L’INTERDEPENDANCE ENTRE DEVELOPPEMENT
FINANCIER ET INVESTISSEMENTS DIRECTS
ETRANGERS : LEVIER POUR LA CROISSANCE
ECONOMIQUE EN AFRIQUE
Présenté par :
Mademoiselle, RAFANOMEZANTSOA Harilanja Gabriela
Encadreur pédagogique :
Monsieur, RAKOTOARIMANANA Tovo
Année universitaire : 2024-2025
INTRODUCTION
Contexte et justification du sujet :
L’Afrique, continent riche en ressources naturelles et en potentiel démographique, connaît
depuis plusieurs décennies une croissance économique soutenue, mais fragile et inégale. Cette
évolution passe par une dynamique complexe d’investissements, notamment étrangers, qui
apportent non seulement des capitaux financiers mais aussi des technologies, des compétences
et des savoir-faire essentiels pour moderniser les économies africaines souvent caractérisées
par leur faiblesse dans les capitaux humains et physiques (Adams, 2009). Cependant, malgré
une attractivité croissante pour les investisseurs internationaux, les flux d’Investissements
Directs Étrangers (IDE) restent en grande part désorganisés, peu efficients ou concentrés dans
certains secteurs spécifiques, comme les ressources naturelles, ce qui soulève des doutes quant
à leur capacité à induire un développement soutenu et équitable (Alaya et al., 2009). Dans ce
contexte, il devient crucial de comprendre non seulement le volume des IDE, mais aussi les
mécanismes par lesquels ils peuvent réellement soutenir une croissance économique durable,
notamment en analysant le rôle du système financier comme facilitateur ou frein à leur
absorption et à leur efficacité (AGBLOYOR et al., 2014). Les questionnements sur la nature et
la qualité du développement financier en Afrique prennent ainsi toute leur importance, car ils
conditionnent la capacité des pays à mobiliser, à canaliser et à optimiser l’impact des IDE sur
leur trajectoire de développement. La diversification des sources de financement, la profondeur
des marchés financiers, la disponibilité du crédit, mais aussi la stabilité et l’efficience des
institutions financières deviennent autant de leviers potentiels pour maximiser les bénéfices de
ces flux étrangers, tout en atténuant leurs éventuelles répercussions négatives telles que la
dépendance ou la surcharge des ressources naturelles (Alfaro et Chanda, 2009).
En outre, face aux défis structurels que rencontre la plupart des économies africaines,
comprenant la faiblesse de l’infrastructure, le déficit en capital humain, la faiblesse des
institutions, ou encore la vulnérabilité aux chocs extérieurs liés notamment à la volatilité des
prix des matières premières, il devient impératif d’analyser le rôle de la finance et des marchés
financiers dans la stimulation de la croissance à travers l’afflux des IDE. La globalisation
économique et l’intégration régionale accrue offrent une opportunité pour les économies
africaines de renforcer leur système financier, de développer leurs marchés de capitaux et
d’établir un environnement propice à l’investissement étranger (Herzer, 2008; Sahay et al.,
2017). De nombreux travaux académiques dans le domaine ont montré que le développement
du secteur financier peut agir comme un catalyseur pour la croissance, en améliorant
l’allocation des ressources, en permettant une meilleure gestion des risques, en facilitant les
transactions et en mobilisant l’épargne nationale et étrangère (Levine, 2005; Alfaro et al., 2010).
Dans ce cadre, il s’avère donc primordial de s’interroger sur la nature de la relation entre IDE,
développement financier et croissance en Afrique, en vue de proposer des recommandations
stratégiques pour optimiser leur synergie et ainsi favoriser un développement économique plus
inclusif et durable (Kpodar, 2005).
Problématique: Comment le développement du secteur financier influence l'efficacité des
IDE dans la stimulation de la croissance économique africaine ?
Questions de recherche
QR1 : Quel est l’impact du niveau de développement financier sur la relation entre IDE et
croissance économique en Afrique ?
QR2 : Le niveau de revenu des pays africains influence-t-il l’effet modérateur du
développement financier sur la relation entre les IDE et la croissance économique ?
Objectif global : Analyser l’effet des IDE sur la croissance économique en fonction du niveau
de développement financier.
Objectifs spécifiques :
OS1 : Evaluer le rôle du développement financier dans l’impact des IDE sur la croissance.
OS2 : Identifier les effets différenciés du développement financier sur la relation IDE-
croissance selon les niveaux de revenu des pays africains.
Hypothèses :
H1 : Le développement financier renforce l’impact positif des investissements directs
étrangers sur la croissance économique en Afrique.
Cette hypothèse postule que l’efficacité des investissements directs étrangers (IDE) dans la
stimulation de la croissance économique en Afrique est conditionnée par le niveau de
développement financier des pays récipiendaires.
H2 : L’effet modérateur du développement financier sur la relation IDE-croissance varie
selon le niveau de revenu des pays africains.
Cette hypothèse suggère que l’influence du développement financier sur l’impact des IDE sur
la croissance économique diffère entre les pays africains en fonction de leur niveau de revenu.
PARTIE 1 : CADRAGE THEORIQUE ET ETAT DE L’ART
Chapitre 1 : Concepts clés et cadre analytique
L’analyse des effets des Investissements Directs Étrangers (IDE) sur la croissance économique
en Afrique nécessite une clarification préalable des concepts fondamentaux et de leurs
interrelations. Ce chapitre se propose ainsi de définir et d’expliciter les notions clés qui sous-
tendent cette étude, à savoir les IDE, le développement financier et la croissance économique,
tout en mettant en lumière les mécanismes théoriques par lesquels ces variables interagissent.
Une attention particulière sera accordée aux spécificités du contexte africain, marqué par une
hétérogénéité des structures économiques, des niveaux de développement financier et des flux
d’IDE.
1.1.Les Investissements Directs Étrangers (IDE)
1.1.1 Définition
Les Investissements Directs Étrangers (IDE) constituent un flux transfrontalier de capitaux dans
lequel un investisseur, généralement une entreprise multinationale, acquiert une participation
significative (généralement supérieure à 10 %) dans une entreprise locale ou crée une filiale à
l’étranger, dans le but d’exercer un contrôle ou une influence durable sur sa gestion (CNUCED,
2018). Contrairement aux investissements de portefeuille, qui visent des rendements financiers
à court terme, les IDE impliquent un engagement à long terme et s’accompagnent souvent de
transferts de technologie, de compétences managériales et de savoir-faire organisationnel. En
Afrique, les IDE revêtent des formes variées : ils peuvent prendre la forme de fusions-
acquisitions, de créations d’entreprises nouvelles (greenfield investments), ou encore de
partenariats stratégiques avec des firmes locales.
1.1.2. Concentration sectorielle et volatilité des IDE en Afrique
Les secteurs privilégiés par les IDE en Afrique sont principalement les industries extractives
(pétrole, gaz, mines), les infrastructures et, dans une moindre mesure, les services financiers et
les télécommunications. Cette concentration sectorielle reflète à la fois les dotations en
ressources naturelles du continent et les besoins criants en infrastructures, mais elle pose
également la question de la diversification économique. Selon la Banque Africaine de
Développement (BAD, 2018), les IDE en Afrique ont connu une croissance significative depuis
les années 2000, passant de 9,65 milliards de dollars en 2000 à 41,8 milliards en 2017, avec des
pics à 56,63 milliards en 2015 avant un repli lié à la chute des cours des matières premières.
Toutefois, cette évolution globale masque d’importantes disparités régionales : les pays riches
en ressources naturelles, comme le Nigéria, l’Angola ou la Guinée équatoriale, ont enregistré
des fluctuations majeures des entrées d’IDE, tandis que les économies moins dépendantes des
commodités, comme l’Éthiopie ou le Rwanda, ont attiré des investissements plus stables,
orientés vers les secteurs manufacturiers et agricoles.
L’impact des IDE sur la croissance économique des pays d’accueil dépend largement de leurs
capacités d’absorption , c’est-à-dire de leur aptitude à assimiler et à exploiter efficacement les
retombées positives des investissements étrangers. Ces capacités sont influencées par plusieurs
facteurs, parmi lesquels le niveau de développement humain, la qualité des institutions,
l’ouverture commerciale et, surtout, le degré de développement du système financier. En effet,
un secteur financier robuste peut faciliter la canalisation des IDE vers des activités productives,
encourager les liens entre entreprises locales et multinationales, et favoriser les effets
d’entraînement (spillovers) technologiques et organisationnels. À l’inverse, un système
financier peu développé peut limiter la contribution des IDE à la croissance, voire générer des
distorsions économiques, comme une dépendance excessive aux secteurs extractifs ou une
concurrence déloyale pour les entreprises domestiques.
1.2.Le développement financier
1.2.1 Définition
Le développement financier désigne le processus par lequel les systèmes financiers d’un pays
deviennent plus profonds, plus accessibles et plus efficients, permettant ainsi une allocation
optimale des ressources économiques et une réduction des coûts de transaction. Selon Levine
(2005), un système financier développé remplit cinq fonctions essentielles : (i) la mobilisation
de l’épargne, (ii) la production d’informations sur les opportunités d’investissement, (iii) la
facilitation des échanges et des transactions, (iv) la diversification et la gestion des risques, et
(v) le suivi des projets d’investissement. Dans le contexte africain, le développement financier
est souvent évalué à travers trois dimensions principales : la profondeur financière,
l’accessibilité et l’efficience.
1.2.2 La profondeur financière
La profondeur financière mesure l’étendue des services financiers par rapport à la taille de
l’économie. Elle est généralement approchée par des indicateurs tels que le ratio de crédit au
secteur privé sur PIB, la capitalisation boursière ou encore les actifs des institutions financières.
En Afrique, cette profondeur reste limitée comparée aux autres régions du monde. Par exemple,
selon les données du FMI (2018), le ratio crédit/PIB ne dépasse pas 25 % en Afrique
subsaharienne, contre plus de 100 % dans les économies développées. Cependant, certains
marchés émergents, comme l’Afrique du Sud, le Maroc ou l’Égypte, font figure d’exceptions
avec des systèmes financiers relativement sophistiqués. La capitalisation boursière de la Bourse
de Johannesburg représente ainsi 233,95 % du PIB sud-africain, témoignant d’un marché
financier dynamique, tandis que des places comme la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières
(BRVM) de l’UEMOA ou la Bourse du Caire connaissent une croissance soutenue, bien que
partant d’un niveau faible.
1.2.3 L’accessibilité financière
L’accessibilité financière renvoie à la capacité des ménages et des entreprises à accéder aux
services financiers formels. En Afrique, l’inclusion financière reste un défi majeur, avec
seulement 43 % de la population adulte disposant d’un compte bancaire en 2018 (Global
Findex). Toutefois, l’essor de la finance digitale, portée par le mobile banking (ex. M-Pesa au
Kenya), a permis des progrès significatifs, réduisant les coûts d’accès et élargissant la
couverture géographique des services. Selon le Digital Report (2018), l’Afrique subsaharienne
est le marché le plus dynamique au monde en termes de pénétration des services financiers
mobiles, avec plus de 420 millions d’abonnés en 2016 et des projections dépassant 500 millions
en 2020.
1.2.4. L’efficience financière
L’efficience financière reflète la capacité des intermédiaires financiers à allouer les ressources
de manière optimale, avec des coûts de transaction réduits. En Afrique, cette dimension est
souvent entravée par des taux d’intérêt élevés (parfois supérieurs à 20 %), des délais de
traitement longs et une faible transparence des marchés. Les études menées par Sahay et al.
(2017) soulignent que l’efficience des systèmes financiers africains est en moyenne inférieure
à celle des économies émergentes d’Asie ou d’Amérique latine, bien que des disparités
importantes existent entre les pays.
1.3. La croissance économique en Afrique
La croissance économique en Afrique présente des caractéristiques uniques qui reflètent à la
fois le potentiel immense du continent et les défis structurels auxquels il fait face. Sur la période
1980-2023, l'Afrique a connu une évolution économique marquée par une accélération notable
depuis le début des années 2000, avec un taux de croissance annuel moyen de 4,7% entre 2000
et 2024 selon les données de la Banque Africaine de Développement (BAD, 2025). Cette
performance, bien que supérieure à la mo/yenne mondiale, masque d'importantes disparités
régionales et sectorielles qui méritent une analyse approfondie. Les économies africaines
peuvent globalement être classées en trois catégories en fonction de leurs moteurs de croissance
: les pays riches en ressources naturelles (comme le Nigéria, l'Angola et l'Algérie), les
économies à croissance diversifiée (telles que l'Éthiopie, la Côte d'Ivoire et le Kenya) et les
États fragiles ou en conflit (comme la République Démocratique du Congo ou le Soudan du
Sud). Chacun de ces groupes présente des trajectoires de croissance distinctes, avec des
implications différentes en termes de durabilité et de réduction de la pauvreté.
1.3.1 Les déterminants de la croissance
Les déterminants de la croissance africaine sont multiples et interdépendants. Premièrement,
l'accumulation du capital physique, qu'il s'agisse d'infrastructures (routes, ports, énergie) ou
d'équipements productifs, joue un rôle central. Cependant, le taux d'investissement en Afrique
subsaharienne, bien qu'en progression, reste inférieur à 25% du PIB en moyenne, un niveau
insuffisant pour combler le déficit infrastructurel estimé à 90 milliards de dollars annuels par la
Banque Mondiale. Deuxièmement, le capital humain constitue un autre pilier essentiel. Les
travaux de Borensztein et al. (1998) ont montré que l'impact des IDE sur la croissance est
significativement plus élevé dans les pays disposant d'un niveau minimal d'éducation. Or,
malgré des progrès notables dans l'accès à l'enseignement primaire, la qualité de l'éducation et
la formation professionnelle en Afrique restent insuffisantes pour répondre aux besoins d'une
économie en modernisation. Troisièmement, l'innovation et l'adoption technologique, bien que
limitées, commencent à jouer un rôle croissant, notamment grâce à la diffusion rapide des
technologies mobiles et des services financiers digitaux.
La structure des économies africaines influence profondément leur trajectoire de croissance. La
plupart des pays restent fortement dépendants des exportations de matières premières non
transformées, ce qui les rend vulnérables aux chocs exogènes sur les prix des commodités. La
chute des cours du pétrole en 2014-2016 a ainsi entraîné une contraction marquée dans les
économies pétrolières comme l'Angola (-2.6% de croissance en 2016) ou le Nigéria (-1.6% la
même année). À l'inverse, les pays ayant diversifié leur base productive, comme le Maroc dans
l'industrie automobile ou l'Éthiopie dans le textile et la floriculture, ont montré une plus grande
résilience aux chocs externes. Cette diversification est d'autant plus cruciale que la croissance
tirée par les ressources naturelles tend à être moins inclusive et créatrice d'emplois, comme l'ont
démontré les travaux de Rodrik (2018) sur ce qu'il appelle le "paradoxe de la croissance
africaine" - une expansion économique soutenue mais peu génératrice de réduction de la
pauvreté et d'amélioration des conditions de vie.
1.4. Liens conceptuels entre IDE, Développement Financier et Croissance
économique
L'analyse des relations entre IDE, développement financier et croissance économique repose
sur un cadre conceptuel intégrant plusieurs mécanismes d'interaction. Le premier canal de
transmission concerne l'effet direct des IDE sur la croissance via l'augmentation du stock de
capital physique. Selon le modèle de De Mello (1999), les IDE complètent l'investissement
domestique en apportant non seulement des capitaux supplémentaires, mais aussi des
technologies avancées et des pratiques managériales modernes. Ce transfert de connaissances
est particulièrement crucial pour les pays africains confrontés à des déficits technologiques
importants. Cependant, comme l'ont souligné Carkovic et Levine (2005), cet effet positif n'est
pas automatique : il dépend de la capacité des entreprises locales à absorber et diffuser ces
technologies, capacité elle-même fonction du niveau de développement financier.
1.4.1 Rôle du développement financier
Le développement financier agit comme un catalyseur essentiel dans cette relation à travers
plusieurs mécanismes. D'une part, un système financier développé facilite la mise en relation
des investisseurs étrangers avec des partenaires locaux crédibles, réduisant ainsi les asymétries
d'information qui freinent souvent les IDE. D'autre part, comme l'ont montré Alfaro et al.
(2010), des marchés financiers liquides et efficients permettent aux entreprises locales de lever
des fonds pour devenir des sous-traitants ou des partenaires des multinationales, créant ainsi
des liens en amont et en aval (backward and forward linkages) qui maximisent les retombées
des IDE. Le développement des marchés de capitaux offre aux investisseurs étrangers des
possibilités de sortie (exit options), ce qui réduit leur perception du risque et les encourage à
s'engager dans des projets à plus long terme.
À l'inverse, un système financier sous-développé peut constituer un frein majeur à l'impact des
IDE sur la croissance. Comme le note Kpodar (2005), dans de nombreux pays africains,
l'étroitesse des marchés financiers, la faiblesse de l'intermédiation bancaire et les taux d'intérêt
prohibitifs limitent la capacité des entreprises locales à tirer profit de la présence des
multinationales. Ce phénomène est particulièrement marqué dans les secteurs à forte intensité
technologique où les besoins de financement sont élevés. Le résultat est ce qu'Agbloyor et al.
(2014) appellent un "effet d'enclave" : les IDE génèrent des îlots de modernité sans connections
avec le reste de l'économie, limitant ainsi leur contribution à la croissance globale.
La nature des IDE joue également un rôle déterminant dans cette équation. Les IDE horizontaux
(market-seeking), qui visent principalement à servir le marché local, ont tendance à avoir des
effets d'entraînement plus importants que les IDE verticaux (resource-seeking) concentrés sur
l'extraction de matières premières. Les travaux d'Ongo Nkoa (2014) sur la CEMAC montrent
ainsi que les IDE dans les secteurs non pétroliers ont un impact deux fois plus important sur la
croissance que ceux dirigés vers le secteur extractif. Cette différence s'explique en partie par le
rôle médiateur du système financier : les IDE manufacturiers nécessitent et stimulent
simultanément le développement des services financiers locaux, alors que les projets extractifs
fonctionnent souvent en circuit fermé, avec peu de connections avec l'économie domestique.
Ce chapitre a permis d'établir un cadre conceptuel solide pour analyser les relations complexes
entre IDE, développement financier et croissance économique en Afrique. Trois enseignements
majeurs se dégagent de cette analyse. Premièrement, les IDE représentent un potentiel
important pour la croissance africaine, mais leur impact dépend crucialement des
caractéristiques structurelles des économies d'accueil. Deuxièmement, le développement
financier émerge comme une condition sine qua non pour maximiser les retombées positives
des IDE, en facilitant les transferts technologiques et en créant des liens productifs entre
entreprises étrangères et locales. Troisièmement, l'hétérogénéité des trajectoires de croissance
en Afrique reflète en grande partie les différences dans la qualité des institutions financières et
la nature des IDE reçus. Ces constats plaident pour une approche différenciée des politiques
d'attraction et d'accompagnement des IDE, qui devrait constituer l'objet des chapitres suivants
de cette étude.
Chapitre 2 : Revue théorique des relations IDE-Finance-Croissance
L'analyse théorique des relations entre investissements directs étrangers (IDE), développement
financier et croissance économique s'appuie sur un corpus riche et diversifié de contributions
académiques. Ce chapitre propose une synthèse critique des principales approches théoriques
qui éclairent ces interactions complexes. Nous structurons cette revue en trois grandes sections
: les théories traditionnelles de la croissance et des IDE, les approches institutionnelles et
financières, et enfin les modèles récents intégrant les spécificités des économies en
développement. Cette analyse permettra de mieux cerner les mécanismes par lesquels le
développement financier peut amplifier ou au contraire limiter l'impact des IDE sur la
croissance, particulièrement dans le contexte africain.
2.1. Les fondements théoriques
2.1.1. Les théories traditionnelles de la croissance et des flux de capitaux
Les premiers cadres théoriques analysant l'impact des IDE sur la croissance s'inscrivent dans la
tradition des modèles de croissance exogène, notamment le modèle de Solow (1956). Dans cette
approche, les IDE sont principalement considérés comme un supplément au stock de capital
physique, contribuant à combler le "déficit d'épargne" des pays en développement. Le modèle
standard prédit que les flux de capitaux internationaux devraient converger vers les pays où le
rendement marginal du capital est le plus élevé, c'est-à-dire généralement les pays pauvres
disposant de peu de capital. Cependant, comme l'ont souligné Lucas (1990) dans son paradoxe
bien connu, cette prédiction théorique est largement infirmée par les faits : les capitaux ne
s'écoulent pas massivement des pays riches vers les pays pauvres. Ce constat a conduit à enrichir
les modèles traditionnels en intégrant des facteurs complémentaires comme le capital humain
et les externalités technologiques.
Le modèle de Borensztein, De Gregorio et Lee (1998) marque une avancée significative en
intégrant explicitement les IDE dans un cadre de croissance endogène. Leur approche montre
que les IDE ne se limitent pas à augmenter le stock de capital, mais constituent également un
vecteur important de diffusion technologique. Leur modèle théorique démontre que l'impact
des IDE sur la croissance est une fonction croissante du niveau de capital humain du pays
d'accueil, introduisant ainsi la notion cruciale de "seuil minimal de capacité d'absorption". Cette
contribution fondatrice a ouvert la voie à une littérature abondante sur les conditions nécessaires
pour que les IDE génèrent des effets positifs sur la productivité et la croissance.
2.1.2. Les Théories de la modernisation et de la dépendance
Deux grands courants théoriques offrent des perspectives contrastées sur le rôle des IDE dans
le développement économique. La théorie de la modernisation, inspirée des travaux de Rostow
(1960), considère les IDE comme un instrument clé de diffusion du progrès technique et
d'intégration dans l'économie mondiale. Dans cette perspective, les multinationales jouent un
rôle positif en introduisant des technologies avancées, en formant la main-d'œuvre locale et en
connectant les économies périphériques aux réseaux globaux de production et de commerce.
Cette approche trouve un écho particulier dans les modèles de "compétitivité systémique" qui
mettent l'accent sur les complémentarités entre investissements étrangers et développement des
capacités productives locales.
À l'opposé, les théories de la dépendance, issues des travaux de Prebisch (1950) et radicalisées
par les approches néo-marxistes (Amin, 1973 ; Bornschier et Chase-Dunn, 1985), offrent une
vision beaucoup plus critique des IDE. Ces théories soulignent les mécanismes de domination
économique et d'extraction de surplus qui caractériseraient les relations entre firmes
multinationales et pays en développement. Dans cette perspective, les IDE renforceraient les
structures économiques dépendantes, spécialisées dans l'exportation de matières premières et
l'importation de biens manufacturés, perpétuant ainsi les déséquilibres centre-périphérie. Les
travaux empiriques récents sur la "malédiction des ressources" (Sachs et Warner, 2001) ont en
partie validé ces craintes en montrant comment les IDE dans les secteurs extractifs peuvent
générer des effets de crowding-out sur les autres secteurs productifs.
2.2. Le rôle du système financier
2.2.1. La Fonction d'intermédiation financière dans les modèles de croissance
Les théories du développement financier offrent un cadre analytique essentiel pour comprendre
comment les systèmes financiers peuvent amplifier l'impact des IDE sur la croissance. Les
travaux pionniers de Goldsmith (1969), McKinnon (1973) et Shaw (1973) ont établi le lien
fondamental entre approfondissement financier et croissance économique. Cependant, c'est
avec les contributions de King et Levine (1993) puis Levine (1997, 2005) que s'est développée
une théorie systématique des canaux par lesquels le développement financier influence la
croissance. Levine identifie cinq fonctions clés des systèmes financiers : (1) la production
d'information ex ante sur les opportunités d'investissement, (2) la surveillance des
investissements et la gouvernance d'entreprise, (3) la facilitation des échanges, (4) la
mobilisation de l'épargne, et (5) la gestion du risque. Chacune de ces fonctions peut
potentiellement renforcer l'impact des IDE sur la croissance.
Le modèle théorique d'Alfaro et al. (2004, 2010) constitue probablement la formalisation la
plus aboutie des interactions entre IDE, développement financier et croissance. Leur cadre
analytique montre comment un secteur financier développé permet aux entreprises locales de
surmonter les contraintes de crédit pour investir dans des technologies complémentaires à celles
introduites par les multinationales. Plus précisément, leur modèle démontre que l'élasticité de
la croissance par rapport aux IDE est une fonction croissante de la profondeur financière du
pays d'accueil. Ce résultat théorique trouve son origine dans deux mécanismes clés : d'une part,
les marchés financiers liquides permettent une meilleure allocation des ressources vers les
projets les plus productifs ; d'autre part, un système bancaire efficace réduit les coûts de
financement pour les entreprises locales cherchant à s'intégrer dans les chaînes de valeur des
multinationales.
2.2.2. L'approche par les contraintes de financement et les frictions de marché
Les développements récents de la théorie économique ont introduit des éléments de friction
financière dans les modèles de croissance avec IDE. Les travaux de Aghion et al. (2010) sur les
contraintes de crédit et la croissance montrent comment l'imperfection des marchés financiers
peut limiter la capacité des entreprises locales à tirer profit des externalités technologiques
générées par les IDE. Dans leur modèle, les entreprises locales ont besoin de financements pour
adopter les technologies introduites par les multinationales, mais se heurtent à des contraintes
de crédit liées à l'asymétrie d'information et à l'absence de garanties. Ce cadre théorique permet
d'expliquer pourquoi les IDE ont parfois des effets limités dans les pays où le système financier
est peu développé.
Une autre avancée théorique importante provient des modèles intégrant l'hétérogénéité des
entreprises et la sélection financière (Melitz, 2003 ; Antràs et Helpman, 2004). Ces modèles
montrent que le développement financier influence non seulement l'ampleur des IDE, mais
aussi leur composition sectorielle et leur qualité. Dans un environnement financier développé,
les IDE tendent à se concentrer dans des secteurs à plus forte valeur ajoutée et à plus forte
intensité technologique, ce qui maximise leur impact sur la croissance. À l'inverse, dans les
pays où le système financier est rudimentaire, les IDE se cantonnent souvent aux secteurs
extractifs ou aux activités nécessitant peu d'interactions avec l'économie locale.
2.3. Approches contemporaines et spécificités des économies africaines
2.3.1. Les théories institutionnalistes et le rôle des cadres réglementaires
Les approches institutionnalistes récentes (North, 1990 ; Acemoglu et Robinson, 2012) ont
profondément renouvelé l'analyse des déterminants des IDE et de leur impact. Ces théories
soulignent que l'efficacité des canaux de transmission entre IDE et croissance dépend
crucialement de la qualité des institutions économiques et politiques. Dans le contexte africain,
les travaux de Asiedu (2006) et Jude et Levieuge (2016) ont montré comment des institutions
défaillantes peuvent annihiler les effets positifs potentiels des IDE. Leur cadre théorique met
en lumière plusieurs mécanismes clés : (1) l'insécurité juridique décourage les investissements
à long terme ; (2) la corruption détourne les ressources vers des activités non productives ; (3)
la faiblesse de la protection des droits de propriété limite les transferts technologiques.
2.3.2. Les modèles d'intégration régionale et de spillovers sectoriels
Les spécificités du contexte africain ont conduit au développement de cadres théoriques adaptés
aux particularités régionales. Les modèles d'intégration financière régionale (Bundoo, 2017)
analysent comment la création de places boursières communes (comme la BRVM en Afrique
de l'Ouest) peut attirer des IDE de meilleure qualité. De même, les travaux sur les spillovers
sectoriels (Farole et Winkler, 2014) offrent un cadre pour comprendre pourquoi les IDE dans
les secteurs non traditionnels (agro-industrie, textile, services financiers) ont généralement des
effets d'entraînement plus importants que les IDE extractifs. Ces approches soulignent
l'importance des politiques industrielles ciblées pour maximiser les retombées des IDE.
Cette revue théorique a permis d'identifier plusieurs enseignements clés. Premièrement,
l'impact des IDE sur la croissance est fondamentalement conditionné par des facteurs
structurels, au premier rang desquels le développement financier. Deuxièmement, les modèles
contemporains mettent en lumière la complexité des canaux de transmission, impliquant des
interactions subtiles entre contraintes de financement, qualité institutionnelle et caractéristiques
sectorielles. Troisièmement, le contexte africain nécessite des cadres d'analyse spécifiques
intégrant les particularités régionales et le poids des secteurs extractifs. Ces éléments théoriques
fournissent une base solide pour l'analyse empirique qui fera l'objet des chapitres suivants.
Chapitre 3 : Revue empirique
Ce chapitre propose une analyse approfondie des travaux empiriques examinant les relations
entre investissements directs étrangers (IDE), développement financier et croissance
économique, avec un accent particulier sur le contexte africain. La revue est structurée en trois
sections principales : les études confirmant l'effet positif des IDE sur la croissance, les
recherches analysant le rôle modérateur du développement financier, et les travaux explorant
les effets différentiels selon le niveau de revenu des pays. Cette analyse permettra de situer nos
hypothèses de recherche par rapport à la littérature existante et d'identifier les contributions
potentielles de notre étude.
3.1. L'Impact des IDE sur la croissance économique en Afrique
3.1.1. Les études validant un effet positif des IDE
Un premier ensemble d'études empiriques confirme l'hypothèse d'un impact positif des IDE sur
la croissance économique en Afrique. Les travaux pionniers de Borensztein et al. (1998), bien
que portant principalement sur des pays asiatiques et latino-américains, ont établi un cadre
méthodologique influent pour l'analyse des IDE en Afrique. Leur approche, reprise par Adams
(2009) sur un échantillon de pays subsahariens, montre qu'une augmentation de 1% des flux
d'IDE entraîne une hausse de 0,3% à 0,5% du PIB par habitant, à condition que le pays dispose
d'un seuil minimal de capital humain. Ces résultats sont corroborés par les études plus récentes
d'Asiedu (2014) et Anyanwu et Yameogo (2015), qui soulignent que l'impact positif des IDE
est particulièrement marqué dans les secteurs manufacturiers et les services, par opposition aux
industries extractives.
L'étude approfondie menée par Ongo Nkoa (2014) sur les pays de la CEMAC entre 1980 et
2010 apporte des nuances importantes à ces conclusions. En utilisant une méthode GMM en
système, l'auteur démontre que l'élasticité de la croissance par rapport aux IDE varie
considérablement selon les caractéristiques structurelles des économies. Plus précisément, ses
résultats indiquent qu'un doublement des flux d'IDE entraîne une augmentation du taux de
croissance annuel comprise entre 0,8 et 1,2 point de pourcentage, mais cet effet est conditionné
par la qualité des institutions et le degré d'ouverture commerciale. Ces résultats confirment
partiellement notre première hypothèse (H1) en soulignant le rôle des facteurs institutionnels
dans l'efficacité des IDE.
3.1.2. Les résultats négatifs ou non significatifs
À l'opposé, plusieurs études empiriques remettent en question l'impact systématiquement
positif des IDE sur la croissance africaine. Les travaux de Carkovic et Levine (2005), basés sur
des données de panel couvrant 72 pays en développement sur la période 1960-1995, concluent
à l'absence de relation robuste entre IDE et croissance une fois contrôlés les effets fixes pays et
les biais d'endogénéité. Dans le contexte africain spécifiquement, Dupasquier et Osakwe (2006)
montrent que l'impact des IDE devient non significatif lorsqu'on isole les pays riches en
ressources naturelles, suggérant que la nature rentière de nombreux IDE africains limite leur
contribution à la croissance durable.
Une méta-analyse récente de Mijiyawa (2017), portant sur 32 études empiriques concernant
l'Afrique subsaharienne, révèle que seulement 56% des estimations rapportent un effet positif
et significatif des IDE sur la croissance. L'auteur identifie deux facteurs explicatifs principaux
à cette divergence de résultats : la qualité des données (les études utilisant des mesures plus
fines des IDE sectoriels trouvent généralement des effets plus positifs) et la méthode
économétrique (les approches qui ne corrigent pas l'endogénéité tendent à surestimer l'impact
des IDE). Ces constats soulignent la nécessité d'une spécification rigoureuse du modèle et d'un
traitement approprié des problèmes d'endogénéité dans notre propre analyse.
3.2. Le rôle modérateur du développement financier
3.2.1. Evidence
La littérature empirique récente a considérablement affiné l'analyse des effets des IDE en
introduisant explicitement le rôle modérateur du développement financier. L'étude séminale
d'Alfaro et al. (2010) sur 71 pays entre 1975 et 2005 a établi que l'impact positif des IDE sur la
croissance est significativement plus fort dans les pays dotés de systèmes financiers développés.
Leurs résultats, obtenus par la méthode des moments généralisés (GMM), indiquent qu'un écart-
type d'amélioration du développement financier (mesuré par le ratio crédit privé/PIB) multiplie
par 1,5 à 2 l'effet marginal des IDE sur la croissance. Ces conclusions ont été largement
confirmées dans le contexte africain par les travaux d'Agbloyor et al. (2014) et de Baharumshah
et al. (2017).
Les mécanismes sous-jacents à cette relation positive ont fait l'objet d'investigations
approfondies. Plusieurs canaux de transmission émergent des études empiriques récentes.
Premièrement, le développement financier facilite l'établissement de liens productifs entre
entreprises multinationales et firmes locales, comme l'illustrent les recherches de Choong et ses
collègues (2010) dans divers contextes africains. Deuxièmement, des marchés financiers
efficients permettent une allocation plus productive des capitaux étrangers, orientant les IDE
vers des secteurs à plus forte valeur ajoutée et intensité technologique, ainsi que le montrent les
analyses sectorielles de Jude et Levieuge (2016). Troisièmement, la réduction des asymétries
d'information grâce à des systèmes financiers transparents et bien régulés favorise les transferts
de savoir-faire et l'adoption de technologies avancées.
3.2.2. Controverses
Cependant, cette vision optimiste doit être tempérée par une série de résultats négatifs ou non
concluants qui soulignent les limites de l'effet modérateur du développement financier. Les
travaux de Durham (2004) révèlent ainsi que l'interaction positive entre IDE et développement
financier ne se manifeste que dans environ 60% des configurations testées, suggérant l'existence
de conditions supplémentaires nécessaires. Plus préoccupant encore, certaines études mettent
en lumière des effets pervers dans des contextes spécifiques. Les recherches d'Agbloyor et ses
coauteurs (2014) sur les économies africaines à secteur financier dualiste montrent comment
les IDE peuvent paradoxalement renforcer les inégalités d'accès au crédit, profitant
principalement aux grandes entreprises déjà bien intégrées dans le système financier formel au
détriment des petites et moyennes entreprises. De même, Kpodar (2005) documente des cas où
l'expansion du crédit bancaire a principalement financé des investissements étrangers dans des
activités spéculatives (immobilier, import-import) plutôt que dans des secteurs productifs
générateurs de croissance durable.
L'étude particulièrement pertinente de Baharumshah et al. (2017) mérite une attention
particulière car elle porte spécifiquement sur 44 pays africains sur la période 1980-2014. En
utilisant une approche de seuils, les auteurs démontrent que l'impact des IDE sur la croissance
devient positif et significatif seulement lorsque le développement financier dépasse un certain
seuil (environ 20% du ratio crédit/PIB). En dessous de ce seuil, l'effet des IDE est soit non
significatif, soit parfois négatif, confirmant ainsi notre hypothèse H1. Leurs résultats montrent
également que les marchés financiers (par opposition aux intermédiaires bancaires) jouent un
rôle particulièrement important dans l'amplification des effets des IDE.
3.2.3. Les mécanismes spécifiques de transmission
Plusieurs études ont cherché à identifier les canaux précis par lesquels le développement
financier renforce l'impact des IDE. Les travaux de Kpodar (2005) sur l'Afrique subsaharienne
mettent en évidence trois mécanismes principaux : (1) l'atténuation des contraintes de crédit
pour les entreprises locales cherchant à établir des liens avec les multinationales, (2) la
réduction des coûts de transaction pour les investisseurs étrangers, et (3) l'amélioration de
l'allocation intersectorielle des ressources. Une analyse sectorielle approfondie menée par Jude
et Levieuge (2016) révèle que ces effets sont particulièrement marqués dans les industries à
forte intensité technologique et dans les services financiers.
L'étude innovante de Sahay et al. (2017), utilisant les nouveaux indices de développement
financier du FMI, apporte des éclairages supplémentaires sur les dimensions les plus
importantes du développement financier. Leurs résultats indiquent que l'efficience financière
(mesurée par les marges d'intermédiation et les coûts de transaction) et l'accessibilité des
services financiers (proximité des guichets bancaires, inclusion financière) sont plus
déterminantes que la simple profondeur financière pour maximiser l'impact des IDE. Ces
nuances sont cruciales pour notre analyse, car elles suggèrent que les politiques visant à
améliorer la qualité (plutôt que seulement la quantité) du développement financier pourraient
être particulièrement efficaces.
3.3. Hétérogénéité des effets selon le niveau de revenu
3.3.1. Effets dans les économies africaines à revenu intermédiaire
L'examen des différences régionales apporte des éclairages supplémentaires sur la complexité
des relations entre IDE, développement financier et croissance. Les économies africaines à
revenu intermédiaire, dotées de systèmes financiers relativement sophistiqués, offrent des
illustrations convaincantes de l'effet modérateur positif. Les estimations de Bundoo (2017) pour
des pays comme l'Afrique du Sud, le Maroc ou l'Égypte révèlent des multiplicateurs
significatifs, où chaque point de pourcentage d'augmentation conjointe des IDE et du
développement financier génère entre 0,7 et 0,9 point de croissance supplémentaire. Ces
résultats s'expliquent en partie par la plus grande diversification sectorielle des IDE dans ces
économies, ainsi que par l'existence de marchés financiers capables de canaliser l'épargne vers
des investissements productifs. Cette proposition trouve un fort écho dans la littérature
empirique récente. L'étude comparative de Gui-Diby (2014) entre pays africains à revenu
intermédiaire et à faible revenu révèle des différences marquées. Pour les premiers (comme
l'Afrique du Sud, le Maroc ou le Botswana), l'élasticité de la croissance par rapport à
l'interaction IDE-finance est environ deux fois plus élevée que pour les seconds. L'auteur
attribue cette divergence à la meilleure qualité des institutions financières et à une plus grande
sophistication des marchés de capitaux dans les pays à revenu intermédiaire.
3.3.2 Effets dans les économies africaines à faible revenu
Les recherches d'Asamoah et al. (2016) offrent des résultats complémentaires en distinguant
trois groupes de pays selon leur PIB par habitant. Leurs estimations par la méthode des seuils
montrent que l'effet amplificateur du développement financier est : (1) faible et non significatif
dans les pays les plus pauvres (PIB/hab < 1000$), (2) modéré dans les pays à revenu
intermédiaire de la tranche inférieure (1000-3000$), et (3) fort et hautement significatif dans
les pays à revenu intermédiaire supérieur (>3000$). Ces résultats confirment non seulement
notre hypothèse H2, mais suggèrent également l'existence d'effets de seuil non linéaires dans la
relation IDE-finance-croissance.
À l'inverse, dans les pays les moins avancés d'Afrique subsaharienne, le tableau est nettement
moins favorable. Les études de Djoukam et ses collaborateurs (2016) mettent en évidence ce
qu'ils qualifient de "piège financier" : en dessous d'un certain seuil de développement des
institutions financières (généralement autour de 15% du ratio crédit/PIB), les IDE peinent à
générer des effets positifs significatifs sur la croissance. Plus encore, dans certains cas extrêmes
comme le Niger ou le Malawi, les coefficients d'interaction entre IDE et indicateurs financiers
deviennent même légèrement négatifs, reflétant peut-être des phénomènes de crowding-out des
investissements domestiques ou des distorsions dans l'allocation des ressources.
3.3.3 Les facteurs d’hétérogénéité
Cette hétérogénéité des résultats s'explique en partie par des facteurs structurels et
institutionnels. Les recherches comparatives de Jude et Levieuge (2016) soulignent ainsi que la
qualité des institutions compte souvent davantage que le simple niveau de revenu. Le cas du
Rwanda, pays à faible revenu mais doté d'institutions relativement efficaces, montre ainsi des
multiplicateurs IDE-finance comparables à ceux observés dans des économies plus avancées.
De même, la spécialisation sectorielle joue un rôle déterminant : comme le démontrent Makiela
et Ouattara (2018), les pays dont les systèmes financiers sont adaptés aux spécificités de leur
structure productive (comme les systèmes de microfinance dans les économies rurales
d'Éthiopie ou d'Ouganda) parviennent à tirer meilleur parti des IDE malgré un niveau de
développement économique modeste. Une littérature spécialisée s'est intéressée aux cas
particuliers des PMA africains, où le développement financier est souvent rudimentaire. Les
travaux de Ndikumana (2014) montrent que dans ces pays, les IDE ont tendance à se concentrer
dans des enclaves extractives avec peu de liens avec le reste de l'économie, limitant ainsi leurs
retombées potentielles. L'étude approfondie de Djoukam et al. (2016) sur les marchés financiers
d'Afrique centrale révèle que l'absence de bourses de valeurs actives et la faible bancarisation
expliquent en grande partie la faible contribution des IDE à la croissance dans cette sous-région.
Ces constats soulignent l'importance de prendre en compte les fortes hétérogénéités régionales
dans notre analyse empirique.
3.3.4 Les différences sectorielles
Les études sectorielles apportent des nuances supplémentaires particulièrement éclairantes.
Dans les économies riches en ressources naturelles, les travaux d'Esu et Udonwa (2015) révèlent
une relation paradoxale : alors que les IDE extractifs peuvent générer une croissance à court
terme via les recettes fiscales (avec des élasticités autour de 0,4), l'interaction avec le
développement financier est souvent non significative, voire négative. Ce phénomène
s'explique par la nature enclavée de nombreux projets miniers ou pétroliers, qui opèrent souvent
en circuit fermé avec peu de liens avec le reste de l'économie locale. À l'opposé, dans les
secteurs manufacturiers ou agricoles transformateurs, les mêmes auteurs observent des
multiplicateurs financiers positifs et significatifs, soulignant l'importance cruciale de la
composition sectorielle des IDE.
Cette revue empirique permet de tirer plusieurs enseignements majeurs. Premièrement, l'impact
des IDE sur la croissance en Afrique est réel mais conditionné par plusieurs facteurs, confirmant
ainsi la pertinence de notre hypothèse H1 sur le rôle modérateur du développement financier.
Deuxièmement, les études récentes utilisant des mesures plus sophistiquées du développement
financier et des méthodes économétriques avancées tendent à trouver des effets plus robustes
que les travaux plus anciens. Troisièmement, l'hétérogénéité des résultats selon le niveau de
revenu des pays, mise en évidence dans notre hypothèse H2, apparaît comme un facteur clé
pour comprendre les divergences entre études. Ces éléments fournissent un cadre solide pour
la spécification de notre modèle empirique et l'interprétation de nos résultats.