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CHAPITRE I : CONTEXTE ET ENJEUX DE LA VALORISATION AGRICOLE AU

CAMEROUN

1. Situation actuelle de l’agriculture camerounaise

L’agriculture constitue l’un des piliers de l’économie camerounaise. Elle contribue entre
20 et 25 % au produit intérieur brut (PIB) et emploie environ 60 % de la population active,
principalement en milieu rural. Ce secteur est essentiel pour la sécurité alimentaire, la stabilité
sociale et la réduction de la pauvreté. Il est également au cœur des dynamiques territoriales, car il
façonne les modes de vie, les échanges et les cultures locales.

a) Poids du secteur agricole dans l’économie nationale

Malgré ce rôle stratégique, l’agriculture camerounaise reste dominée par des pratiques
traditionnelles, souvent peu productives. Les exploitations sont majoritairement familiales, de
petite taille, et utilisent des outils rudimentaires. L’accès aux intrants modernes (semences
améliorées, engrais, équipements) est limité, tout comme l’accès à l’information technique et aux
services de vulgarisation. Cette situation freine l’augmentation des rendements et la compétitivité
des produits agricoles sur les marchés nationaux et internationaux.

Par ailleurs, la transformation locale des produits agricoles est encore marginale. La
majorité des produits sont vendus à l’état brut, ce qui limite leur valeur ajoutée et expose les
producteurs aux fluctuations des prix. Le manque d’infrastructures de stockage, de
conditionnement et de transformation aggrave les pertes post-récolte, estimées à plus de 30 % dans
certaines filières. Cette faiblesse structurelle empêche le secteur agricole de jouer pleinement son
rôle dans la création d’emplois et la réduction des importations.

Pour que l’agriculture devienne un moteur de développement inclusif, il est impératif de


moderniser les pratiques, de renforcer les infrastructures et de promouvoir la transformation locale.
Cela passe par une meilleure coordination des politiques publiques, une implication accrue des
jeunes et une mobilisation des investissements publics et privés. La valorisation des produits
agricoles locaux est donc une voie stratégique pour renforcer la résilience économique du
Cameroun.

b) Principales productions agricoles locales

Le Cameroun bénéficie d’une diversité agro-écologique exceptionnelle, qui permet la


production d’une large gamme de cultures vivrières et de rente. Parmi les cultures de rente, le cacao
et le café occupent une place historique. Le pays est l’un des principaux producteurs de cacao en
Afrique, avec une production concentrée dans les régions du Centre, du Sud et de l’Est. Le café,
bien que moins dominant qu’auparavant, reste cultivé dans les hauts plateaux de l’Ouest et du
Nord-Ouest. Ces filières ont un potentiel d’exportation important, mais souffrent d’un faible niveau
de transformation locale.

Du côté des cultures vivrières, le manioc, le maïs, le plantain, le riz, le mil, le sorgho et les
légumineuses (haricot, arachide) sont largement cultivés à travers le pays. Le manioc, en
particulier, est l’un des produits les plus consommés et cultivés, avec un fort potentiel de
transformation en farine, gari, tapioca ou amidon industriel. Le maïs est utilisé à la fois pour
l’alimentation humaine et animale, mais reste sous-exploité en termes de transformation
agroalimentaire. Ces produits pourraient jouer un rôle clé dans la réduction des importations
alimentaires.

Les fruits tropicaux tels que la banane, l’ananas, la papaye, la mangue et les agrumes sont
également abondants, mais leur conservation et leur transformation restent limitées. Cela entraîne
des pertes post-récolte importantes et une faible valorisation économique. L’huile de palme,
produite principalement dans les régions du Littoral et du Sud-Ouest, constitue une autre filière
stratégique, bien qu’elle soit concurrencée par les huiles importées. Le potentiel de transformation
locale dans ces filières est considérable.

Enfin, le secteur de l’élevage (bovins, volailles, porcs) et de la pêche complète le paysage


agricole. Ces filières offrent des opportunités pour la production de protéines animales, mais sont
confrontées à des défis liés à la santé animale, à la transformation des produits carnés et à la
structuration des marchés. Une meilleure valorisation de ces productions permettrait de diversifier
l’offre alimentaire, de créer des emplois et de renforcer la sécurité nutritionnelle.

c) Faible niveau de transformation locale

La transformation locale des produits agricoles au Cameroun demeure très limitée, malgré
l’abondance des matières premières disponibles. La majorité des produits agricoles sont
commercialisés à l’état brut, ce qui réduit considérablement leur valeur ajoutée. Cette situation
prive le pays d’opportunités économiques majeures, notamment en termes de création d’emplois,
de diversification des revenus agricoles et de réduction des importations. Elle freine également le
développement d’une industrie agroalimentaire compétitive capable de répondre aux besoins du
marché intérieur et régional.

Plusieurs facteurs expliquent cette faiblesse structurelle. D’abord, le manque


d’infrastructures adaptées constitue un obstacle majeur. Les unités de transformation sont rares,
souvent mal équipées, et concentrées dans les grands centres urbains. En milieu rural, les
producteurs n’ont pas accès à des équipements de base pour le séchage, le broyage, le
conditionnement ou la conservation des produits. Cette absence d’outils limite la capacité des
agriculteurs à valoriser leurs récoltes et à répondre aux exigences du marché en termes de qualité
et de normes.

Ensuite, le cadre institutionnel et réglementaire n’est pas suffisamment incitatif pour


stimuler l’investissement dans la transformation agroalimentaire. Les procédures administratives
sont complexes, les incitations fiscales peu connues ou mal appliquées, et les mécanismes de
soutien financier insuffisants. Les jeunes entrepreneurs, en particulier, rencontrent des difficultés
pour accéder aux financements, aux formations techniques et aux marchés. Cette situation
décourage l’innovation et freine l’émergence d’une nouvelle génération d’agro-transformateurs.

Enfin, le faible niveau de transformation locale a des conséquences directes sur la balance
commerciale du pays. Le Cameroun continue d’importer des produits transformés qu’il pourrait
produire localement, comme la farine de blé, les huiles végétales, les jus de fruits ou les produits
laitiers. Cette dépendance aux importations expose le pays aux fluctuations des prix mondiaux et
aux crises logistiques. En développant une agro-industrie locale dynamique, le Cameroun pourrait
non seulement renforcer sa souveraineté alimentaire, mais aussi créer des milliers d’emplois,
notamment pour les jeunes.

2. Dépendance aux importations alimentaires

Malgré son potentiel agricole, le Cameroun demeure fortement dépendant des importations
alimentaires pour satisfaire les besoins de sa population. Chaque année, le pays dépense des
milliards de francs CFA pour importer des produits tels que le riz, le blé, le lait en poudre, les huiles
végétales, les conserves et même certains fruits transformés. Cette dépendance chronique affaiblit
la souveraineté alimentaire nationale et expose le pays aux aléas du commerce international,
notamment aux hausses de prix, aux ruptures d’approvisionnement et aux crises géopolitiques.

Cette situation paradoxale s’explique en partie par le faible niveau de transformation locale
des produits agricoles. Par exemple, alors que le manioc et le maïs sont produits en abondance, ils
ne sont pas transformés à grande échelle pour remplacer la farine de blé ou le riz importé. De même,
l’huile de palme locale est concurrencée par des huiles végétales importées, souvent
subventionnées dans leurs pays d’origine. Le manque d’unités de transformation, de normes de
qualité, de logistique et de structuration des filières empêche les produits locaux de répondre
efficacement à la demande nationale.

La dépendance aux importations a des conséquences économiques et sociales importantes.


Elle creuse le déficit commercial, fragilise la monnaie nationale et limite les opportunités de
création d’emplois locaux. Elle contribue également à l’uniformisation des régimes alimentaires,
au détriment des produits traditionnels et de la biodiversité agricole. En période de crise, comme
lors de la pandémie de COVID-19 ou des conflits internationaux, cette dépendance devient un
facteur de vulnérabilité majeure pour la sécurité alimentaire du pays.

Pour inverser cette tendance, il est impératif de promouvoir la substitution des importations
par des produits locaux transformés. Cela nécessite une volonté politique forte, des investissements
ciblés dans les infrastructures agro-industrielles, des incitations fiscales pour les transformateurs,
et une sensibilisation des consommateurs à la qualité et à la valeur des produits locaux. En
valorisant ses ressources agricoles, le Cameroun peut réduire sa dépendance, renforcer sa résilience
économique et créer des emplois durables pour sa jeunesse.

a) Produits importés en masse (riz, blé, lait, huiles végétales…)

Le Cameroun importe chaque année des quantités massives de denrées alimentaires de base,
malgré la disponibilité de ressources agricoles locales pouvant servir d’alternatives. Le riz figure
parmi les produits les plus importés, avec des volumes dépassant les 500 000 tonnes par an. Il est
devenu un aliment de consommation courante dans les ménages urbains et ruraux, alors que des
cultures locales comme le manioc, le plantain ou le maïs pourraient jouer un rôle de substitution.
Cette préférence pour le riz importé est souvent liée à des habitudes alimentaires, à la facilité de
préparation et à la perception de qualité.

Le blé, utilisé principalement pour la fabrication du pain, des pâtes et des pâtisseries, est
également importé en grande quantité. Le Cameroun ne produit pas de blé à grande échelle en
raison de contraintes climatiques, mais il dispose de cultures alternatives comme le maïs, le sorgho
ou le manioc, qui peuvent être transformées en farines panifiables. Des initiatives locales ont
montré qu’il est possible de produire du pain à base de farine de manioc ou de maïs, mais ces
alternatives restent marginales faute de soutien institutionnel, de normalisation et de sensibilisation
des boulangers et des consommateurs.

Le lait en poudre constitue une autre importation massive, utilisée dans les ménages, les
écoles et les industries agroalimentaires. Pourtant, le Cameroun possède un potentiel important en
élevage bovin et caprin, notamment dans les régions du Nord et de l’Ouest. Le développement de
la filière laitière locale est freiné par le manque d’infrastructures de collecte, de transformation et
de conservation du lait frais. En l’absence de politiques incitatives et de structuration de la chaîne
de valeur, le lait local reste peu compétitif face au lait importé, souvent subventionné dans les pays
exportateurs.

Enfin, les huiles végétales importées, notamment l’huile de soja, de tournesol et de palme
raffinée, concurrencent fortement l’huile de palme produite localement. Bien que le Cameroun soit
un producteur important d’huile de palme brute, la transformation industrielle reste limitée, et la
qualité des produits locaux ne répond pas toujours aux normes exigées par les consommateurs
urbains. Pour réduire cette dépendance, il est essentiel de renforcer les capacités locales de
raffinage, d’améliorer la qualité des produits, et de promouvoir la consommation des huiles locales
à travers des campagnes de sensibilisation et des politiques d’achat public.

b) Conséquences économiques et sociales

La forte dépendance du Cameroun aux importations alimentaires a des répercussions


économiques majeures. Chaque année, le pays dépense plusieurs centaines de milliards de francs
CFA pour importer des denrées de base, ce qui creuse le déficit de la balance commerciale. Cette
situation fragilise la monnaie nationale et réduit les marges de manœuvre budgétaires de l’État. Les
ressources qui pourraient être investies dans les infrastructures agricoles, la formation ou
l’innovation sont détournées vers le financement des importations, souvent au détriment du
développement local.

Sur le plan industriel, cette dépendance freine l’émergence d’une agro-industrie nationale
capable de transformer les produits locaux. Les entreprises locales sont confrontées à une
concurrence déloyale des produits importés, souvent subventionnés dans leurs pays d’origine. Cela
décourage l’investissement privé dans le secteur agroalimentaire et limite la création d’emplois.
Les jeunes entrepreneurs, en particulier, peinent à trouver des débouchés pour leurs produits
transformés, faute de soutien institutionnel et de protection du marché intérieur.

Les conséquences sociales sont tout aussi préoccupantes. La dépendance aux importations
rend le pays vulnérable aux crises internationales, comme les conflits géopolitiques, les pandémies
ou les perturbations logistiques. En cas de rupture d’approvisionnement, les populations les plus
pauvres sont les premières touchées par la hausse des prix et la rareté des produits. Cette insécurité
alimentaire accentue les inégalités sociales et territoriales, en particulier dans les zones rurales
enclavées.

Enfin, cette situation affecte les dynamiques culturelles et nutritionnelles. La


consommation de produits importés tend à uniformiser les régimes alimentaires, au détriment des
produits locaux riches en nutriments et adaptés aux habitudes traditionnelles. Cela peut entraîner
des déséquilibres nutritionnels, notamment chez les enfants et les femmes enceintes. Promouvoir
la valorisation des produits locaux permettrait non seulement de renforcer l’économie nationale,
mais aussi de préserver la diversité alimentaire et de favoriser une meilleure santé publique.

c) Vulnérabilité face aux crises mondiales

La dépendance du Cameroun aux importations alimentaires expose le pays à une forte


vulnérabilité face aux crises mondiales. En période de perturbations internationales — qu’il
s’agisse de conflits armés, de pandémies, de crises énergétiques ou de catastrophes climatiques —
les chaînes d’approvisionnement sont souvent ralenties, voire interrompues. Cela entraîne une
hausse des prix des denrées importées, une rareté des produits sur les marchés locaux et une
pression accrue sur les ménages, en particulier les plus modestes.

La pandémie de COVID-19 a illustré cette fragilité de manière flagrante. Les restrictions


de transport, la fermeture des frontières et les ralentissements logistiques ont provoqué des pénuries
temporaires de certains produits alimentaires importés, notamment le riz, le blé et le lait en poudre.
Cette situation a mis en évidence le manque de résilience du système alimentaire camerounais, qui
dépend trop fortement de l’extérieur pour nourrir sa population. Elle a également révélé l’urgence
de développer des alternatives locales capables de répondre aux besoins internes en temps de crise.

Les conflits internationaux, comme la guerre en Ukraine, ont également eu des


répercussions sur les prix mondiaux du blé, des engrais et des huiles végétales. Ces hausses se
répercutent directement sur les marchés camerounais, où les produits importés deviennent
inaccessibles pour une partie de la population. Cette dépendance crée une instabilité économique
et sociale, qui peut alimenter le mécontentement populaire, fragiliser la cohésion nationale et
ralentir les efforts de développement.

Pour renforcer la résilience du pays face aux crises mondiales, il est impératif de
promouvoir la production et la transformation locales. Cela implique de soutenir les filières
agricoles stratégiques, d’investir dans les infrastructures agro-industrielles, de diversifier les
sources d’approvisionnement et de sensibiliser les consommateurs à l’importance de la
souveraineté alimentaire. En valorisant ses ressources internes, le Cameroun peut réduire son
exposition aux chocs extérieurs et construire un système alimentaire plus robuste et équitable.

3. Chômage et sous-emploi des jeunes

Le chômage des jeunes au Cameroun est une problématique persistante qui freine le
développement socio-économique du pays. Selon les statistiques nationales, le taux de chômage
chez les jeunes de 15 à 35 ans est nettement supérieur à la moyenne nationale, atteignant parfois
plus de 20 % dans les zones urbaines. En milieu rural, le phénomène prend la forme de sous-emploi,
avec des jeunes engagés dans des activités informelles, peu rémunératrices et sans perspectives de
progression. Cette situation alimente le découragement, l’exode rural et le désintérêt croissant pour
les secteurs productifs comme l’agriculture.

Le secteur agricole, bien qu’employeur majeur, reste peu attractif pour la jeunesse. Il est
souvent perçu comme archaïque, pénible et réservé aux populations âgées. Cette perception est
renforcée par le manque de modèles de réussite visibles, l’absence de mécanismes
d’accompagnement adaptés et la faible valorisation des métiers agricoles dans les politiques
publiques. Les jeunes sont rarement intégrés dans les programmes de développement rural, et
lorsqu’ils le sont, les dispositifs sont souvent inadaptés à leurs besoins spécifiques en matière de
formation, de financement et d’innovation.

Pourtant, l’agro-industrie offre un potentiel considérable pour l’insertion professionnelle


des jeunes. Elle englobe une diversité de métiers allant de la production à la transformation, en
passant par la logistique, le marketing, la gestion et la technologie. En valorisant les produits
agricoles locaux, le Cameroun pourrait créer des milliers d’emplois directs et indirects, notamment
dans les zones rurales. Les jeunes, grâce à leur dynamisme, leur créativité et leur maîtrise des outils
numériques, peuvent jouer un rôle moteur dans cette transformation du secteur agricole en un levier
de croissance inclusive.

Il est donc urgent de repenser les politiques d’emploi et de développement agricole en


intégrant pleinement la jeunesse. Cela passe par la mise en place de centres de formation
spécialisés, le développement d’incubateurs agroalimentaires, l’accès facilité au financement et la
promotion de l’entrepreneuriat jeune. En faisant de l’agro-industrie un secteur moderne, innovant
et rentable, le Cameroun peut transformer le défi du chômage des jeunes en une opportunité de
développement durable et équitable.

a) Statistiques sur le chômage des jeunes

Le chômage des jeunes au Cameroun est une problématique structurelle qui affecte
gravement la stabilité sociale et le potentiel économique du pays. Selon les données de l’Institut
National de la Statistique (INS) et des enquêtes emploi, le taux de chômage chez les jeunes de 15
à 35 ans est significativement plus élevé que celui des autres tranches d’âge. En milieu urbain, ce
taux peut dépasser 20 %, tandis qu’en milieu rural, le phénomène prend la forme de sous-emploi
déguisé, avec des jeunes engagés dans des activités informelles, précaires et peu productives.

Le tableau ci-dessous présente une synthèse des statistiques clés sur le chômage des jeunes
au Cameroun :

Tableau 1 : Synthèse des statistiques clés sur le chômage des jeunes au Cameroun
Indicateur Valeur (2024)
Taux de chômage des jeunes (15–24 ans) 6,2 %
Taux d’emploi des jeunes (15–34 ans) 39,3 %
Taux d’emploi des jeunes hommes 47,2 %
Taux d’emploi des jeunes femmes 31,3 %
Part des jeunes dans le secteur informel 86,6 %

Source : Banque mondiale

Ces chiffres traduisent une inadéquation entre la formation reçue et les besoins du marché,
ainsi qu’un manque de débouchés dans les secteurs formels. Le secteur agricole, bien qu’employeur
majeur, reste sous-exploité comme levier d’insertion pour les jeunes. Les politiques publiques
peinent à intégrer durablement la jeunesse dans les stratégies de développement économique, et les
programmes d’emploi sont souvent ponctuels, mal ciblés ou insuffisamment financés.
Il est également important de noter que le chômage des jeunes ne se limite pas à l’absence
d’emploi, mais inclut aussi le phénomène du "travail invisible" : de nombreux jeunes travaillent
sans contrat, sans protection sociale, et dans des conditions informelles. Cette précarité limite leur
capacité à investir, à se projeter dans l’avenir et à contribuer pleinement à l’économie nationale.
Elle alimente aussi le sentiment d’exclusion et le désengagement civique.

Face à cette réalité, la valorisation des produits agricoles locaux et le développement de


l’agro-industrie représentent une opportunité stratégique. En structurant les filières agricoles, en
créant des unités de transformation accessibles et en soutenant l’entrepreneuriat jeune, le Cameroun
peut transformer son potentiel agricole en moteur d’insertion professionnelle. Les statistiques
doivent servir non seulement à diagnostiquer, mais aussi à orienter les politiques vers des solutions
durables et inclusives.

b) Faible attractivité du secteur agricole

Le secteur agricole joue un rôle central dans l’économie camerounaise, mais il attire peu
les jeunes. Malgré sa contribution importante au PIB et à l’emploi national, il est souvent perçu
comme un secteur difficile, peu rentable et réservé aux populations rurales. Les jeunes préfèrent se
tourner vers des activités urbaines ou informelles, laissant l’agriculture aux générations plus âgées.
Cette tendance limite le renouvellement des compétences et freine l’innovation dans le secteur.

Plusieurs facteurs expliquent cette faible attractivité. Les exploitations agricoles sont
généralement de petite taille, avec un accès limité aux financements, aux équipements modernes et
aux infrastructures de transformation. Les revenus sont instables, et les conditions de travail
souvent pénibles. De plus, le manque de valorisation sociale du métier d’agriculteur renforce le
désintérêt des jeunes pour ce domaine, malgré son potentiel économique.

Pourtant, l’agriculture peut devenir un secteur porteur si elle est mieux structurée et
modernisée. La transformation locale des produits agricoles, comme le manioc, le maïs ou les
fruits, peut créer des emplois dans la chaîne de valeur agroalimentaire. En développant des filières
organisées et en facilitant l’accès au marché, on peut rendre l’agriculture plus rentable et plus
attractive pour les jeunes.
Il est donc essentiel de mettre en place des politiques incitatives : formations techniques,
accès au crédit, accompagnement entrepreneurial et promotion de l’agriculture comme secteur
d’avenir. En valorisant les produits locaux et en intégrant les jeunes dans les projets agro-
industriels, le Cameroun peut transformer son agriculture en moteur de croissance et de création
d’emplois durables.

Tableau 2 : La faible attractivité du secteur agricole au Cameroun


Facteurs de désintérêt Conséquences Leviers d’amélioration
Faible rentabilité et revenus Désengagement des jeunes Subventions ciblées et accès
instables au crédit
Manque d’équipements et de Productivité faible Mécanisation adaptée aux
technologies modernes petites exploitations
Absence d’infrastructures de Perte de valeur ajoutée Développement de mini-
transformation unités agro-industrielles
Faible valorisation sociale du Image négative du secteur Campagnes de sensibilisation
métier d’agriculteur et revalorisation
Difficulté d’accès au marché Découragement Structuration des filières et
entrepreneurial appui à la commercialisation
Source : Institut National de la Statistique (INS)

c) Manque de formation et d’opportunités dans la chaîne de valeur

Le manque de formation dans le secteur agricole au Cameroun constitue un frein majeur à


la valorisation des chaînes de valeur. De nombreux jeunes engagés dans l’agriculture n’ont pas
accès à des formations techniques adaptées aux exigences de la production, de la transformation et
de la commercialisation. Cette situation limite leur capacité à innover, à améliorer la qualité des
produits et à répondre aux normes du marché.

Les filières de formation professionnelle restent peu développées dans les domaines liés à
l’agro-industrie. Selon le Rapport sectoriel de l’Éducation et de la Formation (2022), il existe une
inadéquation entre les compétences enseignées et les besoins réels du secteur agricole. Les
établissements de formation ne disposent pas toujours des équipements nécessaires ni de
programmes actualisés pour accompagner les évolutions du secteur.

La Stratégie nationale de développement du secteur Éducation-Formation 2023–2030


(SND30) reconnaît cette faiblesse et propose de renforcer les parcours de formation technique et
professionnelle dans les secteurs porteurs, notamment l’agriculture. Elle insiste sur la nécessité de
créer des passerelles entre la formation et l’emploi, en particulier pour les jeunes, afin de favoriser
leur insertion dans les chaînes de valeur agroalimentaires.

Par ailleurs, les opportunités économiques dans les chaînes de valeur agricoles restent
limitées. Une analyse menée par CAFI Cameroun montre que les jeunes ont peu d’accès aux
infrastructures de transformation, aux financements et aux marchés. Cette situation freine leur
engagement durable dans le secteur et réduit l’attractivité de l’agriculture comme voie d’emploi.

En résumé, le manque de formation adaptée et la faiblesse des opportunités dans les chaînes
de valeur agricoles contribuent à la précarité des jeunes dans le secteur. Pour inverser cette
tendance, il est essentiel de développer des filières de formation ciblées, de renforcer les capacités
techniques et de structurer des mécanismes d’appui à l’entrepreneuriat agricole.

4. Enjeux stratégiques

La valorisation des produits agricoles locaux représente un levier stratégique pour réduire
la dépendance aux importations alimentaires et renforcer la souveraineté économique du
Cameroun. En développant des filières de transformation locale, le pays peut améliorer la
compétitivité de ses produits, créer de la valeur ajoutée et stimuler la croissance inclusive,
notamment en milieu rural.

Ce processus est également essentiel pour favoriser l’emploi des jeunes. En structurant les
chaînes de valeur agricoles et en soutenant l’entrepreneuriat dans l’agro-industrie, le Cameroun
peut offrir des opportunités économiques durables à une population jeune en quête d’insertion
professionnelle. Cela nécessite des politiques cohérentes, des investissements ciblés et un
accompagnement technique adapté.

Enfin, la valorisation des produits agricoles s’inscrit dans une logique de développement
territorial et de résilience face aux chocs extérieurs. Elle permet de renforcer les capacités locales,
de dynamiser les économies régionales et de mieux intégrer les producteurs dans les marchés
nationaux et internationaux. C’est un enjeu transversal qui touche à la fois l’agriculture, l’industrie,
l’emploi et la sécurité alimentaire.

a) Souveraineté alimentaire

La souveraineté alimentaire désigne la capacité d’un pays à produire, transformer et


consommer ses propres ressources agricoles de manière durable. Au Cameroun, elle est encore
fragile en raison de la forte dépendance aux importations de produits alimentaires, notamment le
riz, le blé, le poisson et le lait. Cette situation expose le pays aux fluctuations des marchés
internationaux et aux risques de pénurie.

Pour renforcer cette souveraineté, il est essentiel de soutenir la production locale en


améliorant l’accès aux intrants, aux équipements agricoles et aux infrastructures de stockage et de
transformation. Cela permettrait d’augmenter les rendements, de limiter les pertes post-récolte et
de rendre les produits locaux plus compétitifs sur le marché national.

La souveraineté alimentaire passe aussi par la valorisation des produits agricoles locaux.
En développant des filières de transformation adaptées aux besoins des consommateurs, le
Cameroun peut réduire sa dépendance aux produits importés tout en créant des emplois, notamment
pour les jeunes. Cela nécessite une meilleure coordination entre les acteurs publics, privés et
communautaires.

Enfin, la sensibilisation des populations à la consommation des produits locaux est un


facteur clé. Promouvoir les habitudes alimentaires basées sur les ressources nationales contribue à
renforcer l’économie locale, à préserver les savoir-faire traditionnels et à garantir une alimentation
plus saine et plus accessible pour tous.
 Industrialisation rurale

L’industrialisation rurale vise à transformer les zones agricoles en pôles de production et


de transformation, capables de générer de la valeur ajoutée localement. Au Cameroun, cette
approche est essentielle pour dynamiser les économies rurales, réduire la pauvreté et créer des
emplois durables, notamment pour les jeunes. Elle repose sur le développement d’infrastructures
adaptées, l’accès à l’énergie, et la mise en place de petites unités agro-industrielles.

Le gouvernement camerounais, à travers le Plan National d’Investissement Agricole (PNIA


2020–2030), encourage la modernisation des moyens de production et la transformation locale des
produits agricoles. Cette stratégie vise à réduire la dépendance aux importations, à renforcer la
sécurité alimentaire et à stimuler la croissance inclusive. Elle s’appuie sur des partenariats publics-
privés et sur le soutien aux coopératives rurales.

L’industrialisation rurale permet également de mieux structurer les chaînes de valeur


agricoles. En facilitant l’accès aux équipements, aux financements et aux marchés, elle améliore la
compétitivité des produits locaux et favorise l’émergence d’un tissu économique rural plus
résilient. Des entreprises comme SODECOTON ou SEMRY jouent déjà un rôle clé dans cette
dynamique, en encadrant des milliers de producteurs.

Enfin, cette transformation ne peut réussir sans un accompagnement technique et une


formation adaptée des acteurs ruraux. Il est crucial de renforcer les capacités locales, de promouvoir
l’innovation et de faciliter l’insertion des jeunes dans les métiers de l’agro-industrie.
L’industrialisation rurale est donc un pilier stratégique pour bâtir un développement territorial
équilibré et durable.

 Inclusion socio-économique des jeunes

L’inclusion socio-économique des jeunes est un enjeu majeur pour le développement du


Cameroun. Les jeunes représentent plus de 60 % de la population, mais restent parmi les plus
touchés par le chômage et l’exclusion économique. Cette situation limite leur contribution au
progrès national et accentue les inégalités sociales, en particulier en milieu rural et urbain précaire.
Pour répondre à ce défi, le gouvernement camerounais a mis en place plusieurs
programmes, dont le Plan Triennal Spécial-Jeunes et le Fonds de Garantie aux Jeunes
Entrepreneurs (FOGAJEUNE). Ces initiatives visent à accompagner les jeunes dans la création
d’activités génératrices de revenus, à travers des formations, des financements et un appui
technique. Des partenariats avec des ONG et des entreprises renforcent cette dynamique.

Des projets comme le Programme d’Inclusion Économique des Jeunes (Pfs-Aie), soutenu
par la Banque mondiale, ciblent spécifiquement les jeunes du secteur informel. En 2024, plus de
15 000 jeunes ont bénéficié d’un accompagnement personnalisé et d’une subvention de 275 000
FCFA pour développer leurs activités. Ce programme prévoit d’atteindre 65 000 jeunes d’ici 2028,
dans toutes les régions du pays.

L’inclusion des jeunes ne se limite pas à l’accès au financement. Elle implique aussi le
renforcement des compétences, la simplification des démarches administratives et la création d’un
environnement favorable à l’entrepreneuriat. En investissant dans la jeunesse, le Cameroun pose
les bases d’une croissance plus équitable, durable et inclusive.
CHAPITRE II : STRATEGIES DE VALORISATION DES PRODUITS AGRICOLES
LOCAUX

I. Transformation agroalimentaire locale

La transformation agroalimentaire locale consiste à convertir les produits agricoles bruts en


produits finis ou semi-finis directement sur le territoire national. Au Cameroun, cette pratique reste
encore limitée, malgré le potentiel agricole du pays. La majorité des produits comme le cacao, le
café, le maïs ou le manioc sont vendus à l’état brut, ce qui réduit leur valeur ajoutée et les
opportunités économiques pour les producteurs locaux.

Pour remédier à cette situation, plusieurs entreprises et initiatives commencent à émerger,


notamment dans les grandes villes comme Yaoundé et Douala. Des équipements de transformation
tels que des moulins, des pressoirs et des séchoirs sont désormais fabriqués localement, facilitant
la transformation des céréales, des huiles végétales et des produits vivriers. Cette dynamique
encourage l’industrialisation rurale et la création d’emplois dans les zones agricoles.

La transformation locale est également stratégique pour renforcer la sécurité alimentaire et


réduire la dépendance aux importations. En valorisant les produits locaux, le Cameroun peut mieux
répondre aux besoins de sa population tout en stimulant l’économie nationale. La Zone de libre-
échange continentale africaine (ZLECA) offre en plus une opportunité d’exporter ces produits
transformés vers d’autres pays africains sans barrières douanières.

Enfin, pour que cette transformation devienne un moteur de développement, il est


nécessaire d’investir dans la formation technique, l’accès au financement et l’amélioration des
infrastructures. Le soutien aux jeunes entrepreneurs et aux coopératives agricoles est essentiel pour
structurer des filières agroalimentaires compétitives et durables à l’échelle locale et régionale.
1. Création de petites unités de transformation

La création de petites unités de transformation agroalimentaire est une stratégie clé pour
valoriser les produits agricoles locaux et renforcer l’économie rurale. Ces unités permettent de
transformer sur place des matières premières comme le manioc, le maïs, le cacao ou les fruits,
réduisant ainsi les pertes post-récolte et augmentant la valeur ajoutée. Elles sont particulièrement
adaptées aux zones rurales, où les grandes industries sont peu présentes.

Le tissu entrepreneurial camerounais est composé à plus de 79 % de Très Petites Entreprises


(TPE), souvent informelles et artisanales. Ces structures jouent un rôle essentiel dans la
transformation locale, mais elles manquent souvent d’équipements modernes, de financements
adaptés et de formation technique. Le gouvernement, à travers la SND30 et le Plan
d’industrialisation, encourage leur structuration et leur formalisation.

Les petites unités de transformation contribuent aussi à l’inclusion économique des jeunes
et des femmes. En facilitant l’accès à des activités génératrices de revenus dans les chaînes de
valeur agricoles, elles permettent de créer des emplois durables et de renforcer la résilience des
communautés rurales. Des programmes comme le FOGAPE et le Plan Triennal Spécial-Jeunes
soutiennent cette dynamique.

En 2022, les PME ont contribué à hauteur de 4,45 % à la densification du tissu industriel
national, selon le rapport statistique du Ministère des PME. Cette progression montre l’importance
croissante des petites unités dans l’économie locale, mais souligne aussi la nécessité d’un
accompagnement renforcé pour améliorer leur compétitivité et leur impact.

Pour assurer leur durabilité, il est essentiel de faciliter l’accès à l’énergie, aux
infrastructures de transport, aux équipements de transformation et aux marchés. La mise en réseau
des acteurs locaux, le développement de pôles agro-industriels et la simplification des démarches
administratives sont des leviers importants pour accélérer leur développement.

Enfin, la réussite de ces unités repose sur une approche intégrée : formation technique,
appui institutionnel, innovation locale et partenariats public-privé. En investissant dans ces
structures, le Cameroun peut bâtir une agro-industrie inclusive, compétitive et capable de répondre
aux besoins alimentaires du pays tout en stimulant la croissance rurale.

2. Exemples de produits à fort potentiel : manioc (farine, gari), maïs (semoule, huile),
fruits (jus, confitures)

Le Cameroun possède une base agricole diversifiée qui offre des opportunités majeures
pour la transformation locale. Dans un contexte de dépendance aux importations alimentaires et de
chômage des jeunes, la valorisation de produits tels que le manioc, le maïs et les fruits tropicaux
représente une stratégie pertinente pour stimuler l’économie nationale, renforcer la sécurité
alimentaire et créer des emplois durables.

Le manioc est cultivé dans toutes les régions agroécologiques du pays et constitue un
aliment de base pour des millions de ménages. Sa transformation en farine panifiable, gari, bobolo,
bâtons de manioc ou amidon industriel permet de diversifier les débouchés. Le gari, par exemple,
est très prisé dans les marchés urbains et peut être exporté vers la diaspora africaine. La farine de
manioc, quant à elle, peut partiellement remplacer la farine de blé dans la boulangerie, réduisant
ainsi les importations.

Le maïs est également un produit stratégique, utilisé dans l’alimentation humaine, animale
et industrielle. Il peut être transformé en semoule, farine, huile végétale, gritz, ou encore en
biocarburant. Le Projet PIDMA a permis de structurer des coopératives de producteurs de maïs,
d’installer des unités de transformation semi-industrielles et de renforcer les capacités techniques
des jeunes entrepreneurs. Ces efforts ont contribué à améliorer la qualité des produits finis et à
accroître leur compétitivité sur le marché.

Les fruits tropicaux tels que la mangue, l’ananas, la papaye, la goyave et le safou sont
abondants dans plusieurs régions du Cameroun. Leur transformation en jus naturels, confitures,
compotes, nectars, poudres de fruits ou fruits séchés permet de répondre à une demande croissante
pour des produits sains et locaux. Ces produits peuvent facilement remplacer les boissons sucrées
importées, tout en offrant une meilleure valeur nutritionnelle.
La transformation locale de ces produits agricoles présente plusieurs avantages
économiques. Elle permet de réduire les pertes post-récolte, qui peuvent atteindre jusqu’à 30 %
pour certains fruits, selon les données du MINADER. Elle favorise également la création de
chaînes de valeur inclusives, impliquant les producteurs, les transformateurs, les commerçants et
les consommateurs. Cela renforce les économies locales et stimule l’entrepreneuriat rural.

Sur le plan social, la valorisation agroalimentaire est un levier puissant pour l’insertion
professionnelle des jeunes. En développant des unités de transformation à petite et moyenne
échelle, il est possible de créer des milliers d’emplois dans les zones rurales et périurbaines. Des
programmes comme le PAJER-U ou le PEA-Jeunes ont déjà démontré le potentiel de l’agro-
industrie comme moteur d’emploi et de développement local.

D’un point de vue stratégique, la transformation de produits comme le manioc, le maïs et


les fruits s’inscrit dans les priorités du Plan National de Développement 2020–2030 (PNDP) et de
la Stratégie Nationale de Développement 2020–2030 (SND30). Elle contribue à l’atteinte des
objectifs de souveraineté alimentaire, de réduction de la pauvreté et de promotion du « made in
Cameroon ». Elle peut également renforcer la résilience du pays face aux chocs extérieurs,
notamment les fluctuations des prix mondiaux.

En somme, le manioc, le maïs et les fruits tropicaux sont des piliers de la transformation
agroalimentaire au Cameroun. Leur valorisation locale offre des perspectives concrètes pour
réduire les importations, créer de la richesse, favoriser l’emploi des jeunes et renforcer la sécurité
alimentaire. Il est donc essentiel de soutenir les initiatives locales, d’améliorer l’accès au
financement et de renforcer les capacités techniques pour faire de ces filières des moteurs du
développement national.

II. Développement des chaînes de valeur

Le développement des chaînes de valeur agroalimentaires au Cameroun constitue un levier


stratégique pour dynamiser l’économie rurale, renforcer la compétitivité des produits locaux et
favoriser l’insertion socio-économique des jeunes. En structurant les filières autour de produits à
fort potentiel comme le manioc, le maïs et les fruits tropicaux, il devient possible d’améliorer la
productivité, la qualité et la traçabilité des produits, tout en créant des synergies entre producteurs,
transformateurs, distributeurs et consommateurs. Cette approche intégrée permet de réduire les
pertes post-récolte, d’augmenter la valeur ajoutée locale, de stimuler l’innovation technologique et
de faciliter l’accès aux marchés nationaux et internationaux. Elle s’inscrit pleinement dans les
orientations de la Stratégie Nationale de Développement 2020–2030 (SND30), qui vise à
promouvoir une agro-industrie inclusive, durable et compétitive, capable de répondre aux défis de
la sécurité alimentaire, de la réduction des importations et de la création d’emplois décents pour
les jeunes.

1. Structuration des filières agricoles

La structuration des filières agricoles est une étape essentielle pour renforcer la performance
du secteur agroalimentaire au Cameroun. Elle consiste à organiser de manière cohérente et
fonctionnelle les différents maillons de la chaîne — production, transformation, commercialisation
et distribution — afin d’assurer une meilleure coordination entre les acteurs. Cette structuration
permet de formaliser les relations entre producteurs, coopératives, transformateurs, logisticiens et
distributeurs, tout en facilitant l’accès aux intrants, aux équipements, aux financements et aux
marchés. Elle contribue également à améliorer la qualité des produits, à réduire les pertes post-
récolte et à garantir une traçabilité conforme aux normes.

Dans le contexte camerounais, plusieurs initiatives ont été mises en œuvre pour structurer
les filières agricoles prioritaires, notamment celles du manioc, du maïs, du plantain, du cacao et
des fruits tropicaux. Des projets tels que le PIDMA, le PEA-Jeunes et le Programme de Relance de
la Production Locale ont permis de regrouper les producteurs en coopératives, de renforcer leurs
capacités techniques et de faciliter l’installation d’unités de transformation. Ces efforts ont
également favorisé l’émergence de pôles agro-industriels régionaux, capables de dynamiser les
économies locales et de créer des emplois pour les jeunes et les femmes.

Cependant, pour que la structuration des filières agricoles soit pleinement efficace, elle doit
s’accompagner de politiques publiques cohérentes, d’un cadre réglementaire incitatif et d’un appui
technique continu. Il est crucial de renforcer les mécanismes de gouvernance des filières,
d’améliorer l’accès au financement adapté, et de promouvoir des partenariats public-privé autour
des chaînes de valeur stratégiques. Une structuration réussie permet non seulement de valoriser les
produits locaux, mais aussi de positionner le Cameroun comme un acteur compétitif dans le
commerce agroalimentaire régional et international.

2. Rôle des coopératives et des PME

Les coopératives agricoles et les petites et moyennes entreprises (PME) jouent un rôle
central dans la structuration et la dynamisation des chaînes de valeur agroalimentaires. Elles
permettent de regrouper les producteurs, mutualiser les ressources, faciliter l’accès aux intrants,
aux équipements et aux financements, tout en renforçant le pouvoir de négociation sur les marchés.
En agissant comme interface entre les producteurs et les autres maillons de la filière, les
coopératives assurent une meilleure coordination des activités, une diffusion plus efficace des
innovations techniques et une amélioration de la qualité des produits transformés.

Au Cameroun, plusieurs programmes publics et partenariats internationaux ont soutenu la


montée en puissance des coopératives et des PME agroalimentaires. Le PIDMA, par exemple, a
permis de structurer plus de 300 coopératives autour des filières maïs, manioc et sorgho, en leur
fournissant des équipements de transformation, des formations techniques et un appui à la gestion.
De même, le PEA-Jeunes a favorisé l’émergence de PME dirigées par des jeunes dans les secteurs
de la transformation agroalimentaire, du conditionnement et de la logistique. Ces initiatives ont
contribué à créer des emplois, à améliorer les revenus ruraux et à renforcer la résilience des
communautés face aux chocs économiques.

Pour maximiser leur impact, les coopératives et PME doivent bénéficier d’un
environnement favorable : accès facilité au crédit, accompagnement technique, simplification des
procédures administratives et intégration dans les politiques de développement local. Leur rôle
dépasse la simple production : elles sont des vecteurs de transformation économique, sociale et
territoriale. En soutenant leur développement, le Cameroun peut accélérer la transition vers une
agro-industrie inclusive, compétitive et durable, capable de répondre aux besoins du marché tout
en valorisant les ressources locales.
3. Intégration des jeunes dans les maillons de production, transformation et
commercialisation

L’intégration des jeunes dans les différents maillons des chaînes de valeur agricoles —
production, transformation et commercialisation — est une priorité stratégique pour répondre aux
défis du chômage, de l’exode rural et de la dépendance alimentaire. En les impliquant activement
dans les activités agricoles modernes, les jeunes peuvent devenir des acteurs clés de la transition
agro-industrielle du Cameroun. Des programmes tels que le PEA-Jeunes, le PAJER-U ou le Plan
Triennal Spécial Jeunes ont démontré que les jeunes, lorsqu’ils sont bien formés et accompagnés,
peuvent exceller dans la gestion de fermes, d’unités de transformation, de plateformes logistiques
ou de services numériques liés à l’agriculture. Leur dynamisme, leur capacité d’innovation et leur
maîtrise des outils technologiques constituent des atouts majeurs pour moderniser les filières.

Cependant, pour que cette intégration soit durable et inclusive, il est essentiel de lever les
barrières structurelles qui freinent l’accès des jeunes aux ressources productives : foncier,
financement, équipements, formation technique et marchés. Il faut également promouvoir des
modèles économiques adaptés à leurs réalités, tels que les coopératives de jeunes, les incubateurs
agroalimentaires, les partenariats public-privé et les plateformes digitales de mise en relation. En
renforçant l’ancrage des jeunes dans les chaînes de valeur agricoles, le Cameroun peut non
seulement créer des milliers d’emplois décents, mais aussi bâtir une nouvelle génération
d’entrepreneurs ruraux capables de porter la transformation économique du pays.

III. Innovation et technologies agricoles

L’innovation et les technologies agricoles jouent un rôle déterminant dans la modernisation


des chaînes de valeur au Cameroun, en améliorant la productivité, la qualité des produits et
l’efficacité des processus de transformation et de commercialisation. L’introduction de semences
améliorées, de systèmes d’irrigation intelligents, de plateformes numériques de gestion agricole,
ainsi que de machines de transformation adaptées aux réalités locales permet de réduire les pertes
post-récolte, d’optimiser les rendements et de faciliter l’accès aux marchés. Des initiatives telles
que les agri-techs portées par des jeunes entrepreneurs, les incubateurs agricoles et les partenariats
avec les centres de recherche (IRAD, IITA) contribuent à diffuser ces innovations dans les zones
rurales. Pour maximiser leur impact, il est essentiel de renforcer les capacités techniques des
producteurs, de faciliter l’accès aux équipements et de promouvoir un cadre réglementaire
favorable à l’adoption des technologies. L’innovation agricole, bien intégrée, peut ainsi devenir un
catalyseur de transformation économique, sociale et environnementale.

1. Utilisation des TIC pour la traçabilité, la gestion des stocks et la vente

L’intégration des technologies de l’information et de la communication (TIC) dans les


chaînes de valeur agricoles transforme profondément les modes de production, de gestion et de
commercialisation. En matière de traçabilité, les TIC permettent de suivre le parcours des produits
depuis la parcelle jusqu’au point de vente, garantissant ainsi la transparence, la qualité et la
conformité aux normes sanitaires. Des outils comme les QR codes, les plateformes mobiles de suivi
des récoltes ou les bases de données agricoles facilitent l’identification des lots, la certification des
produits et la lutte contre la fraude. Cette traçabilité est particulièrement cruciale pour les produits
transformés destinés à l’exportation ou aux marchés urbains exigeants.

Pour la gestion des stocks, les TIC offrent des solutions efficaces permettant de suivre en
temps réel les niveaux de production, les entrées et sorties de marchandises, et les besoins en
réapprovisionnement. Des logiciels de gestion intégrée, accessibles via smartphone ou ordinateur,
permettent aux coopératives, PME et unités de transformation de mieux planifier leurs activités,
d’éviter les ruptures de stock et de réduire les pertes liées à une mauvaise conservation. Ces outils
contribuent également à améliorer la logistique, à optimiser les coûts et à renforcer la compétitivité
des acteurs locaux.

Les TIC facilitent la vente des produits agricoles grâce à des plateformes numériques de
mise en relation entre producteurs, transformateurs et consommateurs. Des applications mobiles,
des Marketplace agricoles et des réseaux sociaux sont utilisés pour promouvoir les produits,
recevoir des commandes, gérer les paiements et organiser les livraisons. Cette digitalisation du
commerce agricole permet d’élargir les débouchés, de réduire les intermédiaires et d’augmenter
les marges bénéficiaires des producteurs. Elle constitue une opportunité majeure pour les jeunes
entrepreneurs, qui peuvent ainsi développer des modèles économiques innovants et inclusifs,
adaptés aux réalités locales.

2. Machines adaptées à petite échelle pour la transformation

Le développement de machines adaptées à petite échelle constitue une solution pragmatique


pour renforcer la transformation locale des produits agricoles au Cameroun, notamment dans les
zones rurales et périurbaines. Ces équipements, souvent conçus pour être simples d’utilisation, peu
coûteux et facilement réparables, permettent aux coopératives, aux PME et aux jeunes
entrepreneurs de valoriser des produits comme le manioc, le maïs, les fruits et les tubercules sans
recourir à des installations industrielles lourdes. Par exemple, les râpeuses de manioc, les presses
à gari, les moulins à maïs, les extracteurs de jus ou les séchoirs solaires sont largement utilisés pour
améliorer la qualité des produits finis tout en réduisant les pertes post-récolte.

L’utilisation de ces machines favorise également la création d’emplois locaux et le


développement de micro-entreprises agroalimentaires. En facilitant l’accès à la transformation,
elles permettent aux producteurs de diversifier leurs activités, d’augmenter leurs revenus et de
mieux répondre à la demande croissante en produits transformés sur les marchés urbains. Plusieurs
programmes publics et privés, tels que le PEA-Jeunes, le PAJER-U ou les projets soutenus par
l’IRAD et l’IFAD, ont encouragé l’acquisition de ces équipements par des jeunes et des
groupements agricoles, souvent avec un appui en formation technique et en gestion.

Cependant, pour maximiser l’impact de ces machines à petite échelle, il est essentiel de
renforcer les capacités locales de fabrication, d’entretien et de diffusion. Le soutien aux artisans
locaux, aux ateliers de mécanique rurale et aux centres de formation technique peut permettre de
développer une offre nationale d’équipements adaptés, réduisant ainsi la dépendance aux
importations. De plus, l’intégration de technologies simples mais efficaces — comme les moteurs
à faible consommation, les capteurs de température ou les systèmes de contrôle de qualité — peut
améliorer la performance de ces machines tout en restant accessible aux petits transformateurs.
Cette approche contribue à bâtir une agro-industrie inclusive, résiliente et ancrée dans les réalités
locales.
3. Plateformes numériques pour relier producteurs et consommateurs

Les plateformes numériques représentent un levier puissant pour améliorer la connexion


entre producteurs agricoles et consommateurs, en réduisant les intermédiaires et en facilitant
l’accès aux marchés. Grâce à des applications mobiles, des sites web spécialisés et des réseaux
sociaux, les producteurs peuvent désormais présenter leurs produits, gérer les commandes,
organiser les livraisons et recevoir des paiements de manière sécurisée. Cette digitalisation du
commerce agricole permet de valoriser les produits locaux, d’augmenter les marges bénéficiaires
des producteurs et de répondre plus efficacement aux attentes des consommateurs urbains en
matière de qualité, de traçabilité et de disponibilité.

Au Cameroun, plusieurs initiatives ont vu le jour pour promouvoir ces plateformes,


notamment AgriTechHub, AgriMarket, Buyam, ou encore des groupes WhatsApp et Facebook
dédiés à la vente directe de produits agricoles. Ces outils sont particulièrement prisés par les jeunes
entrepreneurs, qui y voient une opportunité de développer des modèles économiques innovants,
flexibles et adaptés aux réalités locales. En plus de la vente, certaines plateformes intègrent des
fonctionnalités de géolocalisation, de gestion des stocks, de suivi des prix du marché et de
formation en ligne, renforçant ainsi les capacités des producteurs et leur autonomie commerciale.

L’impact de ces plateformes est particulièrement visible dans les filières de produits
périssables comme les fruits, les légumes, le poisson ou les produits transformés (jus, farine, gari).
En facilitant la mise en relation rapide entre l’offre et la demande, elles permettent de réduire les
pertes post-récolte, d’optimiser les circuits de distribution et de garantir une meilleure fraîcheur
des produits. Elles contribuent également à renforcer la transparence des transactions, à sécuriser
les paiements et à créer une dynamique de confiance entre les acteurs de la chaîne.

Pour que ces plateformes numériques atteignent leur plein potentiel, il est essentiel de
surmonter certains défis : accès limité à Internet en zones rurales, faible maîtrise des outils
numériques par certains producteurs, coûts de transaction, et absence de régulation claire. Il est
donc nécessaire de mettre en place des politiques d’appui à la digitalisation agricole, de renforcer
les infrastructures numériques, de former les producteurs à l’usage des TIC, et de promouvoir des
partenariats public-privé autour de ces solutions. En structurant et en soutenant ces plateformes, le
Cameroun peut accélérer la transformation digitale de son agriculture et bâtir des chaînes de valeur
plus inclusives, efficaces et résilientes.

IV. Accès au financement et à l’investissement

Au Cameroun, l'accès au financement et à l'investissement représente un obstacle majeur


pour les jeunes entrepreneurs souhaitant valoriser les produits agricoles locaux et créer des emplois,
freinant ainsi la réduction des importations. Les institutions financières traditionnelles sont souvent
réticentes à accorder des prêts en raison du manque de garanties et du risque perçu dans le secteur
agricole, tandis que les taux d'intérêt élevés rendent les quelques options de crédit peu viables. Pour
contrer ce problème, le gouvernement, en partenariat avec des organisations internationales et le
secteur privé, a mis en place des initiatives telles que le Programme de Promotion de
l'Entreprenariat Agropastoral des Jeunes (PEA-Jeunes). Ce programme vise à fournir un
accompagnement technique et financier, notamment à travers des prêts d'honneur sans intérêt ni
garantie et des microcrédits, pour permettre aux jeunes de démarrer ou de développer leurs
entreprises. Ces mécanismes de financement alternatifs, combinés à des plateformes de
financement participatif et à l'émergence de nouveaux acteurs de la microfinance, sont essentiels
pour permettre aux jeunes de transformer leurs idées en projets concrets, de moderniser leurs
exploitations et de contribuer de manière significative à l'économie nationale.

1. Programmes publics (PAJER-U, PRODER, etc.)

L'accès au financement et à l'investissement pour les jeunes agriculteurs camerounais est


crucial pour valoriser les produits locaux, réduire les importations et créer des emplois, mais il reste
un défi majeur. Les programmes publics représentent une solution significative pour surmonter ces
obstacles. Le gouvernement camerounais a mis en place des initiatives telles que le Programme
d'Appui à la Création d'Emplois et de Revenus dans le Secteur Agricole et Rural (PAJER-U) et le
Programme de Développement des Régions Agricoles (PRODER). Ces programmes sont conçus
pour fournir un soutien financier et technique ciblé aux jeunes entrepreneurs, souvent sous forme
de prêts subventionnés, de dons de matériel ou de subventions pour l'achat d'intrants agricoles. En
ciblant spécifiquement la jeunesse rurale, ces programmes cherchent à créer un environnement
propice à l'entrepreneuriat agricole et à rendre l'agriculture plus attractive pour cette population.

a) Programmes publics (PAJER-U, PRODER, etc.)

Pour pallier le manque de financement accessible, le Cameroun a développé plusieurs


programmes publics destinés aux jeunes. Le PAJER-U, par exemple, vise à accompagner la
création d'entreprises agricoles en offrant non seulement un appui financier mais aussi une
formation et un suivi technique. Le PRODER, quant à lui, se concentre sur le développement des
chaînes de valeur agricoles dans des zones spécifiques, en facilitant l'accès aux équipements et en
améliorant les infrastructures de production et de commercialisation. Ces initiatives sont
essentielles pour surmonter les barrières initiales de l'investissement, telles que le coût élevé des
équipements et l'accès au foncier, qui découragent souvent les jeunes à se lancer.

b) Microfinance et banques

Bien que les banques traditionnelles aient des exigences strictes en matière de garanties, les
institutions de microfinance jouent un rôle complémentaire et vital. Elles sont souvent plus
flexibles et adaptées aux besoins des jeunes entrepreneurs agricoles, proposant des microcrédits
sans garanties importantes. Des institutions comme le Fonds national de l'emploi (FNE) et d'autres
coopératives d'épargne et de crédit offrent des produits financiers spécifiquement conçus pour les
petites et moyennes entreprises (PME) agricoles. L'État encourage la collaboration entre ces
institutions de microfinance et les programmes publics pour créer un écosystème de financement
plus inclusif et accessible, permettant ainsi à un plus grand nombre de jeunes de concrétiser leurs
projets agricoles.

c) Partenariats public-privé et innovations financières

Au-delà des programmes publics et de la microfinance, le Cameroun explore des approches


innovantes pour attirer des capitaux. Les partenariats public-privé (PPP) sont de plus en plus mis
en avant pour financer des projets d'envergure, impliquant des entreprises privées dans le
développement de l'agro-business. Parallèlement, des mécanismes de financement alternatifs,
comme le financement participatif (crowdfunding) et l'investissement d'impact, gagnent du
terrain. Ces plateformes permettent aux jeunes entrepreneurs de présenter leurs projets à un large
public et de lever des fonds auprès d'investisseurs ou de la diaspora. Ces innovations financières
sont cruciales pour diversifier les sources de financement et pour créer un environnement plus
dynamique et compétitif qui favorise l'investissement dans des chaînes de valeur agricoles
rentables, réduisant ainsi la dépendance aux importations.

2. Financement participatif et microcredit

Pour surmonter les difficultés d'accès au financement, les jeunes entrepreneurs agricoles
camerounais se tournent de plus en plus vers des solutions innovantes et alternatives. Le
financement participatif, ou crowdfunding, gagne en popularité comme moyen de lever des fonds.
Des plateformes numériques permettent aux porteurs de projets de présenter leurs idées à une vaste
communauté d'investisseurs potentiels, y compris la diaspora. Cette méthode offre une flexibilité
et une accessibilité qui manquent souvent dans les circuits bancaires traditionnels, et elle permet
aux jeunes de mobiliser des capitaux pour l'achat de matériel ou le développement de leurs activités.

Le microcrédit demeure une source de financement essentielle pour les jeunes agriculteurs
qui n'ont pas accès aux prêts bancaires conventionnels. Les institutions de microfinance (IMF),
comme les coopératives d'épargne et de crédit, jouent un rôle crucial en proposant des prêts adaptés
aux besoins des petites et moyennes entreprises agricoles. Ces institutions sont souvent plus
flexibles en matière de garanties et de procédures, et elles offrent des produits financiers
spécifiquement conçus pour des activités saisonnières. De plus, ces organismes sont souvent
implantés en milieu rural, facilitant ainsi l'accès aux services financiers pour les jeunes qui n'ont
pas de lien direct avec les grandes banques.

En combinant le financement participatif et le microcrédit, les jeunes entrepreneurs


agricoles disposent d'un éventail de solutions pour valoriser leurs produits locaux. Le financement
participatif peut servir à lancer un projet ou à financer une expansion majeure, tandis que le
microcrédit peut être utilisé pour le fonds de roulement et les besoins quotidiens. Ces mécanismes
permettent de mobiliser des capitaux de manière agile, de réduire la dépendance vis-à-vis des
banques traditionnelles et de créer un écosystème de financement plus inclusif. Ce dynamisme est
essentiel pour stimuler la création d'emplois, réduire les importations et renforcer l'économie
agricole du pays.

3. Incitations fiscales pour les jeunes entrepreneurs agricoles

Les incitations fiscales sont un levier essentiel pour encourager les jeunes entrepreneurs à
investir dans le secteur agricole au Cameroun. En réduisant la charge fiscale, l'État rend l'activité
agricole plus attractive et rentable. Des exonérations d'impôts sur les bénéfices, des réductions de
TVA sur les intrants agricoles et des déductions fiscales pour les investissements dans des
équipements modernes peuvent considérablement améliorer la trésorerie des jeunes entreprises,
leur permettant ainsi de réinvestir dans leur croissance et de créer davantage d'emplois.

Une des incitations les plus directes est l'exonération de l'impôt sur les sociétés (IS) pour
une période donnée. Pour une nouvelle entreprise agricole dirigée par un jeune, bénéficier d'une
exonération de l'IS pendant les premières années d'activité est un avantage majeur. Cette mesure
permet à l'entreprise de se consolider, d'amortir ses investissements et de surmonter les défis
initiaux sans la pression d'une imposition immédiate. Une telle politique fiscale encourage non
seulement l'entrepreneuriat, mais contribue également à la pérennité des projets agricoles.

Le gouvernement peut également accorder des avantages fiscaux sur l'achat d'équipements
et de matériel agricole. Cela pourrait inclure des réductions de droits de douane et de taxes à
l'importation sur les machines agricoles, les systèmes d'irrigation et les outils de transformation.
En rendant ces équipements plus abordables, l'État encourage la modernisation de l'agriculture. Les
jeunes entrepreneurs peuvent ainsi améliorer leur productivité, la qualité de leurs produits et réduire
leur dépendance aux méthodes de production traditionnelles et moins efficaces.

Les allégements fiscaux sur les intrants agricoles sont une autre incitation puissante. La
TVA sur les engrais, les semences de qualité et les produits phytosanitaires peut être réduite, voire
supprimée. Cette mesure permet aux jeunes agriculteurs de minimiser leurs coûts de production,
d'améliorer leurs rendements et d'obtenir des produits de meilleure qualité à des prix plus
compétitifs. En réduisant les coûts de production, les agriculteurs peuvent augmenter leurs marges
bénéficiaires et réinvestir dans leurs exploitations.

Pour attirer les investissements privés dans le secteur, l'État peut offrir des crédits d'impôt
aux entreprises et aux particuliers qui investissent dans des projets agricoles menés par des jeunes.
Cela peut se faire par le biais de fonds d'investissement dédiés ou de partenariats public-privé. En
offrant des avantages fiscaux à ceux qui soutiennent financièrement les jeunes entrepreneurs, le
gouvernement crée un écosystème d'investissement plus dynamique et diversifié, essentiel pour le
développement de l'agro-business.

En résumé, l'utilisation stratégique des incitations fiscales est un outil puissant pour le
Cameroun afin de valoriser les produits agricoles locaux. En ciblant les jeunes entrepreneurs avec
des exonérations, des allégements sur les équipements et les intrants, et des crédits d'impôt pour
les investisseurs, l'État peut stimuler la création d'emplois, réduire la dépendance aux
importations et bâtir un secteur agricole moderne et prospère, porté par une nouvelle génération
d'agriculteurs.

4. Formation et renforcement des capacités

Au Cameroun, la formation et le renforcement des capacités sont des leviers essentiels


pour permettre aux jeunes entrepreneurs agricoles de valoriser les produits locaux et de créer des
emplois. Il ne suffit pas d'avoir accès au financement ; il faut aussi posséder les compétences
techniques et managériales pour gérer une entreprise agricole de manière rentable. Des
programmes de formation spécialisés sont nécessaires pour enseigner les techniques de production
modernes, l'utilisation d'équipements agricoles et les pratiques agricoles durables, afin d'améliorer
la productivité et la qualité des produits.

Au-delà de la production, la formation doit couvrir des aspects cruciaux de la gestion


d'entreprise. De nombreux jeunes agriculteurs manquent de compétences en marketing, en
comptabilité, en gestion de la chaîne d'approvisionnement et en commercialisation. Des ateliers et
des séminaires sur la gestion financière, la planification d'entreprise et la négociation commerciale
sont indispensables pour les aider à transformer leurs exploitations en entreprises prospères. En
maîtrisant ces compétences, ils peuvent mieux se positionner sur le marché, négocier de meilleurs
prix et réduire les risques d'échec.

Le renforcement des capacités peut également se faire à travers des partenariats et des
incubateurs agricoles. Des collaborations entre les universités, les centres de recherche et le
secteur privé peuvent créer des programmes de mentorat et d'accompagnement. Ces incubateurs
offrent un environnement propice à l'innovation, où les jeunes entrepreneurs peuvent expérimenter
de nouvelles techniques, échanger des connaissances et bénéficier des conseils d'experts. En
participant à ces initiatives, ils acquièrent non seulement des compétences pratiques, mais aussi un
réseau professionnel qui peut s'avérer précieux pour le développement de leur entreprise.

En fin de compte, investir dans la formation et le renforcement des capacités est une
stratégie à long terme pour réduire la dépendance aux importations et stimuler la création
d'emplois. En dotant les jeunes des compétences nécessaires, le Cameroun peut non seulement
améliorer la productivité et la qualité de ses produits agricoles, mais aussi encourager une nouvelle
génération d'agriculteurs à innover et à créer de la valeur ajoutée sur toute la chaîne de production.
Cela contribue à bâtir un secteur agricole moderne, durable et résilient, capable de rivaliser sur les
marchés nationaux et internationaux.

a) Centres de formation agricole et agro-industrielle

La création et la modernisation de centres de formation agricole et agro-industrielle sont


cruciales pour valoriser les produits locaux et créer des emplois pour les jeunes au Cameroun. Ces
centres ne doivent pas se limiter à l'enseignement théorique. Ils doivent offrir une formation
pratique et ciblée, axée sur les besoins réels du marché local. Enseignement des techniques de
culture modernes, de l'utilisation des technologies agricoles et des pratiques agroécologiques sont
indispensables pour améliorer la productivité et la qualité des produits. Ces centres peuvent aussi
servir de vitrines pour des projets innovants, en collaboration avec le secteur privé, pour que les
jeunes puissent se familiariser avec les technologies de pointe.
Ces institutions doivent aussi se concentrer sur la transformation des produits agricoles. En
apprenant à transformer les matières premières en produits finis (jus de fruits, conserves, huiles
végétales, etc.), les jeunes entrepreneurs peuvent créer de la valeur ajoutée et réduire la dépendance
aux produits importés. Les centres de formation devraient être équipés d'ateliers de transformation
et de laboratoires, permettant aux étudiants de maîtriser les processus de production, les normes
d'hygiène et de sécurité alimentaire, ainsi que l'emballage et la commercialisation des produits.
Cette approche permet de créer une véritable filière agro-industrielle locale, génératrice de revenus
et d'emplois durables.

Enfin, pour maximiser leur impact, ces centres doivent travailler en étroite collaboration
avec les entreprises locales et les programmes de financement. En facilitant le lien entre la
formation, l'accès au marché et les sources de financement, ils peuvent créer un écosystème
entrepreneurial plus dynamique. Les centres peuvent également servir de ponts entre les jeunes
entrepreneurs et des investisseurs potentiels, des ONG ou des institutions de microfinance. En
sortant de ces centres, les jeunes ne se contentent pas d'avoir un diplôme ; ils ont aussi un projet
d'entreprise viable, un réseau professionnel et les compétences nécessaires pour contribuer de
manière significative au développement économique de leur pays.

b) Partenariats avec les universités et instituts techniques

Pour stimuler l'entreprenariat agricole chez les jeunes au Cameroun, la mise en place de
partenariats entre les universités et les instituts techniques est un levier de développement
fondamental. Cette collaboration permet de combler le fossé entre la formation académique et les
besoins concrets du marché du travail. En travaillant de concert, ces institutions peuvent concevoir
des programmes d'études qui intègrent à la fois les connaissances théoriques en agronomie et les
compétences pratiques en gestion d'entreprise, en marketing et en agro-industrie. L'objectif est de
former des jeunes non seulement compétents sur le plan technique, mais aussi capables de lancer
et de gérer des entreprises agricoles prospères.

Ces partenariats peuvent se concrétiser de différentes manières. Par exemple, les universités
peuvent fournir l'expertise en recherche et développement pour la création de variétés de cultures
plus résistantes ou l'amélioration des techniques de production. Les instituts techniques, de leur
côté, peuvent se concentrer sur la formation pratique, en mettant à disposition des serres, des
champs expérimentaux et des ateliers de transformation pour que les jeunes puissent expérimenter
et maîtriser les différentes étapes de la chaîne de valeur. Des initiatives comme celles de la Faculté
d'Agronomie et des Sciences Agricoles (FASA) de l'Université de Dschang, qui dispose d'un
incubateur, illustrent bien ce type de collaboration.

En fin de compte, l'établissement de ces partenariats est crucial pour la création d'un
écosystème entrepreneurial agricole solide. Il permet de faciliter le passage de l'idée à la
concrétisation du projet d'entreprise. Les universités et instituts techniques, en collaborant, peuvent
offrir aux jeunes un accompagnement complet, de l'élaboration du business plan jusqu'à la mise en
marché de leurs produits. Cela contribue directement à la réduction des importations en favorisant
la production locale de qualité et en créant des emplois durables dans un secteur vital pour
l'économie camerounaise.

c) Programmes d’incubation et mentorat

Le développement de programmes d'incubation et de mentorat est une stratégie essentielle


pour accompagner les jeunes entrepreneurs agricoles au Cameroun. Ces initiatives vont au-delà du
simple financement et de la formation en offrant un cadre structuré pour la maturation des projets.
Les incubateurs agricoles, par exemple, fournissent un espace de travail, des équipements partagés
et un accès à des ressources techniques. Ils créent un environnement propice à l'innovation où les
jeunes peuvent expérimenter leurs idées, développer des prototypes et tester de nouveaux modèles
d'affaires, le tout sous la supervision d'experts.

Le mentorat joue un rôle crucial dans le succès de ces programmes. En associant les jeunes
entrepreneurs à des agriculteurs expérimentés, des experts du secteur ou des chefs d'entreprise
aguerris, ces programmes leur permettent de bénéficier de conseils pratiques, de surmonter des
défis et d'éviter des erreurs courantes. Les mentors partagent leur expertise, leur réseau et leur
connaissance du marché, ce qui est inestimable pour les jeunes qui débutent. Cette transmission de
savoir-faire permet non seulement d'accélérer la croissance de l'entreprise, mais aussi de renforcer
la confiance et la persévérance des jeunes entrepreneurs.

Ces programmes d'incubation et de mentorat sont des leviers puissants pour créer de la
valeur ajoutée dans le secteur agricole. En accompagnant les jeunes à transformer leurs produits
bruts en produits finis (jus, confitures, conserves, etc.), ils contribuent directement à la réduction
des importations et à la création de marques locales fortes. La diversification des produits et
l'amélioration de leur qualité permettent de conquérir de nouveaux marchés et d'augmenter les
revenus. C'est en aidant les jeunes à innover et à créer des produits uniques que ces programmes
ont le plus grand impact sur l'économie.

En fin de compte, l'incubation et le mentorat ne sont pas de simples aides, mais des
investissements dans le capital humain. En dotant les jeunes des outils, des compétences et du
réseau nécessaire pour réussir, le Cameroun peut libérer leur potentiel entrepreneurial. Cela a des
retombées positives directes sur la création d'emplois, le développement des filières agricoles
locales et l'autonomie alimentaire du pays. Ces programmes sont donc une pierre angulaire pour la
construction d'un secteur agricole moderne et dynamique.

5. Promotion de l’entrepreneuriat jeune

La promotion de l'entrepreneuriat jeune est un pilier fondamental pour valoriser les produits
agricoles locaux au Cameroun, réduire les importations et créer des emplois durables. Au-delà des
programmes de financement, il est crucial de cultiver un véritable esprit entrepreneurial chez les
jeunes, en leur montrant que l'agriculture peut être un secteur innovant et rentable. Des campagnes
de sensibilisation, des concours de projets agricoles et des salons dédiés peuvent mettre en lumière
des success stories et inspirer une nouvelle génération d'agriculteurs. En faisant de l'entrepreneuriat
agricole une carrière de choix, et non plus une solution de dernier recours, le Cameroun peut
mobiliser son capital humain et libérer le potentiel de sa jeunesse pour bâtir une économie agricole
forte et résiliente.
a) Success stories de jeunes agro-entrepreneurs

Pour stimuler l'entrepreneuriat chez les jeunes au Cameroun, la mise en avant de success
stories d'agro-entrepreneurs est une stratégie puissante. Ces exemples concrets montrent que le
secteur agricole est non seulement viable, mais aussi une source de succès et de fierté. En
partageant les parcours de jeunes qui ont su innover, transformer des produits bruts en produits
finis à forte valeur ajoutée, et conquérir des marchés locaux et internationaux, on peut changer la
perception du métier d'agriculteur. Ces récits inspirent et prouvent que l'agriculture peut être une
carrière moderne, technologique et rentable, loin de l'image de la petite exploitation de subsistance.

La promotion de ces réussites peut se faire à travers divers canaux. Les médias, les réseaux
sociaux, les salons agricoles et les conférences peuvent servir de plateformes pour mettre en
lumière ces jeunes entrepreneurs. Des initiatives gouvernementales ou des partenariats avec le
secteur privé pourraient créer des prix et des reconnaissances pour les projets les plus innovants.
En célébrant leurs accomplissements, on ne fait pas que les encourager ; on crée aussi des modèles
pour d'autres jeunes qui hésitent à se lancer. Cette dynamique positive est essentielle pour bâtir un
écosystème entrepreneurial où l'innovation est valorisée et où l'agriculture est perçue comme un
moteur de développement économique et de création d'emplois pour la jeunesse.

b) Création de labels et de marques locales

La création de labels et de marques locales est un levier stratégique pour valoriser les
produits agricoles du Cameroun, attirer l'investissement et créer des emplois pour les jeunes. Un
label de qualité ou d'origine, comme « Made in Cameroon », ne se contente pas de certifier la
provenance d'un produit ; il garantit aussi sa qualité, sa traçabilité et le respect de normes
spécifiques. Cette démarche permet aux produits locaux de se distinguer de la concurrence,
notamment celle des produits importés, et de justifier un prix plus élevé, augmentant ainsi les
revenus des producteurs et des jeunes entrepreneurs. C'est en bâtissant une réputation de qualité
que les produits camerounais peuvent conquérir des marchés nationaux et internationaux.

La création de marques locales est la suite logique de la labellisation. En développant des


marques fortes pour leurs produits (huiles de palme, ananas, café, etc.), les jeunes entrepreneurs
peuvent créer une identité unique pour leurs produits. Cela facilite le marketing, la fidélisation de
la clientèle et la construction d'une image positive. Des marques bien établies attirent plus
facilement les investisseurs et peuvent se positionner sur des segments de marché haut de gamme.
En investissant dans la création de marques locales, le Cameroun investit dans le futur de son
agriculture, en la rendant plus visible et plus compétitive.

c) Encouragement à l’innovation sociale et environnementale

L'encouragement à l'innovation sociale et environnementale est un pilier essentiel pour


rendre l'agriculture camerounaise à la fois plus attractive pour les jeunes, plus compétitive et plus
durable. Plutôt que de se limiter à la production, les jeunes entrepreneurs sont incités à développer
des projets qui répondent à des besoins sociaux ou qui respectent l'environnement. Cela peut se
traduire par l'adoption de pratiques agro écologiques pour préserver les sols, l'utilisation d'énergies
renouvelables pour le fonctionnement des exploitations ou encore la mise en place de circuits courts
de distribution pour renforcer les liens entre producteurs et consommateurs.

Cette approche de l'entrepreneuriat permet de créer de la valeur ajoutée au-delà du produit


lui-même. Un jeune qui propose des légumes biologiques, ou qui utilise des emballages
biodégradables, se positionne sur un segment de marché en croissance. De même, un projet qui
intègre des personnes en situation de vulnérabilité ou qui promeut l'équité de genre dans la chaîne
de production est plus susceptible d'attirer des investissements d'impact. En encourageant ces
initiatives, le Cameroun peut non seulement réduire son empreinte écologique et sociale, mais aussi
bâtir un secteur agricole moderne et éthique, capable de rivaliser sur la scène internationale.
Chapitre III : Cadre institutionnel, perspectives et recommandations

Le succès des jeunes agro-entrepreneurs au Cameroun repose sur un écosystème de soutien


solide. Si les enjeux liés au financement et à la formation ont été largement abordés, il est tout aussi
crucial d'analyser le rôle du cadre institutionnel dans lequel ces jeunes évoluent. Ce chapitre se
penchera sur les politiques publiques, les structures de gouvernance et les réglementations
existantes qui encadrent le secteur agricole et l'entrepreneuriat jeune. Nous explorerons également
les perspectives d'avenir et formulerons des recommandations concrètes pour renforcer
l'efficacité de cet écosystème, afin de maximiser l'impact des initiatives et d'encourager la
valorisation des produits locaux. En comprenant les forces et les faiblesses du cadre institutionnel
actuel, il sera possible de proposer des solutions ciblées pour libérer le plein potentiel de la jeunesse
camerounaise et transformer le secteur agricole.

I. Politiques publiques et cadre réglementaire

Un cadre de politiques publiques et un cadre réglementaire bien définis sont cruciaux


pour le développement de l'agro-entreprenariat jeune au Cameroun. Sans un environnement
favorable, les efforts de financement et de formation risquent de ne pas produire les résultats
escomptés. Ce chapitre explore les politiques et les règlements qui affectent directement les jeunes
entrepreneurs agricoles, tels que l'accès à la terre, les régimes fiscaux spécifiques au secteur et les
normes de qualité. Une analyse critique de ces politiques permettra d'identifier les obstacles et les
opportunités, jetant ainsi les bases pour des recommandations qui visent à simplifier les procédures,
à encourager l'investissement et à créer un environnement plus propice à l'innovation et à la
croissance. En optimisant ce cadre, l'État peut catalyser la création d'entreprises agricoles par les
jeunes, réduisant ainsi les importations et dynamisant l'économie rurale.

1. Analyse des politiques agricoles et industrielles (PNIA, SND30)

Au Cameroun, l'analyse des politiques agricoles et industrielles est essentielle pour


comprendre le cadre dans lequel évoluent les jeunes entrepreneurs. Le Programme National
d’Investissement Agricole (PNIA), par exemple, est une initiative stratégique qui vise à moderniser
le secteur agricole. Il a pour objectif d'augmenter la productivité, de diversifier les cultures et
d'améliorer la sécurité alimentaire. L'analyse de ces politiques permet d'identifier les domaines
prioritaires et les opportunités d'investissement pour les jeunes, notamment dans les filières à forte
valeur ajoutée. L'alignement des projets des jeunes entrepreneurs sur ces politiques nationales est
un atout majeur pour accéder à un soutien financier et technique.

La Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 (SND30) joue également un rôle


crucial. Elle place le développement de l'agro-industrie comme un pilier de la transformation
structurelle de l'économie camerounaise. Pour les jeunes entrepreneurs, cela signifie que les projets
de transformation des produits agricoles bruts en produits finis sont particulièrement encouragés.
En s'insérant dans cette vision, les jeunes peuvent bénéficier d'incitations fiscales, de facilités
d'accès aux marchés et d'un accompagnement spécifique. L'analyse de ces documents stratégiques
permet aux jeunes de mieux orienter leurs projets pour qu'ils soient en phase avec les objectifs de
développement du pays.

En fin de compte, l'efficacité de ces politiques dépend de leur mise en œuvre et de leur
appropriation par les jeunes. Un cadre réglementaire qui simplifie les procédures de création
d'entreprise, facilite l'accès à la terre et protège les investissements est indispensable. Une analyse
critique des politiques comme le PNIA et la SND30 permet de formuler des recommandations pour
mieux les adapter aux réalités et aux besoins des jeunes entrepreneurs. En rendant ces politiques
plus accessibles et plus transparentes, l'État peut catalyser l'innovation, attirer l'investissement
privé et faire des jeunes une force motrice du développement agricole.

2. Obstacles administratifs et leviers d’amélioration

Les jeunes entrepreneurs agricoles au Cameroun sont confrontés à de nombreux obstacles


administratifs qui peuvent décourager l'innovation et ralentir le développement de leurs projets.
Les procédures de création d'entreprise sont souvent longues et complexes, impliquant une
multitude d'acteurs et de documents, ce qui constitue une barrière majeure, surtout pour ceux qui
opèrent en milieu rural. L'accès au foncier, souvent géré par des pratiques coutumières et des
procédures lourdes, est un autre obstacle de taille. De plus, les jeunes peuvent avoir des difficultés
à se conformer aux normes de qualité et de sécurité alimentaire, faute d'informations claires et de
services de soutien accessibles. Ces lenteurs et ces complexités administratives affaiblissent
l'écosystème entrepreneurial et peuvent décourager les initiatives locales.

Pour surmonter ces obstacles, il est impératif d'identifier et de mettre en œuvre des leviers
d'amélioration efficaces. La simplification des procédures administratives est un premier pas
crucial. La mise en place d'un guichet unique, où les jeunes entrepreneurs pourraient accomplir
toutes les formalités de création d'entreprise en un seul lieu, réduirait considérablement le temps et
le coût de ces démarches. L'amélioration de l'accès au foncier passe par une réforme de la
législation foncière, en offrant des baux à long terme ou des titres fonciers simplifiés aux jeunes
agriculteurs. Des plateformes numériques pourraient également faciliter l'accès à l'information
réglementaire et aux services de soutien.

Enfin, le renforcement de la collaboration entre les institutions publiques et les jeunes


entrepreneurs est un levier majeur. Des mécanismes de consultation et de dialogue peuvent être
mis en place pour permettre aux jeunes de faire part de leurs défis et de leurs suggestions
directement aux décideurs. L'établissement d'une veille réglementaire permettrait aux
entrepreneurs d'être informés des changements dans les lois et les normes qui les concernent. En
rendant l'administration plus accessible, plus transparente et plus réactive, le Cameroun peut créer
un environnement de confiance qui encourage les jeunes à investir dans l'agriculture, contribuant
ainsi à la réduction des importations et à la création d'emplois durables.

3. Rôle des collectivités territoriales décentralisées

Les collectivités territoriales décentralisées (CTD) ont un rôle fondamental à jouer dans
l'accompagnement des jeunes agro-entrepreneurs au Cameroun. En étant au plus près des réalités
locales, elles sont les mieux placées pour identifier les besoins spécifiques de leur territoire et pour
mettre en œuvre des politiques de développement adaptées. Les CTD peuvent allouer des parcelles
de terre aux jeunes agriculteurs, simplifier les procédures d'obtention de permis et créer des
marchés locaux pour faciliter la commercialisation des produits. Elles agissent comme des
facilitateurs, réduisant les barrières administratives et logistiques qui entravent souvent les projets
de la jeunesse.

Au-delà de la facilitation, les CTD peuvent être des promoteurs actifs de l'entreprenariat
agricole. Elles peuvent mettre en place des programmes de subventions locales ou de microcrédit,
en partenariat avec des institutions de financement. Elles sont également en mesure de créer des
infrastructures essentielles, telles que des centres de stockage, des routes rurales ou des marchés de
gros, qui améliorent l'efficacité de la chaîne de valeur. En investissant dans l'infrastructure et en
apportant un soutien direct, les CTD contribuent de manière significative à la création d'un
environnement favorable, permettant aux jeunes de prospérer et de créer des emplois dans leurs
communautés.

Le renforcement des capacités des CTD est donc un enjeu majeur. En leur accordant plus
d'autonomie et de ressources, l'État peut leur permettre de jouer un rôle plus efficace dans
l'accompagnement des jeunes. Les CTD peuvent ainsi mettre en œuvre des programmes de
formation adaptés, organiser des foires agricoles locales et promouvoir les produits du terroir. Cette
décentralisation du développement agricole est la clé pour libérer le potentiel de chaque région,
réduire la dépendance aux importations et bâtir une économie plus équilibrée et résiliente, portée
par une jeunesse dynamique.

II. Partenariats et coopération

Pour relever les défis de l'agro-entreprenariat jeune au Cameroun, une approche isolée ne
suffit pas. Le succès repose sur la capacité à créer des synergies et des collaborations efficaces
entre les différents acteurs du secteur. Ce chapitre explore le rôle crucial des partenariats et de la
coopération dans la valorisation des produits agricoles locaux, la réduction des importations et la
création d'emplois. Nous analyserons comment des alliances stratégiques entre le secteur public, le
secteur privé, la société civile et les partenaires au développement peuvent renforcer l'écosystème
entrepreneurial. En favorisant un environnement de collaboration, le Cameroun peut non seulement
mobiliser davantage de ressources, mais aussi créer des chaînes de valeur plus résilientes et plus
compétitives, où les jeunes entrepreneurs sont au cœur du développement économique.
1. Rôle des ONG, bailleurs internationaux, secteur privé

Pour renforcer l'écosystème de l'agro-entreprenariat jeune au Cameroun, le rôle des ONG,


des bailleurs de fonds internationaux et du secteur privé est complémentaire à celui de l'État. Les
ONG et les bailleurs de fonds internationaux, comme l'USAID, la Banque Mondiale ou la
Coopération Allemande (GIZ), apportent des financements mais aussi une expertise technique
indispensable. Ils soutiennent des projets de formation, mettent en place des chaînes de valeur
agricoles et aident à la certification des produits, ce qui permet aux jeunes d'accéder à de nouveaux
marchés. Leur intervention est cruciale pour combler les lacunes en matière de ressources et de
compétences que les jeunes entrepreneurs peuvent rencontrer.

Le secteur privé joue également un rôle capital, non seulement comme source
d'investissement, mais aussi comme partenaire commercial et technologique. Les grandes
entreprises agro-industrielles peuvent établir des partenariats avec de jeunes agriculteurs pour
garantir un débouché à leurs produits. Elles peuvent aussi les aider à se conformer aux normes de
qualité et leur fournir un accès à des équipements modernes ou à des intrants de qualité. Ces
partenariats public-privé (PPP) créent des chaînes de valeur intégrées, où les jeunes entrepreneurs
sont non plus de simples producteurs, mais des acteurs à part entière d'une économie agricole
dynamique et compétitive.

2. Coopération Sud-Sud pour le transfert de technologies

La coopération Sud-Sud est un levier stratégique pour permettre aux jeunes agro-
entrepreneurs camerounais d'accéder à des technologies modernes sans dépendre uniquement des
pays occidentaux. Ce type de collaboration implique des échanges de connaissances, de
compétences et de technologies entre des pays en développement. Elle est souvent plus pertinente
car elle s'appuie sur des solutions qui sont déjà adaptées à des contextes économiques et climatiques
similaires. Par exemple, le Cameroun pourrait s'inspirer des technologies d'irrigation à faible coût
du Maroc ou des techniques de transformation alimentaire développées en Thaïlande pour
moderniser son secteur agricole.
Le transfert de technologies dans le cadre de la coopération Sud-Sud est crucial pour la
compétitivité. Les jeunes entrepreneurs peuvent ainsi accéder à des équipements et à des méthodes
de production qui améliorent la qualité et le volume de leurs produits. Ces technologies, souvent
moins onéreuses et plus faciles à entretenir que celles venant des pays du Nord, permettent de
réduire les coûts de production et d'augmenter les marges bénéficiaires. En favorisant ces échanges,
le Cameroun peut non seulement renforcer les capacités de ses jeunes, mais aussi réduire sa
dépendance aux importations et positionner ses produits locaux sur des marchés plus compétitifs.

3. Intégration régionale (CEMAC) et opportunités d’exportation

Pour dynamiser l'agro-entreprenariat jeune au Cameroun, l'intégration régionale est un


levier stratégique majeur, notamment à travers la Communauté Économique et Monétaire de
l’Afrique Centrale (CEMAC). Cette intégration crée un marché commun de près de 50 millions
de consommateurs, offrant aux jeunes entrepreneurs l'opportunité de commercialiser leurs produits
au-delà des frontières nationales. En harmonisant les politiques douanières et en simplifiant les
procédures de commerce, la CEMAC permet de réduire les barrières à l'exportation et de rendre
les produits camerounais plus compétitifs sur le marché régional.

Ces opportunités d'exportation sont un moteur de croissance essentiel. En vendant leurs


produits aux pays voisins comme le Gabon, le Tchad ou la République centrafricaine, les jeunes
agro-entrepreneurs peuvent augmenter leurs revenus, diversifier leurs débouchés et agrandir leurs
exploitations. L'exportation stimule également l'innovation et l'amélioration de la qualité, car les
entreprises doivent se conformer à des normes régionales et internationales. Le renforcement de la
chaîne de valeur à des fins d'exportation est un excellent moyen de créer des emplois durables et
de positionner le Cameroun comme un acteur majeur de l'économie agricole régionale.

III. Sensibilisation et changement de perception

Pour transformer le secteur agricole camerounais, il ne suffit pas de fournir des


financements et des formations. Il est impératif d'opérer un changement profond dans la
perception de l'agriculture, notamment auprès des jeunes. Souvent perçue comme un secteur
archaïque et peu valorisant, l'agriculture doit être repositionnée comme une carrière moderne,
innovante et porteuse d'opportunités. Ce chapitre se concentre sur les stratégies de sensibilisation
visant à mettre en lumière les succès des jeunes agro-entrepreneurs et à promouvoir l'image d'un
secteur agricole dynamique. En brisant les stéréotypes et en créant un environnement où
l'agriculture est perçue comme une source de croissance et d'innovation, le Cameroun peut attirer
une nouvelle génération de leaders, capables de réduire les importations et de créer des emplois
durables.

1. Campagnes de valorisation des produits locaux

Les campagnes de valorisation des produits locaux permettent de mieux faire connaître les
richesses agricoles du pays. En organisant des foires, des expositions, et des journées de
sensibilisation, elles encouragent les populations à consommer ce qui est produit localement,
comme le manioc, le maïs, le plantain ou le cacao. Cela aide à réduire les importations de produits
alimentaires et à renforcer l’économie nationale.

Ces campagnes sont aussi une opportunité pour les jeunes. En mettant en avant les produits
locaux, elles créent de la demande pour des activités de transformation, de vente et de distribution.
Les jeunes peuvent ainsi créer des petites entreprises, trouver des emplois dans l’agroalimentaire,
et participer activement au développement de leur communauté. C’est une manière concrète de
lutter contre le chômage et de valoriser les talents locaux.

2. Éducation à la consommation locale

L’éducation à la consommation locale permet de sensibiliser les citoyens à l’importance de


choisir les produits agricoles issus du territoire. En intégrant cette notion dans les écoles, les médias
et les formations communautaires, on encourage les habitudes alimentaires qui soutiennent les
producteurs locaux. Cela aide à réduire les importations, à renforcer l’économie interne et à
valoriser les ressources disponibles comme le manioc, le maïs ou le gingembre.
Cette sensibilisation ouvre aussi des perspectives pour les jeunes. En comprenant les enjeux
liés à la consommation locale, ils peuvent s’engager dans des activités de transformation, de
distribution ou de promotion des produits du terroir. Cela favorise l’entrepreneuriat, crée des
emplois et stimule l’innovation dans le secteur agroalimentaire. L’éducation devient ainsi un outil
concret pour le développement économique et social.

3. Implication des médias et influenceurs

Les médias et les influenceurs jouent un rôle essentiel dans la promotion des produits
agricoles locaux. Grâce à leur portée et leur capacité à toucher différents publics, ils peuvent
sensibiliser les consommateurs à l’importance de choisir des produits issus du territoire. En
diffusant des contenus attractifs sur les bienfaits nutritionnels, économiques et culturels des
produits locaux, ils contribuent à changer les habitudes de consommation et à renforcer la demande
sur le marché intérieur.

L’implication des influenceurs, notamment sur les réseaux sociaux, permet aussi de
valoriser les initiatives des jeunes dans l’agroalimentaire. En mettant en avant des exemples de
réussite, des innovations locales ou des marques émergentes, ils encouragent l’entrepreneuriat et
inspirent d’autres jeunes à s’engager dans le secteur. Cette mobilisation médiatique devient ainsi
un outil puissant pour soutenir la production locale, créer des emplois et dynamiser les chaînes de
valeur agricoles.

IV. Suivi, évaluation et indicateurs de performance

Le suivi, l’évaluation et les indicateurs de performance constituent des outils essentiels pour
assurer l’efficacité et la transparence des actions de développement. Ils permettent de mesurer les
progrès réalisés, d’identifier les écarts entre les objectifs fixés et les résultats obtenus, et d’ajuster
les stratégies en conséquence. Dans le cadre des politiques agricoles et de l’emploi des jeunes, ces
mécanismes offrent une base solide pour orienter les décisions, renforcer la redevabilité et garantir
que les interventions produisent un impact réel et durable sur le terrain.
1. Indicateurs clés : taux de transformation locale, emploi jeune, réduction des
importations

Le suivi des actions de valorisation des produits locaux repose sur des indicateurs clés qui
permettent de mesurer leur impact réel. Le taux de transformation locale est un indicateur
important, car il montre dans quelle mesure les produits agricoles sont transformés sur place avant
d’être consommés ou exportés. Une augmentation de ce taux reflète une meilleure utilisation des
ressources locales et une réduction de la dépendance aux produits finis importés.

L’emploi des jeunes et la réduction des importations sont également des indicateurs
essentiels. Le nombre de jeunes intégrés dans les chaînes de valeur agricoles, que ce soit dans la
production, la transformation ou la commercialisation, permet d’évaluer l’effet des politiques sur
l’insertion professionnelle. De même, une baisse des importations de produits alimentaires montre
que les initiatives locales répondent efficacement aux besoins du marché national. Ces indicateurs
aident à ajuster les stratégies et à renforcer les résultats sur le terrain.

2. Mécanismes de suivi participative

Les mécanismes de suivi participatif permettent d’impliquer directement les acteurs locaux
dans l’évaluation des projets liés à la valorisation des produits agricoles. En associant les
producteurs, les jeunes entrepreneurs, les responsables communautaires et les consommateurs, ces
dispositifs renforcent la transparence et l’appropriation des résultats. Ils facilitent la remontée
d’informations du terrain, l’identification des difficultés rencontrées et l’ajustement des actions en
fonction des réalités locales.

Ce type de suivi encourage aussi le dialogue entre les parties prenantes et favorise une
meilleure coordination des efforts. Grâce à des outils simples comme les réunions de suivi, les
fiches d’observation, les plateformes numériques ou les groupes de discussion, chacun peut
contribuer à l’amélioration continue des initiatives. Cela permet de construire des solutions plus
adaptées, de renforcer la confiance entre les acteurs et d’assurer une mise en œuvre plus efficace
des projets de développement agricole.
3. Rétroaction pour l’amélioration continue

La rétroaction est un élément clé pour améliorer continuellement les initiatives de


valorisation des produits locaux. En recueillant les avis des bénéficiaires, des jeunes entrepreneurs,
des producteurs et des partenaires techniques, il devient possible d’identifier ce qui fonctionne bien
et ce qui doit être ajusté. Cette démarche permet de renforcer la pertinence des actions sur le terrain
et d’adapter les stratégies aux besoins réels des communautés.

La rétroaction peut se faire à travers des enquêtes simples, des réunions d’échange, des
plateformes numériques ou des groupes de discussion. Elle favorise une approche participative et
dynamique, où chaque acteur peut contribuer à l’évolution du projet. En intégrant ces retours dans
le processus de suivi, on assure une meilleure qualité des interventions, une plus grande efficacité
et un impact durable sur la transformation locale et l’emploi des jeunes.

V. Recommandations générales

Les recommandations générales constituent une synthèse des orientations clés à retenir pour
renforcer l’impact des actions menées en faveur de la valorisation des produits agricoles locaux et
de l’emploi des jeunes. Elles visent à guider les décideurs, les acteurs de terrain et les partenaires
techniques vers des choix stratégiques, cohérents et durables. En s’appuyant sur les constats issus
du suivi et de l’évaluation, ces recommandations proposent des pistes concrètes pour améliorer la
performance des interventions, favoriser l’appropriation locale et assurer une meilleure
coordination entre les parties prenantes.

1. Renforcer les infrastructures rurales

Le renforcement des infrastructures rurales est une condition essentielle pour améliorer la
valorisation des produits agricoles locaux et stimuler l’emploi des jeunes. L’accès à des routes
praticables, à l’électricité, à l’eau et aux équipements de transformation permet aux producteurs de
mieux acheminer leurs récoltes, de réduire les pertes post-récolte et d’augmenter la qualité des
produits mis sur le marché. Ces infrastructures facilitent aussi la création de petites unités
agroalimentaires dans les zones rurales, contribuant ainsi à dynamiser l’économie locale.

En améliorant les conditions de production et de commercialisation, ces investissements


ouvrent de nouvelles perspectives pour les jeunes. Ils peuvent s’engager dans des activités de
transformation, de transport, de stockage ou de vente, avec un meilleur accès aux marchés et aux
outils nécessaires. Le renforcement des infrastructures rurales devient ainsi un levier concret pour
développer les chaînes de valeur agricoles, réduire les inégalités territoriales et favoriser l’insertion
socio-économique des jeunes dans leur milieu.

2. Créer un fonds national pour l’agro-industrie jeune

La création d’un fonds national dédié à l’agro-industrie jeune représente une mesure
stratégique pour soutenir l’entrepreneuriat agricole et favoriser l’insertion professionnelle des
jeunes. Ce fonds permettrait de financer les projets innovants dans la transformation des produits
locaux, en facilitant l’accès au crédit, aux équipements, à la formation et à l’accompagnement
technique. Il offrirait un appui ciblé aux jeunes porteurs d’initiatives, souvent confrontés à des
obstacles financiers et structurels.

En mettant en place ce mécanisme, les autorités encourageraient la création de petites et


moyennes entreprises agroalimentaires, capables de dynamiser les chaînes de valeur locales. Le
fonds pourrait aussi servir à renforcer les capacités des jeunes en gestion, en marketing et en qualité
des produits, tout en stimulant la compétitivité du secteur. C’est un outil concret pour transformer
le potentiel agricole en opportunités économiques durables et inclusives.

3. Intégrer l’agro-industrie dans les programmes scolaires et universitaires

L’intégration de l’agro-industrie dans les programmes scolaires et universitaires est une


démarche essentielle pour préparer les jeunes aux réalités du secteur agricole moderne. En
introduisant des modules sur la transformation des produits locaux, la gestion des entreprises
agroalimentaires, et les techniques de valorisation, les établissements d’enseignement peuvent
éveiller l’intérêt des élèves et étudiants pour les métiers liés à l’agriculture. Cela permet aussi de
développer des compétences pratiques et entrepreneuriales dès le plus jeune âge.

Cette approche favorise une meilleure compréhension des enjeux économiques et sociaux
liés à l’agro-industrie. Elle encourage les jeunes à envisager des carrières dans la production, la
transformation ou la commercialisation des produits locaux, tout en stimulant l’innovation et la
création d’entreprises. En reliant l’éducation au développement local, l’école devient un véritable
moteur de changement pour renforcer les chaînes de valeur agricoles et lutter contre le chômage.

4. Favoriser les achats publics de produits locaux

Favoriser les achats publics de produits locaux est une stratégie efficace pour stimuler la
demande intérieure et soutenir les producteurs nationaux. En orientant les marchés publics vers
l’acquisition de denrées agricoles issues du territoire — pour les cantines scolaires, les hôpitaux,
les administrations ou les programmes sociaux — on crée un débouché stable et structurant pour
les filières locales. Cela permet de renforcer la visibilité des produits locaux, d’encourager leur
transformation sur place et de réduire la dépendance aux importations.

Cette mesure contribue également à la création d’emplois, notamment pour les jeunes
engagés dans la production, la logistique ou la transformation agroalimentaire. En intégrant les
produits locaux dans les politiques d’achat public, on favorise l’émergence d’un tissu économique
rural plus dynamique, tout en valorisant les ressources disponibles. C’est une démarche qui lie
développement local, sécurité alimentaire et inclusion socio-économique.
CONCLUSION

La valorisation des produits agricoles locaux est une démarche essentielle pour renforcer
l’économie nationale et réduire la dépendance aux importations alimentaires. En développant la
transformation locale, en améliorant les infrastructures rurales et en favorisant la consommation
des produits du terroir, il devient possible de créer des chaînes de valeur dynamiques et
compétitives. Ces actions permettent non seulement de mieux exploiter les ressources disponibles,
mais aussi de stimuler la demande intérieure et de renforcer la souveraineté alimentaire.

Ce processus offre également des opportunités concrètes pour l’emploi des jeunes. À
travers la formation, l’accès au financement, l’intégration de l’agro-industrie dans les programmes
éducatifs et la promotion de l’entrepreneuriat, les jeunes peuvent s’insérer dans des filières
porteuses et contribuer activement au développement local. L’implication des médias, des
influenceurs et des acteurs publics dans cette dynamique renforce la visibilité des initiatives et
encourage une mobilisation collective autour de la transformation agricole. C’est une voie durable
pour bâtir une économie inclusive, résiliente et tournée vers l’avenir.
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13. MINEPAT. (2020). Document de stratégie pour la croissance et l’emploi (DSCE). Yaoundé
: Ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire.
14. MINEPIA. (2021). Plan de développement des filières agro-pastorales. Yaoundé :
Ministère de l’Élevage, des Pêches et des Industries Animales.

15. Nguemegne, J. (2020). Transformation locale des produits agricoles : défis et opportunités.
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16. OECD. (2021). Youth Entrepreneurship Policy in Africa. Paris: Organisation for Economic
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17. ONUDI. (2022). Industrialisation inclusive et durable en Afrique centrale. Vienne :


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18. PNUD. (2021). Rapport sur le développement humain au Cameroun. Yaoundé : Programme
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19. SNV. (2020). Agri-business and Youth Employment in Sub-Saharan Africa. The Hague:
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20. Tchouankem, C. (2022). Consommation locale et souveraineté alimentaire : une analyse


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21. UNCTAD. (2021). Commodities and Development Report: Local Value Addition in
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22. World Bank. (2020). Creating Markets in Cameroon: Country Private Sector Diagnostic.
Washington, DC: World Bank Group.

23. World Bank. (2022). Cameroon Economic Update: Agricultural Transformation for
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ANNEXES

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