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Dictionnaire Des Citations

Dictionnaire pour les citation

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Dictionnaire des citations (classement chronologique par auteurs)

Vous trouverez ci-dessous UN choix de citations commentées. Ce choix est


nécessairement arbitraire. J'ai néanmoins privilégié des citations courtes et donc
plus faciles à mémoriser en vue de l'examen. Les commentaires sont
volontairement succincts (chacune de ces phrases pourrait donner lieu à toute
une dissertation) et ne visent qu'à éviter les gros contresens. Une page avec
classement thématique par notions (et quelques citations complémentaires) est
également disponible. Ce dictionnaire ne demande qu'à être complété et si vous
avez des suggestions à ce sujet, n'hésitez pas à m'écrire !

Citation Commentaire de la citation Héraclite d'Éphèse

On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve

Héraclite défend une conception du monde selon laquelle le monde est en


éternel devenir, en éternel changement et; pour nous le faire comprendre, prend
l'image du fleuve toujours changeant.

Anaxagore

L'homme est intelligent parce qu'il a une main (Fragments)

Pour Anaxagore, c'est parce que nous possédons des mains que nous sommes
devenus les êtres les plus intelligents de l'Univers. C'est introduire cette idée, que
reprendront les modernes, que l'intelligence est d'abord pratique avant d'être
contemplative et que l'intelligence est d'abord technique. On sait qu'Aristote
retournera la formule en affirmant que c'est parce qu'il est intelligent que
l'homme a des mains (sinon il ne saurait s'en servir et la nature ne donne rien
inutilement)

Protagoras d'Abdère

L'homme est la mesure de toute chose

Le sophiste Protagoras défend ici l'idée du relativisme. Chaque homme mesure la


réalité à son propre étalon. La phrase signifie "à chacun sa vérité". Ainsi, le miel
paraît sucré à l'homme bien portant mais amer à l'homme malade et l'on ne peut
dire que l'un des deux se trompe. Protagoras est, on le voit, sensualiste c'est-à-
dire qu'il défend la vérité des sens.

Socrate

Nul n'est méchant volontairement.

Socrate veut dire que le méchant est l'ignorant. Il veut son bien mais il ne le voit
pas et commet donc le mal involontairement. Cette phrase ne signifie nullement
une quelconque irresponsabilité du méchant qu'il faudrait pardonner car il est de
notre devoir de ne pas rester dans l'ignorance.

Connais-toi toi-même.

Cette phrase n'est pas, comme on le croit trop souvent une invitation à
l'introspection. Socrate nous invite à connaître ce qui est vraiment nous-mêmes
c'est-à-dire non pas notre corps mais notre âme et, non pas toute notre âme,
mais sa partie rationnelle. La philosophie socratique est en effet une
anthropologie. Il s'agit de connaître l'homme. On consultera le commentaire
qu'en fait Platon dans l'Alcibiade majeur

La seule chose que je sais, c'est que je ne sais rien.

Cette phrase résume ce qu'on appelle l'ironie socratique. Celle-ci consiste à


interroger en feignant l'ignorance. Elle est aussi révélatrice du refus du
dogmatisme caractéristique de la philosophie socratique.

Platon

Il faudrait pour le bonheur des États que les philosophes fussent rois ou que les
rois fussent philosophes (La République)

Platon évoque ici la théorie des "philosophes-rois". Platon pense qu'il n'est rien
de pire que d'être gouverné par des ignorants. Pensant la politique comme un
savoir, il en conclut que celui qui sait (le philosophe) doit gouverner. Pour cela, il
faut, soit que les philosophes accèdent au gouvernement, soit que ceux qui
gouvernent deviennent philosophes. Toute sa vie Platon cherchera en vain à
réaliser ce projet.

Commettre l'injustice est pire que la subir, et j'aimerai mieux quant à moi, la subir
que la commettre (Gorgias)
Commettre l'injustice c'est perdre sa dignité et passer le reste de sa vie en
compagnie d'un injuste. L'assassin est celui qui perd l'estime de soi. Cette phrase
fonde l'idée moderne de conscience morale : il n'est pas de crime sans témoin car
il est en moi un témoin intérieur qui me juge. A rapprocher de la phrase de
Montaigne : Je me fais plus d'injure en mentant que je n'en fais à celui à qui je
mens (Essais)

Le corps est le tombeau de l'âme (Cratyle)

La théorie de la réminiscence stipule que c'est en s'incarnant dans le corps que


l'âme oublie la connaissance des idées acquise dans un autre monde. C'est donc
en se délivrant du corps que l'âme retrouvera pleinement son pouvoir de
connaissance. Ce mépris classique du corps sera interprété par Nietzsche comme
un mépris de la vie.

Plus généralement, la philosophie est accès à l'intelligible et donc refus du


sensible.

Philosopher, c'est apprendre à mourir au sensible (Phédon)

Que nul n'entre ici s'il n'est géomètre !

Platon avait fait graver cette phrase au fronton de l'Académie, l'école qu'il avait
fondée. Elle signifie qu'il faut faire des mathématiques (à l'époque c'est la
géométrie) avant d'étudier la philosophie. Les mathématiques sont en effet le
premier degré de l'intelligible et elles nous habituent à l'existence des réalités non
sensibles. Les mathématiques sont néanmoins imparfaites car elles ne
démontrent pas tout et la géométrie raisonne sur des figures sensibles, sources
d'erreur. C'est pourquoi elles ne constituent que le premier degré de l'intelligible.

Aristote

Le commencement de toutes les sciences, c'est l'étonnement de ce que les choses


sont ce qu'elles sont (Métaphysique)

En d'autres termes, la philosophie est avant tout un questionnement pour lequel


rien ne va de soi. Le philosophe s'étonne au sens où il s'interroge sur tout.
Rappelons qu'à l'époque d'Aristote philosophie et sciences se confondaient.

La nature ne fait rien en vain. (Métaphysique)

Aristote pense que tout a un sens dans la nature, qu'on n'y trouve rien d'inutile.
Cette phrase va être considérée comme une évidence pendant plus de deux
millénaires. On la retrouve, par exemple, chez Kant.

L'art est imitation de la nature.

Aristote pense que l'imitation est une tendance naturelle chez l'homme et qu'elle
donne du plaisir. Ceci dit l'imitation n'est pas pour Aristote une pure copie mais
une création car elle transpose la réalité en figures, en objets poétiques. L'art est
mimèsis. On sait que cette idée d'un art imitatif sera réfutée par Hegel.
L'homme est naturellement un animal politique. (Politique)

Politique veut dire ici "qui appartient à la polis" c'est-à-dire, en grec, à la Cité.
Aristote veut dire que l'homme est un animal qui vit dans une société organisée
politiquement, régie par des lois et que cela le définit, le distingue des animaux.
Cela ne préjuge en rien de nos éventuels engagements politiques qui ne sont pas
du tout évoqués par cette phrase.

Épicure

Le plaisir est le commencement et la fin de la vie heureuse. (Lettre à Ménécée)

"Commencement" signifie à la fois "début" et "principe". "Fin" signifie à la fois


"achèvement" et "but". Épicure considère que le plaisir est à la fois ce qui doit
nous servir de principe pour guider nos actions (calcul des plaisirs) et la fin que
nous devons rechercher. Cette phrase résume la doctrine des plaisirs.

Épictète

Parmi les choses, les unes dépendent de nous, les autres n'en dépendent pas.

Cette distinction va être au fondement de l'éthique stoïcienne. Dépendent de


nous nos pensées, nos jugements ainsi que notre attitude face au monde. N'en
dépendent pas, les lois de la nature et de la société. Le stoïcisme défend l'idée
d'un déterminisme strict de la nature. Ainsi, si je désire modifier l'ordre des
choses, je me heurterai à l'échec et je serai malheureux. La condition de mon
bonheur est donc de changer mon attitude face au monde (cela dépend de moi)
et de vouloir l'ordre du monde.
Être libre c'est vouloir que les choses arrivent, non comme il te plaît, mais comme
elles arrivent.

Cette citation est à relier à la précédente. Vouloir que les choses arrivent comme
il me plaît c'est désirer être Dieu puisque je puis alors désirer changer les lois de la
nature. Le sage, lui, non seulement accepte l'ordre du monde, mais le veut. Il
s'intègre alors à l'ordre universel.

Saint Augustin

Je crois parce que c'est absurde.

Cette phrase définit la foi. Nous n'avons nulle preuve de l'existence de Dieu.
Croire en Dieu (ou n'y pas croire) relève d'un choix d'existence mais qui reste
infondable en raison.

Montaigne

Tu ne meurs pas de ce que tu es malade ; tu meurs de ce que tu es vivant (Essais)

La mort est la conséquence de la vie. C'est pourquoi Montaigne considèrera que


la sagesse est d'accepter notre mort et donc que Philosopher, c'est apprendre à
mourir, ce qui n'est rien d'autre qu'apprendre à vivre.

Qui a appris à mourir, il a désappris à servir. (Essais)


Le despote n'exerce son pouvoir que si son peuple le craint. La crainte par
excellence est bien sûr celle de la mort car mourir est irréversible (ce n'est pas le
cas par exemple de la perte de nos biens). Mais que peut le despote contre celui
qui a appris à ne plus craindre la mort ?

Bacon

On ne commande à la nature qu'en lui obéissant (Novum Organum)

Les lois de la nature sont strictement déterminées. Il n'est pas possible de les
enfreindre. Nous ne pouvons qu'y obéir. Cela ne signifie néanmoins pas que nous
soyons soumis à la nature. Le projet technique consiste à utiliser les lois de la
nature pour notre utilité. Ainsi, en obéissant aux lois de la nature, on peut la
commander. La liberté n'est pas dans l'absence de contrainte mais dans
l'utilisation raisonnée de ces contraintes.

Hobbes

L'oisiveté est la mère de la philosophie (Léviathan)

Référence est faite ici à ce que les penseurs antiques appelaient l'otium c'est-à-
dire le loisir philosophique. L'activité philosophique est une activité à plein temps
incompatible avec d'autres activités. Elle suppose le travail d'un esprit libre et
aussi libéré du labeur matériel. C'est dire aussi que la philosophie n'existe que
dans les sociétés de division du travail et que, là où il y a des philosophes, d'autres
travaillent pour leur permettre de survivre.
A l'état de nature l'homme est un loup pour l'homme.

Hobbes considère que l'état de nature est un état de guerre de chacun contre
chacun. Parce que nous avons tous les mêmes besoins à satisfaire alors que les
biens sont limités, parce que nous pouvons tous nous prévaloir d'une supériorité
sur autrui, naîtront nécessairement des conflits sanglants qui pourraient mettre
notre espèce en péril. L'entrée en société apparaît donc comme nécessaire.

Descartes

Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée. (Discours de la Méthode)

Descartes énonce ici l'idée d'une universalité de la raison. Tous les hommes en
sont pourvus.

Je pense donc je suis. (Discours de la Méthode)

Descartes formule ainsi la découverte du cogito dans le Discours de la méthode. A


l'issue du doute, Descartes s'aperçoit qu'il est impossible de douter de la pensée
car douter c'est penser. Or si je pense, il faut bien que j'existe. La formulation
laisse entendre que l'existence est déduite de la pensée. En réalité le "je suis" est
déjà dans le "je pense" par le pronom personnel "je". Ceci explique pourquoi la
formulation du cogito sera différente dans les Méditations, ouvrage qui se veut
plus rigoureux.

La technique nous rend comme maîtres et possesseurs de la nature. (Discours de


la méthode)
Descartes voit dans la technique le déploiement de la puissance de l'homme
capable d'utiliser la nature à ses seules fins. L'apparition des techno-sciences et
les menaces sur notre environnement entraînées par le développement des
techniques conduiront à fortement nuancer l'affirmation cartésienne.

Tâcher toujours plutôt à me vaincre que la fortune, et à changer mes désirs plutôt
que l'ordre du monde. (Discours de la Méthode)

D'inspiration stoïcienne, cette phrase constitue la troisième maxime de la morale


provisoire. Contrairement aux stoïciens, Descartes n'énonce pas ici les principes
d'une morale définitive. De plus, alors que les stoïciens "voulaient" l'ordre du
monde, Descartes se contente de l'accepter. Il apparaît donc davantage
conformiste qu'Épictète.

Pascal

Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas. (Pensées)

Le cœur, chez Pascal, désigne l'intuition qui permet de saisir les évidences n'ayant
pas besoin d'être démontrées. Il ne s'agit donc pas de la passion amoureuse. Nous
disposons de deux facultés pour connaître : le cœur procède par intuitions
immédiates, la raison par la médiation de la déduction. Le cœur suit donc une
démarche que la "raison ne connaît pas". Pascal joue sur les deux sens du mot
"raison"
L'imagination est maîtresse d'erreur et de fausseté.

Aux yeux de ¨Pascal, l'imagination ne peut être source de connaissance. Il illustre


cette phrase par l'exemple de l'homme qui doit traverser un précipice sur une
planche assez large pour qu'il n'y ait nul danger mais qui imaginant sa chute ne
peut le faire sans effroi.

L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible des roseaux, mais c'est un roseau
pensant. (Pensées)

On retrouve dans cette phrase le thème pascalien de la misère de l'homme, faible


comme un roseau parce que mortel, et de la grandeur de l'homme parce qu'il
dispose de la raison.

Quelle vanité que la peinture qui attire notre admiration par la ressemblance des
choses dont on n'admire point les originaux. (Pensées)

Pascal reprend ici l'idée antique, contestée aujourd'hui, que l'art imite la nature.
Or si on imite de mauvais modèles, doit-on admirer la copie sous le simple
prétexte que l'imitation est fidèle à l'original ? La critique pascalienne se situe
surtout au plan moral. L'artiste doit-il représenter des sujets immoraux ? Cette
critique de l'art, classique, est d'inspiration platonicienne.
Le nez de Cléopâtre, s'il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé.
(Pensées)

Pascal défend ici l'idée d'une histoire gouvernée par le hasard ou de petites
causes peuvent changer profondément le cours des évènements. A rapprocher de
cette autre citation : Cromwell allait ravager toute la Chrétienté; la famille royale
était perdue, et la sienne à jamais puissantes, sans un petit grain de sable qui se
mit dans son uretère (Pensées)

On mourra seul (Pensées)

La mort est une expérience qu'on ne peut partager. Mais c'est aussi affirmer
qu'elle nous caractérise en propre. La mort est d'autant plus au fondement de
l'individualité qu'il est impossible de la partager.

Se moquer de la philosophie c'est vraiment philosopher (Pensées)

Parce que la philosophie est une entreprise critique pour laquelle rien ne va de
soi, elle peut se mettre aussi elle-même en cause. Elle est même la seule
discipline qui se prenne elle-même pour objet.

Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà. (Pensées)


Pascal s'en prend ici au caractère relatif, conventionnel de la justice humaine. Les
lois varient d'un État à l'autre. La justice des hommes n'est pas universelle au
contraire de la justice divine.

Spinoza

La sagesse est une méditation non de la mort mais de la vie. (Ethique)

Le sage ne pense pas à la mort. Dans la mesure où nous avons des idées
adéquates, nous ne pouvons penser qu'à ce qu'il y a eu nous de positif et non à
nos impuissances ou nos échecs. Tout homme cherche en effet à persévérer dans
son être et la mort est donc contraire à notre essence. L'homme libre ne songe
qu'à vivre et bien vivre. Parce qu'il vit sous le seul commandement de la raison, il
n'est pas conduit par la crainte de la mort mais cherche le bien directement,
cherchant l'utile qui lui est propre. Par conséquent, il ne pense à rien moins qu'à
la mort.

Dieu c'est-à-dire la nature.

Par cette formule, Spinoza affirme l'idée d'une substance infinie. Dieu s'identifie
avec la nature et n'est donc pas un créateur ontologiquement séparé du monde.
Spinoza s'oppose à l'idée d'un Dieu anthropomorphe, agissant selon des fins. On
en a conclu (à tort) à l'athéisme de Spinoza. En réalité, il est panthéiste.

L'amour est la joie accompagnée de l'idée d'une cause extérieure (Ethique)

Autrement dit aimer c'est éprouver de la joie à l'idée de l'existence de l'autre.


Qui a une idée vraie sait en même temps qu'il a une idée vraie et ne peut douter
de la vérité de la chose. (Ethique)

La vérité se révèle en nous. Il n'y a aucun sens à croire qu'on puisse penser faux
car être dans l'erreur ce n'est pas penser. L'erreur ne vient pas d'un mouvement
de notre pensée mais de l'action des choses extérieures sur nous. Toute idée vraie
enferme l'affirmation d'elle-même et la force réelle de cette affirmation dépend
uniquement de la clarté de l'idée. C'est pourquoi Spinoza n'opèrera pas de doute
systématique à la manière de Descartes. Le fondement de la vérité n'est pas une
méthode mais la faculté de connaître elle-même.

Leibniz

Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

Leibniz pense que, dans sa bonté, Dieu ne pouvait vouloir créer un monde
mauvais. Néanmoins, Dieu est soumis à la raison et ne peut donc créer un monde
contradictoire. Il eut été contradictoire qu'il crée un monde parfait (le monde
aurait été un nouveau Dieu). Parmi tous les mondes possibles, c'est-à-dire non
contradictoires, il a créé le meilleur (et il n'est pas parfait). On ne saurait trop
insisté sur l'importance du terme "possibles" dans cette citation.
Montesquieu

C'est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en
abuser ; il va jusqu'à ce qu'il trouve des limites. (De l'esprit des lois)

Ces trois citations expliquent et énoncent le principe de la séparation des


pouvoirs. Parce que posséder le pouvoir, c'est être tenté d'en abuser, le pouvoir
risque de tendre au despotisme. Il faut donc instituer des contre-pouvoirs.
Reconnaissant trois pouvoirs dans l'État (législatif, exécutif et judiciaire),
Montesquieu pense que la condition de la liberté est que ces trois pouvoirs soient
indépendants de façon à ce que chacun contrebalance les deux autres.

Il faut que par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir (De l'esprit
des lois)

Il n'y a point encore de liberté si la puissance de juger n'est pas séparée de la


puissance législative et de l'exécutrice (De l'esprit des lois)

La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent (De l'esprit des lois)

Si chacun dans un État était autorisé à faire tout ce qui lui plaît, très rapidement
naîtraient des conflits. Le plus fort l'emporterait et le plus faible serait esclave.
L'absence de contrainte ne conduit donc nullement à la liberté. Celle-ci ne peut
exister que là où il y a des lois donnant à chacun des droits mais aussi des devoirs,
conditions du droit des autres.
Dans un État, c'est-à-dire dans une société où il y a des lois, la liberté ne peut
consister qu'à pouvoir faire ce que l'on doit vouloir, et à n'être point contraint de
faire ce que l'on ne doit pas vouloir (De l'esprit des lois)

La loi libératrice est celle qui est conforme à la justice et ne saurait, ni nous
empêcher d'accomplir notre devoir, ni nous contraindre à agir contre lui.
Montesquieu donne une autre formulation de ce principe : Une chose n'est pas
juste parce qu'elle est loi. Mais elle doit être loi parce qu'elle est juste (Mes
pensées)

Si les triangles faisaient un Dieu, ils lui donneraient trois côtés (Lettres Persanes)

Les hommes créent leurs dieux à leur image. On trouve déjà cette idée chez le
présocratique Xénophane : si les bœufs, les chevaux et les lions avaient des
mains, ils peindraient leurs dieux comme des bœufs, des chevaux et des lions.

Rousseau

L'homme est naturellement bon et c'est la société qui le déprave (Discours sur
l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes)

Cette citation a donné lieu à de nombreux contresens parce qu'on l'a retirée de
son contexte. Elle se situe dans une note de bas de page du Second Discours où
Rousseau précise que l'homme naturel est en réalité innocent c'est-à-dire qu'il
ignore ce qui est bien et ce qui est mal. S'il se conduit bien c'est sans vertu parce
que sans savoir. Néanmoins, pour nous qui savons ce qu'est la morale, en
regardant se comporter l'homme naturel nous pouvons dire que "l'homme est
naturellement bon..."
Renoncer à sa liberté, c'est renoncer à sa qualité d'homme. (Du Contrat Social)

La liberté est pour Rousseau ce qui définit l'homme. C'est une de nos différences
essentielles par rapport à l'animal qui, lui, est obligé d'obéir à ses instincts.
Renoncer à la liberté, c'est donc renoncer à l'humanité qui est en nous, c'est être
mort à notre humanité. En d'autres termes, la liberté est inaliénable, c'est-à-dire
qu'on ne peut ni la donner ni la vendre.

L'obéissance au seul appétit est esclavage et l'obéissance à la loi qu'on s'est


prescrite est liberté. (Du Contrat Social)

La liberté ne consiste pas à suivre nos désirs. Elle n'est pas dans l'absence de
contraintes mais dans le libre choix des contraintes que l'on se donne à soi-
même. On peut appliquer cette idée au peuple. Un peuple libre est celui qui se
donne à lui-même ses propres lois, ce qui définit la démocratie.

Les lois sont toujours utiles à ceux qui possèdent et nuisibles à ceux qui n'ont rien.
(Du Contrat Social)

Rousseau pense que la propriété est une question essentielle en politique, non
que la propriété privée soit nécessairement un mal mais c'est son excessive
inégalité qu'il faut supprimer. (cf. Du Contrat Social, livre I, chapitre 9)
Riche ou pauvre, puissant ou faible, tout citoyen oisif est un fripon. (Émile ou de
l'éducation)

Être oisif, c'est vivre du travail d'autrui. C'est donc, d'une façon ou d'une autre,
être un parasite, voire un voleur. Rappelons que pour Rousseau la propriété ne se
justifie que par le travail.

Conscience ! Conscience ! Instinct divin. (Émile ou de l'éducation)

La conscience dont il s'agit ici est la conscience morale. Rousseau pense qu'il
existe en nous une appréhension directe de ce qu'est le bien et le mal,
appréhension qui relève de la nature (instinct). Il existe donc en l'homme une
spontanéité morale. Rousseau synthétise les anciens fondements de la morale
(Dieu et la nature) et opère cette synthèse au niveau de la subjectivité (la
conscience).

Malheur à qui n'a plus rien à désirer ! Il perd pour ainsi dire tout ce qu'il possède.
On jouit moins de ce qu'on obtient que de ce qu'on espère et l'on n'est heureux
qu'avant d'être heureux. (La Nouvelle Héloïse)

Il s'agit ici de montrer qu'il y a une positivité du désir. Désirer c'est valoriser,
embellir ce que l'on désire et en jouir d'avance. La réalisation du désir (qui est
aussi la mort du désir) est souvent décevante et c'est donc dans le désir lui-même
et non dans son accomplissement que réside le bonheur. Désirer c'est imaginer ce
qu'on peut obtenir et Rousseau ajoutera : Le pays des chimères est au monde le
seul digne d'être habité.
Voltaire

L’univers m'embarrasse, et je ne puis songer / Que cette horloge existe et n'ait


pas d'horloger. (Satires)

L'argument repose sur le principe de causalité : tout effet a une cause donc cet
effet qu'est l'Univers doit avoir une cause et cette cause est Dieu. L'Univers étant
une mécanique bien conçue ne saurait être le résultat du hasard. L'argument
fonde ce qu'on appelle le déisme. La croyance en Dieu ne se fonde pas sur la foi
mais sur un argument de type logique. L'horloger n'est pas nécessairement un
Dieu d'amour et de providence mais la simple cause du monde. Reste le problème
de savoir si le principe de causalité n'a pas un sens qu'à l'intérieur du monde,
auquel cas l'argument s'effondre.

Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous
ayez le droit de le dire. (Phrase attribuée à Voltaire)

Cette phrase énonce le principe de la défense de la liberté de penser et de


s'exprimer.

Diderot

L'idée qu'il n'y a pas de Dieu ne fait trembler personne ; on tremble plutôt qu'il y
en ait un. (Pensées philosophiques)

Cette phrase est sans doute d'inspiration épicurienne. La croyance en Dieu est le
plus souvent liée à l'idée d'un enfer où sont punis les méchants. Si Dieu n'existe
pas, disparaît la peur d'une punition éternelle.
Se faire tuer ne prouve rien ; sinon qu'on n'est pas le plus fort (Nouvelles pensées
philosophiques)

On pourrait dire autrement que nulle valeur n'existe en dehors de la vie, que la
vie est condition des valeurs ou encore que la vie est la valeur suprême. On peut
aussi interpréter cette phrase comme l'affirmation qu'on peut mourir pour des
idées qui ne sont en réalité que des chimères (cf. Oscar Wilde : Une chose n'est
pas nécessairement vraie parce qu'un homme meurt pour elle)

Kant

Des pensées sans matière sont vides, des intuitions sans concepts sont aveugles.
(Critique de la Raison pure)

Cette phrase résume la théorie de la connaissance chez Kant. Des pensées sans
matière ce sont des concepts qui ne se réfèrent à aucune intuition. La
connaissance nécessite l'action conjointe de la faculté d'entendement qui
procède au moyen de concepts et de la sensibilité qui procède au moyen
d'intuitions. C'est dire aussi que l'on ne peut connaître que ce qui est donné dans
l'intuition.
Agis toujours de telle sorte que tu traites l'humanité, aussi bien dans ta personne
que dans la personne de tout autre, toujours en même temps comme une fin et
jamais simplement comme un moyen. (Fondements de la métaphysique des
mœurs)

Il s'agit de la seconde formulation de l'impératif catégorique c'est à dire de la loi


morale. La morale consiste à prendre l'homme comme fin et non comme moyen.
Toute tentative d'instrumentalisation de l'homme est donc contraire à la morale.
La fausse promesse, par exemple, ne saurait être morale puisque j'utilise l'autre à
qui je promets comme un moyen.

Il n'y a qu'une seule chose qu'on puisse tenir pour bonne sans restriction, c'est
une bonne volonté. (Fondements de la métaphysique des mœurs)

Cette phrase résume ce qu'on appelle le formalisme kantien. Une action n'est pas
jugée morale en fonction de son contenu mais en fonction de l'intention qu'elle
réalise. Les sentiments, les talents de l'esprit peuvent être au service du pire. On
peut par exemple tuer par amour et mettre son intelligence et son courage au
service des pires crimes. En revanche, la volonté de faire son devoir est toujours
bonne. "Bonne volonté" doit être ici prise au sens fort. Il s'agit d'une ferme
volonté, cherchant par tous les moyens à faire le bien. Elle est nécessairement
éclairée par la raison, sans quoi ce n'est plus, à proprement parler, une volonté.

Tu dois donc tu peux.

Il n'y a pas de morale sans liberté. Ce qui est notre devoir et donc toujours
réalisable. Une morale qu'on ne pourrait mettre en pratique est dénuée de sens.
Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! (Qu'est-ce que les
Lumières)

Kant présente ce précepte comme la devise des Lumières. L'homme doit


apprendre à penser par lui-même pour sortir de sa minorité. Est mineur celui qui
n'a pas le courage de juger par lui-même et qui préfère s'en remettre au jugement
d'autrui. Cette dépendance envers autrui vient d'un manque de courage.

Le beau plait immédiatement. Il plaît en dehors de tout intérêt. (Critique de la


faculté de juger)

Le beau est un plaisir désintéressé c'est-à-dire indépendant de toute


considération de l'utile. C'est ce qui permet de distinguer le beau de l'agréable,
plaisir intéressé.

Le bois dont l'homme est fait est si noueux qu'on ne peut y tailler des poutres
bien droites. (Idée d'une histoire universelle d'un point de vue cosmopolitique)

Kant définit l'homme comme un animal qui a besoin d'un maître dans la mesure
où son égoïsme l'incline à désobéir à la loi. Mais ce maître est lui-même un être
humain et donc un animal... qui a besoin d'un maître. On ne voit plus alors
comment trouver un maître qui soit juste. Kant juge la tâche non seulement
difficile mais vraisemblablement impossible.

Hegel
L'homme n'est rien d'autre que la série de ses actes. (Encyclopédie)

A la question "qui suis-je ?", nous avons tendance à répondre en recourant à


l'introspection. Mais l'impartialité en est impossible puisque nous sommes à la
fois celui qui juge et celui qui est jugé. Je peux toujours me dire "je serais capable
de...", cela ne prouve rien tant que je n'ai rien fait. Nos actes, en revanche, sont
indiscutables. Si j'ai agis courageusement (ou lâchement), c'est que je suis
réellement courageux (ou lâche). Ce sont donc bien nos actions qui nous
définissent.

Rien de grand ne s'est accompli dans le monde sans passion. (La Raison dans
l'histoire)

Toute la philosophie classique tendait à dévaloriser la passion au profit de la


raison. Hegel fait partie de ces philosophes modernes qui réhabilitent la passion.
Elle a un rôle dans l'histoire. C'est poussé par leurs passions que les hommes font
avancer l'histoire et contribuent (sans le vouloir) au progrès. La passion, chez
Hegel, consiste à agir selon des intérêts égoïstes.

L'expérience et l'histoire nous enseignent que peuples et gouvernements n'ont


jamais rien appris de l'histoire (La Raison dans l'histoire)

La seule leçon que nous donne l'histoire... c'est qu'elle ne donne pas de leçons.
Hegel en donne deux raisons : d'abord chaque situation est particulière (l'histoire
ne se répète pas) et ce n'est donc pas en fonction de situations passées
nécessairement différentes qu'on peut décider. Ensuite l'action présente est
souvent bien trop urgente pour avoir le temps de la comparer avec ce qui a eu
lieu dans le passé. Cela ne signifie pas que l'étude de l'histoire soit inutile mais son
utilité est autre.

L'histoire du monde n'est pas le lieu de la félicité. Les périodes de bonheur y sont
des pages blanches (La Raison dans l'histoire)

La Raison dans l'histoire)

Ce que montre l'histoire apparente est un spectacle de violence et de fureur où le


bonheur des peuples est la plupart du temps sacrifié. Les peuples heureux n'ont
donc pas d'histoire.

La Raison gouverne le monde. (La Raison dans l'histoire)

Selon Hegel, l'histoire est rationnelle. Certes l'histoire apparente nous montre le
spectacle de la violence et du désordre mais il faut se référer à l'histoire profonde
qui manifeste la Raison. Celle-ci n'est pas un principe purement individuel mais
une puissance spirituelle immanente à l'Univers. Elle utilise comme instrument les
passions humaines. Hegel nomme cette utilisation "la ruse de la Raison"

Ce qui est rationnel est réel et ce qui est réel est rationnel. (Principes de la
philosophie du droit)

Cette phrase a donné lieu à bien des débats. S'agit-il d'une justification de l'ordre
établi et du réel ? En réalité, Hegel lui-même souligne que la phrase peut aussi
signifier que tout ce qui est rationnel doit être. Il s'agit surtout de dire que la
philosophie est compréhension du réel et non la "construction d'un au-delà qui
serait (...) dans l'erreur d'une façon de raisonner partielle et vide."

La réalité est une apparence plus trompeuse que l'apparence de l'art (Esthétique)

La réalité se présente à nos sens comme une évidence alors même que ce que
nous voyons du réel est en fait interprétation, apparence, illusion. La science nous
a montré que le réel n'est pas tel qu'il nous apparaît. L'art, en revanche, a une
vérité car s'il est illusion, il s'agit d'une illusion qui se reconnaît comme telle et qui
donc ne nous trompe pas. Le romancier annonce la couleur : c'est un roman et
non un documentaire. Voir le tableau de Magritte représentant une image de
pipe sous laquelle est écrit : "ceci n'est pas une pipe".

La chouette de Minerve ne prend son envol qu'au crépuscule. (Principes de la


philosophie du droit)

Minerve est la déesse de la sagesse et son attribut est la chouette. C'est dire que
le philosophe commence à réfléchir quand les autres hommes, ceux qui agissent,
ont terminé leur tâche. Le philosophe réfléchit sur ce qui a déjà été accompli,
après que cela ait été accompli.
Schopenhauer

L'homme est un animal métaphysique. (Le monde comme volonté et comme


représentation)

L'homme est un animal qui s'étonne (au sens aristotélicien du terme) c'est-à-dire
pour qui rien ne va de soi. Cet étonnement est le début de la métaphysique.
L'homme s'interroge même sur ce qu'il y a d'ordinaire. L'homme intelligent est
celui pour qui rien ne va de soi, qui se demande pourquoi le monde existe,
pourquoi il a telle nature etc.

La vie oscille, comme une pendule, de droite à gauche, de la souffrance à l'ennui.


(Le monde comme volonté et comme représentation)

Cette phrase résume ce qu'on appelle le "pessimisme" de Schopenhauer. La


souffrance est notre condition. Tout (y compris nous) est agi par une volonté mais
une volonté aveugle et sans but. Mais vouloir procède d'un manque et donc d'une
douleur morale. Mais quand la volonté vient à manquer d'objet, alors nous
sombrons dans l'ennui.

Comte

L'humanité se compose de plus de morts que de vivants.

Les "morts" sont les grands hommes qui ont contribué au progrès de l'humanité.
L'humanité, ce sont les "être passés, futurs et présents qui concourent librement
à perfectionner l'ordre universel"
Science, d'où prévoyance; prévoyance, d'où action. (Cours de philosophie
positive)

Il faut lier théorie et pratique. La connaissance permet à l'homme de prévoir et


donc d'agir sur le monde. La science permet à l'homme, par sa connaissance de la
nature, de développer des techniques pour satisfaire ses besoins. Il ne faut
néanmoins pas en conclure que la science ne sert qu'au développement de
l'industrie. Elle a aussi pour but de satisfaire le besoin de connaissance de notre
intelligence.

Proudhon

La propriété, c'est le vol. (Qu'est-ce que la propriété ?)

Proudhon critique la propriété privée qu'il considère comme un vol et dont il


préconise l'abolition mais non pour la transférer à l'État car cela ne changerait
rien à sa nature de vol. Il faut déposséder la classe capitaliste au nom d'un
système mutualiste et autogéré.

Kierkegaard

Il ne peut y avoir un système de l'existence. (Post-Scriptum aux miettes


philosophiques)

Tout système est un ensemble clos, un tout fermé. L'existence, au contraire,


suppose séparation. Elle est jaillissement. Les deux termes sont donc
contradictoires.
Marx

Les philosophes n'ont fait qu'interpréter diversement le monde : il s'agit


maintenant de le transformer (Thèses sur Feuerbach)

Contre Hegel qui pensait que la philosophie ne fait que réfléchir, après coup, sur
ce que les autres hommes (politiques, artistes, scientifiques etc.) ont accompli,
Marx pense au contraire que la philosophie doit nous donner des règles d'action,
et surtout des règles d'action politiques. C'est aussi affirmer que la théorie et la
pratique ne se dissocient pas.

La religion est l'opium du peuple. (Critique de la philosophie hégélienne du droit)

La religion nous donne l'illusion qu'existe un paradis après la mort et légitime la


souffrance des hommes par la promesse du salut. En espérant le bonheur après la
mort, on ne cherche plus le bonheur sur terre, on ne cherche plus à changer
l'ordre social existant. La religion est donc comme une drogue qui nous donne
l'illusion du bonheur. Il ne sert à rien, néanmoins, d'interdire autoritairement la
religion car pour détruire l'illusion il faut détruire ses racines c'est-à-dire une
situation sociale qui crée le besoin d'illusions. La religion ne disparaîtra que si une
révolution en supprime le besoin.

Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur être social, c'est leur
être social qui détermine la conscience des hommes.

Cette affirmation est au fondement du matérialisme marxiste. La conscience n'est


pas première mais est déterminée par les conditions socio-économiques. Pour
Marx, nos pensées, nos représentations en général, sont les reflets d'une
situation socio-économique. Ils sont les produits de l'histoire.

L'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de la lutte des
classes. (Manifeste du parti communiste)

Une classe sociale est l'ensemble des individus situés dans le même rapport à
l'appareil de production. Les classes sociales sont antagonistes c'est-à-dire que
leurs intérêts sont inconciliables. Elles sont donc en lutte et c'est cette lutte qui,
en dernière instance, est le moteur de l'histoire.

De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins (Idéologie allemande)

Ainsi s'énonce le principe de la justice communiste selon Marx. Le socialisme


reconnaît le principe "à chacun selon ses mérites", mais, à mérite égal, les besoins
peuvent être très différents (par exemple entre un célibataire et un père de
famille nombreuse). La formule "à chacun selon ses besoins" apparaît donc plus
juste. On remarque que pour Marx la justice ne se situe donc pas dans l'égalité.
Signalons, de plus, que la mise en pratique de ce principe suppose, non une
société d'échange, mais une société de redistribution des biens.

L'homme connaît le monde en le transformant et le transforme en le connaissant.

Marx souligne le caractère indissociable de la théorie et de la pratique qui sont


dans un rapport dialectique, l'un permettant l'autre et réciproquement.
L'humanité ne se pose jamais que les problèmes qu'elle peut résoudre.

La science a des conditions historiques d'apparition. Lorsque surgit le problème,


les conditions matérielles et intellectuelles de sa solution sont déjà présentes.

Nietzsche

Dieu est mort.

Dieu est, par définition, immortel. Nietzsche annonce ici la fin de la religion
chrétienne et des valeurs morales et religieuses qui lui sont liées.

L'homme est quelque chose qui doit être surmonté. (Ainsi parlait Zarathoustra)

Nietzsche rêve d'une culture supérieure d'homme, le surhomme, celui-ci n'ayant


rien à voir avec quelque superman. Devenir un surhomme, c'est renoncer aux
valeurs négatives au profit de valeurs positives et créatrices.

L'oubli est une forme et la manifestation d'une santé robuste.

Il n'y a ni remord ni repentir sans mémoire. La morale du pêché suppose qu'on


n'oublie pas. Pour Nietzsche, le pêché est lié à la morale du ressentiment qu'il
refuse. L'oubli nous ouvre à l'avenir et est possibilité de vie. Il faut oublier pour
être soi. Ne rien oublier, c'est se laisser constituer par l'extérieur et se réduire à
n'être que le reflet des autres.
Freud

Le moi (...) ne suis seulement pas maître dans sa propre maison. (Introduction à la
psychanalyse)

Freud énonce en ces termes ce qu'il considère comme la troisième blessure


infligée au narcissisme de l'humanité, blessure infligée par la psychanalyse.
L'homme du Moyen-âge se croyait au centre du monde ce que dément
l'astronomie copernicienne. Il se croyait roi de la création ce que dément la
théorie de l'évolution de Darwin, Il croyait en son libre arbitre, ce que dément la
psychanalyse, affirmant l'influence de l'inconscient sur notre moi. Freud énonce à
la fois le caractère scientifique et révolutionnaire de son travail et le
décentrement de l'homme dont la conscience n'est plus maîtresse de soi.

L'interprétation des rêves est la voie royale qui mène à la connaissance de


l'inconscient dans la vie psychique (Science des rêves)

Pour Freud, le rêve n'est pas un déchet inutile de l'activité psychique mais un
phénomène plein de sens quand on l'interprète avec une méthode scientifique
appropriée. Il est une manifestation privilégiée de notre inconscient dont
l'interprétation est capitale au cours de la cure psychanalytique.

Husserl

La conscience est toujours conscience de quelque chose. (Méditations


cartésiennes)
Cette formule désigne ce qu'on appelle "l'intentionnalité de la conscience". Toute
conscience est visée d'un objet et une conscience vide et sans contenu ne saurait
exister.

Bergson

L'intelligence, envisagée dans ce qui en paraît être la démarche originelle, est la


faculté de fabriquer des objets artificiels, en particulier des outils à faire des
outils, et d'en varier indéfiniment la fabrication. (L'évolution créatrice)

Bergson justifie ici l'idée que l'homme est avant tout homo faber c'est-à-dire
animal technicien. On remarquera que l'intelligence est ici définie comme une
activité pratique et non pas (comme dans la philosophie classique) comme une
activité contemplative. L'homme est capable de fabriquer "des outils à faire des
outils" alors que l'animal même le plus évolué est tout au plus capable d'utiliser
des instruments.

L'art n'a d'autre objet que d'écarter (...) tout ce qui nous masque la réalité, pour
nous mettre face à la réalité même. (Le rire)

L'art, loin d'imiter la nature, en est plutôt le dévoilement. Ordinairement nous ne


voyons pas les choses elles-mêmes mais ce à quoi elles servent. L'utilité mais aussi
les conventions du langage (liées à l'utilité pour Bergson) nous masquent le réel.
Les artistes nous mettent face au réel car quand ils regardent une chose, ils la
voient pour elle et non plus pour eux c'est-à-dire, justement sans tenir compte de
son utilité.
Alain

Il faut avoir le courage de rompre les chaînes de consentement, qui sont les vraies
chaînes.

Parce que tout pouvoir cherche à étendre son pouvoir et qu'un tyran peut être
élu au suffrage universel, le peuple doit exercer un pouvoir de contrôle. La
démocratie est l'effort perpétuel des gouvernés contre les abus du pouvoir.

Tout peuple qui s'endort en liberté se réveillera en servitude (Politique)

Résistance et obéissance, voilà les deux vertus du citoyen. Par l'obéissance il


assure l'ordre, par la résistance il assure la liberté. (Propos d'un Normand)

Bachelard

Une expérience scientifique est (...) une expérience qui contredit l'expérience
commune" (La formation de l'esprit scientifique)

La science contredit toujours l'évidence sensible, se constitue contre elle. Il est,


par exemple, évident que le soleil tourne autour de la terre (c'est ce que je vois)
alors que la science nous montre que c'est le contraire qui est vrai.

L'opinion a, en droit, toujours tort. (La formation de l'esprit scientifique)


Si l'opinion peut énoncer "en fait" des vérités, il n'empêche qu'"en droit", il faut la
rejeter. Elle a toujours tort car elle ne pense pas, affirme sans méthode et désigne
les objets uniquement par leur utilité. L'opinion apparaît comme le premier
obstacle que la science doit surmonter pour se constituer.

Wittgenstein

Ce dont on ne peut parler, il faut le taire. (Tractatus logico-philosophicus)

Cette phrase clôt le Tractatus. Pour Wittgenstein, tout ce qui est en réalité le plus
important ne peut être dit (c'est-à-dire énoncé d'une façon qui fasse sens).
Wittgenstein souligne donc l'importance de l'indicible. Mais la philosophie essaie
de dire ce que le langage ne peut dire et, en voulant montrer l'indicible, se
condamne au silence. Pour plus d'information sur cette thèse complexe, consultez
la notice consacrée à Wittgenstein.

Popper

Une théorie qui n'est réfutable par aucun évènement qui se puisse concevoir est
dépourvue de caractère scientifique (Conjectures et réfutations)

Popper définit ici le critère qui permet de reconnaître les théories scientifiques
par opposition à celles qui ne le sont pas. Une théorie qui n'est jamais réfutable
quels que soient les résultats de l'expérience ne saurait être scientifique. Quand
le scientifique fait une expérience, il prévoit un résultat. S'il n'obtient pas le
résultat attendu il conclut au caractère erroné de sa théorie. Sa théorie est donc
réfutable.

Sartre
L'existence précède l'essence. (L'existentialisme est un humanisme)

L'homme existe d'abord et se définit ensuite (l'essence de l'homme n'est autre


que la définition de l'homme). Cette formule qui se veut fondatrice de
l'existentialisme sartrien est aussi l'affirmation de la liberté humaine. Si l'homme
se définit, c'est qu'il choisit ce qu'il veut être sans être tributaire d'une nature
(d'une essence) qui lui préexisterait.

L'homme est condamné à être libre. (L'existentialisme est un humanisme)

La liberté de l'homme est absolue et la seule chose que nous ne puissions ne pas
faire c'est ne pas être libre. Il n'y a aucune échappatoire possible à la nécessité du
choix car ne pas choisir c'est... choisir de ne pas choisir.

Jamais nous n'avons été aussi libres que sous l'occupation allemande. (Situations,
III)

Sartre ne prétend nullement que l'occupation allemande aurait été propice à la


liberté politique. C'est de la liberté au sens métaphysique du terme qu'il s'agit ici.
Être libre c'est être capable de dire non, de refuser une situation. L'occupation
allemande est un de ces moments de notre histoire où notre attitude avait une
pleine signification. Accepter c'était être complice, refuser, devenir résistant
c'était risquer la torture et la mort. C'est donc une de ces situations limites où les
choix ne peuvent qu'être authentiques. La liberté ne se mesure pas dans les
situations sans risque mais dans celles où notre responsabilité et ses
conséquences sont pleinement engagées.
La mort n'est jamais ce qui donne son sens à la vie, c'est au contraire ce qui lui ôte
toute signification (L'Être et le Néant)

Pour l'athée qu'est Sartre, la mort n'a aucun sens. Mais, de la même façon que
c'est le sens de la mort qui donne son sens à la vie, si la mort n'a pas de sens, la
vie n'en a plus non plus. L'existence devient alors absurde. La mort abolit notre
situation de sujet puisque nous n'existons plus (mais est-ce encore exister) que
dans l'esprit des vivants qui, en se souvenant de nous, nous réduisent à l'état
d'objet. Pour Sartre le sens n'est pas dans la mort mais dans la liberté et la mort
est négation de mes possibilités et donc de ma liberté.

Tout existant naît sans raison, se prolonge par faiblesse et meurt par rencontre
(L'Être et le Néant)

L'homme est une passion inutile (L'Être et le Néant)

Être mort, c'est être en proie aux vivants (L'Être et le Néant)

L'enfer, c'est les autres. (Huis-clos)

Cette formule conclut la pièce Huis-clos où des personnages sont censés être en
enfer. Mais l'enfer est sur terre dans les rapports nécessairement conflictuels que
nous entretenons avec les autres. Autrui est aussi celui qui me révèle à moi-
même y compris dans mes lâchetés et réduit en miette la mauvaise foi.

Merleau-Ponty

La phénoménologie (...) c'est d'abord le désaveu de la science. (Phénoménologie


de la perception)

Quand la science cherche à expliquer et analyser, la phénoménologie cherche à


décrire et revenir "aux choses mêmes". L'existence humaine ne se réduit pas aux
causalités que peut dégager la science et est donc irréductible à toute explication
scientifique.

Rawls

La liberté ne peut être limitée qu'au nom de la liberté.

La liberté est pour Rawls le premier des biens. Ce principe est prioritaire et ne
saurait souffrir aucune exception. La liberté de quiconque ne saurait être sacrifiée
en aucun cas et pour quelque raison que ce soit. En conséquence les seules
limites qu'un État peut imposer à la liberté ne sauraient avoir d'autre finalité que
la liberté elle-même.

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