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Le document traite de l'exploration de l'Afrique, en mettant l'accent sur les contributions de David Livingstone et d'autres explorateurs européens. Il retrace l'histoire de la pénétration européenne en Afrique depuis l'Antiquité jusqu'au XIXe siècle, en mentionnant les découvertes géographiques et les défis rencontrés par les explorateurs. L'ouvrage souligne l'importance des expéditions pour dévoiler les mystères du continent africain.

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Le document traite de l'exploration de l'Afrique, en mettant l'accent sur les contributions de David Livingstone et d'autres explorateurs européens. Il retrace l'histoire de la pénétration européenne en Afrique depuis l'Antiquité jusqu'au XIXe siècle, en mentionnant les découvertes géographiques et les défis rencontrés par les explorateurs. L'ouvrage souligne l'importance des expéditions pour dévoiler les mystères du continent africain.

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LIVINGSTONE

ET

L'EXPLORATION DE L'AFRIQUE
LA DÉCOUVERTE DU MONDE
Collection dirigée par Raymond Burgard

RENÉ MARAN

LIVINGSTONE
ET

L'EXPLORATION DE L'AFRIQUE
Dix-huit reproductions et trois cartes

DIXIÈME ÉDITION

GALLIMARD
DU MÊME AUTEUR :

Poésies

LA MAISON DU BONHEUR.
LA VIE INTÉRIEURE.
LE VISAGE CALME.
LES BELLES IMAGES.

Romans

BATOUALA. ( P r i x G o n c o u r t 1 9 2 1 . )
DJOUMA, CHIEN DE BROUSSE.
LE CŒUR S E R R É .
LE LIVRE DE LA BROUSSE.

Conte

LE PETIT ROI DE CHIMÉRIE.

Essai

LE TCHAD DE SABLE ET D'OR.

Tous droits de traduction, de reproduction et d ' a d a p t a t i o n


réservés p o u r t o u s pays, y compris l a Russie.
Copyright, by Librairie Gallimard, 1938.
A mon ami
CLAUDE MORGAN.
ITINÉRAIRE EFFECTUÉ PAR LIVINGSTONE DB NALIÉLÉ A LOANDA BT DE LOANDA A QUILIMANÉ.
R I V I È R E S ET LACS DÉCOUVERTS ET EXPLORÉS PAR LIVINGSTO
EXPLORATION DU C H I R É ET DE SES AFFLUENTS.
CHAPITRE PREMIER

L'AFRIQUE ET LA P É N É T R A T I O N EUROPÉENNE.

Histoire sommaire du continent noir, de l'antiquité


à nos jours, et noms des principaux explorateurs qui
l'ont peu à peu dépouillé, payant le plus souvent de
leur vie leurs découvertes, du mystère dont on se plai-
sait à l'envelopper.

L'Afrique constitue la partie la plus méridionale de


l'ancien continent. Elle est bornée : au nord, par la
Méditerranée; à l'ouest et au sud-ouest, par l'Atlan-
tique; au sud-est et à l'est, par l'océan Indien; au
nord-est, par la mer Rouge et l'isthme de Suez.
L'Equateur la tranche en deux portions inégales. La
plus grande relève de l'hémisphère boréal. Le tracé
de ses côtes rappelle, îles et îlots en moins, celui de
l'Amérique du Sud et de l'Australie. Elle couvre envi-
ron trente millions de kilomètres carrés de superficie,
par conséquent trois fois celle de l'Europe, développe,
du cap de Gibraltar au cap de Gibraltar, en passant
par le cap des Aiguilles, la mer Rouge et l'isthme de
Suez, un littoral de vingt-six mille kilomètres, et
affecte la forme d'une mangue.
L'Afrique est connue depuis la plus haute antiquité.
Etienne de Byzance nous a transmis quelques-uns des
noms qu'on lui a successivement donnés avant de l'ap-
peler ainsi. Olympie, Océanie, Eskhatie, Koryphe, Hes-
périe, Ortygie, Ammonide, Ethiopie, Cyrène, Ophiuse,
Lybie, Képhénie et Aérie sont parmi les principaux.
Le poète Ennius semble avoir été le premier à attri-
buer au continent noir, au lendemain de la deuxième
guerre Punique, le nom qu'il porte aujourd'hui. Peut-
être, à l'origine, n'a-t-il servi à désigner que la seule
Carthage. Quoi qu'il en soit, son étymologie ne laisse
pas de demeurer incertaine. Elle dériverait, si l'on se
fonde sur les dires de Servius, scholiaste de Virgile,
soit du latin « Aprica », qui signifie « exposée au
soleil », soit du grec « Apriké » qui signifie « privée
de froid ».
Aux Phéniciens revient l'honneur d'avoir fourni les
premiers renseignements précis touchant la périphérie
de l'Afrique. On sait, en effet, de nos jours, de façon
indiscutée, que les marins de Tyr et de Sidon, prenant
le commandement de la flotte égyptienne que le pha-
raon Nekoh avait mise à leur disposition, accomplirent,
pour le compte de ce dernier, à une date encore indé-
terminée, un voyage de circumnavigation que favorisa
le succès.
La flotte pharaonique, rangeant au plus près les
côtes africaines, doubla le cap des Aiguilles, atteignit
le golfe Arabique ou mer Rouge, puis, rebroussant
chemin, rallia tant bien que mal son point de départ
après de longues années d'absence, les cales bondées de
toutes les richesses d'Ophir.
Les Carthaginois effectuèrent un peu plus tard le
même périple, sous la conduite de Hannon. Les Grecs,
Hérodote en tête, se refusèrent à tenir pour vraie cette
double réussite. Rien ne paraît justifier leur incrédu-
lité. Aussi, à l'heure actuelle, est-on à peu près d'ac-
cord pour admettre que c'est à tort que l'historien
d'Halicarnasse dénie aux Phéniciens et aux Carthagi-
nois un exploit dont Pline l'Ancien, Cœlius Antipa-
ter, Héraclide, Eudoxe de Cyzique et Cornelius Nepos
les louent pourtant sans réserve. Et c'est très justement
que M. Eugène Domergue fait remarquer, dans l'un
des tomes de sa Géographie Pittoresque des cinq par-
ties du Monde, que « pour un esprit sans préjugé, cette
navigation autour de l'Afrique est un fait incontes-
table », et que « le passage de l'Equateur demeure
hors de doute, par cette circonstance si vraie, mais
qu'en sa naïve ignorance Hérodote accueillait avec
incrédulité, que le soleil se trouvait à la droite des navi-
gateurs ».
La découverte de l'Afrique littorale ne fit de sérieux
et constants progrès qu'à partir de 1415. Certes, la
carte que les frères Pizigani ont dressée en 1367, et
qui est conservée à Parme, ainsi que certains portu-
lans de 1375 appartenant à notre Bibliothèque Natio-
nale, font déjà mention de la rivière d'Or ou Rio de
Oro.
Madère, Porto Santo, les îles Canaries — ou îles
Fortunées — figurent de même sur des portulans plus
anciens. Enfin, si l'on accorde créance à certains
auteurs du dix-septième siècle, des marchands de
Dieppe et de Rouen auraient envoyé, dès 1364, des
expéditions au delà de Sierra-Leone, et auraient établi
le comptoir du Petit-Dieppe à l'embouchure du Rio
dos Cestos.
Il se peut, bien que la question prête à controverse,
q u e ces m ê m e s m a r c h a n d s , c o m m e d ' a u c u n s le p r é -
t e n d e n t , aient poussé l'année suivante leurs explora-
t i o n s j u s q u ' à la C ô t e d e l ' O r e t u l t é r i e u r e m e n t é c h e -
l o n n é l e u r s c o m p t o i r s d u c a p V e r t j u s q u ' à la M i n e , e t
q u ' i l s y a i e n t b â t i , v e r s 1 3 8 3 , u n e église q u i a d i s p a r u
depuis et d o n t personne n ' a jamais plus e n t e n d u parler.
Mais ce q u i est t o u t à f a i t s û r , c ' e s t q u e ce n ' e s t v r a i -
m e n t q u e sous le r è g n e d ' H e n r i le N a v i g a t e u r q u ' a
c o m m e n c é la p r o s p e c t i o n d e l ' A f r i q u e c ô t i è r e . Sous
l ' i m p u l s i o n d e ce g r a n d roi, les P o r t u g a i s , de 1415 à
1 4 6 3 , r e c o n n u r e n t t o u r à t o u r la G u i n é e , le C a m e r o u n ,
le C o n g o , l ' A n g o l a e t le B e n g o u é l a .
E n 1 4 8 6 , v i n g t - t r o i s ans a p r è s la m o r t d ' H e n r i le
Navigateur, Barthélemy Diaz, n a v i g u a n t au large d u
c a p des A i g u i l l e s a v e c les t r o i s galéasses d o n t il assu-
m a i t le c o m m a n d e m e n t , s ' a p e r ç u t u n j o u r , e n f a i s a n t
le p o i n t , q u ' i l a v a i t d o u b l é l ' i m p o s a n t p r o m o n t o i r e ,
f i g u r e de p r o u e d e l ' A f r i q u e , e t n o n s e u l e m e n t q u ' i l
l ' a v a i t d o u b l é , m a i s e n c o r e d é p a s s é d e p l u s de q u a r a n t e
lieues.
J a m a i s , d e m é m o i r e d ' h o m m e , P o r t u g a i s n ' é t a i t allé
si a v a n t . E t o n n é d e s o n a u d a c e , e t p e u t - ê t r e se c r o y a n t
p e r d u , D i a z f i t f o r c e voiles p o u r r a l l i e r la c ô t e e t le
c a p q u ' i l a v a i t é t é le p r e m i e r à d o u b l e r , m a i s f u t pris,
e n a r r i v a n t à h a u t e u r de celui-ci, dans u n o u r a g a n
d ' u n e telle v i o l e n c e , q u ' i l l u i d o n n a le n o m d e c a p des
T e m p ê t e s , a p p e l l a t i o n q u i l u i s e r a i t sans d o u t e r e s t é e ,
si le r o i J e a n I I n e l u i a v a i t s u b s t i t u é , d e p a r sa p r o p r e
a u t o r i t é , celle de c a p d e B o n n e - E s p é r a n c e .
I l c o n v i e n t d e m e n t i o n n e r , e n r e g a r d des v o y a g e s d e
c i r c u m n a v i g a t i o n q u e l ' A f r i q u e a p r o v o q u é s , les v o y a -
ges d ' e x p l o r a t i o n d o n t l ' i n t é r i e u r de ce c o n t i n e n t a
David Livingstone.
Guerrier Mazitou.
de tout temps été l'objet. Les Egyptiens d'abord, les
Romains et les Arabes ensuite s'y sont particulièrement
illustrés. On peut suivre la marche de leur pénétra-
tion continue dans les ouvrages de Strabon, de Pline
l'Ancien, de Denys le Périégète et de Pomponius Mela,
ainsi que dans le Livre des Routes et Royaumes, d'Ibn
Haoukhal, et les travaux similaires d'Abou Obéïd El
Békri, de Cordoue, ou ceux d'El Idriss, natif de Sebtah,
dont le nom moderne est Ceuta.
Il n'est que juste d'ajouter au palmarès de ces poly-
graphes, de ces annalistes ou de ces voyageurs, le nom
d'Ibn Batoutah, de Tanger, qui semble bien avoir été
le premier, vers 1353, à mentionner Tombouctou et
Gao dans ses relations de voyage, et El Hassane, de
Grenade, plus connu sous le nom de Jean Léon, qui,
plus heureux encore que son devancier, put visiter
Tombouctou à deux reprises.
L'Europe du dix-huitième et du dix-neuvième siè-
cle peut à bon droit s'enorgueillir d'avoir progressi-
vement déchiré le mystère dont paraissait se draper
l'hinterland africain. Le Voyage de M. Le Vaillant
dans l'intérieur de l'Afrique par le cap de Bonne-
Espérance suscita en 1789, lors de sa publication en
France, le plus grand enthousiasme. Les écrits de Bruce,
qui prétendait — faussement d'ailleurs — avoir décou-
vert les sources du Nil, avaient, un an auparavant,
reçu en Angleterre un accueil identique.
Les milieux savants de Londres profitèrent de l'oc-
casion pour fonder l'Asociation Africaine. Cette créa-
tion répondait à un besoin. L'Afrique était trop se-
crète. On tenait à desserrer ses lèvres et à pénétrer ses
pensées. Géologues, astronomes, physiciens, naturalis-
tes, philologues et voyageurs affluèrent d'emblée à ce
club qui s'était donné à tâche de la tirer de son silence.
Des projets on passa bientôt aux actes. John Ledyard
part le premier à l'assaut de l'Afrique. Il s'éteint au
Caire en 1788, avant que d'avoir pu donner un com-
mencement d'exécution à la mission qu'on lui a con-
fiée. L'Association Africaine lui trouve tout de suite
un remplaçant. Ce remplaçant, le Major Houghton,
n'a guère plus de chance que John Ledyard, et meurt
trois ou quatre ans plus tard, après avoir échoué dans
sa traversée du Sahara.
Paraît alors Mungo Park. Il débarque en Gambie,
le 21 juin 1795, pour le compte de l'Association Afri-
caine, se met immédiatement en campagne et parvient
à harmoniser, en dépit de mille et mille difficultés, les
premières informations dignes de foi qu'on ait pu
avoir touchant le Niger.
Cependant George Browne explore le Darfour. Hor-
nemann fait de même pour les provinces de Tripoli
et du Fezzan. L'explorateur français G. Mollien, un
des rescapés du radeau de la Méduse, découvre les
sources du Sénégal en 1818. En 1820, Dupuis et Hut-
ton essaient vainement de dépasser la capitale du
royaume des Achantis. Clapperton, le docteur Oudney
et le major Denham débarquent à Tripoli en 1827,
et traversent le Sahara avec l'intention d'atteindre le
Niger, dont le major Laing a découvert les sources
en 1821. Bref, d'année en année, le nombre ne cesse
d'aller croissant des chercheurs et des savants qui ré-
pondent à l'appel de l'Afrique.
Le présent ouvrage, tout consacré qu'il soit à la vie
et aux explorations de David Livingstone, né à Blan-
tyre, le 19 mars 1813, et mort à Tchitambo, le
1 er mai 1873, se devait, avant que d'entrer dans le
vif du sujet, d'accorder ce juste hommage aux explo-
rateurs déjà cités, ainsi qu'aux Cameron, aux Serpa
Pinto, aux René Caillié, aux Henri Barth, aux Nach-
tigal et à tous ceux de leurs émules qui ont trop sou-
vent payé de leur vie l'audace d'avoir voulu appren-
dre au genre humain à mieux connaître le continent
noir.
La vie de Livingstone a été plus ou moins la leur.
Ils ont souffert de ses fatigues et vécu les heures de
solitaire exaltation qui l'ont maintes fois transporté
au delà de lui-même.
On ne pouvait, dans ces conditions, les passer sous
silence, sans manquer à la plus élémentaire probité.
CHAPITRE II

LA J E U N E S S E STUDIEUSE DE DAVID L I V I N G S T O N E .

David Livingstone, aîné des enfants d'une pauvre


famille écossaise de vieille noblesse, se voue, dès
l'enfance, à l'évangélisation des races de couleur. Il
est obligé, pour alléger les charges de sa famille,
d'entrer, à peine âgé de dix ans, en qualité de ratta-
cheur à la manufacture de coton de Blantyre-Works
et de faire ses premières classes à l'école du soir. De
rattacheur devenu fileur, il s'installe à Glasgow, y
commence ses études médicales, afin de pouvoir s'atte-
ler un jour à la réalisation des rêves qui le hantent,
s'inscrit à un cours de théologie, et, reçu docteur en
médecine, part comme médecin-missionnaire pour
l'Afrique du Sud.

Un matin de 1823. On est en Ecosse. Il n'est pas


encore six heures. Une obscure clarté commence à
poindre sur Blantyre, comté de Lanark. La Clyde
transpire de légers brouillards. L'air est vif, bien que
moite. Les ouvriers, se rendant au travail, défilent à
travers les rues de la cité, par paquets de trois ou de
quatre, par groupes de huit ou de dix, les yeux bouffis
de sommeil, la bouche amère, le dos tendu, comme
s'ils s'attendaient à recevoir des coups de trique. La
boue grasse ventouse leurs souliers avachis. La misère
encrasse leurs traits. Ils semblent la ruminer lentement.
Trimer est leur commencement et leur fin.
Passe un petit garçon pauvrement mais proprement
vêtu. Son visage est net, sous la broussaille de ses che-
veux roux, et nettes sont ses mains. Comme il paraît
soigné de sa personne et sérieux pour son âge! Où
court-il, si matin, des livres sous le bras? N'essayez
pas de le lui demander. Vous y perdriez votre temps.
Le petit David Livingstone, malgré ses dix ans, ne
muse jamais en chemin.
Il n'a que dix ans. Voilà pourtant près de dix mois
qu'il travaille, en qualité de rattacheur, à l'importante
manufacture de coton de Blantyre-Works, sise sur les
bords de la Clyde, un peu au-dessus de Glasgow. Il
a bien fallu qu'on se résolve à lui faire gagner tôt
sa vie. La famille Livingstone n'est pas riche et compte
de nombreuses bouches à nourrir. Les gains du petit
David, quelque modestes qu'ils soient, permettent
d'alléger dans une certaine mesure les charges qui l'ac-
cablent.
Le Seigneur se plaît souvent à éprouver plus que de
raison ceux qu'il aime. Les Livingstone le savent bien,
qui comptent depuis longtemps au nombre de ses élus.
Peu importe, du reste. L'adversité n'est pas pour les
abattre. Jamais aucun des leurs n'a failli au devoir.
Leur devise, de père en fils, est honneur et probité.
Il est vrai qu'ils ont de qui tenir. Ils descendent de
ces vieux nobles des Highlands, qui mettaient le meil-
leur de leur orgueil à se conduire en toute occasion
de manière à n'avoir jamais à rougir de leurs actes.
Les Livingstone sont en effet de sang noble. U n de
leurs ancêtres a trouvé la mort sur le champ de bataille
de Culloden, en servant les Stuarts et leur infortune.
Leur déchéance est allée s'accélérant à partir de ce
moment-là. Elle a forcé le grand-père et le père du
petit David à vendre, en fin de compte, les derniers
lopins de terre qu'ils possédaient à Ulva, leur lieu de
naissance, pour venir s'établir à Blantyre, où le petit
David a vu le jour.
Son enfance a été rude et brève. On l'a bercée des
plus belles légendes écossaises. Il arrivait aussi qu'on
parlât fréquemment d'Ulva autour de son berceau. Il
a su, plus tard, qu'Ulva, la sombre, dont Walter Scott
a chanté la splendeur en une de ses œuvres, faisait
partie de ces riantes Hébrides qui semblent monter la
garde autour de l'île de Staffa, elle-même gardienne
des trésors des grottes de Fingal. Il sait aussi que les
Français sont de méchantes gens; qu'on a dû détrôner,
pour les mettre au pas, un certain Napoléon, qui vou-
lait réduire l'Angleterre au servage. Il sait enfin qu'il
n'est de nation au monde qui puisse s'égaler à la sienne.
Elevé dans la religion protestante, ayant appris à
épeler ses premières lettres dans la Bible, ne voyant
autour de lui que les bons exemples que lui donnent
les siens, le petit Davy ne pouvait faire qu'un apprenti
modèle. La filature de coton de Blantyre-Works n'eut,
en fait, qu'à se louer de l'application et du zèle qu'il
montra dès son entrée en service. Il arrivait le matin
à six heures à l'atelier, en partait le soir à huit, exécu-
tant méthodiquement, méticuleusement, scrupuleuse-
ment tout ce qu'on lui avait prescrit de faire, ne bou-
dant jamais à l'ouvrage, ne se plaignant jamais de rien
ni de personne.
Mais petit bonhomme nourrit de grands desseins.
Les belles histoires dont on a enchanté son enfance
l'ont empli de rêves ouatés de la mélancolie qui sourd
du brumeux miroir des lacs d'Ecosse. Son âme est
toujours en partance pour les lointaines contrées où
l'on peut se dévouer à plaisir. Il sent qu'il est du devoir
de l'homme blanc de se pencher sur les races en re-
tard, pour les instruire et les élever progressivement à
sa civilisation. Ne peuvent toutefois se consacrer à cet
apostolat que les sujets d'élite. D'où, pour lui, néces-
sité d'acquérir une instruction solide et de faire de
fortes études théologiques.
Des cours du soir avaient lieu à la fermeture des
ateliers. On en faisait chaque jour, sauf les dimanches
et jours fériés. Ils duraient deux bonnes heures. Le
petit David s'y montra tout de suite assidu. Il avait
prélevé sur ses premiers gains de quoi acheter les livres
dont il avait besoin. La classe prenait fin à dix heures.
Restaient les devoirs à faire, les leçons à apprendre.
Il s'y employait jusqu'à minuit, seul entre les quatre
murs de sa chambre. Ainsi, Drouot, enfant, apprenait
ses leçons, la nuit, et faisait ses devoirs au rougeoie-
ment du fournil paternel.
Quel exemple, que celui de la patiente ardeur et de
la studieuse persévérance de cet enfant formé à l'école
de la médiocrité, voire de la misère ! La logique est
son péché mignon. Il tient à connaître le comment et
le pourquoi de ce qu'on lui enseigne. Il est ordonné,
aime la clarté en tout, en un mot a l'esprit cartésien.
Ce qu'il s'est enfoncé une fois en tête y est bien
et n'en sort plus. C'est ainsi qu'il apprend tout d'abord
le latin. C'est ainsi qu'il apprendra le grec, le moment
venu. Il ne laisse pas, entre temps, de dévorer tout ce
qui lui tombe sous les mains. Il a soif de lecture, alors
que les enfants de son âge ne pensent qu'à jouer. La
lecture est son jeu. Il s'y donne à cœur joie, chaque
fois que l'occasion s'en présente.
Mais les ouvrages qui lui plaisent ne sont pas ceux
qu'on pourrait croire. Il n'a que faire, par exemple,
des contes de fées et des romans de cape et d'épée.
Ce qu'il lui faut, ce sont des livres de science et des
récits de voyages. Les premiers sont pour lui autant
de coups de sonde donnés dans les hautes études qu'il
brûle d'entreprendre, les seconds lui permettent de se
familiariser, tout au moins en pensée, avec les peu-
plades qu'il s'est promis d'amener à Dieu, le jour où il
sera homme.
Le hasard, qui fait souvent bien les choses, place un
matin sous ses yeux la Philosophie de la Religion et la
Vie future, de Thomas Dick. La lecture de cet ou-
vrage, le confirmant dans l'idée que science et reli-
gion, loin de s'entre-détruire, s'épaulent au contraire
l'une l'autre, exerce sur lui une telle influence, qu'elle
décide de l'orientation de sa vie.
Il n'a plus, à compter de ce moment, qu'un désir
au coeur : celui de vouer son existence au soulagement
des misères humaines et de devenir un pionnier de la
foi chrétienne. Il ne pense plus, dès lors, qu'à partir
comme missionnaire en Extrême-Orient, et se prépare
à faire ses études médicales, afin d'être bientôt à même
de soigner les corps et de guérir les âmes.
U n vieux traité de botanique bivalent lui révèle à
cette époque et le monde de la flore et les arcanes de
l'astrologie. Il herborise avec passion durant cette
période de sa vie, et profite de ses rares loisirs pour
courir avec son frère le Lanarkshire, en quête d'herbes
et de simples.
Puis le goût de la géologie s'empare de lui. On ne
le rencontre que livres à la main. La soif le dévore
d'aller toujours plus avant dans le domaine de la con-
naissance. Il poursuit ses études avec un acharnement
accru, leur consacre même les heures qu'il passe à la
filature. Il place à cet effet le livre qu'il étudie sur
le métier qu'il a à surveiller, de manière, dit-il dans
l'une des pages de l'introduction qu'il a écrite pour
Explorations dans l'intérieur de l'Afrique australe, « à
saisir les phrases les unes après les autres, tout en mar-
chant pour faire la besogne ». Et il ajoute ces lignes,
qui mettent en évidence une de ses facultés maîtresses:
« J'étudiais ainsi constamment sans être troublé par
le bruit des machines. C'est à cela que je dois la faculté
de m'abstraire complètement du bruit que l'on fait à
côté de moi, et de pouvoir lire ou écrire tout à mon
aise au milieu d'enfants qui jouent, ou bien dans une
réunion de sauvages qui dansent et qui hurlent. »
Il monte en grade, à dix-neuf ans, et de rattacheur
est promu fileur. A métier pénible situation meilleure.
Ses gains plus élevés lui permettent enfin de satisfaire
son ambition de toujours. Comme elle est quadruple,
il s'installe à Glasgow, l'hiver de 1833, y continue ses
études médicales, se perfectionne dans le grec et s'ins-
crit au cours de théologie que professe le docteur
W ardlaw.
On lui conseille alors d'adhérer à la « Société des
Missions de Londres », organisme d'évangélisation qui
présente la singularité d'être dégagé de tout esprit
de secte. Il s'y fait admettre, non sans rechigner quel-
que peu. Toute discipline d'église pèse à son anti-con-
formisme. Il ne se plie de bon gré qu'à celles qu'il s'im-
pose. Et celles qu'il s'impose sont des plus strictes.
Reçu à son doctorat en médecine, il achève ses
études théologiques et part, en 1840, comme médecin-
missionnaire, non pour la Chine, que la guerre ferme
pour lors à l'Europe, mais pour le Cap, en Afrique
du Sud.
Il y débarque après trois mois d'un voyage sans
histoire. Le Révérend docteur David Livingstone se
trouve à présent à pied d'œuvre. Un de ses rêves les
plus chers s'est réalisé. L'apôtre et le savant qui vivent
en lui vont pouvoir se livrer à leur passion commune.
Le plus fort est fait. Il est venu aux noirs, animé de
cette foi qui déplace les montagnes. L'Afrique lui
appartient désormais. Il n'a plus qu'à prendre sa
mesure et à la vaincre.
CHAPITRE III

L I V I N G S T O N E E T SES P R E M I È R E S A N N É E S E N AFRIQUE.

David Livingstone, à peine arrivé au Cap, se rend


à Kourouman, en passant par la baie d'Algoa. Le jeune
missionnaire fait la connaissance, à Kourouman, de
Mary Moffat, fille du Directeur des Missions du pays,
se marie peu après avec elle, mais non sans avoir
fondé auparavant deux missions, dont l'une, la seconde,
celle de Kolobeng, est sise au cœur des tribus Bakouains.
C'est à Kolobeng que Livingstone commence à pré-
parer ses expéditions futures, tout en étudiant les
mœurs, les coutumes et les langues des peuplades au
milieu desquelles son destin le fait vivre. Les conti-
nuels démêlés qu'il a avec les Boërs le poussent à cher-
cher plus au nord un terrain de mission. Il traverse
à cet effet le désert de Kalahari, découvre le lac Ngami,
arrive, plusieurs mois plus tard, sur les bords de la
Tchobé, affluent du Haut-Zambèze, et y lie commerce
d'amitié avec Sébitouané, roi des Makololos. La mort
de ce grand roi retarde un moment ses projets. Il
rallie le Cap, y embarque sa femme et ses enfants
pour l'Europe, puis regagne le pays des Makololos.

Il ne séjourne au Cap que le temps de parfaire l'équi-


pement que nécessite sa nouvelle vie, puis se met en
devoir de rejoindre son poste. Il devait, en premier,
toucher barre à la baie d'Algoa. Il s'y rendit par voie
de terre. On ne se déplaçait qu'en char à bœufs à
cette époque. M. Le Vaillant a décrit ce mode de loco-
motion dans son Voyage dans l'intérieur de l'Afrique
par le cap de Bonne-Espérance. « J'avais fait cons-
truire, narre-t-il en un des passages de son savoureux
ouvrage, deux grands chariots à quatre roues, couverts
d'une double toile à voiles, cinq grandes caisses rem-
plissaient exactement le fond de l'une de ces voitures,
et pouvaient s'ouvrir sans déplacement. Elles étaient
surmontées d'un large matelas sur lequel je me pro-
posais de coucher durant la marche, s'il arrivait que
le défaut de temps ou toute autre circonstance ne me
permît pas de camper; ce matelas se roulait en arrière
sur la dernière caisse, et c'est là que je plaçais ordi-
nairement un cabinet ou caisse à tiroirs destinée à
recevoir des insectes, papillons et tous les objets un
peu fragiles, et qui demandaient plus de ménagement.
« C'est ce premier chariot qui portait presque en
entier mon arsenal. Nous l'appelions le chariot-maître.
Le second chariot offrait en caricature le plus plaisant
attirail qu'on ait jamais vu; mais il ne m'en était pas
pour cela moins cher. C'était ma cuisine. »
Livingstone gagna ensuite Kourouman, qui passait
pour être le chef-lieu des missions du pays. Kourou-
man, fief du Révérend Moffat, qui allait bientôt deve-
nir le beau-père de Livingstone, n'avait pas beaucoup
changé depuis la visite que le voyageur anglais Thom-
son lui avait rendue en 1823. Livingstone s'y attarda
deux ou trois semaines, son convoi de bœufs ayant
besoin de souffler, puis se dirigea, flanqué d'un second
missionnaire, sur la région qu'occupaient les tribus
Bakouénas relevant de l'autorité du chef Sétchélé, dont
il fit la connaissance à Chonouané.
De Chonouané, où il ne fit que passer, il revint à
Kourouman, d'où il repartit pour aller s'installer en
un endroit appelé Lépélolé ou Litoubarouba, situé à
vingt-cinq kilomètres de Chonouané.
Il y fit retraite pendant six mois, fuyant la société
de tout Européen. La raison de cet isolement volon-
taire peut sembler singulière. Elle prouve au contraire
le sérieux du caractère de Livingstone et l'inflexible
logique présidant à la mise en train des projets qu'il
caresse.
Il n'a pas oublié les instructions que les directeurs
de la Société des Missions lui ont prodiguées à son
départ de Londres, en guise de viatique. Elles tiennent
en quelques mots. Il devait, dès son arrivée en Afri-
que, déployer le meilleur de son activité évangélique
au nord de Kourouman. Il importait, par conséquent,
qu'il se familiarisât au plus vite avec les langues et
dialectes familiers aux indigènes des parages où il
venait de s'établir.
Savoir comprendre et se faire comprendre, c'est
déjà aimer. On n'arrive à se faire comprendre de
l'indigène qu'en se créant une âme indigène. Dès ses
premiers pas en Afrique, Livingstone, n'écoutant que
les illuminations de son cœur, appelle au service de
ses desseins la formule de pénétration morale et spiri-
tuelle que le pape Pie XI a depuis transformée en une
sorte d'impératif catégorique. Il aurait voulu que
l 'Angleterre n'envoyât aux colonies que des âmes.
C'est l'expression dont s'est servi, il y a un ou deux
lustres, le grand poète hindou Rabindranath Tagore,
dans un essai qui mériterait d'être plus connu qu'il ne
l'est, et que les coloniaux de profession ne méditeront
jamais trop.
Les Barolongs, ennemis des Bakouénas, ayant profité
d 'une de ses absences pour mettre à sac et détruire
le petit poste qu'il avait établi à Litoubarouba, il fonde

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