Dictionnaire Des Citations
Dictionnaire Des Citations
Anaxagore
Pour Anaxagore, c'est parce que nous possédons des mains que nous sommes
devenus les êtres les plus intelligents de l'Univers. C'est introduire cette idée, que
reprendront les modernes, que l'intelligence est d'abord pratique avant d'être
contemplative et que l'intelligence est d'abord technique. On sait qu'Aristote
retournera la formule en affirmant que c'est parce qu'il est intelligent que
l'homme a des mains (sinon il ne saurait s'en servir et la nature ne donne rien
inutilement)
Protagoras d'Abdère
Socrate
Socrate veut dire que le méchant est l'ignorant. Il veut son bien mais il ne le voit
pas et commet donc le mal involontairement. Cette phrase ne signifie nullement
une quelconque irresponsabilité du méchant qu'il faudrait pardonner car il est de
notre devoir de ne pas rester dans l'ignorance.
Connais-toi toi-même.
Cette phrase n'est pas, comme on le croit trop souvent une invitation à
l'introspection. Socrate nous invite à connaître ce qui est vraiment nous-mêmes
c'est-à-dire non pas notre corps mais notre âme et, non pas toute notre âme,
mais sa partie rationnelle. La philosophie socratique est en effet une
anthropologie. Il s'agit de connaître l'homme. On consultera le commentaire
qu'en fait Platon dans l'Alcibiade majeur
Platon
Il faudrait pour le bonheur des États que les philosophes fussent rois ou que les
rois fussent philosophes (La République)
Platon évoque ici la théorie des "philosophes-rois". Platon pense qu'il n'est rien
de pire que d'être gouverné par des ignorants. Pensant la politique comme un
savoir, il en conclut que celui qui sait (le philosophe) doit gouverner. Pour cela, il
faut, soit que les philosophes accèdent au gouvernement, soit que ceux qui
gouvernent deviennent philosophes. Toute sa vie Platon cherchera en vain à
réaliser ce projet.
Commettre l'injustice est pire que la subir, et j'aimerai mieux quant à moi, la subir
que la commettre (Gorgias)
Commettre l'injustice c'est perdre sa dignité et passer le reste de sa vie en
compagnie d'un injuste. L'assassin est celui qui perd l'estime de soi. Cette phrase
fonde l'idée moderne de conscience morale : il n'est pas de crime sans témoin car
il est en moi un témoin intérieur qui me juge. A rapprocher de la phrase de
Montaigne : Je me fais plus d'injure en mentant que je n'en fais à celui à qui je
mens (Essais)
Platon avait fait graver cette phrase au fronton de l'Académie, l'école qu'il avait
fondée. Elle signifie qu'il faut faire des mathématiques (à l'époque c'est la
géométrie) avant d'étudier la philosophie. Les mathématiques sont en effet le
premier degré de l'intelligible et elles nous habituent à l'existence des réalités non
sensibles. Les mathématiques sont néanmoins imparfaites car elles ne
démontrent pas tout et la géométrie raisonne sur des figures sensibles, sources
d'erreur. C'est pourquoi elles ne constituent que le premier degré de l'intelligible.
Aristote
Aristote pense que tout a un sens dans la nature, qu'on n'y trouve rien d'inutile.
Cette phrase va être considérée comme une évidence pendant plus de deux
millénaires. On la retrouve, par exemple, chez Kant.
Aristote pense que l'imitation est une tendance naturelle chez l'homme et qu'elle
donne du plaisir. Ceci dit l'imitation n'est pas pour Aristote une pure copie mais
une création car elle transpose la réalité en figures, en objets poétiques. L'art est
mimèsis. On sait que cette idée d'un art imitatif sera réfutée par Hegel.
L'homme est naturellement un animal politique. (Politique)
Politique veut dire ici "qui appartient à la polis" c'est-à-dire, en grec, à la Cité.
Aristote veut dire que l'homme est un animal qui vit dans une société organisée
politiquement, régie par des lois et que cela le définit, le distingue des animaux.
Cela ne préjuge en rien de nos éventuels engagements politiques qui ne sont pas
du tout évoqués par cette phrase.
Épicure
Épictète
Parmi les choses, les unes dépendent de nous, les autres n'en dépendent pas.
Cette citation est à relier à la précédente. Vouloir que les choses arrivent comme
il me plaît c'est désirer être Dieu puisque je puis alors désirer changer les lois de la
nature. Le sage, lui, non seulement accepte l'ordre du monde, mais le veut. Il
s'intègre alors à l'ordre universel.
Saint Augustin
Cette phrase définit la foi. Nous n'avons nulle preuve de l'existence de Dieu.
Croire en Dieu (ou n'y pas croire) relève d'un choix d'existence mais qui reste
infondable en raison.
Montaigne
Bacon
Les lois de la nature sont strictement déterminées. Il n'est pas possible de les
enfreindre. Nous ne pouvons qu'y obéir. Cela ne signifie néanmoins pas que nous
soyons soumis à la nature. Le projet technique consiste à utiliser les lois de la
nature pour notre utilité. Ainsi, en obéissant aux lois de la nature, on peut la
commander. La liberté n'est pas dans l'absence de contrainte mais dans
l'utilisation raisonnée de ces contraintes.
Hobbes
Référence est faite ici à ce que les penseurs antiques appelaient l'otium c'est-à-
dire le loisir philosophique. L'activité philosophique est une activité à plein temps
incompatible avec d'autres activités. Elle suppose le travail d'un esprit libre et
aussi libéré du labeur matériel. C'est dire aussi que la philosophie n'existe que
dans les sociétés de division du travail et que, là où il y a des philosophes, d'autres
travaillent pour leur permettre de survivre.
A l'état de nature l'homme est un loup pour l'homme.
Hobbes considère que l'état de nature est un état de guerre de chacun contre
chacun. Parce que nous avons tous les mêmes besoins à satisfaire alors que les
biens sont limités, parce que nous pouvons tous nous prévaloir d'une supériorité
sur autrui, naîtront nécessairement des conflits sanglants qui pourraient mettre
notre espèce en péril. L'entrée en société apparaît donc comme nécessaire.
Descartes
Descartes énonce ici l'idée d'une universalité de la raison. Tous les hommes en
sont pourvus.
Tâcher toujours plutôt à me vaincre que la fortune, et à changer mes désirs plutôt
que l'ordre du monde. (Discours de la Méthode)
Pascal
Le cœur, chez Pascal, désigne l'intuition qui permet de saisir les évidences n'ayant
pas besoin d'être démontrées. Il ne s'agit donc pas de la passion amoureuse. Nous
disposons de deux facultés pour connaître : le cœur procède par intuitions
immédiates, la raison par la médiation de la déduction. Le cœur suit donc une
démarche que la "raison ne connaît pas". Pascal joue sur les deux sens du mot
"raison"
L'imagination est maîtresse d'erreur et de fausseté.
L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible des roseaux, mais c'est un roseau
pensant. (Pensées)
Quelle vanité que la peinture qui attire notre admiration par la ressemblance des
choses dont on n'admire point les originaux. (Pensées)
Pascal reprend ici l'idée antique, contestée aujourd'hui, que l'art imite la nature.
Or si on imite de mauvais modèles, doit-on admirer la copie sous le simple
prétexte que l'imitation est fidèle à l'original ? La critique pascalienne se situe
surtout au plan moral. L'artiste doit-il représenter des sujets immoraux ? Cette
critique de l'art, classique, est d'inspiration platonicienne.
Le nez de Cléopâtre, s'il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé.
(Pensées)
Pascal défend ici l'idée d'une histoire gouvernée par le hasard ou de petites
causes peuvent changer profondément le cours des évènements. A rapprocher de
cette autre citation : Cromwell allait ravager toute la Chrétienté; la famille royale
était perdue, et la sienne à jamais puissantes, sans un petit grain de sable qui se
mit dans son uretère (Pensées)
La mort est une expérience qu'on ne peut partager. Mais c'est aussi affirmer
qu'elle nous caractérise en propre. La mort est d'autant plus au fondement de
l'individualité qu'il est impossible de la partager.
Parce que la philosophie est une entreprise critique pour laquelle rien ne va de
soi, elle peut se mettre aussi elle-même en cause. Elle est même la seule
discipline qui se prenne elle-même pour objet.
Spinoza
Le sage ne pense pas à la mort. Dans la mesure où nous avons des idées
adéquates, nous ne pouvons penser qu'à ce qu'il y a eu nous de positif et non à
nos impuissances ou nos échecs. Tout homme cherche en effet à persévérer dans
son être et la mort est donc contraire à notre essence. L'homme libre ne songe
qu'à vivre et bien vivre. Parce qu'il vit sous le seul commandement de la raison, il
n'est pas conduit par la crainte de la mort mais cherche le bien directement,
cherchant l'utile qui lui est propre. Par conséquent, il ne pense à rien moins qu'à
la mort.
Par cette formule, Spinoza affirme l'idée d'une substance infinie. Dieu s'identifie
avec la nature et n'est donc pas un créateur ontologiquement séparé du monde.
Spinoza s'oppose à l'idée d'un Dieu anthropomorphe, agissant selon des fins. On
en a conclu (à tort) à l'athéisme de Spinoza. En réalité, il est panthéiste.
La vérité se révèle en nous. Il n'y a aucun sens à croire qu'on puisse penser faux
car être dans l'erreur ce n'est pas penser. L'erreur ne vient pas d'un mouvement
de notre pensée mais de l'action des choses extérieures sur nous. Toute idée vraie
enferme l'affirmation d'elle-même et la force réelle de cette affirmation dépend
uniquement de la clarté de l'idée. C'est pourquoi Spinoza n'opèrera pas de doute
systématique à la manière de Descartes. Le fondement de la vérité n'est pas une
méthode mais la faculté de connaître elle-même.
Leibniz
Leibniz pense que, dans sa bonté, Dieu ne pouvait vouloir créer un monde
mauvais. Néanmoins, Dieu est soumis à la raison et ne peut donc créer un monde
contradictoire. Il eut été contradictoire qu'il crée un monde parfait (le monde
aurait été un nouveau Dieu). Parmi tous les mondes possibles, c'est-à-dire non
contradictoires, il a créé le meilleur (et il n'est pas parfait). On ne saurait trop
insisté sur l'importance du terme "possibles" dans cette citation.
Montesquieu
C'est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en
abuser ; il va jusqu'à ce qu'il trouve des limites. (De l'esprit des lois)
Il faut que par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir (De l'esprit
des lois)
La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent (De l'esprit des lois)
Si chacun dans un État était autorisé à faire tout ce qui lui plaît, très rapidement
naîtraient des conflits. Le plus fort l'emporterait et le plus faible serait esclave.
L'absence de contrainte ne conduit donc nullement à la liberté. Celle-ci ne peut
exister que là où il y a des lois donnant à chacun des droits mais aussi des devoirs,
conditions du droit des autres.
Dans un État, c'est-à-dire dans une société où il y a des lois, la liberté ne peut
consister qu'à pouvoir faire ce que l'on doit vouloir, et à n'être point contraint de
faire ce que l'on ne doit pas vouloir (De l'esprit des lois)
La loi libératrice est celle qui est conforme à la justice et ne saurait, ni nous
empêcher d'accomplir notre devoir, ni nous contraindre à agir contre lui.
Montesquieu donne une autre formulation de ce principe : Une chose n'est pas
juste parce qu'elle est loi. Mais elle doit être loi parce qu'elle est juste (Mes
pensées)
Si les triangles faisaient un Dieu, ils lui donneraient trois côtés (Lettres Persanes)
Les hommes créent leurs dieux à leur image. On trouve déjà cette idée chez le
présocratique Xénophane : si les bœufs, les chevaux et les lions avaient des
mains, ils peindraient leurs dieux comme des bœufs, des chevaux et des lions.
Rousseau
L'homme est naturellement bon et c'est la société qui le déprave (Discours sur
l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes)
Cette citation a donné lieu à de nombreux contresens parce qu'on l'a retirée de
son contexte. Elle se situe dans une note de bas de page du Second Discours où
Rousseau précise que l'homme naturel est en réalité innocent c'est-à-dire qu'il
ignore ce qui est bien et ce qui est mal. S'il se conduit bien c'est sans vertu parce
que sans savoir. Néanmoins, pour nous qui savons ce qu'est la morale, en
regardant se comporter l'homme naturel nous pouvons dire que "l'homme est
naturellement bon..."
Renoncer à sa liberté, c'est renoncer à sa qualité d'homme. (Du Contrat Social)
La liberté est pour Rousseau ce qui définit l'homme. C'est une de nos différences
essentielles par rapport à l'animal qui, lui, est obligé d'obéir à ses instincts.
Renoncer à la liberté, c'est donc renoncer à l'humanité qui est en nous, c'est être
mort à notre humanité. En d'autres termes, la liberté est inaliénable, c'est-à-dire
qu'on ne peut ni la donner ni la vendre.
La liberté ne consiste pas à suivre nos désirs. Elle n'est pas dans l'absence de
contraintes mais dans le libre choix des contraintes que l'on se donne à soi-
même. On peut appliquer cette idée au peuple. Un peuple libre est celui qui se
donne à lui-même ses propres lois, ce qui définit la démocratie.
Les lois sont toujours utiles à ceux qui possèdent et nuisibles à ceux qui n'ont rien.
(Du Contrat Social)
Rousseau pense que la propriété est une question essentielle en politique, non
que la propriété privée soit nécessairement un mal mais c'est son excessive
inégalité qu'il faut supprimer. (cf. Du Contrat Social, livre I, chapitre 9)
Riche ou pauvre, puissant ou faible, tout citoyen oisif est un fripon. (Émile ou de
l'éducation)
Être oisif, c'est vivre du travail d'autrui. C'est donc, d'une façon ou d'une autre,
être un parasite, voire un voleur. Rappelons que pour Rousseau la propriété ne se
justifie que par le travail.
La conscience dont il s'agit ici est la conscience morale. Rousseau pense qu'il
existe en nous une appréhension directe de ce qu'est le bien et le mal,
appréhension qui relève de la nature (instinct). Il existe donc en l'homme une
spontanéité morale. Rousseau synthétise les anciens fondements de la morale
(Dieu et la nature) et opère cette synthèse au niveau de la subjectivité (la
conscience).
Malheur à qui n'a plus rien à désirer ! Il perd pour ainsi dire tout ce qu'il possède.
On jouit moins de ce qu'on obtient que de ce qu'on espère et l'on n'est heureux
qu'avant d'être heureux. (La Nouvelle Héloïse)
Il s'agit ici de montrer qu'il y a une positivité du désir. Désirer c'est valoriser,
embellir ce que l'on désire et en jouir d'avance. La réalisation du désir (qui est
aussi la mort du désir) est souvent décevante et c'est donc dans le désir lui-même
et non dans son accomplissement que réside le bonheur. Désirer c'est imaginer ce
qu'on peut obtenir et Rousseau ajoutera : Le pays des chimères est au monde le
seul digne d'être habité.
Voltaire
L'argument repose sur le principe de causalité : tout effet a une cause donc cet
effet qu'est l'Univers doit avoir une cause et cette cause est Dieu. L'Univers étant
une mécanique bien conçue ne saurait être le résultat du hasard. L'argument
fonde ce qu'on appelle le déisme. La croyance en Dieu ne se fonde pas sur la foi
mais sur un argument de type logique. L'horloger n'est pas nécessairement un
Dieu d'amour et de providence mais la simple cause du monde. Reste le problème
de savoir si le principe de causalité n'a pas un sens qu'à l'intérieur du monde,
auquel cas l'argument s'effondre.
Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous
ayez le droit de le dire. (Phrase attribuée à Voltaire)
Diderot
L'idée qu'il n'y a pas de Dieu ne fait trembler personne ; on tremble plutôt qu'il y
en ait un. (Pensées philosophiques)
Cette phrase est sans doute d'inspiration épicurienne. La croyance en Dieu est le
plus souvent liée à l'idée d'un enfer où sont punis les méchants. Si Dieu n'existe
pas, disparaît la peur d'une punition éternelle.
Se faire tuer ne prouve rien ; sinon qu'on n'est pas le plus fort (Nouvelles pensées
philosophiques)
On pourrait dire autrement que nulle valeur n'existe en dehors de la vie, que la
vie est condition des valeurs ou encore que la vie est la valeur suprême. On peut
aussi interpréter cette phrase comme l'affirmation qu'on peut mourir pour des
idées qui ne sont en réalité que des chimères (cf. Oscar Wilde : Une chose n'est
pas nécessairement vraie parce qu'un homme meurt pour elle)
Kant
Des pensées sans matière sont vides, des intuitions sans concepts sont aveugles.
(Critique de la Raison pure)
Cette phrase résume la théorie de la connaissance chez Kant. Des pensées sans
matière ce sont des concepts qui ne se réfèrent à aucune intuition. La
connaissance nécessite l'action conjointe de la faculté d'entendement qui
procède au moyen de concepts et de la sensibilité qui procède au moyen
d'intuitions. C'est dire aussi que l'on ne peut connaître que ce qui est donné dans
l'intuition.
Agis toujours de telle sorte que tu traites l'humanité, aussi bien dans ta personne
que dans la personne de tout autre, toujours en même temps comme une fin et
jamais simplement comme un moyen. (Fondements de la métaphysique des
mœurs)
Il n'y a qu'une seule chose qu'on puisse tenir pour bonne sans restriction, c'est
une bonne volonté. (Fondements de la métaphysique des mœurs)
Cette phrase résume ce qu'on appelle le formalisme kantien. Une action n'est pas
jugée morale en fonction de son contenu mais en fonction de l'intention qu'elle
réalise. Les sentiments, les talents de l'esprit peuvent être au service du pire. On
peut par exemple tuer par amour et mettre son intelligence et son courage au
service des pires crimes. En revanche, la volonté de faire son devoir est toujours
bonne. "Bonne volonté" doit être ici prise au sens fort. Il s'agit d'une ferme
volonté, cherchant par tous les moyens à faire le bien. Elle est nécessairement
éclairée par la raison, sans quoi ce n'est plus, à proprement parler, une volonté.
Il n'y a pas de morale sans liberté. Ce qui est notre devoir et donc toujours
réalisable. Une morale qu'on ne pourrait mettre en pratique est dénuée de sens.
Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! (Qu'est-ce que les
Lumières)
Le bois dont l'homme est fait est si noueux qu'on ne peut y tailler des poutres
bien droites. (Idée d'une histoire universelle d'un point de vue cosmopolitique)
Kant définit l'homme comme un animal qui a besoin d'un maître dans la mesure
où son égoïsme l'incline à désobéir à la loi. Mais ce maître est lui-même un être
humain et donc un animal... qui a besoin d'un maître. On ne voit plus alors
comment trouver un maître qui soit juste. Kant juge la tâche non seulement
difficile mais vraisemblablement impossible.
Hegel
L'homme n'est rien d'autre que la série de ses actes. (Encyclopédie)
Rien de grand ne s'est accompli dans le monde sans passion. (La Raison dans
l'histoire)
La seule leçon que nous donne l'histoire... c'est qu'elle ne donne pas de leçons.
Hegel en donne deux raisons : d'abord chaque situation est particulière (l'histoire
ne se répète pas) et ce n'est donc pas en fonction de situations passées
nécessairement différentes qu'on peut décider. Ensuite l'action présente est
souvent bien trop urgente pour avoir le temps de la comparer avec ce qui a eu
lieu dans le passé. Cela ne signifie pas que l'étude de l'histoire soit inutile mais son
utilité est autre.
L'histoire du monde n'est pas le lieu de la félicité. Les périodes de bonheur y sont
des pages blanches (La Raison dans l'histoire)
Selon Hegel, l'histoire est rationnelle. Certes l'histoire apparente nous montre le
spectacle de la violence et du désordre mais il faut se référer à l'histoire profonde
qui manifeste la Raison. Celle-ci n'est pas un principe purement individuel mais
une puissance spirituelle immanente à l'Univers. Elle utilise comme instrument les
passions humaines. Hegel nomme cette utilisation "la ruse de la Raison"
Ce qui est rationnel est réel et ce qui est réel est rationnel. (Principes de la
philosophie du droit)
Cette phrase a donné lieu à bien des débats. S'agit-il d'une justification de l'ordre
établi et du réel ? En réalité, Hegel lui-même souligne que la phrase peut aussi
signifier que tout ce qui est rationnel doit être. Il s'agit surtout de dire que la
philosophie est compréhension du réel et non la "construction d'un au-delà qui
serait (...) dans l'erreur d'une façon de raisonner partielle et vide."
La réalité est une apparence plus trompeuse que l'apparence de l'art (Esthétique)
La réalité se présente à nos sens comme une évidence alors même que ce que
nous voyons du réel est en fait interprétation, apparence, illusion. La science nous
a montré que le réel n'est pas tel qu'il nous apparaît. L'art, en revanche, a une
vérité car s'il est illusion, il s'agit d'une illusion qui se reconnaît comme telle et qui
donc ne nous trompe pas. Le romancier annonce la couleur : c'est un roman et
non un documentaire. Voir le tableau de Magritte représentant une image de
pipe sous laquelle est écrit : "ceci n'est pas une pipe".
Minerve est la déesse de la sagesse et son attribut est la chouette. C'est dire que
le philosophe commence à réfléchir quand les autres hommes, ceux qui agissent,
ont terminé leur tâche. Le philosophe réfléchit sur ce qui a déjà été accompli,
après que cela ait été accompli.
Schopenhauer
L'homme est un animal qui s'étonne (au sens aristotélicien du terme) c'est-à-dire
pour qui rien ne va de soi. Cet étonnement est le début de la métaphysique.
L'homme s'interroge même sur ce qu'il y a d'ordinaire. L'homme intelligent est
celui pour qui rien ne va de soi, qui se demande pourquoi le monde existe,
pourquoi il a telle nature etc.
Comte
Les "morts" sont les grands hommes qui ont contribué au progrès de l'humanité.
L'humanité, ce sont les "être passés, futurs et présents qui concourent librement
à perfectionner l'ordre universel"
Science, d'où prévoyance; prévoyance, d'où action. (Cours de philosophie
positive)
Proudhon
Kierkegaard
Contre Hegel qui pensait que la philosophie ne fait que réfléchir, après coup, sur
ce que les autres hommes (politiques, artistes, scientifiques etc.) ont accompli,
Marx pense au contraire que la philosophie doit nous donner des règles d'action,
et surtout des règles d'action politiques. C'est aussi affirmer que la théorie et la
pratique ne se dissocient pas.
Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur être social, c'est leur
être social qui détermine la conscience des hommes.
L'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de la lutte des
classes. (Manifeste du parti communiste)
Une classe sociale est l'ensemble des individus situés dans le même rapport à
l'appareil de production. Les classes sociales sont antagonistes c'est-à-dire que
leurs intérêts sont inconciliables. Elles sont donc en lutte et c'est cette lutte qui,
en dernière instance, est le moteur de l'histoire.
De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins (Idéologie allemande)
Nietzsche
Dieu est, par définition, immortel. Nietzsche annonce ici la fin de la religion
chrétienne et des valeurs morales et religieuses qui lui sont liées.
L'homme est quelque chose qui doit être surmonté. (Ainsi parlait Zarathoustra)
Le moi (...) ne suis seulement pas maître dans sa propre maison. (Introduction à la
psychanalyse)
Pour Freud, le rêve n'est pas un déchet inutile de l'activité psychique mais un
phénomène plein de sens quand on l'interprète avec une méthode scientifique
appropriée. Il est une manifestation privilégiée de notre inconscient dont
l'interprétation est capitale au cours de la cure psychanalytique.
Husserl
Bergson
Bergson justifie ici l'idée que l'homme est avant tout homo faber c'est-à-dire
animal technicien. On remarquera que l'intelligence est ici définie comme une
activité pratique et non pas (comme dans la philosophie classique) comme une
activité contemplative. L'homme est capable de fabriquer "des outils à faire des
outils" alors que l'animal même le plus évolué est tout au plus capable d'utiliser
des instruments.
L'art n'a d'autre objet que d'écarter (...) tout ce qui nous masque la réalité, pour
nous mettre face à la réalité même. (Le rire)
Il faut avoir le courage de rompre les chaînes de consentement, qui sont les vraies
chaînes.
Parce que tout pouvoir cherche à étendre son pouvoir et qu'un tyran peut être
élu au suffrage universel, le peuple doit exercer un pouvoir de contrôle. La
démocratie est l'effort perpétuel des gouvernés contre les abus du pouvoir.
Bachelard
Une expérience scientifique est (...) une expérience qui contredit l'expérience
commune" (La formation de l'esprit scientifique)
Wittgenstein
Cette phrase clôt le Tractatus. Pour Wittgenstein, tout ce qui est en réalité le plus
important ne peut être dit (c'est-à-dire énoncé d'une façon qui fasse sens).
Wittgenstein souligne donc l'importance de l'indicible. Mais la philosophie essaie
de dire ce que le langage ne peut dire et, en voulant montrer l'indicible, se
condamne au silence. Pour plus d'information sur cette thèse complexe, consultez
la notice consacrée à Wittgenstein.
Popper
Une théorie qui n'est réfutable par aucun évènement qui se puisse concevoir est
dépourvue de caractère scientifique (Conjectures et réfutations)
Popper définit ici le critère qui permet de reconnaître les théories scientifiques
par opposition à celles qui ne le sont pas. Une théorie qui n'est jamais réfutable
quels que soient les résultats de l'expérience ne saurait être scientifique. Quand
le scientifique fait une expérience, il prévoit un résultat. S'il n'obtient pas le
résultat attendu il conclut au caractère erroné de sa théorie. Sa théorie est donc
réfutable.
Sartre
L'existence précède l'essence. (L'existentialisme est un humanisme)
La liberté de l'homme est absolue et la seule chose que nous ne puissions ne pas
faire c'est ne pas être libre. Il n'y a aucune échappatoire possible à la nécessité du
choix car ne pas choisir c'est... choisir de ne pas choisir.
Jamais nous n'avons été aussi libres que sous l'occupation allemande. (Situations,
III)
Pour l'athée qu'est Sartre, la mort n'a aucun sens. Mais, de la même façon que
c'est le sens de la mort qui donne son sens à la vie, si la mort n'a pas de sens, la
vie n'en a plus non plus. L'existence devient alors absurde. La mort abolit notre
situation de sujet puisque nous n'existons plus (mais est-ce encore exister) que
dans l'esprit des vivants qui, en se souvenant de nous, nous réduisent à l'état
d'objet. Pour Sartre le sens n'est pas dans la mort mais dans la liberté et la mort
est négation de mes possibilités et donc de ma liberté.
Tout existant naît sans raison, se prolonge par faiblesse et meurt par rencontre
(L'Être et le Néant)
Cette formule conclut la pièce Huis-clos où des personnages sont censés être en
enfer. Mais l'enfer est sur terre dans les rapports nécessairement conflictuels que
nous entretenons avec les autres. Autrui est aussi celui qui me révèle à moi-
même y compris dans mes lâchetés et réduit en miette la mauvaise foi.
Merleau-Ponty
Rawls
La liberté est pour Rawls le premier des biens. Ce principe est prioritaire et ne
saurait souffrir aucune exception. La liberté de quiconque ne saurait être sacrifiée
en aucun cas et pour quelque raison que ce soit. En conséquence les seules
limites qu'un État peut imposer à la liberté ne sauraient avoir d'autre finalité que
la liberté elle-même.