Chapitre 1 : les inégalités au prisme des classes sociales
Introduction :
La sociologie a donc envisagé les inégalités en terme de stratification sociale. Jusque dans les
années 80, les inégalités sont prises comme des traits structurels et systématiques des schémas
sociaux.
L’objectif de ce chapitre est d’étudier jusqu’à quand et à quel point la notion de classe sociale a
permis de rendre compte des écarts au sein de la société française au cours du XXe siècle. Il s’agira
également d’observer le déclin de la perspective de classe sociale jusqu’au moment où ce terme se
perd.
I. Les classes sociales, une émanation de l’organisation d’un système économique
La notion de classe sociale n’est pas issue de Marx mais du XVIIIe siècle en lien avec la notion
d’ordre. (revoir les ordres de l’Ancien Régime)
Mais, la notion de classe sociale n’est pas un découpage juridique comme les ordres mais le fait de
rassembler des individus en fonction de conditions sociales similaires. Il s’agit donc de classer des
individus or les critères sont variables et incertains au XVIIIe siècle.
C’est au XIXe siècle, notamment avec François Guizot, que les classes sociales s’enracinent dans
l’organisation du système économique.
Si on regarde du côté sociologique, on distingue de façon traditionnelle deux courants, deux
modèles d’analyse des classes sociales : celui issu de la théorie marxiste et celui de la théorie
weberienne. On a souvent tendance à opposer ces deux approches mais en réalité, si on regarde
bien, elles présentent un certain nombre de points convergents et parfois complémentaires et, dans
tout les cas, elles ont toutes les deux en commun une vision du capitalisme naissant et de ses effets
sur la structure sociale.
1. Au cœur de la perspective marxiste des classes sociales : le conflit
Si on veut comprendre la lecture que fait Marx des classes sociales, il faut garder en tête trois
aspects de son approche des sociétés :
-Le premier aspect c’est l’idée d’une prédominance des conditions matérielles et en particulier
des conditions matérielles de production sur tous les autres aspects de la vie sociale
(organisation politique, structure familiale, idéologies, religion,..). Ces conditions matérielles de
production (centrales dans la perspective de Marx pour comprendre les sociétés) renvoient à la fois
aux moyens de production et aux techniques utilisées pour produire des biens mais aussi aux
relations de production c’est à dire les relations qui sont établies entre ceux qui produisent. Marx va
distinguer les relations qui se construisent au sein de systèmes de production de masse où les
travailleurs peuvent interagir (industrie par exemple) de celles d’un système de production qui est
constitué de petites unités où les travailleurs sont isolés des uns des autres (joue sur la définition des
classes sociales puisqu’il y a un effet sur le sentiment d’appartenance). Ces conditions matérielles
de productions renvoient également aux modalités de la propriété des moyens de production,
notamment lorsqu’un groupe est capable de posséder ou de contrôler la plus grande part des
moyens de production. Ce pouvoir lui donne la possibilité de façonner, de maintenir les autres
aspects de la vie sociale qui lui permettent de défendre ses intérêts, qui favorisent ses intérêts. En ce
sens, ceux qui détiennent les moyens de production forment une classe dominante capable
d’imposer le modèle idéologique qui l’avantage (au niveau normatif et au niveau des valeurs).
-Le deuxième aspect est l’idée selon laquelle l’histoire de toute société repose sur l’histoire de la
lutte sociale, la lutte des classes sociales. Et, pour Marx, chaque type de société se distingue par
une organisation économique particulière. Les sociétés féodales sont basées sur le travail des serfs
qui reversent le surplus aux propriétaires terriens, les sociétés antiques sont basées sur le travail des
esclaves et enfin les sociétés capitalistes sont fondées sur le salariat et la mise à disposition des
employeurs de la plus-value.
Chacune de ces société est ainsi composée de classes antagonistes avec des intérêts divergents dans
l’organisation même de la production et chaque société se caractérise par la manière dont la classe
dominante tire profit du travail de la classe dominée. Le passage d’un mode de production à un
autre (=l’évolution historique des sociétés) s’enracine dans cette opposition de classe. En somme, la
lutte des classes est au principe des développements historiques qui font passer la société d’un stade
à un autre (antique → féodale → capitaliste).
-Le troisième aspect est l’idée selon laquelle les changements dans la base matérielle (conditions
matérielles de production) de la société conduisent inévitablement à un changement social
total. Un des points forts de la théorie marxiste est en effet que les contradictions entre les moyens
de productions et les valeurs, idéologies, conduisent à une transformation radicale de la société. Et
cette contradiction, notamment dans les sociétés capitalistes, réside dans l’opposition entre la
propriété privée des moyens de production aux mains de quelques uns et des modes de production
de plus en plus collectifs. Les travailleurs qui sont numériquement plus nombreux devraient
reconnaître que leurs intérêts sont en opposition avec les modalités de distribution de récompense
du travail qui vont vers ceux qui possèdent. Et donc, ils devraient s’associer pour se battre pour
défendre leur intérêt. Pour Marx, les sociétés capitalistes vont reposer sur cette opposition
essentielle.
Pour Marx, la société capitaliste est solidement assise sur une structure de classe qui va
déterminer l’accès au pouvoir, à la richesse et au statut (référence à Balandier). Les classes
sociales se distinguent par le type de travail que les uns effectuent mais surtout par la position que
ces hommes et ces femmes occupent dans l’ensemble du système de production et la façon dont ils
sont récompensés de leur travail par rapport à celui des autres membres de la société. En ce sens, le
système de production capitaliste divise et dessine les oppositions entre d’un côté la bourgeoisie,
qui dispose du capital et qui est propriétaire des moyens de productions. Et, parce qu’elle
dispose du capital et des moyens de production, elle peut s’accaparer, s’approprier la plus-value
(=différence entre la valeur du bien selon la quantité nécessaire à sa fabrication et la valeur du bien
tel qu’il est vendu sur le marché).
De l’autre côté, on a le prolétariat qui produit les biens qui sont à la source de la plus-value
tout en fournissant cette plus-value à une autre classe. En d’autres termes, le prolétariat se
caractérise par l’exploitation c’est à dire par l’achat de leur force de travail par la bourgeoisie qui
peut ainsi bénéficier du fruit de ce travail. On voit que dans la définition même des classes sociales
chez Marx, celle-ci est construite sur un rapport de domination, d’exploitation d’une classe par
rapport à d’autres.
Dans la perspective marxiste, les classes sociales n’existent pas en tant que telles. Elles n’existent
que parce qu’elles sont liées les unes aux autres, on a une théorie profondément relationnelle des
rapports entre les uns et les autres. Malgré toute l’importance que Marx accorde au travail et à la
position occupée à l’intérieur du processus de production, pour lui il ne saurait exister une classe
sans conscience de classe. Il ne suffit pas qu’un groupe d’individu occupe la même position
objective dans la structure économique pour former une classe, il faut également qu’ils en
aient une conscience subjective. La grande force de la bourgeoisie provient d’ailleurs de cette
sympathie de classe, de sa conscience de partager les mêmes intérêts et de la nécessité de les
protéger en s’associant (il ne faut pas oublier à quel point la bourgeoisie agit comme une classe
sociale).
Chez Marx, la conscience d’appartenir à une classe n’est pas entièrement inhérente à la position que
les individus occupent dans les rapports de production. Ce qui est à l’origine de la conscience et
de la loyauté de classe, qui empêche que les liens qui unissent les membres d’une même classe
se dissolvent c’est le conflit, le fait de défendre ses intérêts face aux autres. Donc, le ciment de
la conscience de classe chez Marx c’est la lutte des classes.
Le facteur essentiel de la structure sociale qui contribue à fixer les classes et leurs frontières, c’est
bien la lutte entre les classes de sorte qu’elles n’existent que tant qu’elles sont en lutte puisque la
conscience d’appartenir à une classe provient de l’antagonisme de classe. Les classes sociales ne
partagent pas les mêmes intérêts dans un système de production et, dans le cadre d’un système de
production capitaliste, un système d’exploitation.
La paysannerie ne forme pas une classe en tant que telle puisqu’elle n’est pas capable de défendre
ses intérêts, elle n’a pas conscience de classe.
-Dernier aspect de la théorie marxiste des classes : les positions que les hommes occupent dans les
rapports de production régissent la vie sociale, politique et spirituelle. Donc, la position qu’un
individu occupe dans la stratification sociale du travail affecte non seulement la quantité de
pouvoir qu’il détient mais également son statut social et sa personnalité. L’idée qu’il va
indiquer c’est que les positions dans les rapports de production gouvernent tous les autres aspects de
la vie des hommes ainsi que leur idéologie (l’ensemble des valeurs, des idées, des représentations
mentales).
Il n’y a pas, chez Marx, entre le monde des idées, des valeurs, de la politique et la stratification en
classes sociales. C’est d’ailleurs pour ça qu’il voit l’État, dans une société où la bourgeoisie est
dominante comme un moyen par lequel la bourgeoisie défend ses privilèges et ses droits, il est
l’instrument de la classe dominante et non un arbitre entre les classes sociales. C’est en ce sens que
Marx notamment va critiquer très fortement l’idéologie égalitariste des démocraties occidentales
fondées sur les droits de l’Homme qui ne relèvent, pour lui, que de la morale bourgeoise
encourageant alors le repli sur des intérêts individuels et ses (la bourgeoisie) intérêts dans la
structure économique et sociale.
2. Les classes sociales dans la société marchande : la lecture weberienne
L’analyse de la structure sociale de Weber porte en elle en réalité une critique du marxisme. Il faut
savoir que Weber va construire sa théorie en critique à Marx. En particulier, Weber critique
très fortement le réductionnisme économique de Marx, cette idée au fond que la dimension
économique déterminerait l’ensemble de l’action sociale. En ce sens, Weber critique
l’interprétation principalement économique de l’histoire des sociétés puisque, pour Weber, une des
caractéristiques de la modernité est justement d’avoir rompu les liens qui unissait très fortement la
classe sociale, le statut social et le pouvoir politique (dans les sociétés d’ordres notamment).
Donc, pour Weber, dans la société il n’existe pas qu’une division en terme de classe, il existe
d’autres divisions qui sont indépendantes des classes. Un des questionnements face à la
structuration des sociétés pour Weber sera alors d’interroger si les trois divisions qui existent dans
une société vont ensemble ou non. Ce pourquoi Weber va distinguer trois types de division des
sociétés. Si on regarde du côté de la notion de classe sociale, d’une certaine façon, Weber
transforme la notion de classe telle que la définit Marx : contrairement à Marx (qui donne à la fois
une définition économique et sociale des classes où la lutte des classes à une place majeure), Weber
se limite à définir les classes par la situation économique des individus.
De plus, pour Weber, les classes ne reposent pas uniquement sur la propriété des moyens de
production et encore moins sur la conscience d’appartenir à un ensemble avec des intérêts communs
à défendre.
Plus que des classes sociales en tant que telles, Weber s’attache à définir ce que l’on pourrait
appeler des situations de classe et ces situations de classe se définissent comme la chance
« typique » de disposer de biens ou de services permettant de se procurer des rentes ou des
revenus. En somme, les classes consistent en des regroupements de personnes qui partagent une
situation économique similaire, équivalente, par rapport au marché du travail, aux biens
économiques qui ouvrent la voie à des opportunités de revenus.
Parmi ce qui peut construire ces opportunités de revenus, Weber va effectivement évoquer les
moyens de production et leur possession : il évoque la classe des possédants. Mais, il fait aussi la
part-belle au niveau de qualification des travailleurs en particulier puisque, dans ces sociétés
capitalistes où l’on assiste à une expansion des techniques de productions, on assiste à une
démultiplication des qualifications nécessaires alors on va commencer à différencier des niveaux
professionnels selon les qualifications. Donc, en plus du fait de posséder ou non les moyens de
production, les qualifications deviennent aussi un déterminant dans la chance de disposer des
opportunités de revenus.
Si on reprend, pour Weber, la classe sociale se définit par la chance pour des individus
d’accéder aux biens et aux revenus et non sur des oppositions collectives selon un mode de
production économique.
Le point de départ de Weber, c’est bien la situation économique individuelle avec l’idée que les
individus, du fait de leur famille, profession, des capitaux qu’ils disposent, du fait de leurs
qualifications, ou encore de la région dans laquelle ils habitent, vont avoir des chances inégales
d’accéder à des biens. Ce qui va définir ces chances inégales, ce sont des situations de classes
différentes.
On voit que pour Weber le conflit n’occupe pas une position centrale dans la définition des classes.
Mais, cela ne veut pas dire qu’il ne considère pas cette question du conflit mais que pour lui elle
n’est pas un élément essentiel de la définition. Le conflit est possible, sous réserve de certaines
conditions socio-économiques, de structuration d’une communauté de travail et d’un adversaire
direct, visible et bien identifié.
Il y a donc des individus qui peuvent prendre conscience de la similarité de leurs intérêts et
organiser une action commune dans la mesure où ils sont capables d’identifier un adversaire mais la
classe ne repose pas sur un sentiment d’appartenance lié à ce même ensemble.
Dans sa tentative de désignation des classes sociales, globalement Weber va distinguer quatre
classes sociales : la classe ouvrière, la petite bourgeoisie, l’intelligentsia et la classe des
possédants.
Classe ouvrière : massivement constituée d’individus dénués de biens matériels et sans pouvoir
dans l’organisation de la production. Ce sont les travailleurs pauvres ou précaires qui vendent leur
force de travail sans en tirer d’avantages matériels.
Classe des possédants : accaparement de la direction des moyens de production des biens+ plus
grande chance d’édifier une fortune à partir de surplus (revenus de capitaux immobiliers,
honoraires, salaires) + capacité d’influencer les politiques économiques et les groupements
politiques de façon à maintenir leur chance de profit.
Petite bourgeoisie : couches sociales de travailleurs intermédiaires qui n’appartiennent ni aux
classes des possédants ni à la classe ouvrière. Elle est parfois désigné par Weber sous le terme de
classe moyenne quand elle est associée à l’intelligentsia. Elle se qualifie comme un objectif difficile
à atteindre de la classe ouvrière.
Intelligentsia : intellectuels et spécialistes sans biens, plus couramment qualifiée que la petite
bourgeoisie, constituée globalement de fonctionnaires des échelons supérieurs + capacité,
possibilité d’accès à la classe des possédants.
Les mobilités sociales possibles : classe ouvrière → petite bourgeoisie
intelligentsia → possédants
Chez Weber, la classe sociale renvoie à la situation économique des individus et au fait d’être dans
une même situation économique. Ce qui l’amène à définir deux autres formes de stratification : une
forme liée au pouvoir et aux partis et une autre forme liée au statut social, la distinction, le
prestige, l’honneur.
Pouvoir : les moyens par lesquels un groupe parvient à dominer et à influencer les autres pour un
but ou pour un autre.
Chez Weber, cette question du pouvoir ne repose pas sur des qualités naturelles de l’individu qui
l’exerce (charisme, autorité naturelle) mais c’est la reconnaissance d’une légitimité de l’autorité
associée au statut que les individus occupent dans le système social. Et, pour Weber, dans les
sociétés industrielles et marchandes, cette dimension du pouvoir prend d’autant plus d’importance
que ces sociétés reposent sur la bureaucratie. On reconnaît du pouvoir à des positions et non pas à
des qualités individuelles.
La question qui se pose : dans quelle mesure un groupe va obtenir le contrôle ou la possibilité
d’influencer à travers cette organisation bureaucratique. Si il y parvient, le pouvoir de ce groupe est
forcément accru. Et, un des outils d’influence de cette bureaucratie c’est cette question des partis.
Donc, le pouvoir chez Weber et la stratification du pouvoir va se travailler autour de la capacité à
créer et à disposer des partis. Ce qu’il remarque c’est que les classes possédantes sont celles qui
parviennent à obtenir une meilleure représentativité dans la sphère politique à travers ces partis
alors que la dépossession matérielle implique le plus souvent une faiblesse de représentativité au
sein de cet univers politique. Parce que, pour lui, le problème d’une influence entre classe
économique et dimension du pouvoir nécessite des financements et cette classe économique est en
mesure de pouvoir financer les partis et donc d’asseoir son influence plus importante dans la sphère
politique.
A côté, une dernière forme de division, de domination sociale pour Weber est la dimension du
statut. Cette dimension statutaire est liée en fait au prestige, à l’honneur, qui sont associés au style
de vie de ceux qui occupent des positions considérées qui peuvent plus ou plus élever. Le statut est
une qualité d’honneur à l’opposé de la privation d’honneur social qui se joue avec des modes
de vie.
Dans les sociétés modernes, ce statut découle pour beaucoup de la profession ou du niveau
d’instruction qui permet aux personnes de se distinguer les uns des autres. Ces modes de vie, avec
les principes, les idéaux, les valeurs qui leurs sont associés, peuvent servir de fondement des
classements sociaux. Ils permettent d’introduire un clivage entre ceux qui partagent ces modes de
vie et ceux qui ne les partagent pas et donne ainsi lieu à la constitution de groupes de statuts qui
jouissent d’un prestige particulier à l’intérieur d’une société.
En ce sens, cette dimension du statut conduit à un usage sélectif des interactions sociales puisque
l’on va se constituer à partir d’affinités, d’intérêts communs. La manière dont on construit nos
interaction va s’appuyer sur des éléments de prestige ou de ce qu’on est, qui nous amène à
constituer des groupes de statuts. Ces groupes vont constituer des barrières autour d’eux par
l’intermédiaire de pratiques culturelles excluantes, par le fait qu’ils restreignent les interactions
sociales. Se forment ainsi des cercles sociaux qui partagent les mêmes marqueurs identitaires,
statutaires. Ces groupes de statut, plus que les classes sociales, sont dotés d’une forte conscience
commune qui peut leur permettre de se mobiliser pour défendre des finalités personnelles.
II. L’âge d’or des classes sociales : une catégorie politique, savante et indigène.
Ce concept de classe sociale qui s’élabore comme une catégorie savante au fil du XIXe siècle, va
jouir d’une portée et d’une aura exceptionnelle au cours du XXe siècle. Puisque, ce concept va jouer
un rôle de structuration dans l’organisation politique.
Les classes sociales seront également au cœur des représentations sociales (=catégorie indigène) et
elles deviendront un fil d’analyse partagé au sein de la recherche sociologique. Toutes les sociétés
industrielles européennes du XXe siècle connaîtront des formes de structuration et de représentation
de classe dans l’espace politique avec des partis ouvriers et des partis bourgeois.
Cf ouvrage : Luc Boltanski, « L’âge d’or des classes sociales » in François Dubet, Inégalités et
justice sociale (2014).
On assiste à un âge d’or des classes sociales où l’existence des classes devient un fait d’État, un fait
d’expérience et un fait sociologique.
Objectif de la partie : 1. comprendre le succès du concept de classe sociale en montrant comment
les classes sociales se sont inscrites au cœur même de la construction des États-nations.
2. Comment cette notion est devenu un concept clef lors de la renaissance de la sociologie après la
Seconde Guerre Mondiale et enfin, 3. comment la représentation en terme de classe va servir de
source d’identification et d’action des individus.
1.Les classes sociales au cœur de la construction des états nations
La France des années 60 voit triompher un projet politique, économique et social qui est issu des
tensions et des conflits des années 30 : il consistait en une intégration sociale au sein d’un état
nation fondé sur la reconnaissance des classes sociales dans une perspective de progrès social et de
croissance économique.
Au cours des années 30, on voit que les principales forces politique convergent vers l’idée
que les sociétés sont constituées d’un état nation divisé en classes sociales. Les classes sociales dans
ce projet politique renvoient à la propriété, à la profession et à la place occupée dans le système de
production.
Le premier aspect de l’état nation est le caractère autoritaire de cet état, le deuxième aspect est basé
sur la complémentarité entre les classes: d’un côté les forces corporatives qui insistent sur les
échanges et de l’autre une vision plus inspirée du marxisme qui met l’accent sur l’intérêt
incompatible. Le troisième aspect est la question nationale puisque certains courants politiques
voyaient d’un bon œil les intérêts économiques des états fascistes.
En réalité, ce projet voit le jour à la fin de la 2GM et va culminer à la fin des années 60 puisque la
société s’institutionnalise avec la mise en place d’un état nation fort et bien au delà de ses fonctions
régaliennes.
L’état se dote d’une capacité productrice en nationalisant des grandes entreprises comme EDF, il
devient la cheville ouvrière d’une société sociale. Il va se donner un rôle d’arbitre entre les
partenaires sociaux c’est à dire entre les syndicats ouvriers
et du patronnât
- Hors si on regarde cet état, il reconnaît à travers un certains nombre d’actions les classes
sociales que ce soit par les élections, la place des syndicats, les résultats des négociations
tripartites, les accords salariaux
- L’harmonie de cette société repose sur un partage jugé à peu près équitable de la
distribution ou de la redistribution entre les classes des biens publics et privés ou des
bénéfices de la croissance
- La garantie de cet équilibre est la paix sociale étant dédié à cet état
- Mais cette harmonie ne signifie pas que le chemin vers l’équité soit pas conflictuel au contraire
elle a souvent était signe de conflits sociaux
- On voit comment les classes sociales sont au cœur même de la construction des états depuis
les années 30 jusqu’à récemment
2)La renaissance de la sociologie: un fort déterminisme social
- Cette sociologie qui reprend son essor dans les années 50
- A partir de travaux d’analyse statistique qui décrivent l’analyse de biens financiers,
d’équipement, de services en fonction des groupes sociaux
- C’est en effet à la même époque que l’INSEE se dote d’un outil de représentation des
groupes sociaux à travers la première nomenclature: CSP
- Ces tableaux qui construisent des liens entre les CSP et ce qui relèvent d’équipement et
de servies vont être interpréter en tant que classes sociales ou d’opposition aux classes
sociales
- Ces tableaux montrent un écart entre le bas de la hiérarchie sociale et le haut de cette
hiérarchie
- Cette sociologie des années 60-70 dans la lignée des ouvrages de Maurice Halbwachs
« esquisse d’une psychologie des classes » en 1938 et réédité en 1963
- D’autres travaux vont transposé la notion de culture, terme utilisé par Mead, Linton pour parler
des société traditionnelles
- Ces travaux vont transposé la notion de culture à l’étude des classes sociales en
supposant que chaque classe est doté d’une identité et d’une culture propre dont les
traits dépendent des conditions faites aux membres et à la position de ces classes
- Bourdieu montre que l’espace des positions sociales construit en terme de capitaux se
traduit par des pratiques (sportives, alimentaires, possession de biens, représentation du
monde...) fait le lien ente mode de vie et position sociale par l’idée qui cela va être encré
chez l’individu sous forme de dispositions
- Il défend l’idée d’un habitus de classe avec l’idée que se trouve dans les classes un
nombre de pratiques et de goûts ce qu’il appelle les styles de vie et dont les agents
portent la même vision sur le monde
- Il considère qu’il existe des luttes symboliques pour la définition du style de vie légitime
et donc l’imposition de la bonne façon d’être, du bon goût de ce qui convient d’aimer etc
dans la mesure où la classe dominante et celle qui parvient à imposer aux autres classes
ses propres manières de vivre et de juger
- La sociologie prend en compte dans les années 60 l’importance de l’école et de la reproduction
dans la culture en soulignant le rôle de la famille
- La sociologie construit une représentation du monde en utilisant le concept de classe sociale
3)Les classes sociales comme source d’identification et d’action
- Alors même que la socio commente les inégalités entre classe sociale on a un nombre d’acteur
qui vont faire l’expérience de mobilité sociale
- Cette expérience de la rupture avec le milieu d’origine, la difficulté d’insertion dans le
milieu d’accueil, le sentiment de s’y trouver comme un étranger va être mis en récit et
image qui donne à voir la réalité des classes, la différences de mode de vie entre les
classes
- Ces changements ont pour effet de multiplier le nombre d’individu vivant une rupture avec leur
parent
- Et la socio va lui conférer un caractère collectif: celui de la différence des classes
- Cet âge d’or des classes sociales s’inscrit dans un double paradoxe; d’un côté quand les
classes sociales vont structurées la société industrielle est sans doute celui où les
inégalités vont se réduire très sensiblement de l’autre l’écart entre les groupes
commencent à se creuser dans les années 60 et les inégalités vont être plus visible
- Revenir sur les mutations de la société française qui ont boulversé l’équilibre de la société et
qui ont mené à penser une moyennisation de la société
III-Le déclin de la notion de classes sociales
- De nombreux éléments concourent à cela tant du cote des sociologues que des acteurs
1. La réduction des inégalités objectives
- On peut repérer trois grandes mutations: la disparition d’un certains nombre d’agricoles,
forme d’embourgeoisement du monde ouvrier, montée des groupes intermédiaires
A-Fin de la société paysanne
- H. Mandras « la fin des paysans » en 1967
- Constate dans son ouvrage qu’au lendemain de la 2GM la France demeure une société
paysanne avec 45% population qui vit en commune rurale et 35% qui vivent de l’agriculture
- 40 ans plus tard la France est devenue pays urbanisé avec agriculture moins de 5% de la
population active et que agriculture représente plus que 3% de la réduction nationale
- Durant le 20e l’économie française a parfait sa mutation industrielle et a perdu sa base
paysanne, elle s’est accomplie en deux décennies d’une modernisation accélérée
- Décrit la disparition de la civilisation agraire
- Pour G. DUBY société paysanne a trois caractéristiques:
• Société fondée sur économie de la subsistance et de l’auto consommation avec
production autarcique qui a peu de lien avec la société globale
• Économie agricole qui repose sur le groupe domestique (le foyer familial, domestiques,
mains ouvrières) et qui constitue l’héritage
• Organisation économique s’inscrit dans une société d’interconnaissance où se déploie
une forte identité commune mais où s’exerce également un contrôle social rigoureux
- Rapport de domination fort avec des différences d’âges et de sexe visibles et qui s’imposent à
tous
- Les paysans d’autre fois vivent dans la peur habituelle des puissants
- Ce modèle d’agriculture dure jusque la fin de la 2GM
- Ce monde paysan va disparaître dans le contexte de reconstruction à la suite de la 2GM
car on assiste à un changement de politique vis vis de l’agriculture qui va passer d’un
maintien du monde paysans à un système d’adaptation pour intégrer l’agriculture au
monde industriel
- À travers cette révolution silencieuse la production agricole se transforme radicalement
elle devient une activité qui s’appuie sur l’agrandissement et la spécialisation des
exploitations et sur l’utilisation croissante de processus industriel et d’une croissance
continue d’une production instrumentalisée
- Conséquence importante: émergence de nouveaux travailleurs devenues de véritable
entrepreneurs qui obéissent moins au lois de la nature qu’aux règles du marché et de la
technique, ils se sont professionnalisés et se sont insérés dans une économie de marché en
développant des capacités d’organisation
- Quand Mondras annonce la fin des paysans il annonce l’apparition de nouvelles modalités
d’agricultures davantage techniques et plus ancré dans le capitalisme et donc l’apparition
d’agriculteurs exploitants
B-L’embourgeoisement de la classe ouvrière
- La France commence à s’industrialiser au début du 20e
- Développement rapide la métallurgie et à partir de là on distingue deux générations d’ouvriers:
Première génération : Elle va être le fer de lance des luttes sociales des années 30 et du front
populaire et va
permettre des conquêtes sociales en particulier la semaine de 40H et les congés payés, les
droits sociaux acquis grâce à eux vont permettre le mythe de la classe ouvrière comme
acteur majeur
Deuxième génération : Composée d’ouvrier née entre les deux guerres qui vont entré dans usine en
1950: prend le relai de la prétendent en renforcent les institutions ouvrières, cependant alors même
qu’elle s’inscrit dans un prolongement des luttes de la génération récente, elle manifeste
aussi à une volonté de quitter les usines et d’accéder à des privilèges jusque la réserve à la
bourgeoisie comme le confort et l’instruction, elle se transforme radicalement et cherche à se
débarrasser des stigmates.
C’était au moment même où la classe ouvrière s’installait qu’elle allait décider ou chercher à sortir
de sa condition ouvrière et des stigmates qui faisaient son appartenance au monde ouvrier.
Quels sont les facteurs qui participent à cette transformation du monde ouvrier et à cette volonté des
ouvriers de quitter leur monde ?
- Nette amélioration des conditions de vie ouvrière : constatée au niveau des conditions de l’habitat
puisque les nombreuses constructions de logement des années 50/60 permettent aux ouvriers l’accès
à des logements plus grands, davantage proportionnés à la taille de leur famille et à des logements
disposant d’accessoires de confort comme le chauffage central, l’eau courante, les sanitaires,…
Nombre d’entre eux vont accéder à la propriété et il y aura un effort considérable d’accès à la
propriété surtout auprès des populations ouvrières.
On l’observe également à travers les équipements des foyers que ce soit en terme d’électroménager
(c’est le moment où le réfrigérateur, la télévision, le lave-linge,… arrivent dans tous les foyers) ou
même d’automobile : quelque chose qui était réservé à certains va devenir un bien pour tous. De ce
point de vue, dans un temps extrêmement court, la classe ouvrière va réduire les retards de ses
conditions d’existence sur les autres classes.
- La désindustrialisation du pays et les modifications radicales des conditions de production:déclin
de la grande industrie (grand charbonnage, sidérurgie, textile), robotisation des chaînes de
production (automobile notamment). Ces deux phénomènes vont changer, transformer radicalement
la nature du métier ouvrier, de l’emploi ouvrier. On va sortir de la figure de l’ouvrier à la chaîne (ou
ouvrier issu de la grande industrie) pour peu à peu donner sa place à des manutentionnaires, à des
préparateurs de commandes, à des chauffeurs ou encore des ouvriers d’entretien ou des agents de
nettoyage qui seront, par ailleurs, plus souvent embauchés dans des petites entreprises.
Lire Le monde ouvrier
On assiste donc à partir du milieu des années 70 à une réduction du nombre des ouvriers dans la
société : on va passer dans les années 50/70 de 40 % d’emploi ouvriers à l’aube des années 2000 à
26 %. On assiste dans la même période à une forme de tertiarisation de l’emploi ouvrier.
- Le déclin de la mobilisation politique et syndicale