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Le document présente un ouvrage intitulé 'Expériences de la nature', qui explore les œuvres de Jules Verne, Georges Canguilhem et Marlen Haushofer. Il aborde des thèmes tels que la relation entre l'homme et la nature, l'expérience vécue et les implications philosophiques et éthiques de cette interaction. Le sommaire détaille les différentes parties et chapitres, ainsi que des analyses et comparaisons des œuvres citées.

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Le document présente un ouvrage intitulé 'Expériences de la nature', qui explore les œuvres de Jules Verne, Georges Canguilhem et Marlen Haushofer. Il aborde des thèmes tels que la relation entre l'homme et la nature, l'expérience vécue et les implications philosophiques et éthiques de cette interaction. Le sommaire détaille les différentes parties et chapitres, ainsi que des analyses et comparaisons des œuvres citées.

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Expériences de la nature

Jules Verne, Vingt mille lieues sous les mers


Georges Canguilhem, La Connaissance de la vie,
« Introduction : La pensée et le vivant », « I. Méthode »,
« III. Philosophie – chapitres II-V »
Marlen Haushofer, Le Mur invisible
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Kishore Christophe Annoussamy


Émeline Baudet
Christophe Cervellon
Muriel van Vliet

Expériences de la nature
Jules Verne, Vingt mille lieues sous les mers
Georges Canguilhem, La Connaissance de la
vie, « Introduction : La pensée et le vivant »,
« I. Méthode », « III. Philosophie –
chapitres II-V »
Marlen Haushofer, Le Mur invisible
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ISBN : 978-2-13-088890-1
Dépôt légal — 1re édition : 2025, juin
© Presses Universitaires de France / Humensis, 2025
170 bis, boulevard du Montparnasse, 75014 Paris
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SOMMAIRE

PREMIÈRE PARTIE
Cours
Introduction générale (par Christophe Cervellon).............................. 15
Équivocité de la nature................................................................ 15
Équivocité de l’expérience........................................................... 19
Équivocité du génitif................................................................... 21
« On me dit une mère et je suis une tombe » (Vigny) : l’expérience
douloureuse de la nature .............................................................. 24
La nature, froideur et laideur ........................................................ 24
L’expérience de la nature comme prise de conscience .................... 27
L’expérience de la nature comme « révélation » et « dévoilement »... 32
Phusis et Natura........................................................................... 32
« La nature est plus en profondeur qu’en surface » (Cézanne)........... 38
L’expérimentation comme objectivation de la nature et la finalité.... 40
Les limites de l’expérience comme limites de toute connaissance
possible de la nature ................................................................ 40
L’expérience : une question de méthode....................................... 42
De la pensée méthodique de la nature à l’expérience méthodique ... 46
L’expérience problématique de la finalité naturelle......................... 48
La nature est un sujet ....................................................................... 52
La diathèse « moyenne » entre experientia et experimentum ................ 54
La nature comme « agent intentionnel »........................................ 57
« Subjectification » et « personnification » de la nature .................... 59
La nature est une norme globale ...................................................... 63
La nature est la condition nécessaire de toute moralité .................... 63
« L’éthique de la terre » ............................................................... 66
Animalisme, humanisme et écologie : « une affaire triangulaire » ..... 68
La nature : sublime ou belle ? L’expérience esthétique de la nature.. 70
La nature est-elle sublime ? .......................................................... 71
La nature « sublimée » par l’art...................................................... 73
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8 Expériences de la nature

Vingt mille lieues sous les mers


Jules Verne (par Émeline Baudet) ................................................... 79
Éléments biographiques : Jules Verne, des voyages rêvés aux
voyages vécus ............................................................................... 81
Vingt mille lieues sous les mers en son temps ....................................... 83
Résumé de Vingt mille lieues sous les mers .......................................... 86
Partie I – 1. Situation de départ (chapitres 1 à 3)............................. 86
Partie I – 2. Premier séjour en mer : à bord de l’Abraham Lincoln
(chapitres 4 à 6)....................................................................... 87
Partie I – 3. Découverte du Nautilus (chapitres 7 à 13) .................... 88
Partie I – 4. Début de l’exploration des fonds marins, du Japon vers
l’océan Indien (chapitres 14 à 22).............................................. 88
Partie I – 5. Mystérieuse intervention de Nemo et drame humain
(chapitres 23 et 24).................................................................. 89
Partie II – 6. De l’Océanie vers la Méditerranée (chapitres 1 à 7) ..... 89
Partie II – 7. Dans l’Atlantique (chapitres 8 à 12)............................ 90
Partie II – 8. Le pôle Sud et ses dangers (chapitres 13 à 16) .............. 90
Partie II – 9. La remontée de l’Atlantique (chapitres 17 à 20)........... 91
Partie II – 10. La colère du capitaine Nemo et la fin du voyage
(chapitres 21 à 23) ................................................................... 91
Les personnages et leurs expériences de la nature............................. 92
Le professeur Aronnax : l’homme de science, le conteur ................. 93
Le capitaine Nemo : le héros sombre de la mer .............................. 96
Conseil, fidèle compagnon d’hier et d’aujourd’hui......................... 100
Ned Land, harponneur hors pair et caractériel bon vivant............... 101
Les « expériences de la nature » : sens et appropriation par les
différents personnages.............................................................. 104
La mer, un espace de savoirs et de découvertes scientifiques ............ 106
Un récit conçu comme une succession d’enquêtes où est mise en
valeur une véritable démarche scientifique ................................ 107
Un récit de voyage qui s’apparente à une exploration scientifique et
didactique du monde marin..................................................... 109
Le triomphe de la raison scientifique............................................. 111
La mer, un espace d’émerveillement ................................................ 112
Une déclaration d’amour aux mondes marins................................ 112
La poésie en prose de Jules Verne.................................................. 113
La nature comme spectacle ou l’inversion du regard ....................... 116
L’expérience de la vie à travers le Nautilus ..................................... 119
Les expériences d’une nature sous-marine monstrueuse ................. 120
L’expérience d’une nature humaine à rebours du monde océanique 122
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Sommaire 9

Une vision pessimiste de l’humanité, oppressive et source


d’injustices ............................................................................. 123
Le soutien apporté à l’insurrection crétoise : Nemo vengeur mais
bienfaiteur, sur les pas d’illustres prédécesseurs............................ 124
Quand Nemo bascule du côté obscur : une revanche impitoyable.... 126
Folie des hommes et volonté de détruire : le roman de l’anticipation
écologique ?........................................................................... 127

La Connaissance de la vie, « Introduction : La pensée et le


vivant », « I. Méthode », « III. Philosophie – chapitres II-V »
Georges Canguilhem (par Muriel van Vliet) ............................... 131
La place de la théorie du vivant de Canguilhem dans l’histoire de la
biologie et de la médecine ........................................................... 131
Brève histoire de la pensée du vivant et de la naissance de la
médecine comme science........................................................ 131
L’émergence de questionnements épistémologiques, le début de la
médecine expérimentale à la fin du XIXe siècle et les progrès de
la médecine par l’étude du cerveau au XXe siècle ....................... 141
La place de La Connaissance de la vie (1952) dans cette histoire des
sciences du vivant et la postérité de son œuvre ........................... 146
Georges Canguilhem, un philosophe devenu médecin ..................... 149
Comprendre le scientifique et le penseur engagé............................ 149
Éléments bibliographiques majeurs............................................... 151
Problématiques et thématiques orientées vers la compréhension des
expériences de la nature........................................................... 152
Résumés thématiques des chapitres de La Connaissance de la vie au
programme................................................................................... 157
Résumé de « l’introduction », sous-titrée « La pensée et le vivant »... 157
Résumé de [I.] Méthode – « L’expérimentation en biologie
animale »................................................................................ 158
Résumé de [III.] Philosophie, chapitre 2 : « Machine et organisme » 161
Résumé de [III.] Philosophie, chapitre 3 : « Le vivant et son
milieu ».................................................................................. 166
Résumé de [III.] Philosophie, chapitre 4 : « Le normal et le
pathologique »........................................................................ 172
Résumé de [III.] Philosophie, chapitre 5 : « La monstruosité et le
monstrueux » ......................................................................... 174
Approche thématique transversale de l’ouvrage ................................ 177
L’expérience vécue au cœur du processus de compréhension du
vivant dans son milieu ............................................................. 177
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10 Expériences de la nature

La mise à l’épreuve par la maladie de l’individu .............................. 179


Place de Canguilhem dans l’histoire de la biologie et de la médecine
comme connaissance du vivant................................................. 181
Clinique et thérapeutique centrées autour du soin au patient........... 183
En quête de sens......................................................................... 184

Le Mur invisible
Marlen Haushofer (par Kishore Christophe Annoussamy) ......... 187
Introduction : l’expérience de la nature, anéantissement ou
révélation ?................................................................................... 187
La nature ténébreuse, lieu d’inquiétude et de tourments .................. 192
Une nature souveraine, inflexible et violente ................................. 192
De l’impassibilité au déchaînement................................................. 192
Une expérience de l’inconnu et du danger ....................................... 194
Une douleur physique et morale .................................................. 196
Le travail harassant de la nature .................................................... 196
Solitude, inquiétude et accablement................................................. 198
S’adapter pour survivre................................................................ 200
L’instinct de survie ...................................................................... 200
Une adaptation progressive : des savoirs et des outils......................... 202
Reconfigurer son rapport à l’environnement : la nature comme
espace ambivalent d’un possible réenchantement de l’être et du
monde ......................................................................................... 205
Un nouveau rapport au monde animal ......................................... 205
Communiquer avec le monde animal ?............................................ 206
La fondation d’une communauté nouvelle........................................ 208
L’expérience du sublime et de la contemplation............................. 210
Plénitude et contemplation : la vallée, l’alpage ................................. 211
La nature comme « agrandissement », expérience des sens et exigence
de confrontation au vrai............................................................. 214
Le risque de l’engloutissement et de l’assimilation............................. 216
Métamorphose et mise à plat : une nouvelle expérience de la durée,
de l’introspection à la remotivation de l’être et de son rapport
à la nature .............................................................................. 220
La reconfiguration des priorités : une expérience de l’épure
et de l’ascèse............................................................................ 221
Une révélation de soi : le travail de la durée .................................... 223
Une expérience radicale : éthique et politique de l’immersion dans
la nature ....................................................................................... 226
Une expérience féminine (pour une lecture écoféministe du
roman)................................................................................... 227
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Sommaire 11

Le monde masculin : une double menace ? ...................................... 228


Un récit d’émancipation(s)............................................................. 231
Rapport à la nature et expérience du soin ..................................... 235
Prendre soin de l’environnement, perpétuer l’aliénation ?................... 235
Nourrir, se nourrir ....................................................................... 238
Vers une nouvelle conception de l’humain ?.................................. 241
Contre les vanités ........................................................................ 242
La nature, modèle et partenaire d’une reconfiguration des attentes
et des valeurs........................................................................... 244
Conclusion : survivre à la nature ? ................................................... 247

Comparaison des œuvres (par Kishore Christophe Annoussamy) ...... 251


Puissance de la nature ...................................................................... 251
L’homme et la nature....................................................................... 255
La science ........................................................................................ 259
Le monstrueux................................................................................. 264
Les animaux..................................................................................... 268
Le soin............................................................................................. 272
L’aventure ........................................................................................ 276

SECONDE PARTIE
Outils
Citations commentées des œuvres................................................... 283
Citations commentées de Vingt mille lieues sous les mers..................... 283
Citations commentées de La Connaissance de la vie ........................... 295
Citations commentées du Mur invisible ............................................. 313

Technique du résumé et de la dissertation..................................... 327


Nature de l’épreuve ......................................................................... 327
Technique du résumé....................................................................... 331

Résumés corrigés ............................................................................... 347


Sujet no 1 : Frédéric Worms, Revivre. Éprouver nos blessures et nos
ressources, « Nous sommes vivants »................................................ 347
Sujet no 2 : Henri Bergson, L’Évolution créatrice (1907)..................... 353
Sujet no 3 : Manuel Mauer, Foucault et le problème de la vie,
« Chapitre VI. Historicité de la vie » ............................................ 359
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12 Expériences de la nature

Technique de la dissertation ............................................................. 367

Dissertations corrigées ....................................................................... 381


Sujet no 1 : Frédéric Worms, Revivre, éprouver nos blessures et nos
ressources........................................................................................ 381
Sujet no 2 : Henri Bergson, L’Évolution créatrice (1907)..................... 395
Sujet no 3 : Manuel Mauer, Michel Foucault et le problème de la vie..... 401
Sujet no 4 : Manuel Mauer, Michel Foucault et le problème de la vie..... 405
Sujet no 5 : Frédéric Worms, Revivre. Éprouver nos blessures et nos
ressources........................................................................................ 407

Bibliographie ....................................................................................... 409


Crédits des illustrations ..................................................................... 417
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Cours
PREMIÈRE PARTIE
Cours
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Cours
Introduction générale

Équivocité de la nature
Disons immédiatement les choses : si le mot « expérience », en
dépit de sa tension entre d’une part l’experientia, l’épreuve subjec-
tive, heureuse ou malheureuse, d’une chose, et, d’autre part, l’exper-
imentum, la mise à l’épreuve objective et contrôlée d’un
phénomène, a une signification à peu près réglée, le mot « nature »
est particulièrement équivoque, et signifie à peu près tout et
n’importe quoi.
Le mieux est ici de se reporter à ce qu’écrit André Comte-
Sponville dans son Dictionnaire philosophique :

La phusis chez les Grecs, comme la natura chez Lucrèce ou Spinoza, c’est le
réel lui-même, considéré dans son indépendance, sa spontanéité, dans son
pouvoir d’auto-production ou d’auto-développement. S’oppose en cela à
l’art ou à la technique (comme ce qui est fait tout seul à ce qui est fait par
l’homme) et au divin (comme ce qui se développe ou change à ce qui est
immuable). Peut se dire en un sens général (la nature est l’ensemble des êtres
naturels) ou en un sens particulier (la nature d’un être, qu’on appelle parfois
son essence, étant alors ce qu’il y a en lui de naturel : son « principe, comme
dit Aristote, de mouvement et de fixité »). S’oppose dans les deux cas au
surnaturel et au culturel : la nature, c’est tout ce qui existe, ou qui semble
exister, indépendamment de Dieu – sauf bien sûr à définir Dieu comme la
nature elle-même – ou indépendamment des hommes 1.

Valéry disait du mot « liberté » qu’il ne disait pas grand-chose,


mais qu’il chantait beaucoup. On pourrait dire de même du mot
1. André Comte-Sponville, Dictionnaire philosophique, Paris, Puf, « Dictionnaires Qua-
drige », 2021, p. 397.
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16 Expériences de la nature

« nature », qui peut signifier bien des choses et qui peut être diffé-
remment connoté selon qu’il s’oppose à « la culture », à « la cou-
tume », à « la liberté », à « la grâce » », à « la ville », à « l’histoire », à
« l’artifice », à la « métaphysique », voire aux sujets supposés investis
de droits subjectifs inamissibles si on leur oppose une possible « loi
naturelle ». On pourrait ainsi faire « une liste à la Prévert » de tout
ce que la nature n’est pas… Et réciproquement, « nature » semble
être le synonyme de tout et de n’importe quoi, si « nature » devient
le terme général de tout ce dont nous pouvons avoir l’expérience.
« Nature » peut ainsi et très paradoxalement désigner jusqu’à l’envi-
ronnement humain en général, qui change avec la culture, avec
l’histoire, l’ensemble de tous les artifices que l’homme aura libre-
ment produits, depuis son habitat jusqu’aux créations intellectuelles
les plus raffinées. Comme l’écrit Jean-François Lyotard dans La
Condition postmoderne : « L’Encyclopédie de demain, ce sont les
banques de données. Elles excèdent la nature de chaque utilisateur.
Elles sont “la nature” pour l’homme postmoderne 1. » Si la nature
signifie notre environnement biologique, mais aussi bien notre
environnement le plus culturel, exemplairement les « banques de
données », on s’y perd naturellement un peu…
Tantôt « nature » ne signifie rien d’autre dans un couple
conceptuel que le « faire-valoir » d’un autre concept important ;
tantôt « nature » signifie ce qu’est vraiment une chose ou une per-
sonne, son « essence », abstraction faite de tout ce qui a pu lui être
ajouté, historiquement ou accidentellement ; tantôt « nature »
signifie ce qui est en excès ou en écart au regard des activités
humaines, le « degré zéro » de la culture ; mais puisque nous avons
transformé « la nature », celle-ci s’identifie dès lors à tout ce que
l’homme expérimente autour de lui, en lui, par lui et grâce à lui,
à condition que cela soit devenu sa « condition » présente, et
« nature » signifie alors à peu près tout, et donc là encore pas grand-
chose.
1. Jean-François Lyotard, La Condition postmoderne, Paris, Minuit, 1979, p. 84-85.
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Introduction générale 17

Cours
Le mot « nature » est l’un des mots les plus équivoques qui soit,
disions-nous, qui dit tout et qui ne dit rien, qui surtout change de
sens selon les oppositions conceptuelles dans lesquelles il intervient
(nature/culture, nature/liberté, nature/art, nature commune/indi-
vidus singuliers, nature/habitats humains) et qui est tantôt valorisé
positivement (« c’est la nature », c’est donc « bien », originaire, fon-
damental, authentique, un fait à respecter ou bien tout au contraire
une norme à retrouver…), tantôt dévalorisé (« c’est la nature », c’est
donc un donné archaïque, une factualité à transformer et à fuir),
ce qui prétend s’imposer à nous mais que l’homme a toujours-déjà
dépassé, car plus rien n’est simplement « naturel » chez l’homme
qui, par le simple fait de penser la nature, la dépasse par son activité
et son intelligence, produisant ainsi une « seconde nature ». Et
d’ailleurs, y a-t-il seulement trace en nous d’une « première
nature », s’interroge Pascal ?

Les pères craignent que l’amour naturel des enfants ne s’efface. Quelle est
donc cette nature sujette à être effacée ? La coutume est une seconde nature,
qui détruit la première. Mais qu’est-ce que nature ? Pourquoi la coutume
n’est-elle pas naturelle ?
J’ai grand peur que cette nature ne soit elle-même qu’une première cou-
tume, comme la coutume est une seconde nature 1.

Les animaux domestiques, comme le chien Lynx ou la vache


Bella chez Haushofer, loin d’être ainsi « naturels », sont les produits
des mille et une transformations voulues par l’homme à partir des
premiers spécimens de la « vie sauvage ». Et il ne s’agit pas là d’une
simple évolution biologique, dans le cadre du darwinisme, mais de
l’intervention historique, intentionnelle, des hommes qui accé-
lèrent et prétendent orienter l’évolution possible, avec plus ou
moins de réussite, par mille « essais-erreurs ».
De quoi parle-t-on en somme lorsque l’on parle de « nature »,
si ce n’est de ce dont l’homme fait chaque jour l’expérience et, en
même temps, de ce dont l’homme ne peut plus et même n’a jamais
1. Blaise Pascal, Pensées, fr. 93 (éd. Brunschvicg).
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18 Expériences de la nature

pu faire l’expérience, si l’homme est cet être qui « par nature » n’a
pas de nature, ou la conteste, ou la transforme, ou prétend décider
librement de sa propre nature et des autres choses du monde qu’il
crée ou modifie autour de lui ?
Si la nature, c’est le revers de la culture, l’homme, être d’abord
et avant tout culturel, a-t-il rapport avec elle ? Ne constitue-t-elle
pas un « concept-limite », ce que nous devinons derrière toutes nos
expériences, mais ce dont nous ne faisons jamais l’expérience
directe, ce qui nous entoure et nous fait face mais qui reste par
définition étranger à nous, toujours au-delà de nos prises et de nos
moyens de connaissance, ce que Marcel Conche appelle une « tota-
lité intotalisable », ou ce que Blumenberg nomme une « métaphore
absolue 1 » qui résiste à toutes les totalisations précaires de notre
savoir comme à nos vains efforts de précision conceptuelle ?
Comme l’écrit Marcel Conche dans Présence de la nature, la
nature est une « énigme » et Conche parle même dans un syntagme
figé de l’« Énigme Nature 2 », si celle-ci est pour nous à la fois ce
qu’il y a de plus familier, puisque nous y sommes et que nous en
sommes, et ce qu’il y a de plus étrange puisque nous ne pouvons
la saisir : « La pensée est finalement une essentielle perplexité devant
deux énigmes : l’énigme de la Nature et corrélativement l’énigme
de l’homme 3. »
On peut même dire que la nature n’existe tout simplement pas,
qu’elle relève moins de l’ordre de la connaissance que du phan-
tasme, ou du désir, si comme l’affirme Clément Rosset dans L’Anti-
Nature : « La nature est ce qui reste quand on a de toutes choses
biffé les effets de l’artifice et du hasard 4. »
Loin de pouvoir ainsi être l’expérience d’une nature englobante
et immuable, toute expérience humaine, vécue ici et maintenant,
hic et nunc, en ce qu’elle implique de préméditation contrôlée ou
1. Voir Hans Blumenberg, Théorie de l’inconceptualité, Paris, L’Éclat, 2017.
2. Marcel Conche, Présence de la nature, Paris, Puf, « Quadrige », 2016, p. 11.
3. Ibid., p. 49.
4. Clément Rosset, L’Anti-nature, Paris, Puf, « Quadrige », 2016, p. 20.
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Introduction générale 19

Cours
bien au contraire de contingence irréductible, serait au contraire la
négation d’une nature comprise comme « fait brut », incontrôlable,
universel et nécessaire.
La nature : ce dans quoi nous sommes nécessairement, mais
aussi ce que nous avons toujours-déjà perdu… Et c’est précisément
à partir de cette description/définition que la nature prend sens :
ce dont nous ne pouvons que faire nécessairement et simplement
l’expérience, c’est-à-dire l’épreuve joyeuse ou triste, mais en même
temps ce que nous espérons retrouver par une expérimentation
complexe, difficile, volontaire. Il s’agit de retrouver en somme ce
que nous ne pouvons pas perdre ni oublier, puisque la nature est
naturellement présente dans toute expérience, mais comme nous
l’avons toujours-déjà perdue et oubliée, la nature constitue aussi
bien l’objet d’expérience, ou d’épreuve, ou de mise à l’épreuve,
singulière et rare.

Équivocité de l’expérience
Or le terme « expérience », s’il est sans doute moins équivoque
que celui de « nature », comme nous le disions en commençant, a
malgré tout un emploi très large, depuis l’épreuve la plus subjective,
la plus subie, la plus passive, la plus déconcertante, à la mise à
l’épreuve « expérimentale » la plus préméditée et la plus activement
contrôlée. Parler des expériences de la nature, c’est ajouter au mot
« nature » déjà équivoque non seulement la diversité rebelle des
« éléments » de la nature qui constituent le terme possible de notre
connaissance intellectuelle ou sensible (la mer, la forêt, la montagne,
mais aussi bien les êtres vivants ou non qui composent ces milieux,
poissons, arbres, veaux, vaches, cochons, etc.), mais également les
différentes manières d’en prendre connaissance.
Voici là encore ce qu’écrit André Comte-Sponville dans son
Dictionnaire philosophique :

EXPÉRIENCE. Notre voie d’accès au réel : tout ce qui vient en nous du


dehors (l’expérience externe) et même du dedans (l’expérience interne), en
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20 Expériences de la nature

tant que cela nous apprend quelque chose. S’oppose à la raison, mais aussi
la suppose et l’inclut. Pour un être dépourvu d’intelligence, aucun fait ne
ferait expérience, puisqu’il ne lui apprendrait rien. Et un raisonnement pour
nous n’est qu’un fait comme un autre. Ainsi on ne sort pas de l’expérience ;
c’est ce qui donne raison à l’empirisme et qui lui interdit d’être dogma-
tique 1.

Mais « expérience » ne veut pas dire « expérimentation », si


expérimentation est la mise en forme réfléchie et critique, la mise
en culture si l’on veut, d’une expérience naïve ou naturelle :

EXPÉRIMENTATION. Une expérience active et délibérée ; c’est interro-


ger le réel au lieu de se contenter de l’entendre (expérience) ou même de
l’écouter (observation). Se dit spécialement de l’expérimentation scienti-
fique qui vise ordinairement à tester une hypothèse en la soumettant à des
conditions inédites, artificiellement obtenues (le plus souvent en laboratoire)
et reproductibles. Cela suppose qu’on cherche quelque chose et même,
presque toujours, qu’on sache ce qu’on cherche ; il n’y a pas d’expérimenta-
tions sans une hypothèse préalable et une théorie, fût-elle fausse ou provi-
soire, de référence. « Pour un esprit scientifique, écrit Bachelard, toute
connaissance est une réponse à une question. S’il n’y a pas eu de question,
il ne peut y avoir de connaissance scientifique. Rien ne va de soi. Rien n’est
donné. Tout est construit » (La Formation de l’esprit scientifique). L’expérimen-
tation est une expérience qui ne va pas de soi, une expérience construite 2.

Plus encore : une expérience a non seulement un objet


(« quoi ? ») et un moment (« quand ? »), mais des modalités
(« comment ? »), des degrés (une expérience peut être plus ou moins
intense…), des causes ou des raisons (« pourquoi ? ») car je peux être
confronté à une expérience non voulue ou au contraire voir dans
telle expérimentation (experimentum) une méthode très consciem-
ment suivie et réfléchie pour résoudre une difficulté. Si le concept
de « nature » est ainsi équivoque, il y a de surcroît bien des manières
de « faire l’expérience », comme on dit, de cette nature, si tant est
que c’est nous qui « fassions » activement cette épreuve, au lieu que
1. André Comte-Sponville, Dictionnaire philosophique, op. cit., p. 233.
2. Ibid.
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