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Dossier Bel Ami

Le document analyse la structure du roman 'Bel-Ami' de Maupassant, centré sur l'ascension sociale de Duroy à travers ses conquêtes féminines et la mort de son mentor Forestier. Chaque femme dans sa vie représente une étape cruciale dans son ascension, lui permettant d'accroître ses relations et sa richesse. La transformation de Duroy en Du Roy de Cantel illustre son usurpation d'identité et son ambition dévorante, tout en mettant en lumière les thèmes de manipulation et d'hypocrisie.

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Dossier Bel Ami

Le document analyse la structure du roman 'Bel-Ami' de Maupassant, centré sur l'ascension sociale de Duroy à travers ses conquêtes féminines et la mort de son mentor Forestier. Chaque femme dans sa vie représente une étape cruciale dans son ascension, lui permettant d'accroître ses relations et sa richesse. La transformation de Duroy en Du Roy de Cantel illustre son usurpation d'identité et son ambition dévorante, tout en mettant en lumière les thèmes de manipulation et d'hypocrisie.

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FICHES

La structure du roman : 1 FICHE 1 1


l'ascension d'un ambitieux
Lo structure de Bel•Ami suit les étapes de l'ascension du personnage: il gravit
les échelons de la société pour se retrouver, au bout de trois années, à son som
Peu àPeu
élévation est rythmée par ses différentes conquêtes féminines, les diners mo:et
~ Cette
postes occupes• a• La v·,e frança,se
• et /es apports r,manciers. Le roman 0
est d' • . ms' lo."->
volets structurés autour de la mort de Forestier, le mentor de Duroy, comm 1v1seen d
e . [Link]
disparition était nécessaire au héros pour qu'il se réalise pleinement et devien
ne ,;'b:ette
Du Roy de Conte/.
ron

QUATRE FEMMES,
QUATRE ÉTAPES DANS L'ÉCHELLE SOCIALE
• Lorsque Duroy rencontre Forestier pour la première fois, ce dernier
lui rec
mande de se servir des femmes pour s'élever dans l'échelle sociale. Ce om.
conseil est
réitéré par Mme Forestier qui l'engage à séduire Mme de Marelle, puis MmeW
alte
C'est lors des dîners mondains - où les femmes jouent un rôle impo r.
rtant- que
chacun s'illustre et marque son influence. Du salon de Mme Forestier
à celui de
Mme Walter, Duroy use de son charme pour séduire les femmes.
• Chaque relation amoureuse permet à Duroy de franchir un échelon
supplé-
mentaire au sein du journal, d'accroitre ses relations mondaines et de
s'enrichir.
D'abord intimidé et hésitant, il apprend à se servir de son pouvoir de
séduction
pour parvenir.

1 • Mad ame de Marelle


Elle est la première conquête de Duroy, elle loue l'appartement dans
lequel il
s'installe et lui prête de l'argent quand il en manque, la fonction de simple
collec-
teur d'informations ne rapportant à Georges qu'un maigre salaire.

2 • Madame Forestier
Deuxième conquête et première épouse, elle dicte à Duroy sa première
chronique
sur l'Algérie. Devenue Mme Du Roy de Cantel, elle le forme à la rédaction
d'articles
qu'elle écrit avec lui. Elle favorise ses relations mondaines et politiques
en rece·
vant de nombreuses personnalités dans son salon. Enfin, elle lui offre,
non sans
contrainte, la moitié de l'héritage que lui a légué le comte de Vaudrec.

454
e Walter
'• r-1adarn troisième - de \'épouse du
' ,. te - sa patron de Lo Vie française
"'"que r de • \ • d • permet
~ "" de gagne \'influen ce a a re action et de se
el·A . re ndre indi<p bl .
,6 f11lr Avan t même d'être sa maitresse. Mme Wal ~ ensa e a
walte • .. ter est à l'orig'in d
11• ·on en ta nt que chef des. Échos. Elle \ informe des man e e sa
igan ce
s po i·t ·
.n111lott .
~· .. res n,en ées par son man et Laroche-Mathieu, pu . . 1
~ocie ··1 écule à son tour. is lui prête de l' 1co-
,our qu , sp argent
uzanne Walter
,~s
. u ~ I'
. fin son -n,a--rriia::11ngPe aavvee,c une des deux hen ' .. .
t,eres Walter permet à Du
Ji ' d'un e de s pl us grosses fortunes de Pans . R d
. f1lparer . , d'officialiser le t·,toy e
,e t de . r d
,baron, e briguer le poste de redacteur en chef a. la Vie. e e
nt envisager un poste de de, , . . 'rançoise li peut do •_
,ava pu te ou '' • re
.. t r. de m m 1stre car ce mariage lui ouvre les
,ortes des milieux po11t1que e ,manci•er.

DE L'OCCASION AU STRA
TAGÈME
1, Le st ra tè ge
:=l'ascension de Duroy est re
ndue possible par des occa
;ait saisir, et qu'il apprend pe sions que le personnage
u à peu à provoquer en plan
les événements. ifiant et en manipulant
, Si la conquête de Mme de
Marelle est strictement sent
\1, 5), celle des trois autre imentale et pulsionnelle
s femmes est utilitaire. Du
mariage auprès de Madeleine roy anticipe sa demande en
pour ne pas voir \'occasion di
les amoureux transis auprès de sparaître (1, 8). Puis il joue
Mme Walter (Il, 3 et4), révélan
deur de son hypocrisie et de t ainsi toute la profon-
son mépris des femmes. Enfin
cieux pour épouser Suzanne , il élabore un plan astu-
Walter: il la séduit d'abord (Il
pour divorcer de Madeleine (Il , 7 et 8), puis manœuvre
, 8), et enfin planifie l'enlèvem
Cette audace réfléchie acquise ent de la jeune fille (11, g).
au fi\ des mois fait de Duroy un
fin stratège.
2 • L'apprentissage de
la patience
• Les premiers chapitres m
ettent en avant I'« impatienc
(p. 91) qui caractérise Dur e de cheval entrav~ 1
oy, animé par son désir de
d'argent. Le [Link] insiste tout s fem~es e~ son b~soin
particulièrement sur la soif et
exprimant ainsi des désirs tri la faim qu, le ten~illent.
viaux et instinctifs. Son trava
il de subalterne au Journal

b
FICHES

ne lui permet pas de s'enrichir aussi rapidement que prévu et le mépris de Forestier
le maintient dans une activité médiocre.
• Duroy doit faire ses preuves. Toujours à l'affût, il apprend à tempérer ses envies:
il patiente une année avant d"épouser Madeleine Forestier, puis dix mois avant de
réaliser son mariage avec Suzanne Walter; il sait aussi temporiser face aux réti-
cences morales de Mme Walter, attendant le moment propice pour la faire succom-
ber. Le temps s'étire dans la seconde partie qui se déroule sur plus de deux années
contre dix mois dans la première partie. Le rythme de la progression du personnage
et de l'action se voit donc ralenti.

AVANT ET APRÈS LA MORT DE FORESTIER

1 • La disparition de Forestier
• Le roman est structuré en deux parties qui s'articulent autour de la mort de
Forestier, cet ami dont Duroy convoite à la fois la femme et la position sociale. Si
Forestier lui ouvre les portes du journalisme, il le maintient cependant sous sa
coupe en le reléguant aux travaux subalternes.
• Or son départ pour Cannes permet à Duroy de gagner• une importance plus
grande dans la rédaction de La Vie Française» (p. 171). Le chapitre 7 de la pre-
mière partie s'ouvre d'ailleurs sur les mots:« la disparition de Charles,, anticipant
ainsi la mort de Forestier. Contrairement aux apparences, l'ami est le dernier obs-
tacle à l'ascension de Duroy. Après sa mort, celui-ci prend la place de Forestier:il
épouse Madeleine, s'installe chez lui, parmi ses meubles et ses objets, et occupe
son poste au journal.

2 • Le double de Forestier
• Ouroy devient Forestier, il usurpe son identité à son corps défendant, car
Madeleine œuvre pour son nouveau mari comme elle a œuvré pourl'[Link]
impose ses fréquentations (Vaudrec et Laroche-Mathieu), rédige ses articles,
conduit sa maison comme si elle n'avait pas changé d'époux. Lisant les articles de
Duroy. Walter s'accorde à dire: «Oui, c'est du Forestier» (p. 257). Cette ressem-
blance pousse ses collègues à l'appeler du nom du défunt. Duroy, exaspéré, envient
à vivre à travers le souvenir de Charles:« Il ne pouvait plus prendre un objet sans
qu'il crût voir aussitôt la main de Charles posée dessus» et« commençait às'irriter
même à la pensée des relations anciennes de son ami et de sa femme, (p. 258).

456
~ ouroy est rongé par la }alou
• n,e rne, sle et la rancune. La
édé de \ui· Forestier finit par se retourne
ss r cont
re Madeleine. 1\
oéP0 •·\ éprouve pour t \'identite. de l • \ .
QlJ , •èrernen Char es, eprouvant es sentim
1,oe a\ors entl .. . , devient• ja\oux
ents que
Josse . dû avoir. , pour le compte de Forestier, (p
,u lirait . 264).
,~tre a . ou ROY
oe Our Ya 0
. ~-- · · • e eg
\' .• re a \a se conde parties oper • a\emen t l h
e c angement de nom,
la prernie t e chan
,oe. ncé un au r gement d'identité, d'ordre so
cial cette fois. C'est
figure . ui suggère ce reman. . .. ,
qu' r ~ade\e1ne q iement dont Georges avait eu \ 1dee sans
oeoce ,.
l , cornP ,r.
asecl ac tion de ouroy en Du Roy de
s Cantel est suivie de la visite du
,La tran for~:nts de Georges, qu
\ea i se so\de par un échec. Le retour
,ouP u)( paossib\e: \e füs, que \es parent aux origines
• •
s peinent a reconna •Itre, apparti
· èce \rn
sa" ..P un autre d L ent
. crna1s a •
mon e. a mere mep , ns• e Made1em • e qui• est Il •
d~so ,e ar \a bruta\ité paysanne . e e-meme
. le pr em ier chapitre de la seconde partie
efü3Y~ e~ur \e départ précipité du
s'acheV couple, alors que le deuxième s'o
eau patronyme: «les Du Roy et , • uvre sur son
a,ent rentre,s 11. l a trans formation
n~~v arle narrateur \ui-même. }usq est entéri-
u' à la fin du récit, i\ ne désignera plu
ne pe nue sous \e nom nobi\iaire de s le person-
nag " Du Roy, nom qui anticipe la trajec
sionnel\e de \a seconde partie. toire ascen-

Le p e r so n n a g e d e O u r o y ,
\ FICHE 2 1
un a m b it ie u x e t u n sé d u c te u r
Dons Be\-Ami, les personnages sont
fortement caractérisés. Des éléments
psychologiques sont repris d'un bout physiques ou
à l'autre du récit afin de leur donn
rrlier. Le portrait de Duroy dressé da er épaisseur et
ns l'incipit est une esquisse faisant ap
tieux et le séducteur, esquisse paraitre I ambi-
que la suite du roman étoffera et
révélant l'image factice et superficie/l compléttYD. tout en
e d'un héros enfermé dans le paraitre
.
lE PORTRAIT DE L'INCIPIT C
1.:
• le portrait physique présenté
dans l'incipit insiste sur la beauté du ~
llest,grand i1, \l blond châtain li, les• personnage. 1..
cheveux frisés•· c les yeux bleus'· Sa mo 1..
ustache C
C
FICHES

• rctrou5séc. qui scmbl[e) mousser sur ses lèvres• et qu'il aime friser de ses doigts,
c~t j IJ fois signe de virilité et de sensualité. Maupassant a consacré toute une nou•
velle ;, l.:i moustachc insistant sur son effet de séduction: • Elle vous donne l'air
1
,

doux. tendre, violent, croquemitaine, bambocheur2 , entreprenant!•: quant aux


moustaches a retournées, frisées, coquettes• comme celle de Georges, ell~
• semblent aimer les femmes avant tout l • C'est ainsi que Mme Walter fantasme sur
cet attribut. • conquise, rien que par le poil de sa lèvre• (p. 298).
• Cette beauté est rehaussée par son allure militaire: il marche, la poitrine bom-
bée. les jambes un peu entrouvertes"· le regard fier et hautain, I'• air crâne et
gaillard». MJis celle prestance est doublée d'agressivité: il bouscule les passants
sur son passage. dévisage les clients attablés aux cafés, jugeant• d'un coupd'œil,
à la mine, à l'habitn l'argent qu'ils gardent dans leur poche.
• Derrière cette allure se cachent le mépris et la colère, hérités de son origine
sociJle très modeste. Sa rancœur le conduirait presque à tuer pour quelques
pièces, en soldat habitué à a rançonn[ er) les Arabes,. li agit comme un animal en
chasse. en quête d'argent et d'amour. li se débarrassera avec mépris de tous ceux
qui lui feront obstacle.

UN ÊTRE ENFERMÉ DANS LE PARAÎTRE


• Ouroy a conscience de son charme et joue sur son apparence. Il ccamb~e] sa
taille n, porte son chapeau légèrement incliné sur l'oreille, et arbore une «élégance
tapageuse». Son reflet lui renvoie une image positive de lui-même et lui confère toute
son assurance. Enfermé dans le paraître, il maîtrise son image et calcule sa posture.
• En témoigne la présence récurrente des miroirs. Chez les Forestier, le miroir est
une sorte de témoin du parcours social de Duroy; il ponctue trois étapes: son
entrée dans le monde (11, 2), son installation chez Madeleine (Il, 2), l'héritage de
Vaudrec (li, 6). Àcette dernière occasion, Duroy déclare devant son rcnetetceluide
Madeleine: «des millionnaires qui passent» (p. 346). Le miroir offre également un
reflet du couple, celui qu'il forme avec Madeleine, mais aussi avec Mme de Marelle
(1, s) ou encore avec Suzanne Walter (li, lorsqu'ils se penchent au-dessus du bassin).

t. lnrnulée La t,1ousroche (1883), cette 2. Bambocheur: fêtard (familicr).


nouvelle se présence sous la forme d'une
lettre ou une femme vante les mérites
de la moustache à une ;im1e.
4S8
Mais le miroir ag it ég al em en
t co m m e ré vé la te ur de s fa
j~te avant le du el. Du ro y dé illes du pe rs~ nn ag e:
co uv re da ns la gl ac e qu el qu
p.ïleurfait na itr e en lui l'i m ag e 'u n qu ·il n'a ja~ a1 s v~: sa
de la m or t (1. 7) . Ce tte vi sio
tera à nouveau à lui so us le s tra n funes_tc. qu , se ~r es e~ -
its de Fo re sti er ag on isa nt .
par le personnage en qu êt e de ré us es t ra pi de m en t cv ac ue e
sit e.
, Enfin, le su rn om de « Be l-A m
i•. qu e le tit re du ro m an pl ac
rattention su r les fa ux -s em bl an e au pr em ier plan. attire
ts d· un pe rs on na ge ad ul é pa
ies méprise. Ce su rn om af r les fe m m es alors qu'il
fe ct ue ux re cè le un e ré al ité
désigne par antiphrase un êt re cr ue lle et do ul ou re us e: il
ho sti le et nu isi bl e di ss im ul é
bonté et de la be au té . so us l'a pp ar en ce de la

Les personnages féminins 1 FI C H E 3 I


dans B e l- R m i
Si les ho mm es of fre nt à Duro
y de s mo dè les de ré us sit e à
agents indispensables à sa pr og re imiter. les fem me s so nt les
ssi on . Il se réalise pa r elles. pa
à foutre selon le mi lie u d'a pp ar ssa nt d'un échelon social
ten an ce de ch ac un e. D'abor
femmes, il (,nit pa r les uti lis er : d fasciné et séduit par ces
il pa ss e de la fe mm e libre, incar
et Madeleine Forestier, à la fe mm née par Clotilde de Marelle
e ob jet . re pr és en tée pa r les Wa
lter mère et fille.
CLOTILDE DE MARELLE
1 • Une fe m m e lib re et
m od er ne
• Ce st un e « un e pe tit e br un
e, de ce lle s qu ·o n ap pe lle de
jolie. co qu et te , se ns ue lle et m s br un ett es • (p. 37).
et ta nt se s fo rm es en valeur da
lantes et él ég an te s. Elle es t vi ns des robes mou-
ve . sp iri tu ell e. dr ôl e. sympath
bon en fa nt . C es t un e fe m m ique, spontanée et
e iss ue de la bo ur ge oi sie ma
bohème, s'e nc an ai lla nt da ns is aimant la vie de
le s mi lie ux po pu lai re s et ma
fois f arnilière. Elle au ra it to ut niant une langue par-
à fa it sa pl ac e da ns les parties
par Renoir. champêtres peintes
• Mal ma rié e, ell e a po ur ta nt
su ga rd er so n in dé pe nd an ce
se divertir qu e s" oc cu pe r de . Elle préfère sortir et
s tra va ux do me sti qu es . Son amor
d'agir et de pe ns er en fo nt un alité. sa lib er té
e fe m m e m od er ne .
-
' - 1 .. '
FICHES t._ ' --·
' . . .. ~
-
\

2 • Un double féminin de Duroy


• Elle est présentée comme un double féminin de Duroy: • deux êtres de même
caractère et de même race• (p. 92), , l'un et l'autre, de la race aventureuse des
vagabonds de la vie• (p. 317). Elle devient aussitôt sa complice et semble être
l'unique femme pour qui Duroy éprouve une affection sincère. Cependant, sa ten.
dresse. sa générosité et sa sincérité en font un être en opposition au cynisme eu
l'arrivisme de Duroy.

3 • Un modèle pour le Journaliste


• Elle fait aussi figure de modèle pour le journaliste, par II son esprit faclleidont
il entrevoit toutes les qualités journalistiques: • On écrirait des chroniques pari-
siennes charmantes en la faisant bavarder sur les événements du jour, (p. ).
93
Cette réflexion de Duroy laisse penser que ce dernier s'est formé au contact de
Clotilde. devenant lui-même par la suite• rapide» et• subtil• (p. 89).

LAURINE DE MARELLE
• Entre l'enfance et l'adolescence, aux• manières cérémonieuses 1, Laurine de
Marelle est de fait la première conquête de Bel-Ami. Réputée sauvage, elle~
laisse câliner par lui chez les Forestier, puis joue avec lui à chat perché. Àses côtés
l'enfant réservée devient agitée et bavarde, annonçant le pouvoir •ensorceleur;
qu'il exerce sur les femmes. C'est d'ailleurs La urine qui le baptise • Bel-Ami.
(p. 109), surnom que tous finissent par adopter.
• Elle change cependant de comportement quand Duroy épouse Madeleine Forestier,
prenant une «allure de femme outragée• (p. 272), elle décide de l'ignorer dêfinitr.;
ment, comme si, désormais adolescente, elle voyait clair dans le jeu du séducteur.

MADELEINE FORESTIER

1 • Une femme de tête


, Madeleine est décrite comme une« jolie blonde élégante•. à la« taille souple,
àla « figure irrégulière et séduisante, pleine de gentillesse et de malice 1 (p. )G):
Femme fascinante et impénétrable, elle garde en toute occasion un calme lndw.
férent (même lors du flagrant délit d'adultère où elle se montre ironique) et
préserve son mystère jusqu'à la fin du récit.

460
• tllc re p o u ss e d 'a b
o rd le s av an ce s d e
mariage d e ra is o n O u ro y p u is ac ce p te
q u 'e ll e co n si d èr e d e l'é po ~ se r dans un
,égale• d e l' h o m m c o m m e u n e as so ci at io n
e, e st •l ib re • d e o u !a ~emmc.
qu'elle lu g e• ln u tl le se s ac te s. Elle n 'é
11 , lu i p ré fé
v o q u e jamais I am o
ra n t« la co m m u n io ur
n d es âm es •·
2 • U n e m a n ip u la
tr ic e
1ournJ\iste ta le n tu eu
se , p as si o n n ée p ar
rôle de p ro te ct ri ce , la po li ti qu e, elle jo
m ai s el le e st au ss i ue au pr ès d e Ouroy
pour m en er so u s le manipulatrice: elle le
u r n o m sa ca rr iè re m an œ u v re les homm
d e jo u rn al is te et In es
,r ud e d ip lo m at e, . (p tr ig ue en politique en
. 25 5) . fa is an t d e so
rencontrent le s m em n sa lo n u n c ce n tr e
b re s d u g o u v er n em in fl ue nt • (p. 3og) où
veau d es ar ti cl es so en t. D iv or cé e d e ou se
u s le n o m d e }ean ro y, elle écrit à nou-
comme l' ét ai en t D u Le Dol, je u n e journa
ro y e t F o re st ie r (p liste dé bu ta nt , to ut
. 4 0 6 ).
3 • « D e u x n a tu r e
s s e m b la b le s »
l'ambition, la su p ér
io ri té e t l'i nt el li ge nc
de Duroy · La co m p e d e Madeleine en fo
li ci té in te ll ec tu el le nt un do ub le féminin
ge~ en se m b le \' ar ti d es ép ou x se lit à travers le
cl e q u i la nc er a la ur capacité à rédi-
v:illen~ de_ co n ce rt ca m p ag n e co n tr e le gouver
. « d 'u n co m m u n ac nement: ils tra-
d adrn,rat,on e t d 'a co rd •, ,s e révél[ant] l'un à l'a
tt en d ri ss em en t• (p utre•. ,é m us
ces deux fo rc es d em . 254). Mais ce t équilib
eu re n t in d ép en d an re reste précaire. tant
te s e t antagonistes.
V
...
VIRGINIE W A L T E 2
R IJ

~
1 • Une épouse ::
ir ré p ro c h a b le u
• Elle in ca rn e \a g ra 0
n d e b o u rg eo is e, fille Q
mari e t d o n t la v ie de banquier vivant da
es t ré g lé e p ar la te n ns l'ombre de son
ca ri ta ti ve s. P er so n u e de so n salon, les réceptions et le
n ag e raisonnable, b s œuvres
m ét h o d iq u es . b ie n ienveillant et conven
o rd o n n ée s, à l'abri de u. aux idées • sages,
tous les excès• (p. 274)
in ap er çu e aux y eu
x d u sé du ct eu r. M , elle passe d'abo, d
quab\e so u s to u s \e adeleine ta juge fidèl
s ra p p o rt s• . ce qui e et honnête. • i~atta
aiguise finalement le ·
Duroy. dési r de conqucte de
'' b·t·
• L am , ,eux c her ch . . .
e a s eprouver et a. se
Son p o rt ra it {qui n 'e st mesurer au patron en lui prenant sa femme.
esquissé qu 'a u chap t
fu t u re d éc ré p it u d itre 6) est peu élogieux
e e t so n inconsistan , insiS ant sur sa
ce:• belle encore,, mai· • l'â e dangere• '"
s• a g
• 1
1
FICHES . , .-. . •

où la débâcle est proche•. elle est • une de ces femmes dont l'esprit est aligné
comme un jardin français•:• On y circule sans surprise• (p. 142).

2 • Une protectrice discrète


• Auprès de Duroy, Mme Walter tient le rôle de protectrice discrète. Elle lance sa
cJrrière de journaliste lors du premier diner chez les Forestier. en suggérant que
la relation de son expérience algérienne ferait un bon article.
• Elle ne laisse rien paraitre de son amour pour Bel•Aml, jusqu'à l'assaut chez
Jacques Rival, où son regard se trouble. Pour la conquérir, le journaliste joue les
chevaliers servants éperdument amoureux. tantôt timide et serviable. tantôt
fougueux et brutal.

3 • Une femme pathétique


• Femme naïve et sans GI ractère, elle se laisse séduire par une• banale musique
d' amoufll (p. 290 ). Dans les bras de son amant, elle devient niaise, puérile et
ridicule, ce qui finit par dégoûter Duroy. Dévorée par la passion, elle devient
excessive, incontrôlable, névrosée.
• Elle finit par tomber dans un état de déchéance totale, sans que le lecteur
n'éprouve la moindre compassion, tant son personnage est grotesque1:sonm~-
ticismc religieux est traité avec ironie par le narrateur.

SUZANNE WALTER
• À l'instar de sa mère, Suzanne n'est qu'un simple jouet entre les mains de
Duroy. Désignée systématiquement par les termes« poupée•,« marionnette,ou
encore(! bibelot», elle fait figure de trophée ou d'ornement. Elle intéresse le jour•
naliste au moment où elle devient mariable, elle est alors un marché àprendre,
dont la valeur est estimée de vingt à trente millions• (p. 359).
(l

• jeune femme fantaisiste, àl'esprit vif et moqueur, Suzanne distrait Duroy. Mais
elle est aussi naïve et romanesque, ce dont il se sert pour l'entraîner dans une
relation platonique ambiguë. li la met en confiance en jouant les confidents, se
lie àelle par une« sorte d'intimité fraternelle et libre» (p. 369), lui fait promettre
de lui révéler le nom de ses prétendants, puis de refuser tout engagement. Entre-
temps, il lui confie sa passion tout en prcna nt soin de se condamner pour ne pas

1. Grotesque. ridicule p,u son car actèrc [Link].

462
--------

(tftraycr. E\le a g it . o n n e tt e s a n s
te \\ e u n e m a n ré fl é c h ir ' p rc n .i
~stratagème d e \' o ~ r n t to u t p o u r u n je
e n lè v e m e n t p a u n e a v e n tu re e u:
ss e p n c h a n te re ss e .

Bel-Ami, un rom
an r é a
~portenont à la m liste? 1n c H 4 1
o u v a n c e ré a li st
e e t naturaliste. E
t"1'!ps. en dévoile B el -A mi décnt_ I~ socié
les m é c a n is m e s té de son
üterminismes so ci to u t en e n peig
au x so n t lo in d e nant ta modern,t
c o n st it u e r to su b e. Cependan_t ~es
itre une sa ti re d u st a n c e de ce roman qui se
p a ra ît re so u te n
bsme/naturolisme u e p a r u n e visio revefe
n e p e u t q u 'é c h o n p es si m is te de l'e>.
u e r à vouloir d is istence. Le réa-
n;~l,té psychique. sé q u er l'être hum
Si M a u p a ss a n t ain jusque dam sa
nom de p ré o cc u p fa it le ch o ix d 'u
at io n s sc ie n ti fi q n e éc ri tu re réaliste, cc n
d~ Flaubert. u es , m o is d o n s u 'e st pas au
n souci puremen
t esthétique héflté

RÉALISME ET N
A " T U R A L IS M E
l • L1a n c r a g e
r é a li s te
• le c o u ra n t ré a
\i st e n é e n p e in
réalité te \\ e q u 'e \\ tu re a u m i\ ie u d
e e s t. d e fa ç o n u x,xe siècle ch er
o b je c ti v e , sa n s l'em ch e à peindre la
va~eur e t u n té m b ellir. l' a rt is te e st
o in d e so n te m u n obser-
su1et afin d e n e p s, i\ re fu se to u t
ri e n la is se r tr a n id éa li sm e. li s'cff ace der
sp a ra it re de so n rière son
(,799-,850) fa it fi .. m o i, . d e sa sensibilité.
g u re d e p io n n ie Balzac >
V

socia\e,. à é tu d ie r e n e n v is a g e a n
r. \\ m e t \' in v e n t l' h o m m e co m m e u n e • 2
un hi st 0 ri e n o u ti o n au se rv ic e d espèce L.

u n so c io \o g u e . e la sc ie n ce faisant d e l'écr ~
1880) c h e D a n s la se c o n d e 0
rvain ::::
rc h e à so n to u r m o it ié du si ècle, u
\'impersonnali Flaubert (182 1• 0
a p p ro fo n d ie d u té de l'œuvre. p
ré e \ e t \a d o c u m réconisant l'obser 0
q u e sc ie n ti fi q u e e n ta ti o n , mais p vation
s. o u r d es raisons pl
us esthétiques
• le c a d re sp a ti
o tc m p o re \ d o it
d é c ri re \a so c ié d o n n e r l'illusion
té p a ri si e n n e d e du vrai. MJUpJSSJn
1 880 d a n s so n cadre t choisit de
m i\ ie u io u rn a \i st historique. en pnvi
iq u e q u 'i \ c o n n a lc?giant 1~
re p ré se n ta n t u n it b ie n . S es personnages sont
e cl as se d'individ des types sociaux
p e u p \é e d e silh us. Paris n 'e st pas
ouettes an o n y m es un simple d~cor, fJ
ca ractéristiques. Q v,II~ eSC
dans \e s ca { és p o p u . ue œ soit dJns les
\a ir es . su r 1es Cham r·, .
dans \a sa \\ e d e ré d ps- ~ ~ e s ou I'J\ 1:~ "d L-,s d~ Bvuk>rurs.
a c ti o n d u journal nue u u v Çfll',
. dans le salon mon d d M ,. \\ 'J 'tt -r dJ nS
Ji n c ' me::
• •
FICHES
., . - .

la [Link] d'armes de Jacques Rival ou encore dans l'auberge des parents Ouroy, les
présences humaines sont caractérisées physiquement ou psychologiquement en
fonction de leur appartenance sociale. Tous les milieux sont représentés.
• Les thèmes abordés reflètent également la société moderne matérialiste1.
- La presse s'impose comme puissance politique en publiant rumeurs et sous•
entendus insidieux. les potins et faits divers deviennent des armes de persuasion,
d'où l'importance de la rubrique des• Échos•. L'adultère commis par Madeleine
est transformé en scandale politique qui provoque la chute de Laroche-Mathieu.
Le journal sert également les intérêts capitalistes des politiciens.
- L'argent apparait comme le thème central: tout le monde calcule, spécule,
économise, marchande. Les sommes chiffrées inondent le récit, allant du simple
sou aux millions.
- L'amour lui-même n'échappe pas au matérialisme: présenté d'emblée sous les
traits de la prostituée Rachel, il se réduit à un échange économique entre appétits
sexuels. La description des personnages féminins met en valeur leurs [Link]
chair, leur sensualité. alors que Duroy agit comme une brute se jetant férocement
sur ses victimes a comme un épervier sur une proie• (p. 233). La place attribuée au
corps est centrale, qu'il soit envisagé du point de vue du plaisir sensuel, de la
physiognomonie 2 ou de l'observation clinique (description du corps malade de
Forestier).
2 • L'analyse naturaliste des milieux
• Après 1870, Zola (1840-1902) oriente le réalisme vers le naturalisme. S'inspirant
du positivismeJ et des sciences expérimentales, il envisage le récit comme un labo-
ratoire des comportements sociaux déterminés par l'hérédité, l'environnement
social et les événements historiques. Or, Maupassant éclaire les mécanismesdeb
société moderne, à commencer par le rôle de la presse. 11 met aussi en valeurles
inventions nouvelles, tels que l'éclairage des rues, l'utilisation de l'électricité (la
lumière qui illumine Le Christ marchant sur les ~ots, 11, 7), le transport ferrovic1ire.
l'urbanisation haussmannienne. Si Rouen apparaît comme une cité ancienne et
gothique, elle est aussi décrite comme une ville ouvrière et industrielle. le trava~

1. Matérialiste: qui s'attache aux biens, 3. Positivisme: système de pensée qui


aux valeurs et aux plaisirs matériels. n'accepte comme vrais que les faits vérifiés
2. Physiognomonie: étude des caractères par l'expérience.
d'après la physionomie des individus.

464
et \a commodité st ru ct ur
en t \a so ci ét é co nt em
exp\ique \'utilitarisme do po ra in e de Maupassan
nt fo nt pr eu ve \es pe rs t, ce qui
• ta description de s lo ge on na ge s du roman.
m en ts ré po nd à un e fo
des Forestier, dé co ré av nc ti on ex pl ic at iv e. l'a pp
ec él ég an ce et so br ié ar te m en t
caresse•. Tout se m bl.e té , en ro be \es corps • co
y pr en dr e in st in ct iv em mme une
Madeleine, fe m m e sé cu ri en 1 • 1··
t sa place. 1 es t a ,m ge de
sa nt e, do nt le go ût es a
À\'opposé, l'a pp ar te m t sû r et en accord avec son époque.
en t de C lo til de es t dé
(tableaux placés de tr av po ui \lé , pe u co m m od e, m
er s) : i\ re fl èt e sa vie de a\ décor~
l'hôte\ particulier de s W bo hè m e et sa négligence. Qua
al te r, po ur vu de sa gr nt a
évoque to ut \e \uxe et \'e an de se rr e au go ût de
xc ès de s bo ur ge oi s pa l'époque. il
continuité de s pe rs on rv en us . Le s intérieurs ne sont que la
na ge s, ainsi qu e \e pr éc
on is ai t dé jà Balzac.
• la vi s\ te au x pa re nt
s de O ur oy à C an te le
naturaliste du ro m an . E\ u es t ce rt ai ne m en t la sc
\e m et en év id en ce l'o ène la plus
paysannerie et \a bo ur ge pp os ition socioculturelle en
oi si e pa ri si en ne : \a gr tre la
• pé Duroy 11 et de sa os si èr et é et la brutalité rustique
fe m m e co nt ra st en t av du
Madeleine. Q ue lq ue s ec la finesse et la dist
tr ai ts ca ra ct ér is ti qu es inction de
rd
balou ise, la tr iv ia lit é. du m ili eu pa ys an ressortent: la
le m an qu e de cu ltu re
Ce. r~tour au x so ur ce s pe , le souci de \'économie, la
rm et au ss i d' ex p\ iq ue r jalousie.
mm,sme de s or ig in es : \e ca ra ct èr e de 0uroy pa
sa ia \o us ie , sa ha in e d' r le détcr-
j~vi.a\ité et sa vu lg ar it é. au tr ui lui viennent de sa mèr
de so n pè re . Enfin, so n e; sa
ecnre. inculture explique ses d,
fficultêsà
~ la va ri ét é de s re gi st re s
la ng ag ie rs pe rm et ég al
vidus, tr ad ui sa nt à la fo em en t de caractériser les
is un e ps yc ho lo gi e et un indi-
- Mme fo re st ie r ut il is m ili eu social.
e un vo ca bu la ir e riche
re co ur t so uv en t à \a m et abstrait. des phrases co
ét ap ho re ou à \'ironie. mplexes et
- le la ng ag e de M m e
W al te r es t ch ât ié et co
qu an d e\ \e ex pr im e se nvenu, il devient extrêm
s se nt im en ts am ou re ux ement creuJ(
- M m e d e M ar e\ le se
. di st in gu e de Madeleine•
t1 on ne \\ em en t à un vo et de Virginie en recouran 1• ten·
ca bu la ir e po pu la ir e en t ~
- fo re st ie r et W al te r. adéquation avec son espn·rboheme.
d' or ig in e plus m od es te nt·
, utilisent un registre plus
ph ra se s si m p\ es et vo coura •
ca bu la ir e parfois famili
- la pa le tt e la ng ag iè er. . dé
re de O ur oy es t plus la
rg e: pe rson nage
grossie r au but. il
ac qu ie rt pe u à pe u un
la ng ag e raffine. et spm .. 1 • daptant cl ses ioeuteurs.
m ai s sa ns la m ai s se dé tue en sa
pa rt ir to ta le m en t de sa
vulgarité.
- .
FICHES _'1°,:_\;;/)'f~
- -

- la trivialité de la langue populaire, paysanne ou parisienne, transparait à tra-


vers les propos des parents de Duroy, de Rachel, ou encore de la dame Aubert.

UNE ESTHÉTIQUE ET UNE SENSIBILITÉ PERSONNELLES

1 • La satire d'une société du paraitre


• L'apparence supplante toute valeur humaine, surtout à Paris, où • il vaudrait
mieux n'avoir pas de lit que pas d'habit•· L'habit est une seconde peau que Duroy
ne quitte sous aucun prétexte. li l'a intégré en tant que signe identitaire:• la
sensation de son habit noir[ ... ] lui donnait le sentiment d"une personnalité nou-
velle, la conscience d'être devenu un autre homme, un homme du monde, du vrai
monde• (p. 150 ). Duroy apprend au contact des autres par pur mimétisme. le vrai
est désormais dans l'apparat et l'illusion.
• C'est bien ce que représente La Vie française, journal au titre éloquent qui
conduit le lecteur à s'interroger sur la vie humaine: serait-elle à l'image de la
fausse agitation qui règne à la rédaction du journal. cachant des existences aussi
creuses et vides que ces heures passées à jouer au bilboquet et aux cartes,jeuxde
chiffres et d'adresse 7
• Tout est représentation dans la vie sociale de Bel-Ami. Les dîners et les récep-
tions chez les Walter. l'assaut organisé par Jacques Rival, le mariage final célébré
en grande pompe sont autant d'événements mondains convenus et artificiels.
Il faut se faire voir. fréquenter les lieux recherchés et les personnes en vue. Le
quartier haussmannien des Grands Boulevards, qui représente le Paris nouveau
et festif, est un cadre idéal, choisi pour cette raison même. La culture s'assimile à
une sodété du spectacle et du divertissement, ce dont témoigne l'intérêt de
Walter pour la peinture: il achète des toiles non par goût, mais pour spéculer et en
imposer aux visiteurs.

2 • Une vision nihiliste?


• Contrairement aux héros des romans de formation confrontés à des choix
moraux, Duroy est présenté d'emblée comme amoral. li réussit à progresser dans
l'échelle sociale car tous les milieux sont infestés par la corruption. L'ambitieux
incarne l'homme tristement moderne de la nouvelle République, où les médias
(la presse). les affaires et la politique servent les ambitions personnelles et où on
• devient plus facilcmcnt ministre que chef de bureau» (p. 19).

~66
,SJchant analyser \es sig ne s ex
té rie ur s, ju ge r un ho m m e
nage pa rta ge av ec \'é cr iv ain à son_a~p~rence. le 1
1
M au pa ss an t un e gr an de capacate
'.,~on'\ais au \ieu de dé no nc er
1
d obser:'a- ,t
tiO"· "' \es tra ve rs d •• t
so cia ux et e s m er ro ge r r \'e tre 1
h,ma,' ·n i\ se se rt de se s ta le nt s à de su
s fin s m an ip ul at ric es . Et po , h
,tatd'âme, i\ fait pr eu ve d' un pr of ur ec ap pe r a• t ou t
on d cy ni sm e.
, la sa\\e de sp ec tac le de s Fo lle
s-B er gè re , \ie u trè s en vo gu
,nage décadente de \a so ci ét é: e à l'é po qu e, offre une
so nt id en tif iés les bo ur ge oi
?Jis tout un mé lan ge de « cr ap ul s, les boulevardiers,
es » où to ut es les ca té go rie s
t~ment. Quant au x fe m m es . se cô to ien t indistinc-
e\\ es so nt to ut es de s pr os tit
ué es .
, Cette vision es t re lay ée pa r No
rb er t de Va re nn e. pe rso nn
,1eux poète ro m an tiq ue ', qu i po ag e an ac hr on iq ue de
rte su r le m on de un regard
ment négat\f. Sa sa tir e n' ép ar gn lu gu br e et atroce-
e pe rs on ne , pa s m êm e les éc
rang que \es te ch no cr at es : « rivains mis au m êm e
co m bi en on t pe u d· im po rta
romantiques et de s na tu ra lis tes nc e les querelles des
, et la di sc us sio n du bu dg et
participe pa ss iv em en t à ce tte • (p. 161 ). Il re ga rd e et
so ci ét é dé gr ad ée où to ut n'e
n'échappant pa s \u i-m êm e à la st qu e mascarade,
sa tir e.
• Cette vision ni hi lis te et cr
ue lle du vieux po ète n'e st
Maupassant. Mais fo rc e es t de pas celle qu e pa rta ge
co ns ta te r \e profond pessimi
roman, qu oi qu e \e rire y so it au sme qui traverse le
ss i om ni pr és en t grâce à \"iro
nie.
AU·DELÀ DU RÉALISME
• Au delà de s qu es tio ns du
réalisme et du naturalisme,
située en de ho rs de to ut sy stè il y a l'œuvre littéraire
m e de pensée. Le roman me t
garde co nt re \e s re ce tte s d' d'emblée le lecteur en
écriture et \es gri\les de lec
méthode de \a sc ien ce po ur an ture: appliquant les
alyser \es faits d'actualité, les
,ce tte m an ièr e de voir spéc personnages ad op ten t
iale de s marchands de nouv
comédie hu m ai ne à \a \igne » elles, des débitants de
(p. 39). Réalisme et naturalism
dénoncés, le ur trivialité ne pe e so nt implicitement
ut qu e nuire à la littérature,
• la na rra tio n de s faits socia
ux es t po nc tu ée par des ph
Ouroy ch er ch e à an aly se r se s ases introspectives
se nt im en ts: sa peur éprouvée
sie envers Forestier, sa haine avant \e duel, sa jalou~
co nt re Madeleine. Cette vie int
résiste à so n ra iso nn em en t, se érieure qui le to rtu re
s pensées tournent en ro nd , gli
ssant Vers l'absurde

-,- R --- -t~ -e -:: pp an en ~n t au


. omiln 1qu . .. mouvement ronunt1que de lèl. prem,è
rc m o , ~
s,~c1~-
FICHES

. Lorsque Duroy et Madeleine s'affro ntent, la lutte devient ps h


et 1a f o1ie. . . ,.. yc olo
. hacun tentan t de (< découvrir cet inconnu de l'etre qu'on ne p· •
g,que, c . . ,, . enetre
. •s (p ")
Jama, >> • .)38) • Le narrateur omn1sc1ent n eluc1de
.
pas plus que les persan
. ., nage~
les mécanismes psychiques, ces profondeurs insondables et inqu1etantes. Face a
ses propres fantômes, Duroy choisit la fuite en avant.
• Comment, alors, résister au nihilisme et à l'absurde 7 Flaubert semble avoir
répondu à la question en rédigeant le chef-d'œuvre qu'est Madame Bovary, ce
«livre sur rien» qui tient « lui-même par la force interne de son style». L'œuvre
impersonnelle est érigée en réponse au vide de l'existence, à la dépersonnalisa-
tion de la société, et lui oppose la puissance de son esthét ique. Le roman ne
fournit pas une simple copie ou encore une satire du réel, il est à lui seul une unité,
une harmonie où tous les constituants se font écho, où chaque procédé narratif
vise à transmettre une vision du monde particu lière.
• li n'y a pas de «détail vrai» servant uniquement à rendre réelle une fiction.
Chaque objet, chaque personnage, chaque action, chaque parole prononcée fait
sens en renvoyant à d'autres éléments du récit. Dans Bel-Ami, les personnages
fonctionnent en symétrie, à la fois doubles et opposés. Les paysages reflètent les
états intérieurs des personnages ou annoncent un état futur. Le thème du regard
(voir et être vu) place l'observation, faculté essentielle de !'écrivain, au centre du
récit, tout en éclairant sa dimension réflexive. Même les effets de réel semblent
davantage répondre à cette construction esthétique, car jamais le narrateur n'en
souligne la visée scientifique (comme l'auraient fait Balzac ou Zola). Enfin, le jeu
des focalisations et l'usage du discours indirect libre participent au brouillage du
point de vue, rendant imperceptible la présence du narrateur. Or, l'ensemble de
ces éléments relève davantage d'une esthétique impressionniste que d'une
esthétique réa Iiste.

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