Risques de
blanchiment de
capitaux
Secteur des jeux
Janvier 2024
RATSIMBA HERIVELO Miharijao
RAZAFINDRAINONY Vololomihanta Fernande
TABLE DES MATIERES
Liste des abréviations p.3
Liste des tableaux p.3
Résumé analytique p.4
Introduction p.6
Cadre général de l’étude p.7
Portée et objectif de l’étude
Méthodologie et limites de l’étude
Description du secteur à Madagascar p.8
Cadre juridique
Structure du secteur
Mesures de prévention et de contrôle existantes p.10
Les risques de BC pour les casinos p.13
Menaces de BC
Vulnérabilités au BC
Les recommandations p.18
Les signaux d’alerte p.20
PAGE 2
LISTE DES ABREVIATIONS
BC Blanchiment de capitaux
LBC/FT Lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du
terrorisme
SCCJ Service Central des Courses et Jeux
DOS Déclaration d’opération suspecte
LISTE DES TABLEAUX
Tableau 1 : Nombre total de machines à sous et de roulettes p.9
électroniques exploitées dans les établissements de jeux dans les
provinces et grandes villes de Madagascar
Tableau 2 : Nombre actuel de casinos en activité p.9
Tableau 3 : Résultats des contrôles effectués par le SCCJ p.12
PAGE 3
RESUME ANALYTIQUE
Les jeux de hasard se sont développés au fil des années à Madagascar,
particulièrement les machines à sous. Le secteur des jeux est pourtant vulnérable
aux abus à des fins de blanchiment de fonds illicites suivant les
résultats de l’évaluation nationale des risques de blanchiment
de capitaux et de financement du terrorisme.
Une étude approfondie des forces et faiblesses du secteur est
lancée au niveau du SAMIFIN pour établir un état des lieux des
mesures de LBC/FT en place, afin d’identifier par la suite les
actions à entreprendre pour disposer d’un système de
prévention et de supervision efficace en matière de LBC/FT
pour le secteur des jeux.
Le contrôle des activités de jeux de hasard, y compris les
casinos, est assuré par le SCCJ, un des
huit services centraux rattachés à la
Direction des Renseignements et du
Contrôle de l’Immigration et l’Emigration,
au sein de la Police Nationale. Les mesures de contrôle
existantes se focalisent sur la surveillance des opérations
des casinos, vérifications de la "bonne moralité" des
propriétaires et des membres du personnel des casinos. La
gestion proactive des risques de BC n’est pas encore
effective.
Les menaces de BC résident dans la possibilité d’injection
de fonds importants et de leur conversion en instrument
financier légal, ainsi que le garanti de l’anonymat selon la
volonté des joueurs. Face à ces menaces les éléments de vulnérabilité sont
multiples notamment :
- les lacunes du cadre juridiques qui sont devenus obsolètes puisqu’aucune
mise à jour n’a été opérée malgré l’évolution des modes de divertissements
(mes jeux en ligne par exemple) ;
- l’absence de supervision LBC/FT pour le secteur et le manque de formation
des membres du personnel des maisons de jeux ;
- les limites des moyens de contrôle et de surveillance et la non-effectivité
de la coopération entre les autorités concernées.
PAGE 4
Les mesures primordiales pour faire face à ces risques portent sur :
- la mise à jour des instruments juridiques en alignement aux nouvelles
pratiques de jeux, menaces et technologies émergentes, non couvertes
par la loi existante ;
- la mise en œuvre d’une supervision LBC/FT basée sur les risques qui implique
le renforcement de capacité des autorités de supervision identifiées et des
opérateurs du secteur ;
- la promotion de la coopération inter-agence en matière de prévention de
l’abus des jeux de hasard à des fins de blanchiment.
Les jeux de hasard sont essentiellement des divertissements et la première
motivation des clients devrait être le plaisir du jeu. L’industrie des jeux en soi ne
représente pas une source de produits de crime mais se trouve plutôt être un
moyen de conversion des fonds illicites dans le processus de BC. Les actions à
entreprendre visent ainsi à protéger le secteur et ses opérateurs contre les
individus malveillants. L’engagement conjugué de tous les acteurs aussi bien du
secteur public que du secteur privé est primordial pour garantir l’efficacité de ces
mesures.
PAGE 5
INTRODUCTION
La circulation d’espèces et le recours à des chaînes
de transactions complexes sont les aubaines pour les
criminels en quête de moyens de dissimulation de
l’origine illicite de leurs fonds.
Les jeux de hasard sont particulièrement vulnérables
du fait qu’ils garantissent aux joueurs l’anonymat et
l’occasion de mettre en jeu rapidement
d’importantes sommes d’argent. Pour préserver ce
secteur des abus ainsi décrits, des mesures devraient
être mises en place pour le suivi des flux financiers
circulant dans ces activités.
La compréhension des risques de blanchiment de
capitaux au niveau des maisons de jeux est
primordiale pour permettre aux autorités
compétentes et parties prenantes concernées
d’identifier les actions à déployer pour la protection
du secteur.
Le présent rapport entend ainsi fournir les éléments
principaux des risques de blanchiment de capitaux
(BC) pour les maisons de jeux à Madagascar, et
orienter les mesures d’atténuation adéquates.
PAGE 6
CADRE GENERAL DE L’ETUDE
Portée et objectif de l’étude
Face aux lacunes en matière de contrôle lié à la lutte contre le blanchiment de
capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT) au niveau des maisons de jeu
à Madagascar, identifiées lors de l’évaluation nationale des risques de BC/FT,
l’étude sur les forces et les faiblesses du secteur est lancée au niveau du SAMIFIN.
L’objectif est d’établir l’état des lieux des mesures de LBC/FT en place, afin
d’identifier ensuite les actions à entreprendre pour disposer d’un système de
supervision efficace en matière de LBC/FT pour le secteur des jeux.
L’analyse porte, dans une partie, sur l’ensemble du secteur des jeux pour aller plus
en détails dans les casinos. Cette orientation repose sur le fait que les casinos sont
particulièrement attractifs pour les criminels, les moyens de blanchiment y étant
multiples.
Méthodologie et limites de l’étude
La conduite de l’étude s’est basée sur le recueil des informations disponibles pour
établir un état des lieux des mesures de contrôle et de surveillance du secteur.
Les résultats de l’évaluation nationale des risques ont été utilisés pour constituer
l’aperçu global des éléments à examiner.
Les limites de la recherche résident dans le peu de nombre de déclarations
d’opération suspecte (DOS) reçues des maisons de jeux, qui ne permet pas
d’obtenir une évaluation quantifiable et précise des pratiques de BC dans le
secteur.
PAGE 7
DESCRIPTION DU SECTEUR A
MADAGASCAR
Cadre juridique
Le cadre juridique régissant le secteur des casinos et maisons de jeux à
Madagascar est principalement composé des textes ci-après :
Loi n° 71-011 du 30 juin 1971 portant réglementation des maisons de jeux et
fixant le régime fiscal de ces maisons ;
Décret n° 72-033 du 19/02/72 fixant l’organisation et le fonctionnement des
maisons de jeux, modifié par le décret n°97.947 du 04/07/97, tels que les
casinos, les machines à sous avec introduction de pièces ou jetons, la
loterie, les cartes à gratter, les paris sportifs et la Tombola ;
Arrêté interministériel n°192 du 30/04/73, article 15, portant réglementation
des jeux dans les maisons des jeux ;
Décret 2022-551 du 20 avril 2022 modifiant et complétant certaines
dispositions du Décret n°2020-157 du 19 février 2020 fixant les attributions du
Ministère de la Sécurité Publique ainsi que l’organisation générale de son
Ministère.
Ces textes posent les principes fondamentaux et les règles essentielles pour la
gestion, l'exploitation et la régulation des activités liées aux jeux de hasard du
pays.
Structure du secteur
A Madagascar, les activités de hasard règlementées sont :
Les activités des maisons de jeu telles que les casinos, les salles de bingo et
les sites Web de jeux virtuels ;
Les services de jeu de hasard comme les loteries et les paris sur les courses
de chevaux ;
Exploitation de machines de jeu automatiques (à pièces de monnaie).
S’agissant principalement des casinos, les statistiques du tableau suivant
démontrent que ce secteur s’est développé au fil des années, principalement les
machines.
Dans la plupart des casinos à Madagascar, la propriété est souvent détenue par
des actionnaires et des propriétaires étrangers. Ces derniers, souvent issus de
régions comme l'Europe, l’Inde et l'Asie.
PAGE 8
Tableau 1 : Nombre total de machines à sous et de roulettes électroniques
exploitées dans les établissements de jeux dans les provinces et grandes villes de
Madagascar
MACHINE A SOUS ROULETTES
Antananarivo 1729 34
Antsirabe 180 04
Fianarantsoa 137 01
Toamasina 557 00
Toliara 120 00
Mahajanga 70 02
Antsiranana 380 07
TOTAL 3110 48
Source : Service Central des Courses et Jeux, 2023
Tableau 2 : Nombre actuel de casinos en activité
Nombre
Antananarivo 11
Antsirabe 1
Toamasina 2
Toliara 1
Mahajanga 1
Antsiranana 1
TOTAL 17
Source : SCCJ, 2023
On distingue des casinos indépendants et des casinos qui sont affiliés à des hôtels
de luxe. Ces derniers opèrent généralement comme une partie intégrante de ces
établissements.
Le profil des clients est diversifié comprenant à la fois une clientèle plus aisée et
internationale et une participation locale. Cependant, les grands joueurs sont
principalement des individus de nationalité indo-pakistanaise et chinoise.
L'accès des salles de jeux est interdit aux mineurs de moins de vingt et un ans.
PAGE 9
MESURES DE PREVENTION ET DE
CONTROLE EXISTANTES
Le Service Central des Courses et Jeux (SCCJ)
Actuellement, le contrôle des activités de jeux de hasard, y compris les casinos,
est assuré par le SCCJ, un des huit services centraux rattachés à la Direction des
Renseignements et du Contrôle de l’Immigration et l’Emigration, au sein de la
Police Nationale. Ce Service est composé de 13 employés permanents et de 47
employés du Service des Renseignements Généraux (un autre Service de la
même Direction) à titre de renfort.
Les missions du Service sont variées. On distingue ses missions principales et ses
missions spécifiques.
Missions principales
Elles consistent à :
Vérifier la conformité des autorisations d’ouvertures ;
Surveiller et contrôler les activités liées aux courses et jeux ;
Veiller à l’application des textes sur les jeux de hasard ;
Procéder à l’enquête de moralité du personnel des établissements de jeux ;
Suivre et contrôler les clients suspects ;
Diligenter des enquêtes judiciaires relatives aux infractions commises dans
les salles de jeux ;
Contrôler l’effectivité de l’autorisation d’exploitation de chaque maison
des jeux par rapport à l’exploitation proprement dite ;
Conseiller les usagers en matière de jeux ;
Assurer le contrôle du type des jeux par rapport aux textes en vigueur ;
Délivrer des licences ou badges pour les employés agréés.
Missions spécifiques
Des contrôles spécifiques sont effectués selon la catégorie de jeu de hasard
règlementée.
PAGE 10
Au niveau des maisons de jeux
Contrôler et surveiller les jeux ;
Rechercher les renseignements, identifier les personnes suspectes
(corruption, blanchiment de capitaux) ;
Constater les infractions relatives aux jeux ;
Vérifier les entrées et sorties, le respect des règles et gestes barrières
pendant la crise sanitaire ;
Sécuriser la salle de jeux ;
Fermer les établissements de jeux clandestins ;
Etablir le rapport journalier.
Dans l’accomplissement effectif de leurs missions, le Service reçoit régulièrement
des formations de la part des casinos pour leur permettre de se familiariser avec
les différents jeux proposés dans ces établissements et de détecter les éventuelles
fraudes.
Au niveau des jeux promotionnels (tombola) notamment au niveau du
dépouillement, du tirage et remise des lots
Le Service collabore avec la Société d’Exploitation de la Loterie (SEL), muni d’un
protocole d’accord pour :
Constater physiquement les lots à gagner ;
Surveiller et contrôler le déroulement du tirage et la répartition des lots ;
Assister à la remise des lots ;
Dresser le procès-verbal de chaque acte ;
Valider les résultats de loto.
Au niveau des courses hippiques
Suivre les courses, vérifier les rapports et valider les résultats ;
Contrôler la répartition des gains et des recettes ;
Vérifier le ticket gagnant, identifier les gros gagnants ;
Assister à la remise des gains pour les gros gagnants (gains à partir de 10
millions d’Ariary).
PAGE 11
Au niveau des jeux en ligne
Le Service contrôle également les jeux en ligne. Afin de lutter efficacement
contre la prolifération des sites de jeux clandestins, le Ministère de l’Intérieur et de
la Décentralisation, une des institutions qui accorde les autorisations d’ouverture,
a demandé aux opérateurs de téléphonie mobile de passer des accords de
partenariat de paiement par mobile money uniquement avec les opérateurs de
jeux en ligne présentant des autorisations en bonne et due forme pour
l’exploitation de jeux virtuels ou en ligne.
En effet, l’existence des sites de jeux clandestins est une réalité à Madagascar.
Récemment, le Service a découvert l’existence d’un jeu de poker en ligne illégal
sur le territoire qui a été mis en place par un individu de nationalité mauricienne.
Lors des contrôles effectués, le site de poker en ligne concerné affichait un écran
noir (black screen) qui se référait à un problème de connexion ou un
dysfonctionnement du site. Or, après des contrôles plus poussés, il s’est avéré que
l’écran noir était une parade pour dissimuler le déroulement réel du jeu.
Le tableau ci-dessous montre un état récapitulatif des données statistiques
annuelles relatives aux activités de contrôle du Service pour la période de 2021 à
2023 :
Tableau 3 : Résultats des contrôles effectués par le SCCJ
Année Nombre de Etablissements Exploitation de Vols, abus de
contrôles contrôlés jeux confiance, faux et
effectués clandestins usage de faux
2021 4478 13 4 13
2022 5483 13 8 22
2023 2199 13 4 20
Source : Service Central des Courses et Jeux, 2023
Les établissements de jeux clandestins font l’objet de fermeture.
PAGE 12
LES RISQUES DE BC POUR LES CASINOS
Menaces de BC
Face aux enjeux et risques croissants de blanchiment d'argent et de financement
du terrorisme, le secteur des casinos se trouve confronté à des menaces
significatives en matière de conformité et de lutte contre ces pratiques illégales.
Introduction de volume important d’espèces
Le paiement en argent liquide est prisé dans les casinos pour sa simplicité et sa
rapidité, mais représente une menace en offrant une ouverture aux détenteurs
de fonds illicites. La possibilité d’introduire des volumes importants d’espèces à
travers les mises et l’achat de jetons est particulièrement attractif pour les
malfaiteurs.
De surcroît, l’utilisation d’espèces facilite l’anonymat pour les joueurs, en réduisant
les formalités bancaires. En effet, ce mode de paiement permet d’éviter les
diverses commissions et procédures de vérification bancaires. Les mouvements
de fonds ne seront pas visibles dans les relevés de compte.
Le placement de fonds criminels sous forme de jetons de jeu est une méthode
fréquente de blanchiment utilisée dans les casinos. Il consiste à échanger
« l’argent sale » contre des jetons de casino physiques, qui sont ensuite utilisés
pour jouer à divers jeux avant d'être finalement échangés contre des fonds
légitimes sous forme de chèque.
Les casinos sont confrontés à des déclarations de gains potentiellement fausses
lorsqu'ils reçoivent des paiements, ainsi qu'à des mises régulières et importantes
dans les jeux de hasard et dont l’origine n’est pas connue.
Implication de tiers complices
Afin de préserver leur anonymat, les criminels utilisent des tiers pour placer des
mises ou participer à des jeux de casino à leur place. Ces intermédiaires peuvent
être des complices, des prête-noms ou même des individus corrompus travaillant
au sein des établissements de jeux. Le but pour les criminels est de dissimuler leur
propre implication dans les activités de jeu ou de blanchiment d'argent rendant
ainsi plus difficile la traçabilité des fonds ou des activités illicites.
PAGE 13
Exploitation des salles VIP des casinos pour dissimuler des activités douteuses
En raison de leur nature privée et exclusive et de l'accès restreint qu'elles offrent,
les salles VIP des casinos sont potentiellement utilisées pour des activités de BC.
En effet, ces zones facilitent notamment un certain degré d’anonymat aux
joueurs et une gestion discrétionnaire des transactions. On constate que les salles
VIP sont utilisées par des tiers pour réaliser des transactions au nom des
propriétaires des fonds (ces individus arrivent avec des mallettes remplies de cash
et ressortent les mains vides après avoir converti les numéraires en instrument
d’apparence légale).
Il est rare que ces faits soient rapportés du fait que les clients VIP représentent une
source de revenus importante pour la plupart des casinos.
Les grands joueurs sont pour la plupart d’origine indo-pakistanaise et chinoise. Ce
profil correspond aux nationalités fréquemment citées dans les déclarations
d’opération suspecte (DOS) traitées au niveau du SAMIFIN. Le niveau de menace
de BC liée à ce type de jeu est ainsi élevé.
Vulnérabilités au BC
Les casinos, en raison de leur nature et de leurs opérations, présentent des failles
et des points de fragilité susceptibles d'être exploités en termes de BC/FT.
Lacunes du cadre juridique
Des lacunes dans la réglementation actuelle ont été observées. On peut noter
que la Loi n°71-011 du 30 juin 1971 est obsolète et ne répond plus aux réalités
existantes. En effet, les progrès technologiques, l’accessibilité accrue à Internet
favorisée par la commodité offerte par les appareils mobiles et ordinateurs ainsi
que l’évolution des modes de divertissement, ont contribué à l’essor des jeux en
ligne. Cette situation a souligné le besoin urgent de la révision de cette loi qui a
été lancée en 2017 avec des propositions d’encadrer adéquatement et
règlementer sans distinction tous les jeux exercés sur le territoire de Madagascar.
Cependant, ce projet demeure en veille jusqu’à ce jour.
PAGE 14
Corruption et manque de formation LBC/FT pour le personnel des casinos
Il a été constaté que certains membres du personnel des casinos et maisons de
jeux s’adonnent au vol et à la corruption. Ils sont en permanence exposés à
l’omniprésence d’argent liquide et la tentation s’en trouve aiguisée. Ils opèrent
soit individuellement, soit en agissant de concert avec d'autres agents.
On constate également que la formation en matière de vigilance LBC/FT est
insuffisante pour les employés de casinos. Seuls les responsables ont une
connaissance de la LBC/FT alors que ce sont les employés sur place qui sont
pratiquement appelés à détecter les opérations suspectes.
Manque de ressources de l’autorité de contrôle des activités de casinos
On constate que le SCCJ manque de ressources pour effectuer leurs activités de
contrôle, principalement au niveau du contrôle des jeux en ligne. En effet, il ne
dispose pas d’équipement suffisant et adéquat pour surveiller et réguler les
opérateurs de jeux en ligne. A titre d’illustration, la création d'une plateforme de
pari sportif en ligne a été refusée pour absence d’infrastructures de contrôle y
afférentes et d’accès au contrôle du serveur de la plateforme pour surveiller les
paris et les informations en temps réel sur les événements sportifs.
Concernant leur mission, le Service effectuait autrefois le contrôle des recettes
des casinos. En 2005, cette mission leur a été retirée et a été affectée à la
Direction Générale des impôts. Or, cette mission leur permettait de contrôler les
recettes réellement générées par les casinos pour une meilleure transparence
des transactions et une protection contre les activités frauduleuses potentielles.
Concernant l’archivage de dossiers, ce Service ne dispose pas de statistiques des
montants des fonds objet des infractions alors que cet outil va de pair avec le
contrôle de recettes des casinos.
Il importe de relever que le Service n’effectue pas encore la régulation, la
supervision et le suivi en matière de LBC/FT du secteur. En effet, les contrôles
réalisés se focalisent principalement sur la surveillance des opérations des casinos,
vérifications de la "bonne moralité" des propriétaires et personnel des casinos. La
gestion proactive des risques de BC n’est pas encore effective. De plus, cela
nécessiterait davantage de ressources humaines, logistiques et financières.
PAGE 15
Par ailleurs, le Service devrait bénéficier de formation spécifique en investigation
financière puisqu’il reçoit des dossiers relatifs à des transactions suspectes.
Nombre limité des DOS émanant du secteur
Bien que le SAMIFIN reçoive des DOS de la part du secteur, il s’avère que leur
nombre est insuffisant. Depuis l’année de création du SAMIFIN en 2008 jusqu’à ce
jour, seulement trois (03) DOS ont été recensées. Cela implique que le SAMIFIN
manque régulièrement d'informations concernant les importantes transactions
en espèces effectuées dans les casinos. Il existe une réticence parmi les
exploitants de casinos à soumettre des DOS, principalement due à la crainte de :
répercussions négatives sur leur réputation ;
répercussions légales ou réglementaires en déclarant des activités
suspectes, spécialement si ces rapports ne reposent pas sur des preuves
concrètes ou sont interprétés comme une intrusion dans la vie privée de la
clientèle.
Cette appréhension découle également d'une compréhension limitée ou
confuse des obligations légales liées à la soumission de ces déclarations.
Manque de coopération entre l’autorité de contrôle, le SAMIFIN et les autorités
d'enquête et de poursuites
Comme cité précédemment, le SCCJ reçoit des signalements d’activités
douteuses de la part des casinos. On déplore le manque de partage de telles
informations entre le Service, le SAMIFIN et les autorités d’enquête et de poursuite
alors que la combinaison des compétences et expertise de chacune renforcerait
les capacités d’analyse et d’investigations. En effet, cette absence de
coordination entrave l'établissement de politiques concertées, la mise en place
efficace de mesures préventives et les enquêtes concernant les activités de
BC/FT dans le secteur des casinos.
PAGE 16
LES RECOMMANDATIONS
Afin de combler les lacunes constatées, les recommandations ci-après sont
établies.
Le cadre juridique
Relancer la mise à jour de la Loi actuelle en alignement aux nouvelles
pratiques de jeux, menaces et technologies émergentes, non couvertes
par la loi existante.
Prévoir des dispositions plus rigoureuse liées aux mesures de vigilance
LBC/FT en matière d’octroi d’autorisation d’ouverture des casinos
(questionnaire LBC/FT, vérification du profil des propriétaires, etc.)
Le contrôle et la surveillance
Développer et mettre en œuvre un programme de formation continue du
personnel du SCCJ pour une meilleure compréhension des risques de BC/FT
dans l'industrie des jeux de hasard.
Renforcer la mise en œuvre du contrôle des recettes des casinos, et
promouvoir la collaboration entre le SCCJ et la Direction Générale des
Impôts.
Développer des mécanismes d’échange d’information entre les
établissements du secteur, pour garantir une synchronisation des actions
de prévention des abus à des fins de BC.
La supervision en matière de LBC/FT
Désigner officiellement l’autorité ou organe chargé de la supervision
LBC/FT du secteur des jeux. L’idéal serait de confier cette mission au SCCJ,
étant donné que les agents du service sont avisés des pratiques du secteur.
Néanmoins, des ressources supplémentaires sont à prévoir à cet effet
(ressources humaines et matérielles), ainsi que le renforcement de
capacité des agents.
Développer et mettre en œuvre une stratégie de supervision du secteur
des jeux en prévoyant des outils appropriés, ainsi que des sanctions
proportionnées et dissuasives en cas de manquement aux obligations de
vigilance.
PAGE 17
La formation du personnel des casinos
Offrir une formation continue aux employés des casinos sur la LBC/FT, afin
qu’ils restent informés des dernières tendances, des nouvelles tactiques de
blanchiment d'argent, des meilleures pratiques pour y faire face, des
signaux d’alerte pour identifier les opérations suspectes, et des procédures
de signalement appropriées.
Le personnel doit également être au courant des mesures légales sur les
transactions en espèces et leur réglementation.
La coopération inter-agence
Etablir un protocole d’accord entre le Service de Contrôle des Courses et
Jeux et le SAMIFIN pour développer un mécanisme d’échange
d'informations fluide et efficace.
Les déclaration d’opérations suspectes
Mettre en place des méthodes qui favorisent les signalements anonymes
des activités suspectes dans les casinos par leur personnel avec des
mesures de protection adéquates pour préserver l'anonymat des
dénonciateurs.
Sensibiliser les employés sur les enjeux de la LBC/FT au niveau des casinos.
Accompagner la mise en œuvre de la gestion des risques de BC/FT au sein
des casinos (former les casinotiers en matière d’analyse des risques internes
pour favoriser la mise en œuvre de l’approche basée sur les risques).
PAGE 18
LES SIGNAUX D’ALERTE
La liste d’indicateurs ci-après est fournie pour aider les maisons de jeux à identifier
et évaluer les transactions qui devraient soulever des questionnements ou susciter
un sentiment d'appréhension ou de méfiance pouvant donner lieu à des motifs
raisonnables de suspicion de BC. Il importe de préciser que ces signaux d’alerte
ne sont pas exhaustifs.
La présence d'un ou de plusieurs de ces indicateurs ne signifie pas
nécessairement qu'il s’agit d’une opération de BC/FT. De même, l’absence de
ces indicateurs ne permet pas d’écarter définitivement la possibilité
d’occurrence d’une activité suspecte. Il s’agit en fait d’un processus continu et
dynamique de surveillance des transactions. La présence d’un ou plusieurs
signaux d’alerte, pour lesquels une explication raisonnable n’a pas pu être
établie, constituera le déclenchement d’une DOS.
Le comportement des clients
Un comportement suspect de plusieurs joueurs semblant être de mèche ;
Des clients qui disposent d’une grande quantité de jetons ;
Des clients qui achètent un grand nombre de jetons en espèces,
participent à une activité limitée de paris et de jeux dans l'intention de
donner l'impression d'un jeu important, puis encaissent les jetons contre un
chèque tiré sur l'établissement de paris et de jeux ;
Des clients qui clôturent leur compte au casino après le premier dépôt ;
Des clients qui posent pleines de questions sur les procédures de
surveillance des transactions ou qui connaissent parfaitement ces
procédures ;
Des clients qui tentent de se familiariser avec les employés des casinos ;
Des clients qui demandent un chèque de gain au nom d’un tiers ;
Des clients qui sont connus pour utiliser plusieurs noms ;
Des clients qui demandent le transfert de leurs gains sur le compte bancaire
d'un tiers ou d'un pays connu comme source de drogue ou d'un pays où il
n'existe pas de système efficace de lutte contre le BC ;
Les casinos doivent également porter une vigilance particulière envers les
ressortissants de pays sous sanctions pour éviter d’enfreindre les lois sur les
sanctions.
PAGE 19
Les caractéristiques des transactions
De fortes sommes en espèces ou des jetons écoulés en quelques paris
seulement ;
Des transactions rapides ou portant sur des sommes importantes ;
Des paris systématiques sur les mêmes jeux ou numéros qui peuvent être un
signal d'alarme pour une fraude ou une collusion entre les joueurs et les
employés.
PAGE 20