Enucleation P
Enucleation P
Énucléation pancréatique
S. Gaujoux, B. Acidi, S. Dokmak, A. Sauvanet
Résumé : L’énucléation pancréatique est une technique qui est habituellement réservée aux seules
tumeurs pancréatiques bénignes situées suffisamment à distance du canal pancréatique principal. Un
bilan préopératoire précis, visant à caractériser la lésion et ses rapports avec le canal pancréatique
principal, est donc nécessaire, et est complété par une échographie peropératoire. L’énucléation est une
intervention permettant un taux de guérison élevé et la préservation de la fonction pancréatique exocrine
et endocrine, au prix cependant d’une morbidité immédiate significative essentiellement représentée par
la fistule pancréatique.
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Tableau 1.
Principales tumeurs pancréatiques énucléables.
Principales tumeurs pancréatiques énucléables
Insulinome
Tumeur neuroendocrine non fonctionnelle asymptomatique de moins
de 2 cm
Tumeurs intrapapillaires et mucineuses du pancréas des canaux
secondaires
Cystadénome séreux symptomatique
Cystadénome mucineux non dégénéré
Tumeur solide et pseudopapillaire
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Énucléation pancréatique 40-880-G
Technique
Principes généraux
2
L’intervention ne doit réséquer que la seule lésion tumorale,
en la séparant progressivement du parenchyme adjacent. Il s’agit 4
donc d’une résection R1 de principe. Toute résection parenchy- 3
1
mateuse contiguë, surtout en profondeur, peut entraîner une plaie
vasculaire ou canalaire.
Le repérage précis du canal pancréatique principal nécessite
une échographie peropératoire. Elle doit être faite au début de
l’intervention car elle est ensuite « artefactée » lorsque l’exérèse
commence, du fait de l’air présent dans la « tranche ».
L’hémostase des petits vaisseaux situés dans la cavité
Figure 2. Voies d’abord pour énucléation. Pour une localisation
d’énucléation et la « pancréatostase » doit être une préoccupation
médiane ou profonde, la voie d’abord est une incision médiane sus-
constante afin de garder une bonne visibilité et de limiter le risque
ombilicale (1) ou une incision bi-sous-costale (2). En cas de lésion
d’hémorragie secondaire en cas de fistule pancréatique. Celle-ci
latéralisée chez un sujet mince, on peut préférer une incision latérale hori-
peut être faite par des ligatures électives, un courant bipolaire, ou
zontale droite (3) en cas de localisation céphalique, ou gauche (4) en cas
la thermofusion.
de localisation corporéocaudale.
La possibilité d’une pancréatectomie « réglée » doit être gardée
à l’esprit en cas de difficulté ou de découverte peropératoire d’une
contre-indication à l’énucléation. besoin la rate, de la loge rénale gauche. Il est à noter que la taille
Compte tenu de la finesse nécessaire à ces dissections, de la lésion n’est pas en soi une contre-indication à l’énucléation
l’utilisation de loupe binoculaire (grossissement × 2,5) peut (Fig. 3).
s’avérer utile.
Laparoscopie
Voie d’abord, exploration abdominale Il est d’abord important de rappeler que la voie d’abord utilisée
et exposition ne doit pas influencer les indications opératoires. La laparosco-
pie associée à une échographie laparoscopique peropératoire est
Laparotomie fréquemment préférée à la laparotomie pour réaliser une énucléa-
Du fait des performances actuelles de l’imagerie, une explora- tion sous réserve de l’expertise de l’opérateur. Elle est d’autant
tion complète du pancréas est devenue inutile (sauf cas particulier plus facile à réaliser que la lésion est antérieure, superficielle,
de la néoplasie endocrinienne multiple de type 1). L’incision peut voire exophytique et bien sûr à distance du canal pancréatique
donc être adaptée à la localisation (droite, gauche, ou médiane) principal et de la voie biliaire intrapancréatique. En plus de son
de la lésion, à son accessibilité (lésion antérieure et superficielle, intérêt esthétique et pariétal, la laparoscopie permet une dimi-
ou lésion plus profonde ou postérieure), et au morphotype du nution des douleurs postopératoires et de raccourcir la durée
patient. En règle, une incision médiane peut être préférée chez d’hospitalisation [29–33] . Elle ne permet, en revanche, pas de réduire
un patient longiligne ayant une lésion peu latéralisée et plutôt le taux de fistule pancréatique postopératoire responsable de la
superficielle (Fig. 2). Dans les autres cas, une incision sous-costale, majeure partie de la morbidité.
parfois très courte et horizontalisée, est utilisée (Fig. 2). L’installation se fait en règle jambes écartées, l’opérateur étant
L’exploration de la cavité abdominale doit idéalement placé entre les jambes du patient [29] . Compte tenu de la difficulté
comprendre l’inspection du péritoine et l’exploration hépatique potentielle du geste, il peut être utile d’être aidé par un cer-
mais la petite taille de la voie d’abord peut l’empêcher. tain nombre d’innovations techniques : insufflation par AirSeals®
En fonction de la localisation tumorale, le pancréas est abordé pour éviter les problèmes de fumées, caméra 3D ou articulée.
par abaissement de la racine du mésocôlon transverse droit, décol- Une position proclive permet d’améliorer l’exposition en abais-
lement coloépiploïque, section du ligament gastrocolique, et/ou sant le mésocôlon. Une inclinaison latérale droite ou gauche
abaissement de l’angle colique gauche. Exceptionnellement, en améliore l’exposition des deux extrémités du pancréas [30, 34] . On
cas de lésion médiane (isthmocorporéale) antérieure et superfi- utilise habituellement quatre à cinq trocarts, dont au minimum
cielle, l’ouverture de la pars flacida de l’épiploon gastrohépatique deux de 10 mm et deux de 5 mm. L’optique est introduite par
(petit épiploon) peut suffire. Pour énucléer une lésion antérieure le trocart ombilical ou sus-ombilical, selon la distance xypho-
du crochet, une mobilisation de la veine mésentérique supérieure ombilicale. Latéralement, dans le flanc gauche, un trocart de
(en liant et sectionnant ses collatérales) et de la jonction duodéno- 10 mm permet l’introduction de l’écholaparoscope et, si néces-
jéjunale (en sectionnant entre ligatures le ligament de Treitz) doit saire, d’instruments de thermofusion. Les autres orifices latéraux
parfois être associée au décollement duodénopancréatique afin de permettent l’introduction de pinces fenêtrées pour l’exposition,
dégager le crochet des vaisseaux mésentériques. Pour énucléer une ou d’une coagulation bipolaire (Fig. 4).
lésion postérieure de la tête, une large manœuvre de Kocher est Le pancréas isthmocorporéal est exposé par section du ligament
nécessaire. Enfin, l’abord de la face postérieure du corps et de la gastrocolique en veillant à ne pas léser l’arcade de la grande cour-
queue du pancréas nécessite la mobilisation du mésogastre posté- bure, le mésocôlon ou l’arcade colique. L’estomac est récliné vers
rieur en décollant le pancréas, avec les vaisseaux spléniques et si le haut par l’aide, un bras de Martin ou exposé à l’aide de lacs
A B C
Figure 3. Énucléation d’une volumineuse tumeur solide et pseudopapillaire céphalique.
A. Vue scanographique de la lésion.
B. Vue opératoire.
C. Vue après énucléation.
D. Vue de la pièce opératoire.
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Énucléation pancréatique 40-880-G
C
Figure 5. Technique de l’échographie peropératoire.
A. Sonde posée sur le parenchyme pancréatique, sans effet compressif, et irrigation du champ opératoire au sérum physiologique facilitant la propagation
des ultrasons.
B. En cas de tumeur superficielle, interposition d’un doigt de gant rempli de sérum physiologique pour faciliter la propagation des ultrasons.
C. Vue opératoire : échographie peropératoire.
A B
du sérum physiologique ou en éloignant la sonde du pancréas par lique et plus particulièrement du crochet est parfois plus facile
l’intermédiaire d’un gant ou d’un doigt de gant en latex rempli de en plaçant la sonde à la face postérieure du pancréas. Un contact
sérum physiologique et fermé par une ligature (Fig. 5). Il faut faire intime de la lésion et du canal pancréatique, en général moins de
attention de ne pas trop appuyer sur le pancréas avec la sonde 2 mm, contre-indique l’énucléation (Fig. 7).
au risque de collaber le canal pancréatique principal et les élé- L’écholaparoscopie est très importante du fait du caractère peu
ments veineux intra- ou péripancréatiques. Certains patients ont informatif de la palpation instrumentale [38] et doit être menée
un pancréas graisseux et/ou fibreux, se traduisant par un aspect selon les mêmes principes. L’étude échographique n’est cepen-
hétérogène gênant la visualisation du Wirsung. Le canal pancréa- dant pas faisable dans tous les plans de l’espace du fait du point
tique principal est plus facile à repérer au niveau de l’isthme avec « fixe » constitué par l’orifice d’introduction du trocart. Ceci peut
des contours très légèrement échogènes (Fig. 6) et son contenu expliquer que les énucléations par laparoscopie pour insulinome
transsonore est d’autant plus facile à visualiser que la sonde ne sont associées à un taux de conversion en laparotomie pour défaut
comprime pas le pancréas. La présence d’un stent pancréatique de localisation compris entre 5 et 10 % [29, 31, 32] .
facilite bien entendu le repérage du canal pancréatique principal.
Le canal est ensuite suivi vers la gauche où son trajet est gros-
sièrement rectiligne mais son calibre plus fin. À ce niveau, une
Énucléation
boucle de l’artère splénique, pouvant barrer l’accès au bord supé- Si la lésion est superficielle, l’exérèse débute en identifiant le
rieur ou à la face antérieure, peut être repérée par ses battements plan de clivage entre la tumeur et le parenchyme avoisinant. Si
et l’aide du Doppler. Dans la tête, le canal est plus large mais le la lésion est profonde, n’affleurant pas la capsule, elle est repérée
trajet est souvent sinueux ; toutefois, en suivant la voie biliaire par la palpation et l’échographie peropératoire. Le parenchyme est
intrapancréatique, il est possible de repérer également le canal incisé à l’endroit où la lésion est la plus superficielle, en veillant
pancréatique principal à sa terminaison. L’échographie cépha- à éviter de blesser le canal pancréatique principal. Par exemple,
A B
Figure 7.
A. Énucléation d’une tumeur n’affleurant pas la capsule pancréatique : le plan de clivage est trouvé après incision du parenchyme pancréatique.
B. Aspect postopératoire après énucléation d’une lésion profonde au contact de l’artère gastroduodénale.
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Toute référence à cet article doit porter la mention : Gaujoux S, Acidi B, Dokmak S, Sauvanet A. Énucléation pancréatique. EMC - Techniques chirurgicales -
Appareil digestif 2022;39(1):1-8 [Article 40-880-G].
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