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Textes Roman

Le document présente des extraits littéraires de plusieurs œuvres, dont 'Manon Lescaut' de l'abbé Prévost, où un jeune homme exprime son amour pour une femme destinée à devenir religieuse, et des plaintes d'un amant trahi. Il inclut également des passages de 'Le Rouge et le Noir' de Stendhal, où Julien est réprimandé par son père pour sa passion pour la lecture, et de 'Madame Bovary' de Flaubert, où Emma rêve d'une vie idyllique avec son amant. Ces extraits illustrent des thèmes d'amour, de trahison et de désillusion dans la littérature classique.

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Le document présente des extraits littéraires de plusieurs œuvres, dont 'Manon Lescaut' de l'abbé Prévost, où un jeune homme exprime son amour pour une femme destinée à devenir religieuse, et des plaintes d'un amant trahi. Il inclut également des passages de 'Le Rouge et le Noir' de Stendhal, où Julien est réprimandé par son père pour sa passion pour la lecture, et de 'Madame Bovary' de Flaubert, où Emma rêve d'une vie idyllique avec son amant. Ces extraits illustrent des thèmes d'amour, de trahison et de désillusion dans la littérature classique.

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5-La rencontre

J’avais marqué le temps de mon départ d’Amiens. Hélas ! que ne le marquais-je un jour plus tôt!
j’aurais porté chez mon père toute mon innocence. La veille même de celui que je devais quitter
cette ville, étant à me promener avec mon ami, qui s’appelait Tiberge, nous vîmes arriver le coche
d’Arras, et nous le suivîmes jusqu’à l’hôtellerie où ces voitures descendent. Nous n’avions pas
d’autre motif que la curiosité. Il en sortit quelques femmes, qui se retirèrent aussitôt. Mais il en
resta une, fort jeune, qui s’arrêta seule dans la cour, pendant qu’un homme d’un âge avancé, qui
paraissait lui servir de conducteur, s’empressait pour faire tirer son équipage des paniers. Elle me
parut si charmante que moi, qui n’avais jamais pensé à la différence des sexes, ni regardé une fille
avec un peu d’attention, moi, dis-je, dont tout le monde admirait la sagesse et la retenue, je me
trouvai enflammé tout d’un coup jusqu’au transport. J’avais le défaut d’être excessivement timide et
facile à déconcerter ; mais loin d’être arrêté alors par cette faiblesse, je m’avançai vers la maîtresse
de mon cœur. Quoiqu’elle fût encore moins âgée que moi, elle reçut mes politesses sans paraître
embarrassée. Je lui demandai ce qui l’amenait à Amiens et si elle y avait quelques personnes de
connaissance. Elle me répondit ingénument, qu’elle y était envoyée par ses parents, pour être
religieuse. L’amour me rendait déjà si éclairé, depuis un moment qu’il était dans mon cœur, que
je regardai ce dessein comme un coup mortel pour mes désirs. Je lui parlai d’une manière qui lui
fit comprendre mes sentiments, car elle était bien plus expérimentée que moi: c’était malgré elle
qu’on l’envoyait au couvent, pour arrêter sans doute son penchant au plaisir, qui s’était déjà déclaré,
et qui a causé dans la suite tous ses malheurs et les miens.

Extrait de la première partie de Manon Lescaut - L’abbé Prévost


6-Les plaintes d’un amant :

« Ah! Manon, Manon, repris-je avec un soupir, il est bien tard de me donner des larmes, lorsque
vous avez causé ma mort. Vous affectez une tristesse que vous ne sauriez sentir. Le plus grand de
vos maux est sans doute ma présence, qui a toujours été importune à vos plaisirs. Ouvrez les yeux,
voyez qui je suis ; on ne verse pas des pleurs si tendres pour un malheureux qu’on a trahi et qu’on
abandonne cruellement. ».

Elle baisait mes mains sans changer de posture. Inconstante Manon, repris-je encore, fille ingrate et
sans foi, où sont vos promesses et vos serments ? Amante mille fois volage et cruelle, qu’as-tu fait
de cet amour que tu me jurais encore aujourd’hui ? Juste Ciel, ajoutai-je, est-ce ainsi qu’une infidèle
se rit de vous, après vous avoir attesté si saintement ? C’est donc le parjure qui est récompensé! Le
désespoir et l’abandon sont pour la constance et la fidélité.

Ces paroles furent accompagnées d’une réflexion si amère, que j’en laissai échapper malgré moi
quelques larmes. Manon s’en aperçut au changement de ma voix. Elle rompit enfin le silence. Il faut
bien que je sois coupable, me dit-elle tristement, puisque j’ai pu vous causer tant de douleur et
d’émotion; mais que le Ciel me punisse si j’ai cru l’être, ou si j’ai eu la pensée de le devenir !

Ce discours me parut si dépourvu de sens et de bonne foi, que je ne pus me défendre d’un vif
mouvement de colère. Horrible dissimulation! m’écriai-je. Je vois mieux que jamais que tu n’es
qu’une coquine et une perfide. C’est à présent que je connais ton misérable caractère. Adieu, lâche
créature, continuai-je en me levant; j’aime mieux mourir mille fois que d’avoir désormais le moin-
dre commerce avec toi. Que le Ciel me punisse moi-même si je t’honore jamais du moindre regard!
Demeure avec ton nouvel amant, aime-le, déteste-moi, renonce à l’honneur, au bon sens ; je m’en
ris, tout m’est égal. »
7-Stendhal, Le Rouge et le Noir, première partie, chapitre 4 (1830)

En approchant de son usine, le père Sorel appela Julien de sa voix de stentor ; personne ne répondit.
Il ne vit que ses fils aînés, espèce de géants qui, armés de lourdes haches, équarrissaient les troncs
de sapin, qu’ils allaient porter à la scie. Tout occupés à suivre exactement la marque noire tracée
sur la pièce de bois, chaque coup de leur hache en séparait des copeaux énormes. Ils n’entendirent
pas la voix de leur père. Celui-ci se dirigea vers le hangar ; en y entrant, il chercha vainement Julien
à la place qu’il aurait dû occuper, à côté de la scie. Il l’aperçut à cinq ou six pieds plus haut, à che-
val sur l’une des pièces de la toiture. Au lieu de surveiller attentivement l’action de tout le méca-
nisme, Julien lisait. Rien n’était plus antipathique au vieux Sorel ; il eût peut-être pardonné à Julien
sa taille mince, peu propre aux travaux de force, et si différente de celle de ses aînés ; mais cette
manie de lecture lui était odieuse : il ne savait pas lire lui-même.

Ce fut en vain qu’il appela Julien deux ou trois fois. L’attention que le jeune homme donnait à son
livre, bien plus que le bruit de la scie, l’empêcha d’entendre la terrible voix de son père. Enfin,
malgré son âge, celui-ci sauta lestement sur l’arbre soumis à l’action de la scie, et de là sur la
poutre transversale qui soutenait le toit. Un coup violent fit voler dans le ruisseau le livre que tenait
Julien ; un second coup aussi violent, donné sur la tête, en forme de calotte, lui fit perdre l’équilibre.
Il allait tomber à douze ou quinze pieds plus bas, au milieu des leviers de la machine en action, qui
l’eussent brisé, mais son père le retint de la main gauche, comme il tombait :

– Eh bien, paresseux ! tu liras donc toujours tes maudits livres, pendant que tu es de garde à la
scie ? Lis-les le soir, quand tu vas perdre ton temps chez le curé, à la bonne heure.

Julien, quoiqu’étourdi par la force du coup, et tout sanglant, se rapprocha de son poste officiel, à
côté de la scie. Il avait les larmes aux yeux, moins à cause de la douleur physique, que pour la perte
de son livre qu’il adorait.
8-Flaubert, Madame Bovary, deuxième partie, chapitre 12 (1857)

Emma ne dormait pas, elle faisait semblant d’être endormie ; et, tandis qu’il s’assoupissait à ses
côtés, elle se réveillait en d’autres rêves.

Au galop de quatre chevaux, elle était emportée depuis huit jours vers un pays nouveau, d’où
ils ne reviendraient plus. Ils allaient, ils allaient, les bras enlacés, sans parler. Souvent, du haut
d’une montagne, ils apercevaient tout à coup quelque cité splendide avec des dômes, des ponts,
des navires, des forêts de citronniers et des cathédrales de marbre blanc, dont les clochers aigus
portaient des nids de cigogne. On marchait au pas, à cause des grandes dalles, et il y avait par
terre des bouquets de fleurs que vous offraient des femmes habillées en corset rouge. On entendait
sonner des cloches, hennir les mulets, avec le murmure des guitares et le bruit des fontaines, dont
la vapeur s’envolant rafraîchissait des tas de fruits, disposés en pyramide au pied des statues pâles,
qui souriaient sous les jets d’eau. Et puis ils arrivaient, un soir, dans un village de pêcheurs, où
des filets bruns séchaient au vent, le long de la falaise et des cabanes. C’est là qu’ils s’arrêteraient
pour vivre ; ils habiteraient une maison basse, à toit plat, ombragée d’un palmier, au fond d’un
golfe, au bord de la mer. Ils se promèneraient en gondole, ils se balanceraient en hamac ; et leur
existence serait facile et large comme leurs vêtements de soie, toute chaude et étoilée comme les
nuits douces qu’ils contempleraient. Cependant, sur l’immensité de cet avenir qu’elle se faisait
apparaître, rien de particulier ne surgissait ; les jours, tous magnifiques, se ressemblaient comme
des flots ; et cela se balançait à l’horizon, infini, harmonieux, bleuâtre et couvert de soleil. Mais
l’enfant se mettait à tousser dans son berceau, ou bien Bovary ronflait plus fort, et Emma ne
s’endormait que le matin, quand l’aube blanchissait les carreaux et que déjà le petit Justin, sur la
place, ouvrait les auvents de la pharmacie.

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