Cours Com Partie II
Cours Com Partie II
A la fin des années 70, naissent de nouvelles théories du commerce international, inspirées des travaux
d’économie industrielle. Ces théories opèrent plusieurs ruptures par rapport aux théories
traditionnelles :
i) elles raisonnent en termes de structures de marché et non au niveau macroéconomique. Le cadre de la
concurrence pure et parfaite est délaissé au profit de celui de la concurrence imparfaite, en introduisant
notamment les hypothèses de rendements d’échelle croissants et de différentiation des produits.
ii) elles tentent d’expliquer l’échange intrabranche entre pays développés. L’existence de différences
entre les pays n’est plus une condition nécessaire à l’échange international. Des pays similaires peuvent
trouver un intérêt mutuel à commercer afin d’exploiter, par exemple, des économies d’échelle.
iii) elles introduisent une dimension dynamique par l’analyse de l’évolution temporelle de la
spécialisation des pays alors que les théories traditionnelles sont essentiellement statiques (à
l’exception du théorème de Rybczynski).
iv) enfin, la participation au CI n’est pas nécessairement un jeu à somme positive ; certains pays y
perdent ce qui justifie le recours au protectionnisme.
B D
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A : La phase de l’émergence (produit intensif en technologie)
Au cours de cette phase, il n’existe pas d’échange international. Le monopole vend et teste son
produit sur le marché national. Le prix est élevé et le bien est consommé par de riches consommateurs
du pays innovateur.
B : La phase de croissance (produit intensif en capital)
La production du bien augmente et devient une production de masse. Des économies d’échelles
apparaissent et font baisser les prix. La demande se développe dans les pays développés et donne lieu à
un flux d’exportation dont bénéficie le pays innovateur qui exploite la rente de monopole que lui
confère l’exclusivité de la nouvelle technologie. Quant aux PED, on assiste à une faible importation de
ce bien par une franche de la population occidentalisée.
C : La phase de maturité (produit intensif en travail qualifié)
Sous l’effet de l’imitation du produit, le pays innovateur perd progressivement son avance
technologique au profit des pays imitateurs précoces. Les productions deviennent alors de moins en
moins compétitives du fait des coûts de transport et des barrières douanières. Cela oblige les firmes du
pays innovateur à remplacer les exportations par une délocalisation de la production vers les pays
imitateurs. Les pays suiveurs deviennent fortement exportateurs à la fois vers le pays innovateur et
surtout vers les PED.
D : Phase de déclin (produit intensif en travail non qualifié)
En fin de cycle, le produit est complètement banalisé avec un fort contenu en travail non qualifié ce
qui justifie, désormais la délocalisation de sa production vers les pays imitateurs tardifs (les PED) pour
alimenter à la fois la demande locale et éventuellement une demande résiduelle dans les pays leaders et
suiveurs.
En résumé, on note que l’ensemble des relations entre les différentes phases du cycle du produit et ses
échanges internationaux amènent à la conclusion suivante : un pays détient un leadership
technologique et un avantage comparatif dans le CI de produits nouveaux lorsqu’il réalise de façon
absolue plus de dépenses en recherche et développement que ses partenaires à l’échange. Ces
partenaires peuvent obtenir des AC dans d’autres nouveaux produits ou dans les produits situés
dans les autres phases de leur cycle.
2.2- Cycle du produit et investissement international
L’approche du commerce international en termes de cycle de vie du produit contient également une
explication des investissements étrangers et de la multinationalisation des firmes.
a) La délocalisation dans les pays développés
La délocalisation dans les pays s’explique par la concurrence. Sur ses marchés extérieurs, la firme
innovatrice est concurrencée non seulement par des firmes de son pays d’origine mais aussi par des
firmes des pays étrangers qui arrivent à imiter le produit. Pour se défendre la firme va délocaliser en
partie sa production dans le pays imitateur et tirer les avantages suivants :
- mieux contrôler le marché d’accueil en élevant des barrières à l’entrée de la branche afin de
limiter les nombre de firmes concurrentes sur le même créneau ;
- mieux connaître le marché d’accueil et mieux exploiter ses capacités ;
- devancer les autres firmes de son pays dans cette nouvelle production et prolonger ainsi son
avance.
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b) La délocalisation dans les PED
Lors de la dernière phase du cycle, les coûts en travail non qualifié prennent une importance
particulière. Les firmes en se délocalisant dans les PED espèrent tirer les avantages suivants :
- Abaisser les coûts de production et le prix en utilisant une main d’œuvre abondante et peu
onéreuse.
- Conserver à moindres coûts ses produits de bas de gamme afin de fidéliser une demande portant
d’abord sur les produits banalisés et qui ensuite pourrait se reporter sur les produits
sophistiqués ;
- Elargir sa sphère d’influence au niveau mondial en adoptant une stratégie de production
complètement multinationalisée. Dans ce cadre et dans la mesure où il n’y a plus de secrets
technologiques concernant le produit, la délocalisation de la production peut se réaliser par
l’intermédiaire de la sous-traitance internationale et/ou par la vente des licences.
La figure ci-dessous montre l’évolution du transfert international des activités au court du cycle de vie
du produit.
Figure 5 : Cycle de vie du produit et transfert international des activités
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- les principales firmes multinationales disposent de réseaux bien établis de production dans le monde
entier et souvent introduisent des nouveaux produits simultanément sur plusieurs marchés plutôt que de
commencer la production dans leur pays d’origine ;
- la production à l'échelle mondiale : les différentes composantes du bien sont produites dans différents
pays en fonction des avantages comparatifs. Cette stratégie permet d'exploiter les économies d'échelle
et de bénéficier des aides à l'investissement offertes par les différents pays ;
- tous les produits ne suivent pas nécessairement l’évolution traditionnelle du cycle de vie : ex coca-
cola (longue phase de maturité), téléphonie mobile (longue phase de lancement), le passage direct de la
phase de lancement à celle de la maturité (la mode vestimentaire) …
Conclusion
L’approche néo-technologique propose des explications des échanges fondées sur l’écart technologique
et les décalages temporels dans l’innovation technologique entre nations. Cette explication permet de
comprendre une partie du CI en particulier l’échange des biens où la R&D est importante, comme pour
les produits chimiques et électroménagers. Vernon suggère qu’elle s’applique toujours pour les sociétés
qui débutent leur expansion internationale et pour celles dont les produits nécessitent d’importants
niveaux d’expérimentation et d’incertitude dans les premières étapes de la production. Mais elle n’est
pas formalisée et ne donne pas d’explication à l’existence des déséquilibres nationaux et la coexistence,
dans de nombreuses branches, d’importations et d’exportations.
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Chapitre 5 : LES THEORIES EXPLICATIVES DU COMMERCE INTRABRANCHE
Si la théorie ricardienne et le modèle HOS ont été à la base de l’ouverture internationale des
économies, elles n’étaient cependant pas aptes à rendre compte de la réalité des échanges. En
particulier, ses hypothèses l’amènent à exclure du champ d’analyse les échanges intrabranches et la
multinationalisation des firmes. L’approche néo-factorielle, à la suite du paradoxe de Leontief a tenté
de sauver le modèle HOS en posant que les facteurs de production sont hétérogènes d’un pays à un
autre. L’approche néo-technologique explique les échanges internationaux en termes d’écart
technologique et donc prolonge l’idée de Ricardo selon laquelle les différences de productivité entre
pays proviennent de différences de technologie.
Contrairement aux approches néo-factorielle et néo-technologique qui visaient à renforcer la vision
traditionnelle axée sur la logique de différence, les approches contemporaines se proposent d’expliquer
les échanges intrabranches à partir des hypothèses de la concurrence imparfaite. Deux hypothèses sont
généralement explorer, à savoir les rendements croissants (approche par les économies d’échelle) et la
différenciation des produits (approche par la demande).
Avant d’exposer ces différentes approches, nous présenterons la notion de commerce intrabranche.
Selon les théories traditionnelles, l’échange international conduit à importer les facteurs localement
rares et à exporter les facteurs localement abondants. Ainsi les caractéristiques des biens exportés
diffèrent de celles des biens importés (matières premières et biens manufacturés, biens de
consommation finale et biens d’équipement, etc.) en technologie de production (intensité factorielle
K/L). Elles traitent donc du commerce interbranche.
L’essor du commerce de produits manufacturés entre pays développés a favorisé le développement
d’une forme nouvelle de commerce : les échanges intrabranches.
Tableau 11 : Les échanges de la France par branche d’activité en 2002
Taux de
Imports Exports Solde
couverture
TOTAL (en millions d’euros) 322 647 326 180 3 533 103,2
Industrie civile 260 896 274 949 14 053 105,4
dont :
Biens de consommation 54 431 49 458 - 4 973 90,9
Industrie automobile 36 627 47 750 11 123 130,4
Biens d’équipements 69 328 78 154 8 826 112,7
Biens intermédiaires 98 854 98 213 - 641 99,4
Divers 1 656 1 374 - 282 83,0
Matériel militaire 676 3 230 2 554 477,9
Secteur agroalimentaire 30 587 38 972 8 385 127,4
Energie 30 488 9 029 - 21 459 29,6
Source : Douanes Françaises.
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Sur le tableau 11 on constate que la France importe et exporte d’importantes quantités de biens
manufacturés et de bien d’équipement contrairement aux recommandations de la théorie de la
spécialisation internationale.
Le commerce intrabranche se définit comme l’échange croisé de produits similaires (c’est-à-dire
importations et exportations de produits relevant de la même branche d’activité) entre des pays à
niveau de développement semblable. A l’exception du Japon, les principaux pays industrialisés
connaissent une expansion de leur commerce intrabranche qui est aujourd’hui estimée à plus de 50%
des échanges entre les pays développés.
La structure des échanges internationaux qu’ils soient interbranches ou intrabranches dépend de la
nature des avantages comparatifs dont le fondement réside dans la différence des coûts comparés
autarciques. Or, en échange, cette différence n’est pas observable. On ne peut donc pas estimer les
avantages comparatifs théoriques. Dans les études empiriques, on se réfère à des indicateurs d'«
avantages comparatifs révélés » par les flux commerciaux qui sont des instruments de mesure de la
spécialisation internationale des pays
X ij
∑ X ij
Bali j = i
∑X j
i
j
∑∑ X
i j
i
j
Si Bali j > 1 le pays j a un avantage comparatif dans la branche i et sa spécialisation dans cette branche
est d'autant plus forte que l'indicateur prend une valeur élevée.
Si 0 < Bali j < 1 le pays j a un désavantage comparatif dans la branche i et le désavantage dans cette
branche est d'autant plus grand que l'indicateur est proche de 0.
- Le taux de couverture comparatif
Il consiste à rapporter le résultat de l’indicateur de Balassa par le résultat que cet indicateur donnerait
du côté des importations.
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X ij
∑ X ij
i
∑X j
i
j
∑∑ X i
j
TCCi j = i j
M ij
∑ M ij
i
∑M j
i
j
∑∑ M
i j
i
j
Xi − Mi
bi =
Xi + Mi
bi = −1 ⇒ Commerce interbranche, désavantage comparatif, le pays est uniquement importateur.
bi = 1 ⇒ Commerce interbranche, avantage comparatif, le pays est uniquement exportateur.
Xi − Mi
g i = 1 − bi = 1 −
Xi + Mi
0 < g i < 1 , en l’absence de commerce intrabranche, cet indice est nul. Le commerce intrabranche est
d’autant plus important que l’indicateur est proche de 1. La mesure du commerce intrabranche (gi) est
donc le complément de celle de l'interbranche (bi).
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Figure 6 : Les flux des échanges interbranche et intrabranche
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industries sont concentrées dans un lieu donné (zone franche), ce qui leur permet de bénéficier
d’infrastructures plus développées, d’une offre de services plus appropriée ou encore d’une offre de
travail spécialisée plus compétente et plus productive ainsi que des «retombées en connaissances» plus
importantes. Contrairement aux économies d’échelle internes les économies d’échelle externes sont
compatibles avec la persistance de la concurrence.
2.1.2- Les économies d’échelle externes et les échanges internationaux
Il existe des liens étroits entre la présence de rendements d’échelle croissants et le commerce
international. Si les rendements sont constants ou décroissants, la production mondiale peut se répartir
uniformément sur l’ensemble de la planète sans perte d’efficacité. Si des économies d’échelle externes
existent de manière significative dans la production d’un bien donné, elles ont pour effet de favoriser,
toutes choses égales par ailleurs, les nations qui produisent des volumes importants de ce bien. Il en
découle que l’entrée sur le marché international de nouveaux exportateurs capables potentiellement de
produire à des coûts unitaires plus faibles, peut alors être impossible.
Figure 7 : Avantage comparatif et imperfection de la concurrence
Sur le graphique ci-dessus le pays B pourrait approvisionner le marché mondial dans de meilleures
conditions (PB < PA) mais son entrée sur le marché est impossible. En effet, un nouveau pays ne peut
d’emblée s’emparer de tout le marché mondial et une production dans le pays B de quantité inférieure à
Q* se fait toujours à un coût supérieur à celui atteint en A, en raison des économies d’échelle externes.
Cette analyse permet de tirer les remarques suivantes :
- la taille du marché intérieur d’une nation est, en présence d’économies d’échelle externes, un
facteur explicatif du commerce international. D’après KRUGMAN : “ ce n’est pas essentiellement
parce qu’un pays est plus compétitif dans un produit qu’il l’exporte mais surtout en exportant qu’il
devient plus compétitif".
- les spécialisations internationales résultant des économies d’échelle externes sont stables, même
si les avantages comparatifs se modifient (un nouveau pays, accédant à la technologie, capable
potentiellement de produire à un coût unitaire plus faible en raison de l’infériorité des coûts salariaux
ne pourra pas rentrer sur le marché) ;
- des « accidents historiques », à l’origine d’une production donnée dans un pays spécifique, peuvent
se révéler décisifs dans la création des flux commerciaux internationaux. La date d’entrée dans la
production des firmes d’un pays devient un facteur essentiel pour expliquer la spécialisation
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internationale : les premiers pays entrés bénéficient d’un avantage qui ne peut être rattrapé par d’autres
concurrents.
- les économies d’échelle constituent donc une barrière à l’entrée d’un secteur. En économie
internationale, c’est un argument en faveur de la protection des industries naissantes. On retrouve
l’idée de « protectionnisme éducateur » évoqué par Friedrich List en 1841.
Dans notre exemple, si B (nouvel entrant) protège son marché national, il produira pour sa
consommation intérieure d’abord. Dès que les quantités atteindront le niveau Q*, B pourra affronter le
marché international après avoir développé sa production pour son marché intérieur à l’abri des
barrières douanières.
2.1.3- Les économies d’échelle internes et les échanges internationaux.
Lorsqu’il existe des économies d’échelle internes aux firmes les marchés deviennent oligopolistiques,
voire monopolistiques. Le nombre de firme dépend, pour une fonction de demande donnée, de la
fonction de coût. Si celle-ci présente des économies d’échelle interne pour l’ensemble des quantités
demandées, le marché est un monopole.
Sur un marché contestable (pas de barrières à l’entrée et à la sortie des marchés, les capitaux investis
doivent pouvoir être redéployés dans une autre activité sans que cela implique des pertes), les firmes
installées fixent leur prix à un niveau égal à leur coût moyen. En effet, si le prix est établi à un niveau
supérieur, l’entrée de concurrents potentiels va ramener le prix au coût moyen.
Supposons que la fonction de demande pour un bien quelconque soit identique dans deux pays
différents (A et B). En revanche, les coûts moyens de production ne sont pas les mêmes, en raison par
exemple de dotations factorielles différentes. Le marché étant contestable, il existe, dans chacun des
deux pays, une seule firme en raison des rendements d’échelle internes croissants ; l’équilibre des deux
marchés peut être représenté sur la même figure.
Figure 8 : L’équilibre de monopole sur deux marchés contestables
A l’ouverture des frontières, le marché mondial (somme des deux marchés nationaux) sera
approvisionné par le monopoleur du pays B. Les consommateurs gagnent à l’ouverture des nations aux
échanges : le prix est plus faible, les quantités consommées sont plus importantes.
Ainsi, l’existence d’économies d’échelle interne, dans le cas de marchés contestables, se traduit
finalement par l’émergence de monopoles mondiaux. Le monopole qui se maintient sur chaque
marché est celui qui a la courbe de coût moyen la plus faible.
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L’ouverture de l’économie à la concurrence profite donc aux consommateurs sous forme d’une
augmentation des quantités consommées et d’une baisse des prix. En revanche, le monopoleur du pays
A est contraint de cesser son activité avec pour conséquence immédiate des destructions d’emplois. A
moins qu’il ne choisisse de différencier son offre. Contrairement donc à l’enseignement traditionnel, le
libre-échange, dans le cas d’économies d’échelle internes l’échange international a un effet ambigü sur
le bien-être de la nation.
En résumé, l’échange est mutuellement bénéfique sous la concurrence imparfaite si chaque pays se
spécialise dans la production du bien qui dispose du marché domestique le plus large.
2.1.4- Economies d’échelle et gain à l’échange international
Dans les industries caractérisées par des économies d’échelle, l’échelle de production et la variété de
biens qu’un pays peut produire sont toutes deux conditionnées par la taille du marché. En formant un
marché mondial intégré qui est plus grand que chaque marché national, les nations atténuent ces
contraintes. Le commerce international permet à chaque pays de produire plus efficacement un registre
limité de biens et d’accroître la variété des biens disponibles pour ses consommateurs. En effet,
l’augmentation de la production dans l’un des biens génère des gains de productivité, grâce aux
économies d’échelle, et donc un avantage comparatif. De plus, les consommateurs sont davantage
satisfaits. En conséquence, si la production des biens échangés présente des économies d’échelles,
le CI offre l’occasion de gains mutuels même si les pays ne diffèrent pas en termes de technologie
ou de dotations factorielles.
En présence d’économie d’échelle, les coûts d’opportunités sont décroissants et la FPP de deux biens
est convexe par rapport à l’origine. En effet, les coûts augmentent moins que proportionnellement
par rapport à l’augmentation de l’output et tout déplacement des ressources productives d’un
secteur entraîne une baisse plus que proportionnelle de la production.
Figure 9 : Illustration des gains à l’échange en présence d’économie d’échelle
Sur cette figure la FPP nationale est la courbe XmaxAYmax et le point A représente l’équilibre
autarcique. Avec l’échange international, le pays atteint l’équilibre de consommation au point B
correspondant au niveau d’utilité U1 > U0. Chaque pays gagne à l’échange international s’il y a des
économies d’échelle dans les 2 secteurs.
Toutefois, il existe des situations où le libre échange en présence d’économies d’échelle, détériore le
bien-être d’un pays relativement à l’autarcie :
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Cas 1 : la spécialisation incomplète d’un petit pays
Sur la figure ci-après, le petit pays B importe des montres du grand pays A qui approvisionne le marché
mondial au prix PA suffisamment bas pour bloquer l’entrée des producteurs de B sur le marché.
Cependant, si le pays B se fermait complètement aux échanges des montres, il serait capable de fournir
son marché à un prix plus faible PB.
Figure 9 : Spécialisation incomplète d’un petit pays
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produites dans un pays est limité. Cette restriction disparaît grâce au CI. La participation à l’échange
international permet :
- un accroissement des quantités produites par les firmes, ce qui conduit à une diminution du coût
moyen et donc du prix ;
- un élargissement de la gamme de produits offerts, permettant aux consommateurs de bénéficier d’une
plus grande variété de produits à des prix plus bas.
Selon l’approche par la demande représentative de Linder, les perspectives de vente sont avant tout
nationales ; les producteurs vont donc produire des biens correspondants à ceux recherchés par la
population locale. Le marché extérieur n’est alors que le prolongement du marché intérieur. Plus les
pays sont semblables, et plus la gamme des produits exportables est identique à la gamme des produits
importables. Les échanges s’effectuent donc entre pays semblables et concernent des produits proches,
qui recherchent de nouveaux débouchés sur des marchés extérieurs où la demande pour ce type de
produit existe déjà. La proximité des pays en termes de niveau de développement permet un
échange croisé de produits similaires.
L’approche de la demande de différence de Lassudrie-Duchêne prolonge la théorie de Linder. Si les
échanges croisés portent sur des produits semblables, ceux-ci sont hétérogènes même si leur utilité est
la même. Ils vont différer par leur couleur, leur packaging, leur publicité, leur marketing, leur image, le
service après-vente proposé… Cette différenciation des biens permet de satisfaire une demande dite de
variété ou de « demande de différence ». Le commerce international ne s’explique pas tant par des
différences de prix, et donc de coûts de production, mais par la demande des consommateurs pour
la variété, et donc par des politiques stratégiques de recherche, de qualité, de marketing et de
publicité. La participation au CI permet ainsi d’améliorer la satisfaction des consommateurs qui
peuvent choisir entre de nombreuses variétés d’un bien et permet également d’élargir le marché
potentiel des entreprises. La compétitivité structurelle supplante alors la compétitivité-prix.
3. Le commerce intra-firme
L’essor du commerce international est concomitant d'une explosion du nombre de firmes
multinationales. Longtemps, celles-ci se sont cantonnées à la recherche d’un accès aux matières
premières, de faibles coûts de main-d’œuvre, puis d’une proximité avec la demande locale. Désormais,
de plus en plus d’entreprises organisent leur production à l’échelle mondiale et génèrent de ce fait une
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part grandissante du commerce via les échanges entre leurs filiales. Une firme transnationale (FTN) ou
multinationale (FMN) est une entreprise composée d’une société mère située dans le pays d’origine et
qui contrôle ou détient un ensemble d’entreprises appelées filiales. Le commerce intra-firme désigne
les échanges de biens à l’intérieur d’une FTN, c’est-à-dire entre la maison mère et ses filiales ou entre
ses filiales. En 2004 on dénombrait environ 70 000 FMN disposant de 690 000 filiales à l’étranger ce
qui donne en moyenne 9,86 filiales par FMN et employant environ 57 millions de salariés (source :
CNUCED 2005).
La multinationalisation d’une entreprise peut se réaliser suivant cinq types de stratégie :
- une stratégie d’approvisionnement lorsqu’une firme décide de s’assurer de la régularité de ses
approvisionnements en produits primaires (matières premières, énergie) ;
- une stratégie de marché qui consiste en ce qu’une firme cherche à se rapprocher de ses principaux
marchés par le biais de « filiales-relais » généralement spécialisées dans la commercialisation et la
distribution.
- une stratégie de rationalisation de la production selon laquelle une firme décide de l’implantation de
« filiales atelier » qui peuvent être en charge de la production de la totalité du produit ou d’un de ses
composants. Lorsqu’une filiale atelier a pour seule fonction le montage des différents composants d’un
produit, on parle alors d’« usine tournevis » ;
- une stratégie technico-financière par laquelle une firme prend en compte les données technologiques
et commerciales (qualité de la main-d’œuvre, infrastructure, débouchés, transport,...) mais aussi des
données commerciales et financières (taux de change, niveau de prélèvement obligatoire, ...) avant de
s’implanter sur un territoire donné.
- une stratégie globale qui intègre les stratégies précédentes selon les opportunités de coûts, de marché,
de nouveautés technologiques et de gains financiers. La FMN produit et vent simultanément sur les
divers marchés mondiaux. Elle multiplie les accords de coopération en créant des filiales communes :
les joint-ventures, engagement dans la R&D, fourniture de services, participations minoritaires.
La stratégie globale est celle qui caractérise l’expansion des FMN depuis la fin des années 80
entrainant la montée en puissance de grands groupes internationaux comme Ford, Intel, McDonald’s,
Nestlé, Nike, Coca-cola, IBM, etc. La puissance économique des FMN génère des effets sur :
- la nature du commerce mondial qui est de plus en plus intra-firme marqué par la division
internationale du travail ;
- l'emploi et les revenus à travers les délocalisations et le transfert d’activités d’un pays vers un autre
pays ;
- les politiques nationales des Etats par leur capacité à influencer les gouvernements et les institutions
internationales (OMC, Banque Mondiale, Commission Européenne, …)
La volonté d’analyser la nature des spécialisations a abouti naturellement à l’apparition de
développements essayant d’expliquer les flux commerciaux intra-firmes à partir du comportement
stratégique de firmes : la théorie de la firme. Cette nouvelle approche qui constitue le prolongement de
celle de la concurrence imparfaite, enrichit la théorie du commerce international, en lui permettant
notamment d’expliquer des phénomènes qui lui étaient auparavant inaccessibles : quelles firmes
servent les marchés étrangers ? Et comment les servent-elles? Dans quelles circonstances ont-elles
recours à la sous-traitance internationale plutôt que nationale ?
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Conclusion
Le commerce international est aujourd’hui davantage caractérisé par le rôle croissant de la technologie
et de l'innovation expliquant en partie les échanges entre pays à degré de développement comparable et
par la montée inexorable des échanges de produits similaires différenciés. Le premier fait a reçu une
réponse du courant néo-technologique du commerce international. Les économies d’échelle et la
différenciation des produits, déterminants des échanges intrabranches expliquent le second.
Les différences et les similarités sont deux facteurs à la base du développement du CI qui, loin d’être
exclusives ou alternatives, se complètent dans des dosages variables selon les produits et les pays. Par
rapport aux résultats des théories traditionnelles, les nouvelles théories du commerce international
inversent la causalité du commerce international. Au lieu d'être préalables aux échanges commerciaux
comme chez Ricardo ou Heckscher et Ohlin, les avantages comparatifs et la spécialisation découlent de
l'échange international lui-même.
De façon générale, alors que la théorie traditionnelle ambitionne de fournir un modèle explicatif
général du commerce international, la tendance à l’heure actuelle est de considérer qu’il existe des
explications particulières, pertinentes pour tel ou tel type d’échanges, selon les différences de
développement des pays échangistes, les particularités des processus de production ou encore le degré
de différenciation des produits faisant l’objet du commerce international. Un faisceau d’explications est
donc proposé, ce qui, il faut bien en convenir, n’aide pas à faciliter une compréhension synthétique des
déterminants de l’échange international.
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