Sarr Memoire 2018
Sarr Memoire 2018
FACULTE DE MEDECINE, DE PHARMACIE ET D’ODONTOLOGIE
ANNEE 2018 N° 50
pathologiques.
MEMOIRE
POUR OBTENTION DU MASTER II DE MICROBIOLOGIE
FONDAMENTALE ET APPLIQUEE
LE 18 AVRIL 2018
PAR
Dr Habibou SARR
(Ancien interne des hôpitaux)
MEMBRES DU JURY
Président : M. Ahmad Iyane SOW Professeur
Ndiaye »,
Adorable maman tu m’as inspiré et m’as donné la force
Amin !!!
A mon cher père, Malick Sarr,
toi.
éducation et ma formation.
Astou Mbéne…
Pour tout l’amour, le soutien et le bonheur que vous
réveillez en moi,
J’ai toujours apprécié l’affection que vous portez à mon
égard,
m'avez transmis.
DIALLO…
Mme SAMB, Mme Bass, Mme LY, Mme FALL, Mme KAMARA,
Merci à tous….
A NOS MAITRES ET JUGES
A notre maître et président du jury,
C’est pour nous une grande fierté de vous avoir comme président
du jury.
Le Professeur Roughyatou KA
1
L’acquisition par les bactéries de résistances aux antibiotiques représente un défi majeur pour
la médecine du XXIe siècle. L’augmentation croissante de l’incidence des entérobactéries
productrices de bêtalactamases à spectre élargi (EBLSE), est à l’origine d’infections graves et
responsable d’une prescription accrue d’antibiotiques à large spectre. Les bêtalactamases sont
des enzymes constitutionnelles ou acquises, produites par les bactéries. Leur activité provoque
l’ouverture du cycle beta-lactame et crée un intermédiaire acyl-enzyme instable qui est ensuite
dégradé en acide inactif.
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L’objectif général de notre étude était de caractériser les types de bêtalactamases secrétés par
les entérobactéries multirésistantes isolées au laboratoire avec comme objectifs spécifiques une
identification des principales EPC (Entérobactérie Productrice de Carbapénèmases) suspectes
au laboratoire et l’instauration d’une technique de routine pour détecter les BLSE de classe B.
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PREMIERE PARTIE
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I. ENTEROBACTERIES
1. Généralités
1.1. Définition [5 - 7]
La famille des Enterobacteriaceae comprend de nombreux genres bactériens répondant à la
définition suivante :
- bacilles à Gram négatif ;
- immobiles ou mobiles grâce à une ciliature péritriche ;
- aérobies anaérobies facultatifs ;
- se développant aisément sur milieu ordinaire ;
- fermentant le glucose avec sans production de gaz ;
- ne possédent pas de cytochrome oxydase ;
- réduisant les nitrates en nitrites (quelques exceptions parmi Erwinia).
En 1973, 31 genres et 139 espèces étaient caractérisés. En 1985, FARMER et COLL décrivaient
22 genres comprenant 69 espèces et 29 groupes entériques.
1.3. Classification
La famille des Enterobacteriaceae comprend actuellement 100 espèces répertoriées. Les
espèces les plus communément isolées en bactériologie clinique appartiennent à 12 genres
(Tableau 1) : Citrobacter, Enterobacter, Escherichia, Hafnia, Klebsiella, Morganella, Proteus,
Providencia, Salmonella, Seratia, Shigella, Yersinia.
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Tableau I : Classification des entérobactéries.
Mais ce caractère écologique n’est pas exclusif des entérobactéries pouvant proliférer en
abondance dans l’environnement (sols et eaux) et participer aux grands cycles de dégradation
des matières organiques.
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2. Caractères bactériologique des entérobactéries
Les espèces mobiles les plus nombreuses le sont grâce à une ciliature péritriche. Certaines sont
immobiles (Klebsiella, Shigella, Yersinia pestis). La présence d’une capsule visible au
microscope est habituelle chez les Klebsiella.
La plupart des espèces pathogènes pour l’homme possèdent des fimbriae ou pili qui sont des
facteurs d’adhésion.
Les Klebsiella forment des colonies souvent très muqueuses, larges et luisantes. Les Proteus
ont tendance à envahir la gélose et à y former un tapis uniforme.
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Tableau II : Caractères biochimiques de quelques entérobactéries [20].
Salmonella Citrobacter C. diversus Escherichia Shigella Klebsiella Enterobacter Serratia P. vulgaris P. mirabilis Morganella P. rettgeri Providencia Yersinia
Mobilité + + + + /- - - + + + + + + + +/-
Gaz en glucose + + + + - + + - + + + +/- +/- -
Lactose - +/× + +/× - + +/× - - - - - - -
Test ONPG - + + + +/- + + + - - - - - +
H2S + (-) + (-) - - - - - - + + - - - -
Uréase - - (+) - - - +/- - - + + + + - -/+
Ph.alamine DA et TDA - - - - - - - - + + + + + -
Indole - - + + +/- - (+) - - + - + + + -
Citrate de Simmons + (-) + + - - +/- + + +/- +/- - + + -
Mannitol + + + + +/- + + + - - - + +/- +/-
Saccharose - +/- +/- +/- - + + + + × +/- +/- +/- +/-
V.P - - - - - + (-) + + - - - - - -
Légende :
+ = positif en 1 ou 2 jours ; (+) = positif tardivement ; - = négatif ; DA = désaminase ; TDA = tryptophane désaminase ; V.P = Voges Proskauer ;
× = tardivement et irrégulièrement positif (fermentation due à des mutants) ; -(+) = en général négatif – exceptionnellement positif tard.
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2.4. Antigènes [21]
La détermination du sérotype est réalisée pour des souches dont l’identification biochimique
est certaine. Il existe différents antigènes :
Les antigènes O
Ce sont des antigènes de paroi constitués de lipopolysaccharides (LPS) qui sont thermostables
et résistant à l’alcool ou à l’acide.
Les réactions d’agglutination se produisent lentement et sont constituées d’agglutinats
granulaires, difficilement dissociables par agitation.
La spécificité O est perdue par les souches R qui sont auto-agglutinables en eau distillée.
Les antigènes H
Ce sont des antigènes qui ne sont présents que chez les souches mobiles. Constitués d’une
protéine, la flagelline, ils sont thermostables et inactivés par l’alcool.
Les réactions d’agglutination se produisent rapidement et sont constituées d’agglutinats
floconneux, facilement dissociables par agitation.
Les antigènes K
Ces antigènes capsulaires sont généralement constitués d’une couche externe
polysaccharidique. Parmi les antigènes K, se trouvent les antigènes L, A, B d’E. coli et
l’antigène Vi de certaines Salmonella ou Citrobacter. Ces antigènes peuvent rendre la souche
qui les possède inagglutinable par les antisérums O. Ils sont détruits par une ébullition de 2
heures.
Les antigènes d’adhérence ou adhésines, de nature protéique, en relation avec la présence de
pili sont classés parmi les antigènes K (K88, K99).
L’antigène Kunin
Cet antigène commun chez la famille des Enterobacteriaceae n’est pratiquement retrouvé que
dans cette famille et a un intérêt taxonomique.
Des antisérums dirigés spécifiquement contre chacun des antigènes bactériens sont préparés en
utilisant les méthodes de l’absorption spécifique des anticorps de Castelcani. Des anticorps qui
se sont fixés sur l’antigène bactérien correspondant forment des agglutinats. Après
centrifugation, il ne reste plus dans le surnageant que des anticorps qui n’ont pas été en contact
avec l’antigène.
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3. Pouvoir pathogène
Les entérobactéries constituent plus de 80 % des germes isolés en laboratoire : Escherichia,
Salmonella, Shigella, Klebsiella, Enterobacter, Serratia, Proteus, Morganella et Yersinia sont
les entérobactéries les plus souvent retrouvées.
Escherichia coli
C’est un germe très courant. Son habitat est le colon humain. Sa survie est extrêmement difficile
dans l’environnement. Il est le genre préférentiel des infections urinaires. . L’incidence de ces
infections est plus marquée chez les personnes de sexe féminin en milieu communautaire en
raison notamment de la colonisation de la région péri-urétrale et de la longueur de l’urètre. En
milieu hospitalier, l’incidence est égale entre les deux sexes en rapport essentiellement avec
l’utilisation fréquente des sondes urinaires.
E. coli cause également des infections du tractus digestif notamment Escherichia coli
entérotoxinogène (ETEC) qui est responsable de la diarrhée du voyageur et Escherichia coli
entéropathogéne (EPEC) responsable de diarrhées chez l’enfant, en raison de la contamination
de l’eau ou des aliments par la flore fécale des malades ou des porteurs sains
E. coli est aussi à l’origine d’infections pulmonaires chez les personnes gravement malades par
colonisation des voies respiratoires supérieures.
E. coli peut coloniser le vagin et être responsable des méningites néonatales (sérotype K1) après
un accouchement ou suite à l’infection du liquide amniotique consécutive à une rupture
prolongée des membranes.
Klebsiella pneumoniae:
L’habitat de K. pneumoniae est le tractus digestif et le système respiratoire supérieur. Ce germe
est principalement isolé en milieu hospitalier, le portage étant fortement accru chez les patients
hospitalisés de longues périodes ou bénéficiant de traitements antibiotiques au long court.
Toutefois, il est également présent en dehors des hôpitaux, notamment chez des patients
diabétiques, ou souffrants de maladies respiratoires chroniques. Bien que la plupart des
personnes colonisées soient asymptomatiques, K. pneumoniae peut causer des pneumonies, des
bronchites et broncho-pneumonies, la contamination pulmonaire se faisant surtout par voie
aérienne, mais la voie hématogène n’étant pas exclue. K. pneumoniae a été longtemps décrit
comme le pneumo bacille de Friedlander. C’est une bactérie également retrouvée dans des
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infections urinaires suite au passage de la flore fécale aux voies urinaires. Finalement, des
bactériémies compliquent parfois les infections localisées mentionnées ci-dessus.
Klebsiella oxytoca
Cette bactérie est isolée de produits pathologiques comme les urines, le sang et les sécrétions
naso-pharyngées et trachéales. A l’instar de K. pneumoniae, K. oxytoca peut infecter les voies
urinaires et respiratoires des patients hospitalisés.
Enterobacter cloacae
C’est un germe qui colonise souvent les patients hospitalisés et plus particulièrement ceux de
la réanimation ou chez ceux qui sont sous traitement antibiotique au long cours. Il peut être à
l’origine d’infections urinaires de pneumonies, ainsi que d’infection cutanées. Il peut également
être responsable de bactériémies, et c’est un pathogène dont l’incidence en milieu hospitalier a
considérablement augmenté ces dernières années. Il est principalement isolé chez des patients
en unité de réanimation et est le germe le plus incriminé dans les infections associées aux soins
(IAS).
11
Les gènes de résistance des bêtalactamases se situent soit au niveau du chromosome bactérien,
soit sur des éléments extra-chromosomiques.
Les plasmides sont des éléments génétiques mobiles constitués de 10 à 400 paires de bases
d’ADN. Ils sont autonomes dans la mesure où ils sont capables de se répliquer
indépendamment. En effet, un plasmide peut établir une connexion entre une cellule donatrice
et une cellule réceptrice, et être transféré dans la cellule réceptrice en même temps qu’il est
répliqué dans la cellule donatrice où il demeure. Contrairement aux plasmides, les transposons
sont des éléments génétiques incapables de se répliquer par eux-mêmes, mais qui peuvent
passer d’un chromosome à un autre, ou d’un chromosome à un plasmide. Les plasmides et
transposons déterminent la résistance aux antibiotiques. En effet, une bêtalactamase spécifique
à une bactérie peut apparaître chez d’autres espèces par la suite, au vu du transfert relativement
facile de matériel génétique entre les différentes bactéries.
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II. LES BETALACTAMASES A SPECTRE ELARGI(BLSE)
1. Définition [23]
C’est le mécanisme prédominant de la résistance aux bêtalactamines chez les entérobactéries.
Ce sont des enzymes capables d’ouvrir le cycle beta-lactame en créant un intermédiaire acyl-
enzyme instable, menant au final à la perte d’un groupement carboxyle (Figure 2).
Deux systèmes de classification sont couramment acceptés, établis sur des bases fonctionnelles
et moléculaires.
Les bêtalactamases de classe B sont principalement des carbapénèmases comme IMP et VIM,
elles sont inhibées par l’EDTA.
Les bêtalactamases de classe C sont les céphalosporinases de type AmpC, inhibées par la
cloxacilline.
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Enfin les bêtalactamases de classe D sont des oxacillinases, qui constituent une famille
extrêmement composite en termes de spectre d’hydrolyse.
La classification de Bush et al. est plus ramifiée [26] notamment avec la présence de sous-
classes pour les bêtalactamases de classe A (Tableau 3).
Tableau III : Classification des bêtalactamines selon Bush et al. [26], Ambler [25] et
proposition de Giske et al. [27].
Le terme BLSE, qui recouvrait les enzymes de type TEM et SHV, a été lui-même étendu aux
CTX-M qui ne dérivaient pourtant pas de bêtalactamases à spectre étroit. Ainsi, « BLSE » a
progressivement désigné les bêtalactamases de classe A d’Ambler présentant un large spectre
d’hydrolyse comprenant notamment les C3G.
14
Figure 3 : Prévalence d’entérobactéries productrices de bêtalactamases à spectre élargi dans le
monde entre 2002 et 2009 [14 - 15].
La prévalence de la colonisation ou le portage des EBLSE chez des sujets sains non infectés est
plus difficile à évaluer que celles de ces mêmes bactéries responsables d’infections, en
l’absence d’études sur de larges cohortes internationales. La prévalence des porteurs sains en
communauté varie entre les régions. En Afrique, une étude réalisée sur 20 enfants d’un village
rural au Sénégal retrouvait, en se basant sur les coprocultures, une prévalence de 10 %
d’Escherichia coli productrice de BLSE [16].
Jusqu’à la fin des années 90, la majorité des BLSE détectées étaient des dérivés de TEM-1/2 et
de SHV-1 après évolution de ces enzymes «anciennes» par mutation(s) ponctuelle(s) [28]. Les
souches productrices de BLSE étaient souvent associées à des épidémies nosocomiales,
notamment en unités de soins intensifs (USI). La prévalence des BLSE était plus forte chez K.
pneumoniae que chez E. coli. Enfin, les facteurs de risque principaux étaient : L’admission en
USI, l’hospitalisation prolongée, la chirurgie abdominale, le cathétérisme IV, le sondage
15
urinaire, la ventilation assistée, l’hémodialyse, l’utilisation de céphalosporines/ aminosides [29
- 30].
A partir de 1995, de « nouvelles » BLSE (notamment CTX-M) ont émergé de façon explosive
chez les entérobactéries et la situation épidémiologique a complètement changé au niveau
mondial. En effet, la plupart des souches productrices de BLSE sont maintenant des souches
d’E. coli exprimant des BLSE de type CTX-M responsables d’infections communautaires,
notamment urinaires [31].
De plus, le nombre de souches productrices de BLSE augmente aussi dans les services
hospitaliers hors USI, notamment dans les services de long et moyen séjour. D’autres facteurs
de risque ont été identifiés, comme l’utilisation des fluoroquinolones [27]. Enfin, contrairement
aux BLSE de type TEM/SHV, les mécanismes de diffusion de CTX-M semblent plus
complexes, mettant en jeu plutôt la diffusion de plasmides (épidémies de plasmides) et/ou
d’autres éléments génétiques mobiles que la diffusion unique d’un clone bactérien [30 - 32].
Les autres BLSE (ex. PER, VEB) restent plus rares et sont principalement détectées chez P.
aeruginosa et Acinetobacter spp. [22 - 33].
16
BLSE de type SHV (Sulfhydryl Variable)
La majorité des dérivés de SHV-1 (> 60) ont un phénotype de BLSE, avec SHV-5 et SHV-12
étant les mutants les plus fréquents en Europe [30]. Les BLSE de type SHV ont été détectées
parmi de nombreuses entérobactéries (notamment K. pneumoniae) mais aussi chez P.
aeruginosa et Acinetobacter spp. [34 - 35]. Comme les dérivés de TEM, les mutations dans
SHV-1 (68% d’identité avec TEM-1) ont lieu classiquement au niveau de quelques positions
(notamment 238 et 240) [28].
Enfin, le gène codant pour SHV-12 a été décrit en association avec le déterminant plasmidique
de résistance aux quinolones, QnrB [30].
Les enzymes Toho-1/2, décrites au Japon, sont très proches structuralement des CTX-M et sont
donc classées parmi celles-ci [36]. A noter que certaines variantes (ex. CTX-M-15, CTX-M-
32) avec une activité de ceftazidimase élevée (CMI > 256 μl/mL) ont été décrit (mutation
ponctuelle en position 240) [36 - 38].
Les progéniteurs des CTX-M ont été identifiés sur le chromosome de Kluyvera spp. qui est une
entérobactérie non pathogène environnementale. En effet, les progéniteurs des gènes codant
pour les CTX-M des groupes 1 et 2 et pour celles des groupes 8 et 9 sont respectivement K.
ascorbata et K. georgiana, tandis que les sources des CTX-M des groupes 25 et 45 restent
inconnues [39]. Depuis leurs progéniteurs, les gènes ont été capturés grâce à des éléments
génétiques mobiles type séquence d’insertion (ex. ISEcp1, ISCR1) ou à des phages, et transférés
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sur des plasmides conjugatifs qui ont ensuite diffusé parmi les entérobactéries pathogènes [28
- 38 - 39]. Les souches productrices de CTX-M ont été initialement rapportées de façon
sporadique à la fin des années 80 au Japon (FEC-1), en Europe (MEN-1, CTX-M-1) et en
Argentine (CTX-M-2) [36].
.
18
pneumoniae isolée en 1998 en France puis en Argentine, au Brésil, au Portugal et aux Pays-Bas
[10d]. A ce jour, 9 variants différents ont été décrits dont GES-2 en Afrique du Sud, GES-5 à
GES-8 (GES-7 = IBC-1 ; GES-8 = IBC-2) en Grèce, GES-3 et GES-4 au Japon, GES-5 en
Corée du Sud, en Chine et au Brésil, et GES-9 en France [33]. A noter que, contrairement à la
plupart des BLSE, GES-1 n’hydrolyse pas l’aztréonam et surtout GES-2 hydrolyse les
carbapénèmes en étant moins sensible aux inhibiteurs des bêtalactamases. Par une unique
mutation, GES-2 est le premier exemple de BLSE avec un élargissement du spectre d’activité
aux carbapénèmes ; depuis, 4 autres dérivés ont été décrits (GES-4 à GES-6, GES-8) [33]. De
façon inquiétante, des souches de P. aerginosa produisant GES-1 et la carbapénèmase VIM-11
et de E. coli produisant GES-7 et la carbapénèmase VIM-2 ont été décrites respectivement en
Argentine et en Grèce. Enfin, plusieurs épidémies de BGN producteurs de BLSE de type GES
ont été rapportées : K. pneumoniae en Corée du Sud, au Portugal et en Grèce, S. marcescens
aux Pays-Bas, et P. aeruginosa en Afrique du Sud [33].
L’enzyme BES-1 (Brazilian extended-spectrum β-lactamase) n'a été isolée qu’une seule fois à
partir d’une souche de S. marcescens au Brésil en 1996 [33].
L’enzyme BEL-1 (Belgium extended-spectrum β-lactamase) a été identifiée dans une souche
de P. aeruginosa en Belgique en 2004. De récents travaux suggèrent que le gène codant pour
BEL-1 pourrait disséminer dans les souches de P. aeruginosa en Belgique [33].
L’enzyme TLA-1 (Tlahuicas - tribu indienne) a été décrite dans une souche de E. coli isolée au
Mexique en 1993. Depuis, plusieurs cas de bactériémies et d’infections urinaires nosocomiales
dues à une souche de K. pneumoniae produisant à la fois SHV-5 et TLA-1 ont été rapportés au
Mexique. A noter que TLA-1 n’a été identifié qu’au Mexique [33].
Le gène codant l’enzyme TLA-2 est porté par un plasmide de 47 kb (pRSB101) isolé à partir
d’eaux usées de traitement de plantes en Allemagne en 2002.
Cependant, l’espèce hébergeant ce déterminant n’a pas pu être identifiée et aucune souche TLA-
2-positive n’a été décrite à ce jour.
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BLSE de type OXA (Oxacillinase)
Bien que les BLSE appartiennent souvent à la classe A, plusieurs oxacillinases (classe D et
classe 2d) ont des propriétés de BLSE [34 - 35 - 40]. Les bêtalactamases de type OXA confèrent
la résistance à l’ampicilline et à la céfalotine, et sont caractérisées par une forte activité
hydrolytique des pénicillines M (oxacilline, cloxacilline). De plus, elles sont faiblement
inhibées par l’acide clavulanique [35]. La plupart des bêtalactamases de type OXA
n'hydrolysent pas de façon significative les C3G/C4G mais l’évolution par mutation(s)
ponctuelle(s) vers un élargissement du spectre a dû avoir lieu comme pour les dérivés de
TEM/SHV2, [33].
Les bêtalactamases de type OXA représentent une famille phylogénétiquement très hétérogène
et les BLSE de type OXA dérivent de OXA-10, de OXA-13, de OXA-2 ou sont non reliées
(OXA-18, -45) [35 - 33]. Bien que la plupart des BLSE dérivées de OXA-10 confèrent une
résistance plus élevée au cefotaxime, les activités enzymatiques des BLSE de type OXA sont
très variables. Les BLSE de type OXA sont principalement retrouvées chez P. aeruginosa, mais
ont aussi été détectées chez d’autres BGN dont les entérobactéries [35 - 33]. Découvertes
initialement chez P. aeruginosa en Turquie, elles ont ensuite été décrites en France, à Taïwan,
en Corée et aux Etats-Unis. Malheureusement, très peu d’études épidémiologiques ont été
menées pour évaluer la dissémination des BLSE de type OXA [33].
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Tableau IV : Bêtalactamines : Comportement habituel des entérobactéries en fonction du type
de bêtalactamase.
21
III. Classification des bêtalactamines [41 - 42]
La famille des β-lactamines se compose de quatre groupes de molécules : les
pénames, les pénèmes, les céphèmes et les monobactames. On doit ajouter les
inhibiteurs des bêtalactamases dont certains sont inclus dans ces quatre groupes.
La structure de base des bêtalactamines est le noyau azétidinone qui contient la
structure carbonyle lactame, indispensable à l’activité des molécules. Sur cette
structure, est fixé un cycle penta-atomique saturé (péname), insaturé (pénème) ou
hexa-atomique (céphèmes).
Le noyau azétidinone seul peut être substitué ; en fonction des substituants de
l’atome d’azote, on distingue : les monophosphatames et d’autres hétérocycles.
Actuellement, du fait de la complexité de ce groupe, il est dénommé
monolactame.
22
Les céphèmes comprenant :
- Les céphalosporines avec quatre générations :
o 1ère génération : céfalotine, céfazoline
o 2ème génération : céfuroxime, céfamandole
o 3ème génération : cefotaxime, ceftriaxone, ceftazidime
o 4ème génération : céfépime, cefpirome
- Les oxacéphèmes : lamoxactam
- Les céphamycines : céfotétan
- Les carbacéphèmes
Les monobactames comprenant :
- Les monobactames : aztréonam
- Les nocardicines
- Les monophosphames
- Les monocarbames
- Les monosulfactames
Pénicilline G
C’est la première pénicilline découverte par Fleming. Elle est produite par
Penicillium notatum.Elle est active sur les cocci (à exception des staphylocoques
dont la grande majorité produit maintenant une pénicillinase), la plupart des
bacilles à Gram positif, les anaérobies.
- Pénicilline M
La méticilline fut le premier dérivé de la pénicilline capable de résister à la
pénicillinase du staphylocoque. On peut citer également l’oxacilline et la
cloxacilline. Ces produits ne sont indiqués que pour le traitement des infections à
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staphylocoques sensibles à la méticilline (méti-S), car ils sont souvent moins
actifs que la pénicilline G sur les autres bactéries. Le pourcentage de
staphylocoques résistants à la méticilline (méti-R) est important en milieu
hospitalier.
Aminopénicillines (pénicillines A)
Leur spectre d’activité est élargi, par rapport à la pénicilline G, vers certains
bacilles à Gram négatif (H. influenzae, E. coli, P. mirabilis, Salmonella,
Shigella), mais elles restent sensibles aux bêtalactamases souvent présentes chez
ces bactéries. Dans ce groupe, on peut citer l’ampicilline et l’amoxicilline.
Carboxypénicillines
Elles ont un spectre plus étendu que celui des aminopénicillines, vers les bacilles
à Gram négatif. Elles peuvent en particulier agir sur P. aeruginosa. Elles restent
sensibles aux pénicillinases, mais sont moins sensibles aux céphalosporinases. La
première molécule de ce type fut la carbénicilline, remplacée maintenant par la
ticarcilline. On l’utilise surtout pour le traitement des infections à P. aeruginosa.
Ureïdopénicillines
Elles comprennent principalement la mezlocilline et la pipéracilline. Leur spectre
est assez proche de celui des carboxypénicillines. La pipéracilline a une bonne
activité sur P. aeruginosa. Les ureïdopénicillines conservent une bonne activité
sur les entérocoques.
Amidinopénicillines
Elles comprennent le mécillinam et le pivmécillinam. Ces produits sont actifs sur
certaines entérobactéries et ne sont utilisés que dans les infections urinaires.
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Inhibiteurs des bêtalactamases
Des molécules ayant une structure de pénicilline (mais dépourvues d’activité
antibiotique significative) ont la propriété de se lier à certaines bêtalactamases
(surtout plasmatiques) et de les inhiber de manière irréversible. Leur association
à des pénicillines permet de restaurer l’activité de ces dernières vis-à-vis de
bactéries produisant ces bêtalactamases (S. aureus, H. influenzae, N.
gonorrhoeae, M. catarrhalis et diverses entérobactéries). Les inhibiteurs
commercialisés sont : l’acide clavulanique (associé à l’amoxicilline ou la
ticarcilline), le sulbactam (seul ou associé à l’ampicilline), le tazobactam (associé
à la pipéracilline).
2. Les pénèmes
Carbapénèmes
Dans ce groupe, seul l’imipenème est commercialisé en France. C’est un dérivé
de la thiénamycine. Il est associé à la cilastatine pour prévenir sa dégradation au
niveau du rein. L’imipenème est très actif sur un grand nombre d’espèces
bactériennes à Gram positif et à Gram négatif. L’imipenème est résistant à la
plupart des bêtalactamases, y compris les bêtalactamases à spectre élargi. Des
résistances acquises sont apparues chez P. aeruginosa. De très rares souches
d’entérobactéries et d’Acinetobacter capables de dégrader l’imipenème ont été
décrites.
3. Céphalosporines (céphèmes)
Les céphalosporines sont constituées d’un noyau β-lactame associé à un noyau de
dihydrothiazine. Elles résistent à la pénicillinase des staphylocoques comme les
pénicillines M, mais sont inactives sur les souches méti-R. Elles peuvent agir sur
les bacilles à Gram négatif à des degrés divers.
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Les céphalosporines peuvent être classées de plusieurs manières :
- Classification de Wise ;
- Classification d’O’Callaghan ;
- Classification en générations.
Cette dernière classification est la plus courante. Une classification qui était basée
sur la CMI.
Ainsi, on distingue :
- Les céphalosporines de 1ère génération (comme la céfalotine) ont un niveau
d’activité assez limité vis-à-vis des bacilles à Gram négatif, en raison de leur
sensibilité aux céphalosporinases. Elles sont caractérisées par une CMI
relativement basse (1 - 10 mg/l de sang).
- Les céphalosporines de 2ème et surtout de 3ème génération sont beaucoup plus
actives. Parmi les céphalosporines de 2ème génération, on peut citer la
céfamandole et la céfuroxime ainsi que deux molécules classées parmi les
céphamycines : la céfoxitine et le céfotétan. Ces deux dernières ont une
bonne activité sur B. fragilis et sont résistantes aux bêtalactamases à spectre
élargi. Le céfotétan est classé par certains parmi les céphalosporines de 3 ème
génération. Leur CMI est plus basse que celle des céphalosporines de 1 ère
génération (0,25 mg - 4 mg/l de sang).
26
inactives sur Stenotrophomonas et sur les bactéries hyperproductrices de
céphalosporinases (céphalosporinases déréprimées, observées notamment chez
Enterobacter, Citrobacter, Serratia, P. aeruginosa). Elles sont caractérisées par
une CMI encore plus basse que celle des céphalosporines de 2ème et de 1ère
génération. Cette CMI est comprise entre 0,001 mg à 1 mg/l de sang.
Les céphalosporines les plus récentes, dites parfois de 4ème génération (Cefepime,
cefpirome) se montrent plus actives vis-à-vis des souches hyperproductrices de
céphalosporinases. Mais toutes les céphalosporines de 3ème génération sont
inactivées à des degrés divers par les bêtalactamases à spectre élargi (produites
surtout par certaines souches de K. pneumoniae).
4. Les monobactames
L’aztréonam a une activité sur les bacilles à Gram négatif comparable à celle des
céphalosporines de 3ème génération, mais elle est inactive sur les bactéries à Gram
positif et les anaérobies.
27
DEUXIEME PARTIE
28
I. CADRE, TYPE ET PERIODE D’ETUDE
1. Cadre d’étude
Notre étude a été réalisée au laboratoire de Bactériologie-Virologie du Centre Hospitalier
National Universitaire(CHNU) de Fann, Dakar qui comporte de nombreux services
d’hospitalisation et un Cendre de Diagnostic et d’Imagerie Médicale où est logé le laboratoire.
Le laboratoire de Bactériologie-Virologie reçoit quotidiennement différents prélèvements en
provenance de différents services d’hospitalisation (patients internes) et de patients suivis à
titre externes.
Critères d’inclusion
- Les souches d’entérobactéries multirésistantes.
- Les souches d’entérobactéries avec un phénotype BLSE.
Les milieux utilisés sont conservés à 4°C et doivent être ramenés à température ambiante avant
utilisation.
2. Méthodologie
La ré-identification est réalisée grâce à la galerie classique composé de Kligler Hajna (KH),
Manitol-mobilité (MM), Citrate de Simmons (CS), Urée-tryptophane et l’eau peptonnée simple
(EPS). La détermination de l’espèce d’entérobactérie est suivie de la réalisation d’un
antibiogramme à la recherche des BLSE de classe A et B.
30
Figure 4 : Galerie classique d’identification
2.4. Antibiogramme
Technique
L’antibiogramme est réalisé en préparant un inoculum bactérien à partir d’une souche
d’entérobactérie isolée sur milieu Mueller-Hinton (MH). La densité de la suspension est ajustée
à 0,5 McFarland. 1 ml de cette suspension est ajouté à 9 ml d’eau physiologique stérile pour
obtenir ainsi une dilution au 1/10e.
Avec un écouvillon, on ensemence une gélose MH à partir de la dilution au 1/10e.
31
Tableau V : Antibiogramme d’entérobactérie : charges et diamètres d’inhibition correspondant
des différents disques testés
Charge du disque Diamètres critiques (mm)
Antibiotiques
(µg) S R
Amoxicilline/acide clavulanique 20/10 µg ≥ 19 < 19
Imipenème 10 µg ≥ 22 < 16
Cefepime 30 µg ≥ 24 < 21
Ceftriaxone 30 µg ≥ 23 < 20
Cefotaxime 30 µg ≥ 20 < 17
Ceftazidime 30 µg ≥ 22 < 19
2.5. Principe de la détection des classes de BLSE
- Détection de BLSE de classe A : La technique de rapprochement des disques (RDD)
permet de mettre en évidence une synergie entre un inhibiteur de bêtalactamase et une
céphalosporine de 3ème génération (C3G). En effet les BLSE de classe A sont des
pénicillinases de type sérine protéases, inhibées par l’acide clavulanique et le tazobactam.
Ainsi une inhibition de l’enzyme par l’acide clavulanique entraine une inhibition de la
croissance bactérienne par les disques de C3G traduisant l’image de synergie en forme de
« bouchon de champagne ».
- Détection de BLSE de classe B (métallo-bêtalactamase) : Elle est réalisée selon la méthode
de Dongeun Yong et al. en utilisant une solution stérilisée par autoclave d’EDTA à 0,5 M
pH 7 [44]. Les BLSE de classe B sont des métallo-enzymes, dont le site actif contient un
ion zinc essentiel à leur activité, d’où l’effet inhibiteur d’agents chélateurs de cations
divalents comme l’EDTA. Ainsi une inhibition de l’enzyme par l’EDTA permet de
restaurer l’activité bactéricide de l’imipenème qui se traduit par une zone d’inhibition
supérieure ou égale à 22 mm.
32
Figure 5 : Image de « bouchon de campagne ».
Les BLSE de classe B sont inhibées par l’EDTA, restaurant ainsi l’activité de l’imipenème
(Figure 6). Les boites sur les quelles la différence de diamètre entre les zones d’inhibition des
disques est observée représente des souches sécrétrices d’une BLSE de classe B.
33
III. RESULTATS
46%
54%
M F
12% 10%
10%
10% 8%
8%
6%
6%
4%
4%
2%
0%
[10 - 20[ [20 - 30[ [30 - 40[ [40 - 50[ [50 - 60[ [60 - 70[ [70 - 80[ [80 - 90[
34
3. Répartition des souches selon l’origine des prélèvements
Notre échantillonnage était représenté par des isolats venant de patients externes soit
30%(N=15). Pour les souches venant des patients hospitalisés, le service le plus représenté était
le service de neurologie avec 20%(N=10), s’en suit le service des maladies infectieuses et
tropicale 22%(N=11) (Figure 9).
30%
30%
22%
25% 20%
20%
12%
15%
10%
10%
4% 2%
5%
0%
48%
50%
45%
40%
32%
35%
30%
25%
20% 14%
15%
10% 4%
2%
5%
0%
Ascite Pus PV Sang Urines
35
5. Répartition des souches selon l’espèce
L’essentiel des souches d’entérobactéries était représenté par Enterobacter spp soit
40%(N=20) suivi d’Escherichia coli 32%(N=16), de Klebsiella pneumoniae 24%(N=12) et
Klebsiella oxytoca représentait le plus faible pourcentage 4%(N=2) (Figure 11).
40%
40%
32%
35%
30% 24%
25%
20%
15%
10% 4%
5%
0%
E. coli Enterobacter spp K. oxytoca K. pneumoniae
56%(N=28) de nos souches produisaient une BLSE de classe A avec l’image caractéristique de
« bouchon de champagne » et 14%(N=8) une BLSE de classe B (Figure 12).
30%
56%
14%
36
7. Répartition des espèces d’entérobactéries selon la classe de bêtalactamases
Enterobacter spp était l’espèce la plus représentée avec 12 souches qui produisaient une BLSE
de classe A et 5 souches une BLSE de classe B (Tableau 6).
Au service des maladies infectieuses (SMIT), 9 souches étaient sécrétrices de BLSE de classe
A et aucune souche ne secrétait une BLSE de classe B (tableau 7).
37
DISCUSSION
38
Il s’agissait d’une étude prospective réalisée au laboratoire de Bactériologie-Virologie du
CHNU Fann. Ce travail s’était déroulé en 2017 allant du 01 Janvier au 31 décembre et a porté
sur 50 souches d’entérobactéries isolées et identifiées au laboratoire à partir de prélèvements à
visée diagnostique. Toutes les souches sélectionnées étaient sécrétrices de bêtalactamases à
spectre élargi.
L’âge moyen des patients était de 35 ans avec des extrêmes allant de 10 à 82 ans. Le sexe
masculin était plus représenté avec 54% et le sexe féminin 46% avec un sex ratio de 1,17. En
2015, une étude menée au CHU Aristide Le Dantec sur les profils phénotypiques de résistance
aux carbapénèmes de souches productrices de bêtalactamases à Spectre Elargi avait trouvé que
2/3 de la population avait une tranche d’âge de 10 à 30 ans, les hommes étaient plus représentés
que les femmes avec un sex ratio de 1,63 [45].
L’âge des patients dans notre étude et l’isolement d’EBLSE chez ces patients n’avait pas de
relation probante.
Les souches isolées de notre étude provenaient de divers prélèvements. La majorité était isolée
des urines (48%) suivi des prélèvements de pus (32%), %), la même répartition était retrouvée
dans une autre étude faite dans un hôpital à Dakar avec 53% des souches isolées des urines et
20% de pus [45]. Cette distribution est habituelle dans un laboratoire de bactériologie car
l’ECBU constitue l’examen le plus fréquemment demandé.
Enterobacter spp produisait 10% des BLSE de classe B (carbapénèmases) et 24% de BLSE des
classe A. Les BLSE de classe A étaient surtout isolées chez les patients hospitalisés notamment
au service des maladies infectieuses (SMIT) 18%, en neurologie 10% et au service de chirurgie
thoracique cardio-vasculaire (CTCV) 10%. Les souches productrices de carbapénèmases
étaient isolées de produits pathologiques provenant du service de neurologie et de
neurochirurgie avec 4% dans chacun des services. Dans une autre étude menée aussi à Dakar
en 2015 [45], les souches produisant une carbapénèmase (classe B) représentaient 23% parmi
39
les quelles Klebsiella pneumoniae était la souche qui produisait le plus de carbapénèmase soit
25,8%.
Cette prévalence était estimée à 6,05% au Maroc en 2014 [48] où Klebsiella pneumoniae
semblait être la souche productrice potentielle de carbapénèmases, avec une prévalence de
16,40%, suivi d’Enterobacter cloacae avec 6,33%. La plupart de ces études ont trouvé une
prévalence d’entérobactéries productrices de carbapénèmases supérieure à nos résultats avec
Klebsiella pneumoniae la souche la plus retrouvée.
Toujours au Maroc en 2010, une étude sur la recherche de carbapénèmases chez Klebsiella
pneumoniae, avait trouvé 03 souches résistantes aux carbapénèmes sur 211 souches testées.
Aujourd’hui la plupart des entérobactéries sont sensibles aux carbapénèmes (Imipenème,
èrtapénéme…) donc produisent une BLSE de classe A mais l’inquiétude à l’heure actuelle est
représentée par l’émergence des BLSE de classe B entrainant une inefficacité des
carbapénèmes.
Dans les pays du Nord, l’évolution de la prévalence des EPC est régulièrement suivie. Ainsi en
2007, il y’avait que des cas sporadiques. En septembre 2008, un cas a été signalé, il s’agissait
d’un transfert d’un patient portant K.pneumoniae (VIM-1) de la Grèce. Un autre cas a été
détecté en juin 2010 d’un autre patient en provenance du Pakistan infecté par E. coli (NDM-1).
Depuis 2010, on assiste à une émergence rapide d’espèces d’entérobactéries résistantes aux
carbapénèmes (I /R) et /ou productrices de carbapénèmases [49].
Par ailleurs une étude menée en Turquie avait montré que la plupart des souches de Klebsiella
pneumoniae produisant une carbapénèmase exprimaient également des bêtalactamases de
classe A comme la Sulfhydryl Variable (SHV), la Cefotaximase-Munich (CTX-M) [50]. Dans
notre étude la majorité des souches productrices de carbapénèmases étaient retrouvés chez les
patients en réanimation et au service des maladies infectieuses et tropicales. Ceci peut
s’expliquer par la pression de sélection liée à l’usage intensif des antibiotiques dans la chimio-
prophylaxie chez les patients alités.
40
Jusqu’à la fin des années 1990, les entérobactéries productrices de BLSE étaient principalement
des espèces dites « hospitalières », K. pneumoniae ou Enterobacter spp, productrices
d’enzymes de classe A ; type TEM et/ou SHV et diffusant de façon clonale entre patients
hospitalisés. Depuis le début des années 2000, l’émergence et la dissémination explosive de «
nouvelles » BLSE (type CTX-M) sont observées au niveau mondial, avec un changement
radical de l’épidémiologie [3 - 4].
En Amérique latine, les bactéries productrices de KPC sont endémiques dans certains pays tels
que la Colombie et l’Argentine [51]. En Europe, on retrouve des bactéries productrices de KPC
dans presque tous les pays ; elles sont le plus souvent liées aux importations en provenance de
zones endémiques (Grèce et l’Italie) [52]. En Israël, l’endémicité des bactéries productrices de
KPC a été démontrée dans de nombreux cas associés aux soins, mais aussi visiblement dans
des cas d’infections communautaires [53].
Autre BLSE de classe A fréquemment retrouvé est la CTX-M avec un mécanisme de diffusion
plus complexes que ceux des BLSE de classe A type TEM ou SHV, mettant en jeu non
seulement une diffusion clonale de bactéries mais aussi une diffusion des enzymes via les
plasmides et/ou d’autres éléments génétiques mobiles [54].
L’isolement de MBL (classe B) transférables est, en revanche, de plus en plus fréquent. Il existe
de nombreuses variétés de MBL regroupées dans plusieurs familles : VIM, IMP, GIM, SIM,
SPM ou NDM.
La bêtalactamase IMP-1 a été isolée pour la première fois au Japon en 1990 sur un plasmide
conjugatif chez une souche de P. aeruginosa [55], puis a rapidement diffusé chez les
entérobactéries et Acinetobacter baumannii partout dans le monde [56 – 57].
La bêtalactamase VIM-1 a été isolée pour la première fois en 1997 en Italie à Vérone chez une
souche de P. aeruginosa [58].
Seules les méthodes moléculaires (PCR +/- séquençage ou hybridation sur puces à ADN)
permettent, à l’heure actuelle, de caractériser de façon précise les bêtalactamases produites par
les bactéries. Ces méthodes sont réalisées en routine dans certains laboratoires cliniques
spécialisés, pour pallier aux problèmes de la détection phénotypique des micro-organismes
producteurs de BLSE. Des kits commerciaux existent et permettent la détection des gènes
codant les carbapénèmases, y compris directement à partir des échantillons cliniques [59 – 60
- 61].
41
CONCLUSION ET
RECOMMANDATIONS
42
La résistance aux carbapénèmes des entérobactéries, en particulier par production de
carbapénèmases transmissibles, est un problème majeur de santé publique. En effet, les
infections à bactéries productrices de carbapénèmases entraînent de véritables situations
d’impasse thérapeutique [62 - 63]. Aujourd’hui, la prévalence de la résistance enzymatique aux
carbapénèmes chez les entérobactéries reste encore faible. Au Sénégal, elle commence à
apparaitre bien que la disponibilité des carbapénèmes notamment de l’imipenème soit
relativement récente.
Il convient évidemment de tout mettre en œuvre pour que cette situation reste la plus immuable
possible. Pour cela, les stratégies de dépistage et de maîtrise de la diffusion doivent être
appliquées rigoureusement. Il convient également de limiter au maximum la pression de
sélection et donc de maîtriser la prescription des carbapénèmes, grâce à la rédaction et la mise
en œuvre de recommandations d’une part, et à la présence de référents antibiotiques dans les
hôpitaux, d’autre part [64]. Les carbapénèmes sont des molécules indispensables pour le
traitement des infections à germes producteurs de BLSE, surtout dans le contexte actuel de
diffusion massive des BLSE de classe A ; type CTX-M, mais ce sont des antibiotiques qu’il est
nécessaire de préserver notamment pour lutter contre les souches productrices de BLSE de
classe B. Ce d’autant qu’il n’existe actuellement pas de perspective proche de mise sur le
marché de nouveaux antibiotiques.
Les recommandations passent par une détection et une caractérisation des BLSE qui constitue
un enjeu important en microbiologie puisqu’elle est très difficile avec les méthodes
couramment utilisées en routine et demande donc une grande vigilance.
Les méthodes phénotypiques (antibiogramme, CMI etc…) peuvent permettre entre autre
d’identifier les souches productrices de BLSE. La positivité de ces tests doit faire rechercher le
gène codant pour ces BLSE par PCR. A cet effet, il est souhaitable que le laboratoire de
microbiologie soit doté d’une unité de biologie moléculaire fonctionnelle, pour pallier aux
problèmes de la détection phénotypique des souches productrices de BLSE de classe A et B,
mais aussi maitriser la diffusion clonale des gènes de résistances entre espèces bactériennes.
43
Il est également important de formuler des recommandations à l’endroit des cliniciens,
biologistes et du personnel soignant :
Enfin, les BLSE constituent un problème de santé publique et imposent une surveillance
épidémiologique pour l’obtention d’indicateurs pertinents et adaptés, destinés au séquençage
génomique des entérobactéries productrices de bêtalactamases à spectre élargi.
44
PERSPECTIVES
La caractérisation phénotypique des classes de bêtalactamases a permis d’avoir des résultats
préliminaires. La sélection des souches d’entérobactéries doit être réalisée en utilisant les
méthodes codifiées. La confirmation des phénotypes de bêtalactamases par la biologie
moléculaire en recherchant les gènes de résistance est indispensable. Ces gènes sont portés
souvent par des éléments génétiques mobiles comme les plasmides, intégrons, transposon ou
cassettes.
Ainsi, nous voulons dans le cadre d’un travail de phD, procéder à la confirmation génotypique
des différentes classes de bêtalactamase passant par :
45
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