Cadre constitutionnel béninois et
gestion des finances publiques
Le cadre constitutionnel béninois prévoit expressément les principes de contrôle, de
responsabilité et de transparence dans la gestion des finances publiques¹. La Constitution
du 11 décembre 1990, modifiée en 2019, dote le Bénin d’un ensemble de garanties
juridiques à même d’encadrer l’utilisation des ressources publiques². L'article 98 alinéa 3 y
consacre la compétence du Parlement en matière de lois de finances, affirmant ainsi la
centralité du pouvoir législatif dans la surveillance budgétaire³.
Par ailleurs, l'article 131 de la Constitution institue la Cour des comptes comme juridiction
chargée de contrôler la gestion des finances publiques⁴. Cette instance incarne l’exigence de
redevabilité, essentielle au fonctionnement du budget-programme. La reddition des
comptes, inscrite dans la norme suprême, fonde l’obligation pour chaque autorité publique
de rendre compte de l’utilisation des crédits mis à sa disposition⁵.
Le professeur Jean-Pierre Duprat souligne à juste titre que la constitutionnalisation de ces
principes témoigne d’une volonté politique de soumettre la gestion publique à des règles de
responsabilité⁶. Cette responsabilité n’est pas seulement juridique, mais également
politique, morale et administrative. Dans le cadre du budget-programme, elle prend la
forme d’une exigence de performance⁷.
La Constitution consacre également la liberté d’accès à l’information publique, notamment
dans ses articles relatifs à la liberté d’expression et à la transparence de l’administration⁸.
Cette disposition permet aux citoyens, aux médias et aux organisations de la société civile
de surveiller et d’évaluer la gestion des marchés publics⁹.
L’article 35 de la Constitution insiste sur le devoir de chaque citoyen de contribuer à la
chose publique, ce qui inclut le devoir d’exiger la bonne gestion des finances de l’État¹⁰.
Cette logique renforce la dimension participative du contrôle citoyen, en harmonie avec les
standards du New Public Management (NPM)¹¹.
Dans le prolongement de ces principes, la pratique parlementaire a évolué vers une plus
grande exigence de contrôle sur les lois de finances, les décrets d’application et les résultats
de gestion¹². L’utilisation des rapports annuels de performance comme instruments
d’évaluation par les commissions parlementaires est un signe tangible de cette évolution¹³.
La consécration constitutionnelle de la reddition des comptes a également un impact sur le
contrôle juridictionnel. Elle fonde les interventions de la Cour des comptes dans les affaires
relatives à la commande publique, qu’elle analyse à travers ses contrôles de conformité et
de performance¹⁴. Dans cette optique, les marchés publics sont soumis à une double
exigence de légalité et d’efficacité¹⁵.
Selon Michel Bouvier, une Constitution moderne se doit d’intégrer la question financière
dans son champ de protection normative, car le pouvoir budgétaire est l’un des principaux
leviers de l’action publique¹⁶. Le Bénin, par l’inscription de la reddition des comptes dans sa
Constitution, confirme son adhésion à une vision républicaine de la gestion publique¹⁷.
En somme, le cadre constitutionnel béninois est un fondement solide pour le déploiement
du budget-programme. Il garantit l’encadrement juridique de la dépense publique, tout en
offrant des moyens de contrôle à la fois institutionnels et citoyens. La compatibilité entre les
réformes du budget-programme et l’édifice constitutionnel national témoigne d’une
cohérence entre modernisation administrative et tradition juridique¹⁸.
Notes de bas de page
1. Constitution de la République du Bénin du 11 décembre 1990, modifiée par la loi n°2019-
40 du 7 novembre 2019.
2. Ibid., Préambule et Titre XI.
3. Constitution béninoise, art. 98 al. 3 : « La loi de finances détermine les ressources et les
charges de l’État dans les conditions et sous les réserves prévues par une loi organique. »
4. Ibid., art. 131 : « La Cour des comptes est chargée du contrôle de la gestion des finances
publiques. »
5. Cour des comptes du Bénin, Rapport public général 2022, p. 12.
6. Jean-Pierre Duprat, Droit constitutionnel et finances publiques : la responsabilité
financière en démocratie, LGDJ, 2018, p. 113.
7. Nicaise Médé, Droit budgétaire en Afrique de l’Ouest, CREDIJ, 2019, p. 98.
8. Constitution béninoise, art. 23 et 24 sur les libertés fondamentales.
9. Marina Teller, « La transparence comme vecteur de démocratie financière », Revue
française de finances publiques, n°146, 2020, p. 45.
10. Constitution béninoise, art. 35 : « Les citoyens ont le devoir de contribuer à la chose
publique. »
11. OCDE, Gouvernance budgétaire et modernisation de l’action publique, Paris, 2021, p. 51.
12. Assemblée nationale du Bénin, Rapport annuel sur le suivi des lois de finances, 2023.
13. Commission des finances, Compte rendu des travaux de la session budgétaire, 2022.
14. Cour des comptes du Bénin, Note technique sur l’évaluation des politiques publiques,
2021.
15. Direction nationale des marchés publics, Guide méthodologique d’évaluation de la
commande publique, 2022.
16. Michel Bouvier, Finances publiques, 12e éd., LGDJ, 2023, p. 75.
17. Michel Bouvier, « La norme constitutionnelle budgétaire : fondement de la légitimité
financière », RFFP, n°132, 2016, p. 11.
18. Nicaise Médé, Réformes budgétaires et constitution béninoise, Presses de l’UAC, 2022, p.
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