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2 Amoin Dina Kouame

Le développement du tourisme dans la région de San Pedro en Côte d'Ivoire a été initié par l'État dans les années 1970-1980 pour désenclaver la région et valoriser ses ressources naturelles, mais a été freiné par des crises économiques et politiques. Cet article analyse l'impact socioéconomique et environnemental du tourisme, soulignant à la fois les bénéfices économiques et les tensions sociales qu'il engendre, ainsi que les défis écologiques liés à l'aménagement touristique. Des stratégies sont proposées pour relancer le secteur touristique et favoriser un développement durable dans la région.

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2 Amoin Dina Kouame

Le développement du tourisme dans la région de San Pedro en Côte d'Ivoire a été initié par l'État dans les années 1970-1980 pour désenclaver la région et valoriser ses ressources naturelles, mais a été freiné par des crises économiques et politiques. Cet article analyse l'impact socioéconomique et environnemental du tourisme, soulignant à la fois les bénéfices économiques et les tensions sociales qu'il engendre, ainsi que les défis écologiques liés à l'aménagement touristique. Des stratégies sont proposées pour relancer le secteur touristique et favoriser un développement durable dans la région.

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TOURISME ET DEVELOPPEMENT DANS LA REGION DE

SAN PEDRO (SUD-OUEST COTE D’IVOIRE).

AMOIN DINA KOUAME


Université Félix Houphouët Boigny de Cocody.
[email protected]

Résumé
Dans la décennie 1970-1980, l’Etat ivoirien a affiché sa volonté de développer le tourisme dans la région
de San Pedro. Cette mise en œuvre du tourisme répond à deux missions. La première est le désenclavement
de la région de San Pedro restée jusque là en marge du développement économique du pays. La seconde
est la valorisation des grandes potentialités naturelles de cette région. Le secteur touristique s’annonçait
prometteur pour le développement économique de la région. Cependant, les crises qu’a connues la Côte
d’Ivoire ont ralenti la mise en œuvre du projet. Cet article vise à analyser l’impact du tourisme sur la
région de San Pedro. Par ailleurs, il souhaite proposer des stratégies susceptibles de propulser le
développement du tourisme, surtout que ces dernières années, l’Etat compte relancer l’activité touristique
en Côte d’Ivoire en général et spécialement dans la région de San Pedro.
Mots clés : Tourisme, région de San-Pedro, Développement

Abstract
In the 1970-1980 decade, the State of Ivory Coast showed its desire to develop tourism in the San Pedro
region. This implementation fulfills two missions. The first is opening up of the San Pedro region, which
until now has remained on the sidelines of the country’s economic development. The second is the
enhancement of the great natural potential of this region. The tourism sector was promising for the
development of this region. However, the crises experienced by Ivory Coast have slowed down the
implementation of this project. This article aims to analyze the impact of tourism of the region of San
Pedro. Moreover, it wishes to propose strategies likely to propel the development of tourism, especially since
in recent years, the State intends to revive tourist activity in Ivory Coast in general and especially the
region of San Pedro.
Key words: Tourism, region of San-Pedro, Development

Introduction

Le tourisme est au cours de ces dernières décennies une activité qui


intéresse un grand nombre de localités. Ce secteur rapporte beaucoup
d’argent aux collectivités locales comme la Costa del Sol qui ont su mettre
en place une bonne politique touristique. En 2019, les recettes
budgétaires liées au tourisme ont été de 14 milliards 442 millions euros
dans cette région, (Diputación de Málaga, 2020 : 216). Avec près de
27
14.300 entreprises, le tourisme a créé 173.795 emplois en 2018 sur la
Costa del Sol, (Martínez, 2020).
En Côte d’Ivoire, des régions comme celle de San Pedro possèdent de
grandes potentialités touristiques. Cette région dispose d’un ensemble de
plages, de baies et de criques ; son paysage est beau, son histoire est
originale et sa culture est variée. La communauté hôte se caractérise par
son hospitalité, sa tolérance et sa bienveillance. C’est pourquoi, dans les
années 1970, l’Etat a affiché sa volonté de développer le tourisme local
pour désenclaver la région et mettre en valeur les atouts locaux (Aphing-
Kouassi, 2001 :43).
L’ARSO (Autorité pour l’aménagement de la région du sud-ouest), la
structure chargée de cette mission a donc déployé des stratégies pour
mettre en place une série d’infrastructures. Elle a ouvert des voies,
construit l’aéroport de la ville de San Pedro et les aérodromes de Tabou
et de Grand-béreby. Elle a mis en œuvre le réseau d’adduction en eau
potable et fournit l’équipement nécessaire pour l’électricité. La sécurité a
été garantie par la construction de brigades de gendarmerie et la région a
été dotée de réceptifs d’accueil, (Aphing-Kouassi, 2001 : 239).
10 années après sa mise en place, le tourisme a été confronté à la crise
économique mondiale de 1980. De 1999 à 2011, ce secteur a été
également freiné par les crises politico-militaires qu’a connues le pays.
Mais même si le tourisme a connu des périodes de ralentissement, il a
toujours été au centre des débats de développement. Au cours de ces
dernières années, l’Etat compte relancer les activités touristiques dans
cette région. En 2018, il a mis en place le plan « Sublime Côte d’Ivoire ».
Cette stratégie vise à attirer 5 millions de visiteurs internationaux à
l’horizon 2025, (Milleliri, 2020). Dans cet article, nous voulons analyser
l’impact du tourisme dans le développement de la région de San Pedro.
Quelles sont les conséquences du secteur touristique dans la région de
San Pedro? Quelles stratégies mettre en place pour un meilleur
développement du tourisme local ?

Cadre méthodologique

Dans ce volet, nous allons définir le tourisme, présenter la région de San


Pedro et exposer les méthodes de travail.

28
1-Définition du tourisme

Le tourisme est défini comme : « Les activités déployées par les


personnes au cours de leurs voyages et de leurs séjours dans les lieux
situés en dehors de leur environnement habituel pour une période
consécutive qui ne dépasse pas une année, à des fins de loisirs, pour
affaires et autres motifs non liés à l’exercice d’une activité rémunérée
dans le lieu visité ». (OMT, 2000 : 6).
Dans cet article, nous allons nous limiter à reprendre la définition de la
structure mondiale en charge du tourisme.

1-1-présentation de la région de San Pedro


La région de San Pedro est située au sud-ouest de la Côte d’Ivoire, pays
de l’Afrique occidentale compris entre les parallèles 4020’et 10045’ Nord
et les méridiens 2030’ et 8040’ Ouest. Vu le décret N°2011-263 du 28
septembre 2011, portant organisation du territoire national en districts et
régions, la région de San Pedro fait désormais partie du district du Bas-
Sassandra. Elle couvre une superficie, de 12300 km2 (Ministère d’Etat,
Ministère du Plan et du Développement, 2015 :9). Elle est limitée au nord
par la région de la Nawa, au sud par l’océan atlantique, à l’est par la région
de Gboklê et à l’ouest par le Libéria. Cette région est divisée en deux
départements : les départements de Tabou et de San Pedro, chef-lieu de
région. En 2014, sa population est de 826.666 habitants.

29
Carte n°1 : Carte administrative de la région de San Pedro

Source : K.A. Dina (2023)


A l’interface entre terre et mer, cette zone est originale par ses atouts
naturels propices au développement touristique. En effet, du mois de
novembre à février, son climat est tempéré et donc favorable pour
accueillir les visiteurs. La région de San Pedro dispose d’une végétation
marquée par la forêt et les mangroves. Elle est riche en espèces animales
et halieutiques comme les tortues de mer, les gambas, les singes et les
oiseaux. Cette région est traversée par les fleuves côtiers tels que le San
Pedro et le Tabou et bénéficie d’une succession de plages, de criques, de
falaises et de baies.
Image 1 : La plage du quartier Balmer (San-Pedro)

Source : K.A. Dina (2023)


30
Ainsi, la région de San Pedro regorge de potentialités indéniables pour
faire asseoir un développement touristique dynamique. Grâce à ses
ressources naturelles, il est possible pour le visiteur de réaliser de
nombreuses activités entre autres la traversée en pirogue, le canoë et la
baignade.

1-2-Les méthodes de travail


Cette étude a été réalisée sur la base des données issues des recherches
bibliographiques dans des bibliothèques et sur internet. L’analyse des
documents a consisté à faire le tri, un rapprochement et un recoupement
des renseignements provenant de sources diverses. Ce procédé nous a
permis de tamiser et filtrer les informations, de prendre connaissance des
faits et de sélectionner les plus utiles. Cet exercice nous a permis d’avoir
des informations sur des volets importants du sujet. A la recherche
documentaire, nous avons ajouté une enquête sur le terrain où nous
avons eu des entretiens avec des acteurs institutionnels. Les entretiens se
sont effectués auprès des responsables de la mairie, du conseil régional,
de la direction du tourisme, d’un chef traditionnel, d’un président d’une
association de jeunes autochtones et des établissements hôteliers.
L’enquête sur le terrain nous a permis non seulement de faire de
l’observation directe mais de nous rendre compte des réalités du tourisme
dans cette région.

Résultats

2-L’impact du tourisme dans la région de San Pedro

2-1-L’impact socioéconomique du tourisme


En 2018, la Côte d’Ivoire a reçu 3 millions de touristes. Le tourisme a
généré 1milliard114 millions de FCFA, ce qui a contribué à 6,25% du
PIB national (Abrie, 2021). Dans ce pays, la région de San Pedro est l’une
des principales destinations touristiques. De ce fait, les revenus générés
par le tourisme dans cette localité sont à considérer. En effet, l’arrivée
des touristes ivoiriens, africains, européens apporte une contribution
importante à l’économie locale comme l’ont souligné un grand nombre
des enquêtés. Cependant, une grande partie des bénéfices est rapatriée au
pays d’origine des investisseurs hôteliers au détriment de la localité
d’accueil. A ce propos Dupont écrit : « Dans de nombreux pays en
développement, les relations au tourisme restent ténues et sous-
31
exploitées. Par conséquent, les investisseurs étrangers, les voyagistes
internationaux et les compagnies aériennes étrangères ont tendance à
accaparer la plus grande partie de la valeur ajoutée dans le secteur du
tourisme, dont les pauvres ne tirent qu’un profit limité », (Dupont, 2015).
Ainsi, dans la région de San Pedro où la majorité des réceptifs d’accueil
appartient aux investisseurs étrangers, la population locale tire un profit
limité du revenu touristique.
Le secteur touristique est indéniablement générateur d’emplois dans cette
région. L’hôtellerie est le principal pourvoyeur d’emplois touristiques. Le
personnel recruté est constitué de cadres, de personnels qualifiés et non
qualifiés comme l’a affirmé la direction régionale lors de notre entretien.
Le reste des employés est constitué d’exécutants qualifiés, d’ouvriers
spécialisés, de manœuvres, de serveurs, de balayeurs et de gardiens. Ceux-
ci n’ont pas toujours des contrats à durée indéterminée (CDI). Il s’agit
généralement de contrats à durée déterminée (CDD), (Aphing-Kouassi,
2001 : 266-270). En matière de salaires, le secteur touristique se signale
par une faible rémunération comme il a été souligné au cours de
l’enquête.
Par ailleurs, la mise en place des infrastructures indispensables pour le
développement du tourisme a permis la modernisation de la région.
Cependant, cet aménagement touristique a provoqué l’expulsion des
habitants de leur propre espace de vie et de leurs principales occupations.
Dans la région de San Pedro, la population d’accueil a été dans
l’obligation de céder ses terres au tourisme. La construction de la Baie
des Sirènes a retiré les paysans de Grand Béréby de leurs exploitations
agricoles. Cette situation a créé des tensions entre cultivateurs et
promoteurs.
De même, la population hôte a parfois le sentiment d’être exclue des
plages occupées par les hôtels et d’autres lieux récréatifs. Or, ces espaces
de loisirs existent et sont créés sur leur sol natal. Sur les plages de Balmer,
la ségrégation entre les touristes et la population autochtone est réelle.
En effet, sur ces plages les premiers ont accès aux hôtels et restaurants
de luxe qui ne sont pas accessibles aux autochtones aux revenus plus
modestes, (Gohourou et al, 2020 : 7). Sans pour autant être interdit,
l’accès à la plage de la Baie des Sirènes est difficile pour les habitants. De
jour comme de nuit, le village de vacances est gardé. Cette mesure est
peut-être salutaire pour la sécurité du touriste mais elle peut s’interpréter
autrement. Pour la population hôte, elle peut être vue comme un écart
ou un pont entre elle et le visiteur. L’idée de s’éloigner des autochtones
32
peut aussi s’expliquer par le fait que les touristes sont quelquefois animés
d’un certain complexe de supériorité. Dans la région de San Pedro, il est
clair qu’il n’existe pas de réelles relations entre touristes et population
locale. Dans cette région le tourisme est encore loin de favoriser
l’intégration du visiteur à la société d’accueil.
Par leur niveau de vie plus élevé que celui des habitants des régions
d’accueil, les touristes peuvent accélérer la dégradation de certaines
valeurs sociales, (Mamadou, 2013). Dans la région de San Pedro, l’activité
touristique entretient un lien avec les nouvelles formes de prostitution. Il
s’agit de la prostitution de masse, de luxe ou masculine, (Aphing-Kouassi,
2001 :273). Des réseaux de proxénètes sont chargés de trouver des filles
et des garçons aux visiteurs qui s’adonnent à la prostitution féminine ou
masculine. Mamadou souligne que « l’essor touristique de masse
s’accompagne bien souvent de traumatismes importants pour les
populations locales à travers certaines dérives comme […] de la tentation
de l’argent facile, de la précarisation sociale, de la prostitution et de
l’exploitation sexuelle des enfants » (Mamadou, 2013). De cette manière,
le tourisme expose la région de San Pedro à la perversion des mœurs.
Les régions touristiques ont tendance à devenir plus chères. En Côte
d’Ivoire, les localités à forte fréquentation touristique comptent parmi les
villes qui connaissent fréquemment une hausse des prix des produits
alimentaires. Nous avons le cas des villes de Grand-Bassam et d’Assinie.
Dans la région de San Pedro, le tourisme a provoqué l’inflation comme
l’a évoqué le conseil régional lors de notre entretien. Les prix des produits
de base sont passés du simple au double voire au triple.
Le coût du foncier a également augmenté surtout sur le littoral. Dans la
région de San Pedro, la valeur du terrain est passée de 1,5-2,8 millions de
francs CFA en 2000 à 3-5 millions de francs CFA en 2008, puis à 4-8
millions de francs CFA. La valeur d’achat des résidences qui était de 3,7-
7,5 millions FCFA en 2000 est passée à 13,5-25 millions de FCFA en
2008, soit plus de 3 fois le prix en seulement 8 ans, (Gohourou et al,
2020 : 11)

2-2-L’impact environnemental du tourisme


Le développement du tourisme dans la région de San Pedro a
démarré dans les années 1970 et 1980 avec de grands aménagements.
Dans les plans quinquennaux, l’Etat prévoyait le tracé des voies routières,
la construction des réceptifs d’accueil et la mise en place des aéroports.
L’ambition des pouvoirs publics était de désenclaver cette région qui
33
jusque-là n’avait été qu’une aire forestière. Cette volonté conduit au
développement économique et à la mise en exploitation touristique de la
région. Cependant d’un point de vue écologique, elle a conduit à un
déséquilibre du cadre de vie des écosystèmes. En effet, la mise en œuvre
de ces infrastructures a provoqué l’altération de l’habitat naturel des
espèces animales et végétales et la destruction du paysage
primitif.Aphing-Kouassi, écrit qu’ « à l’origine fonction du touriste, tout
était pensé en d’abord. Les problèmes écologiques, culturels et
économiques du milieu d’accueil ne sont guère pris en compte » (Aphing-
Kouassi, 2001 :287). Ainsi, dans le processus de développement
touristique, les acteurs publics et privés accordent la priorité aux devises
générées et ignoraient les incidences de tout genre.
La construction de réceptifs a donné lieu à une grande consommation du
sol. Ces établissements occupent généralement d’importantes superficies
qui vont de 2 ou 3 ha à 6 ha et plus (Aphing-Kouassi, 2001 : 265). Si
auparavant ces surfaces étaient une masse forestière ou des exploitations
agricoles, aujourd’hui elles sont remplacées par des bungalows, des
restaurants et des piscines.
Par ailleurs, l’emplacement des infrastructures hôtelières, des résidences
secondaires et des espaces de loisirs de manière spontanée sur la plage
Balmer de la ville de San Pedro a favorisé la fragilité de la bande côtière.
L’occupation du rivage pour le développement des activités touristiques
a exercé une forte pression sur l’espace côtier, ce qui l’a exposé à l’érosion
et à des inondations comme l’ont souligné les autorités traditionnelles et
la mairie au cours de nos entretiens. Dans le Golfe de Guinée, l’érosion
enregistre des reculs de 1 à 5m/an voire 1à 10m/an, (Hauhouot,
201 :305). Dans la région de San Pedro, le tourisme est également
responsable de la production de déchets. Les visiteurs des plages
contribuent à la pollution de l’environnement et des eaux. Ceux-ci
laissent entre autres des plastiques, des bouteilles et des boîtes de
conserve.

34
Images n°2 : Déchets laissés par les visiteurs sur la plage Gbowlê(Grand-Béréby)

Source : K.. A...Dina (2023)

En outre, sur la plage Balmer de la ville de San Pedro sont implantés des
hôtels, des restaurants et des petits commerces, responsables de rejets
dans la nature. Lors des entretiens la mairie et le conseil régional nous
ont confié que les réceptifs hôteliers construits sur le rivage de Balmer
n’ont pas toujours l’expertise dans le drainage de leurs eaux usées et
déchets, ce qui explique qu’ils les déversent dans les eaux des lacs qui
vont directement à la mer.
De telles actions entrainent des conséquences néfastes sur le milieu
naturel. Les déchets souillent l’eau avec les bactéries qui y vivent, ce qui
peut menacer la santé des visiteurs et celle de la population d’accueil. Les
déchets représentent aussi un danger pour l’écosystème et la biodiversité.
En réalité, les ordures peuvent causer la mortalité de nombreuses espèces
aquatiques et limiter la vie animale et végétale. La résistance des
plastiques génère des occlusions intestinales chez les tortues et les
oiseaux dont l’estomac est souvent rempli de ces déchets. Chaque année
100.000 mammifères et 1.000.000 d’oiseaux meurent d’étouffement,
(Pibot, 2012 : 3).

3-Propositions pour un meilleur développement du tourisme

Pour réussir son développement touristique, la région de San Pedro doit


mettre en place un ensemble de stratégies comme, par exemple la gestion
participative du tourisme.

35
3-1-La gestion participative du tourisme
Le processus de décentralisation a démarré en Côte d’Ivoire dans les
années 1980, (Adiko, 2003 :11). Dans ce cadre, l’Etat adopte la
décentralisation des politiques publiques substantielles. En matière de
tourisme, l’Etat transfert des compétences aux collectivités territoriales,
qui obtiennent le droit de promouvoir le tourisme dans leur ressort
territorial, (Tchetche et al, 2019 :285).
Cependant, la politique touristique décentralisée n’aura pas de succès.
Primo, la majorité des régions ivoiriennes accorde peu d’intérêt au
développement du tourisme. Elles s’intéressent plutôt à l’agriculture,
secteur principal de l’économie nationale (Tchetche et al, 2019 :296).
Secundo, faute d’équipement de qualité, les collectivités qui tentent de
développer le tourisme sont handicapées. Tercio, la décentralisation a été
entravée par la crise économique et les crises militaro-politiques. L’Etat
continue alors d’être l’unique acteur du développement touristique.
Pour réussir un meilleur développement touristique de la région de San
Pedro, l’Etat devrait associer les autorités locales, la population
autochtone, le secteur privé et les associations œuvrant dans le domaine.
L’implication de ces différents acteurs permettrait de mettre en place un
tourisme qui tienne compte des volontés locales. Dans le cadre d’une co-
gestion, les collectivités locales de San Pedro sous la bienveillance de
l’administration centrale auraient la liberté d’impulser, de promouvoir et
d’aménager leur propre tourisme. La gouvernance participative
impliquerait la création d’un organe de concertation regroupant les divers
acteurs, la mise en place de rencontres d’échange et la mise en œuvre des
instruments de gestion du tourisme local comme le plan touristique et
l’observatoire du tourisme. Au final, la co-gouvernance permettrait de
prendre des décisions efficaces pour développer le tourisme. En plus du
partage des compétences touristiques, pour un développement
touristique à succès, l’Etat devrait mettre en place une bonne politique
d’aménagement.

3-2-La politique d’aménagement touristique


Primo, le développement touristique passe nécessairement par la mise en
place des infrastructures adéquates. Dans le récent plan touristique,
‘‘Sublime Côte d’Ivoire’’, l’Etat prévoit de réhabiliter la voie côtière,
d’agrandir l’aérogare et de faire démarrer le chemin de fer. A ces projets,
l’Etat devrait ajouter la construction d’un aéroport international dans la
ville de San Pedro. Cette infrastructure permettrait la connexion directe
36
entre la région et l’extérieur, surtout l’Europe d’où provient la majorité
des visiteurs. Il devrait également réduire le prix du billet Abidjan-San
Pedro et créer des sièges pour enfants. L’Etat devrait aussi ouvrir le port
à l’activité touristique, ce qui va permettre l’entrée des touristes par voie
maritime. Les pouvoirs publics devraient aussi construire de nouvelles
voies routières afin de décongestionner la côtière. Cela faciliterait l’accès
aux sites touristiques.
Secundo, l’Etat devrait mettre en place des réceptifs d’accueil de qualité.
Pour ce faire, il doit créer les conditions favorables pour attirer des
investisseurs dans ce domaine. Ceux qui sont déjà là devraient être
encouragés par l’Etat comme l’ont souhaité les promoteurs que nous
avons rencontrés lors de l’enquête sur le terrain. L’Etat pourrait
également miser sur l’accueil chez l’habitant. Pour la mise en œuvre de
ce programme, il devrait mettre à la disposition des personnes
sélectionnées des fonds pour construire des auberges qui respectent le
style architectural traditionnel de la région de San Pedro. La décoration
intérieure devrait être une association de modernité et de tradition locale.
Ce programme impliquerait la formation de la population locale afin de
la préparer à accueillir les visiteurs comme l’a souhaité le président d’une
association de jeunes autochtones au cours de notre entretien. L’accueil
chez l’habitant est un projet sur lequel l’Etat devrait insister parce que la
population autochtone pourrait en tirer grand profit.
Tercio, le tourisme de la région de San Pedro devrait également être
lisible et visible. La promotion permettrait à la région de vendre son
image touristique non seulement en Côte d’Ivoire mais aussi à l’extérieur.
Pour ce faire, il serait intéressant de sensibiliser la population locale sur
l’activité touristique. L’idée est d’amener les habitants à promouvoir le
tourisme local de par leurs attitudes et comportements envers l’étranger.
Cette politique demande à la population de faire preuve de patience, de
tolérance et de bienveillance vis à vis des visiteurs. Par ailleurs, l’Etat
devrait créer un site internet consacré au tourisme local. Cette page web
pourrait fournir des informations de qualité à l’utilisateur. Elle devrait
donc être actualisée. Il devrait également créer le salon du tourisme de
la région de San Pedro. Cet évènement pourrait respecter un calendrier
tournant. De fait, chaque année le salon pourrait se tenir dans l’une des
principales villes. Le principe est de promouvoir de manière équitable les
destinations de la région. L’Etat devrait aussi organiser des foires
touristiques et édicter des brochures touristiques.

37
Discussions

Notre étude intitulée tourisme et développement dans la région de San


Pedro (sud-ouest Côte d’Ivoire), nous a permis d’analyser l’impact du
tourisme dans cette région. Cet article nous a permis de voir les
conséquences socioéconomiques et environnementales du tourisme dans
la région de San Pedro. Cependant, le constat est que le tourisme n’est
toujours pas le catalyseur du développement dans cette région comme
l’ont démontré (Tchetche et al , 2019 : 295). D’après leur recherche, la
ville de San Pedro dispose d’indéniables potentialités touristiques.
Cependant le tourisme a du mal à se développer à causes des entraves
naturelles et politiques. De l’analyse de (Gbogbé et al ,2017 : 121), il
ressort que les handicaps du développement touristique dans la région de
San Pedro sont liés au manque d’infrastructures et de volonté politique.
Pour ces auteurs, le peu d’intérêt de l’Etat à mettre en place des
infrastructures adéquates dans la région a engendré la sous-exploitation
du potentiel touristique. Devant de nombreuses contraintes, il serait
nécessaire de proposer des stratégies qui permettraient de développer
efficacement le tourisme dans la région de San Pedro. A ce propos,
(Tchetche et al , 2019 : 297-298), estiment que l’Etat devrait encourager
les municipalités à inscrire le tourisme dans leur programme de
développement.

Conclusion

L’activité touristique a été mise en place dans les années 1970 dans la
région de San Pedro. De son implantation à ces dernières années, la
contribution du tourisme dans le développement de la région de San
Pedro reste marginale. Dans cette région, incontestablement, le tourisme
est une source génératrice de devises mais ces revenus sont encore
insignifiants. Même si le tourisme est créateur d’emplois, les salaires des
employés locaux restent majoritairement précaires. Le développement
touristique a aussi permis une certaine modernisation de la région de San
Pedro. Cependant, dans cette région le tourisme a généré la perversion
des valeurs locales, la cherté de la vie et des frustrations sociales. En
matière d’environnement, le tourisme a entrainé l’occupation intensive
du rivage. Il a par ailleurs provoqué la destruction de l’habitat naturel des
ressources animales et végétales. Le tourisme a aussi engendré la
pollution des plages et de la mer.
38
Ainsi, pour un meilleur développement du tourisme, la région de San
Pedro devrait déployer certaines stratégies. Dans cette région, l’Etat
devrait encourager une gestion participative du tourisme. Cette région
devrait être dotée d’un ensemble d’infrastructures de qualité. Le tourisme
local devrait par ailleurs bénéficier non seulement d’une bonne visibilité
mais aussi d’une bonne lisibilité.

Références bibliographiques

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