Partie I :Autour du lien social communautés sociétés, solidarités
La question du rapport entre « individu » et « société » est constitutive de la fondation de la
sociologie :
« comment se fait-il que tout en devenant de plus en plus autonome, l'individu dépende plus
étroitement de la société? » Durkheim, 1893
« faire société » ➔ des individus tissent des liens avec d'autres individus, ces liens les amenant à
appartenir à des groupes, à travers lesquels ils construisent leur personnalité, et donc à travers
lesquels ils se dotent d'une identité à la fois individuelle et collective.
groupes sociaux plus ou moins larges : intermédiaires entre l'individu et la société.
Dans un groupe social, les individus sont liés par des caractères communs, qu'il s'agisse d'une
situation commune, d’intérêts communs, d’habitudes ou de coutumes communes.
On va donc distinguer les groupes selon différents critères leurs modalités de formation, leur taille,
leurs modes de relations, la proximité de leurs membres.
Critère de formation du groupe
Les groupes d'appartenance
➔ groupe auquel un individu se rattache pour des raisons ayant trait à son histoire, à ses
origines
➔ raisons « objectives »
➔ la perte de ce lien structurant pour l’individu peut avoir des conséquences individuelles ou
collectives considérables, si elle ne relève pas d'un choix
➢ Exemple : famille, nation, pays, ethnie
Les groupes de référence
➔ dimension subjective
➔ groupe auquel un individu se rattache parce qu'il se reconnaît en lui, il partage des éléments
communs avec les autres membres de ce groupe auquel il choisit d'appartenir
➢ Exemple : cercle d'amis, parti politique, syndicat, religion, mode de vie...
• Ces deux sortes de groupes sont complémentaires :
• l'appartenance à un type de groupe n'est pas exclusif
• porosité entre ces deux types
• Sociabilité = la façon dont un groupe social intègre les individus et comment eux intègrent
celui-ci en adoptant ses normes, ses valeurs
Mais paradoxe : plus les liens qui s'y développent sont forts, plus le risque est grand de voir se
développer des formes d'isolement ou d'exclusion
Critère de la taille et de la proximité :
Les groupes primaires groupes restreints, fondés sur une grande proximité, le plus souvent affective,
car ils sont fondés sur des contacts individuels plutôt denses.
➢ exemple : famille nucléaire, cercle d'amis proches
➢ à la fois des groupes d'appartenance et de référence, qui vont être des acteurs à part
entières de la socialisation
➔ Socialisation => processus par lequel les individus sont intégrés dans une société donnée, et par
lequel sont transmis les valeurs, les normes, les codes de cette société (voir plus loin)
Les groupes secondaires
groupes plus larges qui rassemblent des individus qui partagent des éléments communs, mais sans
être très proches affectivement ou en terme de densité de relations. exemple : entreprise, club de
loisirs, l'Ecole, la Nation
⚫ lien social pas vraiment de définition claire.
➢ Terme utilisé pour désigner l'ensemble des relations qui unissent les membres de groupes
sociaux et qui reposent sur les règles communes partagées par ces membres.
⚫ cohésion sociale
➢ « la solidarité des membres d'un groupe résultant de l'attraction réciproque ou de la
complémentarité des individus qui le composent, d'une communauté de buts, d'actions,, de normes
» Madeleine Grawitz Lexique de sciences sociales ➢ C'est donc un état de la société.
Statut et rôle sociaux :
Le statut social désigne l’ensemble des positions occupées par un individu dans les divers
domaines de la vie sociale : familial, économique, professionnel, culturel, politique, etc.
en fonction des endroits où il se trouve, des moments, l’individu va occuper diverses
fonctions. La fonction occupée dans l'espace social à un moment donné, en un lieu précis va se
traduire par un statut particulier : ex. : enseignant.e/parent.e/patient.e
Un statut social se définit donc comme la synthèse de statuts particuliers
plus complexe que la description des caractéristiques sociales d'un individu X ou Y.
à chaque statut est associé un ensemble de caractéristiques qui sont attendus par les
individus.
Dans Elements de sociologie. Une initiation à l'analyse sociologique, [1967], dernière
éd.2003, le sociologue Henri Mendras préfère utiliser le terme de status pour ne pas qu'il y ait
d’ambiguïté avec la notion juridique de statut de la personne.
Ces statuts : indissociables de la notion de rôle social, qui va illustrer la manière dont les
individus incarnent, donnent vie à la position sociale qui est la leur.
Un rôle social désigne l'ensemble des comportements normalisés qu'un individu doit adopter
pour respecter son statut en fonction de la position qu'il occupe et que les autres individus attendent
de lui.
A chaque situation de la vie sociale, (vie familiale, professionnelle, culturelle, politique,
personnelle), les individus doivent remplir les rôles qui sont assignés, prescrits, imposés à chaque
statut
tenir ce rôle = se conformer à certaines normes, qui sont plus ou implicites, en terme
d'attitudes, de langage, ou de codes vestimentaires (par exemple les normes implicites sont
différentes d'une fac à l'autre, ou d'une entreprise, en terme de vêtements, ou
vouvoiement/tutoiement, de règlement intérieur par exemple.)
Les normes sociales = modèles de conduite spécifiques à un groupe ou à une société. Elles
sont intériorisées par les individus (lors de la socialisation : voir plus loin) et régissent les conduites
individuelles et collectives et sont souvent assorties d'un système de sanctions qui correspond à ce
qu'on appelle le contrôle social.
variance des rôles : plusieurs façons de jouer son rôle (cf. La présentation de soi, d’Erving
Goffman) comme un comédien on peut jouer sur certains registres :
on peut être plus ou moins conformiste ou innovateur :
Ex. un enseignant peut choisir de tutoyer ou de vouvoyer ses étudiants, de mettre une cravate ou un
nœud papillon, etc.
on peut avoir envie de se conformer à ce qu'on pense que l'autre attend de nous ou bien au
contraire être indifférent à ce regard.
Possibilité de s’éloigner des normes, des fois sans s'en rendre compte.
Par exemple : se présenter dans une entreprise pour un entretien en costume pour un poste de
direction, (= norme dans beaucoup d'endroits), alors qu’une tenue plus décontractée est attendue).
Si trop d’implicite : cela peut perturber la représentation que l'on se fait de son rôle.
Enfin, on peut choisir délibérément de s'éloigner du rôle que l'on est censé jouer pour faire
évoluer le jeu social.
Ex. : les féministes des années 60 et 70 (et avant elles les suffragettes) ont choisi de sortir du rôle
imposé par la société aux femmes (statut de femme au foyer, plus ou moins dépendante de son mari
pour travailler, avoir un compte en banque ou encore exercer l’autorité parentale sur ses enfants),
pour bouleverser les normes, et modifier les comportements sociaux dans un sens plus égalitaire.
généralement le cas des acteurs du changement social : présents dans les mouvements
sociaux (mouvement ouvrier, mouvements écologistes, de défense des droits civiques aux États-Unis
dans les années 60)
cf. l'étude de Doug McAdam sur le
Summer Freedom, dans le Mississippi en 1964, où des étudiants blancs impliqués dans le
mouvement civique viennent aider des jeunes étudiants noirs à s'inscrire sur les listes électorales,
chacun est sorti des rôles sociaux qui leur étaient assignés par la société américaine de l'époque
Cf. Freedom Summer : Luttes pour les droits civiques, Mississippi 1964 , Marseille, Agone, coll. «
l'ordre des choses », 2012 ( 1re éd. 1988)
Des termes à mettre en relation avec :
⚫ intégration sociale Emile Durkheim
➢ 1er sens = l'état d'une société dont les parties sont fortement reliées entre elles. Dans ce
sens, une société intégrée va s'opposer à une société qui repose sur l'anomie, sur une certaine
désorganisation sociale.
➢ 2nd sens = le processus aboutissant à cet état. Dans ce sens , il s'oppose à un autre
processus, celui d'exclusion sociale.
Exemple : Le suicide (1897) : le degré d'intégration dans la société peut expliquer certains types de
suicide.
➢Si degré d'intégration est fort,=>le suicide altruiste : quand le groupe a plus d'importance que le
moi de l'individu, ex : suicide de militaires
➢Si degré d’intégration faible : le suicide égoïste : quand le moi prime sur le groupe, : ex suicide de
célibataire
Tous ces concepts permettent de décrire les liens qui fondent les relations sociales :
➢ les liens horizontaux => tissés entre individus au sein de la famille, du voisinage, des relations
d'amitiés, des relations professionnelles ;
➢ les liens verticaux => lient les individus à la société à travers des institutions (l'école , par
exemple), des relations codifiées, comme les liens civiques ou politiques (le corps électoral)
Lien entre la construction des liens sociaux et les enjeux de la socialisation, concept clé de la
sociologie.
socialisation = « le processus par lequel la personne humaine apprend et intériorise tout au
cours de sa vie les éléments socioculturel de son milieu, les intègre à la structure de sa personnalité
sous l’influence d’expériences et d’agents sociaux significatifs et par là s’adapte à l’environnement
social où elle doit vivre »
Guy Rocher, Introduction à la sociologie générale (1968-69)
3 dimensions fondamentales pour aborder ce qu'est ce processus de socialisation :
la dimension temporelle, au niveau de l'individu qui évolue tout au long de sa vie, tout
comme d'ailleurs les sociétés évoluent : le contenu des éléments transmis (les valeurs, les normes)
évoluent donc aussi ;
la dimension spatiale : les différentes sociétés ont des règles, des normes, des valeurs
différentes et donc des processus de socialisation divers ;
la dimension groupale : une société est constituée de plusieurs groupes sociaux qui peuvent
disposer de valeurs, de normes, d'habitudes spécifiques, qui vont également l'objet d'une
transmission, qui va renforcer les différences entre les groupes.
socialisation = double processus :
➢ une intégration sociale qui fait que l'individu assimile les principes, les éléments communs de
la société dans laquelle
➢ il vit et par lequel il devient membre de cette société
➢ une intégration personnelle, qui fait qu'à travers ces éléments, il va se construire son identité
personnelle.
La socialisation est un processus, c'est-à-dire qu'elle se construit tout au long de la vie, selon
des étapes, dans différents lieux et via le contact avec différents agents de socialisation.
Les instances de socialisation :
la famille => vie quotidienne, les gestes, les conversations, elle transmet un certain nombre
de valeurs (être poli), de normes (on mange avec ses couverts), d'habitudes (aller au cinéma plutôt
qu'au théâtre, etc). Apprentissage et éducation.
L'école : Elle va transmettre non seulement des connaissances mais également des normes
(être à l'heure, ne pas bavarder, se tenir calme) et des valeurs
complémentarité entre les deux
=> exemple : éducation des petites filles pour qu'elles incorporent le rôle assigné aux femmes, à
travers les jeux, la littérature enfantine, les discussions et attitudes ordinaires dans la famille mais
aussi présent à l'école
Elena Gianini Belotti, Du côté des petites filles (1973)
Christian Baudelot et Roger Establet Quoi de neuf chez les filles ? Entre stéréotypes et libertés (2007)
Le travail => valeur associée au travail + rôle conséquent dans la définition de l'identité des
individus et de leur place dans la société (revenu, rôle social, statut) ; problématique de se retrouver
sans travail. voir L'identité au travail de Renaud Sainsaulieu (1977)
Les religions : poids variable selon les sociétés et donc leur influence aussi => transmission
des valeurs (charité, par exemple) et des pratiques (interdits alimentaires par exemple)
Les groupes de pairs : groupes auxquels l’individu choisit de s'associer car il partage avec les
autres membres des intérêts communs : groupes d'amis, associations cercles de loisirs, partis
politiques, syndicats, réseaux sociaux
=> transmission de normes et valeurs, qui peuvent être communes avec l'ensemble de la
société ou bien plus spécifiques
Les médias :
➢ Télévision, Cinéma => transmission de modèles culturels (musique, modes de vie [séries],
etc.)
➢ la publicité => transmission de modèles culturels de consommation (avoir un portable
dernier cri, une maison avec jardin, etc.)
➢ Internet => transmission de normes et valeurs (mobilité, hyperdisponibilité, instantanéité,
etc.)
➢Rôle des médias notamment en terme de socialisation politique chez les jeunes (voir Annie
Percheron La socialisation politique)
Les différentes étapes de la socialisation
L'intériorisation des normes et valeurs d'une société par les individus est un processus continu =
socialisation continue
cependant deux grandes étapes : socialisation primaire et secondaire : se fondent sur les grands âges
de la vie.
La socialisation primaire => pendant l'enfance et de l'adolescence. apprentissages fondamentaux :
tant au niveau individuel (l'enfant apprend son nom, son sexe, apprend à nommer ce qui l'entoure et
le reconnaitre, etc.) et social (apprentissage du langage, des règles de politesse, des règles de
comportement...). principalement au sein de la famille, de la crèche, de l‘école, mais aussi les
groupes de pairs (les copains de l‘école ou des activités parascolaires), importance croissante des
médias . L'adolescence = apprentissages portent sur la nécessité d'adapter son comportement par
rapport au rôle que l'on tient, en fonction du statut que l'on occupe. Enjeux = vie sexuelle,
orientation scolaire, projets d'insertion professionnelle, sociale.La socialisation secondaire => âge
adulte. elle se déroule dans le cadre des différents engagements des individus : dans la construction
de leur famille (devenir parent), dans leur insertion professionnelle, dans les engagements citoyens,
etc.... Le 3ème, voire le 4ème âge connait également des expériences de socialisation qui sont
différentes et qui peuvent se vivre sur le monde de la rupture : la fin de la vie professionnelle et donc
du statut et de l'identité qui y sont associés peut être vécue de manière difficile, sur le mode de la
crise. Ici : es enjeux portent sur cette nouvelle transition = nouveaux engagements au sein de la
société : les agents de socialisation => clubs du 3eme âge, associations
Tout changement de situation sociale (profession, religion, pays) peut amener à une nouvelle phase
de socialisation :passage entre un système de normes et de valeurs et un autre phase
d'acculturation : l'individu va ressentir une sorte de choc culturel entre deux systèmes parfois très
différents (exemple : situations de migration)
La socialisation = un élément important de la construction identitaire mais pas un processus
uniforme => les individus et les groupes n’intègrent pas tous les mêmes normes ni les mêmes valeurs
de la même manière + les systèmes de valeurs évoluent : certains disparaissent, d’autres
apparaissent.
Ex : sociétés occidentales contemporaines => affirmation des droits individuels et de la liberté de
choix = un élément de la socialisation
Ex. Sociétés océaniennes : socialisation fondée sur la transmission de la
« kastom » (coutume), dimension traditionnelle