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Ou Va La Science BOUDET

Le document explore la nature de la science, en questionnant son idéal et sa relation avec le savoir, tout en soulignant la distinction entre le scientifique et le savant. Il aborde le fonctionnement de la science, son progrès, et son impact sur le quotidien, en insistant sur l'importance de la pratique et de la technique dans la recherche scientifique. Enfin, il conclut que la science est une quête perpétuelle de connaissance, toujours en évolution et jamais complète.

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Ou Va La Science BOUDET

Le document explore la nature de la science, en questionnant son idéal et sa relation avec le savoir, tout en soulignant la distinction entre le scientifique et le savant. Il aborde le fonctionnement de la science, son progrès, et son impact sur le quotidien, en insistant sur l'importance de la pratique et de la technique dans la recherche scientifique. Enfin, il conclut que la science est une quête perpétuelle de connaissance, toujours en évolution et jamais complète.

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OU VA LA SCIENCE?

Par Claude BOUDET


Docteur ès Lettres
Professeur à l’IUFM de Montpellier

« Science sans conscience n'est que ruine de l'âme ». Cette pensée de Rabelais
devenue adage révèle à la fois l'inquiétude et le doute de chaque scientifique: sage ou
savant, seulement; ou bien savant et sage? Quel idéal pour la science? A moins que la
science réfute de son existence même, l'existence possible d'un quelconque idéal.
En tant que telle, la Science n'est qu'un Mot. Non pas un mot vide. .. au contraire un mot
trop plein, trop général, que n'importe qui utilise en prenant le risque de désigner, par
lui, n'importe quoi.
Le rôle du philosophe, parmi bien d'autres sans doute, est de préciser des distinctions
au sein de ce qui est trop simple car, ainsi que Paul Valéry le dit:« le simple est toujours
faux». Attention cependant car il ajoute aussitôt... « ce qui ne l'est pas est
inconnaissable ». (1)
Ce qui semble vrai néanmoins c'est que sous le vocable science nous désignons des
sciences déjà en grand nombre, un «essaim» de sciences comme le dirait Socrate(2).
De fait, également, ces sciences se ramifient elles-mêmes en sciences toujours plus
nombreuses et sectorisées.
Cependant chacune de ces sciences... et toute science possible, contient, sécrète,
exprime un savoir sans cesse en progrès. Science et savoir: faut-il établir une différence
essentielle entre ces deux termes? La science serait-elle un acquis, une sorte d'état et
le savoir une activité dynamique? C'est ce que nous proposons pour l'instant. Au risque
par la suite de considérer l'inverse.
Dans cette activité dynamique (science ou savoir) se manifeste ce que la philosophie
appelle l'activité de connaissance, essentielle au sens singulier de l'existence humaine,
parmi les vies simplement animales. L'homme connaît pour agir et aussi parce qu'il agit
ou réagit naturellement. C'est aussi en lui le sentiment profond, natif, d'une capacité
interne à comprendre les choses qui l'entourent, par besoin d'abord, par désir ensuite et
par plaisir. C'est ce qui correspond à la curiosité. L'homme prend soin au sens fort du
terme de l'ensemble des choses qui l'entourent. Il est en symbiose avec son
environnement: cette symbiose bonne et mauvaise pour la nature, c'est le domaine de
la science, que celle-ci soit l'ensemble de savoirs ou une activité de connaître.

Ainsi le scientifique se démarque du savant. Celui-ci est toujours auréolé d'un savoir
acquis, solide, fiable, celui d'un monde objectif sûr de son être et sécurisé par la
pratique sociale de la science. Le scientifique est aussi sans doute un savant mais il
n'affiche pas péremptoirement son savoir, opposé à toute autre interprétation possible
du monde: il n'est pas dogmatique; il avance seulement toujours plus dans la démarche
scientifique, construisant «certainement» de la sécurité autour de nous, une réalité
solide et chaque jour plus fiable; il installe dans la masse indéfinie du Réel une
objectivité de plus en plus ferme et compacte.
Un autre problème se pose alors sur le sens de la science elle-même. Faut-il considérer
tout un faisceau de plus en plus épais de sciences diverses d'une part et une activité
technique d'autre part qui prendrait forme relativement à chacune des sciences à
laquelle on demanderait de devenir pratique donc utile? Ou bien ne doit-on pas
envisager seulement que la science en tant qu'activité de connaissance intellectuelle ?
Où va la science? Cette question pose en fait la question cruciale du pluriel: si la
science est une elle est une quête de l'universel. Si elle se diversifie indéfiniment,
devenant plusieurs sciences, X sciences, elle constitue, une interprétation avec des
mots qui s'applique sur le réseau des choses que l'homme expérimente. Elles ne sont
alors qu'un ensemble de discours qui décryptent non pas l'universalité du monde mais
son infinité. Dans la première approche, le Tout est présent en permanence, immanent
à la pensée scientifique. Dans la seconde, ce Tout n'est pas, il est plutôt indéfiniment
autre que lui-même, fuyant et fugace: les sciences ne construisent ainsi qu'un
ENSEMBLE idéel, couplé à l'ensemble de la réalité approchée seulement par notre
connaissance (3).
Par là, ou bien nous suivons des chemins de la connaissance en voie de connaître le
Tout. Ou bien le chemin de la science se limite à une voie qui tente de maîtriser
l'ensemble formel qu'elle construit.

LA VOIE DU SAVOIR

La science, qu'elle soit une ou multiple, ouvre à l'homme un domaine dont il se croit le
maître. Déjà DESCARTES nous avertissait: le tronc de l'arbre de la connaissance est la
physique. (4)
La physique est savoir de la nature: c'est-à-dire qu'elle approche au plus secret la
signification des choses; elle est le sens des réalités (par exemple un corps tombe parce
qu'il est pesant, attiré par le centre de notre planète Terre etc..). Ce qui a permis aux
hommes au fur et à mesure de leur histoire, d'apprendre de plus en plus à manipuler,
manier, maîtriser, utiliser les choses. Le savoir physique s'accompagne d'un savoir-faire.
Il conduit à une mise en pratique, autrement dit intervient dans un contexte d'action.
Mais en retour le faire, résultant du savoir implique une habileté tant intellectuelle que
corporelle de l'utilisation, marquée par la répétition possible x fois possible. Cette
implication est celle d'une mise en théorie, peut-être pas immédiate mais nécessaire à
terme très court, le paradigme d'action prenant le relais de la « méthode» instinctive des
essais et des erreurs.
Ainsi le simple bon sens, « chose de monde la mieux partagée »(5), se prolonge en
sens pratique expérimental.

1. Le Fonctionnement de la Science

L'activité scientifique (sciences==techniques) se constitue dans ce que l'on peut appeler


un champ.
La découverte de ce champ remonte à la nuit des temps, au départ même de l'aventure
de l'espèce humaine et de l'existence des hommes: elle est vécue dans le cadre d'un
domaine à maîtriser toujours plus en extension et en profondeur. Ni un homme seul ni
l'Homme n'est maître tout de suite ni pour toujours de ce domaine qu'il s'attribue avec
audace et fierté. Il est autant à acquérir qu'à défendre.
Ce domaine exige donc un travail. Ce travail s'institue dans le progrès de l'analyse de la
réalité des choses x, y, ou z... dans une recherche fondamentale qui va donc au « fond»
des choses, autant qu'il se peut du moins. Il ne suffit pas de découper en autant
d'éléments simples que possible, il faut aussi les identifier dans leur sens propre, ajouter
à leur mot (qui les nomme) leur essence, leur être intérieur (5) ; et parvenir donc à
comprendre (prendre ensemble) tous ces éléments dans leur mutuelle liaison de fait.
Dans ce travail il est indispensable de déterminer ou de créer des moyens pour
maîtriser les choses dans leur nature fondamentale. Il faut une véritable culture du
champ scientifique à partir de matériaux/outils qui permettent de le retourner en tous
sens; il est inévitable de parler de synthèse à la condition que celle-ci ne soit pas
systématisée, au contraire assez souple pour accepter des déformations à partir
d'informations nouvelles issues d'autres faits du champ analysé et reconstruit de
manière à être praticable.

La pratique du champ scientifique, autrement dit l'activité humaine qui consiste à passer
d'une expérience à une théorie et d'une théorie à une pratique maîtrisée et régulière,
consiste à associer et à composer des concepts ou des « idéats » (6) et des machines
ou des outils: les premiers se maîtrisent par des théories; les seconds par des
techniques. Le scientifique use d'autant de méthodes, obéissant toutes à des
paradigmes.
Ainsi la technologie constitue une pratique régulière du Réel, entrée dans les mœurs.
Régulière (règles de fonctionnement) et socialisée (règles d'utilité). Au sens fort du
terme c'est elle qui fait fonctionner la science en général ou les sciences singulières en
montrant leur rentabilité de même qu'elle en montre la vérité.
La voie qui s'ouvre ainsi au scientifique est alors tout simplement l'efficacité: c'est vrai si
çà marche. Ce n'est là rien d'autre que le pragmatisme, c'est-à-dire l'affirmation ou plutôt
la confirmation d'une vérité par sa mise en pratique régulière et ordonnée.

2. Le progrès de la science

Ce qui est en jeu, alors, c'est l'horizon qui se profile dans le devenir du
fonctionnement scientifique. C'est vrai si çà marche, soit. De façon encore plus frustre :
tant que çà marche. Le pragmatisme appelle ainsi une sorte de fatalisme qui associe
l'utile au vrai, c'est-à-dire son utilisation: « la pile Wonder ne s'use que si l'on s'en sert ».
En parodiant ce slogan célèbre on peut affirmer que la science nous fournit du vrai, que
ce est vrai est vrai tant que l'on s'en sert, quitte à ce qu'il soit jeté après, nié ou renié dès
qu'il n'est plus utile L'horizon immédiat de la science se réduit par là à un simple
opportunisme. Il y a des faits, des théories, des concepts, des lois qui peuvent devenir
obsolètes: ils ne perdent pas de leur valeur, mais leur utilité..
Ceci pourtant n'est pas tout à fait vrai. Pour le philosophe, le logicien, et chacun de
ceux qui associent au vrai une valeur d'éternité universelle, ce qui est vrai est vrai
toujours et pour toujours. Il vaut mieux dire qu'il y a beaucoup de vérités scientifiques
qui ne sont pas utilisées ou plus utilisées.
Il faut considérer aussi que le savant a peut-être un idéal total du savoir du Réel; le
scientifique par contre n'a pas dans son savoir de vue d'ensemble de la réalité. Qui plus
est: plus une science est sectorisée, «pointue », plus l'ensemble où elle s'inscrit est
«vu» dans le flou. Le scientifique bien souvent est comme le promeneur de nuit: sa
lampe frontale éclaire devant lui, mais tout autour une obscurité relative, parfois totale
règne.
On peut considérer encore que l'horizon scientifique n'est pas indéfiniment ouvert...
de tous côtés. Il est constitué seulement de centres de visée desquels la lumière
rationnelle de l'intelligence projette sa méthode, utilise ses concepts et conçoit des choix
utiles (se résignant souvent à ne pas aller là où cela ne servirait à rien). Cette lumière de
la raison cherche à comprendre et à maîtriser ces secteurs par cette compréhension
même prolongée en pratique d'une technique. De chaque centre le chercheur (le
scientifique décidé à aller le plus loin possible dans sa visée) part d'un postulat
fondamental appuyé quant à lui non pas sur du vide, du rien.. . Mais de l'obscur; bien
que la plupart du temps cette obscurité résulte d'une évidence aveuglante. « Cela doit
être ainsi..» car« cela ne peut pas être autrement ». La visée scientifique ne fait que
formaliser une vision habituelle des choses, commode, vision d'un monde de fait déjà
pratiqué « instinctivement» par le bon sens de chacun.
A partir de ce postulat la pensée scientifique structure le domaine peu à peu acquis sur
l'horizon en élaborant des axes de rationalité. Ceux-ci constituent de véritables «
forces» intellectuelles qui assurent l'avancée toujours plus loin dans la construction
artificielle de théories -pratiques lesquelles, regroupées, assurent le fonctionnement
effectif de la science Des systèmes. Il s'agit là d'un système général que l'on connaît
dans la pensée abstraite: axiomes, principes, théorèmes, lois, applications. Ce système
est éminemment mathématisable, de même que la mathématique demeure le modèle
éminent de la science.
Il faut ajouter cependant que ce progrès indéfinissable et expérimental des sciences
n'est possible que par la rétroaction continue théorie/pratique. Régulièrement, mais de
façon imprévisible seulement, souvent liés à des événements -découvertes ou des
événements -besoins, il apparaît ainsi dans l'histoire des retours de science qui font
partie du processus de la pratique sociale en cela qu'ils sont censés en résoudre les
problèmes... bien que d'autres problèmes apparaissent ensuite inévitablement.
On peut, en le détachant de son contexte politisé du marxisme, envisager alors dans
une dimension de plus en plus généralisée et dense, un matérialisme scientifique
véritable. La matière est objet de science. Et dans la nature, seule la matière est
scientifiable, c'est-à-dire connaissable.
Mais quel en est le fondement? La matière est son propre postulat fondamental, appuyé
lui-même sur l'obscur.

3. L'invasion scientifique du quotidien

Ce matérialisme scientifique, pensée pratique du monde, se projette dans notre


existence commune et banale qui est celle du quotidien.
Il devient ce que l'on peut appeler «matérialisme ordinaire », lequel ne se contente pas
de penser le monde « tel qu'il est », disons-nous, mais nous conduit à penser notre «vie
dans le monde» selon un modèle à rationalité minimale: l'utile l'agréable, le besoin - le
désir, le possible - le résultat, la communication indéfiniment redondante d'un sens
commun par lequel notre bon sens se redouble, tous deux « prouvés» par l'efficacité du
tandem sciences - techniques. Autrement dit: le réalisme, qui nous débarrasse de
toute préoccupation d'esprit, qui nous dispense de l'esprit.
A notre époque envahie par la science, pétrie de technologie, qui pourrait se passer du
progrès scientifique? Se passer de machines, se passer de rationalité, se passer de
calculs. Les chiffres ont remplacé les mots, les codes se substituent aux noms, les mass
media aux sentiments personnels; ils ont conduit, ainsi, à tisser un véritable réseau
mental, artificiel plaqué de plus en plus finement sur la réalité naturelle. Ce réseau est
peut-être simplement interprétatif, herméneutique. Tant pis ou tant mieux pour le
réellement vrai: la vérité provient dans la voie de la science de son efficacité de plus en
plus prouvée, de plus en plus redoutable, de plus en plus fatale. . . comme un Fait
massif que nous nous sommes nous-mêmes construit de toutes pièces.

La Voie du savoir, c'est savoir toujours plus.

LE SAVOIR DE LA VOIE
Se poser une telle question relève sans soute d'une interrogation qui n'a rien de
scientifique. Et pourtant?
Soit la Science dans son ensemble de sciences à nombre variable, reste aveugle,
appuyée sur l'obscurité de son origine, distante à jamais d'un événement terminal qui la
conduirait au savoir absolu; soit les sciences resteront dispersées, chacune dans son
domaine, uniquement soucieuse de son efficacité technique.

1. Une voie s'institue dans un environnement mal connu ou inconnu. Elle implique une
direction, un but de mouvement. En sciences, les directions sont foisonnantes: tout
peut devenir objet de science. Le but qui leur reste commun est à court terme celui de
l'objectivité... ce qui est dit, analysé et redit par synthèse pour être indéfiniment
applicable en pratique et se satisfait simplement de coller au Réel.
Quant au terme final, (but -objectif -fin), la science ne pourrait s'achever qu'en se
remâchant elle-même, en s'approfondissant, en s'affinant. De telle manière que la
science comme la pensée, comme le désir, ne s'arrêtera jamais ou du moins durera
tant que l'intelligence, humaine ou non, existera, tendue par la libido intellectuelle.
Ainsi la voie du savoir ne peut s'inscrire que dans une réalité considérée comme un
ensemble immense auquel elle ajoute sans cesse de nouvelles choses techniques.
Elle ne pourra jamais correspondre à tout l'ensemble du Réel=Vrai puisqu'elle le fait
évoluer continuellement.

2. Ce qui pose le statut de la vérité. Celle-ci est une réalité au deuxième degré, une
réalité de la réalité, ce qui est réel du Réel pour nous, hommes. Mais qu'est-ce qui est
réel en Fait absolu? Et pour qui? Pour un individu la réalité n'a qu'une vérité subj
ective et s'entoure de maintes illusions ou hallucinations. Pour l'espèce humaine toute
entière, la vérité du Réel est ce qui crée les conditions de sa vie, de sa survie et de
son progrès dans une vie toujours améliorée dans ses conditions. Pour la société,
groupe intermédiaire d'hommes, située entre la subjectivité et l'être -pour - nous, se
place l'objectivité, cadrée par la raison (faculté d'ordre) et soumise à l'efficacité de la
praxis (exigence de résultat sûr) : cette objectivité, on le sait, varie de société à
société, d'époque à époque.
Ainsi nous manquons, pour la vérité, dans ce voyage de 1'Homme parmi les choses,
de boussole, de pierre de touche, d'axe premier: c'est bien cela qui nous montre, que
l'on soit scientifique ou non, la fragilité du nécessaire (6).
Les sciences nous proposent donc de la réalité en plus; c'est tout ce qui peut être dit.

3. La science ainsi est alors avant tout une pensée logique. La parole/langage édifie un
système stable, continu, capable de s'auto- construire à partir de fondements/prédicats
qu'elle se donne elle-même: c'est une parole/pensée qui se crée elle-même du sens.
HUSSERL dans ses Recherches Logiques le dit clairement: «Toute théorie, dans les
sciences expérimentales, est une théorie simplement supposée. L'explication qu'elle
nous donne, elle ne la tire pas de lois fondamentales éminemment certaines, mais
seulement de lois évidemment probables» Et plus loin, en toute fin de sa Première
Recherche qui constitue les « Prolégomènes à la Logique pure» il est encore plus clair:
« Cette sphère (...) n' a pas de rapport avec l'idée de la théorie ni, d'une manière plus
générale, avec l'idée de la vérité, mais avec l'idée de l'unité d'explication empirique,
c'est-à-dire avec l'idée de probabilité »(7).

4. Cela conduit à penser que chaque science, la science toute entière et si diverse
qu'elle soit dans l'activité de recherche scientifique, est avant tout une aventure
intellectuelle. Au fur et à mesure qu'elle avance à travers le savoir des choses selon
l'objectivité, d'autres choses arrivent, imprévisibles et donc jusqu'alors inconnues. C'est
le cas dans tout secteur scientifique. Bien sûr dans la macro physique des astres tout
autant que dans la microphysique des particules. Mais aussi en biologie, en génétique...
Le scientifique s'avance sur un territoire passionnant, dangereux et fascinant. Il ne
recule devant rien, disponible devant le péril de la recherche, prêt à créer de
l'improbable. Dans la vie quotidienne, par le biais des techniques, l'impossible se réalise
en continuité. La science peut même créer littéralement des événements spatio-
temporels impossibles et impensables. (8)
Elle joue ainsi à l'apprenti-sorcier, à la fois boîte à miracles et boîte de Pandore.

5. C'est toute la science qui, elle-même, est un événement perpétuel. Comme une
onde qui dans l'air, l'eau ou la terre se propage en toutes directions au sein du cosmos,
l'onde scientifique émise en continu par l'espèce humaine se propage en tous sens. Par
là elle institue une ouverture du Réel (en attendant peut-être d'en être la couverture).
Cette ouverture est indéfiniment continuée. Le Réel dominé est avant tout du réel ouvert
par analyse, non pas une lyse (destruction par fragmentation (9)), mais une
déconstruction suivie de reconstruction, intellectuelle d'abord, matérielle en suite. Le
Réel est ainsi maîtrisé par la Science. Cette maîtrise s'accroît en extension. L'expansion
des sciences n'a-t-elle pas envahi notre voie personnelle, perturbé notre vie privée,
assailli notre vie intime même par la masse d'objets techniques qui en sont issus.
La Science toute entière est devenue, par là, notre environnement culturel dominant et
dominateur. Le tout scientifique, telle est la dominante de notre mentalité occidentale
pour laquelle la culture c'est avant tout la pensée rationnelle, la raison avant tout
l'objectivité, l'efficacité de l'action tout d'abord la rentabilité, enfin pour laquelle aussi le
sens de l'existence humaine découle primordialement d'un contexte ratio-technique où
toutes les autres formes de vie possible, personnelle ou relationnelle doivent s'inscrire.
Ainsi donc, la science continue à avancer comme cette onde qui nous a servi d'image,
en tous sens, dans toutes les dimensions de l'espace-temps, comme un projectile jeté
dans le cosmos déclenchant une onde absolue.

Jusqu'où avancera-t-elle? Quand commencera-t-elle à décliner au point de devenir


négligeable pour le cosmos? Ou au contraire a-t-elle vraiment déjà une importance
significative pour la Nature qu'elle essaie de dominer?
LA SCIENCE SANS VOI(X) (E)
Questions de l'incompréhension scientifique: le Sens, le Progrès, Le Futur...

S'agit-il là de questions scientifiques? Sûrement pas. Sommes-nous encore dans le


domaine de l'épistémologie? Non, car il ne s'agit pas d'interroger un domaine d'une
science, nous questionnons le domaine de la Science toute entière c'est-à-dire comme
l'ensemble indéfini non clos de sciences réelles ou possibles. Nous interrogeons les
raisons de sa domination.
Ce ne sont là que questions philosophiques. Exigeantes certes, car elles posent les
questions essentielles. Mais sans effet sur la trajectoire tous azimuts de la Science,
comme le savent bien tous les comités d'éthique auxquels on invite à chaque fois
philosophes et théologiens… les sages? Ce qui prouve bien que les savants ne le sont
pas...de leur seule science. Et aussi qu'ils n'ont que leur science à défendre, du moins
en général.
Ainsi, en fin de compte, la Science, la domination scientifique, comme la Rose de ceux
qui s'intéressent à l'Ontologie, est sans pourquoi, sans voie finale, sans source originelle
connue, du moins. Sinon une insatiable curiosité associée à une pulsion dévorante de
domination.

NOTES

1. Paul VALERY in Mauvaises Pensées Ed GALLIMARD


2. Socrate dans le Phédon de PLATON parle d'un essaim de vertus
3. On reconnaît la thèse de Gaston BACHELARD sans sa thèse, Essai sur la
Connaissance approchée. Ed VRIN. Paris .1970
[Link] le célèbre texte de DESCARTES dans sa Lettre -Préface aux Principes de la
philosophie
5. Ici encore la formule « adage» de DESCARTES au début du Discours de la Méthode
6. ARISTOTE. Dans De l'Interprétation, Ed VRIN .Paris. 1959. Aristote définit ainsi le
nécessaire:« Que ce qui est soit, quand il est, et que ce qui n'est pas ne soit pas, quand
il n'est pas, voilà ce qui est vraiment nécessaire» Page 102
7. Edmond HUSSERL in Recherches Logiques-Tome1. Presses Universitaires de
France. Paris. 1959. Page 282 et page 284
8. Par exemple la réalisation du rêve d'Icare, voler, le mythe devenant par là réalité.
9. Lyse:« destruction par fragmentation d'une molécule organique d'une cellule ou d'un
tissu sous l'influence d'agents physiques ou chimiques. » Le Petit Larousse 2004 Page
610 (Terme de biologie)

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