Le droit économique est une expression doctrinale désignant l'ensemble des règles de droit
gouvernant l'organisation et le développement de l'économie industrielle relevant de
l'initiative privée ou du concours de l'un et de l'autre. C'est le droit des affaires qui s'applique à
des personnes civiles, publiques, physiques et à des entités privées de toute personnalité
juridique.
Quatre acteurs participent à la vie du droit économique, l’État, les entreprises, les
commerçants (personnes physiques) et les consommateurs. L’État est un acteur du droit
économique à deux points de vue d'abord il établit les règles du droit économique et il
participe ensuite directement à l'activité économique. L’État est un opérateur économique à
part entière, c’est un partenaire privilégié pour les personnes privées. En effet lorsque l'intérêt
général l'exige l’État ou les collectivités territoriales interviennent dans la sphère économique,
cette intervention se justifie notamment par le maintien de l'ordre public pour des raisons
d'hygiène et de protection de la santé publique, pour les besoins de la circulation etc. Cette
intervention s'apprécie encore d'avantage lorsque les entreprises privées ne parviennent pas à
satisfaire un besoin important. L’État dans sa participation à l'aspect économique peut être
titulaire dans son monopole d'exploitation. Le monopole est un privilège d'exploitation
concédé à une entreprise publique ou privée par une loi formelle. Des raisons historiques
variées ont été évoquées pour justifier les monopoles. On cite l'intérêt général, la sécurité
publique, la nécessité d'une bonne exploitation...Ces raisons ne sont plus prépondérantes en
raison de désengagement de l’État de la sphère économique dû à l'ouverture des marchés, au
phénomène de la mondialisation de l'économie.
Comme acteur du droit économique nous avons aussi le commerçant personne physique mais
également les entreprises généralement constituées sous forme sociétaire. L'entreprise est une
unité économique de production ou de distribution des richesses et impliquant la mise en
œuvre de moyens humains et matériels. Juridiquement l'entreprise n'a pas de personnalité
morale, elle peut être exploitée par une personne agissant sans avoir recours à une forme
juridique particulière (entreprise individuelle). L'entreprise peut être dotée d'un statut
juridique qui facilite son organisation. Le statut correspond au concept de société.
Enfin il y a le consommateur, il joue un rôle important dans le domaine économique
parce qu’il est situé au bout de la chaîne de l'activité économique par l'indice de
consommation des ménages. Il joue également un rôle important dans le domaine juridique
parce qu’il constitue aux yeux du droit un personnage juridique particulièrement vulnérable,
un cocontractant ou contractant faible auquel un grand nombre de normes de protection soient
expressément consacrées.
Les sources du droit économique sont internationales, communautaires et nationales.
L'étude du droit économique intéresse particulièrement les règles du jeu économique celles-ci
peuvent être appréhendées à deux niveaux : Le cadre juridique de la concurrence et la cadre
juridique de la consommation et de la distribution.
PREMIERE PARTIE : LE CADRE JURIDIQUE DE LA CONCURRENCE
CHAPITRE I : LA CONCURRENCE DELOYALE
La concurrence désigne la situation dans laquelle plusieurs offreurs sont en mesure de se
disputer une même clientèle sur un marché donné. Les offreurs sont non seulement les
producteurs mais aussi les distributeurs intermédiaires ou finals, tandis que la clientèle
s'entend à la fois des clients intermédiaires et des consommateurs. Pour attirer la clientèle à
elles, les entreprises sont incitées à lui offrir le meilleur rapport qualité-prix. La concurrence
fait défaut lorsqu'un seul offreur domine le marché ou lorsque plusieurs offreurs y
coordonnent leur stratégie. Le risque est alors grand que les prix ne soient fixés à un niveau
artificiellement élevé, les rapports entre les marchandises à même de satisfaire les besoins de
la clientèle se trouvant par ailleurs faussés. C’est contre cette dernière situation que le droit de
la concurrence entend lutter. Au Sénégal, les lois 2021-25 du 12 avril 2021 sur les prix et la
protection du consommateur et 94-63 du 22 Aout 1994 sur les prix, la concurrence et le
contentieux économique constituent le texte de base. Mais il faut aussi relever les textes de
l'UEMOA notamment le règlement 02/2000/CM/UEMOA relatif aux pratiques
anticoncurrentielles. Ces législations énoncent le principe de la liberté de concurrence le
protègent et sanctionnent la concurrence déloyale.
Section I : La notion de concurrence déloyale
La nation de concurrence déloyale ne peut être cernée que si on la distingue de situations
voisines. On doit à Roubier la mise en évidence de la distinction entre les notions de
concurrence déloyale et concurrence interdite. Pour cet auteur la concurrence interdite ou non
autorisée est celle qui fait l’objet de restrictions formelles résultant de la loi ou du contrat. La
concurrence est dite interdite lorsque l’entreprise par exemple agit sans droit. Elle est dite
déloyale lorsque l’entreprise fait un usage excessif de sa liberté. Certains procédés
concurrentiels peuvent certes être interdits par des dispositions légales (pratiques de vente
prohibées) mais elles peuvent aussi l’être en vertu de clause (clause de non concurrence, de
non rétablissement etc.). La concurrence déloyale doit être également distinguée de la
contrefaçon. L’action en contrefaçon permet au titulaire d’un droit de propriété intellectuelle
de défendre son produit qui est protégé par un brevet, aussi elle peut s’opposer à la
fabrication, à l’importation et à la mise en vente du produit protégé par le brevet. Il peut
également s’opposer à la reproduction du modèle ou à l’usage de sa marque sans autorisation.
Section II : Les actes de concurrence déloyale
On distingue principalement quatre actes de concurrence déloyale. Les uns procèdent de
l’imitation d’une entreprise, les autres de son agression. L’imitation désigne le fait de
reproduire à l’identique ou presque (reproduction servile ou quasi servile) un signe distinctif
d’une entreprise afin d’en tirer un avantage indu dans la compétition économique. Lorsque ce
signe est protégé par un droit privatif, seule l’action en contrefaçon peut en principe être
exercée. Dans le cas contraire, l’imitation tombe dans le champ de la concurrence déloyale
parce que, créant une confusion dans l’esprit du public, elle permet à son auteur de tromper la
clientèle déterminée malgré elle. L’imitation est également considérée comme déloyale quand
elle permet à une entreprise d’en parasiter une autre sans créer pour autant de risque de
confusion entre elles. L’agression déloyale consiste pour une entreprise à ébranler l’image ou
le fonctionnement d’une autre entreprise pas des manœuvres de nature à jeter le discrédit sur
elle ou à la désorganiser.
A. La confusion
Elle désigne le fait pour une entreprise de créer dans l’esprit du public un risque de confusion
entre elle et une autre, ce qui suppose en principe qu’elles opèrent sur le même marché. Pour
que la concurrence soit loyale il faut que les produits puissent être individualisés, aussi toute
pratique qui vise à créer des confusions dans l’esprit de la clientèle entre entreprises
concurrentes ou entre leurs produits constitue un acte de concurrence déloyale. L’élément
intentionnel n’est pas nécessaire pour justifier la confusion, mais la ressemblance entre
produit doit être suffisante pour entrainer la confusion ou un risque de confusion. L’imitation
doit porter sur un signe banal non protégé. La confusion sur l’identité de l’entreprise résulte
fréquemment de la reproduction ou de l’imitation de ses signes distinctifs (non commercial,
enseigne, dénomination sociale ou raison sociale). La confusion peut également s’induire
d’une imitation des produits d’une autre entreprise. Du moment que deux produits ont une
apparence extérieure qui permet de les confondre, peu importe que leurs qualités intrinsèques
les distinguent dans la mesure où le consommateur d’attention moyenne n’est pas en mesure
d’effectuer un examen technique susceptible de révéler les différences. Une telle confusion
peut également procéder de l’imitation de l’emballage des produits, de leurs étiquettes ou
encore de leur marque, des lors que les faits litigieux ne relèvent pas de l’action en
contrefaçon.
B. Le parasitisme
Le comportement parasitaire désigne l’acte par lequel une entreprise se place dans le sillage
d’une autre sans créer pour autant de risque de confusion. Le parasite profite injustement des
investissements intellectuels et financiers de la victime pour en tirer un profit indu. Le
parasitisme économique revêt deux formes on parle de concurrence parasitaire dans le cas de
la concurrence commerciale entre professionnels et d’agissements parasitaires dans toutes les
autres situations. La concurrence parasitaire consiste pour une entreprise à tirer profit de la
renommée d’un concurrent pour attirer à elle la clientèle. On peut citer l’utilisation d’une
homonymie avec une personne célèbre ou encore la reprise du concept d’une émission
télévisuelle. Les agissements parasitaires constituent le fait de parasiter une entreprise non
concurrente par imitation de ses signes. L’agissement parasitaire vide de sa substance le
travail d’autrui et fausse le libre jeu de la concurrence.
C. Le dénigrement
Le dénigrement désigne le fait de jeter publiquement le discrédit sur les produits, l’entreprise
ou la personnalité d’un concurrent. Pour qu’il y’ait dénigrement plusieurs éléments doivent
être réunis.
D’abord une information malveillante ou péjorative
ensuite une victime identifiable et
enfin une diffusion de l’information à la clientèle. Le dénigrement suppose la tenue en public
de propos péjoratifs sur une autre entreprise. Les propos péjoratifs lorsqu’ils sont de nature à
dévaloriser l’image d’un concurrent auprès de sa clientèle en mettant en doute son
honorabilité, sa compétence professionnelle, sa situation financière ou encore la qualité, la
conformité ou le rapport qualité-prix de ses produits ou services peu importe que les
appréciations soient vraies ou fausses, les usages loyaux du commerce interdisent à une
entreprise de porter un jugement public sur son concurrent. La diffusion de propos dénigrant
auprès du public peut quant à elle s’effectuer par tous moyens (écrit, image, interview, presse,
internet…). Une discussion privée ou une diffusion interne à l’entreprise sont en revanche
insuffisantes pour caractériser un acte de dénigrement fautif, sauf si les propos litigieux sont
retranscrits ou transmis en dehors de la sphère privée ou interne dans laquelle il a été tenu. Le
dénigrement n’est déloyal et partant fautif que s’il vise une entreprise précisément identifiée.
Le propos peut être allusif des lors qu’il ne laisse subsister aucun doute sur l’identité de
l’entreprise dénigrée. Le dénigrement peut exister en dehors d’une situation de concurrence
ou d’une volonté de récupérer une clientèle.
D. La désorganisation
C’est une technique qui vise à porter atteinte à l’organisation des circuits économiques de
productions ou de distribution, d’une entreprise rivale. Par désorganisation de l’entreprise
rivale, on entend tous actes de nature à porter atteinte à la force commerciale d’un concurrent,
à ces ressources immatérielles et humaines. Exemple : la captation, la divulgation ou
l’utilisation des secrets de l’entreprises (ses fichiers clientèles). L’appropriation peut être
directe (espionnage industriel) ou indirecte lorsqu’elle est le fait d’ancien salarié d’un
concurrent. Le principe de la liberté du travail commande toutefois que les salariés
nouvellement embauchés puissent continuer d’utiliser leur expérience et leurs connaissances
non confidentielles acquises lors d’un précédent emploi. Selon le même principe, un salarié
peut être débauché ou embauché par un concurrent de son précédent employé, sauf si les
circonstances du débauchage sont déloyales : exemple du débauchage massif. Les actes qui
ont pour résultat la désorganisation du marché ne visent pas une entreprise en particulier mais
toutes les entreprises qui opèrent sur un même marché.
Paragraphe II : L'action en concurrence déloyale
L’action en concurrence déloyale est fondée sur les dispositions de l’art. 118 du Code
des Obligations Civiles et Commerciales (COCC) et 1242 du Code Civil français. La
déloyauté constitue une faute en dépit du fait que les opérateurs économiques disposent du
droit à la liberté de compétition. Il faut préciser les conditions de recevabilités de l'action en
concurrence déloyale et sa mise en œuvre.
A. Les conditions de recevabilité
Pour que l’action en concurrence déloyale puisse être reçue par le juge, l’existence
d’une faute doit être prouvé (existence d’une pratique commerciale contraire aux lois et aux
règlements). L’élément intentionnel n’est pas requis autrement dit peu importe que celui qui
commet la faute soit de bonne ou de mauvaise foi. Il n’est pas nécessaire de prouver
l’existence d’une clientèle commune sauf dans le cas de la confusion. Le demandeur en
l’action en concurrence déloyale doit prouver l'existence d’un préjudice, celui-ci doit être
direct et certain. L’entreprise victime doit donc prouver le caractère né et actuel du préjudice
ainsi que son étendu. On remarque cependant que la preuve de la faute (abus de la liberté du
commerce) implique généralement de facto celle du préjudice. Il faut enfin prouver le lien de
causalité entre la faute et le dommage. L'entreprise victime démontrera la corrélation qui
existe entre la survenance de l’acte en concurrence déloyale et la diminution consécutive du
montant de son chiffre d’affaires.
B. Les effets de l'action en concurrence déloyale
L’action en concurrence déloyale à un caractère indemnitaire et préventif, elle
s’actionne un devoir, celui de se comporter loyalement. Elle est ouverte aux personnes
physiques comme aux personnes morales à l’exception des associations de consommateurs.
Cette action peut être cumulée avec d’autres actions intentées par la victime (action en
responsabilité contractuelle, action en contrefaçon…). Il existe une procédure accélérée de
cessation d’infraction qui permet de mettre un terme à la pratique déloyale en attendant que le
procès soit jugé sur le fond. S’il a la conviction que la pratique et effectivement déloyale, le
juge pourra ainsi condamner l’entreprise coupable à cesser immédiatement cette pratique sous
astreintes. Cette mesure et cependant provisoire et seul le jugement sur le fond peut trancher
définitivement sur cette question : c’est la procédure du réfère.