Cours MatRay
Cours MatRay
Interaction matière-rayonnement
Partie « Processus dissipatifs »
1.1.2 Bibliographie
— Mécanique quantique/physique atomique :
— Mécanique Quantique de C. Cohen-Tannoudji, B. Diu et F. Laloe.
1
— Physique atomique de B. Cagnac et J.-C. Pebay-Peroula.
— Quantum Mechanics de L.I. Schiff.
— Mécanique Quantique de A. Messiah.
— Mécanique Quantique de J. Dalibard et P. Grangier (cours de l’X télé-
chargeable).
— interaction matière-rayonnement :
— Physique atomique de B. Cagnac et J.-C. Pebay-Peroula
— Optique quantique 1 de A. Aspect (cours de l’X téléchargeable) ; contient
tout ce qui est décrit dans ce cours, et bien plus.
Oscillation de Rabi
Le modèle quantique d’interaction lumière-matière qu’on a étudié en Physique
atomique est le modèle de couplage sinusoïdal entre deux niveaux atomiques, dont
on rappelle ici les résultats 1 .
1. On a effectué le calcul dans le cas ω0 = ω. Le cas que l’on traite ici est à peine plus
compliqué.
2
On considère deux états |f i et |ei d’énergies Ef = 0, Ee = ~ω0 . Ces deux
états sont couplés via un terme dipolaire électrique V̂ = −d.E ˆ 0 cos(ωt) où dˆ =
−eX̂ est la projection de l’opérateur dipôle sur l’axe x pour un champ électrique
d’amplitude E0 dirigé suivant cette direction. Pour des raisons de symétrie, on a
ˆ i = he|d|ei
hf |d|f ˆ = 0 et on note Ω = −d.E0 /~ avec d = hf |d|ei ˆ ; Ω est appelé
pulsation de Rabi.
En injectant |Ψ(t)i = γf (t)|f i + γe (t)e−iω0 t |ei dans l’équation de Schrödinger
on trouve,
dγf
i = Ω cos(ωt)e−iω0 t γe (1.1)
dt
dγe
i = Ω cos(ωt)eiω0 t γf (1.2)
dt
On note δ ≡ ω − ω0 le désaccord et on se place dans la situation |δ| ω0 pour
pouvoir faire l’approximation des ondes tournantes et trouver 2 ,
δ
γf (t) = cos(ΩR t/2) − i sin(ΩR t/2) eiδt/2 (1.3)
ΩR
Ω
γe (t) = −i sin(ΩR t/2)e−iδt/2 (1.4)
ΩR
√
où ΩR = δ 2 + Ω2 est appelé pulsation de Rabi généralisée. La population de
l’état excité vaut alors
Ω2
Πe (t) = |γe (t)e−iω0 t |2 = 2
sin2 (ΩR t/2) (1.5)
ΩR
Cette population (et donc aussi celle de l’état fondamental) oscille indéfiniment
dans le temps (aussi longtemps que l’onde lumineuse est appliquée) : c’est le
phénomène d’oscillation de Rabi illustré sur la figure 1.1. Si on reprend le
vocubulaire du cours de laser, il y a un cycle infini d’absorption-émission stimulée
à la fréquence de Rabi généralisée ΩR .
Dans l’équation 1.5, la fréquence de l’onde lumineuse est cachée dans δ, lui-
même relié à ΩR . La puissance de l’onde est reliée à l’amplitude du champ élec-
trique et est donc compris dans Ω et ΩR .
2. Les calculs sont plus simples si on résout les équations différentielles (indépendantes du
temps) vérifiées par les fonctions auxiliaires γ̃f (t) = γf (t) e−iδt/2 et γ̃e (t) = γe (t) eiδt/2 . On
utilise de plus les conditions initiales γf (0) = 1 et γe (0) = 0.
3
Figure 1.1 – Population de l’état excité Πe en fonction du temps. On observe
une oscillation, l’oscillation de Rabi. Son amplitude est maximale et sa fréquence
minimale à résonance δ = 0.
Emission spontanée
4
1.2.2 Laser
Le deuxième point de vue est celui adopté dans le cours de laser où ont été
introduites les équations de taux. Ici aussi l’atome est quantifié et la lumière
traitée classiquement. On trouve par exemple dans le cas d’un système à deux
niveaux l’équation de taux suivante,
dΠf σI
= AΠe + (Πe − Πf ) (1.6)
dt ~ω
Le coefficient A traduit des processus de relaxation tels que l’émission spon-
tanée : transfert possible vers un état d’énergie plus basse même en l’absence de
lumière. Les autres termes sont l’éclairement I (en W/m2 ), σ la section efficace
σI
d’absorption et ω la pulsation de la lumière utilisée. On interprète le terme − ~ω Πf
σI
dans eq.(1.6) comme un taux d’absorption et + ~ω Πe comme un taux d’émission
stimulée.
Ces équations de taux sont suffisantes pour trouver les conditions d’appa-
rition d’un laser (sur systèmes à 3 ou 4 niveaux) et contiennent le phénomène de
saturation.
dI
= σρ(Πe − Πf )I (1.7)
dz
On retrouve bien un gain, donc un effet laser possible, si Πe > Πf , c’est-à-dire
quand il y a inversion de population 3 .
3. Ce qui n’est pas possible dans notre exemple de système à deux niveaux.
5
σI (st.) A~ω −1
avec à = A + 2 ~ω et Πe = (2 + σI
) .
(st.)
De plus, la population stationnaire Πe contient le phénomène de saturation.
(st.)
Quelque soit l’éclairement I, on aura toujours Πe < 1/2. De nouveau cette
saturation de la population de l’état excité est en totale contradiction avec le
résultat quantique car eq.(1.5) prédit qu’une population Πe = 1 est possible ! !
Conclusion : Les équations de taux ont montré toute leur utilité pour traiter les
lasers et tout modèle valable doit contenir la saturation et la possibilité d’avoir du
gain. Cependant, ce modèle ne tient compte que de l’intensité, pas de l’amplitude
des champs électriques, donc pas de phase. On verra dans la suite de ce cours
(partie optique statistique) que la largeur spectrale ultime d’un laser est cepen-
dant donnée par des fluctuations de phase ! De plus les caractéristiques atomiques
sont aussi définis uniquement par leur population et non par leur amplitude de
probabilité (Πf = |γf |2 et pas d’information sur la phase de γf ). Ces équations de
taux sont donc elles aussi insuffisantes.
6
1.2.3 Electromagnétisme
Il existe justement un modèle adapté pour avoir l’influence de la matière
sur la lumière vu en cours 1A Electromagnétisme : le modèle de l’électron
élastiquement lié. Ce modèle consiste à traiter la matière comme un ensemble
d’électrons soumis chacun à une force de rappel −mωr2 x autour de leur noyau
respectif :
mẍ = −mωr2 x − mν ẋ − eE0 cos(ωt) (1.9)
où x est la position de l’électron par rapport au repos, m sa masse, −e sa charge et
E0 est toujours l’amplitude du champ électrique (on a pris une polarisation linéaire
sur l’axe x) 4 . On rajoute dans ce modèle une force de frottement visqueux dont
on verra l’utilité ci-dessous.
Si on allume le champ à t = 0, il apparaît un régime transitoire puis un régime
forcé à la pulsation ω que l’on étudie maintenant. Il est alors pratique d’utiliser
la notation complexe, x = x0 e−iωt , et il vient
1 eE0
x0 = (1.10)
ω2 2
− ωr + iνω m
−ρe2 1
χ= (1.11)
m0 ω − ωr2 + iνω
2
Dans la situation que l’on vient de voir, x0 est complexe, ce qui veut dire
qu’en retournant en notation réelle, x(t) et donc d(t) a une composante D1 en
phase avec le champ électrique et une composante D2 en quadrature :
7
Si on décompose l’indice en partie réelle et imaginaire, n = n0 + in00 , les
équations de Maxwell dans la matière indiquent alors que l’onde lumineuse se
propage dans le milieu suivant l’expression,
0 00 z
E = E0 e−i(kn z−ωt) e−kn (1.13)
5. On calcul pour cela la puissance dissipéee par effet Joule Re[~j.E~∗ ]/2 où ~j est la densité
volumique de courant.
6. Ce point s’éclaircira dans la section 2.1.1.
8
Chapitre 2
Modélisation quantique de la
dissipation
1. Voir cependant le TD durée de vie du cours de physique atomique pour une autre approche
que celle décrite ci-dessous.
2. On sait que la mesure d’un opérateur a pour résultat une des valeurs propres de l’opérateur
avec une probabilité dépendant du vecteur propre correspondant et de l’état du système. On
imagine être capable de répéter un grand nombre de fois la même mesure ; la moyenne des
résultats correspond à la valeur moyenne de l’opérateur.
9
Si l’état du système est décrit par son état |Ψ(t)i = γf (t)|f i + γe (t) e−iω0 t |ei,
alors la valeur moyenne de dˆ vaut
ˆ = d(γ ∗ γe e−iω0 t + γf γ ∗ eiω0 t ) = 2d Re γ ∗ γe e−iω0 t
hdi f e f (2.3)
Ω δ
= 2d Re sin(ΩR t/2) −i cos(ΩR t/2) + sin(ΩR t/2) e−iωt (2.4)
ΩR ΩR
δΩ δΩ
u = 2 2
sin2 (ΩR t/2) = 2 [1 − cos(ΩR t)] (2.6)
ΩR ΩR
Ω Ω
v = −2 sin(ΩR t/2) cos(ΩR t/2) = − sin(ΩR t) (2.7)
ΩR ΩR
Plus important, on est capable de trouver des équations reliant ces deux quantités
à une troisième, traditionnellement notée w qui définit la différence de population
entre les niveaux,
w(t) = Πe (t) − Πf (t) (2.8)
En utilisant les équations (2.1) et (2.2), on trouve
Ω2 2 Ω2
w=2 sin (ΩR t/2) − 1 = [1 − cos(ΩR t)] − 1 (2.9)
Ω2R Ω2R
10
Par définition on a |γe (t)|2 + |γf (t)|2 = 1 (état |Ψi normé), donc
−1 ≤ w ≤ 1
Quand l’électron est dans son état fondamental, w = −1, quand il est dans son
état excité, w = +1.
On trouve sans difficulté des équations très simples pour le triplet (u, v, w) :
du
= −δv
dt
dv
= δu + Ωw (2.10)
dt
dw = −Ωv
dt
Ces équations ne comportent aucune approximation et sont équivalentes à la
solution quantique en termes de γe et γf .
du
= −δv − γd u
dt
dv
= δu + Ωw − γd v (2.11)
dt
dw = −Ωv − γp (w − w0 )
dt
Au lieu d’écrire l’équation différentielle sur w, on peut l’écrire sur Πe car
Πe + Πf = 1,
11
dΠe Ω γp
= − v − γp Πe + (w0 + 1) (2.12)
dt 2 2
qui a une certaine ressemblance avec l’équation de taux (1.6) du chapitre précé-
dent. On reviendra sur ce point au 2.4.2.
Remarques :
— On n’a pas introduit de termes u0 , v0 . C’est normal car sans lumière il n’y
a pas de dipôle induit et donc u0 = v0 = 0.
— C’est le rajout des termes de relaxation qui impliquent l’existence d’un état
stationnaire. Celui-ci correspond à,
ust = −δΩ α
vst = γd Ω α
(2.13)
wst = (δ 2 + γd2 ) α
γp w0
avec α =
γp (δ + γd2 ) + γd Ω2
2
12
2.2.2 γd , γp et w0
Paramètre w0 :
— w0 correspond à la différence de populations entre état excité et fonda-
mental en l’absence de lumière. Ainsi, en l’absence d’un autre processus
comme le pompage, l’état initial sera l’état fondamental et donc w0 = −1.
— Quand on voudra revenir sur le cas d’un laser, il faudra mettre du pom-
page dans le modèle. On retrouvera que pour avoir du gain il faut w0 > 0
c’est-à-dire une inversion de population.
Paramètres de relaxation :
— On étudiera principalement le cas de l’émission spontanée . Un calcul
quantique complet montre qu’alors γp = 2γd = Γ où Γ est appelée largeur
naturelle du niveau |ei. Pour la plupart des niveaux excités accessibles par
laser depuis l’état fondamental, Γ ≈ 108 s−1 .
— Dans la pratique il y a bien d’autres canaux de relaxation : collision dans les
milieux gazeux, vibration dans les milieux solides et de plus ces relaxations
sont souvent inhomogènes : impuretés, contraintes mécaniques dans les
solides ou effet Doppler dans les gaz.
— Il est facile de se convaincre que la phase est une quantité beaucoup plus
fragile que la population et que donc dans la quasi-totalité des cas pratiques
on aura γd γp (voir section 2.4). L’émission spontanée est de ce point
de vue un cas très particulier.
13
2δ s
u(st) =
Ω 1+s
du
= −δv − Γu/2
dt
Γ s
v(st) = −
Ω1+s
dv
= δu + Ωw − Γv/2 et (2.14)
dt 1
w(st) = −
1+s
dw = −Ωv − Γ(w + 1)
2
dt
avec s ≡ δ2Ω+Γ/22 /4
le paramètre de saturation
14
Figure 2.1 – Paramètre w = Πe − Πf en fonction du temps pour différentes va-
leurs de la largeur naturelle du niveau excité. On voit que l’oscillation de Rabi vue
au 1.2.1 s’amortit de plus en plus rapidement quand le taux d’émission spontanée
augmente ; il apparaît également une valeur stationnaire à temps long. L’oscilla-
tion disparaît quand Ω ≤ Γ. Courbes tracées avec δ = 0 et Ω = 50γ.
Ce taux est relié à l’absorption du faisceau lumineux car, sans émission spon-
tanée le nombre de photons est conservé (autant d’absorption que d’émission
stimulée) et donc l’intensité du laser reste constante.
La dépendance en δ de ce taux est illustrée sur la figure 2.2 : amplitude et
largeur dépendent de Ω à travers le paramètre de saturation à résonance s(δ =
0) = 2Ω2 /Γ2 . Le comportement observé est naturel. L’interaction d’un laser avec
un atome est très sélective. La largeur en fréquence de cette sélectivité est donnée
à basse puissance lumineuse par la largeur naturelle du niveau excité ; de façon
imagée cette largeur donne un « flou » sur l’écart en énergie entre état fondamental
et excité. A plus haute puissance la sélectivité est moindre ; de nouveau on peut
comprendre qu’à forte puissance, on peut toujours exciter la transition atomique
même hors résonance. Il n’en reste pas moins que cette sélectivité est dans tous
les cas pratiques toujours très bonne : sur une transition dans le visible, le facteur
15
de qualité « fréquence de résonance divisée par largeur de cette résonance » est
de l’ordre de 108 ! D’où l’utilisation de ce phénomène pour asservir des lasers en
fréquence (cf TD absorption saturée).
ρust d = 0 χ0 E0 (2.17)
ρvst d = 0 χ00 E0 (2.18)
ρd2 1
χ0 = χ00 + iχ000 = (−δ + iΓ/2) (2.19)
0 ~ δ + Γ2 /4
2
16
Dans la plupart des cas qui nous intéressent, χ est faible devant
√ 1 et on
0 00
peut donc faire un calcul perturbatif pour l’indice, n = n + in = 1 + χ ≈
1 + (χ0 + iχ00 )/2, d’où
1 χ00
n0 = 1 + (2.20)
21+s
1 χ000
n00 = (2.21)
21+s
Ces résultats appellent plusieurs commentaires :
— On obtient de façon naturelle, un indice non-linéaire via le paramètre de
saturation s qui est lui linéaire avec l’éclairement (effet Kerr).
— Comme attendu (cf relation de Kramers-Kronig dans le cours « Electro-
magnétisme »), n0 − 1 est une fonction impaire du désaccord, alors que n00
est paire et maximale à résonance. Ceci est illustré sur la figure 2.3.
— L’expression de χ0 est identique à celleq trouvée au 1.2.3, eq.(1.11) si on
~
utilise ν = Γ/2 et d = er0 avec r0 = 2mω0
.
Figure 2.3 – Indice du milieu dans le cas linéaire (s 1). La figure de gauche
représente la partie réelle de l’indice, celle de droite la partie imaginaire. Ces
2
courbes ont été tracées dans le cas ρd
0 ~
= Γ/10.
17
d2 ω03
Le calcul quantique de la largeur naturelle donne, Γ = 3π0 ~c3
, ce qui conduit
à une formule très simple pour la section efficace,
σ0 3λ20
σ= où σ 0 = (2.23)
1 + 4δ 2 /Γ2 2π
Ainsi, à résonance, la section efficace est donc de l’ordre de grandeur de la longueur
d’onde au carré.
dA kχ00
=− A≡gA
dz 2
g0
avec g = le gain et g0 le gain « petits signaux » d’expression
1+s
kρd2 Γw0 /4 3πρ w0
g0 = 2 2
= 2
0 ~ δ + Γ /4 k 1 + (2δ/Γ)2
18
C’est une équation sans pompage, donc pour la retrouver on prend les équations
de Bloch avec dissipation, eq.(2.12), avec w0 = −1.
Dans le cas de l’émission spontanée, les taux de relaxation du dipôle et de la
population ont le même ordre de grandeur, mais comme on l’a déjà signalé, dans
la pratique le dipôle relaxe beaucoup plus vite que la population, γd γp ; on
utilise cette condition dans la suite.
Cela veut dire que le dipôle atteindra son état (quasi-)stationnaire beaucoup
plus vite que la population, ce qui conduit à faire l’approximation dudt
= dv
dt
=0
dans eq.(2.11) 3 .
On en déduit une expression de v en fonction de w que l’on peut réinjecter
dans eq.(2.12) pour trouver
dΠe γd Ω2
= −γp Πe − (Πe − Πf ) (2.25)
dt 2(γd2 + δ 2 )
Cette équation a exactement la même forme que l’équation de taux réécrite ci-
dessus et en plus permet de trouver une expression pour la section efficace d’ab-
σI γd Ω2
sorption = (cf. eq.(2.23) et I ∝ E02 ).
~ω 2(γd2 + δ 2 )
3. Cela revient à dire que u, v et w évoluent dans le temps, mais que u et v s’adaptent
instantanément alors que w a un temps de réponse long.
19
20
Chapitre 3
Jusqu’à présent on n’a envisagé l’effet de la lumière que sur les états internes
de l’atome (en fait plutôt ceux de l’électron). On va voir dans ce chapitre que
l’absorption et l’émission de lumière s’accompagnent aussi d’effets mécaniques
c’est-à-dire d’effet sur la position et la vitesse de l’atome. On en déduira une
méthode simple pour piéger et refroidir des atomes par laser. En cours de route
on croisera des forces de Langevin vues dans le cours précédent.
V = −~d.E( ~ t)
~ R,
21
On se place dans la suite du cours dans le cas où le champ est polarisé linéai-
rement, monochromatique, mais pas nécessairement une onde plane. On l’écrit
sous la forme
~ t) = E0 (R)
~ R,
E( ~ cos[ωt − φ(R)]
~ ~ex
La force s’écrit alors
n o
~ = dx . cos[ωt − φ(R)]
F ~ ~ E0 + E0 sin[ωt − φ(R)]
~ grad ~ ~φ
~ grad
R R
22
3.1.2 Cas de l’émission spontanée - Atome lent
Dans la situation où l’émission spontanée est le seul processus dissipatif, on a
2δ s
ust = (3.3)
Ω 1+s
Γ s
vst = − (3.4)
Ω1+s
~ ~ ~
s
F = − ~δ gradΩ = −gradU
reac. Ω 1+s dip
~δ (3.5)
U = ln(1 + s)
dip 2
Udip ≈ ~δ
2
s si s 1
et
~ dissip. = ~Γ s gradφ
F ~ ~
= ~Γπe gradφ (3.6)
2 1+s
Remarques :
~ reac. dérive d’un potentiel appelé potentiel dipolaire ; celui-ci est donc
— F
une énergie potentielle pour l’atome. Cette énergie peut être positive ou
négative suivant le signe de δ = ω − ω0 .
~ dissip. , proportionnelle à la population de l’état excité, est dirigée suivant
— F
~
gradφ.
— Si Ω → ∞, F ~ reac. → ∞ mais F ~ dissip. → ~Γ/2 gradφ ~ ; en retrouve l’in-
fluence du phénomène de saturation.
— En l’absence de dissipation (Γ = 0), F ~ dissip. = ~0, mais F
~ reac. 6= ~0.
23
La force dissipative est aussi appelée force de pression de radiation . Elle est
dirigée suivant le vecteur d’onde ~k de l’onde plane. Cette force conduit à une
accélération (ou décélération) de l’atome. Elle a une interprétation physique très
simple : Γπe est le nombre de photons spontanés par seconde et donc aussi le
nombre de photons absorbés par seconde 4 et ~~k est homogène à une impulsion.
Ainsi F~ dissip. apparaît comme la force résultant d’un transfert d’impulsion de la
lumière vers l’atome.
Pour être plus précis, il y a transfert d’impulsion pour l’absorption, dirigée
suivant ~k, pour l’émission stimulée, dirigée suivant −~k, et pour l’émission spon-
tanée, dirigée suivant la direction opposée à celle du photon spontané. Lors d’un
cycle absorption-émission stimulée, l’impulsion de l’atome ne change donc pas, au
contraire d’un cycle absorption-émission spontanée. Cependant comme la direc-
tion de l’émission spontanée est aléatoire, après un grand nombre de tels cycles,
elle n’induit pas de modifications de la vitesse de l’atome 5 , au contraire de la
partie absorption. La force nette est donc dirigée suivant la direction du faisceau
laser.
24
Tel sera le cas aussi pour le module du potentiel dipolaire Udip , cf eq.(3.5). A
faible saturation, le potentiel dipolaire est proportionnel à l’éclairement et a donc
aussi une forme gaussienne.
Ainsi, si δ > 0, les atomes subiront une force qui les expulse du col, alors que si
δ < 0, les atomes y seront attirés. Cette dernière situation permet donc de piéger
des atomes.
25
Que se passe-t-il si on envoie non plus un mais deux faisceaux lumineux sur
l’atome, les faisceaux étant de même fréquence mais de direction opposée (voir
fig. 3.1) ?
Chacun des faisceaux exerce une force, mais si l’une dépend de δ − ~k.~v l’autre
dépend de δ + ~k.~v et est de signe opposée. La force totale est donc
!
2 2
~ Dop. = Ω /2 Ω /2 Γ ~
F − ~k (3.7)
(δ − ~k.~v)2 + Γ2 /4 (δ + ~k.~v)2 + Γ2 /4 2
Ω2 δΓ ~k.~v
= ~~k (3.8)
~ 2 2 ~ 2 2
[(δ − k.~v) + Γ /4][(δ + k.~v) + Γ /4]
On a tracé cette force fig. 3.2 dans le cas δ < 0. On voit que la force est toujours
de signe opposée à la vitesse et va donc décélérer l’atome quelle que soit sa vi-
tesse initiale. A la limite t → ∞, la vitesse sera nulle. On parle de mécanisme de
refroidissement Doppler.
Dans la réalité, c’est un peu plus compliqué. Si la vitesse moyenne tend bien
vers 0, l’atome subissant en permanence des cycles absorption-émission spontanée,
26
la vitesse fluctue à cause de la direction aléatoire des photons spontanés. Un
traitement de type force de Langevin permet de montrer que la distribution de
vitesses d’un ensemble d’atomes tend vers une limite finie à temps long et peut
ainsi être caractérisée par une température. La température minimale, obtenue
pour s 1 et δ = −Γ/2 vaut,
~Γ
TDop = (3.9)
2kB
En plus de l’effet Doppler, il faut maintenant tenir compte du fait que l’énergie
des états |e, +1i et |e, −1i dépend de l’espace, ce qui revient à changer ω0 par
ω0 ± gµB B 0 z pour |e, ±1i, qui se traduit alors par un remplacement δ → δ ∓
gµB B 0 z − kv dans l’expression de la force dissipative.
Pour comprendre l’effet spatial, prenons un atome de vitesse nulle. Le faisceau
+
σ aura un effet maximal en z = z+ (cf figure 3.3), là où l’atome sera à résonance
avec lui. Un tel atome sera donc poussé vers les z positifs quand il absorbera un
photon σ + . Réciproquement, un atome de z positifs aura tendance à absorber un
6. kB = 1.38 10−23 J/K.
7. l et ml sont les valeurs propres de L̂2 , L̂z , cf chapitre moment cinétique du cours de
Physique atomique
8. g est ici le facteur de Landé et µB le magnéton de Bohr, cf cours de Physique atomique.
27
Figure 3.3 – Configuration de piégeage : atome soumis à deux faisceaux laser
(δ < 0) et un gradient de champ magnétique. La pression de radiation est maxi-
male pour un atome de vitesse nulle en z = z+ (resp. z− ) pour le faisceau polarisé
σ + (resp. σ − ).
28