cours d’introduction au DROIT FISCAL et la fiscalité
CHAPITRE 1 : INTRODUCTION AU DROIT FISCAL
La fiscalité doit être comprise comme un fait politique et social, comme une chose de
l’homme. Il est en effet si intimement lié à l’évolution des sociétés que le citoyen de l’Etat
moderne considère l’impôt comme une institution naturelle, aussi désagréable qu’il soit.
Ainsi, l’histoire de l’état se révèle indissociable de celle de l’impôt.
I. Droit fiscal : définition et principes
1. Qu’est-ce que le droit fiscal
Le droit fiscal ou fiscalité peut être défini comme l’ensemble des règles applicables à la
gestion des impôts et des taxes. C’est l’ensemble des principes juridiques entraînant le droit
d’imposer et de percevoir l’impôt. Matière du droit des finances publiques (avec l’économie
politique, la comptabilité nationale, le droit public économique et les statistiques), le droit
fiscal, de par son mode de fonctionnement (création et gestion) relève du droit public. Il
confère de ce fait à l’administration fiscale un pouvoir exorbitant de droit commun. Il
conserve, compte tenu de sa nature hautement sociale, des liens étroits avec le droit privé, du
fait de son assise sur les activités économiques. Le droit fiscal est de ce fait, « une matière de
droit public baignant dans le droit privé » selon le Professeur Michel F. SAWADOGO.
Pourquoi payons-nous l’impôt ? Simplement parce que, en attendant une meilleure solution,
c’est le seul moyen pratique pour les pouvoirs publics d’obtenir les ressources dont ils ont
besoin pour offrir les services publics.
2. Quelques principes du Droit Fiscal
Principe de légalité de l’impôt.
Le principe de légalité de l’impôt tire son origine du principe de consentement à l’impôt qui
indique que désormais, aucune levée d’impôt ne pourra s’effectuer si elle n’a pas été
préalablement décidée par l’Assemblée Représentative des citoyens, soit l’assemblée
Nationale.
Ainsi, selon l’article 67 alinéas 5 de la constitution de 2001 : « La loi fixe les règles
concernant (…) l’assiette, le taux et les modalités de recouvrement des impositions de
toutes natures, le régime d’émission de la monnaie »
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En conséquence, seul le parlement est habilité, dans le cadre de la loi des finances ou d’une
loi ordinaire, à créer, à modifier ou supprimer un impôt, à en définir les règles d’assiette, de
calcul et de recouvrement.
Cette autorisation législative de l’impôt a pour but d’en fixer les règles, d’en autoriser chaque
année la perception, d’entraîner l’obligation pour l’administration fiscale d’en effectuer le
recouvrement.
Principe de liberté
Le principe de liberté en matière fiscale s’entend non seulement de la liberté individuelle
mais aussi de la liberté de commerce et de l’industrie. Ce principe est à la base de beaucoup
de procédures du droit fiscal alors même que l’impôt constitue le premier facteur de limitation
des libertés individuelles.
Il n’en demeure pas moins que seul l’impôt permet le fonctionnement des sociétés organisées,
le faisant apparaître comme facteur d’émancipation.
De toute façon, le droit fiscal ne porte pas atteinte à la liberté de gestion de l’entreprise en ce
sens que l’entrepreneur est libre de sa gestion et que les frais qu’il expose sont déductibles.
Principe de nécessité de l’impôt
Ce principe préconise que « pour l’entretien de la force publique et pour les dépenses de
l’administration, une contribution commune est indispensable ». L’article 14 du DDHC
évoque quant à lui «la nécessité de la contribution publique ».
Ce caractère indispensable et nécessaire fonde la légitimité du contrôle fiscal et de la
répression de la fraude. Ni la fraude, ni le refus de l’impôt ne saurait se justifier au nom de la
liberté individuelle. Il faut donc concilier nécessiter et liberté.
Principe d’annualité de l’impôt :
Le principe d’annualité de l’impôt procède de deux autres principes : celui du consentement à
l’impôt et celui de l’annualité budgétaire. Il signifie que la perception des impôts doit être
autorisée pour une année, l’année civile, par la loi des finances.
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Ce principe concerne uniquement l’autorisation qui est annuelle, non la validité dans le temps
des dispositions fiscales, qui demeurent applicables tant qu’un texte les modifiant ou les
supprimant n’a pas été voté.
Le principe n’interdit pas le recouvrement de l’impôt au-delà de l’année.
Il ne fait pas obstacle non plus à la réparation d’insuffisances, d’erreurs ou d’omissions
commises lors de l’établissement de l’impôt ou des déclarations des contribuables. Aussi,
l’administration dispose-t-elle d’un droit de reprise sur trois années antérieures, qui peut être
prorogé dans certains cas.
Au-delà de ce délai, il y a prescription et les droits de l’administration ne peuvent plus
s’exercer.
Principe de territorialité :
« Le principe de territorialité définit l’application de la loi fiscale dans l’espace ».
Généralement, l’espace fiscale et la sphère de compétence dévolue aux organes politiques
sont les mêmes et constituent l’espace de souveraineté fiscale.
Cependant, le pouvoir fiscal peut, dans certains cas, s’étendre au-delà des frontières nationales
ou inversement, ne pas couvrir l’ensemble du territoire national ou encore être limité par un
droit fiscal supranational. C’est le cas lorsque, en vertu de certaines conventions fiscales
internationales, la souveraineté peut être affectée par des normes supérieures à la loi nationale
parce que découlant d’un traité ratifié et approuvé par le parlement.
Principe du non rétroactivité de la loi fiscale :
« Ce principe, qui est de portée générale ».
Alors que ce principe constitue l’un des fondements essentiels de la sécurité juridique, son
application en matière fiscale est loin d’avoir un caractère systématique.
La raison de cette application partielle tient aux relations entre droit fiscal et droit budgétaire ;
Ainsi, la loi fiscale est nécessairement rétroactive en ce qui concerne les impôts directs dans
la mesure où c’est la loi des finances initiale qui fixe les tarifs ou taux d’imposition
applicables aux revenus acquis au cours de l’année qui vient de s’écouler.
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Le principe d’annualité et la règle du fait générateur rendent quasiment inévitable la
rétroactivité de la loi en matière d’imposition directe.
II. Les sources du droit fiscal
Les sources du droit fiscal sont les instruments juridiques qui donnent naissance aux règles
applicables à l’impôt. Au Sénégal, les règles applicables aux impôts ont une source
essentiellement nationale, en ce qu’elles proviennent d’abord des autorités nationales.
Toutefois, certaines règles fiscales ont une origine internationale et communautaire et
proviennent des engagements internationaux souscrits par l’Etat.
1. Les sources internes
La constitution comme source fondamentale du droit fiscal :
Elle donne à l’impôt son fondement juridique et désigne les autorités habilitées à consentir
l’impôt et celles compétentes pour l’exécuter. Ainsi, les articles 13 et 14 de DDHC posent la
nécessité d’une contribution publique. En effet, le principe de la légalité de l’impôt trouve son
fondement dans l’article 14 de la DDHC selon lequel tous les citoyens ont le droit de
constater par eux-mêmes ou leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la
consentir librement (principe du consentement de l’impôt) d’en suivre l’emploi et d’en
déterminer la quotité, le recouvrement et la durée.
Ce principe qui résulte de la DUDH (article 29, DUDH « l’individu a des devoirs envers la
communauté dans laquelle seul le libre et plein développement de sa personne est possible »)
a été systématiquement rappelé par la constitution sénégalaise. On retrouve dans les
dispositions de l’article 67 de la constitution du 22 Janvier 2001 selon laquelle « la loi fixe les
règles concernant (…) L’assiette, le taux et les modalités de recouvrement des impositions de
toutes natures, le régime d’émission de la monnaie »
La création d’impôt est une prérogative de l’Assemblée Nationale, un texte de loi crée
l’impôt. On peut retenir aussi les dispositions des articles 14 et 29 du CADHP de 1981
Le Code General des Impôts :
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La principale loi fiscale est la loi N°2012 du 31 Décembre 2012 portant CGI 1 (publié sous
JOS N° 6706 du 31 Décembre 2012)
Dans le corpus de la loi : (i) Suppression des timbres mobiles (inferieur à 1000frs), puis
reprise en 2015 ; (ii) Suppression du droit proportionnel dans l’IR et institution d’un nouveau
barème de droits progressifs, IR plafonné à 40% du revenu ; (iii) Taux de l’IS ramené à 30%
du résultat bénéficiaire ; (iv) Plusieurs autres mesures (taux d’égalisation supprimée,
généralisation de la TVA, une TVA avec deux taux institués : de 18% et réduit de 10%)
Le CGI a subi des modifications depuis l’entrée en vigueur en 2013 :
1/loi N°2014-29 relative à la LFR pour l’année 2014 où il existe modifiant des dispositions
sur l’IMF.
2/ la Loi N°2015-06 du 23 Mars 2015 modifiant certaines dispositions du CGI
Le Code des Douanes du Sénégal
La Loi N°2014-10 du 28 Février 2014 portant code des Douanes du Sénégal, publié dans le
JOS N°6787 du 26 Avril 2014
Les autres textes
La Loi N° 2011-15 du 8 Juillet 2011 portant loi organique relative aux lois de finances
abrogeant et remplaçant la loi N°2001-09 du 15 Octobre 2011 relative aux lois de finances de
2001. Les autres textes de loi sur l’environnement, les autorités de régulation, les collectivités
locales, les institutions spécialisées
2. Les sources internationales et communautaires du droit fiscal
Le Sénégal s’est engagé dans de nombreux accords internationaux traitant de questions
fiscales. Certains de ces accords ont pour objet d’éviter des situations de double imposition ;
ces accords peuvent être bilatéraux ou multilatéraux (UEMOA, CEDEAO). D’autres sont de
simples accords commerciaux visant à réaliser le désarmement douanier entre les produits
importés et les produits nationaux. Exemple : Organisation Mondial du Commerce
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Ancien CGI est de la loi N°92-40 du 09 Juillet 1992, publié dans le JOS sous le numero 5476 du 11 Juillet 1992
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Il faut noter enfin l’importance des traités d’intégration régionale qui visent l’harmonisation
des fiscalités intérieure et de porte ; exemples : les directives de l’UEMOA en matière
d’impôts indirects, les tentatives et le projet de marché commun en construction de la
CEDEAO avec le TEC sur les importations, intégrant l’espace UEMOA
Les reforme de 2015 du SYSCOA et du SYSCOHADA de 2017 qui constituent une
convergence vers les normes IAS et IFRS.
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