VMH KH Ex E
VMH KH Ex E
ADMINISTRATION DE LA REVUE
Direction
Secrétariat de rédaction
Comité scientifique
2
EDITORIAL
Secrétariat de rédaction
KOUASSI Konan
COMITE DE LECTURE
3
Sommaire
Emondage et extinction des épineux dans les zones de culture : le cas des 7
peuplements naturels à Faidherbia albida et Balanites eagyptiaca dans les villages
du sud-est du bassin versant de Mayo Sorawel (Nord-Cameroun)
Formes d’usages des termitières épigées par les populations locales dans le Bénin
méridional (Sud de la dépression de la Lama)
ALASSANE Abdourazakou
193
Rites traditionnels chez les Moba et leurs impacts sur la végétation à l’ouest de la
région des savanes au Nord-Togo
5
ELEAZARUS Atsé Laudose Miguel 309
Atouts et contraintes du site de la ville d’Adzopé au sud-est de la Côte d’Ivoire
6
Revue Ivoirienne de Géographie des Savanes, Numéro 8 Juin 2020, ISSN 2521-2125
Résumé
Abidjan, la capitale économique de la Côte d'Ivoire, à l’instar des villes africaines est
confrontée à la gestion de sa population en pleine expansion conduisant à des
structures urbaines complexes. Située au nord-est de la ville d’Abidjan, la commune
de Cocody a connu un développement rapide depuis les années 1970. La volonté de
l’Etat de Côte d’Ivoire de faire de cette commune un quartier moderne, huppé a
connu du succès. Cocody est resté jusqu’en 1980 le quartier résidentiel réservé aux
classes aisées. Mais suite aux différentes crises économiques qui se sont succédées
depuis les années 1980, Cocody est aujourd’hui un quartier cosmopolite au plan
démographique et qui se paupérise de plus en plus. Cette contribution, basée sur une
recherche documentaire et une enquête de terrain auprès des populations se propose
d’identifier la dynamique démographique et la recomposition socio-spatiale dans
une commune qualifiée de quartier de riches. Les résultats de cette étude montrent
que l’évolution, la répartition spatiale et la composition de la population, ainsi que
les activités économiques qu’elle exerce et les conditions d’insertion urbaine sont des
facteurs qui déterminent la dynamique démographique et la recomposition socio-
spatiale à Cocody.
Mots clés : Cocody, dynamique démographique, recomposition socio-spatiale,
espace urbain, urbanisation
Abstract
Abidjan, the economic capital of Côte d'Ivoire, like African cities, is faced with the
management of its rapidly growing population leading to complex urban structures.
Located in the northeast of the city of Abidjan, the commune of Cocody has
experienced rapid development since the 1970s. The desire of the State of Côte
d'Ivoire to make this commune a modern, upscale district has known success.
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Cocody remained until 1980 the residential area reserved for the wealthy classes. But
following the various economic crises which have followed one another since the
1980s, Cocody is today a cosmopolitan district on a demographic level and which is
increasingly impoverished. This contribution, based on documentary research and a
field survey of the populations, aims to identify demographic dynamics and socio-
spatial recomposition in a municipality classified as a neighborhood for the wealthy.
The results of this study show that the evolution, spatial distribution and
composition of the population, as well as the economic activities it carries out and the
conditions of urban integration are factors that determine demographic dynamics
and socio-economic recomposition. space at Cocody.
Key words : Cocody, demographic dynamics, socio-spatial recomposition, urban
space, urbanization
Introduction
Abidjan est la vitrine de la Côte d’Ivoire. C’est également la principale ville et le
centre de l’urbanisation rapide que connaît le pays depuis son indépendance. Le fait
majeur est donc la croissance monstrueuse d’Abidjan de l’ordre de 11 à 10 % au cours
des décennies 1960-1980 ; ce qui fait que la ville double sa population tous les six ans,
rythme qu’elle soutient sans faiblir depuis la Seconde Guerre mondiale et qui
bouscule sans cesse les prévisions, toujours trop basses. C’est t chaque année 120 000
à 130 000 nouveaux habitants qu’il faut nourrir, soigner, éduquer, faire travailler, etc.
(COTTEN et MARGUERAT, 1977, p.354 ; 380). Cette croissance bien que moins
rapide depuis la crise économique des années 1980 (4 à 5%), continue d’ajouter
chaque année entre 100 000 et 150 000 nouveaux citadins à la population de la ville.
La croissance démographique rapide, la pauvreté issue des crises, la naissance et la
densification des quartiers posent d’énormes difficultés de développement urbain.
Ces crises générées par des facteurs internes et externes seront à la base des
modifications importantes qui surviennent sur la vie urbaine (DJEGUEMA, 2006,
p.8).
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traduit par des exonérations faites aux promoteurs. Des sociétés immobilières se
créent et deviennent de plus en plus nombreuses. Une nouvelle dynamique
incontrôlée de l’urbanisation de Cocody prend le pas sur l’action planifiée. C’est
aujourd’hui la troisième commune la plus peuplée de la ville d’Abidjan. Principal
front d’urbanisation d’Abidjan, la population abidjanaise dans toute sa diversité y est
représentée. C’est une commune où vit une population nombreuse et cosmopolite où
se retrouvent toutes les couches sociales.
Qui sont aujourd’hui les habitants de Cocody et quelles activités mènent-ils ? La
présente contribution vise à approfondir les connaissances sur la dynamique
démographique et socio-spatiale d’une commune qualifiée de quartier de riches.
1-Méthode et outils
1.1-Présentation du cadre spatial d’étude
La commune de Cocody couvre une superficie de 8075 ha dont 90% de terre ferme et
10% de lagune. C’est la superficie communale la plus importante après celles de
Yopougon (15110 ha), Port-Bouët (12870 ha) et d’Abobo (10820 ha). Elle est limitée au
nord par la commune d’Abobo, au sud par la lagune Ebrié, à environ 3 kilomètres à
l’Est par la sous-préfecture de Bingerville et à l’ouest par les communes d’Adjamé et
du Plateau. Selon l’Institut National de la Statistique (INS), la commune de Cocody
est composée de quatorze (14) secteurs subdivisés en quarante-quatre (44) quartiers
qui comptent plus de 110 sous-quartiers (figure 1). La commune de Cocody fait
partie des quartiers ivoiriens réservés pour les aisés. Pourtant, 19% de la population
du quartier de riches d’Abidjan vit dans des quartiers précaires. C’est une commune
où vit une population nombreuse et cosmopolite où se retrouvent toutes les couches
sociales L’urbanisation galopante a fait de la commune de Cocody, une zone par
excellence de forte migration, un facteur qui a contribué à maintenir la croissance
démographique à un rythme accéléré.
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Cette étude et ces résultats ont été établis sur la base de l’exploitation de source
documentaire, d’observations directes, d’interviews réalisées auprès de responsables
d’entités administratives et auprès des chefs de ménages cibles dans la commune de
Cocody. Les documents utilisés découlent de divers travaux et écrits portant sur la
dynamique démographique, ainsi que des rapports et annuaires statistiques tels que
les bases de données des recensements généraux de la population et de l’habitat.
L’enquête par questionnaire s’est faite durant le deuxième semestre de l’année 2017.
Le questionnaire a été adressé à un échantillon de 263 chefs de ménages représentant
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ZONE CHU 47 11 27 1 8
CENTRE RIVIERA ZONE 1
2- Résultats
Depuis plus d’une trentaine d’années, les résultats des différents recensements
opérés indiquent une croissance rapide de la population comme l’atteste la figure 2.
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Cocody fait face à une croissance rapide de son périmètre urbain. Son périmètre
urbain est devenu le plus important de l’agglomération abidjanaise. La figure 3 ci-
dessous montre les différentes étapes de l’évolution spatiale de Cocody.
Figure 3 : Dynamique de la trame urbaine de Cocody entre 1996 et 2015
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Cocody connaît depuis 1965 une progression rapide. Entre 1965 et 1996, l’évolution
du périmètre urbain s’est opérée en grande partie dans l’ouest à Ancien Cocody
comme point de départ de l’urbanisation de la commune. Pendant cette période, on
constate la création de nouveaux espaces urbains sur toute l’étendue de la commune
avec une tendance prononcée dans le sud-ouest, puis dans le centre et dans le nord-
ouest. L’espace aggloméré a évolué de 615 ha à 5058 ha soit, une augmentation
globale de 4443 ha correspondant à une augmentation moyenne de 143,3 ha/an.
C’est la période des opérations des quartiers tels que Deux Plateaux au centre, la
Riviera II et la Riviera III, et Riviera Africaine plus à l’Est, ainsi que les quartiers
Ambassades et CHU. Dans la partie nord, il ya eu des opérations telle qu’Aghien et
Angré du côté du boulevard Latrille et comme exemple dans la partie centre, le
quartier Bonoumin du côté du Boulevard Mitterrand.
Entre 1996 et 2010, les extensions de l’espace aggloméré se sont effectuées en grande
partie dans l’est de la commune. L’espace aggloméré s’est accru de 5058 ha à 7200 ha
soit, une augmentation de 2142 ha correspondant à une augmentation moyenne de
153 ha/an. Cette période a vu naître les quartiers tels que Génie 2000, Akouedo-
Ancien Extension et Djorogobité 1. Entre 2010 et 2015, les extensions de l’espace
aggloméré se sont effectuées plus dans la partie est vers Bingerville et dans la partie
nord. L’espace aggloméré a augmenté de 7200 ha à 8064 ha soit, une augmentation
de 864 ha correspondant à une augmentation moyenne de 173 ha/an. Cette période a
vu naître les quartiers tels qu’Abatta, Béssicoa et Djorogobité 2.
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pour la création des activités informelles. Cette situation est l’une des grandes
difficultés que connaît la commune de Cocody surtout Ancien Cocody, quartier bâti
d’une architecture bien structurée par la SICOGI et la SOGEFIHA. Le quartier a
connu plusieurs types d’évolutions au plan démographique et spatial. Au plan
démographique, la population de l’espace de l’Ancien Cocody est passée de 1188
habitants en 1955 à 54 825 habitants en 1998. Au plan spatial, Ancien Cocody, montre
un dysfonctionnement dont la conséquence directe est l’état de dégradation des
logements et des équipements. L’on peut constater à Cocody Sicogi ou à la Riviera 2,
les immeubles vétustes; les habitats, les jardins et les carrefours dégradés ou
transformés en lieux de commerce et un développement fulgurant des quartiers
précaires tout comme Alamifa ex CHU bas-fond et Bangkok à la Riviera 2.
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Source : INS, RGPH 1988 et 1998 Réalisation : Jean Paul Enoh Ebian
On constate une forte concentration de la population dans les villages Ebrié, dans les
quartiers pauvres sous équipés et surtout dans les quartiers précaires où les densités
avoisinent les 100 habitants à l’hectare (Colombie). La population est relativement
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concentrée dans les zones mixtes d’habitats collectifs (Sogefiha), les quartiers
d’habitats économiques (Angré, Riviera Sogefiha) et les quartiers riches d’habitats
individuels (Ambassades, 7ème Tranche) avec une tendance plus accentuée dans les
quartiers d’extension récente (Angré Château, Béssicoa, Riviera M’badon, Abatta).
Outre ces disparités, la population de Cocody présente de grands déséquilibres dans
sa structure.
2.5- Structure par sexe et par âge : déséquilibre numérique entre les sexes
Le poids démographique des moins de 15 ans a chuté de 57% en 1988 à 30% en 1998,
puis à 28% en 2014 soit une baisse de 29 points au cours des trois périodes
intercensitaires. Quant à la population adulte, elle a augmenté de 26 points passant
de 42% en 1988 pour se stabiliser à 68% entre 1998 et 2014 tandis que la proportion de
personnes âgées de 65 ans et plus a augmenté de 3 points passant de 1% en 1988 à 2%
en 1998 puis à 4% en 2014. Par conséquent, la proportion de moins de 35 ans a
sensiblement baissé passant de 84,5% en 1988 à 79,1% en 1998 et à 73,5% en 2014.
Ainsi, la population de Cocody même si elle reste jeune, est entrain de vieillir.
2
RGPH : Recensement Général de la Population et de l’Habitat
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Mais fait paradoxal, les données du RGPH 2014 montre une pyramide des âges avec
une proportion importante des moins de cinq ans, signe d’une reprise récente de la
fécondité. Les migrations de populations féminines plus jeunes (personnes déplacées
internes) avec leurs familles pourraient expliquer aussi en partie cette réalité.
Le flanc concave traduit une mortalité élevée aux âges jeunes, mais la réalité est que
beaucoup de citadins retournent dans leur village d’origine une fois à la retraite. Au
plan socioculturel, la population est assez composite.
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d’hommes et 55% de femmes contre 53% d’hommes et 47% de femmes chez les
étrangers. D'une manière générale, la population de nationalité ivoirienne compte
plus d’une soixantaine d’ethnies réparties en cinq grands groupes ethnoculturels
(Akan, Krou, Mandé du Nord, Mandé du Sud et Voltaïque ou Gur). Le poids
démographique des Akan, les plus nombreux a baissé de 8,1 points passant de 55,6%
en 1998 à 47,5% en 2014. La majorité des étrangers est originaire des pays de la
Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), en
particulier les pays frontaliers de la Côte d'Ivoire. Ces pays fournissent à eux seuls
près de 81,5% des étrangers en 1998 et 92,2% en 2014. Les plus nombreux viennent
du Burkina Faso (50,2% en 1998 et 56,7% en 2014). Cette forte proportion de
Burkinabé peut se justifier par la forte demande de personnel connexe d’appui dans
la commune. Les ressortissants de la CEDEAO sont aussi fortement présents dans les
secteurs d’activités informelles. Ils exercent beaucoup de petites activités telles que :
la jardinerie, le gardiennage, ainsi que leurs femmes dans les petits commerces de
rue sur les voies et artères de la commune. C’est aussi une population à faible
revenu. Ils sont les principaux habitants des quartiers dits précaires. En dépit de son
importance, le stock de la population étrangère est en baisse (30,18% en 1998 contre
21,1% d’étrangers en 2014). Ce taux de population étrangère est inférieur à la
moyenne de la ville d’Abidjan qui est composée de 22,6% d’étrangers. C’est la
conséquence de l’urbanisation qui devient de plus en plus sélective avec la
destruction de nombreuses poches d’habitat précaire et la pénurie de logements
sociaux à Cocody.
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Le nombre de ménages ordinaires est passé de 52642 en 1998 à 105180 en 2014, soit
un taux d’accroissement annuel moyen de 4.4%. Dans la même période, la taille
moyenne des ménages a légèrement diminué de 4,8 personnes à 4,3 personnes. Le
tableau 2 récapitule la taille des ménages.
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[1 ; 5[ 109 41,44
[5 ; 10[ 115 43,73
[10 ; 15[ 23 8,74
[15 ; 20[ 11 4,18
[20 et + [ 5 1,90
TOTAL 263 100%
Source Nos enquêtes 2017
Les ménages de taille moyenne (5 à 9 personnes) sont les plus nombreux et
représentent 43,7% des ménages enquêtés. Les ménages de petite taille comprenant
moins de cinq personnes, représentent 41,4% et ceux de grande taille (au moins 10
personnes) représentent 14,8%. Chez les femmes chefs de ménage, la taille moyenne
du ménage est comprise entre cinq et sept personnes, alors que chez les hommes, elle
oscille entre huit et dix personnes. La taille du ménage évolue généralement en
fonction de la présence de collatéraux. En 1998, les ménages étaient plus localisés
dans l’habitat collectif 58,3% et dans l’habitat individuel 23,5%. Les ménages localisés
dans la baraque représentaient 17,1% et les ménages dans l’habitat sur cour, ne
représentaient que 1,1% des ménages. En 2014, l’habitat collectif abrite 69,1% des
ménages, l’habitat individuel 20,7%, tandis que la baraque n’abrite que 9,7% et
l’habitat sur cour moins de 1%. On observe donc que la taille des ménages est
respectivement plus élevée dans l’habitat précaire que dans l’habitat individuel et
dans l’habitat collectif. La taille des ménages est plus élevée dans les zones Ouest,
Nord, Est et Centre qui regroupent les quartiers tels que Deux plateaux 1-AE, Angré,
Riviera-Golf 1 et SOGEFIHA. En plus des filles de ménage, les ménages plus aisées
reçoivent et hébergent de nombreux collatéraux de la famille élargie, venus de
l’intérieur pour fuir la guerre ou soit pour poursuivre les études ou tout simple pour
‘‘se chercher3’’comme on le dit communément. Mais, cet accueil est loin d’être toujours
volontaire, car c’est souvent le village qui cherche à faire prendre en charge des
jeunes par un membre plus aisé de la famille et c’est ce que nous a laissé entendre cet
homme qui déclare : « la crise est une réalité et le village a eu son prétexte pour nous
envoyer tous les jeunes et nous n’avons pas d’autre choix que d’accepter cette situation.
Surtout chez nous, la solidarité familiale est très importante… moi comme ça, j’ai grandi au
village avant de venir réussir et habiter ici à Cocody, alors quand j’y pense je me sens obligé
de le faire». C’est autour de ces chefs de ménages, citadins installés que se
reconstituent les modèles de famille élargie. Ce fait est pertinent dans bon nombre
7‘’
Se chercher’’: langage familier de Côte d’Ivoire pour exprimer la quête de l’emploi, du pain quotidien ou du bien être en
général.
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Les activités économiques dans la commune de Cocody sont dominées par les
activités tertiaires, principalement les services publics ou privés et le commerce qui
de 82% en 1996 occupent aujourd’hui 80% des chefs de ménage. L’industrie n’a
presque jamais existé à Cocody sauf l’unité industrielle pharmaceutique CIPHARM.
Aussi, on note une baisse (10,5% en 1996 à 8%) de chefs de ménage travaillant dans
des entreprises industrielles. Le secteur primaire aussi a quasi disparu au fil des ans
au profit de l’urbanisation. De 3% des chefs de ménages en 1996, on a moins de 1%
aujourd’hui. Quelques horticulteurs et de rares cultures maraîchères sont encore
visibles soit en bordure de lagune (le long du boulevard de France face à l’université
FHB ou côté Golf Hotel) ou sur certains versants ou fonds de vallées et aux alentours
de certains quartiers précaires. Le pouvoir d’achat de la population détermine ses
conditions de vie. Il ressort de notre enquête qu'à Cocody, la plus forte proportion
des actifs du secteur tertiaire sont des fonctionnaires de l’Etat ou du privé (soit 39,2%
des chefs de ménage) et les commerçants (24,7%). Mais l’activité informelle est en
plein essor partout dans les quartiers de la commune. Par exemple, Cocody Centre
est devenu une zone de forte concentration de services, de commerces et de petites
activités artisanales et commerciales précaires. Car c’est la zone de transit la plus
importante de la population de Cocody vers les autres communes d’Abidjan.
Autrement dit, c’est l’une des conséquences de l’augmentation de la population
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locale et la nécessité de diversifier dans tous les ménages des sources de revenus
durement touchées par la crise.
On estime que 96% des chefs de ménage ont en général une activité principale
servant de source de revenu. Le tableau 3 suivant donne la répartition des chefs de
ménages selon le revenu.
Tableau 3: Répartition des chefs de ménages selon le revenu
Revenu des chefs de ménage en [Link] Nombre de chefs de ménage Pourcentages (%)
[– 50 000[ 19 7,22%
[50 000 – 150 000[ 34 12,93%
[150 000 – 500 000[ 91 34,60%
[500 000 et + [ 119 45,25%
Ensemble 263 100%
Source : Nos enquêtes 2017
Notre enquête fut réalisée en 2017 et l’ENV, en 2015. Malgré l’inflation, nous ne
pensons pas que l’écart soit trop grand. Le revenu mensuel des chefs de ménage
demeure en majorité élevé. En effet, 45,2% des chefs de ménage ont un revenu
mensuel supérieur ou égal à 500.000 Francs CFA (soit supérieur ou égal à 6.000.000
de francs CFA/an). Ce sont le plus souvent des hauts fonctionnaires et cadres
supérieurs de l'administration publique ou privée, des grands transporteurs et
propriétaires de grands magasins. Les chefs de ménage dont le revenu mensuel est
compris entre 150.000 et 500.000 Francs CFA (soit entre 1.800.000 francs CFA/an et
6.000.000 de francs CFA/an) représentent 34,6%. Ce sont des agents administratifs,
des employés d'industries, de sociétés, etc. Par contre, 20,1% des chefs de ménage ont
un revenu mensuel inférieur à 150.000 francs CFA (soit inférieur à 1.800.000 francs
CFA/an). Ce sont des classes ouvrières, soit des petits commerçants informels,
transporteurs que l’on rencontre en majorité dans les quartiers précaires. Entre-temps
les revenus des personnes des classes moyennes à Abidjan sont passés de 1.600.000
francs CFA/an/tête en 2008 à 1.650.000 francs CFA/an/tête en 2015. La dépense
moyenne annuelle par tête dans la ville a également augmenté entre 2008 et 2015 de
561.575 francs CFA/an/tête à 583.245 francs CFA/an/tête. Selon notre enquête, le
revenu moyen mensuel de Cocody est estimé à 535.361 francs CFA. Par contre, le
salaire moyen mensuel d’Abidjan est estimé à 99.171 francs CFA. En comparaison
relative à ces indicateurs, on peut donc dire que le revenu de la population de
Cocody même s’il demeure élevé, est disparate en raison de l’importance des classes
ouvrières à revenu faible. L’on constate que seulement 38% des ménages de la
commune disposent d’équipements électroménagers de base (la radio, la télévision,
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2.1.3- Conditions d’insertion urbaine difficiles des couches les plus défavorisées
Dans la quasi-totalité des quartiers de Cocody, il existe des poches d’habitats
spontanés (Alamifa, Moscou 2, Bangkok, etc.), construits sur des sites présentant
souvent des risques. Diverses actions de déguerpissement de certains quartiers
précaires furent menées. Mais il est de plus en plus fréquent maintenant de constater
une mitoyenneté entre habitat résidentiel ou collectif et poche d’habitat précaire
comme l’indique la photo 1.
Photo 1 : Etat de la cohabitation de l’habitat spontané avec l’habitat collectif et résidentiel
à la 7ème Tranche
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grand nombre de lots non bâtis squattés par les déguerpis des anciens quartiers
précaires qui y trouvent refuge. Les occupants des habitats précaires sont
généralement des populations des classes ouvrières démunies. Environ 60,5% des
chefs de ménage des quartiers précaires ont un revenu inférieur à 100.000 francs
CFA. Ils mènent en général des "petits" métiers informels de survie, où toutes les
catégories d'âges sont souvent impliquées. Ainsi, nous assistons à une dégradation
progressive des conditions de vie et à un élargissement des groupes défavorisés. Ils
vivent dans des conditions très difficiles et ne peuvent pas se doter d’un habitat de
qualité avec toutes les commodités leur permettant de mener une vie décente.
Finalement, les couches les plus défavorisées se sentent frustrées et marginalisées,
insatisfaites des actions de la mairie, des autorités et des pouvoirs publics.
3- Discussion
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termes, la commune de Cocody est-elle déjà sur le chemin du déclin comme à Cass
Corridor à Detroit aux USA ou à Belsunce et Noailles à Marseille en France ? En
l’espace de 20 ans, Marseille a perdu 200.000 habitants et plus de 50.000 emplois
(PACAUD, 2016 p.1). Un autre exemple donné est celui de Trenchtown, un des
premiers quartiers huppés de Kingston en Jamaïque. A l’origine quartier résidentiel
huppé, Trenchtown a été construit dans les années 1930 et abritait les expatriés, les
professeurs et les fonctionnaires de l’administration coloniale. Mais le paysage du
quartier sera bouleversé par la paupérisation générale qui se produit dans la capitale
à partir des années 1960, par la diminution des budgets de l’Etat, le vieillissement
rapide des bâtiments, la paupérisation des habitants et par l’explosion
démographique (CELIMENE et CRUSE, 2012 p. 54 ; 55). Par contre, plusieurs autres
quartiers populaires pauvres en Europe ou ailleurs dans le monde ont été gentrifiés.
C’est le cas de Marais au centre de Paris, quartier populaire et insalubre depuis les
années 1800 qui est redevenu attractif pour les classes sociales les plus aisées depuis
les années 1980 grâce à une politique de rénovation urbaine. Le même phénomène de
gentrification a eu lieu dans le quartier du Sablon à Bruxelles en Belgique où il a
produit un néologisme local, la « sablonisation ». De même, le quartier Barnsbury au
nord-ouest de Londres, près d’Islington en Grande-Bretagne est un quartier gentrifié
(CUSIN, 2008 p. 172). Le quartier Prenzlauer Berg à Berlin en Allemagne et le
quartier Greenpoint, à Brooklyn, New York aux USA pour ne citer que ceux-là. Ainsi,
tant d’exemples montrent que la situation menaçante de Cocody peut être prévenue
dans la gestion de la commune et de ses habitants.
Conclusion
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Références bibliographiques
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l’habitat économique à ABIDJAN », CRAU-CRDI, 104p.
CELIMENE Fred et CRUSE Romain, 2012, « La Jamaïque, les raisons d’un naufrage »
Collection Sciences économiques et gestion, EPU in Editions Publibook Université
Sciences économiques et gestion, 302p.
DJEGUEMA Koffi Messan Adebayo, 2006, Crises et recompositions dans les modes
d’habiter et les pratiques sociales à Abidjan, 42nd ISoCaRP Congress, 2006, 19 p.
DUREAU Françoise, 2004, Croissance et dynamiques urbaines dans les pays du Sud,
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