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Antoine Memoire Final

Ce mémoire analyse l'impact du changement de référentiel comptable au sein des entités à but non lucratif, en se concentrant sur la mise en œuvre du SYCEBNL dans le cas d'EDUCO Mali. L'étude démontre que cette réforme améliore la fiabilité et la transparence des états financiers, tout en posant des défis en matière de formation et d'adaptation des outils. Des recommandations sont proposées pour faciliter l'adoption du nouveau référentiel par les ONG et explorer les perspectives de digitalisation.

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Antoine Memoire Final

Ce mémoire analyse l'impact du changement de référentiel comptable au sein des entités à but non lucratif, en se concentrant sur la mise en œuvre du SYCEBNL dans le cas d'EDUCO Mali. L'étude démontre que cette réforme améliore la fiabilité et la transparence des états financiers, tout en posant des défis en matière de formation et d'adaptation des outils. Des recommandations sont proposées pour faciliter l'adoption du nouveau référentiel par les ONG et explorer les perspectives de digitalisation.

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INSTITUT SUPERIEUR DES TECHNIQUES ECONOMIQUES

a
COMPTABLES ET COMMERCIALES

PROJET DE FIN D’ETUDES POUR L’OBTENTION DU DIPLOME DE LA LICENCE

SOUS LE THEME

ANALYSE DE L’IMPACT DE CHANGEMENT DE


REFERENTIEL APPLICABLE : DU REFERENTIEL
STANDARD AU NOUVEAU SYCEBNL : CAS DE EDUCO.

Présenté et soutenu par :

M. Antoine Kéoulé KEITA

Spécialité : Comptabilité Contrôle Audit (CCA)

Directeur de Mémoire : Membres du Jury :

Dr Abdramane COULIBALY Dr Mohamed Sekou SIMPARA

M. Souleymane TRAORE

Date de soutenance : Le 0N/NN/2025

Promotion : 2023-2025

Année Universitaire : 2024-2025


DEDICACE

Ce mémoire de fin de cycle est dédié à ma défunte mère Assitan Fily DIARRA.
REMERCIEMENTS

Nous remercions tout d’abord le bon DIEU qui nous a donné la chance d’étudier et le prions
d’être toujours à nos côtés pour la réalisation de nos vœux et œuvres.

Le présent mémoire étant le fruit de plusieurs années d’études et de recherche n’aurait pas vu
le jour sans l’aide, la compréhension et le dévouement de certaines personnes qui, par leur
présence, leurs conseils et bénédictions, nous ont apportés soutien et accompagnement. Ainsi,
nos sincères remerciements vont à :

• Nos chers parents et familles perspectives, qu’Allah le tout puissant renforce nos
liens et espérons que vous êtes fiers de nous;
• Notre directeur de mémoire Dr. Abou Dramane COULIBALY, pour son assistance
depuis l’embryon de ce travail jusqu’à son aboutissement, aide et conseils malgré
ses nombreuses occupations;
• Notre Directeur Dr Boubacar KANTE et sa femme Mme KANTE Adjia MAIGA
pour leur accompagnement pendant tout au long de notre processus universitaire;
• L’administration, notre Directeur Adjoint Moctar KOME et le corps professoral
de l’Institut Supérieur de Techniques Économiques Comptables et Commerciales
(INTEC SUP) particulièrement pour la qualité de la formation reçue;
• Les membres de jury pour avoir accepté d’évaluer notre travail à sa juste valeur;
• L’ensemble du personnel du groupe TOGUNA AGRO-INDUSTRIE, pour leur
disponibilité;
• L’ensemble du personnel du CABINET D’EXPERTISE COMPTABLE,
notamment : M. Éric YAO ASSAMAGAN chefs de Mission de AE2C
• Et toutes les personnes qui, de près ou de loin ont contribué à la réalisation de ce
mémoire.
RESUME
Le présent travail porte sur le changement de référentiel comptable au sein des entités à but non
lucratif (EBNL) de l’espace UEMOA, à travers l’analyse de la mise en œuvre du SYCEBNL
dans le cas d’EDUCO Mali. Cette réforme vise à uniformiser les pratiques comptables,
renforcer la transparence financière et répondre aux exigences croissantes des bailleurs de
fonds. L’étude examine les effets de cette transition sur la qualité de l’information financière,
l’organisation interne et la gestion des ressources. Les résultats montrent que le SYCEBNL
améliore la fiabilité et la lisibilité des états financiers, mais pose également des défis en matière
de formation, d’outils adaptés et de coûts d’implémentation. Le mémoire propose des
recommandations pour une meilleure appropriation du référentiel par les ONG, ainsi qu’une
réflexion sur les perspectives de digitalisation et d’harmonisation internationale.
Mots-clés : SYCEBNL, ONG, UEMOA, comptabilité des EBNL, transparence financière,
EDUCO Mali
ABSTRACT

This study focuses on the transition of the accounting framework within non-profit entities
(NPOs) in the WAEMU region, based on the implementation of the SYCEBNL at EDUCO
Mali. The reform aims to standardize accounting practices, enhance financial transparency, and
meet the expectations of public and private donors. The research explores the consequences of
this transition on financial reporting quality, internal organization, and resource management.
Findings indicate that the SYCEBNL improves the reliability and readability of financial
statements, while also presenting challenges related to staff training, system adaptation, and
implementation costs. The study offers recommendations to support better adoption of the
framework by NGOs and discusses future prospects for digitization and international
alignment.

Keywords : SYCEBNL, NGO, WAEMU, non-profit accounting, financial reporting, EDUCO


Mali
INTRODUCTION GÉNÉRALE

Au cours des dernières décennies, le paysage comptable africain a connu une dynamique
importante d’harmonisation et de normalisation, en particulier dans l’espace UEMOA. Cette
volonté régionale de réforme a conduit à la mise en place de référentiels comptables adaptés à
la spécificité des entités opérant sur le territoire, parmi lesquelles figurent les entités à but non
lucratif (EBNL). Dans ce contexte, le Système Comptable des Entités à But Non Lucratif
(SYCEBNL), adopté par le règlement n°01/2020/COM/UEMOA, est venu combler un vide
structurel et réglementaire en matière de comptabilité adaptée aux ONG, associations,
fondations et autres structures non marchandes.

Avant cette réforme, la majorité des EBNL fonctionnaient avec des référentiels dits « standards
», souvent inspirés de pratiques internes, de modèles exigés par les bailleurs de fonds, ou de
référentiels commerciaux inadaptés tels que le SYSCOHADA. Ces approches, bien que
pragmatiques, souffraient d’un manque d’harmonisation, d’une faible transparence financière,
et rendaient difficile la lecture des états comptables aussi bien pour les institutions publiques
que pour les partenaires internationaux.

La mise en œuvre du SYCEBNL constitue donc un tournant majeur pour les ONG évoluant
dans la région UEMOA. Elle impose une nouvelle nomenclature comptable, des états financiers
obligatoires, et une approche par la destination des ressources, intégrant les spécificités du
secteur non lucratif. Ce changement soulève toutefois de nombreuses interrogations : Quels
sont les impacts concrets de cette réforme ? Comment les organisations telles que EDUCO
Mali, structure internationale œuvrant pour la protection des droits de l’enfant, se sont-elles
adaptées à ce nouveau cadre comptable ? Et surtout, le SYCEBNL permet-il réellement une
amélioration de la qualité de l’information financière et de la gouvernance des ONG ?

À partir de ces interrogations, ce mémoire se propose d’analyser l’impact du passage d’un


référentiel comptable standard au SYCEBNL, en prenant pour terrain d’étude l’ONG EDUCO
Mali. Cette analyse s’inscrit dans une démarche à la fois exploratoire, descriptive et
comparative, avec pour ambition de contribuer à la compréhension des enjeux liés à la
normalisation comptable des EBNL en Afrique de l’Ouest.
Problématique

Dans quelle mesure le passage du référentiel comptable standard au SYCEBNL améliore-


t-il la qualité de l’information financière, la transparence et la gestion des ressources au
sein des entités à but non lucratif, notamment dans le cas de EDUCO Mali ?

Objectifs du mémoire

Objectif général :

Analyser l’impact du changement de référentiel comptable sur la qualité et la conformité de


l’information financière dans les EBNL, à travers l’exemple de EDUCO Mali.

Objectifs spécifiques :

• Décrire les principes fondamentaux du SYCEBNL et les comparer à ceux de l’ancien


référentiel utilisé par EDUCO.

• Identifier les contraintes et les leviers liés à la mise en œuvre du SYCEBNL.

• Évaluer les effets du SYCEBNL sur la qualité des états financiers, la gestion budgétaire et
la reddition des comptes.

• Proposer des recommandations pour une mise en œuvre efficace du SYCEBNL dans les
ONG.

Hypothèses de travail

1. Le SYCEBNL permet une meilleure lisibilité des états financiers que le référentiel standard.

2. La transition vers le SYCEBNL améliore la transparence et renforce le contrôle interne des


ONG.

3. La mise en œuvre du SYCEBNL est confrontée à des contraintes humaines, techniques et


organisationnelles.

Méthodologie

La méthodologie adoptée repose sur une approche hypothético-déductive, articulée autour :

• d’une revue de littérature sur la normalisation comptable dans l’UEMOA et la spécificité


des EBNL,
• d’une étude de cas approfondie de EDUCO Mali (entretiens semi-directifs, analyse
documentaire),

• d’une comparaison des états financiers produits avant et après l’adoption du SYCEBNL,

• et d’un diagnostic de conformité basé sur une grille d’audit inspirée des normes UEMOA.

Intérêt du sujet

Ce travail présente un intérêt académique, en enrichissant la réflexion sur l’adaptabilité des


normes comptables dans un contexte non lucratif. Il offre également un intérêt professionnel et
pratique, en proposant aux gestionnaires d’ONG et aux bailleurs de fonds un regard critique et
documenté sur les effets d’un référentiel harmonisé, mieux ancré dans la réalité des EBNL
africaines.

Annonce du plan

Pour atteindre ces objectifs, ce mémoire s’articulera autour de cinq chapitres principaux :

• Le premier chapitre abordera le cadre conceptuel et institutionnel des entités à but non
lucratif.

• Le deuxième chapitre sera consacré à la présentation du SYCEBNL, ses fondements, ses


exigences et ses implications pratiques.

• Le troisième chapitre analysera l’ancien référentiel comptable utilisé par EDUCO Mali et
les motifs ayant conduit à sa révision.

• Le quatrième chapitre, de nature empirique, portera sur l’étude de cas de la mise en œuvre
du SYCEBNL au sein d’EDUCO Mali.

• Enfin, le cinquième chapitre évaluera les impacts concrets de cette transition comptable
sur la qualité de l’information financière, la gestion interne et la transparence de
l’organisation.
CHAPITRE 1 : Cadre conceptuel et institutionnel des entités à but
non lucratif (EBNL)
Section 1 : conceptuel et institutionnel des SYCEBNL

1.1. Définition et typologie des entités à but non lucratif

2. Les entités à but non lucratif (EBNL) occupent une place essentielle dans les dispositifs de
développement économique, social et humanitaire, notamment dans les pays en voie de
développement comme le Mali. Leur activité est guidée par la recherche de l’intérêt général
ou collectif, et non par la recherche de profits distribuables à des propriétaires ou
actionnaires. Contrairement aux entreprises commerciales, les EBNL ne rémunèrent pas
leurs membres sur les excédents réalisés ; ces derniers sont généralement réinvestis dans
l’objet social.

3. 1.1.1 Définition

1.1 Définition et typologie des entités à but non lucratif

Les entités à but non lucratif (EBNL) occupent une place essentielle dans les dispositifs de
développement économique, social et humanitaire, notamment dans les pays en voie de
développement comme le Mali. Leur activité est guidée par la recherche de l’intérêt général ou
collectif, et non par la recherche de profits distribuables à des propriétaires ou actionnaires.
Contrairement aux entreprises commerciales, les EBNL ne rémunèrent pas leurs membres sur
les excédents réalisés ; ces derniers sont généralement réinvestis dans l’objet social.

1.1.1 Définition

Les entités à but non lucratif (EBNL), également appelées organisations non marchandes ou
organisations du tiers secteur, se distinguent fondamentalement des entreprises à but lucratif
par la finalité de leur activité. Alors que les entreprises poursuivent un objectif de maximisation
du profit distribué à des actionnaires, les EBNL visent la satisfaction d’un intérêt général ou
collectif, qu’il soit social, éducatif, culturel, humanitaire ou environnemental. Les excédents
générés, lorsqu’il y en a, sont intégralement réinvestis dans la mission sociale de l’organisation,
et ne peuvent faire l’objet de distribution sous forme de dividendes.1

1
Casta, J.-F., Colasse, B., & Richard, J. (2021). Comptabilité des associations et fondations. Paris : Éditions Economica.
Selon le Centre de recherche Johns Hopkins sur la société civile, largement reconnu comme
une référence internationale dans l’étude des organisations non lucratives, une EBNL peut être
définie à travers cinq critères fondamentaux :

• Elle est institutionnalisée, c’est-à-dire qu’elle dispose d’une structure formelle (statuts,
siège, organes de gouvernance) ;

• Elle est privée, ce qui signifie qu’elle n’est pas un organe direct de l’État, même si elle peut
bénéficier de subventions publiques ;

• Elle est sans but lucratif, ce qui implique une interdiction de distribution des profits à ses
membres ;

• Elle est autonome, capable de prendre ses propres décisions, notamment en matière de
gouvernance et de gestion ;

• Elle repose, au moins partiellement, sur la participation volontaire, notamment à travers le


bénévolat ou la mobilisation citoyenne.

Dans le contexte malien, les EBNL regroupent une diversité d’acteurs tels que les associations,
ONG, fondations, mutuelles, et coopératives sociales, qui œuvrent dans des secteurs essentiels
comme la santé, l’éducation, la protection sociale ou encore l’environnement. Ces entités jouent
un rôle de complémentarité par rapport à l’action de l’État, en apportant des solutions de
proximité, souvent plus souples et adaptées aux besoins spécifiques des populations locales. De
plus, dans de nombreux cas, elles bénéficient de l’appui technique et financier des partenaires
internationaux, ce qui renforce leur capacité d’action mais impose aussi des exigences accrues
en matière de transparence et de gestion comptable.2

Il convient de noter que la qualification « à but non lucratif » n’implique pas une absence
d’activités économiques. Certaines EBNL peuvent gérer des projets générateurs de revenus
(AGR), organiser des événements payants ou gérer des établissements (centres de formation,
cliniques, etc.). Ce qui les différencie réside dans l’affectation des résultats : aucune part des
excédents n’est distribuée aux membres, car l’objectif n’est pas l’enrichissement personnel,
mais l’accomplissement d’une mission sociale.

2
AFNOR. (2020). Organisations à but non lucratif - Principes de gouvernance et de transparence. Paris : Association
française de normalisation.
Ainsi, la reconnaissance d’une entité en tant qu’EBNL repose autant sur ses statuts juridiques
que sur la nature de ses objectifs, son mode de financement, sa gouvernance interne et sa
destination des ressources. Cette diversité et cette spécificité justifient pleinement l’élaboration
d’un référentiel comptable adapté comme le SYCEBNL, qui prend en compte les besoins de
lisibilité, de traçabilité et de reddition de comptes propres à ces structures.

1.1.2 Typologie des EBNL

Les EBNL se présentent sous diverses formes juridiques et institutionnelles, chacune ayant ses
caractéristiques propres, bien qu’elles partagent une finalité commune : œuvrer pour l’intérêt
général ou collectif. Les principales formes recensées dans le contexte malien sont les suivantes
:

a) Associations

Les associations sont les structures les plus répandues parmi les EBNL. Elles sont constituées
par la volonté de plusieurs personnes (au moins deux ou trois selon les législations) de s’unir
pour la poursuite d’un objectif autre que le partage de bénéfices. Leur fonctionnement repose
sur un socle statutaire adopté en assemblée générale constitutive, et elles peuvent être reconnues
d’utilité publique si leurs actions répondent à un intérêt collectif reconnu par l’administration.
Au Mali, elles sont régies par l’ordonnance n°59-27/AL-RS du 28 mars 1959.3

b) ONG (Organisations Non Gouvernementales)

Les ONG sont des entités à but non lucratif dont les activités s’inscrivent dans le développement
local, la coopération internationale, la protection des droits de l’homme ou l’aide humanitaire.
Elles interviennent souvent dans des domaines laissés de côté par les politiques publiques, et
sont généralement financées par des bailleurs internationaux. Leur reconnaissance au Mali est
encadrée par le décret n°99-417/P-RM du 19 novembre 1999, qui leur impose notamment une
obligation de transparence financière, de présentation de rapports d’activités et de partenariat
avec les services étatiques.

c) Fondations

Les fondations sont créées par l’affectation irrévocable d’un patrimoine à une cause d’intérêt
général. Contrairement aux associations, leur initiative ne repose pas sur une volonté collective,

3
Conseil de l'Entente / UEMOA. (2023). Guide de mise en œuvre du SYCEBNL. Ouagadougou : Commission de l’UEMOA.
mais sur un ou plusieurs fondateurs (personne physique ou morale). Elles peuvent soutenir des
actions dans les domaines de l’éducation, la santé, la culture ou la recherche. Le contrôle
étatique y est généralement plus strict, notamment en raison des enjeux liés à la gestion du
patrimoine initialement consacré.

d) Coopératives sociales ou communautaires

Les coopératives sociales visent à promouvoir des initiatives économiques solidaires. Elles
permettent à leurs membres de mutualiser leurs ressources pour créer des services ou activités
à finalité sociale (accès à l’eau, à la santé, microfinance solidaire, etc.). Leur fonctionnement
démocratique et la non-lucrativité des excédents en font une forme hybride entre entreprise
sociale et EBNL. Elles sont régies par le droit coopératif de l’espace OHADA.4

1.1.3 Spécificités juridiques et fiscales

a) Statut juridique

Les EBNL possèdent une personnalité juridique qui leur confère une existence autonome vis-
à-vis de leurs membres. Elles peuvent ainsi ester en justice, ouvrir un compte bancaire, recevoir
des subventions ou dons, et conclure des contrats. Le statut juridique varie selon le type d’entité
(association, ONG, fondation) et selon les législations nationales. Au Mali, l’acquisition de la
capacité juridique suppose un enregistrement préalable auprès de l’autorité administrative
compétente.

b) Régime fiscal

Sur le plan fiscal, les EBNL bénéficient généralement d’un régime de faveur, sous certaines
conditions. Elles peuvent être exonérées de la TVA, de l’impôt sur les sociétés, de certains droits
de douane ou taxes locales, à condition que leurs activités restent non lucratives et conformes
à leur objet social. Cependant, lorsqu’une EBNL mène une activité économique concurrentielle,
même accessoire, cette dernière peut être soumise aux mêmes obligations fiscales qu’une
entreprise commerciale.

L’octroi d’avantages fiscaux repose souvent sur une reconnaissance explicite d’utilité publique
ou sur des conventions conclues avec l’administration fiscale. Par ailleurs, les dons reçus par

4
Association pour la recherche sur le secteur non lucratif (ARSNL). (2017). Comptabilité des organisations à but non lucratif
: obligations et pratiques.
les EBNL peuvent ouvrir droit à des déductions fiscales pour les donateurs, dans un cadre légal
strict. Cette spécificité encourage le financement privé des missions sociales.

En résumé, les EBNL se caractérisent par une diversité de formes juridiques, un objectif
désintéressé, et un encadrement fiscal spécifique visant à favoriser leur contribution à l’intérêt
général. Cette structuration explique la nécessité d’un référentiel comptable adapté comme le
SYCEBNL, capable de refléter fidèlement leur réalité économique et leur mission sociale.

1.2 Fonctionnement et gestion financière des EBNL

La performance et la pérennité des entités à but non lucratif reposent sur un mode de
fonctionnement structuré et une gestion financière adaptée à leurs spécificités. Ces
organisations doivent faire preuve de rigueur dans la mobilisation de leurs ressources, la
planification budgétaire et la reddition de comptes afin de maintenir la confiance de leurs parties
prenantes.5

1.2.1 Types de ressources : dons, subventions, cotisations

Les EBNL se financent principalement à travers des ressources non commerciales qui reflètent
leur vocation sociale. Ces ressources sont essentielles pour assurer la pérennité de leurs actions
et leur indépendance vis-à-vis des contingences du marché. Trois grandes catégories de
ressources constituent la base financière de ces entités : les dons, les subventions et les
cotisations.

• Les dons : Ils constituent l'une des principales sources de financement pour de
nombreuses EBNL. Offerts par des particuliers, des entreprises ou des fondations, les
dons sont motivés par un intérêt philanthropique ou par une volonté de soutien à une
cause sociale. Les dons peuvent être en espèces, en nature (matériel, denrées
alimentaires, équipements), ou encore sous forme de services bénévoles. Dans certains
pays, les dons peuvent donner lieu à des avantages fiscaux pour les donateurs, ce qui
encourage leur mobilisation. Pour les EBNL, la transparence dans l'utilisation des dons
est essentielle afin de maintenir la confiance du public et des mécènes.

• Les subventions : Elles proviennent d'organismes publics ou internationaux tels que


l’État, les collectivités locales, les agences de développement (USAID, Union
européenne, AFD, PNUD, etc.). Les subventions sont généralement affectées à des

5
OCDE. (2019). Renforcer la transparence et la redevabilité des organisations de la société civile. Paris : OCDE Publishing.
projets spécifiques, avec des conditions strictes de mise en œuvre, de suivi et de
reddition de comptes. Elles peuvent représenter une part significative du budget des
ONG opérant dans des contextes de coopération internationale ou d’action humanitaire.
Toutefois, leur dépendance à ces financements peut exposer les EBNL à une
vulnérabilité en cas de retrait des bailleurs.

• Les cotisations des membres : Dans les associations ou les réseaux d’adhérents, les
cotisations constituent une ressource stable et régulière. Elles sont fixées statutairement
et reflètent l’engagement des membres dans le projet associatif. Bien qu’elles
représentent souvent un montant modeste par rapport aux autres ressources, elles sont
stratégiques pour garantir une certaine autonomie de fonctionnement, notamment pour
les activités institutionnelles non financées par des bailleurs.

En complément de ces trois sources principales, certaines EBNL développent des activités
génératrices de revenus (AGR) telles que la vente de produits artisanaux, les prestations de
formation, les publications ou l'organisation d'événements caritatifs. Ces ressources « hybrides
» contribuent à diversifier les financements tout en respectant le principe de non lucrativité,
dans la mesure où les excédents sont réinvestis dans la mission sociale.

La pluralité et la complémentarité des sources de financement constituent donc un enjeu majeur


de viabilité pour les EBNL. Une gestion stratégique des ressources permet non seulement de
répondre aux besoins des bénéficiaires, mais aussi de renforcer l’indépendance et la crédibilité
de l’organisation auprès de ses parties prenantes.6

1.2.2 Principes de gestion budgétaire et de transparence

La gestion budgétaire des EBNL doit respecter des principes stricts pour garantir l’usage
optimal et éthique des ressources. Parmi ces principes :

• L’affectation conforme des ressources : Chaque ressource doit être utilisée selon
l’objectif pour lequel elle a été reçue, surtout dans le cadre de projets financés par des
partenaires externes.

6
Johns Hopkins University. (2013). Global Civil Society: Dimensions of the Nonprofit Sector. Center for Civil Society Studies.
• La rigueur budgétaire : L’élaboration d’un budget prévisionnel annuel est essentielle
pour planifier les dépenses en fonction des ressources attendues. Ce budget doit être
validé par les organes de gouvernance de l’organisation.

• La transparence financière : Les EBNL doivent tenir une comptabilité régulière,


produire des rapports financiers fiables, accessibles aux parties prenantes, et adopter des
outils de contrôle interne efficaces.

• La séparation des pouvoirs : La distinction entre fonctions exécutives, décisionnelles


et de contrôle permet de limiter les risques de mauvaise gestion ou de conflits d’intérêts.

1.2.3 Contraintes liées à la reddition de comptes

La reddition de comptes est un pilier fondamental de la gouvernance des entités à but non
lucratif. Elle permet de garantir la transparence dans la gestion des ressources, d'assurer la
redevabilité vis-à-vis des bailleurs de fonds et des parties prenantes, et de renforcer la légitimité
de l’action de l’organisation. Contrairement aux entreprises à but lucratif, les EBNL ne sont pas
jugées sur leur rentabilité financière, mais sur leur capacité à atteindre leurs objectifs sociaux
de manière efficiente, éthique et responsable.

a) Exigences en matière de reporting financier et narratif

Les EBNL sont tenues de produire régulièrement des documents de suivi qui détaillent
l’utilisation des ressources et les résultats obtenus. Ces documents incluent :

• Des rapports financiers (bilans, comptes de résultats, tableaux de flux de trésorerie),


souvent exigés de manière périodique par les bailleurs ;

• Des rapports d’activités détaillant les réalisations, les bénéficiaires, les écarts entre les
objectifs et les résultats, et les leçons apprises ;

• Des rapports de suivi budgétaire, comparant le budget initialement prévu aux


dépenses effectives engagées.

Ce reporting contribue à évaluer l'efficacité et la conformité des actions menées. Il doit respecter
à la fois les exigences du bailleur et les obligations légales du pays d’accueil.

b) Audits et mécanismes de contrôle

Les bailleurs nationaux et internationaux exigent, dans la plupart des cas, la réalisation d’un
audit externe indépendant à la fin de chaque exercice ou projet. L’objectif est de s'assurer :
• que les ressources ont été utilisées conformément aux engagements contractuels ;

• que les dépenses ont été correctement comptabilisées ;

• et que les procédures internes de contrôle ont été respectées.

Les EBNL doivent donc mettre en place un système de contrôle interne efficace, incluant des
procédures de validation des dépenses, des seuils d’approbation, des circuits de validation
hiérarchique, et une séparation claire des fonctions (ordonnateur, comptable, vérificateur).

c) Application des normes comptables : le cas du SYCEBNL

Dans l’espace UEMOA, la mise en application du Système Comptable des Entités à But Non
Lucratif (SYCEBNL) depuis janvier 2024 renforce considérablement les exigences en matière
de reddition de comptes. Ce référentiel oblige les EBNL à :

• tenir une comptabilité conforme, avec un plan de comptes spécifique aux EBNL ;

• produire des états financiers normalisés, incluant notamment l’État de synthèse des
ressources et des emplois (ESRE), le Bilan, le Compte d’exploitation, et l’État des
informations complémentaires (ETIC) ;

• présenter une traçabilité claire de l'origine des fonds (bailleurs, partenaires, dons), leur
affectation, leur utilisation effective et leur solde.

La non-conformité à ces exigences peut entraîner des sanctions, un refus de financement ou une
perte de crédibilité.

d) Conséquences d’une mauvaise reddition de comptes

Une reddition de comptes insuffisante ou défaillante peut avoir de lourdes conséquences pour
une EBNL :

• perte de confiance des partenaires techniques et financiers ;

• exclusion des appels à projets ou des circuits de financement ;

• atteinte à la réputation et à l’image publique ;

• voire des implications juridiques (litiges, suspension d’activités, restitution de fonds,


etc.).
C’est pourquoi les EBNL doivent investir dans le renforcement des capacités comptables et
financières, la formation continue de leur personnel, et l’adoption d’outils numériques de
gestion intégrée pour respecter ces contraintes de manière efficace.7

1.3. Les exigences comptables des bailleurs et partenaires publics

Dans le cadre des projets de développement et des interventions des organisations à but non
lucratif (EBNL), les bailleurs de fonds et les partenaires publics imposent des exigences
comptables précises. Ces exigences ont pour objectif de garantir la transparence, la traçabilité
des fonds, la régularité des opérations, ainsi que l'efficacité de l’utilisation des ressources
allouées. Le respect de ces exigences conditionne souvent le renouvellement du financement
ou la validation des résultats du projet.

1.3.1. Les états attendus

Les bailleurs de fonds exigent la production régulière d'états financiers reflétant la situation
financière, la performance du projet et l’utilisation des fonds. Ces états varient selon les
spécifications contractuelles, mais certains documents sont communément attendus :

• Bilan du projet, présentant les actifs, passifs et fonds propres à une date donnée ;

• Compte de résultat ou état des produits et charges, mettant en évidence les dépenses
engagées et les recettes perçues sur une période donnée ;

• État des flux de trésorerie, indiquant l’origine et l’utilisation des fonds ;

• Tableaux d’analyse budgétaire, comparant les dépenses réelles aux prévisions


budgétaires, souvent ventilées par ligne budgétaire ;

• État des dépenses éligibles, exigé par certains bailleurs pour valider que les dépenses
engagées sont conformes aux règles d’éligibilité prévues dans le contrat de financement.

Ces états doivent être produits selon une périodicité définie (mensuelle, trimestrielle ou
annuelle) et en conformité avec un cadre comptable reconnu : le SYSCOHADA révisé pour

7
UEMOA. (2022). Système comptable des entités à but non lucratif (SYCEBNL). Manuel officiel. Ouagadougou : Commission
UEMOA.
les entités de l’UEMOA ou encore le SYCEBNL pour les EBNL bénéficiant de financements
publics dans l’espace UEMOA (UEMOA, 2018).8

Dans certains cas, les bailleurs exigent une certification des états financiers par un
commissaire aux comptes ou un auditeur indépendant, notamment pour les projets de grande
envergure ou à fort enjeu financier.

1.3.2. Les rapports narratifs et financiers

Outre les états chiffrés, les bailleurs et partenaires exigent des rapports narratifs
accompagnant les états financiers. Ces documents visent à donner une lecture qualitative de
l'exécution du projet.

Le rapport narratif comprend généralement :

• Une présentation des activités réalisées, en lien avec les objectifs du projet ;

• Une analyse des écarts entre les réalisations et les prévisions, expliquant les retards ou
les changements d’approche ;

• Des résultats obtenus, indicateurs de performance, bénéficiaires atteints, effets


observés sur le terrain ;

• Une description des difficultés rencontrées et des solutions apportées ;

• Une projection pour la période suivante, avec les objectifs à venir.

Le rapport financier, quant à lui, reprend les données comptables, les dépenses par poste
budgétaire, et présente souvent un relevé des dépenses avec pièces justificatives à l’appui. Il
est essentiel que les informations financières et narratives soient cohérentes, afin d'éviter tout
soupçon de mauvaise gestion ou d’inefficacité.9

L’élaboration de ces rapports exige la mise en place d’un système de suivi-évaluation


performant et une coordination étroite entre les services comptables, techniques et
opérationnels de l’organisation.10

8 UEMOA. (2018). Système comptable des entités à but non lucratif de l'UEMOA (SYCEBNL).
9
Union Européenne. (2019). Guide pratique pour la gestion des financements de l’UE en matière d’aide extérieure.

10
USAID. (2022). ADS Chapter 302: USAID Direct Contracting.
1.3.3. Les normes de redevabilité

La redevabilité (ou accountability) constitue un principe fondamental dans la gestion des


fonds des projets de développement. Elle implique que l’organisation rende compte de
l'utilisation des ressources qui lui ont été confiées, tant vis-à-vis des bailleurs que des
bénéficiaires et des autorités publiques.

Les normes de redevabilité exigées par les bailleurs couvrent plusieurs dimensions :

• Redevabilité financière : traçabilité des dépenses, production des pièces justificatives,


vérifiabilité des écritures comptables, respect des procédures de passation de marchés,
etc. ;

• Redevabilité programmatique : preuve que les activités prévues ont été réalisées, dans
les délais, et selon les standards de qualité attendus ;

• Redevabilité sociale : implication des communautés bénéficiaires, transparence des


critères de sélection, communication sur les résultats obtenus ;

• Redevabilité éthique : gestion conforme aux principes de bonne gouvernance, lutte


contre la corruption, respect des droits humains.11

Les bailleurs de fonds tels que l'Union européenne, USAID, UNICEF ou encore les
coopérations bilatérales, disposent chacun de leurs propres cadres normatifs et guides de
gestion financière. Cependant, on observe une convergence vers des principes universels,
souvent inspirés des standards internationaux comme ceux de l’International Public Sector
Accounting Standards (IPSAS) ou les lignes directrices de l’OCDE-CAD.12

De plus, des audits internes et externes sont régulièrement mis en œuvre pour vérifier la
conformité aux exigences de redevabilité. En cas de non-conformité, les sanctions peuvent aller
du gel des financements, au remboursement des fonds, voire à la résiliation des contrats de
partenariat.

Références bibliographiques (APA)

11
IPSAS Board. (2020). International Public Sector Accounting Standards.

12
Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE). (2010). Principes d’efficacité de l’aide au
développement.
CHAPITRE 2 : Analyse du SYCEBNL comme nouveau référentiel
comptable des EBNL dans l’UEMOA
Section 1 : Présentation du SYCEBNL

Le Système Comptable des Entités à But Non Lucratif (SYCEBNL) a été adopté par le Conseil
des Ministres de l'Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) en 2018, dans
le but d'harmoniser et de structurer la comptabilité des organisations non marchandes opérant
dans les États membres. Il s'agit d'une innovation majeure dans la normalisation comptable de
l’espace communautaire, qui vient compléter le dispositif du SYSCOHADA révisé, lequel
restait largement centré sur les entités à but lucratif. Le SYCEBNL répond aux spécificités des
Entités à But Non Lucratif (EBNL), notamment les ONG, associations, fondations, missions
confessionnelles, et autres organisations de la société civile, qui jouent un rôle important dans
la mise en œuvre des politiques publiques, notamment dans les domaines de l’éducation, de la
santé, de la protection sociale, et du développement local.

2.1.1. Objectifs et portée du SYCEBNL

L’un des principaux objectifs du SYCEBNL est de renforcer la transparence, la traçabilité et


la fiabilité de l’information financière produite par les entités non marchandes de l’espace
UEMOA. Contrairement aux entreprises commerciales dont l’objectif est la réalisation de
profits, les EBNL ont des finalités sociales et humanitaires. Toutefois, elles mobilisent souvent
des ressources financières considérables provenant de partenaires publics, de bailleurs
internationaux et de dons privés. Il est donc indispensable que ces flux soient enregistrés et
présentés selon des règles précises, cohérentes et adaptées à leur nature.

Le SYCEBNL poursuit également l’objectif d’une redevabilité accrue, tant vis-à-vis des
partenaires techniques et financiers que des bénéficiaires. Il impose ainsi une normalisation de
la présentation des états financiers, de la tenue des documents comptables, et de la classification
des opérations budgétaires. En ce sens, il contribue à l’intégration régionale et à l’amélioration
de la gouvernance financière des organisations à but non lucratif.

La portée du SYCEBNL ne se limite pas à la simple tenue de la comptabilité. Il vise aussi à


permettre aux autorités nationales (ministères, cours des comptes, directions du trésor), ainsi
qu’aux partenaires financiers, d’effectuer un suivi rigoureux des flux financiers et des
résultats atteints par les projets financés sur fonds publics ou internationaux. Il constitue donc
un outil de régulation, de contrôle, mais aussi de professionnalisation du secteur associatif.
2.1.2. Champ d’application : entités concernées

Le champ d’application du SYCEBNL est défini de manière précise par les textes de l’UEMOA.
Il concerne l’ensemble des entités exerçant une activité à but non lucratif, quelles que soient
leur taille, leur statut juridique ou leur mode de financement, dès lors qu’elles mobilisent des
ressources dans l’un des huit États membres de l’Union : Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire,
Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal, et Togo.

Les entités concernées incluent notamment :

• Les Organisations Non Gouvernementales (ONG) nationales et internationales ;

• Les associations recevant des financements publics ou internationaux ;

• Les fondations, missions religieuses ou congrégations à vocation sociale ou


humanitaire ;

• Les projets de développement, même rattachés à une structure publique ou


parapublique ;

• Les structures parapubliques exerçant des missions sociales financées par des
subventions.

Le critère déterminant est donc l’absence de but lucratif combinée à la mobilisation de fonds
pour des activités d’intérêt général, notamment dans les secteurs de la santé, de l’éducation,
de l’environnement, des droits humains, ou de la sécurité alimentaire. Dès lors qu’une entité
remplit ces conditions, elle est tenue d’appliquer le SYCEBNL, sauf si un texte spécifique (par
exemple un accord de siège) prévoit une dérogation.

Il convient également de noter que le SYCEBNL est obligatoire pour les entités bénéficiant
de financements publics (subventions budgétaires, appels à projets financés par l’État, etc.),
même si elles ne sont pas soumises au SYSCOHADA en tant qu’entreprises commerciales.

2.1.3. Différences entre le SYCEBNL et le SYSCOHADA

Le SYCEBNL a été conçu comme un référentiel distinct mais complémentaire du


SYSCOHADA révisé. Bien que les deux systèmes comptables partagent une architecture
similaire (tenue d’une comptabilité en partie double, plan de comptes, états financiers, principes
comptables fondamentaux), ils présentent plusieurs différences majeures liées à la nature des
entités concernées, à leurs sources de financement, et à leurs finalités.13

Voici les principales différences :

1. Finalité des comptes :

o Le SYSCOHADA vise principalement à mesurer la performance économique


et financière d’une entreprise en vue de dégager un résultat net et de déterminer
la rentabilité.

o Le SYCEBNL, quant à lui, vise à rendre compte de l’utilisation des


ressources mobilisées en lien avec les objectifs sociaux poursuivis. Il ne cherche
pas à mesurer un bénéfice, mais plutôt la bonne affectation des ressources.

2. Plan comptable spécifique :

o Le SYCEBNL introduit un plan de comptes adapté, avec des classes


spécifiques (classe 9 notamment pour les engagements et ressources affectées),
ainsi que des comptes reflétant la nature des ressources : dons, subventions,
collectes, bénévolat, etc.

o Le SYSCOHADA ne prévoit pas ce type de ventilation détaillée pour les


ressources non marchandes.

3. États financiers produits :

o Le SYCEBNL remplace le compte de résultat par un état des produits et


charges permettant d’analyser la structure des ressources et leur emploi. Il inclut
également un état des ressources et des emplois qui retrace la variation nette
de la trésorerie en lien avec les engagements.

o Le bilan est structuré différemment, mettant l’accent sur la structure financière


des projets, les engagements à long terme, les financements affectés, etc.

4. Suivi budgétaire et engagement :

o Le SYCEBNL intègre une logique de suivi budgétaire des ressources affectées


et de comptabilité d’engagement, afin de répondre aux exigences des bailleurs.

13 OHADA. (2017). Acte uniforme relatif au droit comptable et à l’information financière.


o Le SYSCOHADA se fonde davantage sur les principes de comptabilité
d’exercice sans systématisation du lien budgétaire.14

5. Redevabilité et traçabilité :

o Le SYCEBNL met l’accent sur la rédaction de rapports narratifs et financiers


combinés, avec une forte exigence de justification des dépenses par ligne
budgétaire.

o Ce n’est pas une exigence centrale du SYSCOHADA, qui vise plutôt une
information financière pour les tiers économiques.15

En somme, le SYCEBNL constitue un outil de gestion, de transparence et de redevabilité


spécifiquement adapté aux besoins des EBNL dans le contexte ouest-africain. Il marque une
avancée majeure dans la régulation du secteur associatif et dans la gouvernance financière des
projets de développement.16

Références bibliographiques (APA)

• OHADA. (2017). Acte uniforme relatif au droit comptable et à l'information financière.

• Diarra, A. (2020). Gestion financière des ONG en Afrique de l’Ouest : entre


normalisation et adaptation locale. Revue Africaine de Comptabilité et de Finance,
12(1), 45-66.

2.2. Les états financiers exigés par le SYCEBNL

Dans un souci d’harmonisation, de transparence et de redevabilité, le SYCEBNL impose aux


entités à but non lucratif (EBNL) de produire une série d’états financiers normalisés. Ces
documents permettent non seulement de rendre compte de la situation financière et des
performances sociales des entités, mais également de répondre aux exigences des bailleurs de
fonds, des autorités publiques et des parties prenantes. Contrairement au SYSCOHADA, ces

14 OCDE. (2021). Standards internationaux de redevabilité et de transparence des organisations de développement.


15 UEMOA. (2018). Système Comptable des Entités à But Non Lucratif de l’UEMOA (SYCEBNL). Conseil des Ministres de
l’UEMOA.
16
Fall, M. (2019). Comparaison entre le SYSCOHADA révisé et le SYCEBNL : vers une meilleure gouvernance des EBNL.
Université de Dakar, mémoire de master.
états sont conçus pour refléter la nature non marchande des activités, la structure par projet,
ainsi que la spécificité des ressources affectées.17

2.2.1. États financiers obligatoires

Conformément à l’instruction UEMOA n°001/2018/COM/UEMOA, cinq états financiers sont


exigés des entités appliquant le SYCEBNL. Il s’agit de :18

a) Le Bilan :

Il présente la situation patrimoniale de l’EBNL à une date donnée. Comme dans le


SYSCOHADA, il distingue les actifs et les passifs. Toutefois, plusieurs éléments y sont adaptés
:

• Une présentation des actifs immobilisés et circulants avec une attention particulière
portée aux immobilisations financées par affectation spécifique ;

• Une section sur les fonds propres adaptés aux EBNL, incluant les fonds dédiés, fonds
reportés et réserves affectées ;

• L’introduction des engagements hors bilan ou engagements conditionnels.

b) L’État des Ressources et des Emplois (ERE) :

Cet état remplace le compte de résultat classique. Il présente les produits (ressources) et charges
(emplois) selon leur nature, sans recherche de bénéfice. On y retrouve :

• Les ressources affectées et non affectées (dons, subventions, cotisations, produits


exceptionnels) ;

• Les emplois par nature (achats, salaires, charges de projet, amortissements, etc.) ;

• La variation du solde de trésorerie ou des ressources nettes.

L’ERE est fondamental pour juger de la bonne utilisation des ressources et du respect des
engagements budgétaires.

17Sow, I. (2020). Application du SYCEBNL dans les structures humanitaires : contraintes et perspectives. Mémoire de master,
ENA Dakar.
18UEMOA. (2018). Instruction n°001/2018/COM/UEMOA portant adoption du Système Comptable des Entités à But Non
Lucratif (SYCEBNL).
c) Le Tableau de Flux de Trésorerie (TFE) :

Ce tableau retrace les mouvements de liquidités, en distinguant trois types de flux :

• Flux de fonctionnement (encaissements/décaissements liés aux activités


opérationnelles) ;

• Flux d’investissement (acquisitions ou cessions d’immobilisations) ;

• Flux de financement (subventions reçues, emprunts, apports, remboursements de


dettes).

Le TFE permet d’évaluer la capacité de l’EBNL à financer ses activités, à gérer ses liquidités
et à anticiper les besoins de trésorerie.

d) L’État des variations des fonds propres :

Il retrace les mouvements dans les fonds propres de l’entité sur l’exercice, y compris :

• Les fonds affectés par les bailleurs ;

• Les résultats reportés ;

• Les corrections d’erreurs et changements de méthodes.

Il est essentiel pour comprendre l’évolution des ressources structurelles de l’organisation.

e) Les Annexes aux états financiers :

Les annexes complètent les quatre états financiers en apportant des informations qualitatives et
quantitatives nécessaires à la compréhension de la situation financière. Elles détaillent :

• Les méthodes comptables utilisées ;

• Les notes explicatives des postes sensibles ;

• Le détail des engagements ;

• La réconciliation entre budget et exécution réelle.

2.2.2. Plan de comptes adapté aux EBNL

Le SYCEBNL introduit un plan comptable spécifique, qui tient compte des particularités des
entités non marchandes. Il se base sur la logique du SYSCOHADA, mais comprend des
aménagements majeurs :
• Classe 1 à 5 : similaires au SYSCOHADA (immobilisations, stocks, tiers, trésorerie,
capitaux) ;

• Classe 6 et 7 : charges et produits adaptés, incluant charges sociales de projet,


produits de subventions affectées, valorisation du bénévolat, etc. ;

• Classe 8 : réservée aux opérations budgétaires ou extra-comptables (suivi des


engagements) ;

• Classe 9 : nouveauté importante. Elle est destinée au suivi des ressources affectées,
avec une logique d’engagements par financeur, par projet, par nature.

Exemples de comptes :

• 791 : Subventions affectées à une activité spécifique ;

• 694 : Charges affectées à un projet ;

• 955 : Engagements par projet ou programme.

Ce plan permet une lecture multi-dimensionnelle des flux financiers : par projet, par bailleur,
par activité, ce qui répond aux normes de redevabilité et d’audit exigées.

2.2.3. Ventilation par destination et nature

Le SYCEBNL exige une double ventilation des charges : par nature et par destination.
Cette méthode permet de répondre simultanément aux besoins de pilotage interne et aux
exigences des partenaires.

a) Ventilation par nature :

Elle consiste à classifier les charges selon leur nature économique :

• Charges de personnel ;

• Achats de biens et services ;

• Dotations aux amortissements ;

• Charges financières, etc.

Cette classification est utile pour les analyses de gestion, les audits et le suivi du budget global.

b) Ventilation par destination :


Elle permet de lier chaque dépense à un axe d’intervention ou un projet spécifique. Par
exemple :

• Projet santé communautaire ;

• Campagne de sensibilisation à l’hygiène ;

• Programme d’éducation des filles ;

• Fonction support ou administrative.

La ventilation croisée nature/destination est essentielle pour assurer la transparence dans la


gestion des fonds, notamment lorsque les bailleurs exigent une justification détaillée par ligne
budgétaire.

La méthodologie impose souvent la mise en place d’un tableau croisé (matrice analytique)
qui répartit les charges communes (ex : loyer, frais administratifs) entre les différents projets
selon des clés de répartition objectives (m2 utilisés, nombre de bénéficiaires, temps passé…).19

Conclusion intermédiaire

L’exigence du SYCEBNL en matière d’états financiers est à la fois rigoureuse et adaptée à la


réalité des entités non marchandes. En intégrant des outils comme l’ERE, la classe 9, ou la
ventilation par destination, le SYCEBNL marque une rupture avec les approches classiques
centrées sur le résultat économique. Il constitue une avancée normative qui professionnalise le
secteur associatif, améliore la gouvernance, et renforce la confiance des bailleurs dans l’espace
UEMOA.20

Section 2 : Ancien référentiel comptable appliqué par EDUCO avant le SYCEBNL

Avant l’adoption du SYCEBNL par l’UEMOA en 2018 (et sa mise en application progressive
dès 2020 au Mali), les entités à but non lucratif telles que EDUCO Mali fonctionnaient sans
référentiel comptable obligatoire adapté à leur nature. EDUCO, en tant qu’ONG internationale,
utilisait un mélange de normes comptables internes (issues du siège en Espagne), de
pratiques locales inspirées du SYSCOHADA, et d’adaptations dictées par les exigences
spécifiques des bailleurs de fonds. Cette combinaison assurait une certaine souplesse, mais

19Kamara, S. (2021). La comptabilité des ONG et la redevabilité financière en Afrique de l’Ouest. Revue UEMOA de
Comptabilité et de Gestion, 8(2), 112–134.
20 OCDE. (2019). Guide de bonnes pratiques pour la gestion financière des projets de développement.
posait des problèmes de comparabilité, de transparence et de conformité avec les attentes des
institutions régionales.

3.1. Référentiel standard utilisé (internes + exigences bailleurs)

3.1.1. Règles appliquées avant 2020

Avant 2020, EDUCO Mali n’était soumis à aucun référentiel comptable légalement
contraignant spécifique aux ONG. Les règles utilisées étaient donc issues principalement de
trois sources :

1. Les procédures internes de l’organisation :


EDUCO dispose d’un manuel de procédures financières et comptables établi par son
siège basé en Espagne. Ce manuel comprend des règles détaillées sur :

o Le plan de comptes propre à EDUCO (avec des codes analytiques par projet) ;

o Les processus d’autorisation et de validation des dépenses ;

o La tenue de la comptabilité dans le logiciel interne (souvent Navision ou


Dynamics) ;

o La périodicité de production des rapports (mensuels, trimestriels, annuels).

2. Les principes du SYSCOHADA (par défaut local) :


Bien qu’EDUCO ne soit pas une entité à but lucratif, les comptables maliens formés au
SYSCOHADA s’en inspiraient pour :

o La codification comptable ;

o L’établissement du bilan et du compte de résultat ;

o Le respect du principe de la partie double, de la prudence, et de l’indépendance


des exercices.

3. Les exigences des bailleurs internationaux :


Selon les projets financés, EDUCO devait adapter ses règles de comptabilité pour
répondre aux exigences spécifiques de bailleurs tels que :

o UNICEF (avec des formats narratifs et budgétaires stricts) ;

o L’Agence Espagnole de Coopération (AECID) ;


o Union Européenne (DEVCO) ;

o Plan International ou Save the Children, dans le cadre de consortiums.21

Chaque bailleur imposait des exigences spécifiques sur :

• La structure du rapport financier ;

• Les pièces justificatives attendues ;

• Les taux d’affectation des charges indirectes ;

• Les périodicités de reporting.

Ainsi, EDUCO devait souvent produire plusieurs rapports comptables différents pour un
même exercice, augmentant la charge de travail et les risques d’erreurs.22

3.1.2. Pratiques de tenue de comptes

La comptabilité d’EDUCO Mali avant 2020 était tenue selon une logique centralisée et
contrôlée par le siège, avec les caractéristiques suivantes :23

• Logiciel comptable : La comptabilité était saisie dans un ERP international (souvent


Navision ou Dynamics NAV), permettant une consolidation globale des données du
réseau EDUCO.

• Codification analytique avancée : Chaque opération était affectée à un code projet,


bailleur, domaine d’activité (santé, éducation, protection de l’enfance), et parfois à un
lieu géographique.

• Suivi budgétaire mensuel : Une analyse mensuelle des écarts budgétaires était
imposée aux coordinateurs de projet. Des outils Excel de suivi interne complétaient le
système comptable.

• Validation en plusieurs niveaux : Toute dépense devait passer par un circuit


d’approbation (responsable projet → coordinateur pays → siège).

21
European Commission. (2020). Financial and Narrative Reporting Guidelines for External Actions.

22
EDUCO. (2019). Manual de Procedimientos Financieros. Siège Espagne.

23 UEMOA. (2018). Instruction n°001/2018/COM/UEMOA sur le SYCEBNL.


• Archivage numérique et physique des pièces justificatives, selon les standards ISO du
siège.

• Échanges fréquents avec les bailleurs : Le département finances d’EDUCO répondait


régulièrement aux demandes de clarification, aux audits bailleurs, ou aux vérifications
de conformité.

La comptabilité était en grande partie d’engagement, mais pour certains projets, notamment
financés par des partenaires locaux ou étatiques, une comptabilité de trésorerie était parfois
utilisée pour simplifier le reporting.

3.1.3. Types d’états financiers produits

Les états financiers produits par EDUCO Mali avant le SYCEBNL étaient principalement
orientés vers la gestion interne et la redevabilité vis-à-vis des bailleurs, plutôt que vers une
normalisation juridique ou fiscale. On distinguait généralement deux types de rapports :24

1. États internes consolidés pour le siège :

o Bilan simplifié (actifs, passifs, soldes de projets) ;

o Compte d’exploitation par projet et par bailleur ;

o Relevé des dépenses avec ventilation par nature et destination ;

o Rapports analytiques comparant budget vs réalisé ;

o Tableaux de trésorerie.

2. États spécifiques pour bailleurs :

o Rapport financier selon le format du bailleur (par exemple, modèle de l’UE


: Budget vs Real, justification par ligne budgétaire, engagement vs paiement) ;

o Rapports narratifs combinés (résultats atteints, indicateurs, activités


exécutées) ;

o Relevés des pièces justificatives, avec références comptables ;

o États de trésorerie montrant l’utilisation des avances reçues.

24 UNICEF. (2021). Financial management toolkit for NGO implementing partners.


À noter que la production de ces états obéissait souvent à des règles non uniformisées, ce qui
rendait leur comparabilité difficile, surtout entre projets ou entre pays. Le manque d’un cadre
comptable unique pour les ONG au Mali compliquait également le contrôle public et l’audit
externe, notamment par les directions du Trésor ou les juridictions financières.25

Conclusion intermédiaire

Avant l’adoption du SYCEBNL, EDUCO Mali fonctionnait avec un référentiel composite


combinant les normes internes du siège, les règles locales (SYSCOHADA) et les exigences
spécifiques de ses partenaires financiers. Cette approche flexible permettait une adaptation
rapide, mais souffrait d’un manque d’harmonisation, d’une multiplicité des formats de
rapports, et d’une faible comparabilité inter-projets. L’arrivée du SYCEBNL apparaît alors
comme une réponse normative structurante, qui vient professionnaliser la gestion comptable
des ONG dans l’espace UEMOA.

3.2. Limites et insuffisances de l’ancien système

L’analyse du système comptable d’EDUCO Mali avant 2020 met en évidence plusieurs
faiblesses structurelles, malgré la présence de procédures internes relativement organisées.
L’absence d’un référentiel comptable spécifique pour les entités à but non lucratif dans l’espace
UEMOA conduisait à un ensemble de pratiques fragmentées, qui compromettaient la
comparabilité, la lisibilité et la conformité aux exigences institutionnelles.26

3.2.1. Faible harmonisation

Avant l’entrée en vigueur du SYCEBNL, EDUCO Mali utilisait des règles comptables
composites, issues à la fois :

• Des standards du siège international (EDUCO Espagne),

• Des principes SYSCOHADA appliqués de façon partielle,

• Des exigences spécifiques des bailleurs internationaux (Union Européenne, UNICEF,


AECID, etc.).

25 Sogoba, M. (2022). Analyse des pratiques financières des ONG au Mali avant le SYCEBNL. Mémoire, ISFEC Bamako.

26 UEMOA. (2018). Instruction n°001/2018/COM/UEMOA relative au SYCEBNL.


Cette diversité entraînait une multiplicité des formats comptables et une redondance des
rapports. Une même dépense pouvait être ventilée de manière différente selon le bailleur ou le
projet, rendant l’agrégation des données complexe.

De plus, l’absence d’un cadre légal imposé à toutes les EBNL au Mali favorisait des pratiques
hétérogènes entre ONG, compliquant toute tentative de comparaison sectorielle ou de
benchmarking. La non-harmonisation compliquait également la mission des commissaires aux
comptes et des auditeurs internes, qui peinaient à suivre une ligne directrice claire.27

3.2.2. Inadéquation avec les standards UEMOA

Le recours aux normes internes de l’ONG, voire au SYSCOHADA partiel, ne permettait pas à
EDUCO Mali de se conformer aux exigences de l’intégration régionale promue par l’UEMOA.
En effet :

• Le SYSCOHADA est conçu pour les entités à but lucratif. Son usage par les ONG, sans
adaptation, induisait des incohérences, notamment en matière de résultat net, de
répartition des charges, ou de suivi des subventions.

• Le cadre normatif régional de l’UEMOA prônait une normalisation comptable


adaptée aux EBNL, ce que les pratiques d’EDUCO n’intégraient pas encore à cette
époque.

Cette inadéquation posait problème vis-à-vis des autorités nationales, notamment :

• La Direction Générale du Trésor ;

• La Cellule de Suivi des ONG au Ministère de l’Administration Territoriale ;

• La Cour des comptes, dans ses travaux de vérification de l’utilisation des fonds publics
ou de coopération.

3.2.3. Manque de lisibilité pour les partenaires publics

La structure des rapports financiers d’EDUCO, bien qu’adaptée aux partenaires internationaux,
restait peu accessible pour les institutions maliennes. Les documents étaient souvent rédigés
en espagnol ou en anglais, avec des codifications internes, sans correspondance directe avec le
cadre national.

27 EDUCO. (2020). Plan de transition comptable interne vers le SYCEBNL. Rapport interne, Bamako.
Les principaux constats étaient :

• Une lecture difficile des bilans : les postes étaient libellés différemment du
SYSCOHADA ou du SYCEBNL ;

• Un suivi des fonds par projet peu intégré au budget national : les flux financiers
d’EDUCO étaient parfois invisibles dans les documents budgétaires de l’État ou des
collectivités locales ;

• Une absence d’indicateurs financiers communs utilisables dans les rapports


nationaux (ex : budget-programme, LFI).

En conséquence, la contribution réelle d’EDUCO Mali aux politiques sociales nationales était
difficile à évaluer par les décideurs publics, ce qui nuisait à la planification intégrée et au
pilotage des politiques publiques.28

3.3. Motifs de la migration vers le SYCEBNL

Face à ces limites, EDUCO Mali a progressivement intégré le SYCEBNL dans sa gestion
comptable à partir de 2020. Cette transition n’est pas le fruit du hasard, mais répond à un
ensemble de contraintes, d’opportunités et de pressions normatives.

3.3.1. Harmonisation régionale

Le premier facteur ayant motivé la migration vers le SYCEBNL est la volonté d’harmonisation
régionale. L’UEMOA a introduit ce référentiel afin :

• D’uniformiser les pratiques comptables des EBNL dans les huit pays membres ;

• De faciliter le suivi budgétaire et statistique à l’échelle régionale ;

• De professionnaliser la gestion des entités non marchandes, souvent perçues comme


opaques ou informelles.

Pour EDUCO, cette réforme a constitué une opportunité d’intégration dans l’environnement
normatif de l’UEMOA, en cohérence avec son statut d’acteur de développement reconnu. En
se conformant au SYCEBNL, l’ONG montre son adhésion aux principes de transparence, de
bonne gouvernance et de redevabilité régionale.

28 UNICEF. (2021). Exigences de reporting et de justification financière pour les partenaires d’exécution.
De plus, cette harmonisation permet de faciliter les relations inter-ONG (dans les
consortiums), ainsi que les rapports avec les autorités fiscales, financières et judiciaires du
pays hôte.

3.3.2. Pressions des bailleurs et des auditeurs

Le deuxième moteur de la réforme est lié aux pressions croissantes des bailleurs de fonds et
des auditeurs externes. Ces acteurs exigent désormais :

• Une transparence accrue dans la gestion des fonds ;

• Des états financiers normalisés, comparables entre projets et entre pays ;

• Une capacité de justification détaillée des lignes budgétaires affectées.

Les bailleurs multilatéraux (UE, UNICEF, Banque mondiale) intègrent de plus en plus dans
leurs conventions de financement une exigence de conformité comptable, parfois couplée à
des audits indépendants.

Dans les audits réalisés entre 2018 et 2020 chez EDUCO, plusieurs recommandations invitaient
l’organisation à :

• Mettre à jour son système comptable pour y intégrer les exigences UEMOA ;

• Adopter une présentation standardisée des rapports financiers ;

• Renforcer son système de comptabilité analytique et de ventilation par activité.

Le SYCEBNL, en apportant un cadre unique, facilite donc la réponse à ces attentes et réduit le
risque de contentieux ou de suspension de financement.29

3.3.3. Volonté de transparence accrue

Enfin, la décision d’EDUCO d’adopter le SYCEBNL s’inscrit dans une dynamique


institutionnelle de transparence et d’amélioration de la gouvernance. Consciente de son
rôle auprès des populations vulnérables et des partenaires publics, l’ONG cherche à :

• Renforcer la confiance de ses parties prenantes (donateurs, autorités, bénéficiaires) ;

• Améliorer la qualité de ses données financières ;

29
Union Européenne. (2020). Audit guidelines for external actions funded by the EU.
• Accroître sa crédibilité institutionnelle auprès des acteurs nationaux et régionaux.

La mise en œuvre du SYCEBNL offre à EDUCO la possibilité de :

• Rendre plus lisibles ses comptes ;

• Comparer plus objectivement ses performances d’un exercice à l’autre ;

• Réaliser un meilleur suivi budgétaire par projet, grâce à la classe 9 et aux outils
analytiques du nouveau plan de comptes.

Cette migration, bien qu’exigeante, est perçue comme une étape stratégique vers la maturité
organisationnelle, dans un contexte où la transparence est devenue un critère de financement
incontournable.30

30 Sissoko, K. (2021). Les ONG face à la réforme du référentiel comptable dans l’UEMOA. Mémoire de Master CCA, Bamako.
DEUXIEMES PARTIE : CADRE PARTIQUE
CHAPITRE 1 : Étude de cas – Application du SYCEBNL au sein de EDUCO Mali

L’adoption du SYCEBNL par les entités à but non lucratif dans l’espace UEMOA ne constitue
pas un simple changement de norme comptable. Il s’agit d’une réforme structurelle qui engage
les ONG à revoir leur système d’information financière, à former leur personnel et à réorganiser
leurs outils. Le cas d’EDUCO Mali, ONG internationale active depuis plusieurs années au
Mali, illustre les enjeux, les stratégies de transition, mais aussi les difficultés rencontrées dans
ce processus de mise en conformité.

Section 1 : Présentation de EDUCO Mali

1.1. Historique, missions et zones d’intervention

EDUCO Mali est une représentation nationale de l’ONG internationale Fundación EDUCO,
basée en Espagne. Elle s’est installée au Mali en 2016, après plusieurs années d’intervention à
travers des partenaires locaux. Reconnue par le Ministère de l’Administration Territoriale,
EDUCO Mali opère sous le statut d’ONG étrangère, avec une autorisation d’intervention sur
tout le territoire national.

Missions principales :

• Promouvoir l’éducation inclusive et de qualité pour tous les enfants, notamment les
filles et les enfants en situation de handicap ;

• Lutter contre la violence et les abus envers les enfants, en favorisant leur participation
citoyenne ;

• Améliorer les conditions de vie des communautés vulnérables, à travers des projets
d’eau, hygiène, nutrition, et développement communautaire.

Zones d’intervention :

EDUCO Mali travaille principalement dans les régions de Ségou, Mopti, Sikasso, Kayes,
Koulikoro et dans le district de Bamako. Ses actions couvrent :

• Des établissements scolaires publics et communautaires ;

• Des centres de santé communautaire ;

• Des zones rurales à forte vulnérabilité.


Ses projets sont mis en œuvre en partenariat avec des ONG locales (ex : AJA, GRADH), des
collectivités territoriales, et des services déconcentrés de l’État.

1.2 Organisation interne (organigramme, services)

L’organisation interne d’EDUCO Mali est structurée pour répondre aux exigences de gestion
de projets complexes et multi-bailleurs. L’ONG est dirigée par une Coordination Pays,
appuyée par plusieurs départements techniques et opérationnels.

1.2.1 Organigramme fonctionnel (résumé) :

• Coordonnateur Pays

o Responsable Financier et Administratif

▪ Comptables

▪ Chargés de passation de marchés

▪ Chargés des ressources humaines

o Responsable Programmes

▪ Coordinateurs de projets

▪ Chargés de suivi-évaluation

o Responsable Sécurité et Logistique

o Chargé des Partenariats et Communication

Ce schéma permet une répartition claire des responsabilités, notamment entre l’opérationnel
(mise en œuvre des projets) et le support (finances, logistique, RH), ce qui facilite l’application
du SYCEBNL.

Sections 2. Démarche de mise en conformité au SYCEBNL

La décision de mise en conformité au SYCEBNL a été prise dès 2020, à la suite d’un audit
interne et d’une directive régionale de la coordination Afrique de l’Ouest d’EDUCO. La
transition s’est faite en plusieurs étapes stratégiques, impliquant tous les niveaux de
l’organisation.
4.2.1. Étapes de transition (formation, outils, audit…)

a) Sensibilisation et formation

Dès le premier semestre 2020, EDUCO a lancé un cycle de formation interne à destination :

• Du personnel comptable et financier ;

• Des coordinateurs de projets ;

• Des responsables de suivi-évaluation et partenaires locaux.

Les modules portaient sur :

• Les principes du SYCEBNL (classe 9, ERE, ventilation analytique) ;

• Les exigences spécifiques de l’UEMOA ;

• La différence entre SYSCOHADA et SYCEBNL ;

• La mise en œuvre pratique sur les logiciels de gestion comptable.

Cette formation a été appuyée par des experts-comptables maliens et des consultants en
normalisation comptable.

b) Audit des systèmes existants

Un audit interne a été mené pour évaluer :

• L’écart entre les pratiques internes et les exigences du SYCEBNL ;

• Les insuffisances dans le plan de comptes et les écritures analytiques ;

• Les risques liés à la ventilation des charges par projet.

Le rapport d’audit a recommandé une refonte du plan comptable et la migration progressive


des écritures comptables vers un système à triple codification (nature, destination, projet).

c) Mise à niveau des outils comptables

EDUCO a mis à jour son système informatique (ERP Dynamics) pour y intégrer :

• La classe 9 pour le suivi des ressources affectées ;

• Des axes analytiques par projet, bailleur, nature de charge ;

• Des états financiers conformes au modèle SYCEBNL (ERE, TFE, etc.).


Des tableaux de suivi Excel ont été conservés pour assurer une double vérification des données.

4.2.2. Mise à jour du plan de comptes

Le plan de comptes initial utilisé par EDUCO était basé sur un référentiel interne de type "IFRS
simplifié", peu adapté au contexte EBNL.

Avec l’adoption du SYCEBNL, EDUCO a :

• Intégré la classe 9 pour le suivi analytique des projets ;

• Créé des comptes spécifiques pour :

o Les fonds affectés par projet ;

o Les engagements contractuels par bailleur ;

o Les charges spécifiques de projet (activités pédagogiques, nutrition, WASH, etc.).

Exemple :

• Compte 955.01 : Fonds UNICEF - Projet éducation Mopti

• Compte 694.10 : Charges pédagogiques – région de Ségou

• Compte 791 : Produits subvention affectée

Cette mise à jour a permis une lecture claire des ressources, une traçabilité budgétaire
accrue et une conformité aux modèles attendus par les bailleurs et l’UEMOA.

4.2.3. Production des premiers états selon le SYCEBNL

Dès l’exercice 2021, EDUCO Mali a produit ses premiers états financiers complets selon le
SYCEBNL, à destination de :

• La direction régionale de l’ONG ;

• Les partenaires financiers (UNICEF, AECID, UE) ;

• Les structures de régulation nationales (Trésor, DNGO).

Les états produits comprenaient :

• Bilan : intégrant la valorisation des immobilisations financées sur fonds affectés.

• État des ressources et des emplois (ERE) : mettant en évidence l’origine et l’utilisation
des ressources par projet.
• Tableau de flux de trésorerie (TFE) : classifiant les flux opérationnels, d’investissement
et de financement.

• État des variations des fonds propres : précisant les mouvements sur fonds affectés.

• Annexes : détaillant les hypothèses, les engagements hors bilan, et les écarts avec le budget.

Ces états ont été certifiés par un commissaire aux comptes indépendant, ce qui a renforcé la
crédibilité d’EDUCO auprès des bailleurs.

Conclusion intermédiaire

L’expérience d’EDUCO Mali illustre bien la complexité mais aussi la faisabilité de


l’implémentation du SYCEBNL dans une ONG structurée. En combinant formation, audit
interne, mise à jour des outils et collaboration étroite avec les bailleurs, EDUCO a pu
produire des états financiers conformes, lisibles, et adaptés au contexte malien et sous-régional.
Cette démarche constitue un exemple de bonne pratique pour les autres ONG en phase de
transition comptable.

4.3. Difficultés rencontrées

La mise en œuvre du SYCEBNL au sein d’EDUCO Mali, bien qu'indispensable et porteuse de


progrès, n’a pas été exempte de difficultés opérationnelles, humaines et financières. Ces
contraintes ont affecté la fluidité de la transition et révèlent les limites structurelles auxquelles
les EBNL sont confrontées dans leur processus de conformité.

4.3.1. Formation du personnel

L’un des premiers défis rencontrés a été celui de la montée en compétence du personnel
administratif et financier.

a) Hétérogénéité des profils

Le personnel comptable d’EDUCO était initialement formé au SYSCOHADA révisé, orienté


vers les entreprises à but lucratif. La bascule vers le SYCEBNL, avec ses particularités (notion
de fonds affectés, état des ressources et des emplois, classe 9), nécessitait un changement de
paradigme.

b) Manque de formateurs spécialisés


Au début de la mise en œuvre (2020–2021), les ressources humaines spécialisées dans le
SYCEBNL étaient rares au Mali, car le référentiel était encore peu maîtrisé. EDUCO a dû
recourir à :

• Des cabinets d’expertise comptable ;

• Des webinaires animés par des experts UEMOA ;

• Des formations en ligne en collaboration avec d’autres ONG.

c) Résistance au changement

Une réticence a été observée chez certains agents, peu convaincus de la pertinence d’un
nouveau référentiel, perçu comme plus complexe. Cela a ralenti l’adoption des nouvelles
pratiques comptables et a nécessité une stratégie de sensibilisation managériale.

4.3.2. Coûts d’adaptation

L’implémentation du SYCEBNL a engendré des coûts directs et indirects, difficiles à


supporter pour une ONG dont le budget dépend exclusivement des bailleurs.

a) Coûts directs

• Honoraires de consultants spécialisés pour l’audit initial et la formation ;

• Mise à jour du logiciel comptable (intégration de la classe 9, axes analytiques, génération


des états SYCEBNL) ;

• Acquisition de nouveaux supports de reporting et ajustements dans les procédures


internes.

b) Coûts indirects

• Temps de travail additionnel pour reconfigurer les projets en cours dans le nouveau
système ;

• Retards dans la production des premiers états financiers conformes, ce qui a pu affecter
temporairement les relations avec certains partenaires.

L’absence d’une aide financière ou technique publique pour accompagner cette réforme a
renforcé la charge supportée par EDUCO seule.

4.3.3. Rigidité du nouveau système


Le SYCEBNL, bien qu’adapté aux entités non lucratives, présente également une rigidité qui
peut nuire à la souplesse opérationnelle nécessaire dans les contextes humanitaires ou de
développement.

a) Rigidité des formats d'états

Les modèles d’états financiers exigés par l’UEMOA (ERE, EVFP, TFE) sont standardisés et ne
laissent que peu de place aux ajustements propres aux projets humanitaires complexes,
notamment en matière de report de financement, de dépenses imprévues ou de contributions
en nature.

b) Complexité analytique

La gestion multi-projets et multi-bailleurs, caractéristique des ONG internationales comme


EDUCO, devient difficile à gérer avec un système comptable fortement structuré, notamment
en ce qui concerne :

• La ventilation par destination (objectif social) vs nature (type de charge) ;

• Le suivi des engagements contractuels à cheval sur plusieurs exercices ;

• Les retraitements comptables imposés par certains bailleurs étrangers.

4.4. Résultats observés après mise en place

Malgré les contraintes initiales, EDUCO Mali a enregistré plusieurs résultats positifs depuis
la mise en place du SYCEBNL. Ces avancées témoignent de l'efficacité progressive du
référentiel pour les EBNL, dès lors qu'il est bien maîtrisé et adapté au contexte de
l’organisation.

4.4.1. Amélioration de la lisibilité des états

Le premier bénéfice observé est l’amélioration de la clarté et de la structure des états


financiers produits par EDUCO Mali.

• Le bilan permet désormais d’isoler les actifs et passifs liés à chaque projet ;

• L’état des ressources et des emplois (ERE) offre une vision claire de l’origine des fonds
et de leur affectation ;

• L’état des variations des fonds propres rend visible le suivi des ressources affectées, non
utilisées ou reportées.
Cette nouvelle présentation a facilité la compréhension des rapports par les partenaires
publics, les auditeurs externes, et même les responsables de terrain, souvent peu familiers des
tableaux financiers classiques.

4.4.2. Meilleure transparence vis-à-vis des partenaires

La transition vers le SYCEBNL a renforcé la confiance des bailleurs et partenaires


institutionnels, notamment grâce à :

• Une tracabilité accrue des dépenses par activité, région et ligne budgétaire ;

• Une meilleure justification des avances reçues, grâce aux ventilations analytiques ;

• Des rapports normalisés conformes aux pratiques attendues dans l’espace UEMOA.

Les audits externes menés après 2021 ont confirmé la maîtrise progressive du référentiel,
avec des réserves limitées, et des recommandations moindres par rapport aux années
précédentes.

4.4.3. Conformité aux règles UEMOA

L’un des objectifs majeurs de la réforme comptable a été atteint : EDUCO Mali est désormais
en conformité avec l’instruction n°001/2018/COM/UEMOA, ce qui lui permet de :

• Répondre aux exigences de la Direction Générale du Trésor ;

• Être éligible à des financements publics ou à des partenariats avec des agences nationales
;

• Participer aux appels à projets régionaux où la conformité au SYCEBNL est un critère de


sélection.

Cette conformité place EDUCO dans une position stratégique face à la normalisation croissante
du secteur associatif en Afrique de l’Ouest, et envoie un signal fort de professionnalisme et
d’engagement à la bonne gouvernance.

Conclusion intermédiaire

Les résultats positifs obtenus par EDUCO Mali depuis l’adoption du SYCEBNL démontrent
que, malgré les difficultés de transition, ce référentiel constitue une réelle avancée pour la
gestion des entités à but non lucratif. Il permet d’assurer la fiabilité de l’information financière,
de renforcer la transparence vis-à-vis des bailleurs, et de s’aligner sur les exigences régionales
de l’UEMOA. Le cas d’EDUCO représente ainsi un exemple de réussite progressive, mais aussi
d’appel à un accompagnement renforcé des ONG dans cette transition.

Section 2 : Analyse de l’impact du changement de référentiel comptable

Le passage d’EDUCO Mali de pratiques comptables internes et bailleur-spécifiques vers le


SYCEBNL constitue un tournant majeur dans sa gouvernance financière. Il s’agit d’une
transformation qui dépasse le seul aspect technique pour impacter profondément la qualité de
l’information produite, les dynamiques internes et la culture organisationnelle. L’analyse de cet
impact permet de tirer des leçons applicables à d’autres entités à but non lucratif (EBNL)
confrontées à la même transition.

2.1. Impact sur la qualité de l’information financière

Le changement de référentiel a entraîné une révision en profondeur des méthodes de production


de l’information financière au sein d’EDUCO. L’adoption du SYCEBNL a permis d’améliorer
les attributs fondamentaux de cette information : clarté, exhaustivité, fiabilité et conformité.

5.1.1. Clarté, exhaustivité, fiabilité des états

a) Clarté accrue des états financiers

L’introduction de l’État des Ressources et des Emplois (ERE) et de l’État des Variations des
Fonds Propres (EVFP), spécificités du SYCEBNL, a permis de rendre les comptes d’EDUCO
plus lisibles, tant pour les partenaires techniques que pour les parties internes. Ces états mettent
désormais en évidence :

• La source des fonds (bailleurs, dons, subventions) ;

• Leur affectation à des projets précis ;

• La situation des fonds non consommés ou reportés.

Ce niveau de détail était auparavant dispersé dans des documents budgétaires annexes.

b) Exhaustivité des informations

Le SYCEBNL impose la présentation intégrale des flux financiers, y compris ceux non
monétaires (apports en nature, engagements hors bilan), qui étaient auparavant omis ou
marginalisés. Cela a permis à EDUCO de :

• Valoriser les contributions non financières (dotations de matériels, bénévolat, etc.) ;


• Intégrer les engagements pluriannuels dans la vision financière.

c) Fiabilité renforcée

Grâce à l’intégration de la classe 9 (suivi analytique) et au rapprochement des données


comptables avec les objectifs des projets, l’information produite est désormais :

• Vérifiable à travers des pièces justificatives traçables ;

• Cohérente entre les rapports narratifs, financiers et budgétaires ;

• Auditable, ce qui facilite les contrôles externes.

Les commissaires aux comptes ayant audité les états financiers 2021 et 2022 ont émis des
certifications sans réserve, ce qui constitue un progrès notable comparé aux réserves techniques
émises auparavant sur la qualité de l’information produite.

5.1.2. Conformité aux attentes des parties prenantes

Le SYCEBNL a été pensé pour répondre aux attentes de plusieurs catégories d’acteurs, et
EDUCO Mali est désormais mieux outillée pour y répondre.

a) Bailleurs de fonds

Les principaux bailleurs exigent désormais :

• Une justification claire de l’utilisation des ressources ;

• Des rapports alignés sur les lignes budgétaires prévues ;

• Des outils permettant de mesurer les performances financières et opérationnelles.

Avec le SYCEBNL, EDUCO produit des états compatibles avec les formats internationaux,
mais également harmonisés régionalement, ce qui facilite les audits croisés.

b) Institutions publiques

Les services du Trésor, les juridictions financières, ou la cellule de suivi des ONG ont désormais
accès à des états :

• Standardisés, facilitant le traitement administratif ;

• Conformes à l’Instruction n°001/2018/COM/UEMOA ;

• Interprétables dans le cadre des politiques publiques locales (éducation, santé, protection).
c) Gouvernance interne

La Direction pays d’EDUCO dispose dorénavant d’outils d’aide à la décision plus précis :

• Analyse des ressources disponibles par projet ;

• Suivi des écarts budgétaires ;

• Évaluation des marges de financement ou du niveau de dépendance à tel ou tel bailleur.

5.2. Impact organisationnel et humain

Au-delà de l’information produite, le changement de référentiel a impacté l’organisation interne


d’EDUCO Mali, en particulier au niveau structurel, des compétences et des relations
fonctionnelles.

5.2.1. Réorganisation du service comptable

L’application du SYCEBNL a nécessité une révision des rôles, responsabilités et flux de travail
au sein du département financier.

a) Nouvelle structure fonctionnelle

Le service comptable a intégré de nouvelles fonctions :

• Responsable du reporting SYCEBNL ;

• Chargé de la ventilation analytique (nature/destination) ;

• Point focal classe 9 – projets/bailleurs.

Cette réorganisation a permis une clarté des tâches, un meilleur contrôle interne et une
séparation des fonctions réduisant les risques d’erreurs ou de fraudes.

b) Interactions accrues avec les opérationnels

Le service comptable travaille désormais en interaction étroite avec les chefs de projets, les
chargés de suivi-évaluation et les responsables logistiques, car la codification des opérations
nécessite :

• Une connaissance du contenu des activités ;

• Une coordination lors des décaissements ou engagements ;

• Une anticipation des rapports financiers par projet.


Cette intégration a renforcé la culture du “reporting partagé” et a cassé la logique de silos entre
technique et finances.

5.2.2. Besoins en renforcement de capacités

La mise en conformité au SYCEBNL a révélé de nouvelles exigences en compétences chez le


personnel d’EDUCO.

a) Compétences techniques nouvelles

Les agents ont dû se former sur :

• La lecture et production des états SYCEBNL ;

• L’utilisation de logiciels mis à jour (ERP avec classe 9, analytique) ;

• La norme de redevabilité attendue par l’UEMOA.

Des formations continues ont été organisées, mais la nécessité d’un plan de renforcement de
capacités pluriannuel reste présente, surtout pour les nouvelles recrues.

b) Renforcement managérial

La direction financière et la coordination pays ont dû :

• Adapter les procédures internes ;

• Intégrer le SYCEBNL dans les documents de gestion budgétaire (budget annuel,


prévisions de trésorerie, seuils de dépenses) ;

• Renforcer les outils de pilotage financier stratégique.

Enfin, le changement de référentiel a imposé à EDUCO une montée en compétence de son


personnel d’encadrement, appelé à justifier ses choix budgétaires devant les instances de
gouvernance.

Conclusion intermédiaire

L’analyse de l’impact du passage au SYCEBNL chez EDUCO Mali montre qu’il s’agit d’une
réforme structurante, qui améliore la qualité de l’information financière, professionnalise la
fonction comptable, et renforce la transparence vis-à-vis des bailleurs et de l’administration
publique. Toutefois, elle suppose une transformation organisationnelle, un investissement
humain conséquent et une révision continue des pratiques de gestion.
5.3. Impact stratégique et opérationnel

L’introduction du SYCEBNL n’a pas seulement des implications techniques ou


organisationnelles ; elle induit également des effets stratégiques et opérationnels majeurs
pour les entités à but non lucratif. Chez EDUCO Mali, cette réforme a contribué à améliorer
la gestion financière stratégique, le pilotage des projets et la gouvernance globale.

5.3.1. Meilleure allocation des ressources

Le SYCEBNL impose une ventilation par nature et par destination, ainsi que le suivi des
fonds affectés et non affectés, ce qui a permis à EDUCO Mali de mieux structurer
l’allocation de ses ressources.

a) Alignement des ressources avec les objectifs

Chaque dépense est désormais reliée à :

• Une destination précise (ex : éducation, protection de l’enfance, WASH) ;

• Une source de financement (ex : UNICEF, AECID, fonds propres).

Cela permet une affectation ciblée des ressources selon les priorités stratégiques de
l’organisation, et une meilleure anticipation des manques de financement ou des risques de
sous-exécution.

b) Amélioration de l’efficience

Les outils analytiques du SYCEBNL (classe 9, TFE, ERE) facilitent l’évaluation de la


performance financière par projet ou par zone d’intervention. L’organisation peut ainsi :

• Réaffecter rapidement des fonds non consommés ;

• Réduire les charges improductives ;

• Investir davantage dans les actions à fort impact.

Cette démarche s’inscrit dans une logique de pilotage par la performance, encore rare dans
les ONG de l’espace UEMOA.

5.3.2. Suivi budgétaire et contrôle interne renforcés


Le SYCEBNL impose un suivi régulier des flux, engagements et soldes par source de
financement. EDUCO Mali en a profité pour renforcer ses outils de contrôle interne,
notamment :

a) Suivi budgétaire intégré

Les budgets par projet sont désormais intégrés dans le système comptable, avec une
ventilation détaillée selon :

• La nature des charges (salaires, prestations, équipements) ;

• La période d’exécution ;

• Le pourcentage d’exécution budgétaire.

Ce mécanisme favorise la maîtrise des écarts budgétaires, l’ajustement en temps réel et la


production de rapports de gestion dynamiques.

b) Sécurisation des procédures

Le nouveau référentiel a nécessité une révision :

• Des circuit de validation des dépenses ;

• Des niveaux de contrôle (autorisation, imputation, engagement) ;

• Des procédures de rapprochement et de clôture comptable.

Ces ajustements ont permis de limiter les erreurs, de réduire les risques de fraude, et de
faciliter les audits internes et externes.

5.3.3. Renforcement de la crédibilité externe

Enfin, la transition vers le SYCEBNL a consolidé la crédibilité institutionnelle d’EDUCO


Mali, tant vis-à-vis des partenaires techniques que des structures étatiques.

a) Visibilité auprès des bailleurs

Le respect du SYCEBNL constitue désormais un critère d’éligibilité pour plusieurs appels à


financement. En produisant des états financiers conformes, EDUCO :

• Renforce sa compétitivité ;

• Rassure ses donateurs sur la transparence de sa gestion ;


• Peut accéder à des financements multi-annuels ou stratégiques.

b) Positionnement dans les cadres nationaux

La conformité aux règles UEMOA permet également à l’organisation d’être mieux intégrée
dans les dispositifs de coordination nationale, notamment :

• Le budget programme de l’État ;

• Les stratégies régionales ou locales (éducation, santé, protection sociale) ;

• Les consultations inter-ONG et les plateformes de redevabilité.

Ainsi, le SYCEBNL constitue un levier de légitimation institutionnelle, essentiel dans un


environnement de plus en plus exigeant.

5.4. Limites et pistes d’amélioration du SYCEBNL

Malgré ses apports indéniables, le SYCEBNL présente encore des limites pratiques,
particulièrement dans le contexte des EBNL comme EDUCO, qui opèrent avec des ressources
limitées, sur des territoires complexes, et avec des bailleurs aux exigences diverses. Il apparaît
donc nécessaire d’envisager des pistes d’adaptation ou de renforcement.

5.4.1. Manque d’outils digitaux adaptés

Le SYCEBNL, tel que conçu par l’UEMOA, n’intègre pas de solutions logicielles
standardisées, ce qui crée des disparités dans sa mise en œuvre.

a) Logiciels inadaptés ou trop coûteux

Les ONG comme EDUCO doivent souvent :

• Adapter leur ERP (Dynamics, Sage, QuickBooks) à grands frais ;

• Créer des outils de suivi sous Excel, avec un risque d’erreurs élevé ;

• Supporter seules les coûts de développement logiciel.

L’absence d’un logiciel libre ou agréé par l’UEMOA ralentit l’appropriation par les petites
structures, ou par les ONG locales aux moyens limités.

b) Manque d’interopérabilité

Le SYCEBNL n’offre pas de solution d’intégration automatique avec :


• Les systèmes de suivi-évaluation (MEAL) ;

• Les plateformes de bailleurs (UNICEF eTools, UE OPSYS, etc.).

Cela entraîne une double saisie et une perte de temps considérable, nuisible à la performance
opérationnelle.

5.4.2. Besoin d’une adaptation progressive

L’application uniforme du SYCEBNL ne tient pas toujours compte :

• De la taille des ONG ;

• De leur degré de structuration comptable ;

• Des zones d’intervention difficiles (conflit, faiblesse d’infrastructure, personnel limité).

Une application par paliers serait souhaitable :

• Introduction progressive des exigences (ex : ERE et bilan d’abord, TFE et EVFP ensuite)
;

• Allègements pour les petites ONG (modèles simplifiés, reporting trimestriel, etc.) ;

• Accompagnement technique par des corps nationaux de comptabilité ou des réseaux


d’ONG.

5.4.3. Développement de guides pratiques pour ONG

Les documents disponibles sur le SYCEBNL sont souvent théoriques, juridico-techniques, et


peu adaptés à la réalité des ONG de terrain.

Il est urgent de développer :

• Des guides pratiques d’application par type d’entité (ONG nationale, ONG
internationale, association locale) ;

• Des manuels d’utilisation du plan de comptes SYCEBNL, avec des cas concrets ;

• Des modules de formation en ligne gratuits, certifiés par l’UEMOA ou les Conseils
nationaux de la comptabilité.

L’objectif serait de créer une culture comptable partagée, plus inclusive, et mieux adaptée
aux spécificités du secteur associatif.
Conclusion intermédiaire

Le changement de référentiel comptable constitue pour EDUCO Mali une avancée stratégique
majeure, en termes de gestion, de transparence et de positionnement institutionnel. Toutefois,
pour que le SYCEBNL puisse être un véritable levier de gouvernance pour l’ensemble des
EBNL, il convient d’en corriger certaines rigidités, de renforcer l’accompagnement
technique, et de rendre les outils plus accessibles. Ce chantier, encore ouvert, est un défi
collectif à relever dans toute l’UEMOA.
CHAPITRE 2 : CONCLUSION GÉNÉRALE ET SUGGESTIONS

2.1. Synthèse générale des résultats

Ce mémoire a permis d’explorer en profondeur les implications du passage d’un référentiel


comptable interne ou hétérogène vers le Système Comptable des Entités à But Non Lucratif
(SYCEBNL), récemment instauré dans l’espace UEMOA. L’étude de cas centrée sur EDUCO
Mali, une ONG internationale bien implantée, a mis en lumière les conséquences pratiques,
techniques et stratégiques d’une telle transition.

Les résultats obtenus montrent que le SYCEBNL constitue une avancée notable pour :

• Améliorer la qualité et la transparence de l’information financière ;

• Renforcer la redevabilité des EBNL vis-à-vis des bailleurs, de l’État et du public ;

• Professionnaliser la gestion interne, notamment à travers une comptabilité analytique


exigeante et un contrôle budgétaire renforcé.

Cependant, la réforme s’est aussi accompagnée de contraintes importantes, notamment en


matière de formation, de rigidité des formats, de coût de mise en conformité, et de manque
d’outils digitaux adaptés. Ces limites appellent à un accompagnement renforcé des ONG et à
une amélioration continue du cadre normatif.

6.2. Réponses à la problématique et aux objectifs

Le présent mémoire s’est construit autour d’une problématique centrale :


Quels sont les effets du passage d’un référentiel comptable standard au SYCEBNL sur la
gestion financière, comptable et organisationnelle des entités à but non lucratif, et
comment ces effets se manifestent concrètement dans le cas d’EDUCO Mali ?

Cette problématique s’inscrit dans un contexte marqué par :

• La volonté de l’UEMOA d’harmoniser les pratiques comptables des EBNL par le biais du
SYCEBNL (Instruction n°001/2018/COM/UEMOA) ;

• La pression croissante des bailleurs de fonds sur les ONG pour une transparence renforcée
;

• Les lacunes observées dans les pratiques comptables hétérogènes jusque-là utilisées,
souvent peu normées et difficilement comparables.
Objectif principal atteint :

L’objectif principal consistait à analyser les impacts multiformes du changement de


référentiel comptable sur une ONG spécifique. À travers l’étude du cas EDUCO Mali, cette
finalité a été pleinement atteinte. L’analyse a mis en lumière :

• L’efficacité technique du SYCEBNL en matière de structuration de l’information


comptable ;

• Son effet transformateur sur les pratiques internes, les relations avec les partenaires
financiers, et le contrôle budgétaire ;

• Les difficultés pratiques et organisationnelles rencontrées au cours de la migration.

Objectifs spécifiques vérifiés :

1. Comprendre les fondements, la structure et les objectifs du SYCEBNL

La présentation approfondie du SYCEBNL a permis d’en cerner les piliers essentiels :


normalisation comptable, redevabilité, ventilation des ressources, production d’états financiers
adaptés aux EBNL. Son champ d’application et ses spécificités par rapport au
SYSCOHADA ont été détaillés.

2. Comparer le référentiel SYCEBNL au système antérieur utilisé par EDUCO

L’étude du référentiel pré-SYCEBNL (internes + exigences bailleurs) a révélé une absence


d’unité dans les formats, des pratiques disparates et une faible lisibilité des états. À
l’inverse, le SYCEBNL a imposé des règles rigoureuses favorisant l’uniformisation régionale,
la traçabilité et l’analyse comparative des ONG.

3. Évaluer les effets organisationnels, humains et financiers du changement de référentiel

Cette évaluation a permis de montrer :

• Un réagencement des fonctions comptables et budgétaires au sein d’EDUCO ;

• Des investissements importants en formation et en outils ;

• Une montée en compétences progressive du personnel ;

• Une amélioration de la qualité des états financiers et des relations avec les bailleurs.

4. Formuler des recommandations pour une mise en œuvre plus efficace du SYCEBNL
En fin de mémoire, des recommandations ont été proposées à l’attention :

• Des ONG comme EDUCO (formation, outils, gestion du changement) ;

• De l’UEMOA (guides pratiques, logiciel dédié, accompagnement différencié) ;

• Des bailleurs (harmonisation des exigences, financements dédiés) ;

• De l’État (intégration des ONG dans les stratégies nationales, renforcement des contrôles).

Conclusion du point

En somme, l’étude a pleinement répondu à la problématique posée en montrant que le


SYCEBNL, malgré ses exigences techniques, constitue un instrument structurant et
transformateur pour les ONG, en particulier celles qui disposent d’une volonté de
professionnalisation. L’expérience d’EDUCO Mali montre que les bénéfices de la réforme sont
réels, à condition qu’elle soit adaptée au contexte local, soutenue techniquement et intégrée
à une stratégie organisationnelle claire.

6.3. Validation des hypothèses

L’étude menée autour de la migration d’EDUCO Mali vers le SYCEBNL avait pour objectif de
vérifier un certain nombre d’hypothèses formulées en introduction. À travers l’analyse
documentaire, les entretiens avec les responsables financiers de l’ONG, l’exploitation des états
financiers pré- et post-SYCEBNL, ainsi que la revue de la littérature normative et scientifique,
les trois hypothèses posées ont pu être confirmées, avec des nuances spécifiques.

6.3.1. Hypothèse 1 : Le SYCEBNL améliore la lisibilité et la fiabilité des états financiers


des EBNL

L’hypothèse selon laquelle le nouveau référentiel comptable SYCEBNL permet d’améliorer la


lisibilité, la clarté et la fiabilité des états financiers s’est avérée juste dans le cas d’EDUCO
Mali.

D’une part, les nouveaux états requis – notamment l’État des Ressources et des Emplois
(ERE), l’État des Variations des Fonds Propres (EVFP) et le Tableau des Flux de
Trésorerie (TFE) – ont permis de structurer les informations financières de manière
standardisée, facilitant ainsi leur compréhension par les partenaires financiers et institutionnels.
D’autre part, la ventilation des charges et produits par nature et par destination a offert une
visibilité accrue sur les flux de fonds affectés à chaque projet ou bailleur. Le recours à la classe
9 analytique a permis à EDUCO de produire une information :

• Plus détaillée,

• Vérifiable par des pièces justificatives traçables,

• Et alignée avec les budgets des bailleurs.

Enfin, les audits financiers réalisés depuis l’application du SYCEBNL ont montré une
réduction des réserves émises par les commissaires aux comptes, ce qui témoigne d’une
meilleure fiabilité des données.

Hypothèse validée.

6.3.2. Hypothèse 2 : Le changement de référentiel impacte l’organisation interne des ONG

Le passage au SYCEBNL a bel et bien nécessité une réorganisation interne chez EDUCO
Mali, confirmant la deuxième hypothèse.

Le service financier a été restructuré pour inclure de nouveaux postes, notamment des
référents SYCEBNL, responsables du reporting par projet, de la ventilation analytique, et de
la production des nouveaux états. Le plan de comptes a été mis à jour, des manuels de
procédures ont été révisés, et des protocoles de validation budgétaire ont été instaurés.

En parallèle, cette réforme a induit :

• Une plus grande collaboration entre les équipes comptables et opérationnelles (suivi-
évaluation, logistique, coordination) ;

• Des besoins accrus de formation, car le personnel n’était pas initialement familier avec
les exigences techniques du nouveau référentiel ;

• Une adaptation des outils informatiques, avec un paramétrage spécifique du logiciel


comptable et de nouveaux tableaux de bord pour le pilotage des projets.

Ce bouleversement organisationnel, bien que contraignant à court terme, a contribué à


professionnaliser la gestion financière de l’organisation et à renforcer les mécanismes de
contrôle interne.

Hypothèse validée.
6.3.3. Hypothèse 3 : La migration vers le SYCEBNL présente des contraintes pratiques et
nécessite un accompagnement technique

Cette troisième hypothèse a également été vérifiée, tant sur le plan opérationnel que stratégique.

La migration vers le SYCEBNL a entraîné plusieurs contraintes identifiées lors de l’étude de


cas :

• Coûts élevés liés à la formation du personnel, à l’adaptation des logiciels, et à l’assistance


technique externe ;

• Rigidité du référentiel dans certains formats d’états ou de comptes, peu adaptés à certaines
réalités locales ;

• Manque de guides pratiques, rendant la mise en œuvre difficile pour les ONG qui ne
bénéficient pas d’une forte capacité financière ou technique ;

• Absence d’un logiciel comptable dédié, obligeant EDUCO à développer ses propres outils
ou à adapter des solutions généralistes (ex. Sage, QuickBooks).

En outre, l’absence d’appui structuré des autorités de régulation (CNC, UEMOA) pour
accompagner la transition a contribué à une mise en œuvre inégale entre les ONG de la place.
Seules celles bénéficiant d’un encadrement professionnel ont pu respecter les délais et
exigences de conformité.

Ces contraintes montrent la nécessité d’un accompagnement progressif, méthodologique et


technique à l’échelle nationale et régionale.

Hypothèse validée avec précision.

Conclusion sur les validations

Toutes les hypothèses posées en introduction ont été validées à la lumière des données
collectées et de l’expérience vécue par EDUCO Mali. Cela conforte la robustesse de la
problématique posée, tout en soulignant les enjeux pratiques d’une réforme comptable dans le
secteur non lucratif. La pertinence du SYCEBNL en tant qu’outil d’amélioration de la
gouvernance est donc avérée, à condition qu’il soit accompagné de mécanismes d’appui,
d’outils adaptés et de formations ciblées.

6.4. Limites de l’étude

Malgré ses apports, l’étude présente plusieurs limites méthodologiques et contextuelles :


• Elle repose sur une étude de cas unique, EDUCO Mali, dont les ressources sont supérieures
à la moyenne des ONG nationales.

• Le recul temporel sur l’application du SYCEBNL reste limité (moins de 5 ans), ce qui ne
permet pas une évaluation complète des effets à long terme.

• Les données collectées sont en partie internes et non publiées, rendant la reproductibilité
de l’analyse plus difficile pour d’autres chercheurs.

6.5. Suggestions et recommandations

Afin d’optimiser l’impact du SYCEBNL et de faciliter son adoption, les recommandations


suivantes sont formulées :

6.5.1. À l’endroit de EDUCO Mali

• Mettre en place un plan de formation continue pour l’ensemble du personnel concerné ;

• Renforcer l’intégration entre système comptable, budgétaire et MEAL (suivi-


évaluation) ;

• Capitaliser l’expérience acquise en publiant des bonnes pratiques de mise en œuvre du


SYCEBNL.

6.5.2. À l’endroit de l’UEMOA et des régulateurs

• Élaborer des guides simplifiés par type d’organisation (petites associations, grandes
ONG, structures hybrides) ;

• Développer un logiciel open source de comptabilité SYCEBNL interopérable avec les


plateformes des bailleurs ;

• Mettre en place des missions d’accompagnement technique dans chaque État membre,
via les Conseils Nationaux de la Comptabilité (CNC).

6.5.3. À l’attention des bailleurs de fonds

• Harmoniser les formats de reporting financier avec ceux du SYCEBNL pour réduire la
charge de double reporting ;

• Financer des composantes de renforcement comptable dans tous les projets ;


• Intégrer des critères de conformité SYCEBNL dans les appels à projets, sans en faire une
barrière aux petites structures.

6.5.4. À l’endroit de l’État malien

• Renforcer les capacités d’évaluation des ONG au niveau des services du Trésor et du
ministère des Finances ;

• Intégrer les ONG conformes dans les programmes nationaux de financement


décentralisé ;

• Appuyer la formation universitaire au SYCEBNL dans les écoles de gestion et de


comptabilité.

6.6. Perspectives futures

L’avenir du SYCEBNL repose sur sa capacité d’adaptation et d’innovation. Plusieurs pistes


émergent :

• La numérisation intégrale de la chaîne comptable, à travers des solutions régionales


interopérables ;

• L’harmonisation partielle avec les normes internationales (ex. IPSAS pour le secteur
public ou normes INGO/IFAC pour les ONG internationales) ;

• La création d’un label ou d’un score de transparence comptable, valorisant les entités les
plus rigoureuses ;

• Le développement de formations certifiantes régionales pour auditeurs et comptables


ONG spécialisés en SYCEBNL.

Mot de clôture

En définitive, le SYCEBNL représente bien plus qu’un changement technique : il incarne une
volonté politique et éthique de faire des entités à but non lucratif des acteurs responsables,
professionnels et redevables. Le défi n’est pas seulement comptable : il est aussi
organisationnel, culturel et stratégique. L’expérience de EDUCO Mali montre que, malgré les
contraintes, cette réforme est non seulement possible, mais bénéfique pour l’ensemble de
l’écosystème des ONG.
Conclusion Générale

La présente étude s’est intéressée à l’impact du changement de référentiel comptable, du


système standard antérieur vers le SYCEBNL, dans le cadre des organisations à but non lucratif
opérant dans l’espace UEMOA, avec un accent particulier sur le cas d’EDUCO Mali. L’analyse
menée a permis de démontrer que l’adoption du SYCEBNL constitue une avancée majeure dans
la structuration, la fiabilisation et la lisibilité de l’information financière des entités à but non
lucratif. Cette réforme répond à une volonté d’harmonisation régionale, de renforcement de la
redevabilité et de professionnalisation de la gestion financière du secteur non marchand.

Les résultats obtenus au cours de cette recherche indiquent que l’introduction du SYCEBNL a
permis à EDUCO Mali d’améliorer sensiblement la qualité de ses états financiers. Les
documents tels que l’État des Ressources et des Emplois, le Tableau des Flux de Trésorerie ou
encore l’État des Variations des Fonds Propres ont apporté une plus grande transparence et une
meilleure traçabilité des opérations. La ventilation des charges et produits par nature et par
destination a contribué à une meilleure compréhension des projets financés et des ressources
mobilisées, tout en répondant plus efficacement aux attentes des partenaires techniques et
financiers.

Ce changement n’a toutefois pas été sans conséquences sur le fonctionnement interne de
l’organisation. La transition vers le SYCEBNL a nécessité une réorganisation des équipes, la
mise à jour des outils de gestion, et une adaptation des procédures comptables. Le service
comptable a dû intégrer de nouveaux rôles et responsabilités, le personnel a été formé, et des
mécanismes de contrôle interne renforcés ont été instaurés. Malgré ces efforts, certaines
difficultés ont été observées, notamment le coût élevé de la migration, l’insuffisance d’outils
numériques adaptés, et la complexité de certains formats imposés par le référentiel.

La problématique de départ, qui consistait à analyser les effets du passage du référentiel


standard vers le SYCEBNL sur la gestion comptable et financière d’une ONG, a ainsi trouvé
une réponse satisfaisante. L’étude a démontré que cette mutation comptable, bien que
contraignante dans sa mise en œuvre, représente un levier d’amélioration des pratiques
financières, de renforcement de la confiance des bailleurs, et d’alignement avec les exigences
réglementaires communautaires.

Les hypothèses formulées en amont ont également été validées. D’abord, le SYCEBNL
améliore effectivement la lisibilité et la fiabilité des états financiers produits. Ensuite, la mise
en œuvre du nouveau référentiel a engendré des modifications organisationnelles notables.
Enfin, la transition vers ce référentiel a été confrontée à des défis pratiques qui confirment la
nécessité d’un accompagnement technique adapté pour les structures concernées.

Comme toute étude, ce travail présente des limites. Il repose sur une seule étude de cas, ce qui
restreint la généralisation des résultats. Par ailleurs, l’analyse s’inscrit dans une période de mise
en œuvre encore récente, ne permettant pas d’évaluer l’impact à long terme de la réforme. Le
caractère partiellement confidentiel de certaines données internes constitue également une
contrainte qui a limité l’étendue de l’investigation.

À la lumière de ces constats, plusieurs recommandations peuvent être formulées. EDUCO Mali
gagnerait à poursuivre ses efforts de formation continue, à automatiser davantage ses processus
comptables et à capitaliser sur son expérience pour accompagner d’autres ONG dans la mise en
œuvre du SYCEBNL. L’UEMOA et les autorités de normalisation devraient quant à elles
envisager la mise à disposition d’un logiciel libre adapté, l’élaboration de guides pratiques
simplifiés, ainsi qu’un dispositif de formation régionale pour les professionnels du secteur. Les
bailleurs de fonds sont invités à harmoniser leurs formats de reporting avec ceux du SYCEBNL
et à financer les coûts de mise en conformité des ONG dans leurs budgets. Enfin, l’État malien
devrait intégrer les ONG conformes dans les mécanismes de financement public, renforcer les
capacités de suivi des services de l’administration, et soutenir l’enseignement du SYCEBNL
dans les établissements de formation supérieure.

Au-delà de ces recommandations, des perspectives futures s’imposent. La numérisation


complète de la chaîne comptable des ONG, l’harmonisation du SYCEBNL avec les normes
internationales telles que les IPSAS, et la mise en place d’un label de conformité financière
pour les EBNL sont autant de pistes à explorer. La création de certifications professionnelles
régionales en comptabilité des ONG viendrait également renforcer la qualité des ressources
humaines et l’efficacité de la réforme.

En définitive, cette étude a permis de mettre en lumière les enjeux comptables, organisationnels
et stratégiques liés à l’adoption du SYCEBNL. Le cas d’EDUCO Mali illustre à la fois les
apports indéniables de ce référentiel et les efforts nécessaires à son appropriation. Le
SYCEBNL, bien qu’exigeant, apparaît comme un levier de transformation durable, à condition
d’être accompagné d’un écosystème d’appui solide, inclusif et évolutif.

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