CHAPITRE 2 : L’IMPOT ET SES CARACTERISTIQUES
I. Définition et caractéristiques de l’Impôt
1. Définition de l’impôt
Suivant la terminologie de Gaston GEZE : « l’impôt est une prestation pécuniaire, requise
des particuliers par voie d’autorité, à titre définitif et sans contrepartie, en vue de la
couverture des charges publiques »
De cette définition nous pouvons en tirer quatre caractéristiques de l’impôt
2. Les principales caractéristiques de l’impôt
Nous pouvons retenir comme caractères de l’impôt : (i) prestation pécuniaire ; (ii) Un
prélèvement obligatoire par voie d’autorité ; (iii) Un prélèvement à titre définitif et (iv) Sans
contrepartie immédiate ni affectation.
Prestation pécuniaire : Dans ses modalités, l’impôt est un prélèvement sous forme
pécuniaire et ce, contrairement aux modalités de règlement en nature qui ont pu exister
dans un passé lointain. Actuellement l’impôt est acquitté en argent (monnaie sous
n’importe laquelle de ses formes)
Prélèvement obligatoire par voie d’autorité : Quelles que soit ses modalités de
paiement, le prélèvement fiscal a un caractère obligatoire, des lors qu’il est effectué
par voie d’autorité par l’administration sur le fondement des prérogatives de puissance
publique qui sont les siennes.
En conséquence, le contribuable n’a ni le droit de prétendre se soustraire à sa dette, ni
celui de vouloir librement fixer ou négocier sa contribution. De plus l’administration
n’a nul besoin de son accord et s’il s’avérait être récalcitrant, les procédures
d’exécution forcées pourraient être utilisées à son encontre
A titre définitif : l’Impôt est une ressource définitive pour les collectivités publiques
qui en bénéficient. Contrairement à l’emprunt, il n’y a ni paiement d’intérêts, ni
remboursement à attendre.
Sans contrepartie immédiate, ni affectation : Juridiquement, l’Impôt ne constitue
pas le prix d’un service rendu. Le paiement de l’impôt ne donne pas lieu à une
contrepartie ou un avantage direct. On ne peut donc pas exiger un avantage particulier
parce qu’on paie ou qu’on a payé ses impôts ; la contrepartie est indirecte : éclairage
public, sécurité, nettoyage des voies publiques….
II. Les rôles de l’impôt
L’Impôt joue trois rôles essentiels dans nos sociétés contemporaines : une fonction financière,
une fonction économique et une fonction sociale
1. La Fonction financière de l’Impôt :
C’est la fonction la plus classique de l’impôt. L’impôt doit servir à la mobilisation des
ressources financières nécessaires à la couverture des dépenses de l’Etat et des collectivités
locales. Ex : frais de fonctionnement des services publics, salaires des fonctionnaires, frais
liés à l’existence même de l’Etat et à la protection de la nation (Police, Santé, Education,
Défense nationale). Ce rôle classique est de nos jours encore prédominant, surtout pour les
pays enclavés et aux ressources naturelles limitées comme le Sénégal. A titre illustratif, les
recettes fiscales représentent en moyenne plus de moitié des ressources ordinaires dans le
budget de l’Etat du Sénégal
2. La fonction économique de l’Impôt :
Cette fonction s’est, tout comme la fonction sociale, développée avec le passage du concept
d’Etat-Gendarme (armée, police, justice et certains travaux d’infrastructure) à celui d’Etat-
providence, censé assurer l’intérêt général.
L’Etat-providence doit, entre autres, assurer une fonction de stabilisation ou de régulation qui
sert à lutter contre les déséquilibres économiques (notamment le sous-emploi), qui ne peuvent
être corrigés par le marché seul. Dès lors, le prélèvement fiscal sera utilisé comme moyen de
régulation et de relance économique. Ex : promotion des investissements à travers des
incitations fiscales (exonérations et autres facilités fiscales) ; subvention des entreprises
fournissant des biens et services d’intérêt général ; orientation de la consommation en
surtaxant ou en sous taxant certains produits, …
3. La fonction sociale
Cette fonction n’est pas négligeable même si elle n’est pas très perceptible. Ce rôle social de
l’impôt exige d’une part qu’il soit tenu compte de la capacité contributive de chaque citoyen
(notion d’équité) et d’autre part qu’à partir des produits de l’impôt, l’Etat procède à une
redistribution des ressources en direction des couches les plus défavorisées (à travers des
bourses, allocations familiales, aides sociales,).
Comme on peut l’imaginer, il peut y avoir conflit entre la fonction financière et les fonctions
économique et sociale. En effet, l’exonération de certains contribuables ou de certains
produits (pour des raisons économiques et sociales) est de nature à réduire le montant des
recettes fiscales (rendement financier de l’impôt). Les pouvoirs publics doivent, en fonction
de l’orientation politique, effectuer un dosage entre ces différentes fonctions.
III. Les notions voisines à l’Impôt :
Ce sont des prélèvements obligatoires autres que l’impôt. Ils s’agissent des taxes et
redevances ; des taxes parafiscales et des cotisations sociales.
1. Les taxes et redevances :
D’un point de vue strict, la taxe s’entend d’une somme perçue lors de la fourniture d’un
service comme rétribution. C’est la différence essentielle avec l’impôt qui est sans
contrepartie. Ces deux concepts se différencient du point de leur mode de recouvrement et de
la destination. Impôt (Etat) et les Taxes (collectivités locales, Administration autonomes)
La taxe est payée en contrepartie d’un service public collectif ou d’une prestation
comme exemple la Taxe d’enlèvement ses ordures ménagères (TEOM)
Les taxes sont semblables aux redevances en ce sens qu’elles sont liées à l’offre d’une
prestation. Elles s’en distinguent cependant sur deux points : d’une part, la taxe peut être
exigée non seulement des usagers effectifs, mais également des usagers potentiels (taxe télé) ;
d’autre part, l’équivalence entre le service rendu et le prix à payer n’est pas nécessairement
absolue. Il reste que certains impôts portent le nom de taxe comme la TVA.
Les redevances, ou une rémunération pour services rendus, s’apparentent à un prix. La
redevance est payée en contrepartie d’un service public pour une prestation précise effectuée
pour le compte d’une personne par l’Etat ou un Concessionnaire de service public. Le
montant de la redevance et la valeur du service rendu doivent être équivalents. Au Sénégal,
nous avons par exemple la redevance domaniale pour les détenteurs de bail sur le domaine de
l’Etat. La redevance payée par les usagers de l’autoroute à péage. La redevance télévision
incluse sur le prix de l’électricité. Enfin, son produit doit être affecté au service qui a fourni la
prestation.
2. Les taxes parafiscales
Elles sont des prélèvements perçus dans un intérêt économique ou social au profit d’une
personne morale de droit public ou privée autre que l’Etat, les collectivités territoriales et les
établissements publics administratifs. Elles sont établies par décret pris en conseil des
ministres (taxe de développement touristique perçue au niveau des hôtels, taxes perçues à
l’importation par la douane au profit de la chambre de commerce)
Au Sénégal, il n’existe qu’une seule taxe parafiscale, le prélèvement COSEC, une redevance
sur les importations par voie maritime pour financer la régulation des activités portuaires
3. Les cotisations sociales
Les cotisations sociales devraient en principe figurer dans la catégorie des taxes parafiscales
dans la mesure où il s’agit de prélèvements obligatoires perçus par des organismes de droit
public ou privé dans un intérêt social.
Cependant, elles sont exclues du champ parafiscal. Ces prélèvements obligatoires ne sont pas
qualifiés d’impôts parce qu’ils comportent une contrepartie.
IV. Classification des impôts et taxes : La typologie fiscale
La diversité des impôts et de leurs mécanismes n’exclut pas leur classement par grandes
catégories. Cependant, leur multiplicité rend particulièrement difficile une classification
absolument pertinente.
Les impôts peuvent être classés de multiples façons. Les critères de classification retenus
sont : l’assiette, le mode de recouvrement, les modalités de la liquidation, selon le CGI.
Suivant l’assiette : Nous distinguons l’impôt réel, l’impôt personnel, l’impôt sur le
revenu, le capital et la dépense
Selon le mode de recouvrement : Nous retenons les droits au comptant, les droits
constatés et la RAS
Selon les modalités de la liquidation : on peut constater l’impôt fixe (une somme
déterminée), l’impôt proportionnel (à un taux fixe) et l’impôt progressif
Selon le CGI : Nous avons les impôts directs, les impôts indirects et les droits
d’enregistrements et les impôts de synthétiques.
Suivant la classification classique, fonction de la dissociation ou non entre la personne qi
supporte la charge de l’impôt et celle qui la paie effectivement
L’impôt est direct lorsque ces deux personnes sont confondues : l’IS et l’IR des
personnes physiques et des personnes morales, Taxes assimilées
L’impôt est indirect lorsque ces deux personnes sont distinctes : la TVA est collectée
par les vendeurs et payée par les acheteurs, les TAF est prélevée par les banques et les
institutions financières et est payée par les clients, les DD et les D d’accises
Les droits d’enregistrement, les impôts synthétiques et ou forfaitaires : CGU,
GGF