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?importations Alimentaires

Le document analyse les importations alimentaires au Gabon et au Cameroun, en mettant l'accent sur les produits avicoles et rizicoles, qui sont essentiels pour la consommation locale. Il souligne la marginalisation des États africains dans le marché agricole mondial, face à l'influence des pays développés, et met en lumière les stratégies des importateurs privés, souvent impliqués dans des pratiques illicites. L'étude s'appuie sur des observations de terrain et des données statistiques pour comprendre les dynamiques des importations alimentaires dans ces deux pays.

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Le document analyse les importations alimentaires au Gabon et au Cameroun, en mettant l'accent sur les produits avicoles et rizicoles, qui sont essentiels pour la consommation locale. Il souligne la marginalisation des États africains dans le marché agricole mondial, face à l'influence des pays développés, et met en lumière les stratégies des importateurs privés, souvent impliqués dans des pratiques illicites. L'étude s'appuie sur des observations de terrain et des données statistiques pour comprendre les dynamiques des importations alimentaires dans ces deux pays.

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LES IMPORTATIONS ALIMENTAIRES AU GABON ET

AU CAMEROUN : STRATEGIES D’ACTEURS.

VOL 1 N0 2 / JUILLET 2022


Pacôme TSAMOYE
Greds/irsh/cenarest
[email protected]
Leticia nathalie sello madoungou (épouse nze)
Cergep/uob
[email protected]

COLLECTION RECHERCHES & REGARDS D’AFRIQUE


Résumé

Tandis que face à eux les pays développés continuent d’influencer les
échanges des produits agricoles par leurs nombreux soutiens à ce secteur,
les Etats africains se trouvent marginalisés dans la dynamique d’ouverture
du marché agricole mondial. La nouveauté dans ce processus est l’irruption,
dans l’acheminement de ces biens de consommation, de plusieurs types
d’acteurs privés : négociants, transporteurs, importateurs, etc. C’est surtout
sur les produits avicoles et rizicoles que l’analyse se focalise, parce que ce
sont les denrées les plus consommées au Gabon et au Cameroun, et donc
importées ; mais aussi à cause des anomalies constatées tant au niveau de
leur acheminement, qu’au niveau des actions des acteurs.
L’objectif de ce travail de recherche est de décrypter le fonctionnement des
importations et d’éclairer les stratégies que les importateurs mettent en
œuvre dans les transactions avicoles et rizicoles au Gabon et au Cameroun.
Ce qui a permis de voir que malgré les aléas conjoncturels et structurels
observés dans ces pays, les importations alimentaires privilégiées pour
ISBN : 978 - 2 - 493659 - 01 - 9

pallier au déficit des produits agricoles locaux empruntent parfois des voies
illicites par certains acteurs privés. C’est partir des observations faites sur
le terrain (P. Tsamoye, 2013) et grâce à des documents généraux et
spécifiques, pour une meilleure compréhension des phénomènes étudiés, que
cette analyse s’est faite.
Mots-clés : importation, alimentation, acteur, Gabon, Cameroun.

287
Abstract

VOL 1 N0 2 / JUILLET 2022


While against them the developed countries continue to influence trade in
agricultural products through their numerous supports for this sector, the
African States find themselves marginalized in the dynamics of opening up
the world agricultural market. The novelty in this process is the irruption, in
the transport of these consumer goods, of several types of private actors:
traders, transporters, importers, etc. It is above all on poultry and rice
products that the analysis focuses, because these are the foodstuffs most
consumed in Gabon and Cameroon, and therefore imported; but also
because of the anomalies observed both in terms of their delivery and in terms
of the actions of the actors.
The objective of this research work is to decipher the functioning of imports

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and to shed light on the strategies that importers implement in poultry and
rice transactions in Gabon and Cameroon. This has made it possible to see
that despite the conjunctural and structural hazards observed in these
countries, the food imports favored to compensate for the deficit of local
agricultural products sometimes take illicit routes by certain private actors.
It is from observations made in the field (P. Tsamoye, 2013) and thanks to
general and specific documents, for a better understanding of the phenomena
studied, that this analysis was made.
Keywords: import, food, actor, Gabon, Cameroon.

Introduction

D’après les données de la FaoStat sur le Gabon et le Cameroun,


la satisfaction des besoins alimentaires des populations des deux
pays demeure tributaire des importations. En effet, en dépit
d’énormes potentiels naturels et des politiques menées depuis
ISBN : 978 - 2 - 493659 - 01 - 9

leur accession à la souveraineté internationale, leur secteur


agricole reste embryonnaire du fait de la logistique utilisée, des
techniques culturales et des programmes d’ajustements
structurels (Y.-G. Galley, 2010 ; V. Magnagna-Nguéma, 2005 ;
MINEPAT, 2008 ; T. Ondoa Manga, 2006). Selon les données
de l’Organisation Mondiale pour l’Alimentation et l’Agriculture
(FAO), au Gabon, le taux de couverture des besoins locaux par
288
le secteur agricole demeure inférieur à 20% ; le différentiel étant
compensé par les importations alimentaires issues d’origines

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diverses. Quant au Cameroun, « de l’indépendance à 2007, la
valeur des importations alimentaires a été multipliée par 35 ; elle
est passée de 14 millions $ US à 490 millions $ US » (C. Awono
et M. Havard, 2011, p. 3). Toutefois, la croissance de ces
importations alimentaires, ne veut pas forcément dire que la
dépendance alimentaire des camerounais s’est aggravée, ce qui
sous-entendrait de facto l’insuffisance de la production locale
(relativement importante dans la sous-région), mais cela est
surtout dû à l’augmentation de la population urbaine nécessitant

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une forte demande en produits agricoles et alimentaires, et au
développement économique du pays (le Cameroun est considéré
par la Banque mondiale comme un pays à revenu de la tranche
inférieure) (C. Awono et M. Havard, 2011).
Or, la libéralisation actuelle du marché agricole mondial
commande le retrait de l’Etat, comme acteur direct du processus
de mise en réseau des biens alimentaires. Ainsi, leur
acheminement dans les deux pays fait intervenir différents
acteurs privés, à savoir : les négociants, les transporteurs, les
importateurs, etc.
Notre analyse vise non seulement à décrypter le fonctionnement
de ces transactions de riz et de viande de volaille, mais aussi à
démontrer les stratégies des importateurs dans les deux Etats. En
effet, considérés comme produits de première nécessité, le riz et
la volaille font partie des produits fortement consommés dans
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ces pays, occasionnant ainsi de fortes importations. Ces


importations sont non seulement considérables, irrégulières,
variant selon les époques, mais sont aussi incontrôlées (C.
Awono et M. Havard 2011 ; P. Tsamoye, 2016 ; ACDIC, 2005),
entraînant de ce fait des anomalies prises en compte dans cette
analyse.

289
Préalablement, nous analyserons la structure de ces importations
alimentaires. Puis, nous décrirons les différents acteurs

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impliqués dans le processus d’acheminement des biens
alimentaires en direction du Gabon et du Cameroun.
D’un point de vue méthodologique, cette analyse, qui n’est pas
une étude comparée, repose d’abord sur les observations faites
sur le terrain au Cameroun et au Gabon entre 2010 et 2012. Au
Cameroun, il a été observé, via l’agence de transport Buca
Voyages, l’acheminement des cartons de poulet surgelé vers
Yaoundé comme des bagages ordinaires. De même, dans les
épiceries de la capitale camerounaise, notamment au niveau de

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la porte d’entrée, on pouvait lire la mention suivante : « le poulet
surgelé est disponible ». S’agissant spécifiquement du Gabon, le
poste de chargé d’études du Directeur Général de l’Agence
Gabonaise de Sécurité Alimentaire (AGASA) occupé par P.
Tsamoye en 2015, a offert l’opportunité d’effectuer des missions
de vérification des documents correspondant aux quantités
alimentaires importées. Ainsi, il a été constaté que plusieurs
importateurs faisaient rentrer les denrées alimentaires sans
autorisation d’importation de l’agence suscitée. Dans tous les
cas, au contact des différents acteurs, c’est l’aspect qualitatif qui
a été privilégié.
Aussi, cette réflexion s’est-elle appuyée sur une étude
bibliographique : la lecture des travaux de Y.-G. Galley (2010),
V. Magnagna-Nguéma (2005) ou de T. Ondoa Manga (2006) ont
permis une meilleure compréhension de la situation agricole des
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deux pays justifiant le développement des importations


alimentaires. Le recours aux données en ligne, sur Faostat
(statistiques) et autres sites, a permis de disposer des variables
quantitatives et qualitatives sur cette question.

290
1. Le Gabon et le Cameroun, deux pays importateurs à
géométrie variable

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Le Gabon et le Cameroun sont des importateurs-nets du riz et de
la viande de volaille. En effet, ils dépendent du marché mondial
pour satisfaire une grande partie de leurs besoins nationaux.
Quelles sont donc les quantités importées par ces deux pays et
d’où proviennent-elles ?

1.1. Des quantités importantes, mais variables selon le pays


Afin de satisfaire leur demande locale, le Gabon et le Cameroun

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importent plusieurs milliers de tonnes de denrées alimentaires
avec une part importante de riz et de volaille114. Le riz est la
denrée la plus importée par les deux pays avec des proportions
différentes pour des raisons démographiques : le Gabon a une
population de près de 2 000 000 d’habitants, alors que celle du
Cameroun est proche de 26 000 000 âmes.
Une autre différence notable entre les importations des deux
pays se situe au niveau de l’évolution des flux. Au Gabon
(Figure n°1), les flux de volaille augmentent continuellement
avec une croissance de 539 % entre 1995 et 2009 tandis que ceux
se rapportant au riz (Figure n°2) ont baissé de 40%. Dans la
même période, la tendance était inverse au Cameroun : les
transactions de riz (Figure n°2) ont augmenté de 273 %, alors
que l’évolution des importations de viande de volaille (Figure
n°1) était négative (-85%).
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Ces caractéristiques générales des flux de riz et de viande de


volaille en direction des deux pays masquent des années de
remous ou de fluctuation des quantités importées. Ainsi, on note
que malgré leur dynamique croissante, les importations de riz au

114
Entre 1995 et 2009, au Gabon, les importations totales sont égales à 729 000 tonnes, contre 263 000 tonnes
pour la viande de volaille. Le Cameroun, quant à lui, a importé plus de 4 000 000 de tonnes de riz ; alors que
les quantités de denrées d’origine avicole sont estimées à plus de 120 000 tonnes.
291
Cameroun (Figure n°2) sont en baisse entre 1995 (125 tonnes)
et 1996 (50 tonnes). L’année suivante, ces flux ont connu une

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phase ascendante pour se hisser à près de 170 tonnes. Ce cas de
figure a également été observé entre 2003 (baisse par rapport à
2002) et 2007 (phase ascendante depuis 2004).

Figure n°1 : Importations de volaille du Gabon et du


Cameroun entre 1995 et 2009 (en tonnes)

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Source : FAO
L’oscillation observée dans les importations de riz au Cameroun
est fonction de plusieurs paramètres : révolution verte, crise
économique, reprise économique, plans quinquennaux.
Cependant, grâce à la reprise économique l’augmentation
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constante des importations de plusieurs denrées alimentaires tels


que le riz et la viande de volaille reste considérable et ne montre
pas à contrario que la production locale soit insignifiante115 (C.
Awono et M. Havard, 2011).

115
En 2009, le ministre camerounais du commerce indiquait que la production locale du riz était d’environ
100 000 tonnes. Même si elle est insuffisante devant les 400 000 tonnes à couvrir cette même année pour la
demande nationale, ce qui a conduit à importer 300 000 tonnes de riz, la production locale devrait être
davantage encouragée, pour réduire les 500 000 tonnes de riz que le Cameroun importe chaque année.
292
Figure n°2 : Importations de riz du Gabon et du Cameroun
entre 1995 et 2009 (en tonnes)

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Source : FAO
S’agissant du Gabon, si l'on considère les importations de viande
de volaille (Figure n°1), on constate une évolution de 7 tonnes
en 1995, à près de 18 tonnes en 2001 ; il s’agit donc
d’importations positives. Mais en 2002, les flux vont baisser
pour atteindre près de huit tonnes. Cette situation sera également
observée entre 2005 et 2006 et entre 2007 et 2008. Dans le
dernier cas de figure, les flux de viande de volaille vont passer
de près de 33 tonnes en 2007 à près de 30 tonnes en 2008.

1.2 Origine des importations alimentaires


En général, les importations alimentaires proviennent des
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excédents commercialisables dégagés par les grands pays


producteurs après satisfaction, en grande partie, de leur demande
locale. Pour le cas des échanges rizicoles, « le nombre d’Etats
intervenant massivement dans le commerce mondial est assez
faible » (S. Dubois, 2010, p. 248). Ainsi, entre 1995 et 2009, huit
principaux pays, concentrant près de 85% des exportations, ont
alimenté les échanges rizicoles mondiaux. Il s’agit en grande
293
partie de pays asiatiques (80%), des Etats-Unis (8%) ou encore
de l’Egypte (2%). Cette concentration des exportations vaut

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également pour la viande de volaille où seuls quelques Etats
réunissent près de 90% des exportations mondiales.
Les importations alimentaires du Gabon et du Cameroun
s’arriment à cette géographie générale du commerce
international des produits agricoles (Figure n°3). S’agissant du
riz, les denrées importées par le Cameroun sont à l’image de
celles du Gabon parce que les ¾ de ces flux proviennent de
l’Asie, plus précisément de la Thaïlande (près de 50%) et du
Viêt-Nam (près de 25%). À ces principaux pays, s'ajoutent le

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Pakistan (15%) ou encore le Myanmar (8%).

Figure n°3 : Origine des importations de riz et de viande de


volaille du Gabon et du Cameroun entre 1995 et 2009.

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Ces mouvements mondiaux des biens agricoles, issus des


accords commerciaux menés sous l’égide de l’Organisation
Mondiale du Commerce (OMC), se caractérisent par
l’implication moins directe de l’Etat comme acteur principal.
Quels sont donc les autres protagonistes des importations
alimentaires du Gabon et du Cameroun ?
294
2. Entre publics et privés, des acteurs divers dans
l'importation des denrées alimentaires

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Contrairement au riz, les importations de viande de volaille ont
des provenances diverses. Mieux encore, il apparaît que les
approvisionnements des deux pays n’ont pas la même origine
(Figure n°3) : le Gabon a davantage recours aux pays américains
pour ses besoins de viande de volaille (près de 60%). L’autre
partie est d’origine européenne : la France (9%), la Hollande
(8%) et de la Belgique (6%). Alors que le Cameroun s’appuie,
quant à lui, beaucoup plus sur les pays européens dans près des

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¾ de ces flux.
Les flux de biens agricoles sont la conséquence des éléments tels
que les subventions ou les capacités de production. Pour
comprendre ceux des différents biens alimentaires à destination
du Gabon et du Cameroun, il est tout aussi nécessaire de
s’intéresser à la pluralité des acteurs et au rôle qu’ils jouent dans
le secteur agro-alimentaire. Notre réflexion va nous amener à
présenter les acteurs privés, avant d’évoquer l’acteur public.

2.1 Les acteurs privés, entre pluralité et spécialisation


Trois maillons distincts, de l’amont vers l’aval, sont
théoriquement au cœur du processus d’importation et de
distribution des denrées alimentaires : les exportateurs, les
intermédiaires (négociants, transporteurs, transitaires) et les
importateurs. Dans le cas d’espèce, les importations du Gabon
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et du Cameroun sont la conséquence de l’intervention, en dehors


des négociants116 internationaux, des entreprises exportatrices,
des transitaires, des transporteurs et des importateurs.

Les négociants sont d’autres acteurs impliqués dans les échanges mondiaux de biens agricoles servant de
116

courroie de transmission entre les vendeurs et les acheteurs. Selon le Président de l’Association Citoyenne de
Défense des Intérêts Collectifs (ACDIC), Bernard Ndjonga, il est très difficile d’avoir des informations les
concernant.
295
Cela dit, « dans la réalité, le partage des rôles entre les différents
maillons se révèle souvent beaucoup moins clair puisqu’on

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constate des formes d’intégration totales ou partielles » (A.
Ritzenthaler, 2016, p. 76) s’agissant notamment des transitaires
et transporteurs. À travers l’observation du fonctionnement de
chaque groupe d’acteurs, on distingue ainsi une certaine
spécialisation du marché des importations. Celle-ci renvoie à
l’existence d’un nombre réduit de principaux protagonistes dans
chaque compartiment. On peut donc légitimement parler
d’oligopole dans chaque démembrement du processus de
ravitaillement des marchés gabonais et camerounais.

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S’agissant des entreprises exportatrices de viande de volaille en
direction du Cameroun, les investigations menées par
l’Association Citoyenne de Défense des Intérêts Collectifs
(ACDIC117) en 2005, dont les conclusions sont reprises ici, ont
réussi à en dénombrer 69. Mais dans les faits, seule une dizaine
de fournisseurs concentrent près de 70% des quantités
acheminées (Figure n°4).
Figure n°4 : Part de chaque importateur dans les flux de
viande de volaille au Cameroun entre 1993 et 2002

ISBN : 978 - 2 - 493659 - 01 - 9

Source : ACDIC

117
A l’image du constat fait en ce qui concerne les négociants, il était également impossible, en l’absence de
collaboration des différents acteurs impliqués dans les transactions alimentaires, d’avoir des informations sur
les entreprises fournisseurs. Pour essayer de contourner cette difficulté, nous nous sommes appuyés sur l’étude
réalisée par l’ONG ACDIC en 2005.
296
Cette spécialisation est également perceptible en ce qui concerne
les transitaires et les transporteurs : d’après les mêmes

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investigations de l’ACDIC, huit entreprises de chacun de ces
secteurs d’activité sont impliquées dans l’acheminement de
biens alimentaires vers le Cameroun. Aussi, certaines entités
jouent-elles à la fois le rôle de transporteur et de transitaire. C’est
le cas de Maersk qui est une entreprise mondialement reconnue
et dont les activités s’étendent jusqu’au courtage.

Figure n°5 : Part de chaque importateur dans les flux de


viande de volaille au Gabon en 2005

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Source : Douanes gabonaises

L’autre catégorie d’acteurs concerne les importateurs. Au


Gabon, par exemple, pour l’année 2005, le nombre total
d’importateurs de produits d’origine agricole s’élevait à 51118
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(Figure n°5). En ce qui concerne le Cameroun, il convient de


relever la prééminence du processus création-dépôt de bilan.
Ainsi, le nombre d’entreprises importatrices n’a jamais été

118
Parmi ces derniers, on dénombre plusieurs entreprises non spécialisées dans les importations des produits
alimentaires, à l’instar du 6e BIMA (Bataillon de l’armée française au Gabon).
297
stable119. Depuis 1993, par exemple, seule l’entreprise Som’s
Trading Limited est restée en activité constante (ACDIC, 2005).

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En dépit du nombre important d’entreprises spécialisées dans
l’importation de viande de volaille, cette activité reste
monopolisée par quelques structures. Au Cameroun, dix
importateurs enregistrent près de 76% des quantités de viande
de volaille acheminées vers le pays. S’agissant du Gabon, dix
acteurs ont le contrôle sur près de 90% des importations.

2.2 Les Etats : des acteurs dépéris dans les échanges agricoles
mondiaux ?

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Avec l’ouverture du marché agricole à l’échelle mondiale, on a
énormément spéculé sur le rôle des Etats. Conçus comme des
territoires limités par des frontières sur lesquels ils exercent leur
souveraineté, leur impact dans ce nouveau contexte de
libéralisation des échanges agricoles par l’Organisation
Mondiale du Commerce (OMC) paraissait moins clair. Ainsi,
parce que les échanges sont en principe régulés par le jeu de
l’offre et de la demande et que mondialisation rime avec
perméabilité des frontières, ils ont été présentés comme les
parents-pauvres du processus de mise en réseau des marchés. On
a donc conclu à leur dépérissement (S. Dubois, 2010).
Mais contrairement à cette vision, on constate qu'en réalité les
Etats continuent d’exister. Même si la mondialisation « rogne
leurs prérogatives et les contraints à de profondes mutations, les
forçant notamment à adapter leur politique à des réalités
ISBN : 978 - 2 - 493659 - 01 - 9

économiques désormais très multiscalaires » (S. Dubois, 2010,


p. 266), il n’en demeure pas moins qu’ils continuent d’influencer
les échanges des produits agricoles via par exemple les différents
soutiens qu’ils peuvent apporter à leurs secteurs agricoles

En 1995, par exemple, neuf entreprises se chargeaient de l’importation de viande de volaille au Cameroun.
119

Mais durant l’année 1998, ce nombre a cru de plus de 200%. De neuf entreprises, en effet, on est passé à 28
en l’espace de trois ans. Mais en 2002 par la suite, on atteint un total de 34 entreprises (ACIDC, 2005).
298
s’agissant notamment des pays développés. Par contre, les pays
en développement délaissent leurs producteurs démunis sans

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leur apporter l’aide nécessaire au renforcement de leurs filières
agricoles.
Au sein de la Communauté Economique et Monétaire de
l’Afrique Centrale (CEMAC), ces soutiens étatiques
multiformes sont attendus par les acteurs de la filière avicole.
Ainsi, réunis à Douala au Cameroun le 28 juillet 2009, afin de
mettre en place l’Interprofession Avicole en Afrique Centrale
(IPAR-CEMAC), les professionnels de ce secteur, associés à
ceux de la République Démocratique du Congo, avaient pour

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ambition, à court et à moyen terme : la lutte contre l’épizootie
de la grippe aviaire et l’industrialisation des filières dans les
différents Etats de l’Afrique Centrale. Ces assises se voulaient
être un cadre de définition des mécanismes de lutte contre les
importations de viande de volaille, hors de la zone CEMAC, qui
représentent, dans le cas de la République Démocratique du
Congo (RDC), près de 90% des biens de cette nature
commercialisée sur le marché (A. Huart et al., 2004).
Cette lutte vise à faire prospérer une filière locale susceptible de
contribuer significativement à une dynamique durable de l’offre
alimentaire. Mais elle ne reste pas moins corrélée à la volonté
des responsables politiques des Etats. À travers l’exemple du
Nigéria qui avait décidé de mettre fin aux importations de riz en
vue de stimuler l’accroissement de l’offre interne, en effet,
l’implication de l’Etat demeure incontournable. Car ce type de
ISBN : 978 - 2 - 493659 - 01 - 9

positionnement relève de sa volonté de contrôler et de mettre une


pression aux acteurs des filières.
Mais en dépit de la tenue de ces assises sous régionales, les
importations de viande de volaille sont toujours d’actualité. Au
regard de ce constat, on peut se demander pourquoi l’Etat ne
prend pas les mesures adéquates pour juguler leur expansion,
puisque l’inaction est perçue comme un frein à l’essor des
299
filières locales. Est-ce au nom du respect des accords de
Marrakech120 qui ont créé une incompatibilité avec toute entrave

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délibérée au commerce mondial ? Ou existerait-il d’autres
raisons sous-jacentes à leur maintien malgré les interpellations
des acteurs de la filière ?
En ce qui concerne l’hypothèse du respect des accords de
Marrakech, plusieurs pays comme le Nigéria, se sentant lésés,
ont déjà unilatéralement refusé de les appliquer sans représailles
enregistrées. D’ailleurs, dans l’Organe de Régulation des
Différends121 (ORD), il existe un principe établi : si, comme le
Gabon ou le Cameroun, on est moins représentatif dans les

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transactions agricoles mondiales, plus on est susceptible d’être à
l’abri des plaintes formulées par les autres Etats pour entrave
délibérée au commerce.
S’agissant de la seconde hypothèse, l’un des aspects
généralement évoqués par les autorités étatiques et les
spécialistes de la question alimentaire est l’existence d’un fossé
grandissant entre l’offre alimentaire issue de la production locale
et la demande nationale. L’Etat encourage donc à raison les
importations des biens agricoles. Aussi, l’importance de ces
transactions va-t-elle au-delà de la stricte question alimentaire
puisqu’à travers les différentes taxes appliquées à l’entrée de
chaque pays, celles-ci contribuent à la bonification de la loi de
finances.
Ainsi, on peut être amené à penser qu’au lieu de juguler le
phénomène pour permettre l’essor des filières locales, l’Etat a
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plutôt intérêt à encourager les importations alimentaires. De

120
L’accès au marché a été une composante essentielle de l’accord sur l’agriculture ratifié en 1994 à
Marrakech. D’ailleurs, « à l’issue de l’Uruguay Round, la mesure dont il était attendu l’impact le plus tangible
était la clause relative à l’accès au marché » (J.-C. Bureau, Y. Chaled et L. Salvatici, 2002, p. 1). Elle s’est
matérialisée par l’interdiction des barrières non tarifaires et l’harmonisation des droits de douane.
121
C’est une structure mise en place pour s’assurer du respect des mesures prises au sein de l’OMC. Elle a
quatre objectifs majeurs : établissement des groupes spéciaux, adoption des rapports des groupes spéciaux et
organes d’appel, autorisation et suspension des concessions et autres obligations résultant des accords visés et
surveillance de la mise en œuvre des accords.
300
sorte, il fait preuve de bienveillance à leur égard. Les stratégies
des importateurs en sont-elles la conséquence ?

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3. Les stratégies d’acteurs : le cas des importateurs

Les acteurs intervenant dans le processus des échanges agricoles


sont nombreux depuis le lieu de production jusqu’à la zone de
consommation. Néanmoins, l’importateur demeure au cœur des
transactions car il sert d’interface entre l’offre et la demande et
sert de catalyseur du processus. C’est donc lui qui se spécialise
dans les importations alimentaires du Gabon et du Cameroun.

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Cela dit, une question demeure : ces entreprises importatrices
respectent-elles toujours les normes mises en œuvre au sein des
États pour encadrer cette activité ? Cette question est tout à fait
opportune dans la mesure où les quantités importées sont soit
minorées ou tout simplement illicites.

3.1. Sous-évaluation des quantités importées


Les acteurs impliqués dans l'importation des aliments
fonctionnent en réseau. S’appesantir sur les rapports entre les
importateurs et les transporteurs permettrait de questionner la
capacité des différentes structures importatrices à exploiter ou à
contourner les règles édictées par les États. En effet,
l’importation de viande de volaille ou de riz est soumise non
seulement à une autorisation émanant des autorités du Ministère
de l’Agriculture, mais doit également obéir à des quotas ou à des
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quantités bien définies.


Dans le premier cas, cette autorisation n’est pas toujours
demandée par les importateurs. Or, le processus d’importation
obéit à des règles bien précises. D’abord, l’entreprise
importatrice rentre en contact avec un distributeur généralement
implanté à l’étranger. Elle lui fait part des quantités qu’elle
souhaite importer. Après qu’un arrangement ait été trouvé entre

301
les deux parties, la commande relève désormais de la
compétence du transitaire qui s’occupe de la location du

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conteneur, de la réservation d’une place dans un bateau et de
toutes les formalités dans le pays de départ de la marchandise.
De même, il se doit de rendre le conteneur conforme à la
législation du pays vers lequel la cargaison est acheminée et
répondre à toutes les obligations administratives dudit pays.
S’agissant du Gabon, par exemple, l'importateur doit satisfaire
aux exigences du Ministère de l’Agriculture122 et des services de
Douane123. Or dans les faits, il arrive que les importations de
certaines entreprises parviennent au port sans autorisation

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d’importation et quittent parfois l’espace portuaire sans
consentement préalable. Seuls les contrôles inopinés menés par
l’Agence Gabonaise de Sécurité Alimentaire (AGASA)
permettent de mettre un terme à cette forfaiture.
Aussi, s’agissant des quotas, comme l’a révélé J. Kotcho124 :
« Les quantités effectivement importées sont largement
supérieures à celles autorisées. C’est dire donc il y a un
problème. Naturellement, les autorités gouvernementales ont
leur part de responsabilité. Mais cette importation ‘’non
réglementaire’’ est la conséquence des stratégies des
importateurs qui sous-évaluent, de l’ordre de 10 à 15%, les
quantités effectivement importées. En d’autres termes, alors que
le Ministère de l’agriculture a autorisé l’importation de dix
tonnes, il est possible que l’importateur fasse rentrer une à deux
tonnes supplémentaires125 ».
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122
Au Ministère de l’Agriculture, il doit se procurer une licence d’importation auprès de l’Agence Gabonaise
de Sécurité Alimentaire (AGASA).
123
Au niveau des douanes, le transitaire se doit de s’acquitter des taxes douanières comprises entre 5 et 30%
du prix Exportation Départ Usine (EXW).
124
Il a été l’un des responsables de l’ONG « Association Citoyenne de Défense des Intérêts Collectifs »
(ACDIC) au Cameroun.
125
Cet entretien du 20 juin 2012 a été réalisé dans le cadre des enquêtes de terrain menées au Cameroun.
302
En effet, au Cameroun, les investigations menées par l’ACDIC
ont permis de mettre en lumière des différences notables (Figure

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n°6) entre :
 les statistiques du Ministère de l’Elevage, de la Pêche
et des Industries Animales (MINEPIA) ;
 les données des services de douanes ;
 les statistiques du port de Douala.
Au regard de la figure n°6, il apparait que les données
statistiques du MINEPIA, issues des quotas attribués aux
importateurs, sont en deçà des quantités enregistrées par les

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services des douanes ; elles-mêmes inférieures issues du port de
Douala.
Figure n°6 : Importations de poulet au Cameroun selon
diverses sources d’informations (en tonne)

Source : ACDIC, 2005


Bien entendu, la vigilance des autorités compétentes reste de
mise. Et dans ce sens, les importateurs disposent d’une
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procédure de régularisation à postériori leur permettant de faire


enregistrer tout dépassement de quota moyennant le payement
d’une taxe supplémentaire dite de dépassement de quota
(ACDIC, 2005) auprès du Ministère du Commerce.

303
3.2 Acheminement « illicite » des biens alimentaires
Au-delà de la stratégie de dissimulation, les importateurs

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peuvent également user d'autres manières « illicites »
d'importation des quantités non moins importantes de viande de
volaille. Cette pratique est observée au Cameroun où les
importations de viande de volaille sont officiellement interdites,
mais la population continue tout de même de consommer du
poulet importé. Par quel circuit y parvient-il ? Rappelons que
l’arrêt de l’importation de la volaille en 1999 au Cameroun due
au scandale alimentaire en rapport avec les poulets belges
contaminés à la dioxine, a été renforcé par le scandale sur la

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vache folle en 1996 qui a amené plusieurs pays africains à arrêter
l’importation de ces viandes (ACDIC, 2005).
Á ce que l’on sache, ce circuit a pour point de départ la Guinée-
Equatoriale126 où les importations de viande de volaille
demeurent autorisées (Figure n°7). L’hypothèse vraisemblable
est que ces viandes y sont importées en grande quantités. De
sorte, une partie est réexportée vers le Cameroun via la ville de
Kyé-Ossi qui sert de base arrière en territoire camerounais. De
là, ces viandes sont acheminées vers Yaoundé et Douala.

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126
C’est un pays de l’Afrique Centrale peuplé de moins d’un million d’habitants, mais riche à travers ses
ressources naturelles, notamment pétrolières. Il est frontalier au Cameroun, dans sa partie Sud, sur une distance
de 200 kilomètres.
304
Figure n°7 : Circuit d’acheminement/commercialisation
« officieux » de viande de volaille au Cameroun

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Guinée-Equatoriale

Kyé-Ossi

Yaound Douala

Cameroun

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é

Grossistes/Demi-grossistes

Restaurate
Source : Enquête de terrain, juin 2012 Détailla
urs nts
En effet, selon un employé de la compagnie de transport terrestre
« Buca-Voyages », l’acheminement de cette viande de volaille
vers Yaoundé, au départ de Kye-Ossi et dans des conditions non
conformes au respect de la chaine de froid127, n’est pas
compliqué puisque les vendeurs achètent de petites quantités :
« si le client réussit à amener le poulet jusqu’à notre agence, on
s’en occupe jusqu’à Yaoundé. Vous savez, nos chauffeurs font
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plusieurs tours par jour entre les deux villes et donc ils
connaissent tous les agents de la douane ou encore du Ministère
de l’Elevage qui sont sur la route. Donc généralement il n’y a
pas de soucis. Mais il y a d’autres douaniers qui sont compliqués.
Dans ce cas, nous avons nos façons de charger, que je ne peux

127
Les « contrebandiers » utilisent des véhicules affectés au transport de personnes pour acheminer des produits
d’une telle sensibilité. Naturellement, cela peut obérer en définitive la qualité des aliments proposés à la
consommation des populations en raison des conditions de transport inappropriées.
305
pas vous dire, pour que la marchandise arrive sans problèmes à
Yaoundé128 ».

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Dans les deux villes, après qu’ils aient passé les différents postes
de contrôle routiers, ces produits sont achetés par les grossistes
qui se chargent de livrer aussi bien aux détaillants qu'aux
restaurateurs. Chez les petits commerçants, il existe des périodes
où cette denrée est inexistante dans leurs boutiques. Mais une
fois toutes les transactions effectuées, on peut soit apercevoir des
« messages d’avertissement » signifiant l’arrivée de la viande de
volaille dans les épiceries ou on peut se rendre au marché
Mokolo, le plus grand marché de Yaoundé, où « la femme la

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plus puissante du Cameroun129», selon la Voix du paysan
numéro 253, écoule cette denrée alimentaire.
Avec la multiplication des descentes des services des Ministères
de l’Agriculture et du Ministère du Commerce, et l’implication
de l’ACDIC, pour faire respecter l’interdiction de
commercialisation dans les marchés, d’importantes quantités
sont saisies dans des « chambres froides clandestines » dans la
banlieue de Yaoundé. Pour contourner ces difficultés en voulant
écouler rapidement leur marchandise, les grossistes préfèrent
livrer directement aux restaurateurs130 parce que ces derniers
achètent des quantités nettement plus importantes que celles des
détaillants.

Conclusion
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Dire, comme R. Pourtier (1984), que le secteur agricole gabonais


connaît de sérieuses difficultés ne saurait constituer un jugement

128
Cet entretien du 14 juin 2012 a été réalisé dans le cadre des enquêtes de terrain menées au Cameroun.
129
D’après Bernard Ndjonga, cette femme subit généralement les pressions aussi bien des autorités politiques
que de son ONG l’ACDIC. Mais rien n’y fait. Elle passe outre l’interdiction d’importation et de
commercialisation de la viande de volaille sur le territoire camerounais, en étant quotidiennement au marché
Mokolo et au même endroit entrain d’écouler ses produits d’origine avicole.
130
Ils ne sont pas encore la cible des autorités des ministères de l’Agriculture et du Commerce chargés de faire
respecter la mesure d’interdiction des importations de viande de volaille.
306
polémique, mais plutôt confirmer un constat établi. Sujet aux
aléas conjoncturels et structurels à l’image de celui du

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Cameroun, en effet, il couvre à peine 10 % d’une demande sans
cesse croissante. Pour combler le différentiel, les importations
alimentaires, en dépit de leur variabilité et en phase avec la
structuration spatiale du commerce international des produits
agricoles, constituent l’unique alternative de ces deux pays, en
attendant que la production locale soit plus importante et de
qualité.
Pour ce faire, dans un contexte de mondialisation contraignant
l’Etat à de profondes mutations, on a noté l’essor de nombreux

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acteurs privés tout au long du processus de distribution des
denrées alimentaires. S’agissant spécifiquement des
importateurs, outre leur nombre conséquent, il a été relevé une
situation d’oligopole puisque quelques structures concentraient
plus des ¾ des importations.
En questionnant les stratégies « officieuses » mises en œuvre par
ces entreprises importatrices, deux éléments ont été relevés :
 La sous-évaluation des quantités importées ;
 L’acheminement « illicite » des biens alimentaires.
Si dans le dernier cas la multiplication des contrôles par les
services publics permet de juguler le phénomène à travers la
saisie d’importantes quantités dans des « chambres froides
clandestines » (ACDIC, 2005), la question de la qualité des
denrées alimentaires mises à la disposition des consommateurs
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demeure une réelle préoccupation.

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