Vers
suite de mots rythmés formant l'unité de base d'une composition poétique
Pour les articles homonymes, voir Vers (homonymie).
Pour les articles ayant des titres homophones, voir Vair, Ver (homonymie), Verre
(homonymie) et Vert (homonymie).
Le vers (du latin versus, « le sillon, la ligne d'écriture », puis « le vers », historiquement « ce qui
retourne à la ligne ») est un énoncé linguistique soumis à des contraintes formelles d'ordre
métrique. Du respect de telles contraintes, qui peuvent être implicites ou explicites, dépendra,
dans une culture donnée et à une époque donnée, la reconnaissance d'un énoncé en tant que
vers.
Poème "El Regalo Campestre"
En poésie littéraire imprimée, le vers est souvent repérable grâce à un retour à la ligne
indépendant de la bordure de la page. Le vers est souvent associé à la poésie, mais toute poésie
n'est pas forcément versifiée, de même que toute forme versifiée n'est pas nécessairement
poétique. L'énoncé qui constitue un vers ne se confond pas nécessairement avec une phrase :
une phrase peut s'étendre sur plusieurs vers et, inversement, un seul vers peut toucher à
plusieurs phrases. Le rejet et le contre-rejet sont des cas où l'organisation des vers s'écarte de la
structure syntaxique.
Le vers français se décompose en plusieurs unités appelées « syllabes » (de préférence à pieds,
terme réservé à la métrique latine ou grecque). En fonction de ces syllabes, on peut mesurer les
différents vers et les grouper ; il suffit, pour cela, de compter les syllabes.
Une notion difficile à définir
Il n'existe pas de propriété intrinsèque qui permette de distinguer, infailliblement et pour toutes
les cultures, le vers du « non-vers ». Lorsque Maurice Grammont1 tente de le définir comme :
« un élément linguistique comptant un nombre déterminé de syllabes, dont certaines sont
obligatoirement accentuées et dont la dernière assone [ou rime] avec la syllabe
correspondante d'un ou de plusieurs autres vers. »
on comprend bien que, non content de limiter sa définition au vers français, il en exclut par la
même occasion le vers « blanc » (non rimé), ou le célèbre « Chantre », de Guillaume Apollinaire,
dont l'unique vers serait bien en peine de rimer à quoi que ce soit :
Et l'unique cordeau des trompettes marines.
Cette définition exclut de même le « vers libre », dont le nombre de syllabes peut ne connaître
aucune régularité.
À défaut de mieux, il faudra bien se contenter du jugement social (est réputé vers tout ce qui est,
plus ou moins consensuellement, reconnu comme tel) tout en s'appliquant à expliciter, pour
chaque culture, chaque période et chaque style, les contraintes métriques spécifiques qui
servent de base à une telle reconnaissance. Plus ces contraintes métriques sont fortes, plus
elles auront tendance à agir à leur tour sur l'énoncé linguistique sous-jacent : inversions,
curiosités syntaxiques ou lexicales, archaïsmes, licences orthographiques sont autant
d'éléments qui aideront à identifier un vers comme tel.
Vers et prose
La prose se caractérise par l'absence des contraintes métriques qui font le vers : tout énoncé qui
n'est pas en vers est en prose, mais il est toujours possible d'oublier qu'un vers est un vers et,
partant, de le lire comme de la prose.
Par écrit, la prose s'organise en paragraphes. Chaque vers est en principe suivi d'un retour à la
ligne. La cohérence graphique du vers est telle qu'on en marque souvent la première lettre par
une majuscule, même si le mot la portant n'est pas le premier d'une phrase. De même, si, par
manque de place, on ne peut écrire un vers en entier sur une ligne, on le signale :
Je me tiens sur le seuil de la vie et de la mort les yeux baissés
[les mains vides
(Louis Aragon, fragment d'« Épilogue », in Les Poètes)
La partie rejetée à la ligne suivante, ne constituant pas un nouveau vers, est précédée d'un
crochet gauche et alignée à droite (ou fortement décalée).
Groupement des vers
On tend à grouper les vers : dans la chanson de geste, une suite, de longueur variable, de vers
partageant la même assonance s'appelle une laisse. Dans les genres lyriques, on appellera
strophe un bloc de vers. Souvent de longueur fixe, la strophe peut se caractériser par un
arrangement particulier de ses rimes. Traditionnellement, on groupe les vers du sonnet en deux
quatrains et deux tercets.
Dans les éditions modernes, on sépare les strophes par une ligne blanche, ce qui n'a pas toujours
été le cas. Il n'est pas rare que la strophe coïncide avec une unité syntaxique, ou ait une
cohérence sémantique.
Le mètre
Le vers traditionnel ou classique se définit donc surtout par son mètre, c'est-à-dire par un
ensemble de contraintes formelles auxquelles il se soumet.
On connaît trois grandes familles de mètres :
les mètres syllabiques qui, insensibles à leurs propriétés prosodiques, se bornent à dénombrer
les syllabes ;
les mètres quantitatifs, qui s'appuient sur la quantité ou durée des syllabes constituant des
pieds ;
les mètres accentuels, qui s'appuient sur l'accent tonique,
Les longs vers sont presque invariablement divisés par une césure, contrainte qui est l'une des
rares à être communes à toutes les familles de mètres. Cette universalité pourrait bien être due à
l'incapacité de l'esprit humain à appréhender globalement des longues suites de syllabes.
La rime est une contrainte métrique fréquente, qu'on s'attend à trouver avant tout en métrique
syllabique, souvent aussi en métrique accentuelle. Elle est généralement absente des métriques
quantitatives.
La notion de pied, présente en métrique quantitative comme en métrique accentuelle, n'a aucun
sens en métrique syllabique puisque les syllabes n'y sont pas hiérarchisées.
Mètre syllabique
Prédominant dans la poésie des langues romanes, le vers à mètre syllabique est déterminé par
son nombre de syllabes. La poésie française y a recours de manière prépondérante, ce qui ne
l'empêche pas de frayer à l'occasion avec les mètres quantitatifs voire accentuels (cf. par
exemple hexamètre dactylique et strophe sapphique).
Vers français
Mètres
Le mètre des vers français est caractérisé par le nombre de ses syllabes (ou de ses voyelles), à
l'exclusion des syllabes féminines surnuméraires pouvant survenir en fin de vers (vers féminins)
ou, dans certains cas, à la césure (césure « épique »). Certains mètres sont plus courants que
d'autres (bien que, dans la poésie contemporaine — et, pour les vers chantés, déjà à la période
classique — règne une grande liberté). Ils sont signalés ici par la mise en gras. De manière
générale, les vers pairs sont plus fréquents que les vers impairs :
une syllabe : monosyllabe
deux syllabes : dissyllabe
trois syllabes : trisyllabe
quatre syllabes : tétrasyllabe ou quadrisyllabe
cinq syllabes : pentasyllabe
six syllabes : hexasyllabe
sept syllabes : heptasyllabe
huit syllabes : octosyllabe
neuf syllabes : ennéasyllabe
dix syllabes : décasyllabe
onze syllabes : hendécasyllabe
douze syllabes : alexandrin ou dodécasyllabe.
En poésie française traditionnelle, les vers sont rimés. De plus, les décasyllabes et les
alexandrins comportent une césure tombant toujours entre deux mots. Cette césure est le plus
souvent à la quatrième position pour les premiers (4 // 6) et à la sixième (6 // 6, ou césure à
l'hémistiche) pour les seconds. On décrit aussi des décasyllabes avec césure sixième (6 // 4) ou
cinquième (5 // 5, appelé alors taratantara2), mais ils sont tout à fait exceptionnels. On rencontre
aussi occasionnellement, moins souvent toutefois que la césure à l'hémistiche, des alexandrins
avec double césure (4 // 4 // 4).
Quand un poème, ou une strophe, ne sont composés que de vers identiques, on les qualifie
d'« isométriques ». Dans le cas contraire, ils sont dits « hétérométriques ».
Comment dire les vers français ?
Dire les vers est un art pour lequel il n'existe aucune règle absolue, valable indépendamment de
la position esthétique adoptée. Les uns veulent « casser le vers » et s'ingénient à faire oublier ses
régularités métriques, comme s'ils voulaient qu'on n'entende que de la prose. D'autres3 défendent
un jeu restreint de règles de diction. D'autres encore4 proposent d'asseoir la diction poétique sur
une étude de son histoire et de lui appliquer, en somme, l'approche « historiquement informée »
qu'ont largement adoptée les interprètes de la musique ancienne. On est donc aujourd'hui très
loin des dogmes véhiculés par les traités de déclamation du xixe siècle.
Une diction « neutre » du vers français est-elle possible ? Peut-être, mais à condition de renoncer
au préalable à toute prétention esthétique et à tout souci d'exactitude historique. Ce qu'on peut
proposer alors, c'est une diction « scolaire » des vers syllabiques français, qui se borne à en
rendre perceptibles les régularités métriques, à l'image de ce qu'il est convenu d'appeler la
scansion pour les vers gréco-latins. Sans aucune valeur artistique, elle peut constituer un point
de départ dans l'apprentissage de la déclamation, quitte à être modifiée et adaptée en fonction
de la position esthétique choisie.
Une telle diction devrait au minimum se conformer aux règles suivantes :
Faire entendre de manière distincte toutes les syllabes numéraires du vers, quitte à s'écarter
de l'usage courant,
en élidant tous les e féminins finaux devant voyelle initiale,
en prononçant tous les e féminins non élidés,
en respectant la pratique du poète en termes de diérèse ([lijɔ̃] pour lion) et de synérèse
([sɑ̃glje]pour sanglier).
en faisant des liaisons qui seraient « interdites » en prose, chaque fois qu'une voyelle
initiale succède à une consonne finale,
Distinguer les vers féminins des vers masculins en faisant entendre légèrement leur syllabe
féminine surnuméraire.
Marquer un repos à la césure et en fin de vers (même en cas d'enjambement ou de rejet).
On peut illustrer ces règles « scolaires » minimales par la transcription approximative (en API)
des vers suivants extraits du poème LIII « L'Invitation au voyage » de Charles Baudelaire (Les
Fleurs du Mal, « Spleen et Idéal ») :
— Les soleils couchants [le sɔlɛj kuʃɑ̃] 5 syll.
Revêtent les champs [ʁəvɛtə le ʃɑ̃] 5 syll.
Les canaux, la ville entièr(e), [le kano la vil ɑ̃tjɛʁ] 7 syll. fém.
D'hyacinthe et d'or ; [d‿ijasɛ̃t e d‿ɔʁ] 5 syll. (diérèse sur hy-acinthe)
Le monde s'endort [lə mɔ̃də s‿ɑ̃dɔʁ] 5 syll.
Dans une chaude lumière. [dɑ̃z‿ynə ʃodə lymjɛʁ] 7 syll. fém.
Là tout n'est qu'ordre et beauté, [la tu n‿ɛ k‿ɔʁdʁ e bote] 7 syll.
Luxe, calme et volupté. [lyksə kalm e volypte] 7 syll.
Vers espagnol
Extrait du poème « Romance Sonámbulo » de Federico García Lorca (avec la prononciation
européenne académique)
— Verde que te quiero verde. [ˈberðe ke te ˈkjeɾo ˈβerðe] 8 syll.
Verde viento. Verdes ramas. [ˈberðe ˈβjento ˈberðes ˈramas] 8 syll.
El barco sobre la mar [el ˈbarko ˈsoβre la ˈmar] 8 syll.
y el caballo en la montaña. [ʝ el kaˈβaʎo en la mon ˈtaɲa] 8 syll.
Con la sombra en la cintura [kon la ˈsomβra en la θinˈtuɾa] 8 syll.
ella sueña en su baranda, [eλa ˈsweɲa en su βaˈɾanda] 8 syll.
verde carne, pelo verde, [ˈberðe ˈkarne ˈpelo ˈβerðe] 8 syll.
con ojos de fría plata. [kon ˈoxos ðe ˈfria ˈplata] 8 syll.
Verde que te quiero verde. [berðe ke te kjeɾo ˈβerðe]) 8 syll.
Bajo la luna gitana, [ˈbaxo la ˈluna xiˈtana] 8 syll.
las cosas la están mirando [las ˈkosas la esˈtan miˈɾanðo] 8 syll.
y ella no puede mirarlas. [ʝ eλa no ˈpweðe miˈrarlas] 8 syll.
L'accent, dans la versification espagnole, modifie notamment le rythme du vers. La versification
espagnole se soucie plutôt de maintenir le rythme, le nombre de syllabes étant à ce propos
modifié. La structure rythmique exige que l'accent porte sur la pénultième (avant-dernière)
syllabe : (_)(´)(_).
Si l'accent porte sur la dernière syllabe (_)(_)(´), il faut y ajouter un silence équivalent à une
syllabe pour que la structure redevienne (_)(´)(_): El barco so(bre)(la)(mar) > el barco sobre (la)
(mar)(_).
Si l'accent porte sur l'antépénultième (avant-avant-dernière) syllabe (´)(_)(_), il faut supprimer la
valeur rythmique de celle qui la suit pour que la structure redevienne (´)(supprimée)(_), donc (_)
(´)(_) : Agitan dulcemente las brisas (cá)(li)(das) > Agitan dulcemente las bri(sas)(cáli)(das). On
ne doit jamais supprimer la syllabe, mais sa valeur rythmique.
Pour que le vers soit régulier, le poète doit tenir en compte ces faits lorsqu'il écrit, puisque ceci
modifie le calcul des syllabes : (_)(´)(_) = calcul habituel ; (_)(_)(´) = +1 ; (´)(_)(_) = -1. De ce fait, le
vers « El barco sobre la mar » n'a pas sept (7) syllabes, mais sept-plus-une (7+1=8) syllabes ; le
vers devient ainsi régulier.
Quant à la « sinalefa », il faut tenir en compte que deux sons vocaliques contigus font partie de la
même syllabe s'ils appartiennent à des mots différents : Con la sombra en la cintura = Con-la-
som-braen-la-cin-tu-ra. Deux sons vocaliques contigus dans le même mot constituent une
syllabe s'il s'agit d'une diphtongue: Verde viento. Verdes ramas. = Ver-de-vien-to-Ver-des-ra-mas.
Par contre, deux sons vocaliques font partie de deux syllabes différentes s'il s'agit d'un hiatus:
con ojos de fría plata = con-o-jos-de-frí-a-pla-ta. Les licences de non respect des « sinalefas » on
les appelle « hiatos » ; les licences de non respect des diphtongues, « diéresis » ; les licences de
non respect des hiatus, « sinéresis ».
Vers espérantophone
Voici un poème de l'espérantophone letton Nikolajs Ķurzēns (1910-1959) :
Ankoraŭ devas nigri vera nokto [anˈkoɾaw ˈdevas ˈniɡɾi ˈveɾa ˈnokto] 11 syll.
ankoraŭ devas fajri vera tago [anˈkoɾaw ˈdevas ˈfajɾi ˈveɾa ˈtaɡo] 11 syll.
ne povas ja de grizo ĉio pleni. [ne ˈpovas ja de ˈɡɾizo ˈt͡ʃio ˈpleni] 11 syll.
Voici un vers de l'espérantophone tchèque Eli Urbanová (1922-2012) :
La dolĉe lula belo betula [la ˈdolt͡ʃe ˈlula ˈbelo beˈtula] 10 syll.
Vers italien
Versification populaire dans l'Italie du Moyen Âge.
Le vers de la tradition par excellence est l'endecasillabo, comme ce v. 3 de La Comédie (Enfer, I,
3) : « che la diritta via era smarrita » (tr. fr. "où la voie droite avait été perdue" - positions fortes
de 6 et 10, avec un contre-accent sur la 7e position). Chez Leopardi, par ex. « fin sopra gli astri
il mortal grado estolle » (La ginestra o il fiore del deserto - Canti - positions fortes en 4, 8 et 10) :
tr. fr. "élève l’ordre humain au-dessus des astres".
Un exemple d'ennéasyllabe (le novenario pascoliano classique) : « Nascondi le cose lontane » -
Nebbia - Canti di Castelvecchio (tr. fr. "Tu caches les choses lointaines" - Brume5).
La dernière position forte (la dixième pour le vers hendécasyllabique traditionnel par ex.) est
très majoritairement suivie d'une syllabe finale, d'où les termes de senario (accent du vers sur
la 5e), settenario (sur la 6e), ottonario, novenario, decasillabo, endecasillabo, etc.
Il existe aussi de nombreux essais d'imitation de la métrique antique (quantitative), comme
dans ce vers sapphique de Pascoli : « Splende al plenilunïo l’orto; il melo » (Solon, Poemi
Conviviali), dont la longueur est compatible avec l'endecasillabo, mais la structure est : trochée,
trochée, dactyle (accent fort sur la 5e position), trochée, trochée ; tr. fr6. "Brille au clair de lune
l’enclos ; les arbres".
Vers japonais
Iroha
Kanjis Hiraganas Rōmaji Sens des paroles en français
色は匂へと いろはにほへと Iroha ni ho heto
散りぬるを ちりぬるを Chiri nuru wo Le plaisir est enivrant mais s'évanouit
我か世誰そ わかよたれそ Waka yo tare so Ici-bas, personne ne demeure.
常ならむ つねならむ Tsu ne nara mu Aujourd'hui franchissant les cimes de l'illusion,
有為の奥山 うゐのおくやま Uwi no oku yama Il n'est plus ni de rêves creux,
今日越えて けふこえて Kefu koete
浅き夢見し あさきゆめみし Asa ki yume mishi ni d'ivresse.
酔ひもせす ゑひもせす Wehi mo sesu
Mètre quantitatif
Il n'est possible que dans les langues dont la prosodie comprend des oppositions de quantité
(vocalique ou syllabique), comme le latin et le grec ancien. Les schémas de la métrique antique
se décomposent en effet en pieds élémentaires, construits sur l'alternance de positions
syllabiques « longues » (¯) et des positions syllabiques « brèves » (̆). Lorsqu'on « scande » un
vers, on établit son schéma métrique et l'on s'efforce de le réciter en rendant ce schéma
apparent.
Le mètre quantitatif n'est pas réservé aux langues indo-européennes anciennes (grec ancien,
latin, sanskrit) : il se rencontre aussi dans des langues qui, comme l'arabe, connaissent des
oppositions de quantité (voir poésie arabe). Les oppositions de quantité qui subsistaient en
français de la Renaissance ont aussi donné lieu à une poésie authentiquement quantitative,
illustrée notamment par Jean-Antoine de Baïf. En revanche, c'est par abus de langage qu'on
qualifie de pentamètre iambique un vers anglais relevant de la métrique accentuelle.
Comme dans les poésies gréco-latine et sanskrite, les métriques quantitatives ne tiennent en
général aucun compte de l'accent tonique.
Principaux pieds élémentaires
Les dénominations des pieds sont empruntées au grec, qui nous a fourni l'essentiel du
vocabulaire d'analyse poétique et rhétorique. On représente :
la position brève par le symbole « ˘ » (ou U) ;
la position longue par le symbole « ¯ » (ou –).
Dans la métrique grecque et latine, on considère qu'une longue équivaut à deux brèves, ce qui
explique certaines des substitutions autorisées (par exemple ¯ ˘ ˘ → ¯ ¯), mais pas certaines
autres (par exemple ˘ ¯ → ¯ ¯).
Pieds dissyllabiques
dibraque ou pyrrhique : ˘ ˘ ;
iambe : ˘ ¯ ;
trochée : ¯ ˘ ;
spondée : ¯ ¯.
Pieds trisyllabiques
tribraque : ˘ ˘ ˘ ;
anapeste : ˘ ˘ ¯ ;
amphibraque : ˘ ¯ ˘ ;
bacchée : ˘ ¯ ¯ ;
dactyle : ¯ ˘ ˘ ;
crétique ou amphimacre : ¯ ˘ ¯ ;
antibacchée : ¯ ¯ ˘ ;
molosse : ¯ ¯ ¯.
Pieds tétrasyllabiques
tétrabraque ou procéleusmatique : ˘ ˘ ˘ ˘ ;
péon (trois brèves et une longue) :
péon premier : ¯ ˘ ˘ ˘,
péon deuxième : ˘ ¯ ˘ ˘,
péon troisième : ˘ ˘ ¯ ˘,
péon quatrième : ˘ ˘ ˘ ¯,
épitrite (trois longues et une brève) :
épitrite premier : ˘ ¯ ¯ ¯,
épitrite deuxième : ¯ ˘ ¯ ¯,
épitrite troisième : ¯ ¯ ˘ ¯,
épitrite quatrième : ¯ ¯ ¯ ˘,
ionique majeur : ¯ ¯ ˘ ˘ ;
ionique mineur : ˘ ˘ ¯ ¯ ;
dispondée : ¯ ¯ ¯ ¯ ;
diïambe : ˘ ¯ ˘ ¯ ;
antispaste : ˘ ¯ ¯ ˘ ;
choriambe : ¯ ˘ ˘ ¯ ;
ditrochée : ¯ ˘ ¯ ˘.
Quelques mètres quantitatifs
Les vers se décomposent en mesures (ou « mètres »), dont chacune peut comporter un ou
plusieurs pieds élémentaires. Ainsi, un trimètre iambique se compose-t-il de trois mesures
comptant chacune deux pieds iambiques, un hexamètre dactylique de six mesures comptant
chacune un pied dactylique. Du fait des substitutions souvent possibles (– → UU), le nombre de
syllabe d'un vers donné, comme l'hexamètre dactylique, est variable (voir aussi sous scansion).
De plus, comme dans le mètre syllabique, il existe des césures, localisées par rapport aux pieds.
Comme son nom l'indique, une césure penthémimère intervient après le cinquième demi-pied
(soit deux pieds et demi). Parallèlement aux termes grecs, il existe une terminologie latine. Un
sénaire iambique, ou iambique sénaire, est un vers comprenant six pieds iambiques, et qui grosso
modo, équivaut au trimètre iambique grec.
Les poésies grecques et latines, bien que très proches dans leur utilisation des mètres
quantitatifs, divergent par certains aspects. Renvoyons, pour la description détaillée de chaque
mètre, à sa page propre :
vers saturnien (vers national latin) ;
mètres dactyliques, dont :
hexamètre dactylique,
pentamètre dactylique,
mètres iambiques, dont :
trimètre iambique,
sénaire iambique,
mètre trochaïque ;
mètre logaédique ;
mètre anapestique ;
mètre péonique ;
mètres anacréontiques ;
mètres éoliens.
Cette liste est loin d'être exhaustive.
Regroupements de vers à mètres quantitatifs
Les vers peuvent être regroupés en systèmes. Dans ce cas, la répartition des syllabes longues et
brèves se fait sur l'étendue de la strophe et non du vers seul. Par exemple, dans la poésie
élégiaque ou lyrique, il est courant d'utiliser le distique élégiaque, strophe composée d'un
hexamètre dactylique suivi d'un pentamètre.
Principaux systèmes :
strophe sapphique ;
strophe alcaïque ;
distique élégiaque.
Exemple grec ancien
Voici scandé le vers 75 du premier chant de l'Iliade, œuvre écrite en hexamètres dactyliques,
comme le demande le genre épique. La césure est penthémimère. L'accent n'a aucune incidence
sur le vers et les syllabes d'un pied donné ne font pas forcément partie d'un même mot (les pieds
sont séparés par la barre droite, la césure est indiquée par deux barres obliques et les couleurs
permettent de relier les syllabes d'un même pied) :
Μῆνιν Ἀπόλλωνος ἑκατηϐελέταο ἄνακτος
Μῆ- νιν Ἀ- πόλ- λω- νος ἑ- κα- τη- ϐε- λέ- τα- ο ἄ- νακ- τος
¯ ̆ ̆| ¯ ¯| ¯ // ̆ ̆| ¯ ̆ ̆| ¯ ̆ ̆| ¯ ̆
Exemple latin
Le vers national latin est le vers saturnien, dont on connaît encore mal le fonctionnement.
Hormis ce vers spécifique, la métrique latine n'offre que très peu d'originalité par rapport à la
métrique grecque7. Elle lui a en effet emprunté ce système, de même qu'elle a emprunté nombre
de genres littéraires et artistiques à la Grèce. Les principales différences se trouvent dans les
règles de scansion.
Voici un distique élégiaque d'Ovide (L'Art d'aimer, livre II, vers 197-198). Il se compose
naturellement d'un hexamètre dactylique suivi d'un pentamètre.
Cede repugnanti ; cedendo uictor abibis ;
Fac modo, quas partis illa iubebit agas.
Ce- de re- pug- nan- ti ; ce- den- do uic- tor a- bi- bis
¯ ̆ ̆| ¯ ¯| ¯ // ¯ | ¯ ¯| ¯ ̆ ̆| ¯ ̆
Fac mo- do, quas par- tis il- la iu- be- bit a- gas.
¯ ̆ ̆| ¯ ¯| ¯ // ¯ ̆ ̆| ¯ ̆ ̆| ¯
Mètre accentuel
Dans certaines langues connaissant pourtant les oppositions de quantité vocalique, les pieds et
les mètres sont définis par la répartition de l'accent tonique et non la quantité. C'est le cas en
anglais : la syllabe accentuée joue le rôle d'une longue, les autres celui d'une brève. L'essentiel de
la métrique anglaise, cependant, suit celle de la métrique classique (gréco-latine). Par exemple,
le pentamètre iambique, l'un des mètres les plus utilisés en anglais, se présente ainsi (l'accent
tonique est signalé par le gras, les pieds sont séparés par la barre droite) :
Was this | the face | that launch'd | a thou|sand ships
And burnt | the top|less tow'rs| of Il|ium?
Christopher Marlowe, Dr Faustus
Samuel Taylor Coleridge est célèbre pour ses imitations en anglais d'hexamètres dactyliques
gréco-latins dans son poème Hexameters.
Métrique allemande
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Métrique espérantophone
La poésie espérantophone utilise le plus souvent des vers accentuels, construits souvent sur une
métrique iambique ou amphibrachique. Par exemple, le poème Ho, mia kor' figurant dans
l'ouvrage fondateur Langue Internationale (1887) de Louis-Lazare Zamenhof, est écrit dans un
rythme à base iambique rendant les battements du cœur du créateur inquiet de son
succès [réf. nécessaire] (les traductions ci-dessous représentent une tentative pour rester aussi
proche que possible de l'original sans « tordre » la langue française plus que la poésie ne
l'autorise) :
Ho, mia kor', ne batu maltrankvile, Ô mon cœur, ne bats pas d'inquiétude,
El mia brusto nun ne saltu for ! De ma poitrine ne t'en va pas sauter,
Jam teni min ne povas mi facile, Je ne puis déjà pas me tenir facilement,
Ho, mia kor' ! Ô mon cœur !
Ho, mia kor', post longa laborado, Ô mon cœur, après un long labeur,
Ĉu mi ne venkos en decida hor' ? Ne vaincrai-je pas à l'heure décisive ?
Sufiĉe ! Trankviliĝu de l'batado, Suffit ! Calme-toi du battement,
Ho, mia kor' ! Ô mon cœur !
Par contre les très célèbres poèmes La Vojo (eo) (1896) et Preĝo sub la verda standardo (eo)
(1905), également de Zamenhof, sont amphibrachiques ; voici la prmière strophe de chacun
d'eux :
Tra densa mallumo briletas la celo À travers une dense obscurité scintille le but
Al kiu kuraĝe ni iras. Auquel courageusement nous allons.
Simile al stelo en nokta ĉielo Semblable à une étoile en un ciel nocturne
Al ni la direkton ĝi diras. Il nous dit la direction.
Kaj nin ne timigas la noktaj fantomoj, Et ne nous effraient ni les fantômes de la nuit,
Nek batoj de l'sorto, nek mokoj de Ni les coups du sort, ni les moqueries des
l'homoj, hommes
Ĉar klara kaj rekta kaj tre difinita Car [c'est] claire et droite et bien définie
Ĝi estas, la voj' elektita. [Qu']elle est, la voie choisie.
Al Vi, ho potenca senkorpa mistero, À Toi, ô puissant mystère sans corps
Fortego, la mondon reganta, Grande force gouvernant le monde,
Al Vi, granda fonto de l'amo kaj vero À Toi, grande source de l'amour et du vrai
Kaj fonto de vivo konstanta, Et source de vie constante,
Al Vi, kiun ĉiuj malsame prezentas, À Toi que chacun autrement représente
Sed ĉiuj egale en koro Vin sentas, Mais que tous également au cœur Te sentent
Al Vi, kiu kreas, al Vi, kiu reĝas, À Toi qui crées, à Toi qui règnes,
Hodiaŭ ni preĝas. Aujourd'hui nous prions.
Comme en français, au moins dans les exemples ci-dessus, la rime concerne la dernière voyelle
accentuée et tout ce qui la suit, que cette voyelle se trouve dans la dernière syllabe du vers (rime
masculine) ou dans l'avant-dernière (rime féminine).
Métrique russe
La poésie russe connaît8 :
deux mètres binaires : le ïambe et le chorée (ou trochée)
trois mètres ternaires : le dactyle, l'amphibraque et l'anapeste.
Exemple de ïambe (ямб) :
Кого жалеть ? Ведь каждый в мире странник
Kovo / jaliet' ? / Vied' kaj/dyï v mi/rie stran/nik
Qui regretter ? Chacun ici-bas est un errant (Serge Essenine)
Exemple de chorée (хорей) :
Милый друг, иль ты не видишь
Milyï / droug, il' / ty nié / vidich'
Amie chère, ne vois-tu pas (Vladimir Soloviev)
Exemple de dactyle (дактиль) :
Тучки небесные, вечные странники
Toutchki nie/biesnyïe, / vietchnyïe / stranniki
Les nuages du ciel, les errants éternels (Mikhaïl Lermontov)
Exemple d’amphibraque (амфибрахий) :
Я к розам хочу, в тот единственный сад
Ia k rozam / khotchou, v tot / iedinstvien/nyï sad
Je veux voir les roses, dans ce jardin unique (Anna Akhmatova)
Exemple d’anapeste (анапест) :
Я сказал : виноград как старинная битва живёт
Ia skazal : / vinograd / kak starin/naïa bit/va jiviot
J'ai dit : la vigne, elle vit comme un antique combat (Ossip Mandelstam)
Il existe en russe trois sortes de rimes :
masculine (finale accentuée) ;
féminine (pénultième accentuée) ;
dactylique (antépénultième accentuée).
Notes et références
1. Maurice Grammont, Petit traité de versification française, Armand Colin, Paris, 1965 (les
premières éditions remontent au début du xxe siècle).
2. Alain Chevrier, Le Décasyllabe à césure médiane. Histoire du taratantara, Paris, Classiques
Garnier (ISBN 978-2812402906).
3. Jean-Claude Milner et François Regnault, Dire le vers, Seuil, Paris, 1987.
4. Olivier Bettens, Chantez-vous français ?, http://virga.org/cvf/ [archive].
5. « brume-giovanni-pascoli (https://arbrealettres.wordpress.com/2017/10/14/brume-giovann
i-pascoli/) [archive] »
6. Jean-Charles Vegliante, « Traduire la forme (http://circe.univ-paris3.fr/ED122-Traduire%20l
a%20forme.pdf) [archive] », sur circe.univ-paris3.fr, 29 mai 2014 (consulté le 19 juillet 2020)
7. Sur le vers latin, voir : Louis Nougaret, Traité de métrique latine classique, Klincksieck, 1986
(4e éd.) (ISBN 2-252-01952-2)
8. D'après N. Struve, Anthologie de la poésie russe: La renaissance du xxe siècle, Aubier-
Flammarion, 1970
Voir aussi
Articles connexes
Cheville, un mot inutile au vers que l'on Rime
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Strophe
Métrique (poésie)
Quantité syllabique
Métrique antique
Vers brisés, Vers rapporté, Vers de mirliton,
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Vers libre
Poésie
Liens externes
Métrique gréco-romaine
Lexique et bibliographie sur la métrique antique gréco-romaine (http://www2.unil.ch/damon/in
dex.htm) [archive] du groupe DAMON de l'Université de Lausanne
Bibliographie de la métrique antique gréco-romaine (http://bcs.fltr.ucl.ac.be/Metr.htm
l) [archive] de l'Université de Louvain, à Louvain-la-Neuve
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