Papaine
Papaine
LA PAPAÏNE
Cet article est le début d'une série d'études sur la papaïne entreprises par Mils . Huet
et Haendler, technologues à la Station Centrale de l'I . F . A . C . à Foulaya . Dans les lignes
qui suivent, des renseignements agronomiques sur la culture du papayer sont donnés ;
différents procédés d'extraction du latex sont décrits ; certains essais industriels effectués
par les auteurs sont exposés . L'ensemble de ce travail s'adresse aussi bien au planteur
quia l'utilisateur .
LE PAPAYER
Données générales . mum et les meilleures zones de végétation sont celles qui
reçoivent entre i .5oo et 2 .000 mm d'eau . Une longue sai-
Le papayer, Carica papaya, appartient à la famille des
son pluvieuse semble néfaste, par l'humidité même et le
Caricaceae, voisine des Cucurbitaceae et des Passifloraceae .
Son aire originelle, non définie, serait vraisemblablement
le Mexique et presque toutes les espèces du genre sont FIG . 2 . - Jeune papayer de la variété Stambauoli . Première année
américaines, mais il prospère dans tous les pays intertro- d'exploitation . (Photo Tisseur I . F . A . C .)
picaux et même au-delà, partout où l'eau et la chaleur
peuvent lui être assurées en suffisance, où les gelées sont
ignorées et les vents peu redoutables .
Subspontané dans une grande partie de l'A . 0 . F ., c'est
un arbre de 4 à 8 m de haut, au tronc conique, rarement
ramifié, épais, mou, creux, portant des cicatrices annu-
laires laissées par la chute des feuilles, se terminant par
un bouquet de feuilles amples, palmées, à nervures épaisses,
divisées en lobes profonds, insérées sur le tronc par un long
pétiole creux . L'arbre est normalement dioïque, les fleurs
mâles et femelles étant portées par des individus différents .
La sexualité est, à vrai dire, chez le papayer, loin d'être
aussi simple, et on trouve nombre d'intermédiaires .
En dehors des pieds mâles, aux fleurs en panicules axil-
laires, longuement pétiolées, et des pieds femelles, aux
fleurs en corymbes axillaires à 2 ou 3 fleurs courtement
pédonculées, on peut trouver des pieds hermaphrodites
portant des fleurs à caractère mâle ou femelle . Cependant,
ces caractères ne sont pas héréditaires de sorte qu'il n'est
pas possible, avant l'apparition des fleurs, de déterminer le
sexe de l'arbre et, par suite, son utilité, ce qui nécessite cer-
taines précautions lors de l'établissement d'une plantation .
manque de soleil ; une saison sèche trop prolongée réduit les arbres à ne produire que lorsqu'ils sont relativement
la production de fruits et de latex . grands et risque de gêner l'exploitation . Il est préférable,
pour ces raisons, d'effectuer les semis en pots, en boîtes ou
Les exigences agrologiques . mieux en cylindres de papier goudronné, de façon à pou-
voir effectuer un repiquage en motte quand les plants ont
La plante peut pousser sur la plupart des sols bien drai- 10 à 15 cm de haut .
nés, mais, comme la majorité des arbres fruitiers, le pa- Les semis peuvent être également faits directement sur
payer donne une meilleure récolte quand il pousse en ter- place à raison de 5 à 6 graines par emplacement, ce qui
rain riche et profond . En sols aqueux,, les arbres ont une offre l'avantage de ne pas provoquer de perturbations dans
croissance en fuseau et laissent tomber prématurément l'enracinement et donne des plants qui entrent en produc-
leurs feuilles basses ; les autres jaunissent, la croissance tion de façon plus uniforme . Mais ce procédé, qui demande
est réduite . Si la submersion des racines se prolonge, un éclaircissage sélectif dès que la différenciation des sexes
l'arbre meurt . D'autre part, bien que pivotant, le système est visible, nécessite de toutes façons un élevage de plants
radiculaire du papayer est peu profond et un sol trop sec en pépinière pour les remplacements . Bien que moins
peut produire des effets tout aussi nuisibles, l'arbre mou- onéreux, on lui préfère le plus souvent la méthode des
.rant de faim . semis préalables qui donne de meilleurs résultats .
Dans des conditions optima d'humidité, de soleil et de L'emplacement prévu pour la mise en place définitive
température, les papayers ont une végétation trapue, at- pourra être labouré sur une profondeur de 30 à 40 cm,
teignent leur maturité à un âge précoce, et produisent bien . une simple trouaison de 0,60/0,60 m étant suffisante pour
Dans des conditions moins favorables, le tronc est mince chaque pied . Le tuteurage des jeunes plants n'est en géné-
et en fuseau, la période de fructification retardée et les ral pas nécessaire.
fruits peu nombreux . Les distances de plantation les plus préconisées sont
La culture du papayer est épuisante et il est à peu près - 2 m sur la ligne, 2 m entre les lignes, soit 2 .500 plants
impossible qu'elle soit intensive sans apport d'engrais ; le à l'ha .
papayer répond, d'ailleurs, très bien à l'engrais . De très - 2 m sur la ligne, 2,5 m entre les lignes, soit 2 .000 plants
bons résultats ont été obtenus avec les apports de fumure à l'ha .
organique et en particulier de sang séché . La fumure de - 2 m sur la ligne, 3 m entre les lignes, soit 1 .500 plants
fond moyenne peut être de 5o tonnes de fumier à l'hectare à l'ha .
et 375 à 400 kg de superphosphate . La fumure minérale - 2,5 m sur la ligne, 3 m entre les lignes, soit 1 .300 plants
peut être amenée sous forme de mélange dans les propor- à l'ha .
tions 4-8-5 à raison de Les doubles lignes, espacées de 2 men tous sens et sépa-
rées par un interligne de 3 à 4 m, soit 2 .000 plants à l'ha,
Zoo gr pour les sujets de moins de six mois, constituent un dispositif recommandable . Ce dernier écar-
350 gr pour les sujets de plus de six mois, tement permet un passage des engins mécaniques ou une
900 à 1 .250 gr pour les sujets d'un an et plus . éventuelle culture intercalaire, mais, de l'expérience ac-
quise dans les différents pays, le papayer se comporte
On recommande en Afrique des fumures organiques mieux en monoculture .
renforcées (fumier-compost-engrais vert) et l'apport des L'entretien des plantations consiste en destruction des
éléments majeurs tels que acide phosphorique, potasse et mauvaises herbes par labour, sarclage ou emploi de désher-
chaux sous forme peu soluble et pulvérulente . bants . L'épandage de paillis est fortement recommandé
dans la plupart des régions . La nécessité des irrigations dé-
Les exigences culturales . pend éventuellement du régime et de la répartition des pluies
de la zone cultivée, mais aussi de la situation des cultures et
Le papayer a pu être multiplié avec succès par boutures du sol . De toute façon, on accordera une grande attention
et par greffes ; toutefois le semis reste le mode de repro- aux facilités d'irrigation, une culture de papayers deman-
duction donnant les plants les plus vigoureux . Les graines dant passablement d'eau . KUMAR, à la Station de Saha-
sont prélevées sur des arbres non saignés, présentant les rangpur, estime que deux irrigations par semaine sont
caractères recherchés, les caractéristiques prises en consi- nécessaires durant les mois chauds, une seule étant jugée
dération dans le choix du porte-graines étant la vigueur, suffisante durant les mois plus froids . Ce régime nécessi-
la taille des fruits et leur espacement sur le tronc, la cou- terait trois journées de main-d'ceuvre par acre et par an ( 1 ) .
leur de la chair (les fruits rouges semblant donner une Le coût de l'établissement d'une plantation de papayers
plus grande quantité de latex) . Les graines des fruits sai- varie assez largement selon les pays, les _conditions et
gnés risquent d'être stériles . les méthodes employées . Néanmoins, afin de donner un
La méthode la plus courante est de semer les graines aperçu, nous citerons les chiffres donnés par KUMAR
en planches, en pépinière ou sur couche . Toutefois, cette
pratique, qui nécessite un repiquage à racines nues, pro- (r) r acre = 4 .046 m2 . Il faudrait donc environ 7 journées 1/2 de
voque un retard du développement végétatif, ce qui amène main d'0euvre par hectare et par an .
Fruits - Vol . 10, n0 3, 1955
aux Indes . La valeur relative de ces chiffres et l'indication pareil laticifère de la plante est formé de grands tubes
des journées de main-d'oeuvre correspondant aux prin- articulés provenant de cellules dont les parois trans-
cipaux travaux peuvent apporter d'intéressants rensei- versales se sont résorbées, reliés entre eux par de fines
gnements (Tableau I) . anastomoses et répartis dans les divers parenchymes .
On en trouve jusque dans le mésophylle foliaire et le
Exploitation du papayer en vue de la production de péricarpe du fruit, mais ils sont inexistants dans les
papaïne . racines .
Le fait que ces canaux laticifères soient répartis dans
La papaïne, sous sa forme commerciale, est un produit toute la plante laisse supposer que l'extraction du latex
sec, d'aspect grumeleux, allant du jaune crème au brun peut être réalisée en partant indifféremment des diverses
foncé, constitué par le « latex » séché du papayer . L'ap- parties : feuilles, fruits, tronc, pétioles . Des essais ont été
TABLEAU I
Matériel Travaux
Total
Opérations pour les
°' du prix Main-d'ceuvre % du prix opérations
Article Quantité Travaux
de revient en journées de revient
I
i) Préparation Graines 56o gr 1,14 0, Semis 7,5 0 .42 0-"
des plants Pots pour Arrosage 30 1,68 00
graines 25 0,17 0i,
Pots pour plants 1 .750 3,95 00 Transplanta- 27,5 I~54 %
tion en pots
Paillis 0,o Couverture 0,14 0
1,42 2,5
3) Transplanta- Transplanta-
tion sur le ter- tion 7,5 0 , 42 0,42
rain
4) Opérations
culturales
a) Irrigation Eau 40 fois 22,52 °, Irrigation 100 5,6o %
b) Sarclage Sarclage 250 14
c) Fumure S0, (NH 4 )2 618 kg 10,32 0,
Superphosphate 462 kg 10,32 °~ Application 15 0,84 0
fumure
NO 3 K 157 kg 6 .58 0,0
d) Protection Foin pour pail-
lage 0,94 % Protection 22 ,5 1,26 0,,
effectués, notamment par BALLS et THOMPSON, en vue Des nombreux essais tentés, il ressort que la conserva-
de déterminer les possibilités d'extraction en prenant comme tion des qualités de la papaïne brute extraite des feuilles
matière première les fruits cueillis, d'une part, et les pé- n'est pas aussi bonne que celle du latex commercial séché .
tioles et les feuilles, d'autre part . Si l'obtention de l'enzyme de feuilles apparaît chimique-
Les résultats obtenus ont montré que la quantité d'en- ment praticable, la purification de la préparation est assez
zyme récupérable à partir du fruit par broyage et extrac- longue et coûteuse et ce procédé ne semble pas, dans les
tion, indépendamment des difficultés de récupération dues conditions actuelles, devoir remplacer le traditionnel mode
au pouvoir inhibiteur du jus, ne peut être beaucoup plus d'extraction par saignée .
La saignée .
Elle consiste à effectuer sur le fruit sur pied, à l'aide
d'un instrument tranchant, une série de fentes longitudi-
nale peu profondes (3 mm environ) n'intéressant que l'épi-
derme . Les canaux laticif ères sectionnés, le latex s'écoule et
peut être recueilli à la base du fruit . Pour cette récolte,
différents procédés peuvent être utilisés . Le plus générale-
ment employé est celui du « parasol » . Le latex étant corro-
sif, il estbon, dans tous les cas, d'éviter les projections,
notamment dans les yeux, et d'utiliser des gants de
caoutchouc .
tation qui peut être obtenue soit par l'alcool, soit par le
sulfate d'ammonium .
L'enzyme peut être complètement précipité par addi-
tion de cinq volumes d'alcool à 90° . L'activité se détério-
rant rapidement en milieu alcoolique, il est indispensable de
filtrer immédiatement et de sécher, sous vide de préférence .
Avec SO 4 NH 4 , c'est l'addition au jus de deux volumes
de solution saturée qui a donné les meilleurs résultats, bien SCHEMA II. - Modifications .
que la précipitation ne soit pas complète et qu'il reste dans -'"il, La toile de protection est ra-
F„u~a„
et battue pour masquer le vide
le latex, après séchage, 5o ° , SO4NH4 , ce qui nécessite entre les lattes, (d'après
une purification . .
WALLACE)
Fruits - Vol . 10, no 3, 1955
Procédé « a la bassine » .
Rendements .
TABLEAU II
Poids du fruit Poids du latex frais Pourcentage latex frais Poids de latex séché Latex séché en % de
en grammes en grammes Poids du fruit (en grammes) de fruit frais
TABLEAU III
TABLEAU IV
Production
moyenne 50,25 66 .65 29,79 42,32 189,02
Fruits - Vol . 10, no 3, 1955
Séchoir fermé.
Le simple bâti, où est prévu l'accrochage de toiles
(schéma III), placé dans le four d'une cuisinière, ou les
séchoirs industriels modernes peuvent être envisagés . On
aura, dans ce système, presque toujours un foyer et une
chambre de chauffe où les claies sont superposées dans une
enceinte close . L'emploi de ce genre de four est en général
estimé onéreux, les résultats obtenus étant considérés
comme inférieurs à ceux donnés par les séchoirs de type
ouvert .
FIG . - Fruits saignés sur pied . (Photo Tisseau I . F . A . C .)
Séchoir ouvert.
sur une période d'exploitation de cinq ans, de 50 à 7o kg Ils sont toujours basés sur le principe d'un courant d'air
de suc sec en adoptant une densité de 2 .000 plants à l'ha . chaud traversant le produit à sécher, mais il n'est employé
dans ce cas qu'une aire de séchage, sur un seul plan, à l'air
Séchage du latex . libre .
Le type le plus simple et le plus couramment utilisé est
Le latex frais récolté doit être séché ; mais il est préfé- le four à carneau (schéma IV) qui peut être aménagé
rable, avant tout traitement, de tamiser le produit récolté, de façon très rustique et est, dans ce cas, de construction
afin d'en éliminer les impuretés. On pourra utiliser un tamis économique mais de rendement faible, ou construit en ma-
à mailles de 3 à 4 mm, à la condition qu'il ne soit pas en çonnerie, modèle plus durable, d'exploitation moins oné-
fer . Contenant environ 85 O/ d'eau, le latex frais doit reuse mais demandant des frais d'investissement supé-
rieurs .
Quel que soit le mode de séchage adopté, la température
Cheminée
à laquelle est soumis le latex ne doit pas être trop élevée
et ne doit pas dépasser 60° ; le temps d'exposition, va-
riant selon la température ambiante et les conditions de
Aire de séchage séchage doit être le plus court possible .
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L . HAENDLER
Emballage et stockage de la papaïne . Ingénieur te chnologue
Station centrale de Guinée
Après le séchage, qui doit donner un produit blanc cré- I . F. A . C .
meux, grumeleux, non collant, la papaïne doit être embal-
lée le plus rapidement possible .
Les emballages utilisés sont : soit la caisse doublée ou
le papier d'aluminium entouré de papier paraffiné, soit,
et ce sont les plus couramment employés, les boîtes, les
bidons, les « touques » ou les « tines » de fer-blanc entière-
ment paraffinés . Il est préférable d'utiliser des emballages
hermétiques qui pourront être scellés sous vide ou en
atmosphère de gaz inerte, car la papaïne se « conserve »
mal et tous les auteurs s'accordent à dire qu'au bout de
quelques mois de stockage la moitié du pouvoir protéoly-
tique de l'enzyme est perdu .
Malgré les précautions que l'on peut prendre, la papaïne
devra être commercialisée le plus rapidement possible afin
d'éviter un stockage prolongé .