FONDATIONS SUR PIEUX DE BOIS ET CYCLOPÉENNES
DVD PAILLE - FICHE TECHNIQUE
FONDATIONS SUR PIEUX DE BOIS ET CYCLOPÉENNES
xavier méric - éco-constructeur - éco-habiteur
Ce document n'a pas vocation de conseil technique et doit être considéré comme document de recherche
1 OBJECTIFS
1.1 Généralités
1.2 Conditions techniques
2 RECHERCHE
2.1 Recherche documentaire
2.2 Mise au point technique
3 CHOIX CONSTRUCTIF
3.1 Orientations techniques
3.2 Mesure des risques
3.3 Métrés et réalisations
4 OBSERVATIONS
Difficultés
Particularités
l 'équipe de départ
L
5 architectes: Sabine, Camille, Emilie, Jean- e projet de la maison Jonas est partie d'une demande de construction écologique et de la
Marc et Juan. recherche d'artisans. Les annonces ont été diffusées dans les réseaux associatifs. Au bout de
quelques temps une équipe de deux éco-constructeurs ont répondu à la demande mais leur
1 ingénieur énergie/matériaux: Julien démarche socio-écologique était plus poussée que celle de nos futurs habitants. Pourtant ils étaient
1 éco-constructeur accompagnateur de projets: prêts à se lancer dans une aventure plus impliquée dans l'éco-construction. Une véritable
Bruno expérience de coopération va se mettre en place et les compétences se regrouperont autour de trois
variantes au projet d'une maison en paille à ossature bois. Plusieurs défis vont se présenter :
1 chercheur en architecture, auto-éco- Répondre à un cahier des charges comprenant les exigences des maîtres d'ouvrages et de la nature
constructeur: Luc du terrain tout en satisfaisant les caractéristiques d'éco-conception, la forme de participation à toutes
1 technicien en formations du bâtiment auto- les étapes jusqu'à l'exécution des travaux, l'ouverture à des publics sensibles voulant s'impliquer
constructeur: Philippe dans cette expérience et la confrontation au lieu : un grand lotissement tout à fait conventionnel de la
banlieue toulousaine.
2 artisans et techniciens bâtiment éco-
constructeurs: Michaël et Xavier
4 maîtres d'ouvrages, dont 2 en bas-âge:
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Isabelle, Olivier, Gwenaelle et Caroline
1 OBJECTIFS
1.1 Généralités :
Il s'agit de soutenir et de stabiliser une construction dite "légère" dont les descentes de charges sont réparties au sol sur 15 appuis et un linéaire de
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murs de 50 m environ.
L'inertie thermique du sol intérieur devant être récupérée une dalle sera en
contact direct avec celui-ci, et cette partie du sol isolée thermiquement du
reste, dans une moindre mesure.
1.2 Conditions techniques
- Terrain d'argile gonflante. Sol porteur à 2m environ
- Résultat de l'étude de sol : vide sanitaire
- Autres possibilités : Radier (plateforme en béton soutenant l'ensemble du
bâtiment, pour rendre homogènes les réactions aux mouvements du sol)
Conditions spécifiques des maîtres d'ouvrage :
Éviter les matériaux issus de grandes firmes multinationales.
Éviter le ferraillage.
Bonnes relations, ressources locales et respect de l'environnement.
2 RECHERCHE
2.1 Recherche documentaire
Les exemples de fondations alternatives dans l'habitat individuel sont rares
mais servent de support technique lorsqu'elles existent.
Parmi les autres domaines ressources on a les travaux publics, les ouvrages
d'art et les bâtiments anciens, les constructions en milieu humide ou
marécageux, la restauration ou la reprise de bâtiments anciens, les
constructions à l'étranger notamment en milieu tropical humide, les solutions constructives dans l'antiquité, et quelques sources documentaires
universitaires sur Internet, en général plus fournies en anglais. Avec des participations à des forums internet techniques et des expérimentations de
bureaux d'études et en procédant à des comparaisons avec les solutions adoptées dans le voisinage du projet, autant récentes qu'anciennes (fermes
voisines, etc), en consultant certaines personnes qualifiées, sans faire de réelles études, on complète et confirme ces données.
2.2 Mise au point technique
Il s'agit de fondations superficielles. L'étude de sol, confirmée par l'observation des strates en sous-sol dans les fondations des construction de voisins
immédiats indique que le sol dur se situe à environ 2 mètres de profondeur, avec une légère pente. Le refus, par exemple, c'est le niveau de résistance à
l'enfoncement qu'il faut atteindre pour considérer que la mise en place de pieux devient stable dans le temps. D'autres éléments sont à prendre en compte
comme par exemple les constructions voisines, les nappes phréatiques, les futurs travaux, le frottement, le flambement (torsions), etc.
La collecte d'échantillons donne la nature du sol à atteindre.
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Les terrassiers de la région connaissent bien ce type de sol et un bon maçon doit être capable d'évaluer la résistance nécessaire en fonction du type
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de fondation qu'il prévoit. C'est l'expérience de l'artisan qui complète le travail d'un bureau d'étude, ce qui n'est pas habituel dans la construction
individuelle. On ne peut pas prendre en compte la seule expérience et les seules méthodes du passé pour plusieurs raisons, notamment le temps de
construction qui était plus long et permettait au bâtiment de se stabiliser lentement. D'autre part les désordres que l'on acceptait étaient plus
importants. De nos jours la moindre fissure sur un enduit est déjà considérée comme inacceptable.
Le choix est celui de dissocier les fondations en deux parties :
PRINCIPE A. LA STRUCTURE PRINCIPALE qui comprend l'ossature poteaux-poutres qui supporte
notamment la toiture et le plancher acoustique de l'étage, et qui repose au sol par des points d'appuis
concentrés. Les charges s'échelonnent entre 2500 Kg et 5000 Kg sur chaque point.
nota : Nous ne parlerons pas en daN (décanewton) pour simplifier et parce que l'éventuelle
prolongation de cette fiche de recherche n'implique pas une telle précision.
PRINCIPE B. LES PAROIS comprenant l'ossature secondaire, la paille, les enduits et les baies qui
forment essentiellement les murs périphériques et un mur de refend (garage).
La liaison entre l'ossature secondaire et l'ossature principale est assurée par des vis, sur équerres,
sabots, etc. On peut donc considérer, dans la mesure ou ces deux parties subiraient des mouvements
de sol de façons différentes, que les contraintes sont différentes, en tout cas qu'elle ne se font
essentiellement qu'au niveau des vis. La réduction des désordres éventuels à des travaux minimes
permet de consolider les parties éventuellement exposées. Par exemple la dalle repose sur un hérisson
ventilé qui lui-même repose sur le sol (dalle sur terre-plein). Cette partie du sol est isolée thermiquement de
l'extérieur, drains en place, et les variations sont à priori moins importantes que sur le sol d'origine.
nota : Pour les mêmes raisons évoquées plus haut nous ne rentrons pas dans de réels calculs de
mécanique, statique, états limites, résistance des matériaux ou autres techniques professionnelles.
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3 CHOIX CONSTRUCTIF
3.1 Orientations techniques
Structure principale :
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Le choix va s'orienter vers la mise en place de pieux en bois, à refus (foncés jusqu'à une certaine résistance), noyés dans des puits de béton de
chaux.
Les parois :
L'option retenue : béton cyclopéen armé de bambous pour répondre aux variations éventuelles du sol. Cette rigole sera isolé en périphérie pour
conserver une stabilité de l'inertie thermique pour le sol.
3.2 Mesure des risques
Fondations de la structure principale :
Le premier risque est celui d'attaques biologiques, principalement le pourrissement. L'expérience
montre que les piquets de robinier - faux acacia sont employés depuis longtemps dans l'agriculture.
D'autre part les agents de pourrissement sont l'oxygène, la chaleur et l'humidité. Traditionnellement
ils sont brûlés à l'extrémité qui va en terre. Il y a différentes façons artisanales de traiter les piquets
en terre, entre autre le trempage dans des solutions à base de sulfates de cuivre. Lorsque la pièce
de bois est fraichement coupée, la circulation du produit continue dans les vaisseaux et le produit
prend le même chemin. Lorsqu'il ressort à une extrémité on peut considérer que la pièce est traitée à
cœur. Mais il s'agit là de traitements chimiques de synthèse et pour des bois plus exposés. D'autres
procédés sous pression existent.
Un autre risque, qui ne concerne pas forcément la seule fondation mais tout le bâtiment, ce sont les
termites. Les retours d'expérience sont rares puisque l'arrivée des termites est relativement récente. Certaines données sur la résistance des bois
donnent le robinier comme relativement résistant aux termites. Le robinier c'est en quelque sorte notre bois exotique local ! Une autre donnée
intéressante : Le termite n'agirait pas dans des profondeurs de terre supérieures à 50 cm.
Dans notre cas, pieux enfoncés dans la terre à leur extrémité, il faudra songer à inverser le sens de pousse de l'arbre ! Même s'ils sont noyés dans 1,50 m
de chaux ce n'est pas plus compliqué et ça peut éviter d'éventuels rejets de l'arbre.
Fondations des parois :
Nous sommes ici sur une argile gonflante et le type de fondation retenu (en rigole) n'est pas recommandé. Mais il faut replacer l'étude de sol dans son
contexte : Généralement ce sont des fondations en béton armé, c'est à dire trop rigides pour absorber les mouvements du sol.
nota : il s'agit généralement de variations de l'ordre de quelques millimètres au cm au maximum.
D'autre part les constructions qui s'appuient sur de telles fondations sont censées être rigides aussi : blocs bétons ou briques hourdées au mortier de
ciment et baies en appuis sur des encadrements rigides, linteaux conventionnels, etc. Les matériaux conventionnels pour bâtir sont étanches, ceux-là au
contraire contribuent aussi à la régulation hygrométrique du sol.
Toutes les parties bâties ne sont pas censées être "articulées". Ce n'est déjà pas le cas pour une maison en bois, ça l'est encore moins pour une maison
en paille à ossature bois, avec des enduits en terre crue. Il faut bien évidemment penser aux passages de gaines et autres réseaux intérieurs/extérieur qui
sont des zones sensibles, et aussi à la nature des matériaux employés. L'armature au bambou est censée augmenter la cohésion de l'ensemble, même si
son action est sans doute minime. Ils seront employés fendus pour éliminer les risques de pourrissement et augmenter les points d'accroche en traction.
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3.3 Métrés et réalisations
Fondations de la structure principale :
Les puits se feront à la tarière de 40 cm de diamètre. Le diamètre est fonction de la surface d'appui des poteaux de l'ossature sur les pieux en bois,
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du diamètre des pieux et de la quantité de béton de chaux décidé. Les pieux n'étant pas disponibles en une seule pièce, nous adopteront la forme en
fagot, après mesure des avantages et inconvénients, calculs de résistance et interactions. Ce robinier provient du piémont pyrénéen.
nota : des réserves pour sondes, tuyaux P.U de 16, ont été mises en place à titre expérimental. Elles ont pour but initial de contrôler les différences
de températures du sol et le taux d'humidité.
DURÉES TERRASSEMENT + PUITS FONDATION
Les heures sont données en unités (1h30 mn = 1,5h , 1h15mn = 1,25h et 1h45mn = 1,75h, etc), sur la base
d'une seule personne (2,00 heures à deux = 4,00 h inscrites). MicaXav = 2 pers, MicaXavChris = 3 pers
DESCRIPTIF DURÉES INTERVENANTS
décapage terrain + tracés + rigoles et forages 19 h (une journée MicaXav
dont terrassier)
mise en place pieux + ligatures 3h Xav
mise à niveau têtes des pieux, préparation grue 4h MicaXav
Le remplissage des puits est décidé au mortier liquide et non au béton pour atteindre les espaces vide
dans le fagot de pieux et vibrer pendant le fonçage (enfoncement)
DESCRIPTIF DURÉES INTERVENANTS
tracé fondations, chaises, etc 8h MixaXav
remplissage des puits au mortier, à la grue +
battage à refus (avec une barre de métal de 20 34 h MicaXav
kg, à 2 ou 3 pers jusqu'à résistance complète)
MATERIAUX PUITS
DESCRIPTIF UNITÉ QUANTITÉ MONTANT TTC
"piquets" de robinier de scierie de diamètre 8 à 13 cm unité 100 600
Mortier pour remplissage des puits 15 puits
chaux NHL 3,5 de bonne qualité sac 35 kg 24 205,35
sable de carrière à 19,56 euros/tonne pour 14 tonnes, livré < 10 km m3 2,160 75,34
eau m3 1,600 4,80
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DURÉES RIGOLE
Comprenant isolant, fabrication et mise en œuvre béton, mise en œuvre pierres et bambous,dont aléas de chantier 148,75 h MicaXavChris
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MATERIAUX RIGOLE (dim ~ largeur 50cm x prof 60 cm x longueur 50 m)
DESCRIPTIF UNITÉ QUANTITÉ MONTANT TTC
isolant liège en panneaux de 50 cm de large (deux épaisseurs croisées) panneaux 0,50x1,00 96 620
gravier tonne 23 580
sable de carrière à 19,56 euros/tonne pour 14 tonnes, livré < 10 km tonne 14 333
chaux NHL2 de bonne qualité sac de 25 kg 75 815,67
pierres calcaires "blocage" tonne 14 710
lame de bambous diamètre 6 à 8 cm fendus en 4 (en linéaire) m 450 0
boisseaux béton 25x25 u 30 161,46
ferraillage soudé 15x15 par 3 m 3 120
Le principe du béton cyclopéen est celui d'une fondation
Proportion béton pour la
"souple", ici à la chaux faiblement hydraulique, dont les blocs
fondation cyclopéenne
de pierre s'échelonnent à des dimensions allant du plus gros
- Gravier : 3 seaux
au plus petit en partant du fond de fouille vers le haut.
- Sable : 36 pelles
La rigole est décapée, béton de propreté de 5 cm, armatures
- Eau : 2 seaux
bambou dès que possible entre les couches de pierre. Le
- Chaux :1 sac 25 kg
bambou doit suivre les "virages" et les liaisons entre murs.
- Pierres de blocage
L'espace entre chaque pierre est d'environ 8 à 10 cm.
nota : Attention à la manutention des grosses pierres, ne pas
manier à la force du dos même si ça parait facile !
A trois personnes, avec une grue (les petites grues s'achètent et se revendent assez bien entre
particuliers, de 1500 à 4000 euros).
MATERIEL PUITS ET RIGOLE
DESCRIPTIF UNITÉ QUANTITÉ MONTANT TTC
grue et accessoires 3000
matériel de base maçonnerie + outil tranchant + scie égoïne 340
Barre de métal de 1,50 m et de 20 kg environ (à la ferraille) 1 10
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4 OBSERVATIONS
Les pieux sont noyés dans la chaux et en lien avec la rigole. Mais ils
sont emmanchés dans des boisseaux béton ferraillés qui sont la partie
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intermédiaire entre le poteau bois de l'ossature principale et les pieux
de fondation. La zone sensible à l'oxygène en milieu humide
(capillarité) et aux termites est ainsi protégée.
Difficultés :
Comme les matériaux choisis sont de qualité et que la main d'œuvre
est importante, il est impératif d'être le plus précis possible avec le
terrassement. Le moindre coup de pelle en dehors du tracé ou trop
profond représente des heures et des matériaux en plus.
Particularités :
BAMBOU
Le diamètre des bambous n'a d'importance que pour réaliser des lames
suffisamment larges pour que leur accroche soit améliorée. Mais on
peut aussi augmenter leur nombre. Dans les ouvrages qui demandent
une réelle précision on peut se référer à des études de l'INBAR
(International Network for Bamboo and Rattan ) pour des comparatifs
avec les ferraillages classiques.
ISOLANT LIEGE
Il faut savoir que cet isolant ne permet pas de s'abstenir d'une barrière
ou de pièges à termite. Les tests sur place ont démontré que même les
fourmis attaquent les panneaux de liège.
BOISSEAUX
La recherche de pierres n'ayant pas été fructueuse nous n'avons pas
pu tester des solutions de résistance à l'arrachement. La partie
ossature présentait des descentes de charges suffisamment importantes mais
c'est un facteur (vent) qu'il faut prendre en compte dans des constructions plus légères.
Le bilan général de cette solution constructive laisse apparaitre une grande quantité de main d'œuvre. Il ne faut pas oublier que c'est une réponse à une
nature de sol particulière en fonction d'un bâtiment relativement "souple", dans lequel les maitres d'ouvrage (les propriétaires) acceptent des désordres
minimes éventuels qu'ils peuvent aborder en autoconstruction. L'amélioration de ce principe doit donc s'effectuer sur la simplification des moyens et des
outils, mais aussi sur la gestion des conditions climatiques. Mais tout ça reste une belle expérience !
xavier méric - éco-constructeur - éco-habiteur
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