Cours en ligne Polynômes
10/12/2023
Le cours reprend celui donné au stage de Valbonne 2022 au groupe C.
Introduction aux polynômes
Définition 1 (Polynôme).
On appelle polynôme ou fonction polynomiale une fonction P : R → R telle qu’il existe
a0 , a1 , · · · , an des réels tels que pour tout x ∈ R :
P (x) = a0 + a1 x + · · · + an xn
Xn
= ak x k
k=0
n
X
On notera R[X] l’ensemble des polynômes et on notera parfois P = P (X) = ak X k
k=0
Remarque 2.
Ici on étudiera les polynômes réels (ou à coefficients réels) mais on peut aussi de la même
façon considérer les ensembles Q[X] et C[X] qui possèdent essentiellement les mêmes pro-
priétés que celles qu’on étudiera dans ce cours.
Théorèmen3. m
X X
k
Soit P = ak X et Q = ak X k deux polynômes avec an ̸= 0, bm ̸= 0.
k=0 k=0
On suppose que pour tout x ∈ R, on a P (x) = Q(x).
Alors n = m et ak = bk pour 0 ⩽ k ⩽ n.
Définition 4 (Degré).
Xn
Soit P = ak X k un polynôme tel que an ̸= 0.
k=0
On appelle degré de P et on note deg P le nombre n. De plus, on appelle coefficient dominant
le nombre an (noté parfois CD(P ) ou cdom(P )).
Dans le cas ou P = 0, par convention, on considère deg P = −∞
Proposition 5.
Pour P et Q des polynômes, P + Q, P · Q et P ◦ Q = P (Q) sont des polynômes et
— deg(P + Q) ⩽ max(deg P, deg Q)
— deg(P · Q) = deg P + deg Q
— deg(P ◦ Q) = deg P × deg Q si P ̸= 0 et Q ̸= 0
Théorème 6 (Division euclidienne).
Soit P et S deux polynômes tels que S ̸= 0.
Il existe alors un unique couple de polynômes (Q, R) tel que P = QS + R avec deg R < deg S
On dit alors que Q est le quotient et R le reste de la division euclidienne de P par S
Démonstration. Pour l’unicité on suppose qu’il existe (Q, R) et (Q′ , R′ ) deux couples qui
fonctionnent. On a alors QS + R = Q′ S + R′ et donc S(Q − Q′ ) = R′ − R. Par le degré on a
alors R = R′ et Q = Q′ d’où l’unicité.
Pour l’existence, l’algorithme a été présenté en classe avec un exemple. □
Définition 7 (Racine).
Soit α ∈ R et P un polynôme.
On dit que α est une racine de P lorsque P (α) = 0
Théorème 8.
Soit α ∈ R et P un polynôme.
α est une racine de P ssi il existe Q ∈ R[X] tel que P = (X − α) · Q(X)
Démonstration. Le sens direct se fait avec la division euclidienne et le sens indirect est im-
médiat □
Théorème 9.
Un polynôme de degré n ∈ N∗ a au plus n racines distinctes.
Démonstration. On prouve par récurrence sur m que si a1 , a2 , . . . , am sont des racines de
P ∈ R[X], il existe Q ∈ R[X] tel que P = (X − a1 ) · (X − a2 ) · . . . · (X − am ) · Q
On conclut avec le degré. □
Corollaire 10 (Rigidité).
— Si deg P ⩽ n et que P a n + 1 racines distinctes alors P = 0
— Si P a une infinité de racines alors P = 0
— Soit P et Q deux polynômes. On suppose qu’il existe une infinité de nombres x tels que
P (x) = Q(x) alors P = Q
Non abordé en cours :
Théorème 11 (Relations de Viète ou coefficients-racines).
X n
Soit P = ak X k ,un polynôme de degré n. On suppose P (α1 ) = P (α2 ) = · · · = P (αn ) = 0
k=0 ß
an−1 = −an · (α1 + α2 + · · · + αn )
avec α1 , α2 , . . . , αn distincts, alors :
a0 = (−1)n an (α1 α2 · · · αn )
Exemple 12.
Trouver tous les réels x, y tels que x + y = 3 et xy = 2
Exercices
Exercice 1
Trouver tous les polynômes P ∈ R[X] tels que P (2x) = P (x) pour x ∈ R.
Exercice 2
2
ß
2 =a+b
1. Trouver tous les couples de réels (a, b) tels que :
10 = a2 + b2
8 =x+y+z
2. Trouver tous les triplets de réels (x, y, z) tels que : −1 = xy + yz + zx
−8 = xyz
Exercice 3
Déterminer tous les polynômes tels que P (x2 ) = xP (x) pour x ∈ R
Exercice 4
Soit n ⩾ 2 donner le reste de la division euclidienne de X n − X n−1 + 1 par X 2 − 3X + 2
Exercice 5
Trouver tous les polynômes P ∈ R[X] tels que
®
P (2) = 2
P (X 3 ) = P (X)3
Exercice 6
Soit P un polynôme de degré 2022 tel que P (1) = 1, P (2) = 2, . . . P (2022) = 2022 et P (0) = 1
Déterminer P (−1)
Exercice 7
Montrer que pour P ∈ R[X] un polynôme, P est pair si et seulement si il existe un polynôme
Q ∈ R[X] tel que P (X) = Q(X 2 )
Exercice 8
Trouver tous les réels x, y, z tels que
1 =x+y+z
9 = x2 + y 2 + z 2
1 = x3 + y 3 + z 3
Exercice 9
Soit a1 , a2 , . . . an et b1 , b2 , . . . , bn des réels. On remplit un tableau n × n avec en coordonnée
(i, j) le nombre ai + bj .
On suppose qu’il existe un réel c tel que le produit de chaque ligne vaut c. Montrer qu’il existe
un réel d tel que le produit de chaque colonne vaut d.
Exercice 10
Soit P un polynôme tel que P (X)2 = R(X 2 ) avec R ∈ R[X]. Montrer qu’il existe Q ∈ R[X] tel
que P (X) = Q(X 2 ) ou XP (X) = Q(X 2 )
Exercice 11
Trouver tous les polynômes P ∈ R[X] tels que 16P (X 2 ) = P (2X)2
Indication : utiliser la question précédente
3
Solution de l’exercice 1
Il s’agit de montrer que P est constant.
n
X
Il y a plusieurs manières de résoudre cet exercice. On écrit P (X) = ak X k . Par rigidité, on
k=0
obtient pour tout k compris entre 0 et n, 2k ak = ak . Donc ak = 0 pour k ̸= 0 et P est constant.
Réciproquement, P constant fonctionne.
Solution de l’exercice 2
4 − 10
1. On peut remarquer que (a + b)2 = a2 + 2ab + b2 = 4 d’où ab = = −3
2
2
Ainsi, a et b sont les racines du polynôme : P = X − 2X − 3. On remarque que ce
polynôme a −1 comme racine et en factorisant : X 2 − 2X − 3 = (x + 1)(X − 3). Donc les
racines de P sont −1 et 3. Ainsi, les solutions sont (a, b) = (−1, 3) ou (3, −1).
2. Pour un polynôme P = (X − x)(X − y)(X − z), on a P = X 3 − (x + y + z)X 2 + (xy +
yz + zx)X − xyz.
Ainsi, ici (x, y, z) sont les racines du polynôme P = X 3 − 8X 2 − X + 8. On trouve 1
comme racine évidente, on factorise alors P en (X − 1)(X 2 − 7X − 8). On trouve alors
la racine évidente −1 ce qui donne finalement :
P = (X − 1)(X + 1)(X − 8)
Ainsi, on a (x, y, z) = (1, −1, 8) à permutation près des termes.
Solution de l’exercice 3
Regardons tout d’abord le degré. On suppose pour cela P ̸= 0 (Le cas P = 0 fonctionne).
On a 2 · deg P = 1 + deg P donc deg P = 1.
Par ailleurs, en évaluant en x = 0, on a P (0) = 0, donc P (X) = λX avec λ ∈ R∗ qui fonctionne.
Ainsi les solutions sont les polynômes
Solution de l’exercice 4
Par définition, la division euclidienne est de la forme X n − X n−1 + 1 = (X 2 − 3X + 2)Q(X) +
R(X) avec R(X) = aX + b.
On remarque que (X 2 − 3X + 2) = (X − 2)(X − 1), en évaluant en 1, on a : 1 = a + b et en
évaluant en 2, on a 2n−1 + 1 = 2a + b.
Ainsi, a = 2n−1 et b = 1 − 2n−1 .
Ainsi R(X) = 2n−1 X + (1 − 2n−1 )
Solution de l’exercice 5
Soit un polynôme solution.
En évaluant en 2, on a P (8) = 8. On peut réévaluer en 8... Par récurrence, on obtient P (23n ) =
23n pour n ∈ N∗ . Cela représente une infinité de points égaux avec le polynôme X par rigidité,
on a donc P = X.
Réciproquement, l’identité fonctionne.
Solution de l’exercice 6
Le polynôme fait beaucoup penser au polynôme X. Plus précisément, P (X) − X a comme
racines 1, 2, . . . , 2022 donc il existe Q tel que P (X)−X = Q(X)·(X −1)·(X −2)·. . .·(X −2022).
Par le degré, il existe λ tel que P (X) = X + λ(X − 1) . . . (X − 2022).
4
1
On évalue en 0, on a 1 = λ2022!, d’où λ = .
2022!
On obtient donc P (−1) = −1 + 2023 = 2022
Solution de l’exercice 7
On utilise encore une fois la rigidité. Cette fois cela donne (−1)k ak = ak et donc tous les
Xn
termes impairs sont nuls. On a donc un polynôme P (X) = a2k X 2k , ainsi Q(X) = a2k X k
k=0
convient.
Solution de l’exercice 8
On a (x + y + z)2 = X 2 + y 2 + z 2 + 2(xy + yz + zx) = 1, d’où xy + yz + zx = −4.
Par ailleurs,
(x + y + z)3 = x3 + y 3 + Z 3 + 3x2 y + 3X 2 z + 3y 2 x + 3y 2 z + 3z 2 x + 3z 3 y + 6xyz = 1
et
(xy + yz + zx)(x + y + z) = x2 y + x2 z + y 2 x + y 2 z + z 2 x + z 2 y + 3xyz
D’où
1 − 3 · (−4) · 1 − 1 = −3xyz
Ainsi, xyz = −4 et donc x, y, z sont les racines du polynôme :
P = X 3 − X 2 − 4X + 4
Le polynôme a 1 comme racine, en le factorisant, on a : P = (X − 1)(X 2 − 4) = (X − 1)(X −
2)(X + 2) donc à permutation près : (x, y, z) = (1, −2, 2).
Solution de l’exercice 9
n
Y
Il s’agit de faire apparaître des polynômes. Ici, on a pour 1 ⩽ i ⩽ n, (ai + bj ) = c ainsi,
j=1
n
Y
le polynôme P (X) = (X + bj ) − c a les ai comme racines. Avec le degré et le coefficient
j=1
dominant, on a :
n
Y
P (X) = (X − ai )
i=1
Pour un j, en évaluant l’égalité de polynômes en −bj , on a
n
Y
0−c= (−bj − ai )
i=1
n
Y
On a donc : (bj + ai ) = (−1)n+1 c et d = (−1)n+1 c convient.
i=1
Solution de l’exercice 10
Écrivons P (x) = an xn + an−1 xn−1 + . . . + a1 x + a0 avec an ̸= 0. Comme P (x)2 = R(x2 ), le
coefficient devant x2n−1 dans P (x)2 , à savoir 2an an−1 , est nul. On en déduit que an−1 = 0.
De même, le coefficient devant x2n−3 dans P (x)2 , à savoir 2an an−3 , est nul. On en déduit que
an−3 = 0. De même, on obtient que an−2k−1 = 0 pour n − 2k − 1 ⩾ 0. Le résultat en découle.
5
Solution de l’exercice 11
2
Comme P (x)2 = 16P ( x4 ) est un polynôme en x2 , on peut appliquer la question précédente.
Dans le premier cas, s’il existe un polynôme Q tel que P (x) = Q(x2 ), on obtient 16Q(x4 ) =
16P (x2 ) = P (2x)4 = Q(4x2 )2 , et donc 16Q(x2 ) = Q(4x)2 . Dans le deuxième cas, s’il existe
un polynôme Q tel que P (x)2 = xQ(x2 ), on obtient similairement que 4Q(x2 ) = Q(4x)2 . On
peut donc réappliquer la question précédente à Q, et de même on obtient que pour tout entier
k
k ⩾ 0, il existe un entier 0 ⩽ i ⩽ 2k et un polynôme Rk tel que P (x) = xi Rk (x2 ). En choisissant
k tel que 2k > deg P , il s’ensuit que Rk est forcément constant et donc que P (x) = cxi . En
réinjectant dans l’équation de départ, on obtient P (x) = 16( x4 )i pour un certain entier i ⩾ 0
(et toutes ces solutions conviennent bien, réciproquement).