0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
42 vues14 pages

Pouvoir

Transféré par

mariesaintclaire57
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
42 vues14 pages

Pouvoir

Transféré par

mariesaintclaire57
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Pouvoir & rapports sociaux

Séances 2 & 3

Fabrice Dhume MSHUM 1206 ― 2024


La notion de pouvoir
Photolangage

Choisissez parmi les images affichées sur les murs


de la salle celle qui représenterait le mieux selon
vous le « pouvoir ».

Pour quelles raisons avez-vous choisi cette


image ?
À l’université ?
« Depuis la naissance en Europe, il y a environ 800 ans, de ce qu’on a convenu d’appeler
l’université, on s’est plu à voir en elle un lieu, le lieu privilégié de l’exercice de la liberté de penser et
de "parler" – liberté de chercher, de professer ou d’enseigner, de discuter : lieu, par conséquent, du
refus de tous les enfermements et de l’accueil de la diversité ; lieu de la distance autorisée et de la
critique des sociétés et de leurs aménagements ; lieu de la contestation de l’ordre établi et de
propositions alternatives. Mais l’université, fallacieusement déclinée ainsi au singulier et
prétentieusement coiffée parfois de la tiare d’une majuscule – l’Université – n’a jamais existé que
plurielle : universités, donc, toujours tiraillées en outre par des luttes internes et entre les
institutions les renvoyant aux rapports de pouvoir et aux tensions sociales de l’heure, à la fois
assujetties et réfractaires, soumises et rebelles face aux pouvoirs en place […]. Le champ
universitaire, pour reprendre une expression de Bourdieu, a toujours été terrain de tensions et de
luttes. » (Bourgeault, 2003, p. 237)
Sources : Waerners C., « Harcèlement à l’université : "J’en garde des séquelles" », RTBF, 12
juin 2020 ; Mercié F., « Sexisme et harcèlement dans l’enseignement supérieur: il faut des
actions ! », La ligue de l’enseignement et de l’éducation permanente, 4 mai 2022.
Du pouvoir comme propriété...
Étymologiquement : entre faculté individuelle générale (« avoir la force de faire quelque chose »
[9e] vs « n’en pouvoir plus », du latin potere = pouvoir [faire])… et propriété supérieure (« être très
puissant » [12e] du latin potestas = puissance, pouvoir conféré par l’institution)

Une conception étatique/militaire. C. von Clausewitz : le pouvoir est « un acte de violence visant à
contraindre l’adversaire à exécuter notre volonté » ; B. de Jouvenel : « ce qui est la condition
nécessaire pour qu’il y ait Pouvoir, et la condition suffisante, ce sans quoi il n’existe pas : cette
essence, c’est le commandement »

Pour Hannah Arendt, le pouvoir appartient à un groupe car c’est un pouvoir-de (et pas un pouvoir-
sur) : « Le pouvoir correspond à l’aptitude de l’homme à agir, et à agir de façon concertée. Le
pouvoir n’est jamais une propriété individuelle; il appartient à un groupe et continue de lui
appartenir aussi longtemps que ce groupe n’est pas divisé. Lorsque nous déclarons que quelqu’un
est “au pouvoir”, nous entendons par là qu’il a reçu d’un certain nombre de personnes le pouvoir
d’agir en leur nom. » (Arendt, 1972, p. 144)
...au pouvoir comme relation
Pour M. Weber, « le pouvoir signifie toute chance d’imposer au sein d’une relation sociale sa propre
volonté, même contre des résistances, peu importe sur quoi repose cette chance » (Weber, 1971)
« Par pouvoir, il […] faut comprendre d’abord la multiplicité des rapports de force qui sont
immanents au domaine où ils s’exercent, et sont constitutifs de leur organisation ; […] il ne faut pas
chercher [le pouvoir] dans l’existence première d’un point central, dans un foyer unique de
souveraineté d’où rayonneraient des formes dérivées et descendantes ; c’est le socle mouvant des
rapports de force qui induisent sans cesse, par leur inégalité, des états de pouvoir, mais toujours
locaux et instables. […] Le pouvoir n’est pas quelque chose qui s’acquiert, s’arrache ou se partage,
quelque chose qu’on garde ou qu’on laisse échapper ; le pouvoir s’exerce à partir de points
innombrables, et dans le jeu de relations inégalitaires et mobiles » (Foucault, 1976, pp. 121-124)
La sociologie des organisations met l’accent sur les « jeux d’acteurs » (Crozier & Friedberg, 2014), qui
impliquent plusieurs « zones » de pouvoir dans une organisation : zone hiérarchique (statut), zone
d’expertise (savoir, savoir-faire, savoir-être), zone de l’information (que l’on possède ou non), zone de
l’environnement (acteurs extérieurs).
Le pouvoir selon Michel Foucault

Lecture de Foucault M. (2001 [1982]), «Le sujet et le pouvoir», in


Dits et écrits Il, 1976-1988, Paris, Gallimard, p. 1041-1062.

Par groupes de 2, confrontez votre compréhension


en répondant aux questions :

1) Qu’est-ce que le pouvoir et sur quoi porte-t-il ou agit-il ?


2) Pour quelles raisons y a-il des enjeux de « stratégies » ?
3) Quelle est la différence entre pouvoir et domination ?
Le pouvoir selon Michel Foucault (suite)
Chez M. Foucault, la conception du pouvoir est liée à plusieurs gestes philosophiques/
politiques (cf. Senellart, 2016) :

Refus de substantialiser le pouvoir en le définissant en termes relationnels (non pas « le
Pouvoir » mais des « relations de pouvoir » multiples et mobiles) et pratiques (« le
pouvoir n’existe qu’en acte ») (Foucault, 2001 [1982], p. 236) ;

Refus de réduire le pouvoir à la forme négative de l’interdiction et de la répression : le
pouvoir est productif, et il se fait obéir en produisant des comportements, des savoirs,
des discours, etc., (Foucault, 1975, p. 196) ; le pouvoir produit les sujets dont il a
besoin ;

Rejet d’une représentation juridique du pouvoir (loi, légitimité), héritée de la monarchie,
au profit d’une approche « technologique » de son fonctionnement (Foucault 1976,
p. 114-118) ;
Le pouvoir selon Michel Foucault (suite)

Privilège accordé, non à une supposée source du pouvoir, mais à la question Comment ?
Par quels procédés, via quelles techniques, selon quel mode spécifique de relations
opère le pouvoir ?

Inscription des relations de pouvoir dans un champ stratégique d’interactions, toujours
ouvert et mobile ; « là où il y a pouvoir, il y a résistance » (Foucault, 1982, p. 242-243) ;
L’éthique comme forme incorporée du pouvoir // comme ressort de liberté ;

Articulation de la question du pouvoir avec celle de la vérité : quels types de discours
sont acceptés, dans une société, comme vrais et quels effets de pouvoir détiennent-ils ?

Articulation de différentes échelles d’organisation du pouvoir : la « microphysique du
pouvoir » (qui investit les interactions, les corps, les organisations…) et la
« gouvernementalité » (Foucault, 2004 [1978])
Pouvoir et savoir
Le pouvoir (institué) crée du savoir pour s’alimenter, se prolonger et se légitimer :

création de savoir sur les individus (bureaucratie) ;

production de connaissance sur les populations (sciences humaines et sociales) ;

création de disciplines qui légitiment l’existence de l’Etat (droit, philosophie politique, sciences
politiques…)

créations de concepts / d’objets (de connaissance) qui légitiment son action (délinquance,
maladie mentale, analphabétisme…)
« Il n’y a pas de relations de pouvoir sans constitution corrélative d’un champ de savoir, ni de savoir
qui ne suppose et ne constitue en même temps des relations de pouvoir… » (Foucault, 1997)
Pouvoir et corps
Ce sont tout particulièrement le capitalisme et le libéralisme qui ont modelé les technologies dans
le sens de la réification des corps en force de travail et en moyen d’augmentation de puissance :
« Le corps est (…) directement plongé dans un champ politique ; les rapports de pouvoir opèrent
sur lui une prise immédiate ; ils l’investissent, le marquent, le dressent, le supplicient, l’astreignent
à des travaux, l’obligent à des cérémonies, exigent de lui des signes » (Foucault, 1975)

Le pouvoir est largement incorporé : discipliner et dresser les corps, dès la prime enfance

= des normes (micro-pouvoirs) plus que des lois (pouvoir institué)


Pouvoir et sentiments
Les sentiments sont une ressource importante du maintien d’un ordre de pouvoir ou au contraire
un moteur de résistance à l’ordre du pouvoir :

Impuissance

Colère

Amour

Confiance

Culpabilité


Autorité : Emprunté du latin auctoritas, dérivé de auctor (// auteur) = droit de commander et par conséquent pouvoir
légitime de contraindre ; par extension, capacité à obtenir l’obéissance, ce qui suppose que l’autorité soit reconnue
comme telle par autrui (autorisation, reconnaissance de légitimité)
Domination : processus structurel d’asymétrie entre personnes ou groupes. Chez M. Weber, la domination est liée à
l’obéissance aux ordres, ce qui légitime que l'État dispose des moyens de violence et de coercition. Initialement, le
terme s’applique à la relation maître-élèves (// autorité). Chez K. Marx, la domination désigne un rapport de force
inégalitaire que l’idéologie bourgeoise et le droit visent à rendre légitime
Force : Initialement dans le domaine de la mécanique = principe physique qui rend un corps capable d'effectuer des
changements ou des mouvements. Par extension, la force est définie comme principe de causalité. Appliqué aux
humains, l’esprit est pensé comme un système de forces capable de mouvoir les corps
Pouvoir : « Toute forme de détermination exercée par un ou plusieurs individus sur les actions, représentations,
discours, etc., d’un ou plusieurs autres individus », et ce quelle que soit l’échelle d’analyse, « du macrosocial (système)
au microsocial (interactions verbales) » (Lebaron, p. 358),
Puissance : Emprunté du latin potiens (// potentialité), tiré du grec dynamis = potentialité d’agir, de développement, de
création, de production (ex. une graine est en puissance une plante), mais aussi de destruction. Pour F. Nietzsche, la
volonté de puissance est l'« essence la plus intime de l'Être », soit une pulsion humaine fondamentale visant
l'accroissement de la puissance.
Violence : Utilisation de force physique ou psychique, visant (intentionnellement) ou ayant pour conséquence la
réduction d’autrui (contraindre, rabaisser, dominer, tuer, détruire ou endommager).

Petit lexique

Vous aimerez peut-être aussi