CONTRÔLE CONTINU
UE 322 : LITTERATURE FEMININE
Sujet :
1. Quelle différence faites-vous entre littérature féminine et littérature féministe ?
2. Quelle est la thématique de la littérature féminine ? Pourquoi ?
3. En quoi consiste la dissidence ? quelles en sont les formes et les visées en littérature
féminine ?
4. Présentation : elle tient compte de l’analyse personnelle (pas de plagiat ou copie
d’internet), de la bonne rédaction, de la mise en page et du respect de la consigne.
Réponses aux questions :
1. Réponse à la première question
Parlant de la différence entre la littérature féminine et la littérature féministe, nous
disons que la littérature féminine représente l’ensemble des productions écrites, voire orales
composées par des femmes dans un souci esthétique. Autrement dit, c’est l’incarnation même
du discours féminin dans ce qu’il a de châtié, d’excellent et de lumineux. Par discours, il faut
surtout l’entendre dans le sens de l’expression d’une subjectivité. Car la littérature féminine –
comme son nom l’indique – constitue, en réalité, et prioritairement, le cadre où les femmes
disent, simplement, leur être-au-monde. Ces dernières ne veulent plus que les hommes parlent
pour elles. Elles choisissent de le faire elles-mêmes ; de se raconter, de raconter leur propre
histoire, leurs rêves, leurs joies et leurs peines. C’est du reste ce qui s’entend dans cette
exhortation de Mariama Bâ, à l’endroit des femmes, dans son essai La fonction politique des
littératures africaines écrites (1998) : « C’est à nous, femmes, de prendre notre destin en mains
pour bouleverser l’ordre établi à notre détriment et de ne point le subir. Nous devons user
comme les hommes de cette arme, pacifique certes, mais sûre, qu’est l’écriture. » Tout est donc
dit ! La littérature féminine désigne toute œuvre écrite par une femme.
Par contre, la littérature féministe, qui s’adosse sur le féminisme, se veut plutôt
militante. En effet, le féminisme est une idéologie, c’est-à-dire un ensemble d’idées
philosophiques, sociales et culturelles favorables à l’égalité entre les hommes et les femmes, et
ce, dans tous les domaines de la vie. Cette idéologie va se lire dans la plupart des œuvres
commises par des femmes à travers des revendications et des libertés prises et assumées au
niveau de leur style, de leur écriture. La littérature féministe apparait dès lors comme une
littérature réactionnaire, voire solipsiste tant il est vrai que la femme y est mise au centre, sous
les feux des projecteurs.
2. Réponse à la deuxième question
La littérature féminine s’intéresse à la femme et la jeune fille essentiellement. Cette
thématique générique s’y déploie tant et si bien qu’elle achève de sublimer la femme. En effet,
dans un contexte patriarcal où la femme est dominée et marginalisée, la littérature féminine va
s’atteler à remettre les pendules à l’heure en relativisant la force de l’homme et la faiblesse de
la femme. Aussi, un accent particulier est-il mis sur l’identité et la quête de soi. Les femmes
écrivaines explorent, en effet, la construction de l’identité féminine, souvent en rupture avec les
rôles imposés. Elles s’intéressent également au corps féminin à travers son vécu. Les thèmes de
la sexualité, de la maternité et de la violence sont ainsi abordés. Dans le même ordre d’idée, et
en mettant en avant la voix féminine, elles affirment le droit à la parole dans un espace
monopolisé par les hommes. Elles n’oublient pas de travailler sur la mémoire, la filiation et la
transmission en montrant l’importance de la mère, de la lignée et du legs culturel. Nous pouvons
dire que cette thématique que nous qualifions de générique trouve sa justification dans la
littérature féminine par le besoin pour les femmes de reprendre le contrôle sur leur histoire, de
rompre le silence et de représenter leur propre subjectivité souvent absente ou déformée dans
la littérature traditionnelle.
3. Réponse à la troisième question
Lorsqu’on prend en compte le contexte d’émergence de la littérature féminine, l’on ne
peut que comprendre son positionnement par rapport au discours régnant. Le discours régnant
est un discours hégémonique patriarcal, voire phallocratique. Les lois et les libertés sont
quasiment taillées à la mesure des hommes. Les femmes restent ainsi des éternelles secondes et
n’existent que par rapport aux hommes. Or, leur plus profond désir est certainement d’exister
par elles-mêmes et pour elles-mêmes. Voilà pourquoi elles vont prendre position. Une position
nécessairement dissidente. Mais qu’est-ce donc que la dissidence ? En quoi consiste-t-elle ? Et
quelles en sont les formes et les visées en littérature féminine ?
D’après le Larousse, la dissidence désigne « la divergence idéologique conduisant
quelqu’un ou un groupe à se séparer de la communauté, du parti, du pays dont il était membre. »
La dissidence, en littérature féminine, consisterait donc à contester les normes patriarcales et à
s’émanciper des modèles littéraires traditionnels. En clair, il s’agit d’un acte de résistance par
l’écriture. S’agissant des formes qu’elle peut prendre, elle sort des sentiers battus en s’écartant
carrément des sujets attendus, des rôles prescrits ou des perspectives dominantes. On relève
ainsi la mise en question des rôles, la création de personnages féminins non conventionnels :
des héroïnes complexes, rebelles, ambitieuses, intellectuelles, libres sexuellement, solitaires ou
qui rejettent la maternité et le mariage. Ces personnages permettent en réalité aux écrivaines de
rompre avec l’image stéréotypée de la femme passive, soumise ou uniquement définie par sa
relation aux hommes. C’est du moins ce que l’on observe dans les romans de l’écrivaine
camerounaise Calixte Beyala. Dans Seul le diable le savait, par exemple, ses personnages
féminins, Bertha et Laeticia, rejettent le mariage monogamique au profit de la polyandrie. Un
véritable scandale pour une société patriarcale !
La dissidence se traduit encore dans cette littérature par la dénonciation des injustices et
des oppressions patriarcales ; la critique directe des institutions. Le mariage, la famille,
l’éducation, la justice, la religion sont passés au crible pour en révéler les aspects aliénants ou
oppressifs pour la gent féminine. C’est le cas par exemple dans Le Deuxième sexe, véritable
encyclopédie de Simone de Beauvoir, où la philosophe française procède à une analyse
philosophique, sociologique, voire biologique de l’oppression faite aux femmes. La lumière est
jetée sur la violence domestique, le viol, le harcèlement, l’invisibilisation et la dévalorisation
de la femme. La littérature devient finalement l’espace où toutes ces réalités horribles sont
nommées.
La dissidence reste perceptible à travers l’affirmation d’une subjectivité et d’une voix
propres. Des écrivaines placent au cœur du récit des préoccupations, des sentiments et des
pensées qui sont propres à l’expérience des femmes, souvent considérées comme « mineures »
ou « privées » par la tradition littéraire masculine. Nous pouvons l’exemplifier à travers les
productions littéraires des écrivaines qui sont majoritairement des journaux intimes, des
autofictions ou encore des récits où l’héroïne est l’unique centre de conscience.
Nous disons, pour conclure sur cette question, que la dissidence, eu égard au contexte
d’émergence de la littérature féminine, veut assurément rendre visible l’expérience des
femmes ; déconstruire et subvertir les normes patriarcales ; revendiquer l’autonomie et
l’émancipation des femmes ; forger in fine de nouvelles représentations et de nouvelles identités
féminines.