Zongo Lp3 Acg
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DEDICACE .........................................................................................................................................
REMERCIEMENT ..............................................................................................................................
AVANT-PROPOS................................................................................................................................
RESUME .............................................................................................................................................
ABSTRACT .........................................................................................................................................
PREMIERE PARTIE : GENERALITE SUR L’AUDIT DES ETATS FINANCIERS ET L’IA ............
BIBLIOGRAPHIE .....................................................................................................................
WEBOGRAPHIE .......................................................................................................................
C'est dans ce contexte que l'intégration de l'Intelligence Artificielle (IA) dans le processus
d'audit des états financiers émerge non seulement comme une opportunité technologique,
mais comme une impérative stratégique pour l'avenir de la profession. Loin d'être une simple
tendance passagère, l'Intelligence Artificielle (IA) représente un changement de paradigme
fondamental dans la manière dont les audits sont conduits. Elle offre des outils capables de
révolutionner chaque étape du processus d'audit, de la planification à la collecte et à l'analyse
des preuves, jusqu'à la formulation des opinions. L'Intelligence Artificielle (IA) permet
d'envisager un audit augmenté, où les capacités humaines des auditeurs sont amplifiées par la
puissance analytique et la capacité de traitement de l'Intelligence Artificielle (IA). Des
algorithmes sophistiqués peuvent scruter des ensembles de données massifs pour identifier
des schémas inhabituels, des transactions suspectes et des risques potentiels qui pourraient
échapper à l'examen humain. L'automatisation des tâches routinières et chronophages, telles
que la vérification de la conformité et le rapprochement des données, libère les auditeurs pour
qu'ils se concentrent sur des aspects plus complexes et nécessitant un jugement professionnel
plus poussé, tels que l'évaluation du risque, l'analyse de la substance économique des
transactions et la communication des conclusions d'audit.
Cependant, cette transformation profonde ne se fait pas sans soulever des questions cruciales
et des défis significatifs. L'intégration de l'Intelligence Artificielle (IA) dans l'audit soulève
des enjeux éthiques fondamentaux concernant la transparence des algorithmes, le potentiel de
biais dans les données et les décisions automatisées, ainsi que la question de la responsabilité
en cas d'erreurs ou d'omissions. Sur le plan technique, l'interopérabilité des systèmes
d'Intelligence Artificielle (IA) avec les infrastructures informatiques existantes et la garantie
de la sécurité et de la confidentialité des données sont des préoccupations majeures.
De plus, l'avènement de l'IA dans l'audit redéfinit les compétences requises pour les
professionnels du secteur. Au-delà de la maîtrise des principes comptables et des normes
d'audit, les auditeurs de demain devront posséder une compréhension des technologies de l'IA,
des compétences en analyse de données, une capacité à interpréter les résultats générés par les
algorithmes et une aptitude à collaborer efficacement avec des systèmes intelligents. La
formation initiale et continue de la profession doit évoluer pour intégrer ces nouvelles
exigences.
Ce sont précisément ces dynamiques complexes et ces enjeux cruciaux qui motivent notre
étude sur le thème :
« L’utilisation de l’Intelligence Artificielle (IA) dans l’audit des états financiers : Enjeux
et défis. »
II. PROBLÉMATIQUE
La réponse à cette question fondamentale suscite la série de questions spécifiques que voici :
▪ Comment l'IA optimise-t-elle spécifiquement l'efficacité et la qualité de l'audit ?
▪ Quelles garanties éthiques et réglementaires sont essentielles pour l'IA en audit ?
▪ Quel est l'avenir du rôle de l'auditeur face à l'intégration de l'IA ?
IV. OBJECTIFS
Pour un travail concluant et rigoureux, il est primordial de se fixer des objectifs (général et
spécifiques) afin qu’on ne s’affranchisse d'une navigation hasardeuse et dépourvue de cap.
Il s’agit ici d’explorer les opportunités offertes par l'Intelligence Artificielle (IA) pour
transformer le processus d'audit des états financiers en termes d'efficacité, de qualité et de
rapidité, tout en analysant les implications éthiques et les exigences réglementaires qui
encadrent son adoption.
L’étude pourra :
✓ Identifier comment l'IA peut automatiser des tâches d'audit pour gagner du temps.
✓ Analyser comment l'IA peut aider à mieux détecter les erreurs dans les comptes.
✓ Comprendre les problèmes d'éthique et les règles à suivre pour utiliser l'IA en audit.
V. INTÉRÊT DE L’ÉTUDE
Pour développer le thème de recherche, notre étude sera scindée en trois (03) parties
essentielles :
Une première partie qui sera consacrée à la généralité sur l’audit des états financiers et l’IA.
Il s’agira dans cette partie d’aborder des concepts fondamentaux de l’audit en premier lieu et
de l’IA en deuxième lieu.
Une deuxième partie portera d’abord sur l'IA comme Levier d'Efficacité dans l'Audit des États
Financiers et ensuite sur l'IA au service de l'amélioration de la qualité de l'audit des états
financiers.
Une troisième partie qui portera sur les enjeux éthiques et réglementaires de l'intégration de l'IA
dans l'audit et perspectives d'avenir.
PREMIERE PARTIE :
C'est dans ce contexte de convergence que notre étude prend toute sa pertinence. Le choc des
cultures entre une profession ancrée dans des principes déontologiques séculaires et une
technologie en constante mutation est au cœur de cette problématique. Il devient impératif
d'évaluer comment l'IA peut être intégrée dans le processus d'audit, et d'en mesurer les
opportunités, les défis et les adaptations nécessaires.
Afin de poser les bases de notre analyse, cette première partie de notre travail s'articulera autour
de deux chapitres. Nous débuterons en nous plongeant au cœur des principes fondamentaux de
l'audit des états financiers pour établir une base de référence solide. Cela permettra de mieux
évaluer comment l'IA est susceptible de modifier ces pratiques établies, sans jamais
compromettre l'indépendance, le scepticisme professionnel et l'intégrité.
Dans un second temps, nous lèverons le voile sur l'Intelligence Artificielle elle-même. Au-delà
du simple terme à la mode, il est crucial de décortiquer ses concepts fondamentaux et d'illustrer
son impact croissant dans le secteur financier, mais plus précisément dans l’audit comptable et
financier.
CHAPITRE 1 : FONDEMENTS DE L'AUDIT DES ÉTATS FINANCIERS
Le présent chapitre constitue la pierre angulaire de notre étude, en ce qu'il établit les fondements
essentiels à la compréhension du rôle et des pratiques de l'audit des états financiers. Avant
d'explorer l'impact potentiel de l'Intelligence Artificielle sur cette profession, il est important
de délimiter précisément ce que recouvre l'audit des états financiers, ses objectifs intrinsèques
au sein du système économique, et les principes fondamentaux qui guident sa mise en œuvre.
Nous examinerons la nature même de cette activité, en distinguant ses différentes formes et en
soulignant son importance pour la confiance des parties prenantes. De plus, nous détaillerons
les objectifs primordiaux de l'audit, notamment l'expression d'une opinion sur la fidélité des
comptes et la détection des anomalies significatives. Enfin, nous introduirons les composantes
essentielles des états financiers audités, objets de l'examen de l'auditeur. Ce chapitre inaugural
vise ainsi à fournir un cadre de référence solide et précis, indispensable pour évaluer
ultérieurement les transformations induites par l'intégration de l'IA.
La CNCC définit l’audit des états financiers comme suit : << Une mission d’audit des
comptes annuels a pour objectif de permettre au commissaire aux comptes de formuler une
opinion, exprimant si ces comptes sont établis, dans tous leurs aspects significatifs,
conformément au référentiel comptable qui leur est applicable.>>
Pour l’IFAC, une mission d’audit des états financiers a pour objectif de permettre à l’auditeur
d’exprimer une opinion selon laquelle les états financiers ont été établis, dans leurs aspects
significatifs, conformément au référentiel comptable identifié. Pour exprimer cette opinion,
1
L’audit interne opérationnel et financier, Les fondements et les techniques ; Mohammed LARQUI
HOUSSAINI. Collection AUDITOR.
2
L’audit financier ; Didier De Menonville, Jean Raffegeau et Pierre Dufils ; Edition Safir.
l’auditeur emploiera la formule <<donne une image fidèle>> ou <<présente sincèrement sous
tous les aspects significatifs>> qui sont des expressions équivalentes.
L'objectif fondamental et le plus visible de l'audit est l'expression d'une opinion indépendante
et motivée sur la conformité des états financiers. Cette opinion porte sur trois concepts clés :
• La régularité : Elle fait référence au respect strict des règles, principes et procédures
comptables établis par le référentiel applicable. L'auditeur vérifie que la présentation,
la classification et la méthode de calcul des postes sont conformes aux dispositions
légales et normatives.
• La sincérité : La sincérité implique que les comptes sont établis de bonne foi, sans
intention de masquer ou de manipuler l'information. L'auditeur évalue si les jugements
et estimations significatifs faits par la direction sont raisonnables et justifiés, reflétant
ainsi une image fidèle de la situation financière de l'entité.
• L'image fidèle : L'image fidèle signifie que les états financiers donnent une
représentation juste et objective de la situation financière, de la performance et des
flux de trésorerie de l'entité.
Bien que l'objectif principal de l'audit ne soit pas la détection exhaustive de toutes les fraudes
ou erreurs, l'auditeur a la responsabilité professionnelle de planifier et de réaliser son audit de
manière à obtenir l'assurance raisonnable que les états financiers ne contiennent pas
d'anomalies significatives, qu'elles résultent d'erreurs involontaires ou de fraudes
intentionnelles. Cela implique une approche méthodique :
3.1. Bilan
Le bilan est une photographie statique de la situation financière d’une entité à une date précise
(généralement la clôture de l'exercice). Il présente d'un côté l'actif, qui représente les
ressources que possède l'entreprise (les immobilisations corporelles et incorporelles, les
stocks, les créances clients, la trésorerie) et de l'autre côté le passif, qui représente l'origine de
ces ressources (ses obligations ou dettes, ainsi que les capitaux propres).3
L'équation fondamentale du bilan est Actif = Passif.
Le compte de résultat est un tableau à double entrées qui retrace la performance financière
d’une entité sur une période donnée (généralement un exercice comptable)4. Il présente les
produits générés (comme le chiffre d'affaires issu des ventes de biens ou services, les revenus
financiers) et les charges encourues (coût des ventes, charges d'exploitation, charges
financières, impôts sur les bénéfices) pour aboutir au résultat net (bénéfice ou perte) de la
période.
Le tableau de flux de trésorerie est un document dynamique qui explique les variations de la
trésorerie et des équivalents de trésorerie de l'entité sur une période donnée. 5Il classe les flux
de trésorerie par trois grandes catégories d'activités :
• Activités Opérationnelles
• Activités d'Investissement
• Activités de Financement
Un tableau de flux de trésorerie est tout simplement un état financier qui résume les
mouvements de trésorerie entrants et sortants d’une entreprise sur une période spécifique.
Les notes annexes (ou l'Annexe aux états financiers) complètent et éclairent les informations
présentées dans le bilan, le compte de résultat et le tableau de flux de trésorerie. Elles
fournissent des informations détaillées et explicatives essentielles pour une compréhension
juste et complète des comptes.
Les notes annexes sont des informations inscrites dans un document pour mieux expliquer en
long et en large les méthodes comptables, les transactions importantes et d’autres
informations pertinentes afin de faciliter une meilleure compréhension de la situation
financière d’une entreprise6.
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6
comparabilité et la crédibilité des missions d'audit à l'échelle nationale et internationale. Il
fournit une feuille de route méthodologique et éthique pour les professionnels.
Les normes ISA sont conçues de manière logique pour couvrir l'ensemble du processus
d'audit, de la planification à la communication des conclusions. Elles sont numérotées et
regroupées par thèmes pour faciliter leur compréhension et leur application :
Chaque norme fournit des objectifs clairs, des exigences obligatoires ("l'auditeur doit...") et
des modalités d'application détaillées, souvent accompagnées d'exemples et de commentaires
pour guider l'auditeur dans des situations diverses.
L'importance des ISA est capitale pour la profession d'audit et pour la confiance dans
l'information financière à l'échelle mondiale :
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La phase d’évaluation du contrôle interne permet à l’auditeur d’évaluer les procédures et
systèmes manuels ou informatisées utilisées par l’entité. Durant cette phase, l’auditeur
approfondit sa connaissance des risques inhérents à l’activité et statue définitivement sur le
risque de non contrôle. Il en déduit les risques d’erreurs possibles sur les états financiers audités.
3.1.Direction
La direction est l’équipe de gestion de l’entreprise, responsable de la préparation et de la
présentation des états financiers.
3.2.Conseil d'administration et comité d'audit
Ces groupes supervisent la direction et les processus de reporting financier. Ils s'attendent à
ce que l'auditeur fournisse une évaluation objective de la qualité des états financiers et des
contrôles internes.
3.3.Actionnaires et investisseurs
Ils utilisent les états financiers pour prendre des décisions d'investissement. Ils s'attendent à ce
que l'auditeur fournisse une opinion indépendante sur la fidélité des états financiers, ce qui les
aide à évaluer la performance financière et la position de l'entreprise.
3.4.Prêteurs et créanciers
Ils utilisent les états financiers pour évaluer la solvabilité d'un emprunteur. Ils s'attendent à ce
que l'auditeur fournisse une opinion sur la capacité de l'entreprise à rembourser ses dettes.
3.5.Organismes de réglementation
Ils utilisent les états financiers pour surveiller la conformité aux lois et réglementations. Ils
s'attendent à ce que l'auditeur s'assure que les états financiers sont conformes aux normes
comptables et aux exigences réglementaires.
Cet audit est à l’intérieur d’une société, une fonction « indépendante » d’appréciation et
d’évaluation des autres contrôles10. Elle joue à ce titre le rôle de contrôle et est au service de
la direction générale. Bien qu'internes à l'organisation, les auditeurs internes se doivent d'agir
avec indépendance et objectivité par rapport aux opérations et aux services qu'ils contrôlent.
L'audit interne a une vocation principalement managériale et opérationnelle, fournissant des
recommandations pour l'amélioration continue des processus et la réalisation des objectifs
stratégiques de l'entreprise.
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(audit des états financiers) est le plus connu des audits contractuels mais il existe aussi l'audit
organisationnel, l'audit de gestion, l'audit fiscal.
L'IA est l'ensemble des théories et des techniques mises en œuvre en vue de réaliser des
machines capables de simuler l'intelligence humaine. Elle se distingue par sa capacité à
permettre aux systèmes de réaliser des tâches qui, si elles étaient effectuées par des humains,
nécessiteraient de l'intelligence.
• IA Faible (ou Étroite) : C'est l'IA actuelle, conçue pour une tâche unique et limitée (ex
: reconnaissance faciale, assistants vocaux). Elle excelle dans son domaine mais ne
possède pas d'intelligence générale.
• IA Forte (ou Générale) : Une IA hypothétique qui aurait des capacités cognitives
humaines généralisées, capable de s'adapter et de résoudre n'importe quel problème
intellectuel. Elle reste un objectif de recherche futuriste.
• Super-intelligence Artificielle (ASI) : Une IA théorique dont l'intelligence surpasserait
largement celle de l'homme dans tous les domaines.
Les données sont le carburant de l'IA. La performance des algorithmes d'IA dépend
directement de la quantité, de la qualité et de la pertinence des données sur lesquelles ils sont
entraînés. Les algorithmes sont les "recettes" mathématiques qui permettent aux machines
d'apprendre des données.
Le secteur financier, caractérisé par des volumes massifs de données, des besoins de rapidité
d'analyse et des exigences strictes en matière de risque et de conformité, est un terrain fertile
pour l'application de l'IA. L'IA y apporte des capacités d'analyse, de prédiction et
d'automatisation qui transforment radicalement les opérations et les services.
1. IA et analyse financière
L'IA révolutionne la manière dont les marchés sont compris et les décisions d'investissement
sont prises, en offrant des outils d'analyse bien au-delà des capacités humaines.
L'IA, via le traitement du langage naturel (NLP), est capable de scanner et d'analyser des
quantités massives de données textuelles et vocales non structurées provenant de diverses
sources. Cela inclut les articles de presse économique, les rapports d'analystes, les
transcriptions de conférences téléphoniques d'entreprises, les publications sur les médias
sociaux, les blogs financiers et même les discussions sur les forums en ligne. En extrayant les
informations pertinentes et en déterminant le sentiment (positif, négatif, neutre) associé à des
entreprises, des produits ou des événements économiques, l'IA peut identifier des tendances
de marché émergentes, anticiper les réactions des investisseurs, et détecter des signaux faibles
qui pourraient influencer la valeur des actifs. Par exemple, un changement soudain de
sentiment autour d'une entreprise sur les réseaux sociaux peut alerter les traders IA avant
même que la nouvelle ne devienne publique.
La gestion des risques est un domaine où l'IA apporte des améliorations considérables,
transformant les approches de détection, d'évaluation et de prévention.
Dans le secteur bancaire et du crédit, l'IA a révolutionné l'évaluation du risque de crédit. Les
modèles d'IA ne se contentent plus d'analyser les données financières classiques d'un
demandeur (historique de crédit, revenus, dettes). Ils peuvent intégrer une multitude de
données alternatives (comportement d'achat en ligne, historique d'emploi, éducation, même
l'activité sur les réseaux sociaux dans certains cas) pour construire un profil de risque plus
nuancé et précis. Cela permet de prédire avec une meilleure exactitude la probabilité de défaut
d'un emprunteur, d'optimiser les conditions de prêt, et d'offrir des services financiers
personnalisés à une clientèle plus large, y compris ceux qui n'ont pas un historique de crédit
traditionnel. L'IA réduit les taux d'erreur dans les décisions de prêt et aide à gérer plus
efficacement les portefeuilles de crédit.
L'intérêt pour l'IA dans l'audit n'est pas récent, mais son application concrète est devenue
viable avec les avancées technologiques récentes. Les premières incursions de l'IA dans
l'audit ont souvent pris la forme d'outils d'analyse de données avancée et d'automatisation
simple. Avant l'explosion du Deep Learning, des systèmes experts et des techniques de
Machine Learning plus classiques étaient utilisés pour des tâches spécifiques. Par exemple,
des logiciels pouvaient analyser des journaux comptables pour identifier des transactions
inhabituelles ou des schémas de dépenses anormaux. Des outils de Robotic Process
Automation (RPA) ont été parmi les premiers adoptés pour automatiser des tâches répétitives
comme l'extraction de données de documents PDF ou le rapprochement de grands volumes de
transactions. Ces applications initiales, bien que rudimentaires par rapport aux capacités
actuelles, ont démontré le potentiel de l'IA à soulager les auditeurs des tâches manuelles et à
améliorer la couverture des tests, ouvrant la voie à des investissements plus importants dans
des solutions plus sophistiquées. Les cabinets ont d'abord mené des projets pilotes et des
preuves de concept pour évaluer la faisabilité et les bénéfices de ces technologies.
• Volume et complexité croissante des données : Les entreprises génèrent des quantités
de données financières et non financières sans précédent (Big Data). Les méthodes
d'audit traditionnelles basées sur l'échantillonnage ne suffisent plus à fournir une
assurance suffisante sur ces volumes. L'IA est la seule technologie capable de traiter et
d'analyser l'intégralité de ces données de manière efficiente.
• Pression sur les honoraires et la rentabilité : Le marché de l'audit est très concurrentiel,
et les clients exigent une plus grande valeur pour leurs honoraires. L'IA permet
d'automatiser des tâches, de réduire le temps passé sur la mission et d'optimiser les
ressources, ce qui peut améliorer la rentabilité des cabinets ou leur permettre de
proposer des services plus compétitifs.
• Besoin d'insights plus profonds et de meilleure qualité : Les parties prenantes
attendent des audits qu'ils aillent au-delà de la simple conformité pour fournir des
insights sur les risques émergents, l'efficacité des contrôles et les opportunités
d'amélioration. L'IA, avec ses capacités d'analyse prédictive et de détection
d'anomalies complexes, répond à ce besoin en améliorant la qualité et la pertinence
des conclusions d'audit.
• Attraction et rétention des talents : Les jeunes professionnels de l'audit sont attirés par
les technologies innovantes. L'intégration de l'IA rend la profession plus moderne,
plus stimulante et moins axée sur les tâches répétitives, ce qui aide les cabinets à
attirer et à retenir les meilleurs talents.
• Exigences réglementaires et attentes des régulateurs : Les régulateurs encouragent de
plus en plus l'utilisation des technologies pour améliorer la qualité de l'audit et la
détection des fraudes. L'adoption de l'IA devient un signe de conformité et de
proactivité pour les cabinets.
• Gestion des risques accrus : La sophistication des schémas de fraude et la complexité
des transactions augmentent les risques pour l'auditeur. L'IA offre des outils plus
puissants pour identifier et évaluer ces risques.
Ce sont ces motivations qui ont poussé les big-four (Deloitte, Ernst Young (EY), Klynveld
Peat Marwick Goerdeler (KPMG), et PricewaterhouseCooers (PwC)) à investir des
milliards de Dollars en IA12.
Le spectre des outils et technologies d'IA applicables à l'audit est large et en constante
évolution :
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▪ Scoring de risque : Utiliser le ML pour évaluer le risque inhérent à différents
comptes, transactions ou entités, permettant aux auditeurs de cibler leurs
efforts.
▪ Analyse prédictive : Prédire des tendances financières, des risques de
défaillance ou des problèmes de conformité potentiels.
• Traitement du langage naturel (NLP) :
▪ Analyse de contrats et de documents légaux : Extraire des clauses clés,
identifier des obligations ou des risques dans des contrats complexes, des
procès-verbaux de réunion ou des politiques internes.
▪ Analyse de sentiment : Évaluer le sentiment autour d'une entreprise dans des
rapports d'analystes ou des discussions publiques, ce qui peut influencer
l'évaluation des risques de réputation ou de marché.
▪ Résumé automatique : Générer des synthèses de documents longs pour une
revue plus rapide.
• Analyse de réseaux (Network Analysis) : Utiliser l'IA pour cartographier les relations
entre entités (clients, fournisseurs, employés, comptes bancaires) et détecter des
schémas de collusion ou de blanchiment d'argent.
• Vision par ordinateur : Pour la reconnaissance de documents, la vérification de
l'inventaire physique via des images ou des vidéos, ou l'analyse de données visuelles.
• Blockchain et Distributed Ledger Technologies (DLT) : Bien que ce ne soit pas de
l'IA à proprement parler, ces technologies peuvent créer des registres immuables et
transparents, simplifiant potentiellement l'audit de certaines transactions en réduisant
le besoin de vérifications tierces. L'IA peut ensuite analyser ces registres.
Cette première partie a établi les fondations pour comprendre le rôle de l'IA dans l'audit. Après
avoir défini les principes de l'audit financier et son cadre réglementaire, nous avons exploré les
concepts clés de l'IA, notamment le Machine Learning et le Deep Learning. Ces bases nous ont
permis d'analyser comment l'IA transforme déjà la finance, ouvrant la voie à l'étude de son
impact sur l'efficacité, la qualité et l'éthique de la profession d'audit dans la suite de cette étude.
DEUXIEME PARTIE :
L'essor de l'IA représente une rupture technologique majeure, capable de redéfinir la manière
dont les audits sont conduits grâce à ses capacités d'automatisation, d'analyse de données
massives et de génération d'insights. Comprendre ces changements est crucial pour anticiper
les défis et saisir les opportunités. Cette partie s'articule autour de deux chapitres
complémentaires détaillant ces transformations.
Le Chapitre 1 explorera comment l'IA peut servir de levier d'efficacité. Nous examinerons les
mécanismes par lesquels l'automatisation des tâches routinières et le traitement de vastes
volumes de données peuvent rendre l'audit plus agile et efficient. L'objectif est de libérer les
auditeurs pour qu'ils se concentrent sur des activités à plus forte valeur ajoutée.
Le Chapitre 2 se penchera sur la manière dont l'IA peut améliorer la qualité de l'audit. Nous
étudierons comment l'IA peut accroître la précision des analyses, renforcer la détection des
anomalies et des fraudes, et enrichir le jugement professionnel de l'auditeur. Notre but est de
démontrer comment l'IA peut mener à des audits plus approfondis, précis et de meilleure
qualité.
À travers ces deux chapitres, cette partie vise à fournir une analyse rigoureuse des multiples
facettes de l'intégration de l'IA dans la profession d'audit, contribuant ainsi à une réflexion
éclairée sur l'avenir de la profession.
CHAPITRE 1 : L'IA COMME LEVIER D'EFFICACITE DANS L'AUDIT
DES ÉTATS FINANCIERS
Ce chapitre inaugural de notre deuxième partie se penche sur le potentiel transformateur de
l'Intelligence Artificielle (IA) en tant que levier d'efficacité au sein du processus d'audit des
états financiers. Dans un contexte où les exigences de rapidité et de couverture s'intensifient,
l'IA offre des perspectives novatrices pour optimiser les méthodes traditionnelles. Nous
explorerons ici comment l'intégration de l'IA peut rationaliser les étapes clés de l'audit, depuis
la collecte et l'analyse des données jusqu'à la planification des missions. Pour encadrer notre
analyse, nous définirons précisément ce que recouvre l'efficacité dans le contexte spécifique de
l'audit, en considérant des aspects tels que la réduction des délais, l'optimisation des ressources
et l'amélioration de la productivité des équipes d'audit. Ce chapitre vise à établir comment l'IA
peut permettre à la profession d'audit de répondre aux défis contemporains avec une agilité et
une performance accrue.
La gestion des données est la pierre angulaire de toute mission d'audit. L'IA et la RPA
révolutionnent cette étape en permettant une manipulation des informations à une échelle et une
vitesse que l'humain ne pourrait égaler, tout en garantissant une précision supérieure.
L'efficacité accrue grâce à l'IA se traduit directement par une optimisation économique des
missions d'audit, offrant des avantages financiers pour le cabinet d'audit et l'entité auditée.
• Réallocation des auditeurs vers des tâches à plus forte valeur ajoutée : En libérant
les auditeurs des tâches répétitives, l'IA leur permet de réinvestir leur temps dans des
activités qui exigent leur jugement professionnel, leur expertise sectorielle et leur esprit
critique. Ils peuvent se concentrer sur l'évaluation des risques complexes, l'analyse des
schémas d'affaires inhabituels, l'interprétation des résultats des analyses de l'IA, la
communication stratégique avec les instances de gouvernance et l'émission de
recommandations pertinentes pour l'amélioration des contrôles internes. Leur rôle
évolue ainsi d'un simple vérificateur de conformité à un véritable conseiller stratégique.
• Amélioration de la satisfaction et de la rétention des employés : Le fardeau des
tâches manuelles, souvent source d'ennui et de lassitude, est considérablement allégé.
Les auditeurs peuvent se consacrer à des aspects plus stimulants et intellectuellement
enrichissants de leur profession, ce qui favorise le développement professionnel,
améliore l'engagement et réduit le risque de burnout. Cette revalorisation de l'expérience
de travail est un atout majeur pour les cabinets d'audit qui cherchent à attirer et à retenir
les meilleurs talents sur un marché de plus en plus compétitif.
L'IA ne se contente pas de rendre l'audit plus efficace ; elle en augmente aussi de manière
significative la portée, la profondeur et la réactivité, transformant l'audit d'un processus statique
en une démarche dynamique et continue.
L'IA ouvre la voie à des modèles d'audit plus dynamiques et proactifs, s'éloignant de l'approche
ponctuelle et rétrospective annuelle.
L'ère du Big Data, caractérisée par des volumes d'informations sans précédent, trouve un allié
puissant dans le Machine Learning.
L'IA permet d'élargir le champ d'action de l'auditeur bien au-delà des limites traditionnelles de
la vérification financière.
L'IA renforce la phase la plus stratégique de l'audit en transformant l'évaluation des risques
d'une démarche réactive en une démarche proactive et prédictive, ce qui permet une allocation
plus judicieuse des ressources d'audit et une mission plus ciblée.
L'IA permet de passer d'une évaluation des risques basée sur le jugement et l'expérience passée
à une évaluation basée sur des modèles de données et des prédictions.
• Identification des zones à haut risque basée sur des modèles prédictifs : Les
modèles prédictifs de l'IA, s'appuyant sur des techniques comme la régression
logistique, les forêts aléatoires ou les réseaux bayésiens, peuvent analyser de vastes
ensembles de données pour identifier les zones, les comptes ou les transactions qui
présentent une probabilité élevée de risque d'erreur significative, de fraude ou de
défaillance des contrôles internes. En intégrant des données historiques, sectorielles et
même macroéconomiques, l'IA peut prédire qu'un certain type de transaction avec un
nouveau fournisseur présente un risque de fraude supérieur à la moyenne, ce qui permet
à l'auditeur de concentrer ses efforts sur ce type de transaction dès le début de la mission.
• Modélisation et prédiction des risques potentiels : L'IA peut également aider à
modéliser différents scénarios de risque. En utilisant des techniques comme la
simulation de Monte-Carlo, l'IA peut évaluer l'impact potentiel d'un risque donné et
aider à déterminer la probabilité de survenue d'événements inhabituels. Cette capacité à
quantifier le risque de manière plus précise permet aux auditeurs de mieux juger de la
matérialité des anomalies potentielles et d'adapter en conséquence leur programme de
travail.
La planification des tests d'audit devient plus ciblée, plus efficiente et plus réactive,
garantissant que chaque procédure contribue au maximum à l'objectif d'audit.
De nombreuses tâches d'audit sont par nature répétitives, volumineuses et basées sur des règles,
ce qui les rend particulièrement sujettes aux erreurs de transcription, de calcul, d'omission ou
d'incohérence lorsqu'elles sont effectuées manuellement. Il s'agit par exemple de la saisie de
données issues de documents physiques ou numérisés, du rapprochement de grands ensembles
de chiffres entre différentes bases de données (grand livre, relevés bancaires, factures), ou de la
vérification systématique de la conformité à des règles spécifiques (par exemple, les limites
d'approbation des dépenses). L'automatisation de ces processus par l'IA et la Robotic Process
Automation (RPA) élimine la nécessité d'une intervention humaine directe pour ces opérations.
Les systèmes d'IA, grâce à des technologies comme la reconnaissance optique de caractères
(ROC) et le traitement du langage naturel (TLN), peuvent extraire des informations avec une
précision quasi parfaite et les traiter à une vitesse incomparable. Cela garantit une exécution
sans faute et une cohérence parfaite des données, réduisant drastiquement les erreurs de base
qui pourraient autrement affecter la fiabilité des analyses ultérieures.
Les auditeurs humains, même les plus expérimentés et les plus diligents, peuvent appliquer des
procédures d'audit avec de légères variations, influencées par des facteurs subjectifs tels que le
jugement personnel, l'expérience antérieure, la perception individuelle du risque ou même la
pression temporelle. L'IA, en revanche, applique des algorithmes et des règles prédéfinies de
manière uniforme et rigoureusement cohérente à travers l'ensemble des données, quelles que
soient leur taille ou leur complexité. Cette standardisation algorithmique garantit que chaque
transaction, chaque compte, et chaque document est traité selon les mêmes critères stricts et
objectifs. Cette uniformité réduit considérablement la variabilité dans l'application des
procédures d'audit, augmente la fiabilité globale des résultats et assure que l'assurance
raisonnable obtenue est non seulement robuste mais aussi reproductible et défendable. La
cohérence est un pilier de la qualité d'audit, car elle garantit que des situations similaires sont
traitées de manière identique, renforçant la comparabilité des conclusions.
Les fraudes modernes, de plus en plus complexes, échappent souvent aux méthodes d'audit
traditionnelles. Les algorithmes de machine learning et de deep learning sont désormais
essentiels. Ils analysent des millions de transactions pour identifier des schémas anormaux, des
corrélations inhabituelles et des comportements déviants.
Cette capacité à détecter des fraudes sophistiquées, comme des paiements à des fournisseurs
fictifs ou des manipulations subtiles de données, renforce considérablement la capacité des
auditeurs. L'IA permet d'identifier des anomalies multidimensionnelles qui passeraient
inaperçues avec les techniques d'échantillonnage, améliorant ainsi la prévention et la détection
des fraudes financières.
Au-delà de l'analyse des transactions directes, l'IA peut effectuer une analyse comportementale
approfondie en examinant les habitudes de transaction des employés, les schémas d'accès aux
systèmes d'information, les communications internes (emails, chats, si autorisées et pertinentes
pour l'audit), ou même les données non structurées issues de sources externes. En établissant
des profils de comportement "normaux" ou attendus pour des individus, des départements ou
des types de transactions, l'IA peut identifier des déviations subtiles ou des "signaux faibles"
qui, pris isolément, pourraient sembler anodins mais qui, combinés, pourraient indiquer un
risque de fraude, d'erreur ou de non-conformité. Par exemple, un changement soudain dans les
habitudes de dépenses d'un employé, une augmentation anormale des retours clients pour un
produit spécifique, ou une série de petites transactions qui contournent les seuils d'approbation.
Cette détection proactive permet aux auditeurs d'intervenir plus tôt, de poser les bonnes
questions et de réduire l'impact potentiel des anomalies avant qu'elles ne deviennent
significatives.
L'IA permet de passer d'une approche traditionnelle basée sur l'échantillonnage à une analyse
exhaustive de 100% des données pertinentes. Cette capacité à traiter des volumes massifs de
données signifie que l'auditeur ne se base plus sur un échantillon représentatif, mais sur
l'intégralité de la population de transactions, de documents ou d'enregistrements. Cela réduit
considérablement le risque d'échantillonnage (le risque qu'une anomalie significative ne soit
pas détectée parce qu'elle n'est pas tombée dans l'échantillon) et garantit que toutes les
anomalies, même rares, ont une chance d'être détectées. De plus, l'IA peut identifier et extraire
des preuves d'audit pertinentes à partir de sources diverses et souvent hétérogènes (systèmes
ERP, bases de données clients, documents non structurés comme des contrats, emails, données
externes comme des informations de marché), augmentant la richesse, la pertinence et la
granularité des éléments probants.
L'IA excelle dans la capacité à corroborer les informations en les comparant et en les validant
à partir de sources multiples et potentiellement indépendantes. Par exemple, elle peut comparer
les données de vente enregistrées dans le système comptable avec les données de livraison du
système logistique, les confirmations de clients, les données issues des points de vente, et même
les données de trafic web ou d'applications mobiles. Cette validation croisée automatisée et à
grande échelle permet de détecter rapidement les incohérences, les anomalies et les divergences
qui pourraient résulter d'erreurs d'enregistrement, de manipulations intentionnelles ou de
faiblesses des contrôles internes. En intégrant et en analysant des données provenant de silos
d'information différents, l'IA renforce considérablement la fiabilité des preuves d'audit et la
crédibilité des conclusions tirées par l'auditeur.
Les auditeurs, comme tout être humain, sont susceptibles d'être influencés par divers biais
cognitifs (par exemple, le biais de confirmation, le biais d'ancrage, le biais d'excès de confiance,
le biais d'automatisation, le biais d'affect) qui peuvent inconsciemment affecter leur jugement
et, par conséquent, la qualité de l'audit. L'IA, par sa nature purement algorithmique et son
approche basée sur les données, est intrinsèquement exempte de ces biais humains.
Les systèmes d'IA peuvent agir comme des "assistants intelligents" ou des "co-pilotes", en
signalant précisément les zones, les transactions, les comptes ou les risques qui, selon leurs
analyses objectives et leurs modèles prédictifs, méritent une attention particulière et un
jugement humain approfondi de la part de l'auditeur. Cela permet de diriger le jugement humain
vers les points les plus critiques, les plus complexes ou les plus ambigus, où l'expertise,
l'expérience, le scepticisme professionnel et l'éthique de l'auditeur sont indispensables. L'IA ne
remplace pas le jugement, elle le guide, le focalise et l'enrichit, permettant à l'auditeur de
concentrer son énergie cognitive là où elle apporte la plus grande valeur ajoutée et où la nuance
humaine est irremplaçable.
Les décisions d'audit, notamment celles concernant la matérialité, l'évaluation des risques
inhérents et de contrôle, la suffisance et la pertinence des éléments probants, ou la validité des
estimations comptables, reposent intrinsèquement sur le jugement professionnel de l'auditeur.
L'IA peut fournir des données objectives et des analyses statistiques avancées pour étayer ce
jugement. Par exemple, elle peut quantifier la probabilité d'un événement de risque, évaluer
l'impact financier potentiel d'une faiblesse de contrôle interne, comparer les ratios financiers de
l'entité avec ceux de ses pairs ou de la moyenne sectorielle, ou analyser la distribution des
transactions pour identifier des seuils anormaux. Ces informations factuelles, quantifiables et
basées sur des données renforcent la base du jugement de l'auditeur, le rendant plus robuste,
plus défendable et moins sujet à l'arbitraire ou à des interprétations subjectives.
L'IA a la capacité d'effectuer des analyses de sensibilité complexes, montrant comment les
conclusions d'audit pourraient changer en fonction de différentes hypothèses (par exemple,
variation des estimations de la direction concernant les provisions, les dépréciations ou la durée
d’utilité des actifs). Elle peut également simuler des scénarios pour évaluer l'impact de risques
spécifiques (par exemple, une perturbation majeure de la chaîne d'approvisionnement) ou de
décisions comptables alternatives sur les états financiers. Ces simulations permettent à
l'auditeur de mieux comprendre les implications des jugements clés, de tester la robustesse des
états financiers dans diverses conditions économiques ou opérationnelles, et d'évaluer la
résilience de l'entreprise face à des incertitudes. Cela renforce considérablement la qualité et la
pertinence de l'opinion d'audit en intégrant une perspective prospective.
Les systèmes d'IA peuvent générer automatiquement des parties de rapports d'audit, des
synthèses de tests effectués, des listes détaillées d'anomalies détectées (avec leurs attributs
pertinents), ou des récapitulatifs des éléments probants collectés. Cette automatisation réduit le
temps considérable passé à la rédaction manuelle et assure une uniformité et une standardisation
dans la présentation des informations, améliorant la clarté, la concision et la lisibilité de la
documentation d'audit. Les auditeurs peuvent ainsi consacrer plus de temps à l'analyse des
résultats, à la formulation de recommandations pertinentes et à la communication des points
clés avec la direction, plutôt qu'à des tâches de rédaction répétitives.
Les outils d'IA peuvent enregistrer et documenter de manière systématique et granulaire chaque
étape du processus d'analyse des données : les algorithmes utilisés, les paramètres appliqués,
les sources de données d'entrée, les transformations de données effectuées, et les résultats
intermédiaires. Cette traçabilité complète et immuable renforce considérablement la
justification des conclusions d'audit, car il est facile de retracer précisément comment une
anomalie a été détectée, comment une analyse a été menée, ou comment une conclusion a été
tirée à partir des éléments probants. En cas de revue interne (par les managers ou associés) ou
externe (par les régulateurs ou les pairs), cette documentation détaillée, structurée et
interrogeable par l'IA facilite grandement la compréhension, la validation et la défense des
travaux effectués, augmentant ainsi la crédibilité et la robustesse de l'audit.
L'IA joue un rôle croissant et de plus en plus stratégique dans la gestion de la conformité
réglementaire, un aspect vital de l'audit qui assure le respect des lois, des règlements, des
politiques internes et des normes professionnelles. La complexité et la volatilité du paysage
réglementaire exigent une vigilance constante et proactive.
Les systèmes d'IA peuvent être programmés pour surveiller en permanence le respect des lois,
des réglementations sectorielles spécifiques (par exemple, dans les secteurs bancaires, de
l'assurance, de la santé), des normes comptables (IFRS, SYSCOHADA) et des politiques
internes de l'entreprise. En analysant les transactions, les enregistrements comptables, les
processus opérationnels et même les communications en temps réel, l'IA peut détecter les écarts
par rapport aux règles établies. Par exemple, elle peut vérifier si les transactions respectent les
limites de dépenses autorisées, les règles de lutte contre le blanchiment d'argent (LCB-FT), les
exigences de confidentialité des données (RGPD), ou les exigences fiscales spécifiques à
différentes juridictions, bien au-delà de ce qu'une revue manuelle ou par échantillonnage
pourrait accomplir.
2.1. Intégration des exigences normatives dans les outils d'audit basés sur l'IA
Les outils d'audit basés sur l'IA peuvent intégrer directement les exigences des normes
internationales d'audit (ISA) et des réglementations locales ou sectorielles. Cela signifie que
l'IA peut guider l'auditeur à travers les étapes requises par une norme spécifique (par exemple,
les exigences de l'ISA 240 sur les responsabilités de l'auditeur concernant la fraude), suggérer
les tests pertinents à effectuer en fonction du contexte, ou même vérifier automatiquement si
certaines conditions normatives sont remplies dans les données ou la documentation. Par
exemple, un outil IA peut s'assurer que l'évaluation des risques est documentée conformément
à l'ISA 315, ou que les éléments probants collectés sont suffisants et appropriés selon l'ISA 500
pour étayer l'opinion.
L'IA peut analyser l'efficacité des contrôles internes existants au sein de l'entreprise et suggérer
des améliorations précises pour renforcer leur robustesse face aux risques de non-conformité.
En identifiant les faiblesses, les lacunes ou les points de friction dans le système de contrôle,
l'IA aide les entreprises à optimiser leurs dispositifs de conformité, à automatiser certains
contrôles et à rendre l'ensemble du système plus résilient. De plus, elle peut automatiser le suivi
des changements réglementaires et leur impact potentiel sur les opérations de l'entreprise,
assurant une adaptation rapide et continue aux nouvelles exigences. Cette capacité proactive
renforce la capacité de l'auditeur à évaluer l'efficacité du cadre de conformité de l'entité.
ENJEUX ETHIQUES,
REGLEMENTAIRES DE
L'INTEGRATION DE L'IA DANS
L'AUDIT ET PERSPECTIVES
D'AVENIR.
L'intégration de l'Intelligence Artificielle (IA) dans l'audit des états financiers est une
révolution, promettant de transformer la profession en profondeur. Grâce à sa capacité à
analyser des volumes massifs de données, l'IA offre des gains d'efficacité et de précision sans
précédent, permettant aux auditeurs de se concentrer sur des analyses complexes et d'améliorer
la détection des fraudes.
Enfin, une supervision humaine adéquate est impérative. L'IA est un outil puissant qui
augmente les capacités de l'auditeur, mais elle ne doit en aucun cas remplacer le jugement
professionnel, l'esprit critique et l'éthique. L'équilibre entre l'automatisation et l'intervention
humaine est la clé d'une intégration réussie.
CHAPITRE 1 : LES
DEFIS ÉTHIQUES ET REGLEMENTAIRES SOULEVES
PAR L'UTILISATION DE L'IA EN AUDIT.
L'enjeu n'est pas seulement de gagner en productivité, mais de faire face à des dilemmes
profonds, tels que la confiance dans des outils autonomes, le maintien de l'indépendance de
l'auditeur face à la technologie, et la répartition de la responsabilité en cas de défaillance. Cette
analyse se concentre sur trois axes principaux pour naviguer dans ce nouveau paysage. Nous
aborderons d'abord les dilemmes éthiques, notamment la confidentialité des données et les
risques de biais algorithmique. Ensuite, nous examinerons les lacunes des cadres normatifs et
juridiques actuels, en soulignant la nécessité d'adapter les normes d'audit existantes (ISA) et de
se conformer à des réglementations comme le RGPD. Enfin, nous nous pencherons sur les défis
de la confiance et de l'imputabilité des systèmes d'IA, en explorant l'importance de
l'explicabilité (XAI). L'objectif est de s'assurer que l'intégration de l'IA renforce la crédibilité
de l'audit.
L'audit repose sur une relation de confiance entre l'auditeur et son client, qui lui confie l'accès
à des informations parmi les plus sensibles de l'entreprise. L'IA, gourmande en données, exige
l'accès à des volumes et des types d'informations bien plus vastes que ceux traditionnellement
examinés. Cette centralisation et cette interconnexion accrues créent de nouveaux points de
vulnérabilité et complexifient de manière exponentielle l'obligation de confidentialité de
l'auditeur.
Une entreprise peut avoir une stratégie de prix sophistiquée et confidentielle, basée sur des
dizaines de variables. Un algorithme d'IA, en analysant l'historique des ventes et des
commandes, pourrait non seulement identifier des schémas anormaux, mais aussi, de manière
involontaire, en déduire la formule de tarification de l'entreprise. Cette information, si elle
venait à fuiter, pourrait avoir un impact dévastateur sur la compétitivité du client.
Ce risque est exacerbé par la nature des plateformes d'IA. La plupart des solutions utilisent le
cloud, où les données de multiples clients peuvent potentiellement être traitées sur les mêmes
infrastructures. Une fuite de données, qu'elle soit due à une vulnérabilité logicielle, à une erreur
humaine ou à une défaillance de la plateforme elle-même, pourrait non seulement compromettre
la confidentialité d'un client, mais aussi celle de nombreux autres.
Un enjeu encore plus subtil réside dans la "mémoire" des modèles d'IA. Une fois qu'un modèle
d'apprentissage a été entraîné sur les données d'un client, il pourrait, par essence, y avoir «
mémorisé » des informations spécifiques. Si ce même modèle est ensuite utilisé pour un autre
client, il pourrait potentiellement, dans un scénario de "fuite d'informations par inférence",
révéler des informations de l'un à l'autre. Le devoir éthique de l'auditeur s'étend donc à la
gouvernance complète du cycle de vie des données, de la collecte à la destruction sécurisée, en
passant par l'entraînement, pour s'assurer que les modèles ne conservent aucune trace
d'informations sensibles au-delà de la mission d'audit.
La centralisation de données massives sur des plateformes d'IA, souvent connectées en temps
réel à l'entreprise cliente, fait de ces systèmes des cibles privilégiées pour les cybercriminels.
Les attaques traditionnelles, comme les rançongiciels, sont toujours d'actualité, mais l'IA
introduit des menaces plus sophistiquées et spécifiquement conçues pour manipuler les
algorithmes.
L'une de ces menaces est le "data poisoning" ou "empoisonnement des données". Un attaquant
peut, par une intrusion subtile, injecter des données malveillantes dans le jeu de données
d'entraînement de l'IA, afin de fausser intentionnellement son apprentissage. Un exemple
classique serait une entreprise ayant un algorithme de détection de fraude. Un employé
malveillant pourrait insérer de fausses transactions dans les données d'entraînement de manière
à ce que l'algorithme "apprenne" à les considérer comme légitimes. Une fois le modèle déployé,
il deviendrait alors aveugle à ce type de fraude, rendant l'audit inefficace.
Une autre menace est les "attaques par inversion de modèle". Ces attaques visent à extraire des
données sensibles du modèle lui-même, même si les données d'entraînement initiales ont été
effacées. Un attaquant pourrait, en interrogeant de manière répétée un modèle, reconstruire des
fragments d'informations confidentielles ou des secrets d'affaires.
Face à ces menaces, la responsabilité de l'auditeur s'étend bien au-delà de la simple protection
de ses propres systèmes informatiques. Il a une obligation éthique de diligence en sélectionnant
et en surveillant les fournisseurs d'IA, en exigeant des audits de sécurité réguliers de leurs
plateformes, et en mettant en œuvre des mesures de cybersécurité rigoureuses. Le chiffrement
de bout en bout des données, l'authentification multifactorielle pour tous les accès, la
surveillance continue des flux de données et la mise en place de protocoles de réponse aux
incidents sont des impératifs pour protéger l'intégrité de l'audit et la confidentialité des clients.
Dans l'audit traditionnel, la responsabilité est une ligne claire et ininterrompue qui remonte
jusqu'à l'auditeur qui signe le rapport. L'IA, en introduisant un acteur non humain dans le
processus de prise de décision, crée une zone grise où cette chaîne de responsabilité se brouille,
soulevant des questions fondamentales sur l'imputabilité en cas d'erreur.
Imaginons un algorithme d'IA qui analyse des millions de transactions pour détecter une fraude.
Il pourrait signaler une transaction comme "haut risque" sans fournir d'explication. L'auditeur
ne peut pas simplement accepter cette conclusion sans comprendre pourquoi. C'est contraire à
l'essence même du scepticisme professionnel. Le concept d'explicabilité de l'IA devient donc
un impératif technique et éthique.
Le XAI vise à rendre les résultats de l'IA intelligibles pour les humains. Des techniques
sophistiquées, comme les méthodes d'attribution de caractéristiques (LIME, SHAP), peuvent,
par exemple, montrer quels facteurs ont le plus contribué à une conclusion donnée (par exemple,
le montant de la transaction, le lieu, l'heure ou la nature de la contrepartie). Sans ces outils,
l'auditeur ne peut pas faire preuve d'un jugement professionnel éclairé. L'adoption de solutions
XAI est une étape indispensable pour que l'auditeur puisse valider et assumer la responsabilité
des décisions de la machine.
La défaillance d'un algorithme d'IA peut avoir des conséquences désastreuses. Si un modèle de
détection de fraude, en raison d'un biais dans ses données d'entraînement, échoue à identifier
un schéma de fraude, qui est responsable ?
L'indépendance est la garantie de l'objectivité de l'auditeur et la raison pour laquelle son opinion
a de la valeur. L'efficacité de l'IA, en promettant des gains de productivité spectaculaires,
pourrait créer une dépendance qui éroderait cette indépendance et, à terme, le jugement
professionnel de l'auditeur.
Les gains d'efficacité des outils d'IA peuvent amener les auditeurs à développer un biais de
l'automatisation : une tendance à se fier excessivement aux résultats d'un système automatisé,
en ignorant les signaux humains ou les preuves contradictoires. Imaginez un auditeur qui, après
avoir utilisé un algorithme de détection de fraude qui s'est avéré très efficace lors des missions
précédentes, commence à se fier aveuglément à ses conclusions. S'il n'y a pas de signal d'alarme
de la part de l'IA, l'auditeur pourrait être tenté de conclure que tout va bien, sans effectuer les
vérifications humaines de terrain qui auraient pu identifier une fraude plus complexe.
Cette dépendance peut également entraîner une érosion des compétences professionnelles de
l'auditeur. Si les tâches d'analyse de données sont entièrement déléguées à la machine, les
auditeurs risquent de perdre leurs compétences en analyse critique, en intuition professionnelle
et en jugement, qui sont essentielles pour identifier les risques non quantifiables et pour
comprendre le contexte des activités de l'entreprise. L'auditeur deviendrait alors un simple
opérateur de machine, incapable d'ajouter de la valeur au-delà de ce que l'algorithme est capable
de faire.
L'auditeur de l'ère de l'IA doit réinventer son rôle. Il ne s'agit plus seulement de vérifier les
transactions, mais de superviser la technologie elle-même. Il devient un gardien de l'IA,
responsable de son utilisation éthique et responsable. Son scepticisme professionnel, loin de
disparaître, doit s'étendre aux conclusions de la machine. Il doit poser des questions critiques
sur la technologie elle-même :
• Sur les données : Les données utilisées pour l'entraînement sont-elles complètes ? Sont-
elles représentatives ? Contiennent-elles des biais qui pourraient fausser les conclusions
?
• Sur le modèle : Le modèle est-il fiable et robuste ? Ses hypothèses sont-elles pertinentes
? Est-il transparent ?
• Sur les résultats : Les résultats sont-ils logiques et corroborés par une preuve d'audit
humaine ?
L'éthique professionnelle exige de l'auditeur qu'il ne se contente jamais d'une réponse de la
machine sans en comprendre la justification. Le jugement humain, la capacité à prendre en
compte le contexte, la culture de l'entreprise et les motivations des individus, reste la référence
ultime de toute opinion d'audit. La machine est un partenaire puissant, mais la responsabilité
finale de la conclusion reste et doit rester celle de l'auditeur.
L'émergence de l'IA dans le domaine de l'audit a devancé l'évolution des cadres réglementaires
et normatifs. Les règles actuelles, conçues pour une approche plus traditionnelle de l'audit, ne
fournissent pas de directives claires sur la manière d'encadrer l'utilisation de ces nouvelles
technologies. Ce vide normatif crée incertitude et risque pour la profession et le public.
Les Normes Internationales d'Audit de l'IAASB sont les fondations sur lesquelles repose la
crédibilité de l'audit mondial. Cependant, elles ne fournissent pas de directives claires sur
l'utilisation des algorithmes d'IA. Des concepts fondamentaux doivent être réévalués.
Par exemple, la norme ISA 500 sur les preuves d'audit exige que les preuves soient suffisantes
et appropriées. Mais qu'est-ce qui constitue une preuve d'audit lorsqu'elle est générée par un
algorithme d'IA ? Est-ce la conclusion de l'algorithme ? Est-ce l'ensemble de données sur lequel
il a été formé ? Ou est-ce la documentation qui prouve que l'algorithme est fiable et sans biais
? Le régulateur doit fournir des directives claires sur ces points. De même, la norme ISA 315
sur la compréhension de l'entité et de son environnement doit être enrichie pour inclure une
compréhension des systèmes d'information basés sur l'IA et de leurs risques spécifiques.
L'absence de ces directives expose les auditeurs à des risques professionnels et rend le rapport
d'audit plus vulnérable aux erreurs.
1.2. L'harmonisation des régulations nationales et internationales pour l'audit augmenté par
l'IA
L'harmonisation est un enjeu crucial dans un monde globalisé. Une divergence des régulations
entre les pays créerait un patchwork d'exigences qui entraverait la fluidité des affaires. Par
exemple, si les pays de l’espace OHADA adoptent des régulations très strictes sur l'explicabilité
et la gouvernance des données pour l'IA en audit, tandis que d'autres juridictions adoptent une
approche plus permissive, cela pourrait créer une incertitude pour les auditeurs et les
investisseurs.
Les cabinets d'audit internationaux seraient confrontés à des exigences différentes d'un pays à
l'autre, ce qui rendrait difficile l'harmonisation de leurs pratiques et de leurs outils. Plus
important encore, les investisseurs pourraient ne plus avoir la même confiance dans la
comparabilité des rapports d'audit, ce qui pourrait déstabiliser les marchés financiers. La
collaboration entre les organismes de normalisation (IAASB, PCAOB, IFACI, etc.) est donc
essentielle pour créer un cadre normatif uniforme qui garantit la comparabilité et la crédibilité
de l'audit à l'échelle mondiale.
2. La conformité aux législations sur la protection des données
L'IA en audit, par sa nature même de traitement de données, est directement soumise à des
législations strictes comme le RGPD en Europe ou le CCPA en Californie.
Le RGPD en Europe est une référence mondiale en matière de protection des données
personnelles. L'auditeur utilisant l'IA doit s'assurer que ses outils et processus respectent ces
exigences.
• Minimisation des données : Le RGPD exige que les données collectées soient limitées
à ce qui est strictement nécessaire. L'appétit insatiable de l'IA pour les données peut se
heurter à ce principe. L'auditeur pourrait être contraint d'anonymiser ou de
pseudonymiser les données personnelles, ce qui, si cela est mal fait, pourrait
potentiellement réduire l'efficacité de l'IA.
• Droit à une explication : L'article 22 du RGPD donne aux individus le droit de ne pas
être soumis à une décision uniquement automatisée. Ce droit est directement lié au
concept de l'explicabilité de l'IA. Si un algorithme de détection de fraude signale un
employé pour une enquête sans fournir d'explication, l'auditeur doit être en mesure de
fournir une justification claire et compréhensible.
Le respect de ces règles est un défi à la fois technique et éthique, qui nécessite des processus
rigoureux pour la gouvernance des données.
2.2. Les implications pour les transferts transfrontaliers de données et la souveraineté des
données
De nombreux outils d'IA sont basés sur des services cloud mondiaux dont les serveurs peuvent
être localisés dans n'importe quel pays. L'envoi de données client vers ces serveurs pourrait
constituer un transfert transfrontalier de données. Ces transferts sont strictement encadrés par
le RGPD et la jurisprudence, notamment l'arrêt Schrems II qui a renforcé les exigences pour les
transferts vers les États-Unis.
L'auditeur a l'obligation de s'assurer que ces transferts sont effectués dans le respect de la loi,
par exemple via l'utilisation des clauses contractuelles types du RGPD. Le choix des
fournisseurs de technologies d'IA devient ainsi une décision stratégique qui a des implications
juridiques et éthiques. Il est impératif pour les cabinets d'audit de comprendre et de surveiller
en permanence la localisation et la sécurité des données qu'ils traitent pour le compte de leurs
clients, afin d'éviter les violations et les sanctions sévères.
La confiance dans la technologie est un préalable à son adoption. Pour l'auditeur, cette confiance
ne peut être acquise que par l'existence de mécanismes d'évaluation et de validation fiables,
permettant d'assurer que les outils d'IA sont dignes de la profession.
1. Le besoin d'évaluation de la fiabilité, de la robustesse et de l'équité des systèmes
d'IA
Pour que les auditeurs et le public puissent avoir confiance dans les outils d'IA, il est essentiel
d'établir un processus d'évaluation standardisé qui se concentre sur trois critères fondamentaux:
• La fiabilité : La fiabilité d'un modèle garantit qu'il produit des résultats cohérents et
reproductibles, quelles que soient les données d'entrée, tant qu'elles sont de la qualité
attendue. L'auditeur doit être certain que l'outil ne va pas produire un résultat différent
s'il est exécuté plusieurs fois sur le même ensemble de données.
• La robustesse : La robustesse est la capacité du système à maintenir sa performance
face à des perturbations, qu'elles soient intentionnelles (comme des attaques adverses)
ou non (comme des données de mauvaise qualité). L'auditeur doit avoir l'assurance que
le système ne peut pas être facilement manipulé ou compromis.
• L'équité : L'équité est un enjeu éthique majeur. Un modèle d'IA doit être exempt de
biais et ne pas produire de résultats discriminatoires envers certaines catégories de
transactions, d'entités ou de personnes. Par exemple, un modèle de détection de fraude
ne devrait pas signaler plus souvent les petites entreprises que les grandes en raison d'un
biais dans ses données d'entraînement. Ces trois critères doivent impérativement former
la base de tout processus d'accréditation des outils d'IA en audit.
Pour garantir la qualité des outils d'IA, il est essentiel d'établir un processus de certification
standardisé, tout comme il existe des normes pour les systèmes de management de la qualité
(ISO 9001) ou la sécurité de l'information (ISO 27001).
Des organismes comme l'ISO, l'AICPA et l'IAASB, ainsi que les régulateurs d'audit, doivent
collaborer pour établir des cadres de certification et des labels de qualité pour les logiciels d'IA
utilisés en audit. Un tel label pourrait certifier qu'un outil a été audité par une tierce partie
indépendante, qu'il est fiable, robuste, équitable et qu'il inclut des mécanismes d'explicabilité.
Cette certification donnerait aux auditeurs l'assurance que l'outil qu'ils utilisent a été
rigoureusement testé et validé, renforçant ainsi la crédibilité de la technologie. L'élaboration de
ces standards est cruciale pour l'encadrement du développement responsable des algorithmes et
pour prévenir l'utilisation de solutions non éprouvées qui pourraient compromettre la qualité de
l'audit.
En conclusion, l'intégration de l'IA dans l'audit, bien que prometteuse, est confrontée à des défis
éthiques et réglementaires majeurs. Les questions de confidentialité des données, de
responsabilité en cas de défaillance algorithmique et de maintien du jugement professionnel
exigent une vigilance constante. Parallèlement, l'absence de cadres normatifs spécifiques et la
nécessité d'établir des processus de certification pour les outils d'IA sont des impératifs pour
garantir la confiance et l'imputabilité. La profession d'audit se trouve à la croisée des chemins,
où la capacité à relever ces défis déterminera sa pertinence et sa légitimité à l'ère de l'intelligence
artificielle.
CHAPITRE 2 : PERSPECTIVES D’AVENIR DE LA PROFESSION
D’AUDIT.
L'intégration de l'intelligence artificielle (IA) n'est pas une simple évolution technique pour la
profession d'audit, mais un véritable tournant stratégique qui redéfinit son avenir. Ce chapitre
explore en profondeur les transformations attendues, non seulement sur le plan des outils,
mais surtout en termes d'évolution du rôle de l'auditeur, des compétences requises, des
nouveaux modèles d'affaires et de la dynamique entre les différentes parties prenantes de
l'écosystème de l'audit. L'objectif est de brosser un tableau complet de l'audit de demain, un
audit qui sera plus pertinent, plus agile et plus riche en valeur ajoutée.
1.1. Libération des auditeurs des tâches répétitives et à faible valeur ajoutée par
l'automatisation.
L'IA excelle dans la réalisation de tâches monotones et à forte intensité de données, qui ont
historiquement occupé une part significative du temps des auditeurs. Des procédures telles que
le rapprochement des comptes bancaires, le test des contrôles internes pour vérifier leur
efficacité, l'échantillonnage de transactions, ou la validation de l'intégralité d'un grand livre,
peuvent désormais être effectuées par des algorithmes. Ces outils d'IA traitent l'intégralité des
données d'un exercice en quelques instants, minimisant ainsi le risque d'erreur humaine et
libérant un temps précieux. Cette efficacité retrouvée n'est pas une fin en soi, mais un moyen
pour les auditeurs de réallouer leurs ressources intellectuelles et temporelles vers des activités
qui exigent un raisonnement plus sophistiqué et une expertise humaine irremplaçable. Le
concept d'audit continu, où l'IA surveille en permanence les transactions, devient une réalité,
transformant le travail de l'auditeur d'une mission ponctuelle en une supervision proactive.
Le recentrage du rôle de l'auditeur se fait sur les domaines où la machine atteint ses limites. Les
auditeurs sont désormais chargés d'évaluer les hypothèses de la direction sur les prévisions
financières, d'analyser la pertinence des jugements de valeur complexes (par exemple, les tests
de dépréciation de goodwill ou la valorisation d'instruments financiers complexes), et de se
pencher sur des problèmes non structurés tels que l'évaluation des risques liés au changement
climatique, à la durabilité ou à la conformité réglementaire de plus en plus sophistiquée. L'IA
peut identifier des anomalies statistiques ou des tendances inhabituelles, mais c'est l'auditeur
qui, par son scepticisme et son expérience, doit en déterminer la cause sous-jacente et les
implications potentielles. Le jugement professionnel devient ainsi la principale source de la
valeur ajoutée de l'auditeur, consolidant son statut d'expert stratégique et non plus de simple
technicien.
2.1. Maîtrise des compétences en science des données, en analytique avancée et littératie
en IA.
L'auditeur ne doit pas nécessairement être un data scientist, mais il doit posséder une solide
littératie en IA. Cela implique la capacité de comprendre les principes fondamentaux du
machine learning, de reconnaître les biais potentiels dans les données d'entraînement, et
d'évaluer la qualité et la pertinence des algorithmes utilisés. Les auditeurs devront être capables
d'interpréter des visualisations de données complexes, d'utiliser des outils d'analyse prédictive
et de dialoguer de manière informée avec les équipes techniques et les développeurs des
solutions d'IA. Cette compétence est indispensable pour maintenir le contrôle et l'imputabilité
dans un environnement de plus en plus automatisé, en s'assurant que l'outil d'IA est bien
configuré, que les données d'entrée sont de haute qualité et que les conclusions sont interprétées
avec une rigueur critique.
Alors que la machine gère les chiffres, l'humain gère les relations et les complexités non
techniques. Les compétences comportementales deviennent d'une importance capitale. La
communication sera essentielle pour expliquer les conclusions des analyses d'IA à des parties
prenantes non techniques (comme le comité d'audit ou les investisseurs) et pour vulgariser les
résultats complexes. La collaboration avec des équipes interdisciplinaires (experts en
cybersécurité, data scientists, experts sectoriels, etc.) sera la norme, et non l'exception. Le
leadership sera requis pour piloter l'intégration éthique et responsable de l'IA au sein des
cabinets et des entreprises. Enfin, une éthique professionnelle renforcée sera la seule garantie
pour naviguer dans les dilemmes soulevés par l'IA et pour maintenir la crédibilité de la
profession.
La puissance de l'IA réside dans sa capacité à traiter des millions de données en quelques
secondes et à identifier des schémas cachés ou des anomalies statistiques qui échapperaient à
un audit manuel. L'expertise humaine, quant à elle, apporte le contexte, la compréhension de
la culture d'entreprise, la capacité de poser des questions pertinentes et le bon sens pour
distinguer une véritable fraude d'une simple erreur de saisie ou d'une nouvelle politique de
paiement. Par exemple, un outil d'IA peut identifier une série de paiements inhabituels et les
signaler comme un risque potentiel, mais c'est l'auditeur qui, en posant les bonnes questions,
peut découvrir si cela est dû à une fraude, à une nouvelle politique de paiement à un fournisseur
ou à une erreur de paramétrage. La synergie consiste à utiliser l'IA comme un détecteur
intelligent pour guider l'attention de l'auditeur vers ce qui compte vraiment.
Le rôle de l'auditeur se transforme en celui d'un superviseur et d'un interprète des résultats de
l'IA. L'auditeur est responsable de la conception et du paramétrage des tests d'IA, de l'évaluation
de la fiabilité des données d'entrée et de la validation des résultats en fonction de son propre
jugement professionnel. Il est le responsable final. C'est l'auditeur qui, en fin de compte, prend
la décision et signe le rapport d'audit. L'IA devient un assistant sophistiqué et un outil
d'augmentation des capacités de l'auditeur, mais la responsabilité de l'opinion d'audit demeure
entièrement humaine.
L'adoption de l'IA ne se limite pas à améliorer les processus d'audit existants ; elle permet aux
cabinets de se positionner comme des acteurs clés de la transformation numérique, en proposant
de nouveaux services à forte valeur ajoutée et en repensant leurs stratégies commerciales.
L'efficacité et la profondeur d'analyse permises par l'IA ouvrent la voie à une diversification
significative des services d'assurance et à une nouvelle manière de communiquer la valeur de
l'audit.
Les cabinets peuvent étendre leur portefeuille de services au-delà de l'audit financier
traditionnel. En utilisant l'IA, ils peuvent désormais offrir des services d'assurance sur la qualité
des données non financières, par exemple les rapports de durabilité (ESG) ou la conformité aux
normes sociales. Ils pourraient également certifier la robustesse et l'intégrité des systèmes d'IA
de leurs clients, garantissant qu'ils ne contiennent pas de biais et qu'ils sont utilisés de manière
éthique et conforme. Ces nouveaux services répondent directement aux attentes croissantes des
marchés et des régulateurs en matière de responsabilité d'entreprise.
1.2. L'offre de rapports d'audit plus dynamiques et personnalisés des cabinets d'audit.
Les rapports d'audit traditionnels, souvent longs et statiques, pourraient être remplacés par des
rapports interactifs et dynamiques. En utilisant l'IA pour générer des tableaux de bord
personnalisés, des visualisations de données et des analyses prédictives, les cabinets peuvent
fournir aux parties prenantes une compréhension plus profonde et plus pertinente des risques et
des performances de l'entreprise. Ces rapports dynamiques, livrés via des plateformes
sécurisées, permettraient aux auditeurs de montrer la valeur ajoutée de leurs analyses de
données et de fournir des insights continus, renforçant ainsi la relation avec le client.
L'efficacité accrue grâce à l'IA libère des ressources qui peuvent être allouées à des services
plus sophistiqués et à haute valeur ajoutée, transformant le modèle économique de l'audit.
L'un des changements les plus significatifs est le passage d'un audit annuel, qui offre une
assurance ponctuelle sur un exercice passé, à un modèle d'assurance continue. Les outils d'IA
peuvent surveiller en permanence les flux de données transactionnelles des clients, alertant
l'auditeur en temps réel en cas d'anomalies, de fraudes potentielles ou de non-conformité. Ce
modèle permet une détection précoce des problèmes, une gestion proactive des risques et offre
une assurance beaucoup plus forte et plus pertinente tout au long de l'année, transformant la
perception de l'auditeur d'un simple contrôleur ex post en un partenaire de confiance.
Forts de leur expertise en matière de données et de leurs connaissances des systèmes d'IA, les
auditeurs sont bien positionnés pour devenir des conseillers de confiance. Ils peuvent aider leurs
clients à améliorer la gouvernance de leurs données, à mettre en place des systèmes d'analyse
prédictive pour la détection de la fraude, ou à mieux gérer les risques liés à la cybersécurité et
à l'IA elle-même. Ces services de conseil représentent une nouvelle source de revenus
significative pour les cabinets d'audit, car ils tirent parti de la connaissance approfondie que
l'auditeur a de l'entreprise et de son environnement de contrôle.
La technologie force les cabinets d'audit à repenser en profondeur leurs structures de coûts et
leurs stratégies de croissance.
Les cabinets d'audit devront soit développer leurs propres solutions d'IA en interne, soit, de
manière plus probable, établir des partenariats stratégiques avec des fournisseurs de solutions
technologiques, des FinTechs et des startups spécialisées en IA. Ces collaborations permettront
aux cabinets de rester à la pointe de la technologie, d'intégrer des outils sophistiqués dans leurs
workflows et d'ouvrir de nouvelles opportunités de croissance en combinant leur expertise en
audit avec la puissance technologique de leurs partenaires. C'est un modèle de croissance ouvert
et collaboratif.
La transformation de l'audit par l'IA est un effort collectif qui nécessite la collaboration de
toutes les parties prenantes de l'écosystème pour garantir une transition fluide et sécurisée.
Les organismes de normalisation et les régulateurs ont un rôle crucial pour guider la
profession dans cette ère numérique.
Pour que les auditeurs puissent se préparer à ces nouveaux rôles, les organismes professionnels
doivent mettre en place des programmes de formation continue et des certifications spécialisées
sur des sujets tels que l'audit des systèmes d'IA, l'analyse de données avancée, la cybersécurité
et l'éthique de l'IA. Cela permettra de garantir que les auditeurs possèdent les compétences
requises pour opérer dans ce nouvel environnement, assurant ainsi une transition maîtrisée.
2. Les Institutions Académiques et la Recherche
Les universités et les écoles de commerce doivent moderniser leurs curricula pour intégrer l'IA,
la science des données et la pensée algorithmique dans leurs programmes de comptabilité et
d'audit. Les futurs auditeurs doivent être formés dès le départ pour être des professionnels
hybrides, capables de combiner leur expertise en audit avec une compréhension solide des
nouvelles technologies, pour devenir des leaders de la transformation.
La collaboration entre les auditeurs et leurs clients est la clé d'une transformation réussie.
Les entreprises clientes doivent être transparentes et collaborer avec leurs auditeurs pour
faciliter l'accès aux données et aux systèmes d'IA. De leur côté, les fournisseurs de solutions
technologiques doivent concevoir des outils qui soient non seulement puissants, mais aussi
auditables, transparents et explicables, en travaillant en étroite collaboration avec les
professionnels de l'audit pour comprendre leurs besoins spécifiques. C'est une démarche de co-
construction.
3.2. Les attentes des entreprises face à un audit transformé par l'IA
Les entreprises attendent d'un audit augmenté par l'IA bien plus que la simple certification de
leurs comptes. Elles recherchent des insights approfondis et pertinents pour améliorer leurs
propres processus, des analyses de risques prédictives et une assurance sur la fiabilité de leur
propre environnement numérique. L'audit devient ainsi un moteur d'amélioration continue pour
l'entreprise, et un véritable partenaire dans sa transformation numérique.
L'avenir de l'audit est en pleine redéfinition, l'IA agissant comme une force motrice pour
l'évolution de la profession. L'auditeur se transforme en un expert stratégique, offrant des
services à forte valeur ajoutée. Cette mutation exige une refonte des compétences et l'adoption
de l'IA comme un partenaire. La capacité de la profession à relever ce défi déterminera sa
pertinence. L'auditeur de demain sera un architecte de la confiance dans un monde où les
données sont reines.
CONCLUSION GENERALE
Au terme de cette analyse approfondie, il est clair que l'avènement de l'intelligence artificielle
(IA) dans l'audit des états financiers ne constitue pas une simple évolution, mais une véritable
révolution qui redéfinit les contours de la profession. Nous avons pu constater comment cette
transformation touche à la fois l'efficacité opérationnelle des missions et les fondements
éthiques et stratégiques qui les sous-tendent. L'IA et RPA se sont révélées être des outils
puissants, capables d'automatiser une multitude de tâches routinières et chronophages qui
constituaient historiquement la majeure partie du travail d'audit.
Cependant, cette révolution technologique soulève des questions fondamentales qui exigent une
réponse réfléchie et une adaptation proactive. Les dilemmes éthiques sont au premier plan,
notamment en ce qui concerne la confidentialité et la sécurité des données sur lesquelles les
algorithmes sont formés et exécutés, ainsi que la question de la responsabilité en cas de biais
ou d'erreur de l'IA. La transparence des modèles est également un défi majeur : le problème de
la "boîte noire" de certains algorithmes doit être résolu par des solutions d'IA explicable (XAI)
pour maintenir la confiance du public. De plus, les cadres normatifs et juridiques actuels, à
l'image des normes ISA et des législations, doivent être mis à jour pour encadrer l'utilisation de
ces nouvelles technologies et garantir la fiabilité et l'imputabilité des outils d'IA dans un
contexte d'audit.
En conclusion, la transformation de la profession d'audit par l'IA est inéluctable. Elle ne vise
pas à remplacer l'auditeur, mais à l'augmenter, en le dotant de super-pouvoirs analytiques. Pour
réussir cette transition, la profession devra relever plusieurs défis majeurs : former les auditeurs
de demain à de nouvelles compétences en analyse de données et en pensée critique, adapter les
normes pour créer un cadre de confiance, et surtout, continuer à faire de l'éthique et du jugement
professionnel la pierre angulaire de toute mission. L'avenir de l'audit réside dans la capacité de
la profession à intégrer la technologie tout en préservant son intégrité, en garantissant que l'IA
serve à renforcer, et non à éroder, la crédibilité et la valeur de l'opinion d'audit pour le bien-être
de la société et des marchés financiers.