmam
A yond -o koŋ kɔt- ɔ m – ε -ε la « La corde s’est coupée en morceaux. »
//Dét./ corde+sg. / ce / couper + itératif + ac../ af.//
« Ce sont ses parents paternels et ses parents maternels qui sont venus le saluer ce matin.»
« Le peulh a dit que celui qui na pas de parents maternel ne doit pas se battre contre
un lion.»
Dι bãnd-bi la b –ε ye dι
// il h. / cousin sg. / af. / venir acc. / regarder acc./ il h. //
« C’est son cousin qui est venu le rendre visite. »
a wυ ι - b -υ a lembi- dι -rι
//dét./ herbre pl. / fils sg. / dét. / oiseau sg. / manger inac.hab. //
« Je ne sais pas pourquoi Hũnezatou part à l’hôpital, peut être elle est enceinte. »
a ɟemp -i dι lo -e la a b- i keŋ yυ -
//dét./ gravier sg / il h. / percer acc. / avec / dét./ enfant sg./ dem. dim./ tête sg //
« Je n’ai pas saisi le sens de la parole. » ou encore « Je n’ai pas compris ce qu’il a dit. »
Wonbi «le doigt»
A wolbi «l'orteil»
A worbi «le poussin»
A pesbi «l'agneau»
A burbi « chevreau»
Nɛbi « le veau»
XV
B) - - a bɔrɔ» homme »
A bɔrɔ ba h m la a borongam
// dét. / homme sg. / nég. / devoir / avec / dét./ murmurer //
« Un homme ne doit pas médire.»
C) A bĩĩndε « cœur »
« Le «fils» du cœur de Houtou lui fait mal (son cœur lui fait mal) »
« Lorsque l’on est touché par quelque chose et l’on reconnaît comment est cette chose.»
exemple :
A wolmiy dɔmnam : kυr fυ dɔmnam ŋ kυl -ɔ du-ru, maa gυ zυb-rυ maa gυ gυb-rυ.
// lorsque/ on / sentir inac. / tu /cops sg. / calciner inac. /ou /il nh./ brûler inac./ou/piquer inac. //
« Lorsqu’on sent une inflammation, une brûlure ou une piqûre dans son corps.»
A homei dɔmnam:
« Lorsque l’on est touché par quelque chose et l’on reconnaît que c’est chaud.»
A dɔmnam (suffire):
A dɔmnam
Kυr kãŋ dar fυ , maa kãŋ dar- kãŋ , kala gυ gamsυ
// lorsque / qlq ch. / avoir/ homme sg./ ou / qlq ch./ avoir inac./qlq ch. / jusqu’à / il nh./ dépasser inac //
« Quand quelque chose gagne une personne ou une chose jusqu’à dépasser la limite.»
Exemples:
B) a dιam « manger »
A dιam :
a gιlε dial-am
// dét. / soi / nourrir inf. //
« se nourrir »
« Lorsque l’on met de la nourriture dans sa bouche afin que ça atteigne le ventre.»
Wal -υ n nι
travailler inac./ tu / loc. //
« Lorsque l’on est assis à ne rien faire, ce sont seulement les autres qui travaillent pour
soi.»
A sε ɔ dιam:
kυr fυ ya -gυ na a sɛ sa- ø ke dι hãɲs -ι nι n daa- ŋ gιlε
// lorsque / on / aller inac. / voir inac./ dét./ thérapeute sg./ pour/ il h./ aider inac. / tu / tu / protéger inac./ tu / soi même//
« Quand on va voir un féticheur pour qu’il donne quelque chose pour se protéger.»
A bagərfε kυr a sɛυ sa- patι fυ bagι hal n daa ŋ gιlε la kãŋ
//dét./ action / que / dét. / thérapeute sg./ donner inac./on /faire inac./afin. / tu / protéger inac./ tu / soi / contre / chose//
« Une façon de faire donnée par un tradipraticien que l’on fait pour se protéger contre
quelque chose . »
sɛʋ tu bag-ι
remède / tu/ faire inac.//
A hυ mnι dιam: kυr fυ tιrι hinnʌ la kãŋ bagam kala n li n toma m bε hagatι mba a zabrε
« Lorsque l’on se préoccupe de quelque chose jusqu’à oublier ses travaux et devenir
comme un idiot.»
« Lorsqu’un objet se retrouve dans l’eau du marigot et y reste jusqu’à ce qu’il se détériore. »
A hãnĩ dιam:
a hãn-ĩ kυr kυ- rυ maa kυr gυ yει – rι kãŋ
// dét. / feu sg. / qui / tuer inac. / ou / quand/ il nh. / gater inac. / qlq ch.
C) - A kɔtam « couper »
« Lorsque l’on tire sur une chose longue jusqu’à ce qu’elle se détache en deux endroits. »
bondo kɔtam :
« Le fait de tirer sur un objet long jusqu’à ce qu’il se détache en plusieurs endroits.»
- kυr fυ –ø dok - uru a kãŋ dɔιgυ kala gυ tereŋg- ι tigni –ma zaagυ
// quand / qlq 1 sg./ couper inac. / dét. / ch. / long / jusque/ il nh./ diviser acc. / endroit pl. / plusieurs. //
« C’est un enfant qui est un mâle (fils), qui n’est pas une femelle (fille).»
« C’est un enfant qui est une femelle (fille), qui n’est pas un mâle (fils).»
A bi pote :
llε a b - i kιr fυ-ø fend - e n hυl - ø , kιr fυ-ø fend - e n da - ø.
// c’est/ dét./ enfant sg./ qui/ qlq1 / devancer acc./ tu / accoucher acc// //que / qlq1 / devancer acc./ tu / avoir acc. //
A bĩĩndε bi:
llε a hui -re kυr wɛ a dε - tε nι gυ sã- r - ι la gυ ba hik - ra
// c’est/ dét. / chair sg./ qui / être acc./ dét./ poitrine sg ./ loc./ il nh./ sauter inac. prog/ et / il nh./ nég./ arrêter inac /
kala a s m
sauf / dét./ mort //
« C’est le morceau de chair qui est dans la poitrine et qui ne s’arrête qu’à la mort.»
sʌbire: a paat - am
// dét./ rivaliser inf. //
« La rivalité.»
sa b , a s ɉind : a ɉinda kυr fυ sa - ø h - fυ
// dét./ enfants/ qui / soi / père sg./ avoir inac. //
« La parenté qui lie les ressortissants de la famille maternelle ou du village maternel à soi.»
bãn-bi : a woime-ø b - i
//dét./ sœur sg./ enfant sg. //
XXVI
« l’enfant de la soeur»
f g b : - kιr a fε - gυ hυl - ε - ε
// qui / dét. / arbre sg. / accoucher acc . af //
wυ ι f b , wυ ι b :
hι n a wυ ι-ø hυl - ε , ba dig -ee hi ma i mυ hagat- ι a wυ ι-- ø
// qui / dét. / herbre pl. / accoucher acc .// // ils h./semer acc./ les/ donc/ ils nh/ aussi/ devenir ac./ dét./ herbre pl.//
« Ce que les herbes ont produit, qui deviennent aussi des herbes lorsqu’on les sème.»
« Le grain qu’une tige de mil a produit qui se trouve dans l’épi de mil .»
A cε hε m bi :
a cɔ -υ b - i kιr ba tιg - ε ce ga tεŋg -ι a cε hε m -ɔ
// dét. / femelle sg./ enfant sg. / qui / ils h./ enlever acc./ afin/ il dim./ accompagner inac./ dét./ mariée sg.//
XXVII
A bããtει bu:
a hɔɔ lει b - u hιr tιr - ø sabaabu a bããtει a fυbi kυl -ɔ nι.
// dét. / chose dim. pl./ enfant pl./ qui / mettre inac./ cause sg. / dét. / maladie/ dét./ humain sg./ corps sg./ loc.//
A homna bi :
an wũndu-ø nι a s³m bag -ε la a f³ma bel – ø pos - ru a homna.
// dont / cours pl. / loc./ dét./ mort / faire acc./ et / dét./ gens / venir inac./ saluer inac./dét. / funérailles//
« Qui est membre d’une famille endeuillée où se font les salutations funèbres .»
-a gãηfu- ø b- i
// dét. / porte sg. / fils sg. //
N ŋkυ bi :
« Une pierre lisse utilisée sur une meule pour moudre le mil .»
a tugbi :
Tυ - gυ yoro
mortier sg./ dans //
a wυra tugbi :
A wɔ nbi:
« Le bout de la main est divisé en cinq parties, chaque partie est un doigt .»
A wolbi:
« Les parties du pied sur lesquelles se trouvent les ongles sont des orteils .»
XXIX
B) - a bɔrɔ « homme »
-an hɔ - fυ a bεnι
// qui./ avoir inac./ dét./ courage //
« Qui est courageux »
- an ba fυ n - ã kãŋkã
// qui./ nég./ craindre inac./ rien //
«Qui ne craint rien »
- a hυ rι - ø la a mυ -rε
// dét./ testicule pl. / et / det ./ verge sg. //
A bεlkɔ ɔ rε : A bɔ - rɔ an kɔ ɔ t - υ
// dét./ homme sg./ qui / vieillir acc. //
- an zen - a pɔtει
// dont./ âge pl. / beaucoup //
« Un homme qui est beaucoup âgé »
A bεn-hãmnεn : a bɔ - rɔ –hãmnεn- ø
// dét./ homme sg. / combatant sg. //
«Un homme combattant .»
a bɔ - rɔ an dει - ø a wol - am
// dét./ homme sg./ qui / pouvoir inac. / dét./ bagarrer inf. //
A nιιbɔrɔ: fυ cɔ - w wala fυ ba - ra sa - ø
// soi / femme sg. / ou / soi / mari sg. / père sg. //
A bara :
A barkε : relation conflictuelle entre coépouses
dιυ - ø
nourriture sg. //
« Du bois taillé ayant une extrémité aplatie utilisé pour tourner la nourriture. »
C) A bĩĩndε bi:
a hui - re kυr wε a dε - tε nι gυ sã - rι la gυ ba hik - ra kala a sι m.
// dét./ chair sg. / qui / être inac./dét./poitrine sg./loc./ il nh./ sauter inac./ et/il nh./nég./ s’arrêter inac./sinon /det/mort/
A bĩndɔnmιy :
kυr fυ w m m m-³ ma n tir -ι moosa la m boŋ – ø a hãr¨ĩ la a fυ-ma dυrυ
// quand./ on/ être/ tu / rir inac. / ou / tu / mettre inac./sourir /et / tu /vouloir inac./det/ bien / et/ dét./ gens / tout//
« Quand on est en train de rire ou de sourire et l’on veut du bien à tout le monde .»
« C’est lorsqu’on aime une personne au point où cela se voit dans son comportement»
A bĩn- homey : llε kυr a fu-øb- i bĩĩ- ndε hĩn -ti wolewole
//c’est/ quand/ dét./humain sg./ couer sg. / lever inac./ vite vite //
« La méchanceté.»
Synthème : du grec sun (avec) est selon Martinet André( 1960), est une unité composée de
deux ou plusieurs monèmes( u. significatives minimales). P.282 du dictonnaire
Syntagme, du grec suntagma, « chose rangée » est un constituant syntaxique composée d’une
suite de morphèmes.
Dictionnaire des sciences du langage de Franck Neveu, 2004, Paris, 316 p. Armand Colin. ;
Données cultuelles : la maman d’un bébé est sale
196,000 in Burkina Faso (Johnstone and Mandryk 2001). Population total all countries:
198,000. Region Yatenga Province, Titao Subdistrict; Soum and Oudalan provinces, Djibo-
Aribinda Subdistrict. Koromba is east; Fulse west. Also in Mali. Language map Burkina Faso,
reference number 26
Alternate names Fula, Fulse, Kuruma, Kurumfe Dialects Koromba, Fulse. Classification Niger-
Congo, Atlantic-Congo, Volta-Congo, North, Gur, Central, Northern, Kurumfe Language use
Also use Mòoré [mos
Lewis, M. Paul (2009),.- Ethnologue: Languages of the World, Sixteenth edition. Dallas,
Tex.: SIL International. Online version: http://www.ethnologue.com/