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Cours Chap Son

Ce chapitre traite des caractéristiques physiques du son, en se concentrant sur la propagation des ondes sonores dans l'air. Il aborde les équations de la dynamique des fluides, notamment les équations d'Euler et de Navier-Stokes, et explique comment ces équations décrivent le comportement des gaz en équilibre. Enfin, il souligne l'importance de comprendre ces concepts pour étudier les ondes sonores et la turbulence.

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Cours Chap Son

Ce chapitre traite des caractéristiques physiques du son, en se concentrant sur la propagation des ondes sonores dans l'air. Il aborde les équations de la dynamique des fluides, notamment les équations d'Euler et de Navier-Stokes, et explique comment ces équations décrivent le comportement des gaz en équilibre. Enfin, il souligne l'importance de comprendre ces concepts pour étudier les ondes sonores et la turbulence.

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Chapitre 1

Le son

Video de cette section.


Le son est le vecteur de l’information musicale. Dans ce chapitre on présente certaines
des caractéristiques physiques essentielles du son qui interviennent en musique. On étudiera
la propagation des ondes sonores dans l’espace.
Le son est une onde qui se propage dans la matière. Ce peut être dans l’air (gaz),
dans l’eau ou dans les solides ou toute autre forme de matière. Le son correspond aux
vibrations de cette matière dans un certain régime de fréquences et d’amplitudes. Le son
est très utilisé par les organismes vivants pour communiquer, en particulier parmi l’espèce
humaine dans l’air, avec la voix et la musique, mais aussi par les poissons et de nombreux
animaux dans l’eau, voir video de L. Ballesta.

Dans ce cours on s’intéressera essentiellement aux ondes sonores dans l’air à pression
et température ambiante, ce qui est la situation courante en musique.
L’air est un fluide gazeux légèrement visqueux et son comportement est régit par l’équa-
tion de la dynamique de Newton qui s’exprime par les équations de Navier-Stokes. Ces
équations sont simples mais les solutions qui en résulte, i.e. le comportement du gaz,
peuvent être parfois très complexe, on parle alors de turbulence. A l’heure actuelle on ne
sait pratiquement pas résoudre les équations de Navier Stokes sauf dans des cas limites où
le comportement est simple. La propagation du son sous forme ondulatoire fait partie des

11
12 CHAPITRE 1. LE SON

ces cas simples que l’on va décrire. Par contre la production des tourbillons à l’embouchure
d’une flûte par exemple fait partie des cas complexes pas bien compris.

1.1 Les équations de Euler (non linéaires)


Video de cette section.
Références : Schroeder et al. (2007, chap.3), Landau & Lifshitz (1987, chap VIII).
L’air est un fluide essentiellement constitué des molécules diatomiques N2 (di-azote)
pour 79% et de O2 (di-oxygène) pour 21% et considéré ici comme un “gaz parfait”, c’est
à dire que les particules (molécules) qui le constituent sont libres et indépendantes mais
subissent des chocs entre elles qui redistribuent leur énergie en conservant l’énergie totale.
On rappelle que NA = 6.1023 est le nombre d’Avogadro qui est le nombre d’objets dans
une mole (autrement dit c’est l’ordre de grandeur du nombre de molécules dans un objet
de taille humaine) et que la masse d’une mole de nucléons (i.e. neutron ou proton) est de
1 gramme. D’après la composition en nucléons des noyaux atomiques, l’atome N contient
7 protons et 7 neutrons, l’atome O contient 8 protons et 8 neutrons, donc on a les masses
molaires MN2 = 2 × (7 + 7) g/mole, MO2 = 2 × (8 + 8) g/mole et donc la masse molaire
moyenne des molécules de l’air est
M = 0.79 MN2 + 0.21 MO2 = 29g/mole

1.1.1 Ordre de grandeurs du modèle de gaz


— La taille d’une molécule est de l’ordre de R = 10−10 m.
— La distance moyenne entre les molécules de l’air est d = 35 R (car la densité est
N
V
= 2.5 1025 molécules/m3 )
— La vitesse moyenne d’une molécule de di-oxygène est
v = 280 m/s (1.1.1)
 1/2
(car v = RT
MO2
avec R = 8.31J/K T = 273K, MO2 = 2 × 16g/mole)
— La distance moyenne parcourue entre deux chocs est l = 3.10−7 m = 3000 R, appelée
libre parcourt moyen.
— Le nombre moyen de collisions pour une molécule est ncol. = vl = 109 collisions/se-
conde.
Remarque 1.1.1. Si on zoome par la pensée un cube d’air de L = 1cm de côté, de sorte
à transformer la taille d’une molécule R = 10−10 m ci-dessus en taille macroscopique :
′ 10−2
R′ = 1cm, le facteur de zoom est RR = 10 −10 = 10 et voici les valeurs correspondantes :
8

Tailles microscopiques : R = 10−10 m d = 35R L = 1cm l = 3000 R

Tailles macroscopique R′ = 1cm d′ = 35cm L′ = 108 cm = 1000km l′ = 3000cm = 30m


après un zoom d’un facteur ×108

Ainsi le cube à la taille L′ = 1000km de la France !


1.1. LES ÉQUATIONS DE EULER (NON LINÉAIRES) 13

1.1.2 Emergence d’un comportement collectif à l’échelle mésosco-


pique : le fluide.
L’échelle des atomes et molécules s’appelle l’échelle microscopique. L’échelle humaine
s’appelle l’échelle macroscopique. Il y a une échelle intermédiaire appelée échelle méso-
scopique à partir de laquelle laquelle l’air est un fluide, c’est à dire que l’on ne perçoit que
le comportement collectif des molécule et non plus individuel. A cette échelle la population
de molécules a un comportement collectif chaotique appelé état d’équilibre.
— Par exemple le fluide peut être au repos (pas de vent) même si les molécules sont
en mouvement permanent.
— Pour l’air, l’échelle mésoscopique est précisément à partir de D = 103 d = 3 10−6 m =
3µm > l, de sorte qu’un cube de côté D contient 109 molécules qui est grand et
D est plus grand que le libre parcourt moyen l. (Dans la remarque 1.1.1 ci-dessus,
après le zoom, cela donne D′ = 103 d′ = 350m)
— Par exemple un gaz et un liquide sont des fluides.
— L’état d’équilibre local, résultat de ce comportement collectif est caractérisé par
des grandeurs locales (bien connues) que sont :
— la température T , qui correspond à la vitesse moyenne des molécules
— la pression P , qui est inversement proportionnelle au volume libre autour de
chaque molécule. (d’après la loi des gaz parfaits P V = nRT )

1.1.3 Gaz à l’équilibre. Equation des gaz parfaits.


On va supposer un gaz parfait à l’équilibre, avec une température T0 (en K) avec une
pression constante et uniforme p0 (en P a = N/m2 ) et une densité constante et uniforme
ρ0 (en kg/m3 ). On introduit la constante de Boltzmann k = 1.38 10−23 J/K et on pose

J
R = NA k = 8.31 .
K
En physique statistique on démontre la loi des gaz parfait 1
p0 RT0
= . (1.1.2)
ρ0 M

Exemple 1.1.2. Avec une température T0 = 293K = 20C°, une pression p0 = 105 Pa, alors
la densité de l’air est ρ0 = pRT
0M
0
= 1.19 kg/m3 .

1.1.4 Gaz à l’équilibre local. Equation d’Euler. Turbulence.


On notera x = (x1 , x2 , x3 ) ∈ R3 un point de l’espace et t ∈ R le temps. Un fluide
est un ensemble de molécules en interaction et on suppose un équilibre local, c’est à dire
m
1. L’écriture plus habituelle est p0 V = nRT0 . Avec la masse volumique ρ0 = V est la masse molaire
p0 V nRT0
M=m n on obtient ρ0 = mV = RTM .
0
14 CHAPITRE 1. LE SON

l’existence d’un champ de pression p (x, t), d’un champ de densité ρ (x, t) et d’un champ de
vitesse v (x, t). Le champ de vitesse détermine des trajectoires du fluide x (t) par l’équation
dx
dt
= v. On notera l’accélération du fluide par
dv d
= v (x (t) , t) .
dt dt
 
On rappel que le gradient est grad (p) = ∂x1 , ∂x2 , ∂x3 .
∂p ∂p ∂p

Proposition 1.1.3. Le fluide subit des forces de pression internes, la force résultante
est opposée au gradient de pression et l’équation de la dynamique de Newton pour le
fluide par unité de volume prend donc la forme
dv
ρ = −grad (p) (1.1.3)
dt
appelée équation d’Euler.

Malgré son apparence simple, c’est une équation non linéaire que l’on ne sait pas ré-
soudre en général et pouvant donner des solutions très complexes (turbulence). On peut
rajouter une force de cisaillement (dissipation) donnant l’équation de Navier-Stokes.
Démonstration. On considère un petit cube élémentaire de côté [xj , xj + dxj ] selon chaque
axe j = 1, 2, 3. La masse contenue est dm = ρd3 x avec d3 x = dx1 dx2 dx3 . La force de
pression exercée sur la face x1 est F1 (x1 ) = p (x1 ) dx2 dx3 . La force de pression exercée sur
la face x1 + dx1 est F1 (x1 + dx1 ) = −p (x1 + dx1 ) dx2 dx3 . On écrit le développement de
Taylor à l’ordre 1 : p (x1 + dx1 ) = p (x1 ) + dx1 ∂x
∂p
1
+ O (dx21 ). Ainsi la force résultante selon
x1 est
(tot)
F1 = F1 (x1 ) + F1 (x1 + dx1 )
 
∂p
= p (x1 ) dx2 dx3 − p (x1 ) + dx1 dx2 dx3
∂x1
∂p 3
=− dx
∂x1
L’équation de Newton selon l’axe x1 s’écrit :
dv1 (tot)
(dm) = F1
dt
dv1 ∂p 3
⇔ρd3 x =− dx
dt ∂x1
dv1 ∂p
⇔ρ =−
dt ∂x1
Et de même selon les axes x2 , x3 . On a obtenu (1.1.3).
1.1. LES ÉQUATIONS DE EULER (NON LINÉAIRES) 15

Figure 1.1.1 – (1) Turbulence de l’air éclairé par un faisceau laser. (2) Turbulence observée
par l’effet Schlieren.

Vidéos de turbulence et le son :


— Voir cette vidéo d’expérience de turbulence.
— Cette vidéo qui explique Schlieren flow visualization. Cette vidéo qui montre des
ondes sonores, et celle ci montrant des balles de polystyrène qui surfent et lévitent
sur les ondes sonores.
— Vidéo du cnrs sur la visualisation du son.
On supposera de plus que les variations du fluides sont adiabatiques, c’est à dire que l’équi-
libre thermodynamique local est toujours présent, l’entropie est conservée. Cela implique
la formule de Laplace :
p = Cργ (1.1.4)
avec une constante C et l’indice adiabatique
2 7
γ =1+ =
3+2 5
où le chiffre 3 correspond aux trois dimension de l’espace ordinaire R3 , i.e. les 3 degrés de
liberté de translation de chaque molécule, le chiffre 2 correspond aux deux dimension de
la sphère S 2 , i.e. les 2 degrés de liberté de rotation de l’axe des molécules diatomiques. Si
le gaz est constitué de molécules plus complexe, il y a 3 degrés de liberté de rotation (car
dimSO (3) = 3) et donc γ = 1 + 3+3 2
= 34 . Si le gaz est monoatomique, sans rotation interne
des molécules, alors γ = 1 + 32 = 53 .

1.1.5 Remarques sur l’historique des équations de la mécanique


des fluides
Réf : Euler et al. (1980) p27.
Au XVIIIème siècle, il était crucial d’étudier la mécanique des fluides. En 1748, Euler
organise avec l’académie de Berlin un prix pour une étude de “la résistance qu’éprouvent les
corps solides dans les fluides”. D’Alembert a rendu un mémoire d’une grande importance
16 CHAPITRE 1. LE SON

car il a été le premier à introduire les opérateurs à dérivées partielles. Il a proposé une
équation, où apparaissait correctement le terme de transport, mais le terme de force de
pression était incorrect. Euler a refusé ce manuscrit, mais a étudié le problème par lui
même. Il a rédigé un mémoire en 1757 avec les “équations de Euler des fluides”. En 1752, le
prix a été décerné à un “étudiant de Euler” Jacob Adami. Le terme de forces de cisaillement
ont été introduit par Henri Navier 1823 et George Gabriel Stokes.
En 2000, il a été proposé un prix de 106 $ pour toute personne qui montrerait que les
équations de Navier Stokes en dimension 3, ont un comportement régulier et ne divergent
pas en temps fini (ou le contraire). En janvier 2014, Mukhtarbay Otelbayev, (mathématicien
kazakh) a écrit un article en russe prétendant répondre à cette question. Cela a beaucoup
intéressé la communauté internationale. Il y avait une erreur. En 2014, Terence Tao a
montré une explosion des solutions pour un modèle très proche. Le problème est toujours
ouvert et beaucoup de chercheurs sont actifs sur cette question.
— Vidéos sur la visualisation des mouvements de l’air et des ondes sonores :
— Turbulence, vortex rings
— What Does Sound Look Like?
— Visualizing Ultrasound with Schlieren Optics Part I
— Visualizing Ultrasound with Schlieren Optics Part III

Lectures supplémentaires :
— Pour des explications de la loi des gaz parfaits et autres notions de physique statis-
tique, voir ce cours de physique statistique.

1.2 Des équations de Navier-Stokes à l’équation d’onde

1.2.1 Gaz proche du repos. Ondes sonores.


Video de cette section.
La proposition suivante est le résultat principal de cette section qui montre que lorsque
le gaz est proche de l’équilibre global, alors les petites fluctuations de pression p (x, t)
oscillent et se propagent selon “l’équation des ondes”. Pour simplifier on notera une dérivée
partielle ∂x f := ∂f
∂x
. On notera ∆ l’opérateur Laplacien défini par

3
X
∆p := ∂x2j p = div (grad (p))
j=1
1.2. DES ÉQUATIONS DE NAVIER-STOKES À L’ÉQUATION D’ONDE 17

Proposition 1.2.1. On suppose que le fluide est soumis aux équations de mouvement
de Euler ρ dv
dt
= −grad (p). On suppose des petites fluctuations de la pression p et de
la densité ρ autour de l’état d’équilibre constant et uniforme, i.e.

p (x, t) = p0 + p (x, t)

ρ (x, t) = ρ0 + ρ (x, t)
avec |p| ≪ p0 et |ρ| ≪ ρ0 . Alors au premier ordre, p est solution de l’équation des
ondes
∂t2 p − c2 ∆p = 0 (1.2.1)
avec la vitesse du son
 1/2  1/2
γp0 γRT0
c= = ,
ρ0 (1.1.2) M

et on a la relation suivante entre p, ρ :


p ρ
=γ . (1.2.2)
p0 ρ0

Figure 1.2.1 – Ondes sonores (ultra sons) observées par effet Schlieren et par éclairage
stroboscopique. Les ondes sont émises à gauche et se réfléchissent sur la plaque. On observe
des figures d’interférence.

Preuve de la proposition 1.2.1 Video de cette section.


18 CHAPITRE 1. LE SON

Partons de l’équation de Euler (1.1.3) :


dv
ρ = −grad (p) (1.2.3)
dt
où v = dx
dt
et
3 3
dv d X  X 
= v (x (t) , t) = ∂xj v (∂t xj ) + ∂t v = ∂xj v vj + ∂t v
dt dt j=1 j=1

La fonction densité ρ (x, t) satisfait l’équation de conservation de la masse :

∂t ρ + div (ρv) = 0 (1.2.4)


t
Preuve de (1.2.4). Notons le flot ϕt : R3 → R3 , c’est à dire ϕt (x) = x (t), dϕ
dt
= v. Si
Ω ⊂ R est un domaine initial quelconque et Ω (t) = ϕ (Ω) son évolution, alors on stipule
3 t

que la masse M contenue dans Ω (t) est constante. On note χΩ la fonction caractéristique
du domaine Ω. Donc χΩ(t) = χΩ ◦ ϕ−t . On a
Z Z
χΩ ◦ ϕ−t ρdx

M= ρdx =
Ω(t) R3

donc avec une intégration par parties


  Z !
dM X
∂xj χΩ (−vj ) ρ + χΩ ◦ ϕ−t (∂t ρ) dx
 
0= =
dt t=0 j
Z ! Z
X 
= χΩ ∂xj (vj ρ) + ∂t ρ dx = χΩ (div (vρ) + ∂t ρ) dx
(par parties)
j

Si cela est vrai pour tout domaine Ω alors nécessairement div (vρ) + ∂t ρ = 0.
Supposons maintenant des petites fluctuations

p (x, t) = p0 + p (x, t)

ρ (x, t) = ρ0 + ρ (x, t)
avec |p| ≪ p0 et |ρ| ≪ ρ0 et ∂xj v vj ≪ |∂t v|. Alors au premier ordre, (1.2.3) donne


ρ0 ∂t v = −grad (p) (1.2.5)

et (1.2.4) donne
∂t ρ + ρ0 div (v) = 0. (1.2.6)
On déduit
ρ0 ∂t div (v) = −div (grad (p)) = −∆p,
(1.2.5)
1.2. DES ÉQUATIONS DE NAVIER-STOKES À L’ÉQUATION D’ONDE 19

∂t2 ρ + ρ0 ∂t div (v) = 0,


(1.2.6)

et donc
∂t2 ρ = ∆p. (1.2.7)
D’après la formule de Laplace (1.1.4) d’un gaz parfait adiabatique :
dp dρ
p = Cργ ⇔ ln p = ln C + γ ln ρ ⇔ =γ
p ρ
et donc au premier ordre pour les petites fluctuations p, ρ :
p ρ

p0 ρ0
On a obtenu (1.2.2). Finalement, on obtient l’équation d’onde pour p :
 
2 γp0
∂t p = ∆p = c2 ∆p
(1.2.7) ρ0
 1/2
avec la constante c = γpρ0
0
appelée vitesse du son.

[Link] Remarques
— En étudiant les solutions de l’équation d’onde, on verra en (1.5.12) pourquoi c
s’appelle la vitesse du son.
— Avec les valeurs p0 , T0 de l’exemple 1.1.2, on obtient une vitesse du son
1/2  1/2  7 1/2
× 8.31 × 293

γp0 γRT0
c= = = 5
= 343 m/s. (1.2.8)
ρ0 M 29 × 10−3
— L’équation de départ de Euler est non linéaire et est impossible à résoudre en gé-
néral, mais grâce à notre hypothèse d’être proche de l’état d’équilibre, on a obtenu
l’équation des ondes qui est linéaire et donc plus facilement soluble. Ce sera
le sujet des sections suivantes.
— Comme γ = 57 , γ = 43 ou γ = 53 dépend de la nature diatomique, polyatomique ou
monoatomique des molécules, la vitesse du son c en dépend aussi.
— D’après (1.2.2), ρ est proportionnel à p. Donc il vérifie aussi l’équation des ondes
∂t2 ρ − c2 ∆ρ = 0.
— Ainsi le son parcourt 34cm en 1ms ou 17m en 50ms qui est le temps de réaction
d’un neurone et donc la limite de la latence en musique. Pour cette raison, il
ne faut pas que les musiciens qui jouent ensemble soient trop éloignés les uns des
autres, sinon le retard du son est perceptible.
— Il a été observé récemment (Pour la science juillet 2021) que à la naissance, les
chauves souris connaissent précisément la vitesse du son, de façon innée. Des pa-
pillons de nuit “arctiinae” captent et émettent (pour brouiller) les sons radars des
chauves souris (Ratcliffe and Fullard, 2005).
20 CHAPITRE 1. LE SON

Exemple 1.2.2. La masse molaire de l’Hélium est M = 4g/mol et c’est un gaz monoato-
mique. On déduit que la vitesse du son dans l’Hélium est
1/2 5 1/2
× 8.31 × 273

γRT0 3
c= = = 972m/s.
M 4 × 10−3

1/2
Exemple 1.2.3. On a c = γRT M
donc ln c = 12 ln γR
M
+ 12 ln T et dT
dc 1
= 2T . Si la tem-
°
pérature augmente de δT = 20C alors la vitesse du son augmente de c = 2T = 3% soit
δc δT

δc = 0.03 × 343m/s = 10m/s.

1.2.2 Champ de vitesse et potentiel des vitesses


video de cette section.
Pour compléter la proposition 1.2.1, on a les résultats suivants.

Proposition 1.2.4. Le champ de vitesse du gaz v (x, t) (en m/s) est donné par

v = grad (ϕ) (1.2.9)

avec une fonction ϕ (x, t) appelé potentiel des vitesses relié aux fluctuations de
pression p par
p = −ρ0 ∂t ϕ. (1.2.10)

Remarque 1.2.5. Par intégration, ϕ et v vérifient aussi l’équation des ondes ∂t2 ϕ − c2 ∆ϕ = 0
et ∂t2 v − c2 ∆v = 0 comme (1.2.1). Comme v (x, t) ∈ R3 , cette dernière équation a trois
composantes.

Démonstration. L’équation (1.2.5) et la relation rot◦grad = 0 donne

ρ0 ∂t rot (v) = 0

et donc si rot (v) = 0 à l’instant initial, ce sera vrai à tout instant et d’après le Lemme
de Poincaré, v = grad (ϕ) pour une certaine fonction ϕ (x, t), définie à une constante près.
Alors (1.2.5) donne
ρ0 ∂t grad (ϕ) = −grad (p)
soit, en choisissant correctement la constante de ϕ,

p = −ρ0 ∂t ϕ.
1.2. DES ÉQUATIONS DE NAVIER-STOKES À L’ÉQUATION D’ONDE 21

1.2.3 Conservation de l’énergie et densité d’énergie


Video de cette section
Pour compléter la proposition 1.2.1, on a les résultats suivants.

Proposition 1.2.6. On a la conservation de l’énergie

∂t ϵ + div (j) = 0 (1.2.11)

avec la densité de courant d’énergie (en W


m2
) qui est

j = pv (1.2.12)

et la densité d’énergie (en J/m3 ) qui est

1 c2 ρ 2
ϵ = ρ0 |v|2 + .
2 2ρ0

On rappelle (1.2.11) Rsignifie que dans tout domaine Ω ⊂ RR3 fixé, la quantité d’énergie
contenue EΩ (t) := Ω ϵd3 x et le flux sortant JΩ (t) = ∂Ω j d2 s (sur le bord ∂Ω du
domaine) se compensent :
dEΩ
+ JΩ (t) = 0. (1.2.13)
dt

Démonstration. Référence : Landau & Lifshitz (1987, p.256). La pression p est une force
par unité de surface d’unité Pa = mN2 donc j = pv est d’unité Pa ms = ms
N
= mJ2 s = m
W
2 . C’est

bien une densité de flux d’énergie. On souhaite trouver l’expression de la densité d’énergie
ϵ en J/m3 qui vérifie la loi de conservation
∂t ϵ + div (j) = 0.
c2 ρ2
Vérifions que ϵ = 21 ρ0 v 2 + 2ρ0
. On a
p0 ρ
∂t ϵ = ρ0 v∂t v + γ ∂t ρ
ρ20
p
= −vgrad (p) − ρdiv (v) = −div (vp) = −div (j) .
(1.2.5,1.2.6,1.2.2) ρ
On rappelle la démonstration de (1.2.13) qui explique l’appellation “conservation de l’éner-
gie”. On a d’après la formule de Stokes
Z Z Z
dEΩ 3 3
= ∂t ϵd x = − div (j) d x = − jd2 s = −JΩ .
dt Ω (1.2.11) Ω ∂Ω

Remarque 1.2.7. A cause du terme de dissipation dans l’équation de Navier-Stokes, une


partie de l’énergie sonore est dissipée, ∆E
E
= 0.5 par km, convertit sous forme de chaleur.
22 CHAPITRE 1. LE SON

1.3 Solutions particulières de l’équation des ondes


Dans cette Section on étudie particulièrement l’équation des ondes (1.2.1) décrivant les
petites fluctuations de pression p (x, t) autour d’une valeur constante et uniforme p0 :

∂t2 p − c2 ∆p = 0
 1/2
γRT0 1/2
avec c = γp0

ρ0
= M
= 343 m/s.

1.3.1 Variantes de l’équation d’onde


Video de cette section

[Link] Équation plus générale

On présente une version plus générale de l’équation d’onde que celle obtenue en (1.2.1).
Si la température T (x, t) varie lentement avec x et t comme c’est le cas dans l’atmo-
sphère ou dans un grand hall alors c (x, t) devient une fonction. De plus, il peut y avoir
un amortissement de l’onde modélisé par une fonction réelle a (x, t) ≥ 0 et une source
sonore modélisée par une fonction réelle s (x, t). Par exemple si la source est ponctuelle
en x0 (ex. haut parleur), alors s (x, t) = s (t) δx0 (x) où δx0 est la distribution de Dirac en
x0 .

Définition 1.3.1. L’equation des ondes obtenue en (1.2.1) s’écrit plus générale-
ment avec indice variable c (x, t), amortissement a (x, t) et source s (x, t) :

∂t2 p − c2 ∆p + a∂t p = s (1.3.1)

L’inconnue est la fonction p (x, t) décrivant les fluctuations de pression.

C’est encore une équation affine en p (i.e. de degré 1), mais à coefficients variables.
C’est une EDP (Équations aux Dérivées Partielles) affine. En étudiant les solutions, on
verra en effet pourquoi c correspond à la vitesse de l’onde, a modélise un amortissement
et s une source.
Avant de chercher à résoudre et comprendre l’équation d’onde (1.3.1), voici quelques
commentaires.

[Link] Conditions aux bords

Si Ω ⊂ R3 est un domaine donné (modélisant un espace comme une pièce par exemple),
on peut demander des conditions au bord ∂Ω de Ω comme v (x, t) = 0 pour tout x ∈ ∂Ω
et t ∈ R, signifiant qu’il n’y a pas de déplacement d’air sur les parois.
1.3. SOLUTIONS PARTICULIÈRES DE L’ÉQUATION DES ONDES 23

[Link] Question de résolution


Que signifie résoudre l’équation d’onde ? Si on connaît les fonctions c, a, s et la valeur
de l’onde p (x, t), ∂t p (x, t) à t = 0 pour tout x ∈ Ω, la question peut être de comprendre
le comportement de l’onde, i.e. de trouver p (x, t) pour tout x ∈ Ω et tout t ∈ R. Cette
question peut être non soluble à la main, mais soluble dans certains cas limites ou so-
luble approximativement avec un ordinateur. Dans cette section on expliquera cela et nous
verrons un algorithme simple de résolution numérique.
On va considérer différentes situations, de façon progressive, de simple à plus compli-
quées.

Exemple 1.3.2. Voici par exemple une résolution numérique de l’équation d’onde en
dimension 2 sur un domaine Ω qui est un rectangle tronqué d’un disque : vidéo. Ce qui est
intéressant à observer et que l’on expliquera est que l’on observe en effet la propagation des
“fronts d’ondes” à une certaine vitesse c. Ces front d’ondes semblent suivre des trajectoires
bien définies, comme celles de particules.

Dans la suite de cette section on considère des cas très particuliers de domaine Ω et de
fonctions c, a, s qui font que l’équation (1.3.1) est soluble. On va commencer par étudier le
cas à une dimension d’espace.

[Link] A propos de l’amortissement a


Le terme d’amortissement aura pour effet de réduire l’énergie de l’onde au cours du
temps. On parle de dissipation. Cela s’appelle aussi la “viscoélasticité”. Ce paramètre
est important en lutherie dans la conception des instruments de musique, voir cette vidéo
Conférence de Michele Castellengo sur le son à 24’.

1.3.2 Trajectoire des ondes et importance en acoustique musicale


L’objectif de comprendre le comportement des ondes dans la suite est de pouvoir l’ap-
pliquer à l’acoustique musicale. Voici en résumé quelques résultats que l’on obtiendra et
qui sont déterminant par exemple pour l’acoustique d’une salle :

[Link] Dans un milieu homogène


Un milieu homogène est un milieu où la vitesse cson du son est constante, i.e. ne
dépend pas du point. Pour cela il faut que la température et la pression soit constantes.
On définira précisément la notion de paquet d’onde plus loin.

Proposition 1.3.3. Dans un milieu homogène, i.e. la vitesse cson est constante,
alors les paquets d’ondes se propagent en ligne droite perpendiculairement aux lignes
(ou plan) de phases. Une faible partie de l’énergie est dissipée pendant la propagation.
24 CHAPITRE 1. LE SON

Proposition 1.3.4. Sur un obstacle plan lisse ou de longueur de variation


grande devant la longueur d’onde, un paquet d’onde se réfléchit et une partie
est absorbée par la paroi.

Proposition 1.3.5. Sur un obstacle de variation courte devant la longueur


d’onde, un paquet d’onde diffuse, i.e. produit plusieurs paquets d’ondes avec des
amplitudes variables.

Exemple 1.3.6. Par exemple si l’obstacle est très petit devant la longueur d’onde comme
un point, la diffusion est isotrope (on parle de diffusion “s”) ou diffusion de Rayleigh. Cela
explique la couleur du ciel.

[Link] Dans un milieu inhomogène


Un milieu inhomogène est un milieu où la vitesse cson (x) du son n’est constante, i.e.
dépend du point x. Ce peut être du à la température ou la pression qui varient.

Proposition 1.3.7. Dans un milieu inhomogène, i.e. si la vitesse cson (x) dépend
du point de façon lente par rapport à la longueur d’onde, alors la trajectoire d’un
paquet d’onde est déviée vers les zones où cson (x) décroit (i.e. −gradcson agit
comme une force).
1.3. SOLUTIONS PARTICULIÈRES DE L’ÉQUATION DES ONDES 25

x2 k
∂t x = c(x) |k|

−cgrad(c)

x1

Pour énoncer le résultat très important suivant, considérons un paquet d’onde solution
de l’équation générale (1.3.1), (ou tout autre équation différentielle linéaire). Cette équation
détermine une fonction x, k → ω (x, k) appelée relation de dispersion ou symbole
(ou Hamiltonien classique) obtenue remplaçant p dans ((1.3.1) par le mode de Fourier
p (x, t) = ei(k.x−ωt) . Par exemple, prenons le cas simple (on verra d’autres cas ensuite, en
particulier celui de l’équation de Schrödinger)

∂t2 p − c (x)2 ∆p = 0

On a ∂xj p = ikj p et ∂t p = −iωp, donc on obtient −ω 2 − c (x)2 − ∥k∥2 = 0 et l’on déduit




l’expression de
ω (x, k) = c (x) ∥k∥ .

Proposition 1.3.8. “Théorème semi-classique de Ehrenfest-Hamilton”. Lors


du déplacement d’un paquet d’onde on peut mesurer la vitesse de déplacement de son
enveloppe de position moyenne x (t), appelée vitesse de groupe vg = dx dt
∈ R3 et
le comportement des lignes de phases y → eik(t).(y−xphase (t)) , avec le vecteur d’onde
dx
k (t) ∈ R3 et la vitesse de phase vphase = phase dt
. Par exemple pour un paquet
d’onde Gaussien
1 |y−x(t)| 2
u (x, t) = Aeik(t).(y−xphase (t)) e− 2 ( σ )
d’amplitude A > 0 et largeur σ > 0. De façon générale, le comportement des paquet
d’ondes est caractérisé à partir de la fonction ω (x, k) par équations de Hamilton
(
dx
dt
= ∂ω
∂k
dk ∂ω
dt
= − ∂x

donnent en particulier la vitesse de groupe vg = dx


dt
= ∂ω
∂k
.

[Link] Acoustique d’une salle


Comme conséquence des propriétés précédentes, pour une salle de concert,
— on évite les parois lisses et planes sur lesquelles l’onde se réfléchie parfaitement, ex :
mur de salle de bain.
26 CHAPITRE 1. LE SON

— On évite aussi des parois trop absorbantes de l’énergie de l’onde, qui l’empêche de
se réfléchir.
— On préfère des parois qui diffusent les ondes. Pour cela on peut utiliser une structure
aléatoire appelée diffuseur de Schroeder (1975), voir ici. Pour quelle raison ? peut
être que cette diffusion aléatoire ressemble à la diffusion du son dans la forêt sur les
troncs d’arbres ?
— Exemples : diffusion du son
— dans une église,
— dans une grotte : voir ce documentaire sur arte qui explique que les points rouge
(et mains rouges) marquent les zones de résonances particulières.
— Les algorithmes de “reverb” sont modélisés à base de phénomènes de diffusion
multiples aléatoires

1.3.3 Equation des ondes ∂t2 p − c2 ∂x2 p = 0 sur R (1 dim)

Video de cette section.


Pour commencer le cas le plus simple est celui de l’équation d’onde ∂t2 p − c2 ∂x2 p = 0
d’inconnue p (x, t) sur l’espace de dimension 1 : x ∈ R sans bord et avec la vitesse c > 0
constante.

Remarque 1.3.9. On va présenter deux méthodes de résolution, importantes l’une et l’autre.


La solution d’Alembert est spécifique à la dimension 1 et en dimension plus grande cor-
respond à la spherical mean ou formule de Kirchoff qui n’est pas exacte. La solution de
Fourier est valable en toutes dimensions mais nécessite des coefficients constants. Elle se
généralise pour des EDP à coefficients variables avec l’analyse semi-classique ou analyse
micro-locale, on le verra en section 1.5.

[Link] Solution d’Alembert

Nous présentons la solution d’Alembert particulière à ce cas et très importante pour


la suite du cours.
1.3. SOLUTIONS PARTICULIÈRES DE L’ÉQUATION DES ONDES 27

Proposition 1.3.10. L’équation d’onde à une dimension ∂t2 p−c2 ∂x2 p = 0 admet
comme solution générale

p (x, t) = R (x − ct) + G (x + ct) (1.3.2)

avec des fonctions R, G arbitraires, déterminées par les conditions initiales p (x, 0),
(∂t p) (x′ , 0) par
1 x
 Z 
1
R (x) = p (x, 0) − ′
(∂t p) (x , 0) dx ′
(1.3.3)
2 c
1 x
 Z 
1 ′ ′
G (x) = p (x, 0) + (∂t p) (x , 0) dx
2 c
Remarquer que R (x − ct) représente une fonction qui se translate vers la droite à la
vitesse c, car son argument est constant pour x − ct = x0 ⇔ x = x0 + ct. De même
G (x + ct) qui se translate vers la gauche. On appelle parfois R (x − ct) et G (x + ct)
des “ondes progressives”.

Voici un exemple d’une onde, vidéo1 fait par ce programme onde_1dim_segment_superposition.py.

Démonstration. Vérifions que (1.3.2) est solution. On a

∂t p = −cR′ (x − ct) + cG′ (x + ct), ∂t2 p = c2 R′′ (x − ct) + c2 G′′ (x + ct),

∂x p = R′ (x − ct) + G′ (x + ct), ∂x2 p = R′′ (x − ct) + G′′ (x + ct).


On vérifie donc que ∂t2 p = c2 ∂x2 p. Ensuite cela Rdonne p (x, 0) = R (x)+G (x) et (∂t p) (x, 0) =
x
c (G′ (x) − R′ (x)), donc G (x) − R (x) = 1c (∂t p) (x′ , 0) dx′ , à une constante près. On
déduit (1.3.3).

Exercice 1.3.11. Une onde p (x, t) est solution de ∂t2 p − c2 ∂x2 p = 0.


1. A t = 0, on suppose connue la fonction p (x, 0) et on suppose sa dérivée temporelle
nulle : ∂t p (x, 0) = 0, ∀x. Donner l’expression de p (x, t) à partir de p (x, 0) et tracer
l’allure de p (x, t) pour t ∈ R dans le cas p (x, 0) = e−x .
2

2. Quelle conditions vérifient les valeurs initiales p (x, 0) et ∂t p (x, 0) pour que l’onde
soit progressive vers la droite seulement, i.e. p (x, t) = R (x − ct) ?
28 CHAPITRE 1. LE SON

[Link] Solution de Fourier


L’équation ∂t2 p − c2 ∂x2 p = 0 est une EDP linéaire à coefficient constant. On peut donc
la résoudre par transformée de Fourier. D’après la théorie de Fourier, toute solution est
combinaison linéaire de
pk,ω (x, t) = Aei(kx+ωt) (1.3.4)
appelée onde plane (ou mode de Fourier) avec ω ∈ R pulsation (ou fréquence
temporelle) et k ∈ R vecteur d’onde (ou fréquence spatiale) et une amplitude A ∈ C.
Lire la remarque B.4.1 concernant l’intérêt d’utiliser les modes de Fourier ou ondes planes.
Remarque 1.3.12. L’onde plane (1.3.4) vérifie les relations de périodicité suivante pk,ω (x + λ, t) =
pk,ω (x, t) = pk,ω (x, t + T ) avec la période spatiale ou longueur d’onde

λ=
k
et la période temporelle

T = .
ω

Remarque 1.3.13. Re (pk,ω ) (x, t) = |A| cos (kx + ωt + α) avec A = |A| eiα . Voir figure
(1.3.12)
1.3.1.

x
λ

Figure 1.3.1 – La partie réelle d’une onde plane est Re (pk,ω ) (x, t) =
(1.3.12)
|A| cos (kx + ωt + α). Elle a des lignes de phase en pointillé k.x + ωt + α = 0mod2π ⇔ x =
−ct + x0 avec x0 = − α+2πk
k
, c = |k|
ω
appelé vitesse de phase. Ici k > 0, ω > 0.

D’après le Théorème de Fourier (B.4.3), tout signal p (x, t) se décompose comme somme
de modes de Fourier (1.3.4).

Proposition 1.3.14. Sur le domaine R, une onde plane p (x, t) = Aei(kx+ωt) avec
ω, k ∈ R est solution de (1.3.11), ∂t2 p − c2 ∂x2 p = 0, si et seulement si

ω = ±ck,

ainsi p (x, t) = Aeik(x±ct) .


1.3. SOLUTIONS PARTICULIÈRES DE L’ÉQUATION DES ONDES 29

Remarque 1.3.15. L’onde plane p (x, t) = Aeik(x±ct) est une onde progressive particulière,
i.e. p (x, t) = F (x ± ct) pour la fonction particulière F (X) = AeikX appelé mode de Fourier
en accord avec la solution d’Alembert (1.3.2).
Voici une animation faite par ce programme onde_1dim_R.py.

Démonstration. p (x, t) = Aei(kx+ωt) dans l’équation d’onde ∂t2 p − c2 ∂x2 p = 0 donne

(iω)2 − c2 (ik)2 = 0 (1.3.5)


⇔ − ω 2 + c2 k 2 = 0 (1.3.6)
⇔ω = ±ck (1.3.7)

Exercice 1.3.16. Calculer la longueur d’onde λ pour une onde sonore de fréquence f =
440Hz, (la du diapason) et pour les autres la de la figure ?

Solution 1.3.17. D’après c = λ


T
= λf , on déduit

c 340m/s
λ= = = 0.80m = 80cm
f 440s−1

Exercice 1.3.18. Les dauphins utilisent des sons de fréquences f ≈ 150 kHz pour locali-
ser les poissons (proies). Quelle est la longueur d’onde λ correspondante ? Même questions
pour les Marsouins (f ≥ 100kHz et les Orques f ≤ 100kHz) ?

Solution 1.3.19. Dans l’eau, la vitesse du son est c = 1500 m/s. Donc pour les dauphins

c 1500m/s
λ= = = 0.01m = 1cm
f 150 000s−1

Cette petite longueur d’onde leur permet de localiser les petits poissons par écholocalisation
pour se nourrir. Pour les marsouins,

c 1500m/s
λ= ≤ = 0.015m = 1.5cm
f 100 000s−1

Pour les orques, λ = c


f
≥ 1.5cm.
30 CHAPITRE 1. LE SON

[Link] Effet Doppler


On parle d’effet Doppler si la source sonore est en mouvement, et/ou le récepteur
est en mouvement par rapport au fluide. La conséquence est que la longueur d’onde
est différente, ainsi que la fréquence percue.
Voici des expériences pour expliquer cela.
— Vidéos dans une cuve à ondes de surface.
— Effet Doppler subsonique
— Effet Doppler supersonique
— Le mur du son

Exemple 1.3.20. Expériences connues : le son d’une sirène d’une voiture en mouvement.
Le mur du son créé par un avion supersonique.

1.3.4 Equation ∂t2 v − c2 ∂x2 v = 0 sur le segment [0, L]


Video de cette section
On considère ici la grandeur vitesse v (x, t), la variable spatiale x ∈ [0, L] sur un seg-
ment unidimensionnel et t ∈ R avec les conditions suivantes aux bords x = 0 et x = L

v (0, t) = v (L, t) = 0, ∀t.

qui signifie que la vitesse est nulle aux bords car l’air ne bouge pas à cause des parois.
Une fois de plus on résoud l’équation par deux méthodes : la méthode d’Alembert
spécifique au cas dimension 1 et la méthode de Fourier (séries de Fourier).

[Link] Solution d’Alembert


Voici la solution d’Alembert obtenue à partir de la solution sur R.

Proposition 1.3.21. L’équation d’onde à une dimension ∂t2 v − c2 ∂x2 v = 0 sur


l’intervalle x ∈ [0, L] avec les conditions aux bords v (0, t) = v (L, t) = 0, ∀t,
admet comme solution générale

v (x, t) = R (x − ct) − R (−x − ct) (1.3.8)

avec une fonction R : R → R de période 2L arbitraire, i.e.

R (x + 2L) = R (x) , ∀x ∈ R.

Par conséquent la fonction est périodique en temps, de période T = 2L


c
, i.e.
 
2L
v x, t + = v (x, t) , ∀x.
c
1.3. SOLUTIONS PARTICULIÈRES DE L’ÉQUATION DES ONDES 31

Remarque 1.3.22. R (x − ct) représente une fonction qui se translate vers la droite à la
vitesse c et R (−x − ct) la fonction symétrique qui se translate vers la gauche. R est dé-
terminée par les conditions initiales comme en (1.3.3). Voici un exemple d’une onde, vidéo
fait par ce programme onde_1dim_segment_superposition.py sur le segment x ∈ [0, 1].

Remarque 1.3.23. La périodicité en temps de l’équation d’onde est une propriété spé-
ciale à la géométrie [0, L] et produit une “note musicale” d’après la définition 2.3.1 que
l’on étudiera. Pour cette raison on dit que c’est système harmonique. Cette périodicité
du signal n’est pas vrai pour d’autres géométries. Cette propriété est la raison principale
d’utiliser des cordes pincées ou frappées dans certains instruments de musique, comme
la kora, le piano, la guitare, le clavecin, la harpe, etc.

Démonstration. On part de la solution (1.3.2) sur R, v (x, t) = R (x − ct) + G (x + ct). On


rajoute les conditions
v (0, t) = R (−ct) + G (ct) = 0, ∀t,
donnant G (x) = −R (−x) , ∀x et

v (L, t) = R (L − ct) + G (L + ct)


= R (L − ct) − R (−L − ct) = 0, ∀t

donnant, en posant −L − ct = x

R (x + 2L) = R (x) , ∀x.

On déduit que pour tout x,


 
2L
v x, t + = R (x − ct − 2L) − R (−x − ct − 2L)
c
= R (x − ct) − R (−x − ct) = v (x, t) .

Exercice 1.3.24. On souhaite qu’une corde de guitare (3/4) de longueur L = 56cm,


produise un la de fréquence f = 110Hz. Calculer la vitesse c de l’onde élastique sur la
corde.
32 CHAPITRE 1. LE SON

Solution 1.3.25. On a
2L
c= = 2Lf = 2 × 0.56m × 110s−1 = 123 m/s
T

Exercice 1.3.26. Considérons la corde de mi4 , E4 , fE4 = 330Hz de la guitare de longueur


L = 56cm. A quelle distance L′ placer le doigt, pour produire son octave E5 de fréquence
fE5 = 2fE4 = 660Hz ? et pour produire la quinte B4 de fréquence fB4 = 23 × fE4 = 495Hz ?
Solution 1.3.27. D’après la formule ci-dessus
c
f=
2L
on observe que f est inversement proportionnel à L. Ainsi pour doubler la fréquence f il faut
diviser par 2 la longueur. Donc pour obtenir fE5 = 2fE4 il faut L′ = 12 L = 21 × 56 = 28cm.
Pour obtenir fB4 = 23 fE4 il faut L′ = 23 L = 23 × 56 = 37, 3cm.
Remarque 1.3.28. La vitesse des ondes sur une corde tendue de tension T (en N ) et
masse par unité de longueur µ est (Par Vincinzo Galileo, vers 1570, le père de G. Galilée)
s
T
c=
µ

Cette formule montre ce qui est bien connu des musiciens : la vitesse c (et donc la
fréquence f ) augmente si la tension de la corde augmente. La vitesse (et donc la fréquence)
diminue si la masse de la corde augmente.

[Link] Solution de Fourier

Proposition 1.3.29. Sur un segment unidimensionnel x ∈ [0, L], avec les condi-
tions aux bords v (0, t) = v (L, t) = 0, une solution générale de l’équation d’onde

∂t2 v − c2 ∂x2 v = 0

est une superposition de modes stationnaires (ou modes propres ou ondes sta-
tionnaires) : X
v (x, t) = Vn cos (ωn t + αn ) sin (kn x) (1.3.9)
n≥1

avec l’amplitude Vn ≥ 0 et phase αn ∈ R arbitraires, le vecteur d’onde kn = n Lπ , la


fréquence ωn = n πc
L
vérifiant ωn = kn c et

ωn = nω1 n ∈ N∗ , (1.3.10)

Le fait que ωn est multiple entier de ω1 = πc


L
, on dit que le spectre est harmonique.
1.3. SOLUTIONS PARTICULIÈRES DE L’ÉQUATION DES ONDES 33

vn (x, t)

0 L x
0 ω1 ω2 ... ωn = nω1

Figure 1.3.2 – (a) Enveloppe d’un mode propre (1.3.9), ici n = 7. (b) Spectre harmonique.
Voici des vidéos pour le mode n=1, mode n=2, et mode n=3 faites par ce programme
onde_1dim_segment.py. Voici des superpositions de modes, vidéo1, vidéo2,video3 faites
par ce programme onde_1dim_segment_superposition.py.

Remarque 1.3.30. La fonction (1.3.9) est périodique en temps de période Tn = ω2πn , donc de
fréquence fn = T1n = ω2πn . Comme Tn = n1 T1 , la fonction vn est a fortiori de période T1 et
donc une solution générale, superposition des modes stationnaires, est périodique en temps
de période T1 = ω2π1 = 2L
c
et fréquence
1 c
f1 = =
T1 2L
appelée fréquence fondamentale. C’est pour cette raison de périodicité que le spectre
ωn = nω1 est appelé “spectre harmonique” (car on verra plus loin que tout signal périodique
est perçu comme “harmonieux” par notre audition). On verra en section 3.3.7 que le timbre
que l’on percoit de ce signal périodique est caractérisé par la suite des amplitudes (Vn )n≥1 .
Démonstration. (Méthode 1). On part de l’expression (1.3.8) avec la fonction R (x) de
période 2L que l’on peut donc décomposer en série de Fourier
x
X
R (x) = R̂n ei2πn 2L
n∈Z

avec des amplitudes R̂n = R̂n eiαn ∈ C, vérifiant R̂−n = R̂n cad α−n = −αn . Par consé-
quent
X x−ct (−x−ct)
v (x, t) = R (x − ct) − R (−x − ct) = R̂n ei2πn 2L − R̂n ei2πn 2L
(1.3.8)
n∈Z
X ct
−i2πn 2L x x 
X ct
 x
= R̂n e e − e−i2πn 2L =
i2πn 2L
R̂n e−i2πn 2L +iαn 2 sin 2πn
n∈Z n∈Z
2L
 
X ct  x
= R̂n cos −2πn + αn 2 sin 2πn
n∈Z
2L 2L
 
X ct  x
= 4 R̂n cos 2πn + αn sin 2πn
n≥1
2L 2L
X
= Vn cos (ωn t + αn ) sin (kn x)
n≥1
34 CHAPITRE 1. LE SON

avec Vn = 4 R̂n , ωn = 2πn 2L


c
= n πc
L
et kn = 2πn 2L
1
= n Lπ .
(Méthode 2) Sans utiliser la proposition 1.3.21. On cherche une solution avec une
fréquence ω donnée. La solution est combinaison linéaire de v = ei(k.x+ωt) avec la condition
(1.3.14) k = ± ωc ∈ R, avec ω ∈ R fixé, donc

v = v+ ei(|k|x+ωt) + v− ei(−|k|x+ωt)

On a
0 = v (x = 0) = (v+ + v− ) eiωt , ∀t,
donc v− = −v+ . On a

0 = v (x = L) = v+ ei(kL+ωt) − ei(−kL+ωt) = v+ eiωt eikL − e−ikL


 

donc eikL − e−ikL = 0 ⇔ e2ikL = 1 ⇔ 2kL = 2πn avec n ∈ Z, donc


πn
kn = , n∈Z
L
πcn
ωn = kn c = .
L
Seulement ces fréquences ωn discrètes sont possibles. Au final l’onde de vitesse réelle (onde
physique) est

v (x, t) = Re Aeiωn t eikn x − e−ikn x = Re Aeiωn t 2i sin (kn x)


 

= V cos (ωn t + α) sin (kn x)

avec 2iA = V eiα ∈ C.

Exercice 1.3.31. (*) Programmer la propagation d’un paquet d’onde Gaussien sur le
segment [0, L] avec la méthode de Fourier.

1.3.5 Equation ∂t2 p − c2 ∆p = 0 sur R3


video de cette section
Ici l’espace est l’espace Euclidien total R3 (ou R2 ou R). La solution de Fourier
que l’on a vu au paragraphe précédent [Link] se généralise facilement à Rd . Considérons
l’équation d’onde
∂t2 p − c2 ∆p = 0 (1.3.11)
avec c > 0 constant, x ∈ R3 , d’inconnue la fonction p (x, t). C’est une EDP linéaire à
coefficients constants, que l’on peut donc résoudre par transformée de Fourier. D’après la
théorie de Fourier, toute solution est combinaison linéaire de

pk,ω (x, t) = Aei(k.x+ωt) (1.3.12)


1.3. SOLUTIONS PARTICULIÈRES DE L’ÉQUATION DES ONDES 35

appelée onde plane (ou mode de Fourier) avec ω ∈ R pulsation (ou fréquence
temporelle) et k ∈ R3 vecteur d’onde (ou fréquence spatiale) et une amplitude
A ∈ C. La fonction phase est φ (x, t) := k.x + ωt + α mod 2π. Les lignes de phases
sont les lignes de niveaux de cette fonction phase. Ce sont des hyperplans dans (x, t) ∈ R3+1
aussi appelé fronts d’ondes.

Proposition 1.3.32. Sur le domaine R3 , une onde plane p (x, t) = Aei(k.x+ωt) est
solution de (1.3.11), ∂t2 p − c2 ∆p = 0, si

ω = ±c |k| .

Alors la densité de courant d’énergie j = pv, obtenue en (1.2.12), est de module


(en W/m2 )
c
|j| = |p|2 (1.3.13)
γp0

Exemple 1.3.33. Par exemple si |p| = 1P a et c = 343m/s, p0 = 105 P a, γ = 75 , on obtient


|j| = 2.5 10−3 W/m2 .

Démonstration. Si on remplace p par Aei(k.x+ωt) dans (1.3.11) on obtient la condition

(iω)2 − c2 (ik) . (ik) = 0 (1.3.14)


⇔ω = ±c |k| (1.3.15)

D’après (1.2.10), p = −ρ0 ∂t ϕ on obtient le potentiel des vitesses

A i(k.x+ωt)
ϕ (x, t) = − e
ρ0 iω

et (1.2.9), v = grad (ϕ) donne le champ de vitesses

Ak i(k.x+ωt)
v=− e (1.3.16)
ρ0 ω
Ac2 k i(k.x+ωt)
=− e (1.3.17)
γp0 ω

donc
A2 c2 k 2i(k.x+ωt)
j = pv = − e
γp0 ω

|A|2 c c |p|2
|j| = = .
γp0 γp0
36 CHAPITRE 1. LE SON

1.3.6 Mesure de l’intensité en décibels


video de cette section
On a vu en (1.2.12) que la densité de courant d’énergie est j = pv en W/m2 et que
pour une onde plane |j| = γpc 0 |p|2 , en (1.3.13).
La définition suivante donne une mesure équivalent de |j| mais sur une échelle logarith-
mique, plus appropriée à la perception humaine.

Définition 1.3.34. Pour une densité de courant d’énergie |j| on associé une “inten-
sité” I en déciBel (dB) par
 
1 |j|
I = 10 ln
ln 10 j0

avec j0 = 10−12 W/m2 .

Remarque 1.3.35. D’après la définition,


— |j| = j0 donne I = 0 dB qui est, on verra en section 3.3.3, le seuil de la perception
humaine vers ω = 1000Hz. Cela justifie le choix de j0 dans la définition.
— Une augmentation +1dB correspond à |j ′ | = 101/10 ×|j| = 1.26 |j|. C’ est le minimum
perceptible par un humain et cela justifie le choix du facteur 10 ln110 dans la définition.
— Une augmentation multiplicative |j ′ | = 10 × |j| donne une augmentation additive
de I ′ = I + 10dB soit de 10dB = 1B est “1 Bel”.
— On peut retenir que |j ′ | = 2 × |j| donne une augmentation I ′ = I + 10 lnln10 2


I + 3dB.
— Si on double l’amplitude d’une onde sonore, i.e. une augmentation de la pression
p′ = 2 × p mais aussi v ′ = 2 × v pour la vitesse et donc |j ′ | = 4 × |j|, cela donne une
augmentation I ′ = I + 10 lnln10
4
∼ I + 6dB.
— I = 120dB est le seuil de douleur pour la perception humaine.

Exemple 1.3.36. Si |p| = 1Pa = 10−5 Atmos, c = 343m/s, p0 = 105 P a, γ = 7


5
donne

c W
|j| = |p|2 = 2, 5.10−3 2
γp0 m

ln (2, 5.109 )
I = 10 = 93 dB
ln 10
qui est un son très fort pour la perception humaine.

Exemple 1.3.37. Si |p| = 2.10−5 Pa = 10−10 Atmos, donne

c W
|j| = |p|2 = 10−12 2
γp0 m
1.3. SOLUTIONS PARTICULIÈRES DE L’ÉQUATION DES ONDES 37

ln (|j| /j0 )
I = 10 = 0 dB
ln 10

qui est un son à la limite du perceptible humainement.

Exemple 1.3.38. Si on considère une source ponctuelle et on note |j (d)| la densité de


courant d’énergie mesurée à la distance d et S (d) = 4πd2 est la surface de la sphère de
rayon d alors S (d) |j (d)| = cste et le flux total d’énergie et ne dépend pas de d. Par
conséquence si on double la distance,

d′ = 2 × d

alors S ′ = 4 × S donc |j ′ | = 41 |j| et

!
ln 14
 
ln 2
I′ = I + 10 = I − 2 10 ∼ I − 6dB
ln 10 ln 10

1.3.7 Equation ∂t2 p − c2 ∆p = 0 sur le rectangle Ω = [0, L1 ] × [0, L2 ]

On peut généraliser le résultat précent et considérer une cavité rectangulaire en utilisant


la séparation des variables.
38 CHAPITRE 1. LE SON

Proposition 1.3.39. Dans une “cavité rectangulaire”, à deux dimensions Ω =


[0, L1 ] × [0, L2 ], avec les conditions aux bords v (x, t) = 0 si x ∈ ∂Ω, une solution
générale de l’équation d’onde
∂t2 v − c2 ∆v = 0
est une superposition de modes stationnaires (ou modes propres) :
X
v (x, t) = Vn cos (ωn t + φn ) sin (kn1 x1 ) sin (kn2 x2 ) (1.3.18)
n=(n1 ,n2 )∈(N∗ )2

avec les vecteurs d’ondes kn = (kn1 , kn2 ) ∈ R2 vérifiant


π
knj = nj , j = 1, 2,
Lj

(kn appartient à un réseau) et le spectre de fréquences

ωn = c |kn | , (1.3.19)
1/2
avec |kn | = kn2 1 + kn2 2 , l’amplitude Vn > 0, et phase φn ∈ R. Le spectre “n’est
pas harmonique”, et on a la loi de Weyl : le nombre de fréquences propres ωn dans
l’intervalle [0, ω] est

ω2 2
(1.3.20)

N (ω) := ♯ {ωn ≤ ω} = L 1 L 2 + o ω
4πc2

k2 = n2 Lπ2
L2

ωn1 ,n2

L1 ω/c k1 = n1 Lπ1 0

Figure 1.3.3 – (a) Enveloppe d’un mode propre (1.3.18), ici n1 = 2, n2 = 3. (b) Plan
du vecteur d’onde k = (k1 , k2 ). Le spectre est la condition ω = c |k| (c) Spectre (non
harmonique).

Exercice 1.3.40. Ecrire la preuve de la proposition 1.3.39. Aide : L’équation à résoudre


est
∂t2 v − c2 ∆v = 0
1.3. SOLUTIONS PARTICULIÈRES DE L’ÉQUATION DES ONDES 39

2 2
avec ∆v = ∂x∂ v
2 + ∂x2 . Une première étape est de résoudre (−∆) u = k u c’est à dire trouver
∂ v 2
1 2
les fonctions propres u (x) satisfaisant les conditions aux limites et les valeurs propres k 2 > 0
de l’opérateur (−∆). Ensuite on vérifiera que v (x, t) = eiωt u (x) est solution de l’équation
d’onde avec ω = ck. Grace à la forme rectangulaire il y a “séparation des variables” x1 , x2
c’est à dire que on cherche la solution sous la forme u (x1 , x2 ) = u1 (x1 ) u2 (x2 ) ce qui
∂2u
ramène à résoudre − ∂x2j = kj2 uj pour j = 1, 2.
j

Remarque 1.3.41. La solution à ce problème parait très simple, pourtant il est très difficile
de préciser la correction à la loi de Weyl dans (1.3.20). Voir Probleme du cercle de Gauss.

Remarque 1.3.42. Voici le signal mesuré en un point de la plaque et le son produit au-
dio_2D.wav avec une fondamentale à f0 = 440Hz, par ce programme sinus_sum_general.py.
Il s’agit précisément de la fonction
10
X
u (t) = An cos (2πfn t + φn )
n1 ,n2 =1

1/2
avec l’amplitude An = 1/ (n21 + n22 ), des fréquences fn = (n21 + n22 ) f0 et des phases φn
aléatoires. On le perçoit comme non harmonieux, car le signal est non périodique, le spectre
est non harmonique.

Il serait intéressant d’étudier le “pitch” perçu.

1.3.8 Equation ∂t2 p − c2 ∆p = 0 sur le disque Ω = D (R)


On peut aussi résoudre l’équation d’onde sur le disque en utilisant la symmétrie de
rotation et se ramener à une équation différentielle ordinaire radiale dont les solutions sont
les fonctions de Bessel.

1.3.9 Equation ∂t2 p − c2 ∆p = 0 sur un domaine compact Ω ⊂ R2


On va considérer une généralisation des résultats précédents.
On utilisera un résultat important.
40 CHAPITRE 1. LE SON

Théorème 1.3.43. Si Ω ⊂ Rd est un domaine compact, alors l’opérateur ∆ sur Ω


avec les conditions au bord de Dirichlet a du spectre discret, i.e.

(−∆) vj = ωj2 vj
avec les conditions au bord
v/∂Ω = 0
a des valeurs propres 0 < ω02 ≤ ω12 ≤ ω22 . . . avec des fonctions propres uj ∈ L2 (Ω).
On a la loi de Weyl

ωd
|Ω| + o ω d (1.3.21)

N (ω) := ♯ {ωn ≤ ω} =

où |Ω| est le volume de Ω.

Ensuite posons uj (x, t) = Aeiωj t vj (x) avec A = |A| eiα ∈ C. Alors ∂t2 uj = −Aωj2 eiωj t vj =
Aeiωj t ∆vj = ∆uj . Donc uj est solution de l’équation des ondes et vérifie la condition au
bord uj /∂Ω = 0. De même pour

Re (uj (x, t)) = |A| cos (ωj t + α) vj (x)

qui est la forme générale d’une solution réelle de l’équation d’onde.

1.3.10 Equation avec amortissement ∂t2 p−c2 ∆p+a∂t p = 0 sur Ω = R3


On suppose ici une fonction amortissement constante a (x, t) = a ≥ 0.

Proposition 1.3.44. Sur le domaine Ω = R3 , une onde plane p (x, t) = Aei(k.x+ωt)


est solution de ∂t2 p − c2 ∆p + a∂t p = 0 si
 2 !1/2
a a
ω = ±c |k| 1 − +i .
2c |k| 2

La partie imaginaire implique un amortissement temporel avec un temps caractéris-


tique τ = a2 :
a
eiωt = e− 2 t eiRe(ω)t

Démonstration. Si on suppose p (x, t) = Aei(k.x+ωt) alors l’équation ∂t2 p − c2 ∆p + a∂t p = 0


donne

− ω 2 p + c2 |k|2 p + iaωp = 0
⇔ω 2 − iaω − c2 |k|2 = 0
1.4. RÉSOLUTION NUMÉRIQUE DE L’ÉQUATION D’ONDES SUR UN DOMAINE Ω ⊂ R2 COMPA

donc avec ∆ := −a2 + 4c2 |k|2 , les solutions de cette équation du second degré sont
√  2 !1/2
ia ± ∆ a a
ω= = i ± c |k| 1 − .
2 2 2c |k|

1.4 Résolution numérique de l’équation d’ondes sur un


domaine Ω ⊂ R2 compact
Résultats attendus.

1.5 Analyse micro-locale (semi-classique) de l’équation


des ondes
Remarque 1.5.1. Dans cette section on va utiliser des notions un peu plus élaborées d’ana-
lyses comme la transformée de Fourier en dimensions 2, 3. On peut découvrir ces notions
et développer une certaine compréhension en lisant d’abord le chapitre 2 et revenir ensuite
ici.

“Approximation semi-classique” : On va montrer que dans la limite des petites


longueurs d’ondes, une onde sonore se comporte comme une superposition de particules
régies par l’équation de mouvement de Hamilton (1834).
En fait cela est général aux équations ondulatoires. Par exemple dans cette approxima-
tion,
— Une onde lumineuse (Hamilton 1834) peut être considérée comme une superposition
de rayons lumineux.
— Une onde quantique de matière (Schrödinger 1920), peut être considérée comme une
superposition de particules décrites par l’équation de mouvement de Newton.
Cette approximation n’est pas exacte, elle est valable si ϵ = Lλ ≪ 1 où λ est la longueur
d’onde et L la longueur de variation du domaine ou des paramètres. Mais l’erreur peut être
de l’ordre de CN ϵN avec N ≫ 1 arbitraire ou même Ce−C/ϵ avec C > 0 donc une erreur
très petite en pratique.
On obtiendra deux formulations équivalentes de ce résultat :
1. Formulation par paquets d’ondes, donnant une correspondance directe onde-particules.
2. Formulation par variétés Lagrangiennes aussi appelée “Théorie W.K.B.” ou “Théorie
de Hamilton-Jacobi”.
Il faut donc retenir que l’analyse microlocale qui donne une dynamique Hamiltonienne
effective est très pertinente dans le régime des petites longueurs d’ondes ϵ = Lλ ≪ 1. Par
42 CHAPITRE 1. LE SON

contre si ce n’est pas le cas, il faut résoudre l’équation des ondes par d’autres moyens. Ainsi
les modèles solubles du paragraphe précédents sont importants, ainsi que les méthodes
numériques.

1.5.1 De l’équation des ondes du 2nd ordre en t à l’équation de


Schrödinger du 1er ordre
La première étape dans notre étude de l’équation d’onde est de la remplacer par une
équation équivalente mais du premier ordre en temps. En effet, afin d’étudier l’évolution
temporelle partant de conditions initiales, il est naturel en science de reformuler une équa-
tion différentielle d’ordre n ≥ 2 en temps comme un système d’équations d’ordre 1, car
ainsi une condition initiale détermine une trajectoire, on obtient un groupe d’évolution.

Lemme 1.5.2. L’équation d’onde du deuxième ordre ∂t2 p − c2 ∆p + a∂t p = s avec


des fonctions c (x, t), a (x, t), s (x, t) s’écrit comme une équation du premier ordre

∂t X = AX + B (1.5.1)

avec la fonction à valeur dans R2 (appelé champ vectoriel)


 
p (x, t)
X (x, t) = ∈ R2
(∂t p) (x, t)

et les fonctions matricielles et vectorielles


   
0 1 0
A= , B=
c2 ∆ −a s

Démonstration. L’équation d’onde devient


   
∂t p ∂t p
∂t X = = = AX + B
∂t2 p c2 ∆p − a∂t p + s

On peut résoudre l’équation (1.5.1). Pour cela il faut diagonaliser la matrice A afin de
séparer cette équation vectorielle en deux équations indépendantes.
Par simplicité on va considérer un exemple plus simple sans amortissement ni source,
i.e. a = 0, s = 0 mais avec une fonction
√ c (x, t) variable, appelé indice du milieu.
Introduisons avant cela l’opérateur −∆ sur R3 par son action sur un mode de Fourier
(1.3.12), pk √
(x) = eik.x avec k ∈ R3 . On observe que −∆pk = |k|2 pk , donc on définit
l’opérateur −∆ par son action sur les modes de Fourier :

−∆pk = |k| pk
1.5. ANALYSE MICRO-LOCALE (SEMI-CLASSIQUE) DE L’ÉQUATION DES ONDES43
√ 2
de sorte que −∆ = −∆.

Théorème 1.5.3. “Formulation de l’équation d’onde par deux équations du


premier ordre”. L’équation d’onde (1.3.1) ∂t2 p − c2 ∆p = 0 du 2nd ordre en t avec
la fonction c (x, t), est équivalente aux deux équations de type Schrödinger suivantes

∂ψ±
i = ∓Ω̂ψ± , (1.5.2)
∂t
avec
i
ψ± = p ± √ ∂t p
−∆
et l’opérateur √
Ω̂ = c −∆. (1.5.3)

 
p
Démonstration. Comme ci-dessus, posons X = . Alors
∂t p
   
∂t p ∂t p
∂t X = = = AX
∂t2 p c2 ∆p
   
0 1 0 1
avec A = = que l’on diagonalise
c2 ∆ 0 −c2 (−∆) 0

A = P DP −1 ,

avec une matrice de passage P et une matrice diagonale D. La solution 2 est


√ !
√i
   
1 ic −∆ 1
P = √1 1
√ , D=
0
√ , P −1 = −∆
.
2 ic −∆ −ic −∆ 0 −ic −∆ 1 √−i
−∆

!
p+ √ i ∂t p
 
ψ+
On pose ψ = P −1
X= −∆
√ i ∂t p
= , alors
p− −∆
ψ−

∂t ψ = P −1 ∂t X = P −1 AX = P −1 AP ψ = Dψ

C’est à dire
√ √
∂t ψ± = ±ic −∆ψ± ⇔ i∂t ψ± = ∓c −∆ψ±

2. par exemple on peut utiliser xcas en ligne, et écrire :


44 CHAPITRE 1. LE SON

1.5.2 L’équation de Schrödinger


[Link] Équation d’évolution de Schrödinger
Dans la suite du chapitre, on va s’intéresser à une équation d’évolution comme celle
obtenue en (1.5.2), appelée équation de Schrödinger

i∂t ut = Ω̂ut (1.5.4)

où ut : x ∈ R3 → ut (x) ∈ C est une fonction et Ω̂ un opérateur différentiel que l’on définit


en toute généralité ci-dessous. Attention, on va s’intéresser à cette équation dans le cadre
de l’acoustique (elle apparaît dans tous les domaines de la physique ondulatoire : acous-
tique, optique, électromagnétisme, ondes sismique etc, pas seulement avec la mécanique
quantique).
Dans cette Section on fait quelques remarques générales qu’il est important de connaître.
Remarque 1.5.4. Ω̂ a l’unité de l’inverse de t, c’est donc une fréquence. Dans certains
cas, par exemple (1.5.3), l’opérateur Ω̂ est auto-adjoint, c’est à dire Ω̂† = Ω̂. D’après la
proposition B.3.3, cela implique que ses valeurs propres sont réelles que l’on notera donc
(ωj )j et que les espaces propres sont orthogonaux entre eux.

Remarque 1.5.5. La présence du facteur i dans (1.5.4) est une convention. Il serait peut

être plus simple d’écrire ∂t ut = Ω̂′ ut avec Ω̂′ = −iΩ̂ qui est anti auto-adjoint, i.e. Ω̂′ = −Ω̂′
donc avec des valeurs propres imaginaires pures que l’on noterait (−iωj )j et on retrouve le
facteur i.

[Link] Équation stationnaire de Schrödinger


Supposons que l’opérateur Ω̂ dans (1.5.4) est auto-adjoint et que Ω̂u = ωu où u est un
vecteur propre et ω une valeur propre.

Proposition 1.5.6. Si Ω̂u = ωu avec une fonction propre u : x → u (x) et valeur propre
ω, alors la fonction
vt (x) = e−iωt u (x)
est solution de l’équation d’évolution (1.5.4), appelée solution stationnaire car le module
|vt (x)| = |u (x)| est indépendant du temps.

Démonstration. On calcule i∂t vt = i (−iω) vt = ωvt et Ω̂vt = e−iωt Ω̂u = ωe−iωt u = ωvt
donc on a bien i∂t vt = Ω̂vt .

Remarque 1.5.7. Les vecteur propres d’un opérateur sont en général impossible à calcu-
ler. On sait parfois montrer leur existence seulement. Expérimentalement, on les observe
en régime stationnaire, c’est à dire en alimentant le système par un signal d’amplitude
temporelle e−iωt appelé signal monochromatique.
1.5. ANALYSE MICRO-LOCALE (SEMI-CLASSIQUE) DE L’ÉQUATION DES ONDES45

[Link] Opérateur différentiel


On définit l’opérateur Nabla :

∇ := (∂x1 , ∂x2 , ∂x3 )

et pour des entiers α = (α1 , α2 , α3 ) ∈ N3 on note

(−i∇)α := (−i∂x1 )α1 (−i∂x2 )α2 (−i∂x3 )α3

qui est un opérateur


 différentiel d’ordre |α| := α1 + α2 + α3 . Le facteur (−i) est utile pour
la suite car −i∂xj e = kj e . Avec cette convention, on peut écrire par exemple
ikx
 ikx

 
−c2 ∆ = c2 (−i∂x1 )2 + (−i∂x2 )2 + (−i∂x3 )2 = c2 (−i∇)(2,0,0) + (−i∇)(0,2,0) + (−i∇)(0,0,2)


qui est un opérateur différentiel d’ordre |α| = 2.

Définition 1.5.8. Un opérateur différentiel d’ordre m ∈ N est un opérateur de


la forme X
Ω̂ = Ω (x, −i∇, t) = Ωα (x, t) (−i∇)α (1.5.5)
α,|α|≤m

avec des fonctions Ωα (x, t). On associe la fonction


X
Ω (x, k, t) = Ωα (x, t) k α
α,|α|≤m

de la position x ∈ R3 , du vecteur d’onde k ∈ R3 et du temps (polynôme de degré


m en k) appelée symbole, où on a remplacé −i∇ par k d’après le principe de
correspondance.

Remarque 1.5.9. L’opérateur ainsi définit Ω̂ servira de générateur pour l’équation d’évolu-
tion i∂t u = Ω̂ut étudiée plus bas en (1.5.4). On a remarqué en 1.5.4 que Ω a l’unité d’une
fréquence. La fonction
(x, k, t) → Ω (x, k, t)
est aussi appelée relation de dispersion (car voir ci-dessous , elle expliquera la dispersion
spatiale des paquets d’ondes).

Exemple 1.5.10. En mécanique quantique, l’équation de Schrödinger s’écrit

iℏ∂t ut = Ĥut

avec la constante de Planck ℏ en J.s et l’opérateur de Schrödinger Ĥ décrivant une


particule de masse m dans un champ de forces décrit par l’énergie potentielle U (x) est
46 CHAPITRE 1. LE SON

l’opérateur différentiel d’ordre 2 suivant


ℏ2
Ĥ = − ∆ + U (x)
2m
ℏ2
(−i∂x1 )2 + (−i∂x2 )2 + (−i∂x3 )2 + U (x) = H (x, −i∇)

=
2m
Remarquons que l’équation de Schrödinger peut s’écrire i∂t ut = Ω̂ut avec Ĥ = ℏΩ̂. Ainsi
Ĥ a l’unité de
E := ℏω
qui est une énergie en Joules. Le symbole de Ĥ appelé Hamiltonien classique est

ℏ2 (k12 + k22 + k33 ) |ℏk|2 |p|2


H (x, k) = + U (x) = + U (x) = + U (x) (1.5.6)
2m 2m 2m
où l’on a définit le vecteur impulsion

p := ℏk ∈ R3 .

Exemple 1.5.11. Pour l’équation des ondes reformulée comme (1.5.2), en supposant
que c (x) peut dépendre de x, on a d’après (1.5.3)
√ q
Ω̂ = c (x) −∆ = c (x) (−i∇)2 = Ω (x, −i∇)

avec le symbole q
Ω (x, k) = c (x) |k|2 = c (x) |k| (1.5.7)

1.5.3 Limite semi-classique de l’équation de Schrödinger

Définition 1.5.12. Pour une position x ∈ R3 et un vecteur d’onde k ∈ R3 donnés


on associe un paquet d’onde de largeur σ > 0 fixée qui est la fonction
2
∥x′ −x∥

ikx′ − 12
φx,k (x′ ) = ae e σ
,

avec a > 0 de sorte que ∥φx,k ∥L2 = 1.

Sa transformée de Fourier définie en (B.5.1) est donnée par (voir (B.6.1))


2
∥k′ −k∥

′ − 12
(Fφx,k ) (k ′ ) = a′ eixk e (1/σ)

Les formules précédentes montrent que le module x′ → |φx,k (x′ )| est une fonction Gaus-
sienne de largeur ∆x = σ centrée en x. Le module de la transformée de Fourier k ′ →
1.5. ANALYSE MICRO-LOCALE (SEMI-CLASSIQUE) DE L’ÉQUATION DES ONDES47

|(Fφx,k ) (k ′ )| est une fonction Gaussienne de largeur ∆k = 1/σ centrée en k. Remarquer


que
∆x∆k = 1 (1.5.8)
appelé principe d’incertitude. On introduit λ = 2π
|k|
qui est la longueur d’onde des
oscillations de la fonction φx,k (x′ ). On supposera

2π 1
λ= ≪ ∆x = σ ≪ 1 ⇔ |k| ≫
|k| σ

on a le schéma suivant montrant que le paquet d’onde occupe une petite place de surface
∆x∆k = 1 dans l’espace des phase (x, k). On dit qu’il est microlocalisé dans l’espace des
phases.

k′
|(Fφ)x,k (k ′ )|

1/σ k

|φx,k (x′ )|

x x′
σ

Figure 1.5.1 – Paquet d’onde

Le théorème suivant montre que les paquets d’ondes forment une base de l’espace des
fonctions au sens où toute fonction se décompose (et se recompose) comme superposition
de paquet d’ondes.

Théorème 1.5.13. “Décomposition en paquets d’ondes”. Toute fonction (ou


distribution) u ∈ S (R3 ) s’écrit
Z
dxdk
u (x ) = (T u) (x, k) φx,k (x′ )

(2π)3

avec les composantes


Z
(T u) (x, k) = ⟨φx,k |u⟩ = φx,k (x′ )u (x′ ) dx′
R3

appelée transformée par paquet d’ondes de u.

Remarque 1.5.14. La transformée par paquet d’ondes T généralise la transformée de Fourier



F. En effet en prenant σ → ∞, on a φx,k qui converge vers le mode de Fourier eikx et
48 CHAPITRE 1. LE SON

T u → Fu. Au contraire pour σ → 0, T u → u. La transformée par paquet d’onde se


généralise et est utile dans beaucoup de domaines : de la théorie du signal (transformée
par ondelettes pour la compression mp3, mp4), à la physique (transformée de Bargmann
en mécanique quantique) à la géométrie algébrique (plongement de Kodaira).
Le résultat suivant est remarquable et est à la base de l’émergence de la dynamique
Hamiltonienne (i.e. optique géométrique, mécanique de Hamilton et de Newton etc) dans
la physique. Avant cela précisons une définition utile.

Définition 1.5.15. Une fonction (ou distribution) u ∈ S (R3 ) est microlocalisée


au point (x, k) de l’espace des phases, si pour tout point (x′ , k ′ ) loin de (x, k)
 ′ 2
x′ −x 2
pour la distance dσ = σ + |k1/σ
−k|
, alors |⟨φx′ ,k′ |u⟩| ≪ 1 est négligeable, dans
2


la limite d2σ → ∞.

Exemple 1.5.16. un paquet d’onde φx,k est microlocalisé au point (x, k), d’après la for-
mule explicite
|⟨φx′ ,k′ |φx,k ⟩| = exp −d2σ


′ 2  ′ −k| 2
avec d2σ = x σ−x + |k1/σ .

Remarque 1.5.17. De façon intuitive, u est microlocalisé au point (x, k) signifie que toute
son énergie (ou sa norme) est contenue dans un voisinage du point (x, k).

Théorème 1.5.18. “Emergence de la dynamique Hamiltonienne, évolution


d’un paquet d’onde”.
Soit Ω̂ = Ω (x, −i∇) un opérateur quelconque obtenu à partir d’un symbole Ω (x, k)
comme dans (1.5.5). Supposons que u (0) = φx,k est un paquet d’onde qui évolue
selon l’équation de Schrödinger
i∂t ut = Ω̂ut (1.5.9)
Alors pour tout t et λ = 2π
k
≪ σ ≪ 1 assez petits, la solution ψt est microlocalisée
sur la trajectoire classique x (t) , k (t) solution des équations du mouvement
de Hamilton

∂t xj = ∂kj Ω, j = 1, 2, 3, (1.5.10)
∂t kj = −∂xj Ω,

La vitesse du paquet d’onde v = (∂t xj )j s’appelle aussi vitesse de groupe et l’équa-


tion Ω (x, k) = ω s’appelle aussi relation de dispersion.

Exemple 1.5.19. Voici deux exemples très simple (à la base de la preuve du Théorème
1.5.18).
1.5. ANALYSE MICRO-LOCALE (SEMI-CLASSIQUE) DE L’ÉQUATION DES ONDES49

k′

|(Fψt )(k ′ )|
(x(t), k(t))

|(Fψ0 )(k ′ )| (x, k)

|ψ0 (x′ )| |ψt (x′ )| x′

Figure 1.5.2 – Evolution d’un paquet d’onde

1. Si on considère x, k ∈ R et le cas particulier Ω (x, k) = αk avec c ∈ R constante, alors


Ω̂ = −iα∂x et on vérifie que ut (x) = u0 (x − αt) vérifie l’équation de Schrödinger
i∂t u = −iα∂x u = Ω̂u. On observe que cette solution ut (x) se déplace à la vitesse
α. Par ailleurs les équations de mouvement de Hamilton donnent ∂t x = ∂k Ω = α et
∂t k = −∂x Ω = 0, qui est aussi une translation en x à la vitesse α.
2. Si on considère x, k ∈ R et le cas particulier Ω (x, k) = −βx avec β ∈ R constante,
alors Ω̂ = −βx et on vérifie que ut (x) = eiβxt u0 (x) vérifie l’équation de Schrödinger
i∂t u = −βxu = Ω̂u. On observe la transformée de Fourier en x de ut est (Fut ) (k) =
(Fut ) (k − βt) et se déplace à la vitesse β selon k. Par ailleurs les équations de
mouvement de Hamilton donnent ∂t x = ∂k Ω = 0 et ∂t k = −∂x Ω = β, qui est aussi
une translation en k à la vitesse β.
Démonstration. Près d’un point (x, k) de l’espace des phases, on approxime Ω (x, k) par
son développement à l’ordre 1 en (x, k) :

Ω (x, k) = −βx + αk

et pour ce modèle (voir détails de calcul ici p.17, Faure (2014)) on a d’une part ∂t x = ∂k Ω =
α, ∂t k = −∂x Ω = β donc un flot de translation à la vitesse (α, β) dans l’espace des phases
(x, k). D’autre part on peut résoudre exactement l’équation de Schrödinger i∂t u = Ω̂u avec
Ω̂ = −βx + α (−i∇) montrant que u (x) se translate à la vitesse α et sa transformée de
Fourier (Fu) (k) se translate à la vitesse β. Ainsi le Théorème est exact dans ce cas.
Remarque 1.5.20. Le principe d’incertitude est que la taille d’un paquet d’onde vérifie
∆x∆k = 1 est “incompressible” dans l’espace des phases. La conséquence est qu’un paquet
d’onde est supporté par plusieurs trajectoires classiques x (t) , k (t) et si celles ci se dis-
persent alors l’onde ψt se disperse en x et k. Pour cette raison la fonction ω (x, k) = Ω (x, k)
est parfois appelée relation de dispersion.

1.5.4 Propriétés générales


On rappelle quelques propriétés générales des trajectoires classiques Hamiltoniennes.
50 CHAPITRE 1. LE SON

— Conservation de la fréquence (ou énergie)

ω = Ω (x (t) , k (t)) : constante (1.5.11)

.
Démonstration. ∂t ω = ∂t (Ω (x (t) , k (t))) = (∂x Ω) (∂t x)+(∂k Ω) (∂t k) = (∂x Ω) (∂k Ω)+
(∂k Ω) (−∂x Ω) = 0.
— Conservation du volume µ = dxdk dans l’espace des phase (théorème de
Liouville).
Démonstration. Le flot est généré par le champ de vecteur X = (∂t x, ∂t k) =
(∂k Ω, −∂x Ω). Sa divergence est divX = ∂x Xx + ∂k Xk = ∂x,k
2 2
Ω − ∂k,x Ω = 0.

1.5.5 Exemples
Commençons par l’exemple le plus connu, pourtant tardif dans l’histoire, qui est l’équa-
tion de Schrödinger.

Exemple 1.5.21. Pour l’équation de Schrödinger iℏ∂t u = Ĥu, on a vu en (1.5.6) que


la Hamiltonien classique est
p2
H (x, p) = + U (x) ,
2m
avec le changement d’échelle p = ℏk et E = ℏω qui fait que les équations de mouvement
(1.5.10) s’écrivent
(
dx
dt
= ∂Ω
∂k
= ∂ℏΩ
∂ℏk
= ∂H
∂p
= mp
dp
dt
= ℏ dk
dt
= −ℏ ∂Ω ∂x
= − ∂H ∂x
= −∂x U = −gradU = F (x) : force
(
p = m dxdt
: impulsion=quantité de mouvement
⇔ d2 x
m dt2 = dt = F (x) : équation de Newton (1685)
dp

Rappelons que historiquement Newton a ainsi expliqué pourquoi la lune subissant une force
dirigée vers la terre, tourne autour de la Terre.

Passons maintenant à l’équation des ondes qui concerne plus ce cours et qui historique-
ment a été étudiée de ce point de vue microlocal par Hamilton en 1834.

Exemple 1.5.22. Pour l’équation d’onde sonore avec c constant, on a vu en (1.5.7)


que Ω (x, k) = c |k|, supposant c constant. Alors d’après les équations de mouvement
(1.5.10) on a ∂t k = −∂x Ω = 0 donc k ∈ R3 est constant et
1/2 2kj kj
∂t xj = ∂kj Ω = c∂kj k12 + k22 + k32 =c =c ,
2 |k| |k|
1.5. ANALYSE MICRO-LOCALE (SEMI-CLASSIQUE) DE L’ÉQUATION DES ONDES51

∂t x

Lune
F
Terre

Figure 1.5.3 – Newton (et Hooke , voir Arnold (1990)) ont découvert que la lune subit
une force F dirigée vers la Terre qui modifie infinitésimalement la vitesse de la lune d’après
l’équation m∂t (∂t x) = F . Par conséquent, la lune tourne autour de la Terre (et ne tombe
pas sur elle).

donc
k
∂t x = c (1.5.12)
|k|
qui est un vecteur colinéaire à k et de norme c. Autrement dit le paquet d’onde sonore
φx(t),k se déplace en ligne droite à la vitesse c dans la direction de k qui est constant.

x2

k
∂t x = c |k|

x1

Figure 1.5.4 – Si c (x) = c est constant, un paquet d’onde se déplace en (x1 , x2 ) rectili-
gnement à vitesse constante c.

Exemple 1.5.23. Pour l’équation d’onde sonore avec c (x) variable, on a vu en (1.5.7)
que Ω (x, k) = c (x) |k|. Alors d’après les équations de mouvement (1.5.10) un paquet d’onde
évolue selon
∂t kj = −∂x Ω = − |k| grad (c)
qui n’est pas nul donc k (t) peut varier dans la direction opposée grad (c) qui agit comme
une “force”, et
k
∂t x = ∂k Ω = c
|k|
52 CHAPITRE 1. LE SON

comme en (1.5.12) montrant que la vitesse est colinéaire à k (t) et de norme

∥∂t x∥ = c (x)

qui dépend du point. Ces équations du premier ordre en t déterminent la trajectoire. Voir
figure.

x2 k
∂t x = c(x) |k|

−cgrad(c)

x1

Figure 1.5.5 – Si c (x) est variable, un paquet d’onde se déplace en (x1 , x2 ) à vitesse
constante |∂t x| = c colinéaire à k mais subit une force F = − |k| grad (c) dirigée vers les
plus faibles valeurs de c.

Exercice 1.5.24. Réfraction : Loi de Snell (1621)-Descartes (1637) (trouvée


avant par Ibn Sahl (983) à Bagdad). Supposons que dans l’espace x = (x1 , x2 ) ∈ R2 ,
il y a une interface en x1 = 0, de sorte que pour x1 < 0 on a c (x) = c et pour x1 > 0 on a
c (x) = c′ avec c′ < c. Déduire de (1.5.7), de l’équation de mouvement de Hamilton (1.5.10)
et de la conservation de l’énergie (1.5.11) que : dans chaque domaine un rayon (lumineux
ou sonore) se déplace en ligne droite et à l’interface on a
1 1
sin θ = ′ sin θ′ (1.5.13)
c c
où θ (respect. θ′ ) est l’angle du rayon avec la normale de l’interface. Voir schéma.

θ′
θ

c c′

Figure 1.5.6 – Si c (x) = c, c′ prend deux valeurs différentes de part et d’autre d’une
interface alors la rayon est dévié d’après la loi de Snell-Descartes (1.5.13).

Remarque 1.5.25. En optique, on définit l’indice du milieu par n (x) = cvide


c(x)
où cvide est la
vitesse de la lumière dans le vide.
1.5. ANALYSE MICRO-LOCALE (SEMI-CLASSIQUE) DE L’ÉQUATION DES ONDES53

Solution : L’énergie est Ω (x) = c (x1 ) |k| est indépendante de x2 . L’équation de mou-
vement (1.5.10) donne ∂t k2 = −∂x2 Ω = 0 donc k2′ = k2 à l’interface. La conservation de
l’énergie à l’interface donne
c ∥k∥ = c′ ∥k ′ ∥
On a
k2 k2′
sin θ = , sin θ′ = .
∥k∥ ∥k ′ ∥
On déduit
′ k2′ k2 c′
sin θ = ′ = c = sin θ
∥k ∥ c′
∥k∥ c
et donc (1.5.13).

Exemple 1.5.26. Pour l’équation des ondes lumineuses en milieu dispersif, on a

Ω (x, k) = cf (k)

avec la fonction f (k) non linéaire mais proche de |k|. Un développement limité donne

f (k) = |k| 1 + B |k|2 + C |k|4 + . . .




appelé loi de Cauchy en optique. Par exemple B = 4, 5.10−10 nm2 dans le verre. La consé-
quence est que d’après les équations de mouvement de Hamilton (1.5.10), la trajectoire
dépend de |k| et donc de l’énergie E = cf (k) qui correspond à la fréquence ω d’après
l’équation de Schrödinger (1.5.2). Cela implique que des rayons de fréquences ω différentes
ont des trajectoires différentes, phénomène appelé dispersion, comme dans le phénomène
d’arc en ciel, ou de la dispersion de la lumière observée dans un prisme. Noter que la
présentation que nous donnons ici diffère des présentations habituelle par le fait que nous
ne considérons pas des ondes planes monochromatique, mais seulement le phénomène de
dispersion comme une conséquence des équations de Hamilton. Cela nous semble plus na-
turel.
54 CHAPITRE 1. LE SON

Exemple 1.5.27. “Mirage acoustique”


Référence : Pour la science n298 (2002) Courty-Kierlyk.
L’équation (??) a montré que si la vitesse du son c (x) dépend du point x alors le rayon
sonore subit une accélération normale selon la direction de −grad(c).
Cela se manifeste par les effets suivants :
— En été, le soir, l’air est plus chaud au sol que en altitude et donc c (x) décroît aussi
avec l’altitude (d’après (1.2.8), à pression fixée). Les trajectoires sont donc déviées
vers le haut. Il est possible d’observer des orages aux loin, mais de ne pas entendre
de tonnerre. On parle “d’éclairs de chaleur”.
air froid, c petit
tonnerre
son

silence

air chaud, c grand.

— En hiver, parfois (situation d’inversion de température), l’air est plus froid au sol
que en altitude et donc c (x) croit aussi avec l’altitude. Les trajectoires sont donc
déviées vers le bas. Il est possible d’entendre assez fortement une voiture qui passe
pourtant loin dans une campagne calme.
air chaud, c grand.

bruit son
petite voiture

air froid, c petit

— De même dans l’océan si la surface est plus chaude, les sons sous marins n’at-
teignent pas la surface. Cet effet a été observé sans être compris en 1941, lorsque
les américains écoutaient les sous marins depuis la surface et que l’après midi
(lorsque la surface est plus chaude) le son des sous marins éloignés ne leur par-
venait plus. Ce fut appelé “l’effet de l’après midi”, rapidement expliqué par des
physiciens.
— Si c (x) varie avec l’altitude mais est minimum dans une strate intermédiaire alors
cette strate va agir comme un canal conducteur ou “puits de potentiel”.
— L’histoire raconte que les coups de canons pour l’enterrement de la reine victoria
le 22/01/1901 n’ont pas été entendus en Angleterre mais en écosse à 400km de
distance.
— Dans l’océan, vers une profondeur de 1000m, la valeur de c (z) est minimale,
1.5. ANALYSE MICRO-LOCALE (SEMI-CLASSIQUE) DE L’ÉQUATION DES ONDES55

ainsi les rayons sonores sont capturés dans ce canal appelé canal SOFAR et
découvert en 1943. Les baleines communiquent entre elles à longues distances
(1000 km) en se plaçant à cette profondeur. De plus elle envoient des sons qui
font échos sur des montagnes sous-marines et leur permette de se localiser dans
l’océan. Il semble en effet qu’elles mémorise les positions des ces montagnes dans
l’océan. Vidéo, chant des baleines à bosse.

T grand, c grand.
1000m

Baleines Son

p grand, c grand.

Vidéos

— Cette vidéo est une simulation numérique d’un paquet d’onde dans le stade.
— Retournement temporel d’une onde de surface.
— Ondes (solutions numériques) et représentation dans l’espace des phases. Corres-
pondance classique-ondulatoire. Ondes quantique.

1.5.6 Formule de Weyl semi-classique

Considérons un domaine Ω ⊂ Rd quelconque. On s’intéresse au spectre (ωn2 )n de l’opé-


rateur Laplacien ∆ dans ce domaine ou tout autre opérateur différentiel. On a été capable
de calculer ce spectre dans des cas particuliers, par exemple en (1.3.10) ou (1.3.19), mais
dans un cas général cela est impossible (ou seulement numériquement avec une précision
donnée). Il y a cependant une formule approximative et très simple qui peut être très utile,
appelée formule de Weyl ou formule du comptage d’états ondulatoires. Elle est associée au
spectre d’une famille opérateur (pseudo-)différentiel Ω̂ = Ω (x, −i∇) comme en (1.5.5).

Voici l’énoncé dans le cas général.


56 CHAPITRE 1. LE SON

Théorème 1.5.28. “Loi de Weyl”. Considérons le spectre ω1 ≤ ω2 ≤ ω3 . . . d’un


opérateur Ω̂ = Ω (x, −i∇) auto-adjoint défini par un symbole Ω (x, k), avec x, k ∈ Rd ,
c’est à dire
Ω̂un = ωn un .
Pour un intervalle [a, b] ⊂ R, le nombre de valeurs propres dans cet intervalle est
dans la limite b → ∞,

Vol (Ω−1 ([a, b]))


♯ {ωn ∈ [a, b]} =
(2π)d

où Ω−1 ([a, b]) = {(x, k) t.q. Ω (x, k) ∈ [a, b]} est l’ensemble des points de l’espace
des phases dont l’énergie est dans l’intervalle [a, b].

Remarque 1.5.29. L’interprétation de cette formule est que un “état ondulatoire” élémen-
taire (ou quanta) occupe un volume (2π)d dans l’espace des phases (x, k). C’est directement
relié au principe d’incertitude (1.5.8).
Appliquons cette formule à des cas simples déjà étudiés pour vérifier son efficacité.

Exemple 1.5.30. Pour l’équation d’onde dans un intervalle x ∈ [0, L] en dimension d = 1,


on a Ω (x, k) = c |k|, donc

Vol (Ω−1 ([0, ω])) L (2kmax )


n (ω) = ♯ {ωn ∈ [0, ω]} ∼ =
2π 2π
avec kmax c = ω donc

n = ♯ {ωn ∈ [0, ω]} ∼

Inversement pour n → ∞,

ωn ∼
n
L
Étonnamment, on retrouve la formule exacte du spectre de (1.3.10).

Exemple 1.5.31. Pour l’équation d’onde dans un rectangle x ∈ [0, L1 ] × [0, L1 ] en dimen-
sion d = 2, on a Ω (x, k) = c |k|, donc Ω (x, k) ∈ [0, ω] ⇔ |k| ≤ ωc
 
ω 2
−1
Vol (Ω ([0, ω])) L1 L 2 π c
n (ω) = ♯ {ωn ∈ [0, ω]} ∼ 2 = 2
(2π) (2π)
2
L1 L2 ω
=
4πc2
et on retrouve la formule (1.3.20).
1.6. MICROS, ENREGISTREMENTS ET HAUT PARLEURS 57

1.6 Micros, enregistrements et haut parleurs


Dans cette section on décrit le “passage” entre une onde sonore et un signal.
Pour décrire le fonctionnement d’un micro ou haut parleur il faut décrire le couplage
mécanique entre les ondes sonores et les matériaux du micro ou haut parleur.

Microphones Voir microphones sur wikipedia.


Un microphone transforme le signal p (t) = p (x, t) ∈ R des fluctuations de pression de
l’air en un point donné, en un signal électrique s (t) ∈ R.
— Le microphone dynamique ne nécessite par d’alimentation. C’est une membrane
attachée à un bobinage placé dans un champ magnétique statique (créé par un
aimant). Sous l’effet des fluctuations de pression p (t) de l’air, la membrane et donc
le bobinage bougent, et par effet d’induction cela crée un courant induit s (t).
— Le microphone à condensateur (ou électrostatique) est décrit plus bas. Il nécessite
une alimentation.

1.6.1 Schéma de fonctionnement du microphone à condensateur


Inventé par Wente en 1917.
Références : Schroeder et al. (2007, chap24), Eargle (2012, chap3,p23).
Voici un modèle simplifié de microphone à condensateur.

Uout (t)
R D

U ∆x

h
plaque membrane

— Une membrane en forme de disque de diamètre D ∼ 12mm, recouverte d’une


mince couche de métal (ex : or), est tendue. Sous l’effet de fluctuations de pression
p (t), son amplitude d’oscillation x (t)est donnée par le modèle

m∂t2 x = −Kx − γ∂t x + p (t)

où m∂t2 x est le terme d’inertie de la membrane, −Kx la force de rappel liée à la


tension, −γ∂t x la force d’amortissement et p (t) la force de pression imposée par l’air.
Si p (t) = p0 eiωt est monochromatique, la solution stationnaire de cette équation est
x (t) = x0 eiωt avec une amplitude donnée par (B.7.2) :
|p0 |
|x0 (ω)| = 1/2
(K − mω 2 )2 + γ 2 ω 2
58 CHAPITRE 1. LE SON
q
avec une fréquence de résonance de l’ordre de ω0 ∼ K m
∼ 10kHz. Pour des ampli-
tudes de pression |p0 | ∼ 1Pa (soit 94dB), on a des amplitudes de déplacement de la
membrane |x0 | ∼ 10−2 µm.
— La membrane est posée à une distance h ∼ 20µm d’une plaque et l’ensemble forme
2
un condensateur électrique de surface S = πD4 épaisseur h. Pour amortir les vibra-
tions mécaniques de la membrane (i.e. augmenter γ), il y a des cavités d’air dans la
plaque. Noter que h ≫ |x0 |. La capacité au repos est

S
C0 = ϵ = 5.10−11 F
h
avec ϵ = 8.8 10−12 m
F
. Si la membrane bouge, h (t) = h + x (t) et la capacité C (t) =
ϵ h(t) varie.
S

— Ce condensateur est relié en série à une source de tension U = 60V , une résistance
R = 109 Ω. L’équation de ce circuit de ce circuit est
 
dQ (t) 1 Q (t)
= U−
dt R C (t)

où Q (t) est la charge au borne du condensateur. Au final la tension au borne de la


résistance est
C (t)
Uout (t) = U
C0
Le système total est entouré d’une grille formant une cage de faraday.

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