Nouveau 2
Nouveau 2
Dans la recherche de nouvelles substances actives contre les Plasmodium, les flores non explorées des pays du Sud constituent
une source potentielle privilégiée de nouveaux médicaments.
Dans ce travail, nous avons suivi une démarche ethnopharmacologique afin de répertorier et de sélectionner des végétaux intéres-
sants à étudier en laboratoire pour leurs propriétés antiplasmodiales.
Notre travail de recensement des espèces utilisées contre la malaria au Burkina Faso nous a permis de répertorier 72 espèces
végétales utilisées seules ou en association dans le traitement traditionnel du paludisme dans ce pays d’Afrique de l’Ouest.
Finalement, treize espèces ont été sélectionnées et dix-sept échantillons végétaux ont été récoltés au Burkina Faso pour évalua-
tion en laboratoire. Les principaux critères de sélection ont été : leur utilisation traditionnelle contre la malaria et le fait que ces
plantes n’aient pas (ou peu) été étudiées sur le plan antiplasmodial. Les liens de chimiotaxonomie éventuels avec des plantes déjà
connues pour leurs propriétés antiplasmodiales ainsi que les possibilités de valorisation des espèces au niveau local (MTA) ont
également été considérés.
Le plus lourd tribut est payé par l’Afrique : environ 60 % des cas Cette recherche de nouvelles molécules actives ne doit pas
dans le monde, quelques 75 % des cas de paludisme à Plasmodium occulter l’urgente nécessité pour les pays du Sud d’avoir à leur
falciparum et plus de 80 % des décès se produisent en Afrique disposition des remèdes efficaces et accessibles permettant de
subsaharienne. Ainsi, le paludisme reste actuellement la maladie soigner les accès palustres de leur population. Dans leur grande
infectieuse qui provoque le plus de décès d'enfants en Afrique – majorité, les habitants des régions rurales n’ont pas accès aux
trois fois plus que l'infection due au VIH ; le paludisme tuerait un
enfant africain toutes les 30 secondes (OMS/UNICEF/RBM, World
malaria report 2005).
Contact
* Ccorrespondance : [email protected]
Les résistances croissantes aux médicaments disponibles ainsi que
l’absence de vaccin efficace, nécessitent, parallèlement à un effort
médicaments modernes et ont principalement recours aux plantes donc d’être recherchées en vue d’isoler de nouveaux principes actifs
médicinales locales pour se soigner. utiles pour combattre P. falciparum et/ou de valider leur utilisation
traditionnelle.
Des données précises sur l'efficacité et l'innocuité des plantes des
pharmacopées traditionnelles sont donc également nécessaires Ainsi, certaines espèces dont l’absence de toxicité et l’activité anti-
dans un contexte de prise en charge locale du paludisme. plasmodiale serait validée scientifiquement, mériteraient d’être valo-
risées localement via, par exemple, la mise au point de
De nombreuses plantes utilisées en Afrique de l’Ouest pour soigner «Médicaments traditionnels améliorés» (MTA).
le paludisme ont démontré des propriétés antiplasmodiales dans
des tests in vitro ou in vivo, notamment Cochlospermum tinctorium, Le travail présenté ici consiste à sélectionner des végétaux intéres-
Azadirachta indica, Vernonia colorata, Combretum micranthum,… sants pour l’étude de leur activité antiplasmodiale en laboratoire.
(Soh et Benoit-Vical, 2007).
Jardins du Monde
Jardins du Monde
Boswellia dalzielli
Jardins du Monde
Gardenia sokotensis
Ficus thonningii
Jardins du Monde
Jatropha gossypiifolia
Loeseneriella africana
2. Critères de sélection
Il n’y a pas de critères dominants dans le choix des 13 espèces Nous avons également tenu compte d’autres critères pragmatiques,
sélectionnées (Tableau 2). En revanche, nous avons suivi approxi- telles que les possibilités de valorisation de l’espèce au niveau local
mativement la progression suivante pour laisser des ouvertures. comme antipaludique (possibilité de culture,…). Par contre,
certaines espèces ou parties de plantes (e.a : racines) ont été
Les données bibliographiques recueillies sur les espèces recensées écartées faute de disponibilité suffisante.
nous ont permis de faire une première sélection. Ainsi, les espèces
déjà connues pour leurs propriétés antiplasmodiales et/ou déjà très Par exemple, Azadirachta indica, Vernonia colorata et Combretum
bien étudiées sur le plan phytochimique ont été écartées, en micranthum ont été bien étudiées (Soh et Benoit-Vical, 2007). Il nous
ménageant cependant celles qui ont montré une activité in vitro semblait difficile de reprendre ces travaux. D’autres comme Fadogia
et/ou in vivo et pour lesquelles aucun principe actif n’a été isolé. agrestis sont en court d’études par d’autres collègues.
Les liens de chimiotaxonomie éventuels ont été valorisés : genre ou Par ailleurs, les résultats de ces études sont pris en compte par
famille déjà connu pour ses propriétés antipaludiques (ex : Jardins du monde dans le cadre de la valorisation de la pharmacopée
Asteraceae et lactones sesquiterpéniques). locale auprès des populations.
REMERCIEMENTS
DISCUSSIONS ET PERSPECTIVES Les auteurs tiennent à remercier tous ceux qui de près ou de loin ont
contribué à la réalisation de ce travail, en particuliers les Professeurs
Il s’agira maintenant de réaliser des extraits de polarités différentes J-B. Nikiéma (UFR-SDS, Université de Ouagadougou ; DMPT
à partir des 17 échantillons récoltés (CH2Cl2, MeOH, Eau) et de tes- (DGPML) - Ministère de la Santé du Burkina Faso), O. G. Nacoulma
ter des dilutions de ces extraits sur deux souches de P. falciparum (Université de Ouagadougou), J.Millogo-Rasolodimby et S. Guinko
(chloroquino-résistante et – sensible) afin d’évaluer leur potentiel (UFR-SVT, Université de Ouagadougou) ainsi que les Docteurs Z.P.
antiplasmodial in vitro (détermination des CI 50) (Philippe, 2005). Dakuyo (Phytofla) et M. Olivier (Projet PHAVA) pour leur aide et
leurs conseils précieux.
La cytotoxicité des extraits montrant une activité sera évaluée sur
fibroblastes humains afin de vérifier l’absence de toxicité pour des
cellules saines et de déterminer un index de sélectivité vis-à-vis du
Plasmodium.
Tableau 3 : Echantillons récoltés au Burkina Faso pour étude de leurs propriétés antiplasmodiales
Espèce et famille Synonymes Noms vernaculaires Morphologie Données ethnobotaniques Données bibliographiques
(Mooré) répartition géo disponibles
Bauhinia rufescens = Bauhinia adansoniana Guill. et Perr. Tipoèga (Guinko, 1988) Arbuste-buisson Une poignée de tiges feuillées bouillie Pas de rapport de l’activité antiplasmodiale
Lam. = Piliostigma rufescens (Lam.) Benth. Ti-pohèga Zone soudano- dans 1 l d’eau ; décoction à boire 2 fois /jour de B. rufescens ; peu d’étude sur cette espèce
FABACEAE = Adenobulus rufescens (Lam.) Schmitz pweg-tiiga sahélienne jusqu’à amélioration des symptômes
(Arbonnier, 2002) (Nacoulma, 1996) (JDM, Koudougou, 2006) Bauhinia sp.
- Extrait EtOH de B. guianensis montre une bonne
activité in vivo sur Plasmodium vinckei mais est
faiblement actif in vitro (Muñoz,2000)
- Racemosol et dérivés isolés des racines de
B. malabrica ont une activité antimalarique modérée
sur P. falciparum (Kittakoop, 2000)
Bergia suffruticosa Kwirb kwirbe Sous-arbrisseau Toute la plante en décoction (boisson Pas de rapport de l’activité antiplasmodiale
Fenzl (Guinko, 1988) vivace et lavement) contre le paludisme de B. suffruticosa (ni Bergia sp.)
ELATINACEAE Sagab-tiim Zone sahélienne : des enfants (Guinko, 1988)
(Nacoulma, 1996) bord argileux des mares Tiges feuillées en usage interne contre Propriétés antioxydante et antiradicaux libres
le paludisme infantile (Nacoulma, 1996) des parties aériennes (Anandjiwala, 2007)
Se trouvent chez les herboristes des
marchés à Koudougou, utilisées contre Peu d’études sur cette espèce et cette famille
le palu et comme fortifiant (JDM, 2006)
• 78 •
Boswellia dalzielii Arbre à encens Kômbreyôogo, Arbre Rameaux feuillés utilisés contre le Pas de rapport de l’activité antiplasmodiale de
Hutch (Fr., Arbonnier, 2002) Gômbreyôogo Zone sahélienne paludisme (Traore, 1983) B. dalzielii (ni Boswellia sp.)
BURSERACEAE (Guinko, 1988) En usage interne : tiges feuillées utilisées
Gondregneogo, comme fébrifuge, anti-inflammatoire Propriétés anti-inflammatoires de la résine
Kondregneogo Ecorces : contre paludisme avec douleurs (Duwiejua, 1993)
(Nacoulma, 1996) intestinales (Nacoulma, 1996) Activités antibactérienne et anti-oxydante
Ecorce : contre les fièvres (Arbonnier, 2002) in vitro de l’écorce de tronc (Alemika, 2006)
Crossopteryx febrifuga Rondeletia febrifuga Afzel. ex G. Don Kumbrewânga Arbuste Tiges feuillées en décoction pour boire et Extrait alcaloïdique (feuilles) a une CI50 < 10µg/ml
(Afz ex G.Don) Benth Rondeletia africana Winterb (Guinko, 1988) Savanes se laver en cas de paludisme (propriétés in vitro sur P. falciparum (Sanon, 2003)
RUBIACEAE Crossopteryx kotshyana Fenzl. Kumbrwaga, soudano-guinéennes anti-inflammatoire et analgésique)
(Arbonnier, 2002) kansdem-tooré (Flahaut, 1999) Bonne activité in vivo de l’extrait EtOH d’écorce
Crossopteryx africana Baill. (Nacoulma, 1996) Rameaux utilisés en cas de paludisme, de tige contre P. berghei (Elufioye, 2004)
(Tropicos) fièvre (Arbonnier, 2002)
Tiges feuillées et fruits en usage interne : Note : Pas de principe actif antiplasmodial isolé
contre le paludisme avec douleurs gastro-
intestinales, ictère, fièvres,… (Nacoulma, 1996)
Tiges feuillées en infusion : contre le palu,
associées à Mitragyna inermis (Traore, 1983)
Tiges feuillées en décoction pour boire et
se laver, en association avec Fadogia agrestis
et Gardenia sokotensis (Guinko, 1988)
Dicoma tomentosa Gômtidga Herbacée annuelle Toute la plante en décoction (lavements) Pas de rapport de l’activité antiplasmodiale
Cass (Guinko, 1988) ramifiée contre le paludisme des enfants avec de D. tomentosa (ni Dicoma sp.)
ASTERACEAE Gômtidga, Afrique intertropicale inflammation de la rate (Guinko, 1988) Germacranolide isolés de D. tomentosa
sakwipèelga Asie tropicale Tiges feuillées : Idem ; aussi contre le (Bohlmann, 1982)
(Nacoulma, 1996) paludisme des adultes en usage Lactones sesquiterpéniques se retrouvent dans
interne (Nacoulma, 1996) plusieurs espèces du genre Dicoma (Zdero, 1990)
Dyschoriste perrottetii Pârparé (Nacoulma, 1996 ; Plante herbacée Toute la plante en décoction (lavements Pas de rapport de l’activité antiplasmodiale
O. Kuntze Guinko, 1988) à racine semi-vivace et boisson) contre paludisme des enfants de D. perrottetii (ni de Dyschoriste sp.)
ACANTHACEAE Nyi kansar (JDM, 2006) Zone soudannienne Aussi en association avec Gardenia Peu d’études sur cette espèce.
sokotensis (Guinko, 1988) Cité pour son utilisation traditionnelle contre
Tiges feuillées indiquées contre le les fièvres, le paludisme et les diarrhées ;
paludisme et la fièvre en usage interne riche en composés phénoliques et flavonoïdes ;
(Nacoulma, 1996) activité antioxydante (Sawadogo , 2006)
Se trouvent chez les herboristes de D’autres Acanthaceae antiplasmodiales :
Koudougou, utilisées contre le paludisme Andrographis paniculata : xanthones
(JDM, 2006) antiplasmodiales (Dua, 2004), Hygrophila
guianensis (Weniger, 2001)
Ficus thonningii = F. microcarpa Vahl Kusga Arbre moyen Feuilles en boisson, dans les accès Pas de rapport de l’activité antiplasmodiale
Blume = F. schimperi A. Rich. (Arbonnier, 2002) (Nacoulma, 1996) des savanes pernicieux du paludisme (D. Traore, 1983) de F. thonningii. Peu d’études sur cette espèce
MORACEAE = Ficus burkei Miq. d’Afrique tropicale, Feuilles indiquées en cas d’ictère,
= Ficus petersii Warb (Tropicos) présente des racines hépatite, fièvres, anémie (Arbonnier, 2002) Ficus sp :
aériennes pendantes, Feuilles, écorces et racines de F. fistulosa
qui s’enracinent ont des propriétés antiplasmodiales in vitro ;
isolement de verrucarine L acetate (trichotécène
macrocyclique) qui a une IC 50 < 1 µg/ml (Zhang, 2002)
• 79 •
Gardenia sokotensis = G. mossica A. Chev. Tang rakoènga ; Arbuste Tiges feuillées : utilisées contre la fièvre. Extrait CH2Cl2/EtOH (7:3) présente une activité
Hutch = Randia lucida A. Chev. Tang-rambrezûuda buissonnant Contre le paludisme, en association : in vivo intéressante sur P. berghei ; l’extrait
RUBIACEAE (Arbonnier, 2002) (Guinko, 1988) Zone soudano en décoction (bains, un peu en boisson) aqueux est faiblement actif ; Présence de
Tang-ra-kweenga sahélienne avec Guiera senegalensis, Fadogia agresti triterpènes, caroténoïdes et flavonoïdes (Traoré, 2006)
(Nacoulma, 1996) et Psorospermum senegalense
- Tiges feuillées avec Dyschoriste perrottetii Peu d’études sur cette espèce.
- Dans les accès palustres avec douleurs gastro
intestinales, en association avec Crossopteryx Gardenia sp :
febrifuga et Fadogia agrestis : tiges feuillées Triterpènes antiplasmodiaux isolés des
des 3 plantes en décoction, pour se laver et rameaux de G. saxatilis (Suksamrarn, 2003)
un peu en boisson (Guinko, 1988)
Tiges feuillées contre le palu avec douleurs
gastro-intestinales (Nacoulma, 1996)
Rameaux feuillés : paludisme, ictère, coliques
(Arbonnier, 2002)
Ethnopharmacologia, n°41, juin 2008
Jatropha Médicinier rouge (Fr., Arbonnier, 2002) Wan-bin-bang-ma ; Petit arbuste En usage interne, tiges feuillées : Extrait aqueux (à chaud) actif in vitro sur
gossypiifolia L. Wan-bien-banguem-daaga buissonnant contre le paludisme ; Racines comme P. falciparum (Gbeassor ,1989)
EUPHORBIACEAE (Nacoulma, 1996) Espèce importée, fébrifuge (Nacoulma, 1996)
plantée dans les villages Feuilles indiquées contre les fièvres Isolement de nombreux diterpènes : jatrophenone
et les anémies (Arbonnier, 2002) (Ravindranath, 2003 ; Das, 1999) et lignanes :
jatrodien (Das, 1996), gossypifan (Das, 1995)
• 80 •
Medicines, 61 (1).
CLARKSON C., Maharaj V.J., Crouch N.R., Grace O.M., Pillay P.,
Feuilles en usage externe dans les accès
avec inflammation de la rate (Flahaut, 1999)
Matsabisa M.G., Bhagwandin N., Smith P.J., Fol P. I. (2004) In vitro anti-
un peu en boisson) en association avec
DAS B., Rao S.P., Srinivas K.V.N.S., Das R. (1996) Jatrodien, a lignan
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soudano-guinéennes
Afrique intertropicale
Arbrisseau tortueux
DUWIEJUA M., Zeitlin I.J., Waterman P.G., Chapman J., Mhango G.J.,
à souche vivace
robuste ramifiée
Plante ligneuse
Zone soudano-
(Nacoulma, 1996)
(Nacoulma, 1996 ;
167-171.
Wilpenduugu
Yar Yaamdé
Guinko, 1988)
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= P. corymbiferum Hochr.
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= P. guineense Hochr.
= Salacia africana DC
= W. americana L.
(HIPPOCRATEACEAE)
Vitellaria paradoxa
Waltheria indica L.
Psorospermum
SAPOTACEAE
CLUSIACEAE
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