L’AFRIQUE ET LA COUR PENALE INTERNATIONALE
PLAN
I) L’entente parfaite entre l’Afrique et la CPI
A- La contribution de l’Afrique à la création de la CPI
B- La participation de l’Afrique au fonctionnement de la CPI
II) La détérioration avérée des relations entre L’Afrique et la CPI
A- La crédibilité de la CPI remise en cause
B- L’abandon progressif de la compétence de la CPI
INTRODUCTION
L’on ne saurait s’intéresser à la Cour Pénale Internationale sans remonter
à la définition du Droit International Pénal, qui est au sens le plus strict du
terme, une branche du droit international public qui englobe l'ensemble
des institutions (= règles et organismes) qui organisent la poursuite et le
châtiment des personnes ayant enfreint certaines normes du droit
international, directement et en vertu de ce même droit international.
Exemples : -crimes de guerre, génocide, torture, traitements inhumains
etc... -convention du 9 décembre 1948 sur la répression du génocide ;
TPIY; TPIR. Dans une acception plus large, si l'on y inclut toutes les
infractions qui sont régies par le principe universel, qui permet à chaque
Etat d'engager des poursuites pénales sans qu'il soit tenu compte du lieu
de la commission des infractions, le droit international pénal, englobera la
prise en compte de l'action unilatérale des Etats contre : la piraterie, la
traite des êtres humains, l'esclavage,
Dans le contexte du Droit International Pénal, la création de la Cour Pénale
Internationale peut être perçue comme l'aboutissement d'un processus de
cristallisation et d'institutionnalisation de tout un corpus juridique au
service de la paix, comme un une étape nouvelle sur le chemin de la
civilisation. Ainsi que l'expose le préambule du statut de la CPI :"
Conscients que tous les peuples sont unis par des liens étroits et
que leurs cultures forment un patrimoine commun, et soucieux du
fait que cette mosaïque délicate puisse être brisée à tout
moment. Ayant à l'esprit qu'au cours de ce siècle des millions
d'enfants, de femmes et d'hommes ont été victimes d'atrocités
qui défient l'imagination et heurtent profondément la conscience
humaine. Reconnaissant que des crimes d'une telle gravité
menacent la paix, la sécurité et le bien-être du monde. Affirmant
que les crimes les plus graves qui touchent l'ensemble de la
communauté internationale ne sauraient rester impunis et que
leur répression doit être effectivement assurée par des mesures
prises dans le cadre national et par le renforcement de la
coopération internationale....Déterminés, à ces fins et dans
l'intérêt des générations présentes et futures, à créer une Cour
pénale internationale permanente et indépendante reliée au
système des Nations Unies...sont convenues ce qui suit : Le statut
qui est entré en vigueur le 1er juillet 2002 crée une institution qui
n'a jamais existé dans l'histoire de l'humanité: "Une Cour pénale
internationale permanente et indépendante...ayant compétence à
l'égard des crimes les plus graves qui touchent l'ensemble de la
communauté internationale". A ce titre, il faut comprendre que le
statut adopté à Rome suppose la mise en place, la réorganisation, de tout
un ordonnancement juridique. Le Droit International Pénal, même si cela
n'apparait pas à l'évidence au quotidien, le 1er juillet 2002 n'a,
fondamentalement, plus rien à voir avec l'ordonnancement juridique au 30
juin 2002.
Etudier l’Afrique et la Cour Pénale Internationale pourra ainsi nous
permettre de mieux comprendre en quoi ce continent et cette juridiction
de droit international pénal sont étroitement liés. En effet, la Cour Pénale
Internationale (CPI) a été crée en 1998 et son Statut est entré en vigueur
en 2002. Elle compte aujourd’hui 123 Etats membres, dont 33 Etats
africains. Ses relations avec l’Afrique font l’objet de controverses
récurrentes ; et les raisons d’une telle situation sont à rechercher dans les
multiples feuilletons judicaires dont les deux entités sont les principaux
acteurs dans un contexte où, progressivement, les débats déchainent des
passions souvent poussées aux extrêmes. D’un côté, des défenseurs de
la Cour pénale internationale soulignent l’importance de son action dans la
lutte contre l’impunité sur un continent africain marqué par des conflits,
des dictatures et la commission de crimes internationaux. Très optimistes
sur l’influence de la Cour, ils n’hésitent pas à lui reconnaitre des fonctions
qui vont au-delà de la simple répression des crimes internationaux. La
Cour aurait une fonction de prévention des conflits armés et la
construction d’une paix sociale durable, des vertus réparatrices d’un tissu
social déchiré dans plusieurs Etats africains, et un rôle dans le processus
de réconciliation de groupes dont le clivage attise les conflits et la
commission de crimes. De l’autre, les opposants à la Cour pénale
internationale dénoncent le comportement d’une Cour qui se focalise
principalement sur des situations africaines et ne poursuit que des
Africains. De cette constatation au soupçon d’une Cour partiale et
dorénavant bras judiciaire de la domination de puissances occidentales, le
pas est vite franchi.
Entre ces extrêmes, se trouvent de nombreux observateurs qui
défendent la Cour Pénale Internationale tout en dénonçant ses faiblesses
et reconnaissant la pertinence de certaines des critiques qui lui sont
adressées, y compris l’exclusivité africaine des poursuites engagées
jusqu’ici par elle. Après tout conviennent ils, aucune institution n’est
parfaite. La Cour Pénale Internationale est inévitablement, comme toute
institution, confrontée à des limites et des carences. De ce point de vue
elle reste perfectible.
L’intérêt de ce sujet n’est pas de se positionner dans des débats
médiatisés mais de s’interroger, dans le cadre des relations entre l’Afrique
et la CPI, sur la contribution africaine à la naissance de la CPI, à son
fonctionnement et à une fin éventuelle de l’institution. Cette étude se
justifie d’un point de vue théorique par l’utilité de passer en revue les
fondements juridiques de cette institution qu’est la CPI. Elle permet de
faire un rappel à la lueur de la doctrine, du contexte historique et juridique
qui ont sous-tendu la création de cette juridiction internationale de droit
commun qu’est la CPI. L’intérêt théorique n’allant pas sans un intérêt
pratique, nous allons dans la suite de notre développement nous y
intéresser. D’un point de vue pratique c’est l’occasion pour nous de
nous intéresser plus concrètement à la création de la CPI et à son
fonctionnement. Enfin mettre en exergue de faits d’actualité qui
alimentent les rapports souvent crispés entre l’Afrique et la CPI alors que
l’Afrique a pris une part très active à la création de l’institution et reste
très présente dans son fonctionnement, nous permettra de mieux
comprendre les différents enjeux géo politiques et stratégiques qui
s’entrechoquent.
Problématique de l’étude : il est question d’étudier les relations qui
existent entre l’Afrique et la Cour Pénale Internationale, et de discerner s’il
s’agit d’une entente parfaite ou de façade.
La réponse à un tel questionnement nous amènera à adopter une
approche juridico-fonctionnelle afin de traiter dans une première
partie de l’entente avérée entre l’Afrique et la CPI (I) à travers la
contribution africaine à la création de la CPI et à sa participation
au fonctionnement de l’institution ; et dans une seconde partie de
la détérioration des relations entre l’Afrique et la CPI (II) à travers
la remise en cause de la crédibilité de la CPI par les Etats africains
et le risque pour la CPI de perdre progressivement ses
compétences.