MINISTERE DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR, DE LA BURKINA FASO
RECHERCHE ET DE L’INNOVATION ---------
---------------------------------- La patrie ou la mort, nous vaincrons !
INSTITUT AFRICAIN DE SANTE PUBLIQUE (IASP)
Adresse : Saaba, Campus de Gampéla
12 BP 199 OUAGADOUGOU 12
Tel: (226) 25 40 26 78
Site Web: www.iasp-bf.org
E-mail:
[email protected] Master en Santé publique
Cohorte 3, options en ligne
Travaux de groupe
Cours de Participation communautaire
Membres du groupe : MAIGA Mossi Abdoulaye
TRAORE Catherine
NAPON Abdoulaye
Août 2024
INTRODUCTION
La santé communautaire constitue un pilier essentiel des systèmes de santé dans
les pays à faible revenu. L'Organisation Mondiale de la Santé définit la santé
communautaire comme "l'art et la science de prévenir la maladie, de prolonger la vie
et d'améliorer la santé et la vitalité mentale et physique des individus par le moyen
d'une action collective organisée" (OMS, 1988).
Le diagnostic communautaire représente la pierre angulaire de toute intervention
sanitaire efficace au niveau local. C’est un processus systématique et participatif qui
vise à identifier, analyser et hiérarchiser les problèmes de santé d'une communauté
donnée, tout en mobilisant ses ressources endogènes pour y apporter des solutions
durables. Cette approche est en droite ligne avec les recommandations de la
Conférence d'Alma-Ata (1978) qui prônait l'implication active des communautés dans
la gestion de leur santé.
Notre étude de cas présentée illustre parfaitement cette démarche à travers l'analyse
d'une enquête menée par des étudiants en médecine dans un village rural du Kenya,
situé à 4 kilomètres d'un hôpital confessionnel souhaitant étendre son programme
sanitaire. Cette communauté de 127 ménages (649 habitants) présente les
caractéristiques typiques des zones rurales d'Afrique subsaharienne : économie de
subsistance basée sur l'agriculture, structures sociales traditionnelles, et accès limité
aux services de santé modernes.
Au cours de notre travail nous analyserons d’abord les données du diagnostic
communautaire pour identifier les problèmes prioritaires, ensuite nous
développerons une approche méthodologique de priorisation participative et enfin
nous élaborerons un plan d'action opérationnel qui respecte les principes de la santé
communautaire que sont la participation, l'équité, l'intersectorialité etc.
L'enjeu de cette démarche purement académique essaiera de démontrer comment
une approche de diagnostic communautaire peut conduire à des interventions
sanitaires efficaces, appropriées et durables, contribuant ainsi à la réduction des
inégalités de santé.
I. Les principaux problèmes de santé identifiés
1. Malnutrition infantile
Au regard des données du tableau IV, on peut noter une situation nutritionnelle
préoccupante car seulement 51% des enfants de moins de 5 ans sont bien nourris,
41% sont sous-nourris (60%<Poids<80% sans œdème) et 8% présentent une
malnutrition sévère (kwashiorkor et marasme). Cette situation s'aggrave
particulièrement après 12 mois, avec seulement 33% d'enfants bien nourris dans la
tranche 12-23 mois, ce qui coïncide avec l'introduction d'une alimentation de
complément inadéquate.
2. Pratiques alimentaires inadéquates chez le nourrisson
Les résultats des tableaux V et VI montrent des pratiques problématiques à savoir
Introduction précoce d'aliments avec 72% des enfants reçoivent des aliments autres
que le lait maternel avant 6 mois et aussi un sevrage précoce soit 31% des enfants
avant 24 mois
3. Mortalité infantile élevée
Le taux de mortalité infantile est de 162,2 pour 1000 dépasse significativement les
standards internationaux acceptables de l’OMS en Afrique subsaharienne qui est de
<35 pour 1000
4. Paludisme
Bien que la prévalence parasitaire soit relativement faible (8,6%), l'endémicité du
paludisme (4% de splénomégalie) reste un problème de santé publique,
particulièrement chez les enfants.
5. Anémie chez les enfants
Au total, 16,5% des enfants de moins de 5 ans présentent une anémie (Hb < 11g
%), probablement lie au paludisme, a la malnutrition et aux carences alimentaires.
6. Assainissement insuffisant
Selon les résultats du tableau IX, on relève des conditions d'hygiène préoccupantes.
En effet, 75,6% des ménages n'ont pas de latrines, seulement 8,7% disposent de
latrines dans des conditions acceptables. Cette situation favorise les maladies liées
au péril fécal telles que les maladies diarrhéiques, les parasitoses…
7. Accès limité à l'eau potable
Il faut noter à ce niveau que 60% des ménages consomment moins de 10 litres
d'eau par personne/jour. 57,4% des ménages parcourent plus de 0,5 km pour l'eau.
Aussi l’approvisionnement en eau se fait dans des sources d’eau sont non protégées
(ruisseaux, fleuves).
8. Faible couverture des services de santé
Les résultats des tableaux XII, XIII et XIV montrent que 24,9% des femmes sont sans
soins prénatals, et 70,8% des accouchements se passent à domicile. On note
également une couverture vaccinale insuffisante. Les taux de couverture des vaccins
contre la rougeole et la poliomyélite sont respectivement de 27,2% et 40%.
9. Habitat précaire
Les résultats de l’enquête révèlent que 90,3% des habitations sont en matériaux
temporaires, ce qui expose aux risques sanitaires et aux effets des changements
climatiques tout en limitant les possibilités d'amélioration de l'hygiène domestique.
II. Critères de priorisation des problèmes de santé
communautaire
A. Critères épidémiologiques (Ampleur et gravité)
o Fréquence/Prévalence
o Gravité des conséquences
o Tendance évolutive
B. Critères sociaux et communautaires
o Perception communautaire
Degré de préoccupation de la communauté
Reconnaissance sociale du problème
Motivation pour l'action collective
o Groupes vulnérables affectés
Impact sur enfants, femmes enceintes, personnes âgées
Équité et justice sociale
Exemple : Malnutrition touchant prioritairement les 0-5 ans
o Répercussions socio-économiques
Coût pour les familles
Impact sur la productivité
Conséquences sur le développement communautaire
C. Critères de faisabilité
o Complexité technique
Simplicité des solutions
Technologies appropriées disponibles
Niveau d'expertise requis
o Acceptabilité culturelle
Compatibilité avec les pratiques traditionnelles
Absence de résistances culturelles majeures
Possibilité d'intégration harmonieuse
D. Critères stratégiques
o Potentiel d'impact
Effet levier sur d'autres problèmes
Possibilité d'amélioration rapide (Amélioration de
l'assainissement → réduction diarrhées → amélioration état
nutritionnel)
o Durabilité
Capacité de maintien à long terme
Appropriation communautaire possible
Pérennité des financements
o Synergies intersectorielles
Liens avec d'autres secteurs (éducation, agriculture, eau)
Opportunités de collaboration
Au terme de l’identification des critères, la communauté doit valider non
seulement ces critères mais aussi donner des cotations en vue de la
priorisation des problèmes identifiés. Par conséquent, nous proposons les
méthodes d'application pratique suivantes :
Étape 1 : Présentation participative
Exposer les problèmes identifiés de manière accessible
Utiliser des supports visuels adaptés au niveau d'alphabétisation
Étape 2 : Validation communautaire
Vérifier si la communauté reconnaît ces problèmes
Identifier d'éventuels problèmes non détectés par l'enquête
Étape 3 : Cotation participative
Attribuer une note de 1 à 5 pour chaque critère
Utiliser des méthodes visuelles (pierres, bâtons, votes)
Favoriser le consensus plutôt que la majorité simple
Étape 4 : Calcul du score de priorité
Score total = Σ (Note critère × Poids du critère)
Pondération suggérée :
Critères épidémiologiques : 40%
Critères sociaux : 25%
Critères de faisabilité : 25%
Critères stratégiques : 10%
Tableau I : Matrice de priorisation (Notes sur 5)
Critères Poids Malnutrition infantile Assainissement Couverture vaccinale
A. Critères épidémiologiques (40%)
Fréquence/Prévalence 15% 5 (49% enfants) 4 (75,6% ménages) 3 (72,8% non vaccinés)
Gravité 15% 5 (mortalité infantile 162‰) 3 (morbidité indirecte) 4 (risque épidémies)
Tendance 10% 4 (détérioration 12-24 mois) 3 (stable) 3 (stable)
B. Critères sociaux (25%)
5 (enfants visiblement
Perception communautaire 10% 3 (habitude établie) 2 (bénéfices non visibles)
affectés)
Groupes vulnérables 10% 5 (enfants 0-5 ans) 4 (femmes/enfants) 5 (enfants)
Impact socio-économique 5% 5 (productivité future) 3 (coûts maladie) 2 (coût opportunité)
C. Critères faisabilité (25%)
Ressources disponibles 10% 3 (nécessite expertise) 4 (matériaux locaux) 2 (vaccins externes)
Complexité technique 8% 3 (multifactoriel) 4 (technologies simples) 2 (chaîne du froid)
Acceptabilité culturelle 7% 4 (pratiques à modifier) 5 (amélioration évidente) 3 (réticences possibles)
D. Critères stratégiques (10%)
Potentiel d'impact 5% 5 (effet multiplicateur) 4 (prévention maladies) 3 (prévention ciblée)
Durabilité 3% 4 (éducation pérenne) 5 (infrastructure durable) 2 (dépendance externe)
5 (nutrition-agriculture-
Synergies 2% 4 (eau-hygiène-habitat) 2 (secteur santé seul)
éducation)