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Usure des contacts mécaniques Manifestations de l’usure

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04/10/2008

Usure des contacts mécaniques


Manifestations de l’usure
par Philippe KAPSA
Directeur de recherches au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS)
Directeur du Laboratoire de Tribologie et Dynamique des Systèmes, UMR CNRS 5513
et Michel CARTIER
Responsable du département Mécanique des surfaces et tribologie de HEF R & D
(Hydromécanique et Frottement)

1. Définitions.................................................................................................. BM 5 067 - 2
1.1 Position du problème .................................................................................. — 2
1.2 Phénomènes élémentaires d’endommagement des surfaces................. — 2
1.3 Formes d’usure ............................................................................................ — 2
2. Étude et quantification de l’usure....................................................... — 7
2.1 Paramètres à prendre en compte............................................................... — 7
2.2 Lois d’usure.................................................................................................. — 7
2.3 Méthodes d’étude........................................................................................ — 7
2.4 Approche énergétique................................................................................. — 9
2.5 Cartographie ................................................................................................ — 11
Notations et symboles .................................................................................... BM 5 065
Pour en savoir plus ........................................................................................... Doc. BM 5 069

ans le domaine de la tribologie, l’usure est une des conséquences du frot-


D tement. Elle correspond à une perte d’usage par suite de déformations plas-
tiques, de fracturations, ou d’un enlèvement de matière, d’un ou des corps en
glissement.
Les causes possibles de l’usure sont extrêmement variées ; les différents types
de phénomènes pouvant intervenir, séparément ou simultanément, appartien-
nent à deux groupes de facteurs :
— effets du contact proprement dit : interactions mécaniques, chimiques,
métallurgiques, entre les deux corps en présence ;
— effets de l’environnement (atmosphère, lubrifiant...) :
• actions physicochimiques dues à la composition du milieu,
• actions mécaniques induites par la nature, la propreté de ce milieu (par
exemple caractère abrasif d’une ambiance polluée).
La diversité des formes et causes possibles d’endommagement des surfaces
10 - 2001

explique l’étendue des moyens d’action à disposition, par exemple en termes de


matériaux.
Cet article s’insère dans une série consacrée à l’usure des contacts mécaniques :
— Problématique et définitions [BM 5 065]
— Éléments de tribologie [BM 5 066]
BM 5 067

— Maîtrise de l’usure et du frottement [BM 5 068]


— Pour en savoir plus [Doc. BM 5 069].

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1. Définitions Effort normal Q

Frotteur

Effort tangentiel T
1.1 Position du problème Transfert
Fissures
Déformations
Il est important de distinguer deux façons d’aborder les problè- plastiques
mes d’usure : Zone
— on peut considérer l’usure d’un système tribologique consti- de structure
tué de deux corps, de l’environnement et du produit interfacial ou modifiée
troisième corps. Dans ce cas, les phénomènes doivent être décrits à Nouvelles
partir du comportement du matériau interfacial, dont la présence et phases
les propriétés sont primordiales, son comportement définissant la
façon dont les premiers corps sont sollicités. On parle alors de vie
du troisième corps, de débris d’usure, de débit de particules, de cir-
cuit tribologique (recirculation ou non des particules perdues par le Émission de radiations
contact), etc. ;
— une deuxième approche, complémentaire de la précédente, Figure 1 – Endommagements d’un corps frottant
consiste à considérer l’usure d’un corps frottant soumis à des solli-
citations tribologiques. On parle alors de réponse d’un matériau et
de phénomène d’usure au sens classique du terme. Il est bien évi- cription de la chronologie des événements correspond à celle d’un
dent que ce deuxième aspect n’a de sens qu’à partir du moment ou processus d’usure.
le système est bien défini.

Dans cette partie on présentera principalement l’usure sous 1.3 Formes d’usure
son aspect classique en considérant les phénomènes élémentai-
res responsables de la détérioration d’un corps en frottement.
À partir des phénomènes élémentaires qui viennent d’être évo-
qués, de nombreux processus d’usure ont été établis qui peuvent
Les paramètres gouvernant l’usure sont souvent identiques à être classés de différentes façons.
ceux pouvant influencer le frottement. Parmi ceux-ci, on peut noter
(cf. [BM 5 066]) :
— la nature, la structure cristallographique et les propriétés 1.3.1 Classification empirique
mécaniques des matériaux ;
— l’état topographique, physicochimique des surfaces frottantes Cette classification s’appuie sur un constat plutôt global du
(rugosité, couches d’oxydes, molécules adsorbées...) ; comportement du système frottant ; on définit alors :
— la présence d’agents actifs en frottement (additifs antiusure — l’usure douce ou ultradouce : le système s’use peu, les surfa-
des lubrifiants...) ; ces des corps restent lisses et la taille des particules émises ne
— la présence de films liquides de lubrifiant (cas de la lubrifica- dépasse pas quelques micromètres ;
tion hydrodynamique ou élastohydrodynamique). — l’usure sévère : la durée de vie du système est faible, les surfa-
ces des corps sont profondément modifiées et les particules d’usure
sont d’une taille pouvant dépasser 100 µm ;
— l’usure catastrophique : la durée de vie est très réduite ; cette
1.2 Phénomènes élémentaires situation correspond le plus souvent à un grippage généralisé du
d’endommagement des surfaces système.

Sous l’effet des sollicitations tribologiques, une surface subit des 1.3.2 Classification technologique
modifications et endommagements dont les principales formes
sont schématisées figure 1. Cette seconde classification s’appuie sur l’état de dégradation du
Les endommagements peuvent être décrits simplement en fai- système et sur le faciès (morphologie) des pièces usées. On parle
sant appel à un nombre réduit de phénomènes élémentaires alors par exemple de :
mécaniques, physiques ou chimiques : — grippage et microgrippage, dans le cas de blocage de
— déformations plastiques, lorsque les contraintes créées par le mécanismes par soudure, de transfert d’un matériau sur l’autre. Il
contact glissant dépassent la limite d’élasticité ; ces déformations existe différents termes pour qualifier ce type de dégradation ; en
plastiques induisent des modifications de géométrie des surfaces dehors du cas où l’avarie correspond au stade ultime du blocage, on
frottantes ; parle de brunissage, scuffing (grippage), scoring, galling (écaillage)
— fissurations, sous l’effet de contraintes dépassant la limite à la (cités approximativement dans l’ordre croissant de l’intensité ou de
rupture, ou de phénomènes de fatigue ; la sévérité des endommagements). C’est ainsi que l’on distingue par
exemple le scuffing des chemises de moteur à explosion, du scoring
— transformations physicochimiques de surface : transforma-
et du galling des engrenages et des roulements à billes... ;
tions structurales sans intervention de l’environnement ou réaction
— pitting (ou piquage, écaillage), qui correspond à des pertes
tribochimique entre les corps frottants et cet environnement ;
locales de matière sous forme d’écailles. Cet endommagement est
— adhésion entre les corps frottants, conduisant à la formation dû à un phénomène de fatigue du matériau, initié par les sollicita-
de transferts d’un des matériaux sur l’antagoniste. tions répétitives exercées en cours de frottement, et conduisant à
Ces différents phénomènes élémentaires peuvent se produire une propagation de fractures parallèles à la surface frottante ; cette
simultanément ou successivement dans un contact donné. La des- forme de dégradation est typique des contacts soumis à des charge-

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ments cycliques avec des sollicitations de roulement, de choc, ou de


glissement en régime lubrifié (cames, engrenages...) ; Dur
— fretting-corrosion, type d’usure associé à des oscillations tan-
gentielles de faible amplitude se produisant lors d’un contact quasi-
statique en présence d’un milieu corrosif, et se manifestant dans sa Tendre
phase finale par la création de débris qui agissent alors comme
abrasif. Cette usure peut être rencontrée sur des pièces soumises à
Usure abrasive à deux corps
vibrations, des assemblages frettés, des liaisons cannelées, etc. ;
— polissage, qui correspond à une diminution importante de la
rugosité initiale.
Tendre

1.3.3 Classification scientifique


Dur
Cette dernière classification est basée sur la nature des phénomè-
nes à l’origine des dégradations. Les cinq principaux types d’usure Tendre
sont décrits ci-après, en distinguant ceux pouvant être initiés dans
d’autres circonstances que le frottement proprement dit (usure par
érosion, par cavitation). Usure abrasive à trois corps

■ Usures liées au frottement Figure 4 – Phénomènes élémentaires de l’usure abrasive à deux


et trois corps
● Usure adhésive
Lorsque deux corps en contact sont en glissement, des jonctions
élémentaires sont formées au niveau des points de contact sous
Le transfert initial peut ensuite évoluer et créer une dégradation
l’effet du déplacement. À un instant donné, la charge appliquée est
plus importante par effet « boule de neige ».
supportée par l’ensemble des jonctions existantes. Au niveau de
chaque jonction, des phénomènes d’adhésion peuvent se produire Les particules d’usure sont dans ce cas de taille relativement
créant ainsi une liaison adhésive. La résistance mécanique de cha- importante et de nature composite (composées des deux corps en
que jonction est fonction de l’énergie localement dissipée ; à présence).
l’extrême, une soudure peut être créée par fusion des surfaces frot- L’usure adhésive est favorisée entre autres par :
tantes. Lorsque le mouvement se poursuit, la jonction est soumise à
un cisaillement et deux situations peuvent alors exister : — l’accroissement de la pression de contact, de la vitesse (pro-
duit p × v) ;
— la jonction est peu résistante : les deux corps se séparent avec — le frottement à sec ou en lubrification aléatoire (frottement
peu ou pas de modification ; hors régime hydrodynamique) ;
— la jonction dispose d’une résistance mécanique supérieure à — l’absence ou l’élimination des films superficiels constitués de
celle de l’un au moins des matériaux : il y a alors formation d’une couches adsorbées, d’oxydes.
fissure dans le corps le plus tendre, ou le moins tenace, puis arra-
chement et transfert sur l’antagoniste. Ce cas est représenté sur les Les paramètres dépendant des matériaux sont principalement : la
figures 2 et 3. composition (nature métallique ou non), la structure, la dureté, la
température de fusion, la nature des films superficiels, les proprié-
tés de rétention des lubrifiants.
● Usure abrasive à deux ou trois corps

A A L’usure abrasive correspond au cas où un corps dur déforme plas-


tiquement, avec ou sans enlèvement de matière, un corps plus mou.
On distingue (figure 4) :
B B — l’usure abrasive à deux corps : des sillons sont formés parallè-
lement à la direction de déplacement, par les aspérités du corps le
Figure 2 – Phénomènes élémentaires de l’usure adhésive : formation plus dur ;
de transfert — l’usure abrasive à trois corps : des particules dures présentes
dans l’interface déforment plastiquement les surfaces frottantes en
créant des empreintes (figure 5).
Suivant les cas, l’usure abrasive peut engendrer des endomma-
gements par déformation plastique, des enlèvements de matière
par phénomène de coupe et/ou par fatigue superficielle.
L’usure abrasive est favorisée :
— par l’accroissement de température ;
— par l’humidité, l’agressivité chimique de l’ambiance (lorsque
l’abrasion agit par effet de coupe).
Dans le cas de l’abrasion à trois corps, la nature et l’acuité des
phénomènes dépendent des formes, granulométries des particules
abrasives, de la vitesse relative et de l’angle d’attaque de l’abrasif
sur le substrat.
L’usure abrasive mettant en jeu, au niveau élémentaire, des phé-
nomènes d’ordre mécanique, les paramètres dépendant des maté-
Figure 3 – Transfert consécutif à des liaisons adhésives (portée riaux sont notamment : la dureté ou la limite d’élasticité, les
d’arbre à cames en acier frottant sur carter en alliage d’aluminium) contraintes résiduelles, la ténacité, la structure (homogénéité, taux

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Figure 5 – Usure abrasive à trois corps : arbre en acier nitruré


frottant sur coussinet en acier 100 Cr 6, en ambiance d’eau chargée
de sable
Taux d'usure du « métal »

Figure 7 – Usure corrosive sur portée de soupape moteur. Oxydation


Habr > Hmétal par les gaz chauds. Usure de la couche d’oxydes générée par réaction
avec les gaz chauds (grossissement 30)

Habr < Hmétal


Taux d'usure

Usure
Hmétal Dureté « abrasif » Habr adhésive

Figure 6 – Effet de la dureté du corps considéré comme abrasif (Habr)


sur le taux d’usure du corps antagoniste considéré comme métal 2
(Hmétal)
1
Usure
corrosive
d’écrouissage...), les propriétés thermomécaniques dans le cas de
sollicitations en température.
La dureté respective des corps en présence est un élément déter-
minant comme l’illustre la figure 6. Des règles simples de choix de Réactivité surface/milieu
matériaux ou de traitement de surface (cf. [BM 5 068]) peuvent donc
permettre d’optimiser un usinage par abrasion ou une lutte contre Figure 8 – Compétitivité entre usure adhésive et usure corrosive.
l’usure abrasive d’un élément de mécanisme donné. La courbe 2 correspond à des conditions plus sévères que la courbe 1
(par exemple vitesse et/ou pression et/ou température plus élevées)
● Usure corrosive ou tribochimique
Cette forme d’usure intervient lorsque le frottement se produit
dans un environnement réactif (atmosphère, lubrifiant...) pour les éliminer l’usure adhésive ; c’est cette règle qui gouverne en partie le
matériaux en présence. Dans ce type de situation, l’usure peut être choix d’un lubrifiant pour lutter contre l’usure.
initiée ou accentuée par la réaction chimique entre l’environnement
et les surfaces frottantes. Cette réaction, qui peut être créée ou acti- ● Usure par fissuration
vée par l’énergie dissipée en frottement dans l’interface, conduit à la Les contraintes mécaniques générées par le frottement peuvent
formation d’une couche superficielle (film réactionnel) solide, non entraîner la création et la propagation de fissures, selon des proces-
soluble dans l’environnement, de faible épaisseur, adhérente aux sus différents en fonction du type de matériau considéré.
substrats, qui protège généralement les surfaces de l’usure adhé- — Dans le cas des matériaux ductiles (typiquement la plupart des
sive. L’usure se manifeste alors lorsque les sollicitations de frotte- matériaux métalliques), on parle d’usure par fatigue superficielle ou
ment au contact conduisent à l’élimination des couches formées par délamination [12] ; on peut classiquement distinguer les phases
(figure 7). d’initiation et de propagation de fissures en sous-couche (à une pro-
La cinétique du phénomène est gouvernée par la compétition fondeur correspondant approximativement au point de cisaillement
entre la formation des produits de réaction et leur consommation maximal de Hertz – [BM 5 065]), qui conduisent, à terme, à la forma-
par usure. La réactivité du milieu présente un optimum car elle doit tion d’écailles dans les zones de frottement (figure 9). Cet endom-
être suffisamment élevée pour former rapidement un film tribochi- magement apparaît en général pour des nombres de cycles de
mique capable d’éliminer l’adhésion, mais pas trop forte pour ne sollicitations élevés.
pas consommer excessivement du corps frottant par réaction chimi- — Pour les matériaux à comportement fragile (typiquement les
que (figure 8). Un contact fonctionnant dans des conditions sévères céramiques), et pour lesquels on parle d’usure par fracturation, les
nécessitera donc l’emploi d’un milieu relativement très réactif pour fissures se produisent dans les zones les plus contraintes en ten-

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Q
T
Q T Q T
Écaille Fissures

Fissure
Accumulation de Propagation Formation
déformations de fissures d'une écaille
plastiques en
sous couche Trace
Zone de contact
de frottement
a schéma du processus d'usure

Figure 10 – Usure par fissuration dans le cas des matériaux fragiles

sion. Elles ne sont pas associées à un phénomène de fatigue super-


ficielle mais à un dépassement d’un seuil de rupture. Situées
classiquement à l’arrière du contact, elles sont en forme de « fer à
cheval » et se propagent perpendiculairement à la surface
(figure 10). Ce type d’usure peut se produire pour des nombres de
cycles très faibles (phénomène à caractère brutal par opposition au
phénomène cumulatif décrit précédemment).
L’usure par fissuration est bien évidemment favorisée par
l’accroissement des contraintes mécaniques superficielles (con-
traintes normales et tangentielles) et, dans une moindre mesure,
par la réactivité chimique de l’environnement, qui est susceptible
d’agir sur les processus de propagation de fractures.
Les principaux paramètres dépendant des matériaux sont, outre
les propriétés mécaniques macroscopiques (limite d’élasticité,
résistance à la rupture, ténacité), la présence de défauts ou points
faibles préexistants (homogénéité structurale, liaisons revêtement/
substrat...), les contraintes résiduelles.
● Usure en fretting
Une situation d’usure en fretting correspond au contact de deux
b phénomènes vus en coupe micrographique corps soumis à un déplacement relatif de faible amplitude, générant
(Dent d'engrenage en acier cémenté trempé)
(grossissement 500) des débris et/ou des dégradations de surfaces à l’intérieur du con-
tact par des processus mécaniques, adhésifs... Dans certains cas,
des fissures orientées perpendiculairement à la surface de frotte-
ment peuvent apparaître à l’extérieur du contact (figure 11), pour un
nombre de cycles élevé aussi bien pour des matériaux ductiles que
fragiles (phénomène de fatigue de surface). Si les débris d’usure
générés dans l’interface ne peuvent pas être évacués rapidement à
l’extérieur (contacts fermés cf. [BM 5 066]), ils peuvent créer des
dysfonctionnements ou des dégradations particulières (difficulté de
démontage des assemblages due au colmatage des interfaces,
usure abrasive...). Dans le cas d’une atmosphère créant une corro-
sion des débris d’usure, on parle de fretting-corrosion (figure 12).
L’usure par fretting se rencontre dans de nombreux systèmes
mécaniques et assemblages en construction mécanique. L’influence
du phénomène sur l’abaissement de la tenue à la fatigue (fretting-
fatigue) est particulièrement bien illustrée dans le cas des câbles où
il peut être responsable de ruptures prématurées (câbles de ponts,
de téléphériques, de renfort de pneus de poids lourds...).

■ Autres formes d’usure


● Usure par érosion
L’usure par érosion résulte de l’enlèvement de matière par un
fluide chargé de particules en contact avec la surface d’un matériau ;
c stade final : écailles (bille de roulement en acier 100 Cr 6) elle conduit à la création d’impacts et de rayures sur les surfaces.
Dans les applications mécaniques, ce type d’usure intervient notam-
ment sur les systèmes soumis à un flux de produits liquides ou
pâteux chargés d’abrasif, et circulant à vitesse élevée : pièces de
Figure 9 – Usure par fatigue superficielle robinetterie, de pompes par exemple (figure 13).

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a image d'une trace d'usure avec des fissures autour


de la zone de contact (microscope électronique à balayage)

Surface usée

Figure 13 – Érosion par un fluide chargé. Piston de pompe


véhiculant un fluide à base d’alumine
50 µm
2 000 µm
2 000 µm

b relevé topographique d'une trace avec perte de matière


dans la zone de contact

Figure 11 – Cicatrices d’usure typiques en fretting

Figure 14 – Usure par cavitation. Patin de pompe hydraulique


à pistons

Figure 12 – Exemple de fretting-corrosion. Douille d’assemblage Q


en acier
T
Débris
● Usure par cavitation
L’usure par cavitation est un phénomène d’usure associé à une
fatigue superficielle du matériau sous l’effet des ondes de choc dues p Avec débris
à l’implosion de bulles de vapeur (variation de pression très forte). Sans débris dans l'interface
Elle peut conduire à la formation d’écailles, de cavités (figure 14)
dans des zones particulières de haute température ou de
dépression.
Répartition de pression dans le contact

1.3.4 Complexité des situations réelles Figure 15 – Coexistence d’usure abrasive à deux corps
et à trois corps. Effet de la présence de débris d’usure dans le contact
Dans les situations réelles, un même contact, à un instant donné, sur la distribution de pression de contact
peut présenter différentes formes d’usure. Par exemple, la figure 15
montre la coexistence dans un même contact d’usure abrasive à
deux et trois corps ; il est à noter que la présence de débris d’usure
en plus forte quantité à l’arrière de l’interface modifie le phénomène Par ailleurs, une situation d’usure peut évoluer dans le temps en
d’usure et la répartition des contraintes. fonction des conditions tribologiques. Cette évolution se traduit par

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des transformations d’aspect de surface et peut correspondre à une


évolution du taux d’usure.
Usure Usure Usure Usure par
Le rodage d’un mécanisme correspond à ce type d’évolution : en adhésive abrasive corrosive fissuration
10–2

Coefficient d'usure
début de fonctionnement d’un système, l’aire de contact est réduite, Abrasion Corrosion
et les pressions superficielles élevées, ces conditions favorisant plu- sévère sévère
tôt les usures de nature adhésive et abrasive. Ensuite, sous l’effet de 10–3
Galling
déformations plastiques, de pertes de matière, de la présence des
particules d’usure dans l’interface, la surface de contact augmente, 10–4
Fracture
l’usure peut devenir de nature plutôt corrosive et son taux va alors Usure Polissage fragile
diminuer. Les surfaces usées ont un aspect différent, les particules 10–5
modérée
d’usure deviennent moins nombreuses et de taille plus petite. La
phase initiale de fonctionnement correspondant au rodage est sou- 10–6
vent déterminante pour la vie totale du système. Brunissage
10–7
Fatigue
de surface
10–8
2. Étude et quantification
de l’usure a frottement métal/métal

D’énormes progrès ont été réalisés dans les dernières décennies Usure Usure Usure Usure par
adhésive abrasive corrosive fissuration
par les laboratoires de recherche en tribologie, grâce à la possibilité Coefficient d'usure 10–2
d’utiliser un matériel de saisie informatique de plus en plus perfor- Abrasion Corrosion
sévère sévère
mant. C’est ainsi qu’il a été possible, en combinant les tribomètres 10–3
classiques avec de puissants capteurs, de mieux appréhender les Fracture
processus d’usure et de frottement. fragile
10–4
Ces études de l’usure sont également d’un grand intérêt quant à
la compréhension des durées de vie de différents mécanismes et ce, 10–5
en prévision d’éventuelles avaries ou dans l’optique de tester de Polissage
nouveaux matériaux. 10–6
Usure Fatigue de
modérée surface
10–7
2.1 Paramètres à prendre en compte 10–8
Brunissage

Les paramètres de l’usure, ou variables opératoires, sont nom-


breux et il apparaît nécessaire de bien les connaître pour une ana- b frottement non métal/non métal
lyse précise d’un problème tribologique. Les principaux sont (cf.
[BM 5 066]) :
— les caractéristiques du mouvement relatif entre les corps com- Figure 16 – Valeurs du coefficient d’usure
posant le mécanisme : cinématique, vitesse, amplitude... ;
— la charge normale appliquée ;
— le mode de contact (surfacique ou ponctuel) ; Ce coefficient d’usure varie lui-même bien entendu avec les
— l’environnement (atmosphère, température...). autres paramètres tribologiques comme la température, l’environ-
nement, la nature des corps frottants, la vitesse de glissement, la
charge normale.
2.2 Lois d’usure Sa valeur est aussi reliée à la nature de l’usure. À titre de réfé-
rence, on peut considérer les valeurs indicatives de coefficient
Dans de nombreuses situations industrielles, les utilisateurs et les d’usure des figures 16 a et b.
concepteurs désirent disposer de lois d’usure afin de prédire le com-
portement et la durée de vie d’un système. Cette question est très
délicate car les lois permettant de décrire quantitativement l’usure
sont très imprécises et peu fiables. Ces approches sont par ailleurs 2.3 Méthodes d’étude
en général très fortement critiquées par les scientifiques qui peu-
vent mettre en avant de nombreux contre-exemples.
Malgré cela, il est utile de disposer de certaines lois que l’ont sait
être imprécises mais qui permettent néanmoins d’analyser des
2.3.1 Analyse qualitative
situations de façon très grossière.
Dans ce sens, Archard [19] a établi une loi d’usure en considérant Une analyse qualitative de l’usure repose principalement sur
comme paramètres tribologiques la charge appliquée au contact Q, l’étude des surfaces usées et des particules d’usure.
la dureté H du corps auquel on s’intéresse et la distance parcourue
D. Le volume usé U est donné par la relation : On peut effectuer des observations morphologiques des surfaces
et de leurs éventuelles dégradations grâce à des moyens d’observa-
Q⋅D tion classiques : binoculaire, microscope optique ou électronique.
U = k ------------- Ces outils renseignent sur la morphologie de la surface frottante
H
(texture, coloration...) et permettent dans certains cas d’en déduire
avec k coefficient d’usure. le type d’usure correspondant.

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Tableau 1 – Correspondances entre les phénomènes d’usure, l’aspect des surfaces usées et les particules d’usure
(matériaux métalliques principalement)
Type d’usure Surface usée Particules d’usure
– Transferts, en général du corps le plus tendre
sur le matériau le plus dur – Taille relativement importante (  10 µ m )
Adhésive – Déformations plastiques – Agglomérats composites (constituants des deux
corps)
– Transformations métallurgiques

Abrasive à deux corps – Surface d’aspect texturé – Microcopeaux


– Rayures parallèles à la direction du déplacement
– Surface d’aspect aléatoire – Écailles
Abrasive à trois corps – Indentations – Métal fortement déformé plastiquement
– Déformations plastiques (écrouissage)
– Films de surface colorés
Corrosive – Aspect non uniforme (îlots) – Lames minces de produit de réaction chimique

Délamination-fatigue (matériaux – Fractures parallèles à la surface – Particules en feuilles ou écailles


– Piqûres, écaillages
ductiles) – Déformations plastiques – Écrouissage

– Fractures en « fer à cheval » perpendiculaires


Fracturation (matériaux fragiles) à la surface de frottement – Grosses particules
– Faciès de fracture fragile – Particules anguleuses, d’aspect fracturé

– Trace d’usure localisée


Fretting – Fractures de profondeur variable, s’initiant – Agglomérats en périphérie de la zone de contact
en surface – Oxydation (fretting-corrosion)
– Coloration (fretting-corrosion)
– Aspect aléatoire
Erosion – Traces d’impacts, rayures, sillons – Microcopeaux
– Déformations plastiques

Cavitation – Cavités – Microécailles


– Défauts dans des zones de dépression

L’étude morphologique des particules d’usure est en général plus ■ Mesure d’empreintes de microdureté Vickers
délicate mais elle peut aussi apporter beaucoup d’informations. Les
techniques employées sont la microscopie optique, électronique à Cette technique extrêmement précise fait appel à un microinden-
balayage ou à transmission. teur Vickers. Elle consiste à créer sur une pièce une empreinte de
L’observation des surfaces et des particules peut aussi être asso- microdureté et à mesurer l’évolution de la diagonale D avec l’usure
ciée à des analyses chimiques grâce aux techniques d’analyse de (figure 17). La hauteur usée peut être estimée avec une précision de
surface. l’ordre du dixième de micron (dans le cas d’une empreinte Vickers,
la diagonale est égale à 7 fois la hauteur). Cette technique n’est
Le tableau 1 montre les relations qui existent en général entre le applicable que pour des surfaces lisses autorisant l’observation des
type d’usure et les caractéristiques des surfaces usées et des parti- empreintes.
cules d’usure.

2.3.2 Analyse quantitative Surface initiale

Surface après
■ Perte de masse usure
Cette méthode consiste à faire fonctionner un mécanisme pen-
dant un temps connu puis à extraire la pièce à étudier et à la peser
afin de déterminer sa perte de masse. La précision de la mesure
effectuée peut être de l’ordre du dixième de milligramme pour des
pièces d’une masse inférieure à 200 g. Néanmoins, cette méthode
présente plusieurs inconvénients :
D2 D1
— elle n’est pas valable pour de lourdes pièces ;
— elle nécessite un nettoyage poussé et reproductible car on
pèse en même temps les oxydes et les poussières se trouvant sur la
pièce ou dans ses porosités ;
— elle ne permet pas de quantifier l’usure qui ne correspond pas
à une perte de masse. La variation de la diagonale de l'empreinte D permet de calculer
la hauteur usée à partir de la connaissance de la géométrie
■ Perte de cote de l'empreinte (angle)
Cette méthode est employée dans le cas des usures entraînant un
changement de géométrie qui peut être quantifié par une mesure Figure 17 – Mesure d’une hauteur usée grâce à une empreinte
dimensionnelle. de microdureté Vickers

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Matière enlevée Avant usure Spectrographie Bouchon magnétique

Hauteur
Après usure
par troncature

Ferrographie
Densité
de probabilité

1 10 100 1 000
Taille des particules (µm)
Figure 18 – Évolution de la courbe de densité de probabilité
des hauteurs d’un profil de surface avec l’usure
Figure 19 – Domaine de sensibilité des différentes techniques
de suivi de l’usure par l’étude des particules d’usure
■ Méthode basée sur le suivi de la rugosité
Le suivi de la rugosité d’une surface permet dans certains cas
d’avoir des informations sur l’usure. Les relevés profilométriques et
leur analyse statistique à des étapes successives de l’usure permet- Travail de frottement
(énergie dissipée) Bruit, vibrations, …
tent de suivre l’évolution de la distribution des ordonnées du profil
(figure 18). La courbe de fonction de répartition p(z) est particuliè-
rement adaptée pour l’observation de l’usure.
Le calcul des paramètres σ (écart quadratique moyen ou écart Transformations Processus Troisième corps
type), Sk (Skewness) et Ek (Kurtosis) (cf. [B 7 010]) apportent des de la matière physico-chimiques Formation de débris
Plastifications Réactions chimiques Agrégation
renseignements aussi bien sur la distribution des hauteurs que sur Transformations Oxydation Broyage
la forme du profil. Sk correspond à l’obliquité de la distribution des structurales Charges électriques Cisaillement
hauteurs du profil, Ek à la finesse. Fissurations Émissions électroniques …
… …
Cette méthode permet par exemple de différencier une usure par
déformation plastique sans perte de matière d’une usure par tronca-
ture de la rugosité. Elle n’est bien évidemment utilisable que lors-
que le fond des rugosités n’est pas affecté par l’usure. Perte de matière
(volume usé U)

Figure 20 – Dissipation d’énergie en frottement conduisant


2.3.3 Quelques techniques utilisées pour l’étude à la perte de matière
des débris ou particules d’usure

■ Bouchon magnétique
■ Utilisation de radiotraceurs
Cette technique, simple et peu coûteuse, consiste à observer
Cette technique, utilisant la radioactivité, peut être employée pour visuellement des particules ferromagnétiques adhérant à un bou-
le suivi de systèmes lubrifiés. Le matériau à étudier est traité avec chon magnétique disposé dans le circuit de lubrification.
un élément radioactif avant d’être mis en place. Si la pièce s’use, des
débris radioactifs se retrouvent dans l’huile et un compteur de parti- Ces trois dernières techniques basées sur l’observation des parti-
cules sur des échantillons de lubrifiant contaminé permet alors cules d’usure sont souvent complémentaires car elles renseignent
d’étudier le phénomène d’usure de façon quantitative. sur la présence de particules dont les tailles sont différentes
(figure 19).
Cette technique assez ancienne est très précise mais relativement
lourde à mettre en œuvre car elle nécessite une structure de fonc-
tionnement adéquate du fait de l’utilisation de produits radioactifs.
2.4 Approche énergétique
■ Ferrographie
Cette méthode consiste, au moyen d’un champ magnétique varia- 2.4.1 Perte de matière
ble, à séparer et à classer selon leurs tailles, les particules ou les
débris ferromagnétiques récupérés sur une pièce usée ou en sus-
pension dans le lubrifiant. On peut alors diagnostiquer le type On peut aborder les phénomènes tribologiques sous un aspect
d’usure et sa sévérité. Par exemple, une usure sévère est caractéri- énergétique en considérant que le frottement est un processus dis-
sée par un diamètre de particules d’usure supérieur à 10 µm, tandis sipatif. L’énergie dissipée en frottement est alors utilisée par diffé-
qu’il ne dépassera pas 1 µm pour une usure douce. rents processus qui peuvent pour certains conduire à de l’usure.
Le schéma figure 20 illustre les différentes façons de considérer
■ Spectrométrie de masse cette énergie dissipée.
Nota : Le lecteur pourra consulter l’article Spectrométrie de masse [P 2 615] dans le Pour quantifier l’usure, on peut représenter l’évolution du volume
traité Analyse et caractérisation. usé (U ) en fonction de différents paramètres et en particulier du tra-
vail de l’effort normal Q ainsi que le propose la loi d’Archard. On
La spectrométrie de masse des liquides contenant des particules détermine alors un coefficient d’usure kU tel que :
d’usure est une analyse chimique élémentaire quantitative. Le suivi
des éléments provenant des parties frottantes ou du lubrifiant per- kU = U /(D · Q)
met de conclure sur la quantité de matière usée ainsi que sur la
dégradation du lubrifiant. avec D distance parcourue.

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avec ΣEd énergie totale dissipée durant l’essai.


70 000
Coefficient énergétique d'usure αU (µm3 · J –1)

On compare le volume dégradé à la quantité d’énergie associée


60 000 56 000 au travail de l’effort tangentiel qui est dissipé durant l’essai de frot-
tement. Des travaux réalisés par S. Fouvry et H. Morhbacker [33]
50 000 [34] confirment expérimentalement une relation linéaire entre ces
deux grandeurs. Ainsi, le paramètre αU est défini comme un coeffi-
40 000 cient énergétique d’usure exprimé en µm3 de matière usée (ou
moles de matière) par Joule dissipé dans le contact. On note qui si
30 000 26 000 le coefficient de frottement reste constant, alors cette approche est
équivalente à celle d’Archard.
20 000
Cette approche peut permettre une comparaison de différentes
10 000 combinaisons de matériaux du point de vue de l’usure de façon
2 700 indépendante de la valeur du coefficient de frottement. Le compor-
1 000 tement en usure d’un matériau est alors caractérisé par son coeffi-
0
Multicouche Couche Acier Acier cient αU. La figure 21 montre un exemple de résultats pouvant être
T iC-VC de T iN rapide obtenus de cette façon.
SC652
Bille en alumine de diamètre 25,4 mm
Charge normale Q : 50 N à 300 N 2.4.2 Transformation de phase
Amplitude de déplacement : 25 µm à 200 µm

Figure 21 – Exemple de comparaison du comportement en usure Dans la pratique, on observe fréquemment des transformations
de différents matériaux lors d’un essai de fretting superficielles de structure sous l’effet du frottement. Les phases
particulières obtenues ont été mises en évidence dans de multiples
situations et sur des matériaux très divers. E. Sauger [20] a montré
Cette formulation n’intègre pas le coefficient de frottement ; or il que la transformation de phase est associée à une certaine quantité
est courant de constater que l’usure est d’autant plus importante d’énergie, énergie pouvant par exemple correspondre à l’activation
que ce facteur est élevé. de l’oxydation des surfaces. Dans le cas d’un contact acier rapide
Par ailleurs, l’effort normal est par définition appliqué perpendicu- sur alumine, cette énergie (∆EdU) peut être associée aux différents
lairement à la direction de glissement et par conséquent son travail stades de la dégradation de l’acier, en induisant une accumulation
est nul. Aussi, il apparaît plus judicieux de remplacer l’effort normal de déformations plastiques puis la formation en surface d’une
Q par l’effort tangentiel T. On détermine alors un coefficient d’usure phase blanche très dure. L’énergie dissipée supplémentaire va alors
tel que : permettre la création des premiers débris et activer la progression
en sous-couche de la structure modifiée. La formation des débris
αU = U /(D · T )
induit un volume usé qui sera mesuré et permettra la quantification
Cette relation appliquée aux sollicitations de frottement est équi- de la dégradation.
valente à :
U La figure 22 illustre les étapes de ce processus que sont la phase
α U = ---------- incubatrice (ou en phase d’activation) (ΣEd < ∆EdU) et la phase stabi-
ΣE d lisée (ΣEd > ∆EdU).

TTS : transformation tribologique en surface

Phase d'activation ∆EdU


Volume usé U (µm3 )

Régime stabilisé de l'usure


Q
δ

Déformation Formation de Volume usé U αU


plastique la nouvelle phase

Énergie dissipée totale ΣEd (J)

αU : coefficient énergétique d'usure (volume)


∆EdU : énergie d'activation (volume)
δ : déplacement

Figure 22 – Illustration de l’activation du processus de dégradation des matériaux

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Carte de sollicitations Vitesse de glissement v (m · s–1 )


Contraintes imposées au matériau
10–4 10–2 1 102
10

Pression normalisée
Carte de réponses du matériau
Phénomène d'usure Grippage
Taux d'usure

Figure 23 – Démarche cartes en tribologie


10–3 10–3 Usure 10–4
10–2 (10–4)
10–1
10–3 (10–5) par fusion
fusion
10–6 (10–5)
lg v (m · s–1) 10–4
–3 10–5–6
10–5 (10–7) 10–6 10
– 3,74 2,25
10–7
1
lg (pression normalisée)

lg (pression normalisée)
4,3 Usure oxydative douce
Formation de
10–5 10–6 (10–8) martensite 10–8
Usure
10–3 Usure par oxydative
délamination
lamination sévère
re
10–7 10–9
10–6 (10–8)
Transition d'usure
douce à sévère
T1 = 100 °C
T2 = 200 °C 10–8 10–10
Usure 10–9
T3 = 350 °C ultradouce 10–9 10–11
T4 = 550 °C 10–5
10–2 1 102 104
T5 = 800 °C
Acier configuration Vitesse normalisée
T6 = 1 100 °C pion sur disque
T7 = 1 500 °C
Figure 25 – Carte d’usure de Lim et Ashby montrant les domaines
de phénomènes d’usure (d’après [21]) (pour les définitions de pressions
–5 – 1,7 et vitesses normalisées, se reporter à la figure 24)
–1 5
lg (vitesse normalisée)

Températures de surface
Températures éclair au niveau des jonctions élémentaires
Pression normalisée :
Q/H0 An – 0,93
avec H0 dureté du corps le moins dur lg (k )
– 1,8
An aire nominale (apparente) de contact
Vitesse normalisée : – 2,67
v · R0 /a
– 3,54
avec R0 rayon du pion
a diffusivité thermique moyenne des deux corps – 4,41
2,58
Figure 24 – Carte de température de Lim et Ashby (d’après [21]) – 5,28 2,23
17,95 1,92
14,62 1,38
11,38 1,25
2.5 Cartographie p /100 (MPa) 8,04 0,92 lg v (mm/s)
4,71 0,58

k coefficient d'usure
2.5.1 Justification p pression
v vitesse
Le rêve de tout tribologue est de pouvoir, à partir de la connais-
sance des contraintes qui sont imposées aux matériaux lors du frot- Figure 26 – Carte d’usure de HSU montrant l’évolution du taux
tement, prédire les endommagements et l’usure qui vont se d’usure avec la pression de contact et la vitesse (d’après [22])
produire et estimer la durée de vie d’un système frottant (figure 23).
Cette démarche conduit à la notion de « cartes », qui correspond à
un moyen aisé de représenter comment les phénomènes évoluent
Ces cartes, définies à partir de considérations théoriques reposant
avec les paramètres considérés.
sur de nombreuses hypothèses permettent de prévoir le comporte-
ment d’un contact.
2.5.2 Carte de température et carte d’usure D’autres cartes d’usure ont aussi été développées par Hsu [22]. Il
s’agit d’une représentation sur un graphe en trois dimensions de
Parmi les approches intéressantes, on peut noter celle de Lim et l’évolution du taux d’usure en fonction de certains paramètres
Ashby [21] qui considèrent dans un premier temps les cartes de d’essais dont les plus souvent employés sont la vitesse et la pres-
température (figure 24) puis ensuite les cartes d’usure (figure 25). sion de contact (figure 26).

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2.5.3 Cartes d’usure en fretting


Phénomènes Le fretting est une situation de contact caractérisée par des
massifs
Pression (MPa)

plastifications,
déplacements alternés de très petites amplitudes (figure 28). De
1 000 fissurations nombreuses études ont montré l’influence de l’amplitude et de la
Adhésion
Grippage pression de contact sur l’évolution des dégradations.
Fusion Une approche en terme de cartes a été récemment mise en place
par S. Fouvry [23]. En particulier, le tracé des cartes de fretting per-
10 met l’établissement des différents domaines de glissement et l’ana-
lyse associée des dégradations (figure 29).
Effets thermiques
Phénomènes
■ Pour les très petites amplitudes (figure 28), le contact présente
0,1 de surface une situation composite de domaines glissants et non glissants.
L’hystérésis associée à l’évolution de l’effort tangentiel en fonction
0,01 0,1 1 10 100 du débattement présente une forme elliptique fermée. Peu dissipa-
Vitesse (m/s)
tive, cette condition de glissement dite de glissement partiel ne
génère pratiquement pas de perte de matière mais favorise l’amor-
çage et surtout la propagation de fissures.
Figure 27 – Carte d’usure schématique montrant les domaines ■ L’augmentation du débattement engendre la mise en glissement
de prépondérance des divers phénomènes d’usure généralisé (total) du contact (figure 28). Le cycle de fretting pré-
sente alors une forme quadratique qui est associée à une forte dis-
sipation d’énergie. L’usure générée par la formation et l’éjection des
La figure 27 illustre comment les paramètres tribologiques pres- débris devient beaucoup plus importante ; en revanche la fissura-
sion et vitesse influent sur les phénomènes d’usure. tion se trouve limitée.

Glissement partiel δ : déplacement relatif Glissement total


T T
T=f·Q

δ δ

Endommagement des surfaces

Fissuration Perte de matière

1 mm 1 mm

Amplitude Amplitude
du déplacement du déplacement
relatif (20 µm) relatif (100 µm)

Figure 28 – Dégradations engendrées par le fretting en fonction de la condition de glissement

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Le coefficient de frottement f, qui contrôle la condition de glisse-


Charge normale Q

Pas de dommage

ment, peut évoluer dans le temps. Ainsi, le contact peut basculer


Initiation de fissures d’une condition à une autre. On rationalise cette évolution à travers
la notion de régime de glissement (RG). Si les conditions de glisse-
Usure induite par
formation de débris ment partiel ou total sont maintenues, on définit respectivement les
régimes de glissement partiel (RGP) et régime de glissement total
(RGT). En revanche, pour des amplitudes intermédiaires, le contact
peut évoluer d’une condition à une autre, et, l’on parle dans ce cas
de fretting en régime de glissement mixte (RGM).
La plupart du temps le régime mixte se stabilise rapidement en
Fissuration Compétition
Compétition
Comp tition Usure Amplitude condition de glissement partiel et favorise la fissuration. Des déve-
fissuration/usure
fissuration/usure sévère
re de déplace- loppements récents permettent de quantifier les trois aspects que
ment δ sont l’identification de la transition de glissement, la prédiction de
l’amorçage et de la propagation de fissures et dans une certaine
mesure la quantification de l’usure. Cependant, pour transposer
cette approche aux problèmes industriels, il apparaît essentiel de
prendre en compte l’effet de l’environnement et en particulier celui
Fissuration Usure de l’humidité relative.
catastrophique catastrophique

Figure 29 – Analyse expérimentale de la réponse du contact soumis


au fretting : identification de la carte de sollicitation locale
et de la carte de réponse du matériau

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Liste des mots clés Fretting


Erosion
§ 1.3.3
§ 1.3.3
Cavitation § 1.3.3
Usure Rodage
Usure § 1.3.4
Endommagement des surfaces § 1.2 Lois d’usure
Grippage § 1.3.2 § 2.2
Microgrippage § 1.3.2 Archard § 2.2
brunissage § 1.3.2 Coefficient d’usure
scuffing § 1.3.2 § 2.2
scoring § 1.3.2 Empreinte § 2.3.2
galling § 1.3.2 Rugosité § 2.3.2
pitting § 1.3.2 Radiotraceurs § 2.3.3
Fretting-corrosion § 1.3.2 Ferrographie § 2.3.3
Usure abrasive Bouchon Magnétique § 2.3.3
§ 1.3.3 Formation de débris § 2.4.1
Usure adhésive Transformation de phase § 2.4.2
§ 1.3.3 Carte de température § 2.5.2
Usure corrosive Carte d’usure § 2.5.2 § 2.5.3
§ 1.3.3 Lim § 2.5.2
Usure tribochimique Ashby § 2.5.2
§ 1.3.3 HSU § 2.5.2

Situation de l’article

N˚ de traité : 15
N˚ de rubrique : 32
N˚ de sous-rubrique : 01
N˚ de volume : BD1
N˚ de la fiche doc :

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