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Le document présente une analyse des religions grecque et romaine, soulignant leurs origines communes indo-européennes et les divergences qui en ont découlé. Il explore les influences historico-géographiques et psychologiques qui ont façonné ces religions, mettant en lumière la tendance grecque à l'anthropomorphisme et au laïcisme, par opposition à la mentalité romaine plus ancrée dans le sacré. L'auteur, Alain Hus, propose une réflexion sur la complexité de ces croyances et leur évolution au fil du temps.

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Le document présente une analyse des religions grecque et romaine, soulignant leurs origines communes indo-européennes et les divergences qui en ont découlé. Il explore les influences historico-géographiques et psychologiques qui ont façonné ces religions, mettant en lumière la tendance grecque à l'anthropomorphisme et au laïcisme, par opposition à la mentalité romaine plus ancrée dans le sacré. L'auteur, Alain Hus, propose une réflexion sur la complexité de ces croyances et leur évolution au fil du temps.

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NIHIL OBSTAT
Paris, le 7 Juin 1961
JOSEPH TRINQUET, p. S.S.

IMPRIMATUR
Paris, le 9 Juin 1951
J. HOTTOT, v. g.
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142
QUATORZIÈME PARTIE — RELIGIONS NON CHRÉTIENNES
ET QUÊTES DE DIEU

LES RELIGIONS GRECQUE ET ROMAINE


ALAIN HUS
Ancien Membre de l'École Française de Rome
Chargé d'Enseignement à la Faculté des Lettres
et Sciences Humaines de Rennes
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OUVRAGES DU MÊME AUTEUR

Les Étrusques, peuple secret, Fayard 1957 (ouvrage couronné par


l'Académie française).
Les Étrusques, éditions du Seuil, 1959.
sous PRESSE
Recherches sur la statuaire enpierre étrusque archaïque, De Boccard.
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LES RELIGIONS
GRECQUE
ET ROMAINE
ALAIN HUS
Ancien Membre de l'École Française de Rome
Chargé d'Enseignement à la Faculté des Lettres
et Sciences Humaines de Rennes

JE SAIS - JE CROIS
ENCYCLOPÉDIE DU CATHOLIQUE AU XXÈME SIÈCLE

QUATORZIÈME PARTIE
RELIGIONS NON CHRÉTIENNES ET QUÊTES DE DIEU

LIBRAIRIE ARTHÈME FAYARD


18. RUE DU ST-GOTHARD —PARIS XIV
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© Librairie Arthème Fayard, 1961.
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INTRODUCTION

Contrairement à ce que laisse supposer une vision superficielle


des choses, la religion grecque et la religion romaine, telles qu'elles
nous apparaissent à la lumière des documents, n'ont entre elles
que des rapports assez vagues. C'est seulement à partir des environs
de l'ère chrétienne, et à condition de négliger des nuances impor-
tantes, que l'on peut parler d'une « religion gréco-romaine », résul-
tant de la conjonction de trois facteurs : l'unité du monde à l'inté-
rieur de l'Empire romain, l'hellénisation de la religion romaine,
l'orientalisation des deux grandes religions occidentales. Pourtant,
Grecs et Romains avaient une origine commune. Les ancêtres des uns
et des autres avaient, au IV millénaire, appartenu à un même groupe
ethnique, celui des Indo-européens, et possédé la même religion.
Après leur séparation, les religions des deux peuples avaient été
entraînées dans des directions tellement différentes qu'au VIII siècle
avant J.-C. (1), elles ne possédaient plus grand'chose en commun.
Il importe donc, avant d'en aborder la description et l'histoire, d'évo-
quer leur commune origine et de déterminer les causes de leur diffé-
renciation.
La religion indo-européenne, sur laquelle nous ne disposons d'aucun
renseignement direct, a pu être reconstituée par la comparaison
des religions qui en sont issues, en particulier de celles de l'Inde,
de la Perse, des Scandinaves et des Romains. Au premier rang des
savants qui se sont attachés à cette recherche, il faut citer M. G. Du-
mézil, qui conduit depuis trente ans une œuvre dont les résultats,
encore que critiqués, ont permis de mettre en lumière la théologie, la
mythologie et la structure sociale des Indo-européens. Il est évidem-
ment impossible de présenter ici une œuvre si vaste. Nous y renver-
rons le lecteur, en nous limitant à l'esquisse rapide de ce qui est néces-
saire à la clarté de notre sujet.
La société indo-européenne était répartie en trois classes, dont
chacune était affectée d'une fonction définie. La première classe,
celle des prêtres magiciens, exerçait la fonction de souveraineté,
qui se proposait d'assurer l'administration régulière du monde;
la seconde, composée essentiellement de guerriers, avait compé-
tence pour tout ce qui concernait le jeu de la force physique, en
(1) D'une façon générale, nous ne préciserons pas, sauf en cas d'ambiguïté, s'il s'agit
de siècles situés avant ou après l'ère chrétienne.
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particulier pour la guerre; la troisième était préposée à la fonction


de fécondité, notion très vaste englobant la reproduction des êtres
vivants, leur maintien en bonne santé, la production de la nourri-
ture et des biens matériels, supposant par conséquent la paix et l'abon-
dance et pourvue d'un caractère populaire. Chacune de ces fonctions
était placée sous le patronage d'une divinité ou d'un groupe de
divinités qui, selon M. Dumézil, étaient organisées en un système
théologique cohérent. A la fonction de souveraineté, envisagée sous
son double aspect religieux (ou magique) et juridique, correspon-
daient deux divinités qui sont Varuna et Mitra en Inde védique,
Odinn et Tyr en Scandinavie, Jupiter et Dius à Rome. Dans ce dernier
cas, Jupiter, dieu de la lumière céleste (dium), aurait annexé Dius
(Fidius), dieu lumineux lui aussi, mais surtout dieu du droit, des
serments et des traités, qui conserva quelque chose de son ancienne
autonomie. La religion grecque ne conserve pas trace de cette dualité
mais la nature (p. 26) et le nom même de Zeus (* Dy-eu-s, même
racine que Tyr et Jupiter, *Dy-eu-pater) attestent qu'il s'agit bien
du dieu céleste indo-européen. Un seul dieu patronnait la seconde
fonction; ce sera Indra dans l'Inde védique, Thorr en Scandinavie,
Mavors (Mars) en pays italique. Quant à la troisième fonction, elle
était représentée par plusieurs divinités, desquelles émergent des
dieux canoniques de caractère double ou collectif : les deux Nasatya
en Inde, Njorthr et Freyr en Scandinavie, Quirinus (* co-uir-inos,enrap-
port avec les Quirites et la légende desjumeaux Rémus et Romulus)
à Rome. Les dieux dominants sont donc ceux de la souveraineté.
Conçus comme vivant dans la lumière céleste, ils donnent à la reli-
gion indo-européenne un caractère ouranien très marqué.
La mythologie mettait en scène, outre les grands dieux fonction-
nels, de multiples divinités. L'Inde et la Scandinavie nous en ont
conservé, dans leurs épopées, l'esprit le plus fidèle. Cette mythologie,
dont on ne peut aborder ici même les grands thèmes, témoigne de
l'existence, chez les Indo-européens, d'une pensée religieuse avancée,
ayant pris conscience des problèmes que posent l'existence du monde
et son organisation. Les actions des dieux sont l'expression de l'expé-
rience que les Indo-européens avaient du monde et de la société,
non de la psychologie humaine. Les dieux n'apparaissent pas à
proprement parler anthropomorphes, c'est-à-dire soumis, à un
échelon supérieur, aux forces qui mènent les hommes. Ils sont l'incar-
nation de ces forces, envisagées du point de vue cosmique ou social.
Leur univers n'est pas celui de l'humanité, bien que leur action
intéresse celle-ci et se déroule à la façon des actions humaines. Ils
sont, en quelque sorte, des dieux personnalisés, dans lesquels est
encore sensible le caractère fonctionnel.
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Une théologie et une mythologie de cette nature supposent l'exis-


tence d'une classe de prêtres ou de magiciens, dont la fonction propre
était de penser et de mettre en acte tout ce qui avait trait à la reli-
gion. Cette existence est mise en évidence par la tripartition de la
société, qui réservait le premier rang à la classe sacerdotale; la lin-
guistique confirme ces données, puisque c'est le même mot qui désigne
à Rome et dans l'Inde le groupe social spécialement intéressé par la
religion, bhramane ayant la même origine que flamine.
On aura remarqué que la religion romaine est souvent invoquée
pour retrouver les faits indo-européens, alors qu'il n'est presque jamais
question de la religion grecque. C'est qu'au cours du second millé-
naire, les Grecs ont abandonné presque toutes les structures et la
majeure partie des divinités indo-européennes. Trois grands ordres
de causes peuvent être mis en avant pour expliquer les divergences
qui ont surgi entre les religions des Grecs et des Romains : des causes
historico-géographiques, qui ont joué durant la période de formation
des deux peuples; des causes psychologiques; des causes historico-
sociales, relevant de l'évolution historique des deux sociétés.
Les causes historico-géographiques seront exposées plus en détail
pp. 15s. et 73s. Disons ici que la formation des deux peuples s'est
effectuée suivant le même processus fondamental. Dans les deux cas,
des peuplades indo-européennes séparées du tronc commun primitif
ont erré à travers l'Europe centrale avant de se fixer dans des contrées
méditerranéennes. Elles y ont trouvé des populations indigènes pra-
tiquant des religions chthoniennes de la fécondité et de la fertilité.
Les religions grecque et romaine sont nées l'une et l'autre de l'inter-
pénétration des croyances des envahisseurs (« indo-européennes »)
et de celles des indigènes (« méditerranéennes »). Mais ces proces-
sus ne se sont pas déroulés dans les mêmes conditions. Arrivés en Grèce
au début du second millénaire, les Grecs se sont trouvés en contact
intime avec la civilisation minoenne, brillante et dont la religion,
fort riche, s'exprimait dans un art évolué. Peu après 1500, ce qui
restait chez eux de religion ancestrale s'est trouvé assimilé à une
religion plus séduisante. A partir de la même époque, les Grecs se
sont trouvés en contact avec les Hittites, les Syriens, puis les Phéni-
ciens, les Assyriens, les Egyptiens et les Perses, dont les civilisations
avaient produit des religions très différentes de la leur, mais plus
mystiques et plus attirantes. Au VIII siècle, la religion grecque avait
derrière elle un millénaire de cohabitation avec les religions égéennes
et orientales. Les Romains, eux, ou plus exactement les peuplades
qui allaient devenir les Latins, n'étaient arrivés en Italie qu'à la
fin du second millénaire, et n'avaient guère atteint le Latium avant le
IX siècle. Les populations « méditerranéennes » qu'ils avaient trou-
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vées sur place étaient dans un état de civilisation peu avancé. Autour
d'eux, les peuples italiques, d'origine indo-européenne, avaient fait
triompher leur religion au sud du Tibre, facilitant aux Latins le
maintien de leurs croyances ancestrales. C'est seulement à partir du
VIII siècle que s'épanouit, au voisinage de Rome, la civilisation
étrusque, aux traits méditerranéens et orientalisants marqués, mais
dont la religion avait déjà subi de nombreuses influences italiques.
Descirconstancesdifférentes, produites dans des cadres chronologiques
différents, avaient donc présidé à la formation des deux religions.
Plus importantes encore que les précédentes sont les causes dues
à la psychologie propre des deux peuples. La mentalité religieuse
grecque comporte quelques dominantes qui sont les tendances à
l'anthropomorphisme, à l'affabulation mythique, au laïcisme et à
l'individualisme. Dès l'époque d'Homère, les dieux grecs sont conçus
à l'image de l'homme, dont ils possèdent les vertus, les vices et les
passions; nés comme les hommes, ils mènent une vie humaine; mais
leurs pouvoirs sont plus étendus et, surtout, ils sont immortels.
L'imagination grecque n'était pas en peine de prêter à ces dieux
mille aventures. Celles-ci, toutefois, n'avaient pas un caractère gra-
tuit, et leur ensemble constituait une mythologie; sous la forme du
mythe, les poètes et les penseurs grecs tentèrent de fournir une
explication à l'existence de l'univers, de l'homme, de la civilisation,
du Bien et du Mal, etc... Autant que l'on en puisse juger, cette
mythologie possède un caractère psychologique qu'ignorait celle des
Indo-européens. Alors que celle-ci illustrait un système cosmologique
et sociologique, la mythologie grecque prend surtout pour aliment
l'âme humaine, qu'elle transpose au plan des dieux. Il ne semble pas
que les dieux indo-européens aient exprimé, par exemple, l'amour,
le goût de la violence, l'intelligence, etc., qu'incarnent Aphrodite,
Arès ou Athéna. Cette tendance favorisa l'annexion de la mythologie
par la poésie et la philosophie, qui désacralisèrent peu à peu la reli-
gion. Cette tendance au laïcisme se laisse constater dans tous les
domaines de la pensée grecque; elle est déjà chez Homère et s'affirme
avec éclat au vie siècle dans la tentative —nouvelle dans l'histoire de
l'esprit humain —d'expliquer le monde indépendamment du divin.
Par la suite, on verra se détacher de la religion les arts tels que la
sculpture, la musique, le théâtre, etc. et le côté esthétique de la reli-
gion elle-même l'emporter sur son contenu sacré. Il est significatif
que la langue grecque ne possède pas de mot qui corresponde au latin
religio ou au français religion. Il est inutile d'insister sur l'indi-
vidualisme, qui éclate dans toute l'histoire politique ou intellectuelle
de l'Hellade.
Tout autre est la mentalité religieuse romaine. A l'anthropo-
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morphisme, les Romains opposent un sens du sacré qui, jusqu'à


une date avancée, conserve un caractère primitif. Encore qu'ils
aient gardé de leur passé indo-européen le souvenir de certains dieux
plus ou moins personnalisés, ils sont portés, dès le début de leur his-
toire, à voir partout la présence du divin et à le fragmenter en une
infinité de forces sans aucun rapport avec la nature humaine; ani-
misme et naturalisme, qui disparaissent pratiquement en Grèce à la
fin de l'époque mycénienne, survivent à Rome jusqu'à la fin de la
République. Cette attitude a pour corollaire une forte tendance à
la dégradation mythique et à l'historicisation des mythes, qui sont
aux antipodes de l'affabulation mythique. Non seulement les Romains
n'inventent aucun mythe, mais ils laissent perdre le trésor mytholo-
gique indo-européen, dont il ne subsiste plus chez eux que des bribes.
Lorsqu'ils conservent un mythe indo-européen, ils le transfèrent au
plan humain et l'intègrent à leur histoire, transformant les dieux en
hommes et le mythe en épisode historique. Les travaux de M. Dumézil
ont mis en lumière quelques-uns de ces transferts. La guerre entre
Romulus et les Sabins correspond à la saga scandinave des dieux
Ases et des dieux Vanes; les aventures exemplaires d'Horatius Coclès
et de Mucius Scaevola répondent au mythe germanique qui met en
scène les dieux de la souveraineté : Odinn, qui sacrifie un œil pour
acquérir la prescience, et Tyr, qui perd un bras pour s'assurer le pou-
voir; l'histoire des Horaces et des Curiaces trouve ses répondants
dans les mythologies indienne et scandinave, etc. L'histoire de la
fondation de Rome et de ses quatre premiers rois est en grande partie
construite sur des structures mythiques indo-européennes. Assez curieu-
sement, cependant, les Romains font preuve dans le domaine rituel
d'un conservatisme qui s'oppose au laïcisme et à l'individualisme
grecs. Leur conception de la religio obligeait les Romains à
attacher la plus grande importance aux actes qui les engageaient à
l'égard de la divinité; le sentiment que la scrupuleuse exécution du
rite entraînait l'accord divin développa chez eux —ils n'y étaient que
trop enclins — une conception juridique de la religion. Alors qu'en
Grèce, le rite, maintenu dans la forme, se détache assez aisément
de la religion, il demeure à Rome l'essentiel de l'attitude religieuse,
entraînant la religio vers un ritualisme juridique qui n'est pas sans
quelque analogie avec le légalisme pharisien. D'autre part, la puis-
sance de la traditio, sentiment d'appartenir à une communauté héritière
d'un passé vénérable comportant l'obligation de maintenir ce qui
avait fait la force de cette communauté, entretenait chez les Romains
le conservatisme et le collectivisme religieux. Il n'y eut pas de place
à Rome pour les religions « personnelles »; si les Romains surent
se montrer accueillants aux divinités étrangères, ce fut sans rien aban-
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donner des rites ancestraux et avec le souci d'intégrer les nouveaux


venus dans les cadres de la religion traditionnelle.
Les causes de divergences provenant de l'évolution politique et sociale
des deux peuples sont bien connues. Pour l'essentiel, elles résident
dans l'absence de centralisation qui a toujours caractérisé l'organi-
sation politique de la Grèce, et dans la centralisation qui n'a cessé
dese développer au coursdel'histoire romaine. Dèsl'époqueachéenne,
la communauté ethnique des Hellènes s'est trouvée fragmentée en
un certain nombre de cités, dont quelques-unes ont pu, tour à tour,
détenir une position de fait prédominante, mais dont aucune n'a
jamais réalisé définitivement à son profit l'unité de la Grèce. L'exis-
tence d'un roi confédéral, tel qu'apparaît Agamemnon dans l'Iliade,
ne doit pas faire illusion sur l'état politique dela Grèce mycénienne,
Lorsque ce « roi », qui maintenait sans doute une certaine unité
religieuse dans la confédération, eut disparu, aucun élément centra-
lisateur ne subsista plus. Un seul sentiment demeura suffisamment
puissant : la conscience d'appartenir à un groupe humain dont la
race, la langue, la culture et la religion consacraient l'originalité
face aux barbares, terme qui englobait dans un égal mépris tout
le reste de l'humanité. D'autre part, le destin historique de la
Grèce ne fut pas le même que celui de Rome. Après une phase ascen-
dante, qui prend fin au V siècle, s'écoule une période d'un siècle et
demi durant lequel l'hellénisme ne marque pas, sur le terrain, de
progrès sensible. La prodigieuse, mais brève aventure d'Alexandre
porta les Grecs jusqu'à l'Indus, mais ils refluèrent bientôt sur l'Asie
mineure, la Syrie et l'Egypte. Puis ce fut le déclin devant la poussée
de Rome. Durant toute cette histoire, les querelles intestines revê-
tirent aux yeux des Grecs —sauf chez quelques esprits d'élite —
plus d'importance que les guerres « nationales ». Désunis devant la
puissance lydienne, devant l'invasion perse, devant Philippe, les
Grecs se retrouvent dispersés après la mort d'Alexandre et devant
la conquête romaine. Ce particularisme farouche — expression
collective de l'individualisme —sévit également en matière religieuse.
Si le rôle des institutions « fédérales » : sanctuaire de Delphes, jeux
olympiques, etc., fut loin d'être négligeable, chaque cité resta maîtresse
de sa politique religieuse et tenta d'utiliser la religion à des fins
politiques. L'avènement de la démocratie, en particulier à Athènes,
produisit dans les rapports entre la cité et l'individu des effets ana-
logues à ceux que le confédéralisme avait produits dans les rapports
entre les états. Il en résulta un relâchement de la cohésion religieuse
qui favorisa les initiatives privées, sinon dans le culte, du moins
dans la pensée. C'est pourquoi il n'y eut pas, à proprement parler,
une religion, mais des religions grecques.
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La situation romaine est toute différente. Certes, à l'origine,


Rome fut une cité parmi d'autres cités qui avaient conscience d'ap-
partenir à un même groupe ethnique, culturel et religieux. Mais
la conscience italique, voire la conscience latine, n'eut rien de com-
mun avec celle que les Grecs avaient d'eux-mêmes. Voisins immédiats
des Etrusques et des Grecs de Campanie, les Latins n'eurent pas le
sentiment de constituer une élite face à des « barbares ». D'autre
part —et même en faisant la part de l'orgueil national qui déforma
les faits du passé ancien —le destin de Rome apparaît dès le vie siècle
comme privilégié en Italie centrale. Les Etrusques, en occupant la
Ville durant un siècle, la dotèrent de moyens d'action tels que, dès
le début du V siècle, l'équilibre du Latium se trouva rompu à son
profit, de telle sorte que le jeu alterné des influences, caractéristique
de la Grèce, devint impossible. Le génie centralisateur de Rome
s'accommoda à merveille de cette situation. En dépit d'hésitations,
de retours en arrière et, semble-t-il, d'absence de plan préconçu,
l'histoire de Rome allait se dérouler comme une marche en avant
continue qu'arrêtèrent seules les frontières naturelles du monde
civilisé antique. Guidant cette action, une seule tête : Rome ; l'exécu-
tant, un seul bras : l'armée romaine; la parachevant, un seul pacifi-
cateur : le colon romain. Avec le soldat, le juriste, le cultivateur,
le commerçant une seule religion : la religion de Rome. Certes,
ainsi que nous le verrons, celle-ci subira des transformations pro-
fondes, s'hellénisant, puis s'orientalisant. Du moins ces mouvements
seront-ils canalisés, officialisés par l'autorité centrale qui prendra
soin de les concilier avec les traditions nationales. Cet esprit centrali-
sateur sera celui de l'église catholique romaine.
Bien entendu, cette brève esquisse n'épuise pas un problème
dont les aspects sont innombrables et dont bien des éléments nous
échappent encore. Nous bornerons notre ambition à brosser un
tableau d'ensemble des deux religions classiques, en nous efforçant
d'en faire comprendre la genèse et de dégager les raisons pour les-
quelles elles ont finalement succombé, non point devant le christia-
nisme, mais devant des religions qui préfiguraient celui-ci dans une
certaine mesure. On pourrait être tenté de les considérer comme
des fruits secs dans l'histoire spirituelle de l'humanité. Ce serait
oublier que la philosophie grecque — indi sociable de la pensée
religieu e — fut l'une des voies choisies par Dieu pour guider
l'homme vers la Révélation, et que les cadres du droit religieux
romain devaient fournir au catholicisme ses moyens d'action concrets
et les principes de son organisation temporelle.
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LEPRÉSENTVOLUME renferme une étude dense et


claire des attitudes religieuses, des mythes, des rites
e t dedseiuxquifurent ceux de nos pères dans la
: lies Grecs et les Romains.
L'auteur, né en 1926, ancien élève de l'Ecole Nor-
male Supérieure et de l'Ecole Française de Rome,
agrégé de l'Université, diplômé de l'Ecole des
Hautes Etudes, chargé d'enseignement à la Faculté
des Lettres de Rennes, a commencé dès 1947 ses
recherches e n étruscologie et civilisation romaine
dans lesquels il s'est spécialisé depuis lors.
Les campagnes de fouilles qu'il a dirigées, tant pour
l'étruspologie que pour l'archéologie orientale, l'ont
mené en Afrique du Nord, au Liban, en Syrie, en
Jordanie, enTurquie, à Chypre et en Grèce.
Eectslnpiudastler ses articles et ouvrages d'archéologie,
l'histoire de l'art et d'histoire des religions, il vient
d'achever sa thèse d'histoire de l'art étrusque et sa
thèse secondaire sur le vocabulaire intellectuel du
latin soutiendra fin 1961 en vue du doctorat
ès lettres.
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