INTRODUCTION GÉNÉRALE
À l’ère du numérique, les réseaux sociaux occupent une place
prépondérante dans la vie quotidienne des individus, en
transformant non seulement les modes de communication, mais
aussi les comportements sociaux , économiques, et juridiques.
Avant d’aborder la problématique, il convient de définir les
concepts clés qui sous-tendent le présent travail.
Les réseaux sociaux : désignent des plateformes
numériques interactives qui permettent à leurs
utilisateurs de créer des profils, de publier du contenu et
d’interagir en réseau avec d’autres individus où groupes.
La criminalité : quant à elle , se définit comme
l’ensemble des informations pénalement sanctionnées
dans une société donnée. Elle regroupe divers actes
réprimés par le droit pénal, Allant des crimes violents aux
infractions économiques ou technologiques.
La délinquance numérique ou cyber délinquance :
fait référence aux nouvelles formes d’informations
commises à travers où grâce aux technologies de
l’information et de la communication.
ETAT DE LA QUESTION
La question de l’impact des réseaux sociaux sur la criminalité
est une préoccupation croissante à l’échelle mondiale, mais
encore peu explorée dans le contexte spécifique de la
République Démocratique du Congo. Les premières études sur
la cybercriminalité se sont intéressées aux pays occidentaux, où
les autorités ont rapidement été confrontées à la montée des
délits commis en ligne. En Afrique, et plus particulièrement en
RDC, la recherche est encore balbutiante malgré la croissance
exponentielle de l’utilisation des réseaux sociaux et les signaux
inquiétants de cyber délinquance.
En RDC, [Link] TOSHIBANDA relève que l’usage incontrôlé
des réseaux sociaux a permis la prolifération de comportements
antisociaux et criminels, en particulier chez les jeunes urbains
connectés, citant la diffusion de vidéos violentes ou
pornographiques, le harcèlement en ligne, et escroqueries basé
sur de fausses identités.1
MANUEL CASTELLS, dans ses travaux sur la société en réseau,
montre que les technologies de communication créent de
nouvelles formes de pouvoir mais aussi de contestation, de
déviance et de criminalité à travers le cyberespace. Il écrit : <<
internet a ouvert un espace d’action sans précèdent pour les
criminels numériques, parfois plus rapide que la réaction des
installations traditionnelles>> 2. Dans une perspective
africaine, [Link] insiste sur l’analphabétisme
numérique des populations, le manque de sensibilisation, et le
retard législatif comme facteurs aggravants . Il affirme que : <<
La jeunesse africaine, connectée mais désorientée, devient à la
fois victime et vecteur d’une cybercriminalité sans
frontières>>. 3 Du point de vue juridique, la RDC dispose de la
loi n° 23/ 010/ du 13 mars 2023 relative à la cyber sécurité et à
la cybercriminalité, mais M. LUKUSA ILUNGA estimé que son
application reste difficile, faute de moyens, de formation des
magistrats, et d’infrastructures de traçage. Il note que l’arsenal
juridique congolais reste inadapté à la rapidité et à la
complexité de la délinquance en ligne.4. En plusieurs rapports
internationaux alertent sur la situation Interpol note une
augmentation inquiétantes des arnaques via les réseaux
sociaux dans les pays d’Afrique centrale, y compris les fraudes
à l’investissement, où les campagnes de désinformation
politique. 5
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1 MPIANA TSHIBANDA Sylvain. La cybercriminalité en RDC état de lieux et perspectives,
in Revue congolaise de droit et société ,vol 12, Kinshasa, éditions L’Harmattan RDC,
2022,p 97-120.
2 CASTELLS, MANUEL. La galaxie internet, Fayard, Paris, 2002,p144
3 OUEDRAOGO, ABDOULAYE. Cybercriminalité en Afrique : défis et perspectives, in Revue
Afrique des technologies de l’information, vol 5, Dakar,2021, p43-59.
4 LUKUSA ILUNGA, MARCEL. Cybercriminalité et vide juridique en RDC, Kinshasa éditions
puk, 2024,p 56.
5 INTERPOL, rapport sur la cybercriminalité en Afrique centrale, Lyon, 2023,p 24-38.
PROBLÉMATIQUE
L’avènement des technologies de l’information et l’information
et de la communication, notamment des réseaux sociaux, a
radicalement transformé les dynamiques sociales, économiques
et juridiques dans le monde entier, en République
Démocratique du Congo, comme dans d’autres pays africains,
l’accès croissant à l’Internet et aux plateformes numériques
telles que Facebook, Twitter, WhatsApp, Tiktok ou Instagram a
engendré une nouvelle forme de socialisation . Toutefois , cette
révolution numérique , loin de n’apporte que des avantages de
comportements déviants, parfois criminels, dans l’espace
virtuel. Les réseaux sociaux, initialement conçu pour favoriser la
communication et le partage, deviennent parfois des vecteurs
de pratiques illégales et de dérives sociales : cyber
harcèlement, escroqueries en ligne, arnaques sentimentales,
usurpation d’identité, diffusion de discours haineux,
propagation de fausses nouvelles ( Fake news). Incitation à la
violence, etc.. ces actes constituent des formes nouvelles de
délinquance numérique, encore mal maîtrisées par les
institutions judiciaires, policières et éducatives de la RDC. La
société congolaise se trouve donc confrontée à double défi :
d’une part , tirer profit des avantages qu’offrent les réseaux
sociaux, et d’autres part, prévenir et réprimer les abus qu ils
peuvent engendrer . Or le droit congolais , encore fortement
ancré dans une logique classique de répression des infractions
matérielles, semble insuffisamment adapté aux réalités
technologiques contemporaines. Les mécanismes de
régulation ,de détection et de poursuite des infractions
numériques restent embryonnaires, tandis que la
cybercriminalité évolue à une vitesse fulgurante.
Dans ce contexte, plusieurs interrogations majeurs s’imposent :
Comment les réseaux sociaux contribuent-ils
concrètement à la transformation ou à l’aggravation de la
criminalité en RDC ?
Quelles sont les nouvelles formes de délinquance
numérique observées dans le contexte congolais ?
Quels sont les facteurs socio-culturels, économiques et
juridiques qui favorisent la montée de cette criminalité
virtuelle ?
Quelles stratégies de prévention, de sensibilisation et de
répression pourraient être envisagée pour contrer ce
phénomène ?
1.4.L’HYPOTHÈSE.
L’hypothèse du travail est une réponse provisoire aux questions
de la problématique. Elle servira de fil conducteur , car elle est
une proposition des réponses aux questions posées dans la
problématique 6. C’est ainsi que, nous sommes obligés
d’apporter notre pierre à l’édifice à travers nos hypothèses ci-
dessous formulées :.
A. Renforcement du cadre juridique et institutionnel.
Il est urgent d’adapter et de vulgariser les lois congolaises
relatives à la cyber sécurité et à la cybercriminalité comme la
loi n° 23/ 010 du 13 mars 2023 afin de mieux encadrer les
infractions commises via les réseaux sociaux. Cela implique la
création de tribunaux spécialisés en criminalité numérique et
formation des magistrats, policiers et enquêteurs aux
techniques d’investigation cybercriminalité.
B . La Mise en place d’un système national de veille et
de surveillance numérique
La RDC doit se doter d’une plateforme publique de veille
technologique capable de détecter et de signaler rapidement
les contenus illicites , les profils frauduleux, les discours
haineux ou les arnaques en ligne. Ce système pourrait être géré
par une agence spécialisée en collaboration avec les opérateurs
télécoms et les fournisseurs d’accès internet.
C sensibilisation massive des utilisateurs, notamment
les jeunes
Des campagnes d’éducation numérique doivent être menées à
grande échelle pour informer les citoyens sur les risques liés à
l’usage des réseaux sociaux, les bonnes pratiques à adopter et
les recours en cas de cyberattaque et à la citoyenneté en ligne
dans les programmes scolaires serait également bénéfique.
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6. SHOMBA et TSUND’OLELA , Méthodes de recherche scientifique,M.E.S. Kinshasa 2003,
p29
D. Coopération internationale et partenariat public-privé
La lutte contre la délinquance numérique via les réseaux
sociaux nécessite une coopération régionale et internationale,
en raison du caractère transfrontalier des informations
numériques. La RDC devrait renforcer ses partenariats avec des
organisations comme Interpol , l’union Africaine, ou les géants
du numérique pour faciliter le traçage , la suppression des
contenus illicites et l’arrestation des cybercriminalité.
5. OBJET DE LA RECHERCHE.
L’objet de notre réflexion consiste d’analyser comment
l’utilisation croissante des réseaux sociaux en République
Démocratique du Congo influence l’évolution de la criminalité,
en particulier à travers l’émergence de nouvelles formes de
délinquance numérique. Il vise à identifier les mécanismes, Les
acteurs de les enjeux liés à ce phénomène.
6. Intérêt du sujet.