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VMH KH Ex E

La revue RIGES, dirigée par des professeurs de l'Université Alassane Ouattara, vise à diffuser des connaissances scientifiques en géographie et à analyser les mutations des espaces. Le numéro actuel aborde divers thèmes, tels que l'urbanisation, la production agricole et les conditions de vie, en mettant en lumière les enjeux contemporains. Les contributions sont accueillies pour enrichir la réflexion sur les défis liés à la globalisation et à la solidarité des peuples.
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La revue RIGES, dirigée par des professeurs de l'Université Alassane Ouattara, vise à diffuser des connaissances scientifiques en géographie et à analyser les mutations des espaces. Le numéro actuel aborde divers thèmes, tels que l'urbanisation, la production agricole et les conditions de vie, en mettant en lumière les enjeux contemporains. Les contributions sont accueillies pour enrichir la réflexion sur les défis liés à la globalisation et à la solidarité des peuples.
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1

ADMINISTRATION DE LA REVUE

Direction

Arsène DJAKO, Professeur Titulaire à l'Université Alassane OUATTARA (UAO)

Secrétariat de rédaction

 Joseph P. ASSI-KAUDJHIS, Professeur Titulaire à l'UAO


 Konan KOUASSI, Maître de Conférences à l'UAO
 Dhédé Paul Eric KOUAME, Maître-Assistant à l'UAO
 Yao Jean-Aimé ASSUE, Maître-Assistant à l'UAO
 Zamblé Armand TRA BI, Maître-Assistant à l'UAO
 Kouakou Hermann Michel KANGA, Assistant à l’UAO

Comité scientifique

 HAUHOUOT Asseypo Antoine, Professeur Titulaire, Université Félix


Houphouët Boigny (Côte d'Ivoire)
 ALOKO N'Guessan Jérôme, Directeur de Recherches, Université Félix
Houphouët Boigny (Côte d'Ivoire)
 AKIBODÉ Koffi Ayéchoro†, Professeur Titulaire, Université de Lomé (Togo)
 BOKO Michel, Professeur Titulaire, Université Abomey-Calavi (Benin)
 ANOH Kouassi Paul, Professeur Titulaire, Université Félix Houphouët Boigny
(Côte d'Ivoire)
 MOTCHO Kokou Henri, Professeur Titulaire, Université de Zinder (Niger)
 DIOP Amadou, Professeur Titulaire, Université Cheick Anta Diop (Sénégal)
 SOW Amadou Abdoul, Professeur Titulaire, Université Cheick Anta Diop
(Sénégal)
 DIOP Oumar, Professeur Titulaire, Université Gaston Berger Saint-Louis
(Sénégal)
 WAKPONOU Anselme, Professeur HDR, Université de N'Gaoundéré
(Cameroun)
 KOBY Assa Théophile, Maître de Conférences, UFHB (Côte d'Ivoire)
 SOKEMAWU Koudzo, Professeur Titulaire, UL (Togo)

2
EDITORIAL

La création de RIGES résulte de l’engagement scientifique du Département de


Géographie de l’Université Alassane Ouattara à contribuer à la diffusion des
savoirs scientifiques. RIGES est une revue généraliste de Géographie dont
l’objectif est de contribuer à éclairer la complexité des mutations en cours issues
des désorganisations structurelles et fonctionnelles des espaces produits. La
revue maintient sa ferme volonté de mutualiser des savoirs venus d’horizons
divers, dans un esprit d’échange, pour mieux mettre en discussion les problèmes
actuels ou émergents du monde contemporain afin d’en éclairer les enjeux
cruciaux. Les rapports entre les sociétés et le milieu naturel, la production agricole,
l’amélioration des conditions de vie des populations rurales et urbaines, l’accès à
l’eau potable, le développement territorial et les questions sanitaires ont fait l’objet
d’analyse dans ce présent numéro. RIGES réaffirme sa ferme volonté d’être au
service des enseignants-chercheurs, chercheurs et étudiants qui s’intéressent
aux enjeux, défis et perspectives des mutations de l’espace produit, construit,
façonné en tant qu’objet de recherche. A cet effet, RIGES accueillera toutes les
contributions sur les thématiques liées à la pensée géographique dans cette
globalisation et mondialisation des problèmes qui appellent la rencontre du
travail de la pensée prospective et de la solidarité des peuples.

Secrétariat de rédaction

KOUASSI Konan

COMITE DE LECTURE

 KOFFI Brou Emile, Professeur Titulaire, UAO (Côte d'Ivoire)


 ASSI-KAUDJHIS Joseph P., Professeur Titulaire, UAO (Côte d'Ivoire)
 BECHI Grah Félix, Maître de Conférences, UAO (Côte d'Ivoire)
 MOUSSA Diakité, Maître de Conférences, UAO (Côte d'Ivoire)
 VEI Kpan Noël, Maître de Conférences, UAO (Côte d'Ivoire)
 LOUKOU Alain François, Maître de Conférences, UAO (Côte d'Ivoire)
 TOZAN Bi Zah Lazare, Maître de Conférences, UAO (Côte d'Ivoire)
 ASSI-KAUDJHIS Narcisse Bonaventure, Maître de Conférences, UAO
(Côte d'Ivoire)
 KOFFI Yao Jean Julius, Maître de Conférences, UAO (Côte d'Ivoire).

3
Sommaire

GANOTA Boniface, TOUMBA Tizi

Emondage et extinction des épineux dans les zones de culture : le cas des 7
peuplements naturels à Faidherbia albida et Balanites eagyptiaca dans les villages
du sud-est du bassin versant de Mayo Sorawel (Nord-Cameroun)

TOKO Mouhamadou Inoussa


26
Phytoécologie du groupement à Pterocarpus erinaceus et Isoberlinia doka des forêts
claires de la Forêt classée des Monts Kouffé et sa périphérie sud au Bénin

N’GUESSAN Kouassi Fulgence


42
Evolution de l’occupation du sol dans la sous-prefecture de Bondoukou (nord-est de
la Côte d’Ivoire)

Daniel SAIDOU BOGNO, Félix MBÉLÉ ABBO,


61
Coupe anarchique de bois et problématique de la gestion durable des ressources
ligneuses à la périphérie ouest du parc national de la Bénoué (Nord-Cameroun)

HOUEHOUNHA Anatole, GBESSO Gbodja Houéhanou François,


GBESSO Florence Koussi, TENTE Agossou Hugues Brice 81

Importance de l’usage thérapeutique de xylopia aethiopica (dunal) a. Rich


(annonaceae) pour les communautés locales de la commune de Covè (Bénin)

BOUSSARI Farydh Ayinla Abiola, Sylvestre CHAFFRA, Toussaint Olou


LOUGBEGNON 102

Formes d’usages des termitières épigées par les populations locales dans le Bénin
méridional (Sud de la dépression de la Lama)

Hermann Dimon AWO, imin DJONDO, Toussaint Olou


LOUGBEGNON, Brice TENTE 122

Trichechus senegalensisen Afrique : les enjeux socio-culturels et écologiques d’une


espèce menacée

Mamadou AIDARA, Sidia Diaouma BADIANE


141
Etude exploratoire des effets de l’exploitation artisanale de l’or sur le paysage
forestier dans la Commune de Khossanto (Sénégal).
4
TOUSSOUMNA Eric, KOSSOUMNA LIBA’A Natali, Natali
KOSSOUMNA LIBA’A
161
L’effort de pêche : une condition pour la résilience des pêcheurs sur l’île de Yabaï
dans le lac de Maga au Cameroun

Ibrahima Faye DIOUF, Momar DIONGUE, Mamadou Bouna TIMERA


176
L’agro-écologie dans la zone des Niayes : expériences d’une transition dans les
communes de Diender Guedj et de Kayar (Sénégal)

ALASSANE Abdourazakou
193
Rites traditionnels chez les Moba et leurs impacts sur la végétation à l’ouest de la
région des savanes au Nord-Togo

SISSOKO Sounko, MARIKO Seydou


208
Analyse de la production Agricole dans le Cercle de Kati au Mali

Songoumon SILWAY , Kouassi Paul ANOH


223
Analyse des « conditions de pauvreté »dans les exploitations agricoles familiales du
département de Korhogo

AGUIA-DAHO Jacques Evrard Charles, GBENOU Pascal, NATTA


M’PO Kouagou Angelo, 246
Production de l’igname dans la commune de Natitingou au Bénin : pratiques
culturales versus pratiques sociales

KAKOU Yao Sylvain Charles, YEO Napari Elisée, SEKONGO Largaton


Guénolé 260

Contribution du débarcadère à l’amélioration des conditions de vie et de travail des


acteurs de la pêche artisanale de Locodjroro (commune d’Attécoubé, Abidjan-Côte
d’Ivoire

COULIBALY Aboubakar, KASSI Kadjo Jean Claude, VEI Kpan Noël


275
Impacts socio-économiques des travaux de renforcement de l’alimentation en eau
potable à Korhogo

Trotsky MEL, BOLOU Gbitry Abel, GOUAMENE Didier-Charles


292
Le barrage hydroélectrique de Kossou : cinquante ans après, quelle contribution à la
modernisation de la localité de Kossou (centre de la côte d’ivoire) ?

5
ELEAZARUS Atsé Laudose Miguel 309
Atouts et contraintes du site de la ville d’Adzopé au sud-est de la Côte d’Ivoire

EBIAN Jean Paul Enoh Koffi, ESSAN Kodia Valentin, ALOKO-


N’GUESSAN Jérôme 325
Dynamique démographique et recomposition socio-spatiale dans la commune de
Cocody

Daniel Valérie BASKA TOUSSIA


347
Epidémiologie spatiale des maladies tropicales négligées (lèpre, schistosomiase,
filariose lymphatique, vers intestinaux) en milieu sahélien : cas de Maroua
(Extrême-Nord, Cameroun)

ANDIH Kacou Firmin Randos 371


Analyse prospective de l’urbanisation de la Côte d’Ivoire à l’horizon 2050

KOUASSI N’guessan Gilbert 396


Hévéaculture et disponibilité alimentaire dans la commune de Dabou

6
Revue Ivoirienne de Géographie des Savanes, Numéro 8 Juin 2020, ISSN 2521-2125

DYNAMIQUE DEMOGRAPHIQUE ET RECOMPOSITION SOCIO-SPATIALE


DANS LA COMMUNE DE COCODY
EBIAN Jean Paul Enoh Koffi, Doctorant à l’Université Félix Houphouët-Boigny,
Laboratoire de cartographie, populations et développement (CAPDEV),
Email : paulenoh@[Link]

ESSAN Kodia Valentin, Maître Assistant, Université Félix Houphouët-Boigny,


Laboratoire de cartographie, populations et développement (CAPDEV),
Institut de Géographie Tropical (IGT)
Email : essankv@[Link]

ALOKO-N’GUESSAN Jérôme, Directeur de Recherches, Université Félix


Houphouët-Boigny,
Email : alokojerome@[Link]

Résumé
Abidjan, la capitale économique de la Côte d'Ivoire, à l’instar des villes africaines est
confrontée à la gestion de sa population en pleine expansion conduisant à des
structures urbaines complexes. Située au nord-est de la ville d’Abidjan, la commune
de Cocody a connu un développement rapide depuis les années 1970. La volonté de
l’Etat de Côte d’Ivoire de faire de cette commune un quartier moderne, huppé a
connu du succès. Cocody est resté jusqu’en 1980 le quartier résidentiel réservé aux
classes aisées. Mais suite aux différentes crises économiques qui se sont succédées
depuis les années 1980, Cocody est aujourd’hui un quartier cosmopolite au plan
démographique et qui se paupérise de plus en plus. Cette contribution, basée sur une
recherche documentaire et une enquête de terrain auprès des populations se propose
d’identifier la dynamique démographique et la recomposition socio-spatiale dans
une commune qualifiée de quartier de riches. Les résultats de cette étude montrent
que l’évolution, la répartition spatiale et la composition de la population, ainsi que
les activités économiques qu’elle exerce et les conditions d’insertion urbaine sont des
facteurs qui déterminent la dynamique démographique et la recomposition socio-
spatiale à Cocody.
Mots clés : Cocody, dynamique démographique, recomposition socio-spatiale,
espace urbain, urbanisation

Abstract
Abidjan, the economic capital of Côte d'Ivoire, like African cities, is faced with the
management of its rapidly growing population leading to complex urban structures.
Located in the northeast of the city of Abidjan, the commune of Cocody has
experienced rapid development since the 1970s. The desire of the State of Côte
d'Ivoire to make this commune a modern, upscale district has known success.

325
Revue Ivoirienne de Géographie des Savanes, Numéro 8 Juin 2020, ISSN 2521-2125

Cocody remained until 1980 the residential area reserved for the wealthy classes. But
following the various economic crises which have followed one another since the
1980s, Cocody is today a cosmopolitan district on a demographic level and which is
increasingly impoverished. This contribution, based on documentary research and a
field survey of the populations, aims to identify demographic dynamics and socio-
spatial recomposition in a municipality classified as a neighborhood for the wealthy.
The results of this study show that the evolution, spatial distribution and
composition of the population, as well as the economic activities it carries out and the
conditions of urban integration are factors that determine demographic dynamics
and socio-economic recomposition. space at Cocody.
Key words : Cocody, demographic dynamics, socio-spatial recomposition, urban
space, urbanization

Introduction
Abidjan est la vitrine de la Côte d’Ivoire. C’est également la principale ville et le
centre de l’urbanisation rapide que connaît le pays depuis son indépendance. Le fait
majeur est donc la croissance monstrueuse d’Abidjan de l’ordre de 11 à 10 % au cours
des décennies 1960-1980 ; ce qui fait que la ville double sa population tous les six ans,
rythme qu’elle soutient sans faiblir depuis la Seconde Guerre mondiale et qui
bouscule sans cesse les prévisions, toujours trop basses. C’est t chaque année 120 000
à 130 000 nouveaux habitants qu’il faut nourrir, soigner, éduquer, faire travailler, etc.
(COTTEN et MARGUERAT, 1977, p.354 ; 380). Cette croissance bien que moins
rapide depuis la crise économique des années 1980 (4 à 5%), continue d’ajouter
chaque année entre 100 000 et 150 000 nouveaux citadins à la population de la ville.
La croissance démographique rapide, la pauvreté issue des crises, la naissance et la
densification des quartiers posent d’énormes difficultés de développement urbain.
Ces crises générées par des facteurs internes et externes seront à la base des
modifications importantes qui surviennent sur la vie urbaine (DJEGUEMA, 2006,
p.8).

La commune de Cocody, à l’instar des autres communes abidjanaises, est victime de


ces problèmes. C’est une commune qui est restée jusqu’en 1980 le quartier résidentiel
réservé pour les classes aisées notamment les Européens, les cadres expatriés
africains et quelques privilégiés ivoiriens. La volonté de l’Etat de faire de cette
commune un quartier moderne huppé a connu du succès. Il l’a doté d’habitats
luxueux et d’équipements d’intérêt métropolitain et national. Cette urbanisation
planifiée a donné un paysage agréable et harmonieux à la commune. Mais cette belle
initiative a connu la crise économique des années 1980 et celle qu’a connu le pays
entre 2002 et 2011. A partir de 1980, en raison du désengagement progressif de l’Etat
et des bailleurs de fonds institutionnels, le gouvernement encourage le privé (société
civile immobilière) à investir dans le bâtiment. Cette volonté du gouvernement se

326
Revue Ivoirienne de Géographie des Savanes, Numéro 8 Juin 2020, ISSN 2521-2125

traduit par des exonérations faites aux promoteurs. Des sociétés immobilières se
créent et deviennent de plus en plus nombreuses. Une nouvelle dynamique
incontrôlée de l’urbanisation de Cocody prend le pas sur l’action planifiée. C’est
aujourd’hui la troisième commune la plus peuplée de la ville d’Abidjan. Principal
front d’urbanisation d’Abidjan, la population abidjanaise dans toute sa diversité y est
représentée. C’est une commune où vit une population nombreuse et cosmopolite où
se retrouvent toutes les couches sociales.
Qui sont aujourd’hui les habitants de Cocody et quelles activités mènent-ils ? La
présente contribution vise à approfondir les connaissances sur la dynamique
démographique et socio-spatiale d’une commune qualifiée de quartier de riches.
1-Méthode et outils
1.1-Présentation du cadre spatial d’étude
La commune de Cocody couvre une superficie de 8075 ha dont 90% de terre ferme et
10% de lagune. C’est la superficie communale la plus importante après celles de
Yopougon (15110 ha), Port-Bouët (12870 ha) et d’Abobo (10820 ha). Elle est limitée au
nord par la commune d’Abobo, au sud par la lagune Ebrié, à environ 3 kilomètres à
l’Est par la sous-préfecture de Bingerville et à l’ouest par les communes d’Adjamé et
du Plateau. Selon l’Institut National de la Statistique (INS), la commune de Cocody
est composée de quatorze (14) secteurs subdivisés en quarante-quatre (44) quartiers
qui comptent plus de 110 sous-quartiers (figure 1). La commune de Cocody fait
partie des quartiers ivoiriens réservés pour les aisés. Pourtant, 19% de la population
du quartier de riches d’Abidjan vit dans des quartiers précaires. C’est une commune
où vit une population nombreuse et cosmopolite où se retrouvent toutes les couches
sociales L’urbanisation galopante a fait de la commune de Cocody, une zone par
excellence de forte migration, un facteur qui a contribué à maintenir la croissance
démographique à un rythme accéléré.

327
Revue Ivoirienne de Géographie des Savanes, Numéro 8 Juin 2020, ISSN 2521-2125

Figure 1 : Présentation de la commune de Cocody

1.2-Méthode et collecte des données

Cette étude et ces résultats ont été établis sur la base de l’exploitation de source
documentaire, d’observations directes, d’interviews réalisées auprès de responsables
d’entités administratives et auprès des chefs de ménages cibles dans la commune de
Cocody. Les documents utilisés découlent de divers travaux et écrits portant sur la
dynamique démographique, ainsi que des rapports et annuaires statistiques tels que
les bases de données des recensements généraux de la population et de l’habitat.
L’enquête par questionnaire s’est faite durant le deuxième semestre de l’année 2017.
Le questionnaire a été adressé à un échantillon de 263 chefs de ménages représentant

328
Revue Ivoirienne de Géographie des Savanes, Numéro 8 Juin 2020, ISSN 2521-2125

0,5% du total des ménages de compte la commune. La technique d'échantillonnage


utilisée est la méthode stratifiée. La méthode de calcul utilisée pour la détermination
du nombre de chefs de ménages à interroger par quartier et par type d’habitat, est la
règle de trois. Dans chacun des quartiers étudiés, le questionnaire a été adressé aux
chefs de ménages selon la typologie de l’habitat autour des caractéristiques
démographiques, socioéconomiques et l’insertion urbaine. Pour mener notre
enquête, nous avons ventilé les ménages enquêtés dans toutes les strates de l’habitat
et nous avons subdivisé la commune en cinq grandes zones parmi lesquelles se
retrouvent les quarante-quatre quartiers et les quartiers précaires comme indiqué
dans le tableau 1 ci-dessous.
Exemple : à Zone Ouest où il y a 12195 ménages, la règle de trois nous donne :
52536 263
12195 X
Alors X = 263 * 12195/ 52536 = 61 ménages
- Habitat résidentiel ou individuel : 12095 * 12195 / 51407 * 0,5% = 14 ménages
- Habitat évolutif : 29983 * 12195 / 51407 * 0,5% = 36 ménages
- Habitat sur cour : 557 * 12195 / 51407 * 0,5% = 1 ménage
- Habitat précaire : 8772 * 12195 / 51407 * 0,5% = 10 ménages

Tableau 1: Répartition du nombre de chefs de ménages enquêtés selon le type d'habitat


par quartier à Cocody.
Total chefs Habitat
Habitat Habitat Habitat
Quartiers Secteurs de ménages sur
individuel collectif précaire
interrogés cour
ZONE NORD PLATEAU DOKUI 48 11 28 1 8
DEUX PLATEAU DJIBI
ZONE AGBAN GENDARMERIE 61 14 36 1 10
OUEST DEUX PLATEAUX

ZONE CHU 47 11 27 1 8
CENTRE RIVIERA ZONE 1

ZONE SUD AMBASSADES 51 12 30 1 8


VIEUX COCODY
RIVIERA 2
RIVIERA 4
ZONE EST BONOUMIN 56 13 33 1 9
PALMERAIE
RIVIERA 3
RIVIERA 5 ET 6
TOTAL 14 263 61 154 5 43

Source : Nos enquêtes, 2017

2- Résultats

2.1- Population en pleine croissance

Depuis plus d’une trentaine d’années, les résultats des différents recensements
opérés indiquent une croissance rapide de la population comme l’atteste la figure 2.

329
Revue Ivoirienne de Géographie des Savanes, Numéro 8 Juin 2020, ISSN 2521-2125

Figure 2 : Evolution de la population de Cocody de 1975 à 2014

Source : BNETD, INS et estimation pour l’année 2007

La population de la commune de Cocody a été multipliée par 11 en 30 ans. D’abord


en 13 ans (1975-1988), la population a triplé en passant de 38.424 habitants à 128.756
habitants. Cette accélération résulte de l’afflux de nouveaux arrivants et en grande
partie aux flux migratoires internes suscitées par l’essor immobilier de la commune.
Cette tendance se poursuit sur la période intercensitaire de 1988 à 1998 marquée par
le doublement de la population en 10 ans. Le taux d’accroissement annuel moyen
reste élevé malgré un fléchissement (3,8% entre 1998-2014 contre 6,9% entre 1988-
1998). En dépit de cette baisse, Cocody reste après la commune de Port-Bouët (4,5%),
la deuxième commune à fort taux de croissance démographique de la ville d’Abidjan.
Ce dynamisme démographique se caractérise essentiellement par une forte
propension à l’urbanisation marquée par la multiplicité d’opérations immobilières et
la floraison des quartiers précaires sur les espaces interstitiels. Du fait de son
immense qualité d’être un « faubourg » autonome cette commune connaît une forte
attraction démographique de la population des autres communes environnantes.
Cette dynamique démographique a été amorcée dans les années 1950 avec la création
des premières constructions sous l’impulsion de l’administration coloniale. Dans les
années 1960 jusqu’en 1982, l’idée de faire de Cocody un pôle urbain moderne
matérialisé par une urbanisation sélective a déterminé le type de population à
accueillir.

Mais la crise économique des années 1980 a entraîné le désengagement progressif de


l’Etat et des bailleurs de fonds institutionnels du processus de production de l’espace
urbain. On assiste dès lors à l’émergence de l’initiative privée dont l’activité est
orientée vers la production de logements économiques en accession directe à la

330
Revue Ivoirienne de Géographie des Savanes, Numéro 8 Juin 2020, ISSN 2521-2125

propriété. Une nouvelle dynamique de l’urbanisation de Cocody va se mettre en


place avec la naissance de plusieurs nouveaux quartiers d’habitats économiques
opérés par de nombreuses sociétés immobilières. Ainsi sont créés les quartiers
Aghien, Angré et Bonoumin dans les années 1980 et en 1989 la SICOGI1 entreprend
l’édification d’un ensemble de logements aussi économiques baptisés “les Jardins de
la Riviera’’. Toutes ces opérations ont déclenché une évolution rapide de son
périmètre urbain et de la population.

2.2- Une croissance source de consommation d’espace

Cocody fait face à une croissance rapide de son périmètre urbain. Son périmètre
urbain est devenu le plus important de l’agglomération abidjanaise. La figure 3 ci-
dessous montre les différentes étapes de l’évolution spatiale de Cocody.
Figure 3 : Dynamique de la trame urbaine de Cocody entre 1996 et 2015

Source : CCT, BNETD et INS Réalisation : Jean Paul Ebian

1 SICOGI : Société Ivoirienne de Construction et de Gestion Immobilière

331
Revue Ivoirienne de Géographie des Savanes, Numéro 8 Juin 2020, ISSN 2521-2125

Cocody connaît depuis 1965 une progression rapide. Entre 1965 et 1996, l’évolution
du périmètre urbain s’est opérée en grande partie dans l’ouest à Ancien Cocody
comme point de départ de l’urbanisation de la commune. Pendant cette période, on
constate la création de nouveaux espaces urbains sur toute l’étendue de la commune
avec une tendance prononcée dans le sud-ouest, puis dans le centre et dans le nord-
ouest. L’espace aggloméré a évolué de 615 ha à 5058 ha soit, une augmentation
globale de 4443 ha correspondant à une augmentation moyenne de 143,3 ha/an.
C’est la période des opérations des quartiers tels que Deux Plateaux au centre, la
Riviera II et la Riviera III, et Riviera Africaine plus à l’Est, ainsi que les quartiers
Ambassades et CHU. Dans la partie nord, il ya eu des opérations telle qu’Aghien et
Angré du côté du boulevard Latrille et comme exemple dans la partie centre, le
quartier Bonoumin du côté du Boulevard Mitterrand.

Entre 1996 et 2010, les extensions de l’espace aggloméré se sont effectuées en grande
partie dans l’est de la commune. L’espace aggloméré s’est accru de 5058 ha à 7200 ha
soit, une augmentation de 2142 ha correspondant à une augmentation moyenne de
153 ha/an. Cette période a vu naître les quartiers tels que Génie 2000, Akouedo-
Ancien Extension et Djorogobité 1. Entre 2010 et 2015, les extensions de l’espace
aggloméré se sont effectuées plus dans la partie est vers Bingerville et dans la partie
nord. L’espace aggloméré a augmenté de 7200 ha à 8064 ha soit, une augmentation
de 864 ha correspondant à une augmentation moyenne de 173 ha/an. Cette période a
vu naître les quartiers tels qu’Abatta, Béssicoa et Djorogobité 2.

2.3- Typologie de l’habitat : un paysage résidentiel contrasté

L’habitat de Cocody a beaucoup évolué depuis les années 1960. Il a subi de


profondes retouches. Avant l’indépendance, les premiers logements furent réalisés à
la Canebière par l’Etat colonial. Ce sont des habitats individuels de haut standing
pour les employés internationaux bâtis sur des lots d’une superficie d’au moins 1000
m² avec une forte emprise des voies de desserte inter-quartier. Cependant la
demande croissante de logements pour un grand nombre d’habitants due à la
croissance démographique de l’ordre de 10% l’an se posait. Ainsi, entre 1960 et 1980,
sous l’égide des pouvoirs publics, des sociétés immobilières publiques que sont la
SICOGI et la SOGEFIHA en gardant l’idée d’en faire un quartier moderne huppé, ont
produit des logements de haut et moyen standing avec un coefficient d’occupation
du lot fixé est à 40%. Et des équipements d’intérêt métropolitain furent réalisés.
En 1988, l’habitat représentait 15,7% de la superficie communale. 55% des surfaces de
l’habitat étaient occupées par des logements individuels, l’habitat collectif 35% tandis
que l’habitat sur cour et l’habitat précaire ne représentaient que 10%.

En 2018, en raison de l’augmentation de la taille des ménages et de la forte demande,


ces aménagements subissent des modifications pour obtenir plus de pièces ou soit

332
Revue Ivoirienne de Géographie des Savanes, Numéro 8 Juin 2020, ISSN 2521-2125

pour la création des activités informelles. Cette situation est l’une des grandes
difficultés que connaît la commune de Cocody surtout Ancien Cocody, quartier bâti
d’une architecture bien structurée par la SICOGI et la SOGEFIHA. Le quartier a
connu plusieurs types d’évolutions au plan démographique et spatial. Au plan
démographique, la population de l’espace de l’Ancien Cocody est passée de 1188
habitants en 1955 à 54 825 habitants en 1998. Au plan spatial, Ancien Cocody, montre
un dysfonctionnement dont la conséquence directe est l’état de dégradation des
logements et des équipements. L’on peut constater à Cocody Sicogi ou à la Riviera 2,
les immeubles vétustes; les habitats, les jardins et les carrefours dégradés ou
transformés en lieux de commerce et un développement fulgurant des quartiers
précaires tout comme Alamifa ex CHU bas-fond et Bangkok à la Riviera 2.

L’observation de la commune montre que l’habitat se développe également dans les


nouvelles extensions de la commune. Plus de 70% des espaces sont utilisés pour
l’habitat et réalisés par les promoteurs immobiliers privés. Les quartiers de la 8ème
Tranche, la Palmeraie et Abatta à la périphérie de la commune en sont des
illustrations. L’habitat individuel, de loin le plus important occupe les trois quarts
(73,4%) de la surface d’habitat de la commune, l’habitat collectif 12,3 %, l’habitat sur
cour 8,3% et 6% d’habitat précaire. On constate que 35 % de la population habitent
des logements individuels. C’est le taux le plus élevé après celui de la commune de
Plateau où 95% de la population vit dans l’habitat individuel. L’habitat individuel se
rencontre plus dans les quartiers Ambassades, la Canebière, ENA, Deux Plateaux
7èmeTranche, Résidence du Golf, M’pouto Extension Sol Béni, M’badon Extension
Beverly Hills, etc. Egalement, 35% de la population vit dans l'habitat collectif aussi
appelé habitat évolutif. Cocody se classe en deuxième position après la commune de
Yopougon qui enregistre la plus forte proportion de personnes résidentes dans
l’habitat collectif dans l’agglomération d’Abidjan avec 43% de sa population.
L’habitat de cour commune se rencontre principalement dans les 6 villages Ebrié
(Blockhaus, Cocody-village, Anono, M’Pouto, M’badon, Akouedo-village). Quant à
l’habitat précaire, malgré les opérations de déguerpissement et de démolition
entrepris par les pouvoirs publics, ils en restent encore 11 gros quartiers. L’habitat
spontané était principalement occupé par des ressortissants étrangers de la sous-
région ouest africaine. Cependant depuis les différentes crises, de nombreux
Ivoiriens résident dans les quartiers précaires. A Cocody, environ 19% de la
population, soit environ un habitant sur cinq vit dans un quartier précaire.

2.4- Une population inégalement répartie

Cocody a des densités de population relativement faibles par rapport à la moyenne


d’Abidjan (128 hbts/ha) en raison de son caractère résidentiel aisé. La densité de
population au niveau communal a connu une progression depuis 1975. Elle est

333
Revue Ivoirienne de Géographie des Savanes, Numéro 8 Juin 2020, ISSN 2521-2125

passée de 9 habitants à l’hectare en 1975 à 19 hbts/ha en 1988 puis à 35 hbts/ha en


1998 et à 62 hbts/ha en 2014. Cependant, cette évolution a été inégale selon les
quartiers (figures 4, 5 et 6). Le secteur de Palmeraie qui occupe 41% de la superficie
de la commune n’accueille que 3% de la population totale. Au contraire, le secteur de
la Riviera 2, moins vaste (3%) concentre 6% de cette population et enregistre de ce
fait la plus forte densité à l’échelle communale (223 hbts/ha), soit presque le double
de la moyenne de la capitale abidjanaise. Cela s’explique par une forte migration due
au développement rapide de l’habitat collectif, à la présence du village d’Anono et à
la création du quartier précaire Bangkok dans ce secteur. Ainsi, les densités de
population varient de 22 hbts/ha dans le secteur de Riviera 4 (M’Pouto) à 223
hbts/ha dans la zone de Riviera Golf 2. La quasi-totalité des autres secteurs se sont
aussi densifiés rapidement au cours de cette période à l’exemple de Palmeraie et
Deux Plateaux Djibi qui sont passés respectivement de 5 hbts/ha et 8 hbts/ha en
1988 à 90 hbts/ha et 128 hbts/ha en 1998. Cette densification rapide est la
conséquence du boom immobilier dans ces zones qui étaient restées jusqu’en 1988
presque inhabitées. Aussi, l’inégale répartition de la population sur le territoire
communal s’est aggravée suite à la crise sociopolitique de 2002 à 2011, qui a
amplifiée la forte migration vers la ville d’Abidjan et occasionné l’expansion des
quartiers précaires.
Figure 4 : Répartition du volume et de la densité Figure 5 : Répartition du volume et de la densité
de la population en 1988 de la population en 1998

Source : INS, RGPH 1988 et 1998 Réalisation : Jean Paul Enoh Ebian

On constate une forte concentration de la population dans les villages Ebrié, dans les
quartiers pauvres sous équipés et surtout dans les quartiers précaires où les densités
avoisinent les 100 habitants à l’hectare (Colombie). La population est relativement

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Revue Ivoirienne de Géographie des Savanes, Numéro 8 Juin 2020, ISSN 2521-2125

concentrée dans les zones mixtes d’habitats collectifs (Sogefiha), les quartiers
d’habitats économiques (Angré, Riviera Sogefiha) et les quartiers riches d’habitats
individuels (Ambassades, 7ème Tranche) avec une tendance plus accentuée dans les
quartiers d’extension récente (Angré Château, Béssicoa, Riviera M’badon, Abatta).
Outre ces disparités, la population de Cocody présente de grands déséquilibres dans
sa structure.

2.5- Structure par sexe et par âge : déséquilibre numérique entre les sexes

La population de la Côte d'Ivoire est composée de 52% d’hommes et 48% de femmes,


soit un rapport de masculinité de 107 hommes pour 100 femmes. Par contre, Abidjan
se féminise au fil des ans. Le rapport de masculinité qui était de 106 en 1988, est
passé à 102 en 1998 pour fléchir à 98 en 2014. Le trait marquant de Cocody dans la
ville d’Abidjan, est qu’il y a toujours plus de femmes que d’hommes. Le rapport de
masculinité de la population de Cocody est passé de 98 en 1988 à 92 en 1998 et à 86
en 2014 (RGPH2 88, 98 et 2014). On note également une nette différence entre les
Ivoiriens et les non-Ivoiriens. Le rapport de masculinité des nationaux est passé de 83
hommes pour 100 femmes en 1998 à 81 hommes pour 100 femmes en 2014. Celui des
étrangers est passé de 118 hommes pour 100 femmes en 1998 à 111 hommes pour 100
femmes en 2014. Finalement le déséquilibre numérique entre les sexes au détriment
des hommes dans la population de Cocody provient de la migration interne. Chez les
nationaux la raison la plus marquante de la féminisation de la population pourrait
être le fait de la forte représentation du sexe féminin de 10 à 25 ans, correspondant à
l’accueil dans les familles ivoiriennes de nombreuses aides domestiques que sont les
servantes venues souvent de la famille, du village d’origine ou d’ailleurs. En 2010, la
commune de Cocody abritait à elle seule près de 47,6% des personnels domestiques
féminins d’Abidjan. Malgré cette forte présence de jeunes filles, la population de
Cocody est entrée dans un processus de vieillissement démographique.

2..6- Une population vieillissante

Le poids démographique des moins de 15 ans a chuté de 57% en 1988 à 30% en 1998,
puis à 28% en 2014 soit une baisse de 29 points au cours des trois périodes
intercensitaires. Quant à la population adulte, elle a augmenté de 26 points passant
de 42% en 1988 pour se stabiliser à 68% entre 1998 et 2014 tandis que la proportion de
personnes âgées de 65 ans et plus a augmenté de 3 points passant de 1% en 1988 à 2%
en 1998 puis à 4% en 2014. Par conséquent, la proportion de moins de 35 ans a
sensiblement baissé passant de 84,5% en 1988 à 79,1% en 1998 et à 73,5% en 2014.
Ainsi, la population de Cocody même si elle reste jeune, est entrain de vieillir.

2
RGPH : Recensement Général de la Population et de l’Habitat

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Revue Ivoirienne de Géographie des Savanes, Numéro 8 Juin 2020, ISSN 2521-2125

Cependant, l’observation de l’allure de la pyramide des âges de 2014 avec une


proportion des moins de cinq ans montre un regain de natalité, pouvant entraîner un
rajeunissement de la population.

2..6.1- Pyramide des âges de la population de Cocody en 1998 et 2014

Le creux à la base de la pyramide a pour facteur explicatif la déclinaison de la


fécondité. L’indice synthétique de fécondité (ISF) a baissé de 3 en 1998 à 1,8 enfants
par femme en 2005 et 2006. Les arguments sont que la scolarisation et le taux
d’urbanisation continuent de croître. Ces deux facteurs entraînent des changements
dans la fécondité. L’ISF dans ces zones urbaines tourne autour de 2 enfants par
femme, résultat d’une faible demande d’enfants. Cette transition de la fécondité
traduit nettement le vieillissement de la population de Cocody. Au regard de
l’évolution démographique du pays, cette tendance baissière de la fécondité devrait
se maintenir.
Figure 6 : Pyramide des âges Figure 7 : Pyramide des âges
de la population en 1998 de la population en 2014

Source : RGPH 1998 et 2014

Mais fait paradoxal, les données du RGPH 2014 montre une pyramide des âges avec
une proportion importante des moins de cinq ans, signe d’une reprise récente de la
fécondité. Les migrations de populations féminines plus jeunes (personnes déplacées
internes) avec leurs familles pourraient expliquer aussi en partie cette réalité.
Le flanc concave traduit une mortalité élevée aux âges jeunes, mais la réalité est que
beaucoup de citadins retournent dans leur village d’origine une fois à la retraite. Au
plan socioculturel, la population est assez composite.

2.7- Population cosmopolite à forte composante d’étrangers

La population de Cocody était composée de 69,8% d’Ivoiriens et de 30,2%


d’étrangers en 1998. Aujourd’hui cette population compte 78,8% d’Ivoiriens et 21,2%
d’étrangers. Dans le sous-groupe de nationalité ivoirienne, on dénombre 45%

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Revue Ivoirienne de Géographie des Savanes, Numéro 8 Juin 2020, ISSN 2521-2125

d’hommes et 55% de femmes contre 53% d’hommes et 47% de femmes chez les
étrangers. D'une manière générale, la population de nationalité ivoirienne compte
plus d’une soixantaine d’ethnies réparties en cinq grands groupes ethnoculturels
(Akan, Krou, Mandé du Nord, Mandé du Sud et Voltaïque ou Gur). Le poids
démographique des Akan, les plus nombreux a baissé de 8,1 points passant de 55,6%
en 1998 à 47,5% en 2014. La majorité des étrangers est originaire des pays de la
Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), en
particulier les pays frontaliers de la Côte d'Ivoire. Ces pays fournissent à eux seuls
près de 81,5% des étrangers en 1998 et 92,2% en 2014. Les plus nombreux viennent
du Burkina Faso (50,2% en 1998 et 56,7% en 2014). Cette forte proportion de
Burkinabé peut se justifier par la forte demande de personnel connexe d’appui dans
la commune. Les ressortissants de la CEDEAO sont aussi fortement présents dans les
secteurs d’activités informelles. Ils exercent beaucoup de petites activités telles que :
la jardinerie, le gardiennage, ainsi que leurs femmes dans les petits commerces de
rue sur les voies et artères de la commune. C’est aussi une population à faible
revenu. Ils sont les principaux habitants des quartiers dits précaires. En dépit de son
importance, le stock de la population étrangère est en baisse (30,18% en 1998 contre
21,1% d’étrangers en 2014). Ce taux de population étrangère est inférieur à la
moyenne de la ville d’Abidjan qui est composée de 22,6% d’étrangers. C’est la
conséquence de l’urbanisation qui devient de plus en plus sélective avec la
destruction de nombreuses poches d’habitat précaire et la pénurie de logements
sociaux à Cocody.

2..8- Niveau d’instruction de la population

En 1998, 20,8% de la population n’avait jamais fréquenté un établissement scolaire,


20,9% avait le niveau primaire, 26,8% le niveau secondaire et 20,2% le niveau
supérieur. En revanche, le RGPH 2014 indique que 18,7% de la population n’a jamais
fréquenté l’école, 22,8% a le niveau primaire, 24,1% le niveau secondaire et 25,3% le
niveau supérieur. La proportion de la population ayant le niveau secondaire
technique est relativement faible avec 2,1%. Ainsi la population instruit e a progressé
de 4,3 points (67,9% de la population en 1998 et 72,2% en 2014). Ce taux est largement
supérieur à la ville d’Abidjan où seulement 40% de la population a fréquenté l’école.
Quoiqu’en baisse, la proportion d’analphabètes demeure encore remarquable en
raison de la présence de classes ouvrières pauvres dans la commune. Comme c’est le
cas à Abidjan, les femmes de Cocody sont moins instruites que les hommes. Les
disparités commencent aussi au cycle primaire où le taux de scolarisation (81,8%) des
garçons est supérieur par rapport aux filles (74,3%). Dans le secondaire, le taux de
scolarisation des jeunes hommes passe à 77,3% contre 46,4% pour les jeunes filles. Ce
creusement d’écart au profit des hommes dans le secondaire peut être perçu comme
la marque de l’échec ou de l’abandon scolaire précoce de la jeune fille par rapport au

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Revue Ivoirienne de Géographie des Savanes, Numéro 8 Juin 2020, ISSN 2521-2125

jeune homme. C’est ce qui justifie la forte prédominance masculine au niveau


supérieur et rend les hommes plus actifs au plan socioprofessionnel.

2..9- Une population en âge de travailler en pleine croissance

La population âgée de 15–65 ans ou en âge de travailler qui représentait 57,9% de la


population totale en 1988, est passée à 70,2% en 1998 et à 72% en 2014, soit une
majoration de 14,1points en 26 ans. Cette population d’âge actif étant dominée par
51,4% d’hommes contre 48,6% de femmes en 1988, se féminise davantage au fil des
années. En 1998, elle comptait déjà 52,5% de femmes contre 47,5% d’hommes, en
2014, cette population compte 54% de femmes contre 46% d’hommes. Ce changement
est lié à la féminisation grandissante de la population. Dans la population en âge de
travailler, la proportion des actifs a augmenté de 47,9% en 1998 à 62% en 2014. La
proportion des actifs est plus élevée chez les hommes que chez les femmes (51,2%
d’hommes contre 48,8% de femmes). Quant à la proportion d’inactifs dans la
population en âge de travailler, elle compte 36% d’hommes contre 64% de femmes.
Les inactifs sont composés de 49,8% d’élèves ou étudiants, 31,3% de ménagères et
10,8% de retraités. Les autres inactifs (ceux qui présentent toute autre forme
d’inactivité ou d’invalidité) et les personnes ‘‘hors activité’’ ne constituent que 8,2%
des inactifs. La proportion d’inactifs dans la population en âge de travailler a baissé
de 52,1% en 1998 à 38% en 2014. Malgré cette baisse, la proportion d’inactifs reste
élevée du fait de la forte proportion d’étudiants et élèves au sein de la population. La
population sans travail représente 9,5% de la population d’âge actif. La proportion de
la population sans travail est très élevée comparée à la moyenne nationale de 2,8%.
L’effectif de la population sans travail a augmenté de 6,1 points entre 1998 et 2014
suite à l’effet de l’instabilité politique et économique de la crise post-électorale et
même avant, la crise de 2002 avec son lot de migrations internes qui s’est répercutée
sur les ménages.

2..10- Taille et caractéristiques des ménages

Le nombre de ménages ordinaires est passé de 52642 en 1998 à 105180 en 2014, soit
un taux d’accroissement annuel moyen de 4.4%. Dans la même période, la taille
moyenne des ménages a légèrement diminué de 4,8 personnes à 4,3 personnes. Le
tableau 2 récapitule la taille des ménages.

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Revue Ivoirienne de Géographie des Savanes, Numéro 8 Juin 2020, ISSN 2521-2125

Tableau 2 : taille des ménages

Nombre de personnes Effectif des ménages Pourcentage (%)

[1 ; 5[ 109 41,44
[5 ; 10[ 115 43,73
[10 ; 15[ 23 8,74
[15 ; 20[ 11 4,18
[20 et + [ 5 1,90
TOTAL 263 100%
Source Nos enquêtes 2017
Les ménages de taille moyenne (5 à 9 personnes) sont les plus nombreux et
représentent 43,7% des ménages enquêtés. Les ménages de petite taille comprenant
moins de cinq personnes, représentent 41,4% et ceux de grande taille (au moins 10
personnes) représentent 14,8%. Chez les femmes chefs de ménage, la taille moyenne
du ménage est comprise entre cinq et sept personnes, alors que chez les hommes, elle
oscille entre huit et dix personnes. La taille du ménage évolue généralement en
fonction de la présence de collatéraux. En 1998, les ménages étaient plus localisés
dans l’habitat collectif 58,3% et dans l’habitat individuel 23,5%. Les ménages localisés
dans la baraque représentaient 17,1% et les ménages dans l’habitat sur cour, ne
représentaient que 1,1% des ménages. En 2014, l’habitat collectif abrite 69,1% des
ménages, l’habitat individuel 20,7%, tandis que la baraque n’abrite que 9,7% et
l’habitat sur cour moins de 1%. On observe donc que la taille des ménages est
respectivement plus élevée dans l’habitat précaire que dans l’habitat individuel et
dans l’habitat collectif. La taille des ménages est plus élevée dans les zones Ouest,
Nord, Est et Centre qui regroupent les quartiers tels que Deux plateaux 1-AE, Angré,
Riviera-Golf 1 et SOGEFIHA. En plus des filles de ménage, les ménages plus aisées
reçoivent et hébergent de nombreux collatéraux de la famille élargie, venus de
l’intérieur pour fuir la guerre ou soit pour poursuivre les études ou tout simple pour
‘‘se chercher3’’comme on le dit communément. Mais, cet accueil est loin d’être toujours
volontaire, car c’est souvent le village qui cherche à faire prendre en charge des
jeunes par un membre plus aisé de la famille et c’est ce que nous a laissé entendre cet
homme qui déclare : « la crise est une réalité et le village a eu son prétexte pour nous
envoyer tous les jeunes et nous n’avons pas d’autre choix que d’accepter cette situation.
Surtout chez nous, la solidarité familiale est très importante… moi comme ça, j’ai grandi au
village avant de venir réussir et habiter ici à Cocody, alors quand j’y pense je me sens obligé
de le faire». C’est autour de ces chefs de ménages, citadins installés que se
reconstituent les modèles de famille élargie. Ce fait est pertinent dans bon nombre

7‘’
Se chercher’’: langage familier de Côte d’Ivoire pour exprimer la quête de l’emploi, du pain quotidien ou du bien être en
général.

339
Revue Ivoirienne de Géographie des Savanes, Numéro 8 Juin 2020, ISSN 2521-2125

des ménages comme à l’exemple de Cocody- Centre précisément au quartier Cocody


SICOGI-Château d’eau. Dans les quartiers précaires, les maisons sont à majorité
composées de deux à trois pièces et abritent en moyenne sept à dix personnes. On
note une prédominance des cours communes où vivent plusieurs ménages. L’habitat
sur cour se rencontre principalement dans les noyaux villageois intra communaux.
En général les chefs de ménages hommes comme femmes propriétaires sont les
personnes plus âgées voire du troisième âge. Il y a également une surreprésentation
féminine dans les ménages. Dans les six villages Ebrié visités (Blockhaus, Cocody-
village, Anono, M’Pouto, M’badon, Akouedo-village), il y a aussi une forte présence
de ménages locataires.
Les ménages dirigés par les hommes (75,4%) sont plus nombreux que les ménages
dirigés par les femmes (24,6%).Mais la proportion des ménages dirigés par les
femmes a augmenté de 19,4% en 1998 à 24,6% en 2014. Les femmes chefs de ménage
se localisent le plus dans l’habitat individuel et l’habitat collectif. Elles sont veuves ou
célibataires. Une autre partie de femmes localisées surtout dans les appartements
d’immeuble est constituée principalement de jeunes femmes célibataires. Aussi, la
proportion des locataires a augmenté de 52.5% en 1998 à 64,4% en 2014. Tandis que
celle des propriétaires a baissé de 31,6% à 26,7% au cours de la même période. Toute
cette population mène diverses activités à différents niveaux.

2..1.1- Secteur tertiaire au cœur des activités exercées

Les activités économiques dans la commune de Cocody sont dominées par les
activités tertiaires, principalement les services publics ou privés et le commerce qui
de 82% en 1996 occupent aujourd’hui 80% des chefs de ménage. L’industrie n’a
presque jamais existé à Cocody sauf l’unité industrielle pharmaceutique CIPHARM.
Aussi, on note une baisse (10,5% en 1996 à 8%) de chefs de ménage travaillant dans
des entreprises industrielles. Le secteur primaire aussi a quasi disparu au fil des ans
au profit de l’urbanisation. De 3% des chefs de ménages en 1996, on a moins de 1%
aujourd’hui. Quelques horticulteurs et de rares cultures maraîchères sont encore
visibles soit en bordure de lagune (le long du boulevard de France face à l’université
FHB ou côté Golf Hotel) ou sur certains versants ou fonds de vallées et aux alentours
de certains quartiers précaires. Le pouvoir d’achat de la population détermine ses
conditions de vie. Il ressort de notre enquête qu'à Cocody, la plus forte proportion
des actifs du secteur tertiaire sont des fonctionnaires de l’Etat ou du privé (soit 39,2%
des chefs de ménage) et les commerçants (24,7%). Mais l’activité informelle est en
plein essor partout dans les quartiers de la commune. Par exemple, Cocody Centre
est devenu une zone de forte concentration de services, de commerces et de petites
activités artisanales et commerciales précaires. Car c’est la zone de transit la plus
importante de la population de Cocody vers les autres communes d’Abidjan.
Autrement dit, c’est l’une des conséquences de l’augmentation de la population

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Revue Ivoirienne de Géographie des Savanes, Numéro 8 Juin 2020, ISSN 2521-2125

locale et la nécessité de diversifier dans tous les ménages des sources de revenus
durement touchées par la crise.

2..1.2- Revenus élevés mais disparates

On estime que 96% des chefs de ménage ont en général une activité principale
servant de source de revenu. Le tableau 3 suivant donne la répartition des chefs de
ménages selon le revenu.
Tableau 3: Répartition des chefs de ménages selon le revenu

Revenu des chefs de ménage en [Link] Nombre de chefs de ménage Pourcentages (%)
[– 50 000[ 19 7,22%
[50 000 – 150 000[ 34 12,93%
[150 000 – 500 000[ 91 34,60%
[500 000 et + [ 119 45,25%
Ensemble 263 100%
Source : Nos enquêtes 2017

Notre enquête fut réalisée en 2017 et l’ENV, en 2015. Malgré l’inflation, nous ne
pensons pas que l’écart soit trop grand. Le revenu mensuel des chefs de ménage
demeure en majorité élevé. En effet, 45,2% des chefs de ménage ont un revenu
mensuel supérieur ou égal à 500.000 Francs CFA (soit supérieur ou égal à 6.000.000
de francs CFA/an). Ce sont le plus souvent des hauts fonctionnaires et cadres
supérieurs de l'administration publique ou privée, des grands transporteurs et
propriétaires de grands magasins. Les chefs de ménage dont le revenu mensuel est
compris entre 150.000 et 500.000 Francs CFA (soit entre 1.800.000 francs CFA/an et
6.000.000 de francs CFA/an) représentent 34,6%. Ce sont des agents administratifs,
des employés d'industries, de sociétés, etc. Par contre, 20,1% des chefs de ménage ont
un revenu mensuel inférieur à 150.000 francs CFA (soit inférieur à 1.800.000 francs
CFA/an). Ce sont des classes ouvrières, soit des petits commerçants informels,
transporteurs que l’on rencontre en majorité dans les quartiers précaires. Entre-temps
les revenus des personnes des classes moyennes à Abidjan sont passés de 1.600.000
francs CFA/an/tête en 2008 à 1.650.000 francs CFA/an/tête en 2015. La dépense
moyenne annuelle par tête dans la ville a également augmenté entre 2008 et 2015 de
561.575 francs CFA/an/tête à 583.245 francs CFA/an/tête. Selon notre enquête, le
revenu moyen mensuel de Cocody est estimé à 535.361 francs CFA. Par contre, le
salaire moyen mensuel d’Abidjan est estimé à 99.171 francs CFA. En comparaison
relative à ces indicateurs, on peut donc dire que le revenu de la population de
Cocody même s’il demeure élevé, est disparate en raison de l’importance des classes
ouvrières à revenu faible. L’on constate que seulement 38% des ménages de la
commune disposent d’équipements électroménagers de base (la radio, la télévision,

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Revue Ivoirienne de Géographie des Savanes, Numéro 8 Juin 2020, ISSN 2521-2125

le téléphone et le réfrigérateur) et 14% ne disposent d’aucun équipement. Ainsi, pour


faire face aux contraintes de la hausse du coût de la vie, bon nombre des ménages
durement touchés par la crise pratiquent l’économie informelle. Dans la ville
d’Abidjan, le secteur informel fournit 74,5% des emplois. Dans la commune de
Cocody, l’on observe l’intensification de cette forme d’activité qui colonise la rue et
les espaces publics ou vacants. L’activité informelle a pris de l’ampleur à telle
enseigne que les rues, les trottoirs, les bordures de route, les espaces publics, les
ronds-points et même les feux tricolores au carrefour des axes routiers (carrefour de
la vie, carrefour de la Riviera 3, etc.) servent maintenant de lieu de travail de jour
comme de nuit. Le développement rapide du secteur informel à Cocody devient
l'une des réponses au problème de pénurie d'emploi moderne. Cette forme
d’appauvrissement grandissante dans la commune a sans doute une incidence sur la
prolifération des quartiers précaires et des quartiers lotis sous-équipés dont les
habitants s’insèrent difficilement dans le tissu urbain.

2.1.3- Conditions d’insertion urbaine difficiles des couches les plus défavorisées
Dans la quasi-totalité des quartiers de Cocody, il existe des poches d’habitats
spontanés (Alamifa, Moscou 2, Bangkok, etc.), construits sur des sites présentant
souvent des risques. Diverses actions de déguerpissement de certains quartiers
précaires furent menées. Mais il est de plus en plus fréquent maintenant de constater
une mitoyenneté entre habitat résidentiel ou collectif et poche d’habitat précaire
comme l’indique la photo 1.
Photo 1 : Etat de la cohabitation de l’habitat spontané avec l’habitat collectif et résidentiel
à la 7ème Tranche

Source : Cliché EBIAN J. Paul Enoh 2018

Avec la pauvreté de plus en plus présente et l'insuffisance de logements sociaux, la


question du logement est largement résolue par les plus défavorisés eux-mêmes, à
travers l'auto-construction. En effet, ce phénomène est occasionné par l’existence du

342
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grand nombre de lots non bâtis squattés par les déguerpis des anciens quartiers
précaires qui y trouvent refuge. Les occupants des habitats précaires sont
généralement des populations des classes ouvrières démunies. Environ 60,5% des
chefs de ménage des quartiers précaires ont un revenu inférieur à 100.000 francs
CFA. Ils mènent en général des "petits" métiers informels de survie, où toutes les
catégories d'âges sont souvent impliquées. Ainsi, nous assistons à une dégradation
progressive des conditions de vie et à un élargissement des groupes défavorisés. Ils
vivent dans des conditions très difficiles et ne peuvent pas se doter d’un habitat de
qualité avec toutes les commodités leur permettant de mener une vie décente.
Finalement, les couches les plus défavorisées se sentent frustrées et marginalisées,
insatisfaites des actions de la mairie, des autorités et des pouvoirs publics.

3- Discussion

La présente réflexion a permis de montrer que le dynamisme démographique de


Cocody demeure caractérisé par une croissance rapide avec une population qui a
triplé en 26 ans. La croissance est soutenue par une forte propension à l’urbanisation.
Cette urbanisation est marquée par le foisonnement des opérations immobilières et
une floraison des quartiers précaires sur les espaces interstitiels. Cette urbanisation
rapide s’accompagne également d’un double courant migratoire venu de l’intérieur
du pays et des autres communes d’Abidjan d’une part et de la sous-région ouest
africaine d’autre part. Aujourd’hui, après Port-Bouët, la commune de Cocody est le
principal front d’urbanisation de la capitale abidjanaise et la deuxième commune qui
connaît le plus fort taux de croissance démographique. L’habitat subit de profondes
retouches en raison de l’augmentation de la taille des ménages et de la forte
demande pour obtenir plus de pièces ou soit pour la création des activités
informelles. La taille des ménages est plus élevée dans l’habitat précaire que dans
l’habitat individuel et dans l’habitat collectif. La population est très hétérogène à
forte composante d’étrangers et inégalement répartie. Elle a toujours été à
prédominance féminine à cause en grande partie de la présence massive des filles de
ménage. C’est aussi une population vieillissante mais, on observe une reprise récente
de la fécondité. Même si le revenu de la population demeure élevé, il est disparate du
fait de l’importance des classes ouvrières pauvres dans la commune. Cocody n’est
plus un quartier résidentiel huppé réservé à la classe sociale aisée. Il n’est plus rare
de constater partout dans les quartiers de la commune, l’existence d’activités
informelles et la mitoyenneté entre habitat résidentiel ou collectif et poches d’habitat
spontané. Amplifié par la crise, ce phénomène de juxtaposition met en évidence le
niveau de paupérisation grandissant d’une frange de la population, notamment les
plus défavorisés qui vivent dans des conditions difficiles. Peut-on ainsi dire que
Cocody est en cours de prolétarisation ? Contrairement à la gentrification de certains
quartiers populaires pauvres ailleurs dans le monde surtout en occident ? En d’autres

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termes, la commune de Cocody est-elle déjà sur le chemin du déclin comme à Cass
Corridor à Detroit aux USA ou à Belsunce et Noailles à Marseille en France ? En
l’espace de 20 ans, Marseille a perdu 200.000 habitants et plus de 50.000 emplois
(PACAUD, 2016 p.1). Un autre exemple donné est celui de Trenchtown, un des
premiers quartiers huppés de Kingston en Jamaïque. A l’origine quartier résidentiel
huppé, Trenchtown a été construit dans les années 1930 et abritait les expatriés, les
professeurs et les fonctionnaires de l’administration coloniale. Mais le paysage du
quartier sera bouleversé par la paupérisation générale qui se produit dans la capitale
à partir des années 1960, par la diminution des budgets de l’Etat, le vieillissement
rapide des bâtiments, la paupérisation des habitants et par l’explosion
démographique (CELIMENE et CRUSE, 2012 p. 54 ; 55). Par contre, plusieurs autres
quartiers populaires pauvres en Europe ou ailleurs dans le monde ont été gentrifiés.
C’est le cas de Marais au centre de Paris, quartier populaire et insalubre depuis les
années 1800 qui est redevenu attractif pour les classes sociales les plus aisées depuis
les années 1980 grâce à une politique de rénovation urbaine. Le même phénomène de
gentrification a eu lieu dans le quartier du Sablon à Bruxelles en Belgique où il a
produit un néologisme local, la « sablonisation ». De même, le quartier Barnsbury au
nord-ouest de Londres, près d’Islington en Grande-Bretagne est un quartier gentrifié
(CUSIN, 2008 p. 172). Le quartier Prenzlauer Berg à Berlin en Allemagne et le
quartier Greenpoint, à Brooklyn, New York aux USA pour ne citer que ceux-là. Ainsi,
tant d’exemples montrent que la situation menaçante de Cocody peut être prévenue
dans la gestion de la commune et de ses habitants.

Conclusion

La croissance démographique rapide et la pauvreté grandissante conduisent à des


difficultés d’accès au logement qui tendent à modifier considérablement la structure
urbaine. Ces difficultés majeures minent considérablement la commune de Cocody.
Surtout l’urbanisation des extensions sont en inadéquation avec l’image que l’on veut
préserver de la commune. Autrement dit, Il y a un non suivi important des schémas
d’urbanisme qui, selon les politiques d’urbanisation n’offrent pas plus aux
populations économiquement faibles ou pauvres. Ainsi, en plus des espaces non
aedificandi, les couches les plus défavorisées se réfugient de plus en plus sur les lots
non bâtis dans les quartiers résidentiels et envahissent la rue pour mener leurs
activités économiques. Dans ces circonstances, une politique sérieuse d’habitat social
accessible aux plus pauvres éviterait ces situations. Aussi, les pouvoirs publics
devraient mettre en place une politique de rénovation urbaine surtout des quartiers
du centre-ville de Cocody les plus touchés par la précarité. En un mot, il
appartiendra aux autorités compétentes d’approfondir les actions et de les rendre
applicables à la faveur de la reconstruction post-crise. Car il est claire, il est plus que
nécessaire que Cocody reçoive un coup de main gentrifieur pour conserver sa
renommée de faubourg autonome et de quartier « chic » d’Abidjan.

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