Évolution au cours du temps d’un lixiviat traité par
lagunage naturel et évaluation de l’efficacité de filtres en
sable pour la réduction de sa charge organique et
minérale.
H. Khattabi, Michel Schiavon, Jean-Louis Morel, J. Mania, H. Grisey, L. Aleya
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H. Khattabi, Michel Schiavon, Jean-Louis Morel, J. Mania, H. Grisey, et al.. Évolution au cours du
temps d’un lixiviat traité par lagunage naturel et évaluation de l’efficacité de filtres en sable pour la
réduction de sa charge organique et minérale.. Environnement, Ingénierie & Développement, 2003,
N°30 - 2ème Trimestre 2003, pp.11-15. �10.4267/dechets-sciences-techniques.2435�. �hal-01486301�
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ÉVOLUTION AU COURS DU TEMPS
D’UN LIXIVIAT TRAITÉ PAR LAGUNAGE NATUREL
ET ÉVALUATION DE L’EFFICACITÉ DE FILTRES EN SABLE
POUR LA RÉDUCTION DE SA CHARGE ORGANIQUE ET MINÉRALE
CAS DE LA DÉCHARGE D’ORDURES MÉNAGÈRES D’ETUEFFONT (FRANCE)
H. Khattabi*, M. Schaivon*, J. Mania**, H. Grisey***, L. Aleya*** et J-L. Morel*
* École nationale supérieure d’agronomie et des industries alimentaires,
** École universitaire d'ingénieurs de Lille (Eudil)
*** Université de Franche-Comté
Dans la décharge d’ordures ménagères d’Etueffont INTRODUCTION
(Belfort, France) un traitement par lagunage naturel
des lixiviats produits est effectué à l’aval de l’émissaire L’essor urbain de la deuxième moitié du vingtième siècle a
principal par l’intermédiaire de quatre bassins placés en entraîné une accumulation considérable de déchets d’or-
série. Deux filtres à sable ont été installés dans la partie dures ménagères. L’itinéraire final de disposition le plus
centrale et à l’amont du premier bassin, afin de réduire attrayant des déchets solides municipaux (MSW) a été sur-
la charge organique et minérale de l’effluent. Un suivi tout celui de la décharge sauvage puis contrôlée. Des solu-
analytique des paramètres classiques physiques et chi- tions d’amélioration de la gestion des déchets ont été déve-
miques (éléments majeurs, métaux et composés orga- loppées (par exemple incinération, compostage) mais eux
niques dont les AOX, les AGV et l’atrazine) a été réalisé aussi produisent des fractions de rebut (par exemple
dans le lixiviat brut, à la sortie des filtres à sables et à la cendres, scories), qui finalement doivent être mises en
sortie de la station de traitement par lagunage. Les
décharge [8]. La génération du lixiviat demeure une consé-
résultats mettent en évidence une légère variation de
la composition physico-chimique du lixiviat, vraisem-
quence inévitable de la mise en décharge. Le lixiviat conduit
blablement attribuable à la maturation de la décharge souvent à de sérieux problèmes écologiques [1], bien que
et un abattement très important des MES par les filtres certains de ces polluants puissent être dégradés par les
à sable qui se répercute pour l’ensemble des paramètres micro-organismes. Ceci crée la nécessité de comprendre les
suivis. Le fonctionnement sur le plan physico-chimique mécanismes de formation du lixiviat et de caractériser sa
du filtre à sable est détaillé ainsi que l’efficacité du lagu- qualité, afin d’assurer une gestion appropriée du jus de
nage global sur les effluents issus de la décharge. décharge qui réduira au minimum ces impacts défavorables.
Par ailleurs, les travaux ayant trait à la composition des lixi-
In the Etueffont landfill (Belfort, France), leachates viats réalisés tant en laboratoire [3] [4] qu’in situ [11] ont permis
product were treated by stabilisation ponds (4 basins). de mettre en évidence une relation étroite entre le climat,
In order to ameliorate this process, two sand filters l’hydrologie, l’origine et la technique d’enfouissement des
were installed in the upstream of the first basin. An déchets d’une part et la composition chimique du lixiviat
analytical follow-up of physical and chemical para- d’autre part. Si des installations de traitement du lixiviat
meters (major elements, metals and organics with
étaient conçues pour traiter seulement la qualité moyenne
AOX, AGV and atrazine) were carried out in the lea-
du lixiviat, ces procédés se retrouvaient en limite de bon
chate, on the outlet side of the sand filters and in the
treated leachate of the station at the end of lagoo- fonctionnement lors de l’apparition des fortes concentra-
ning. The results pointed out a short variations of phy- tions en matière organique à certaines époques de l’année.
sicochemical composition in the leachate between Le procédé de traitement des lixiviats doit être conçu en
2000 and 2001, most likely due to the maturation of tenant en compte de la concentration maximale des pol-
the fill and a very significant removal of SM was obser- luants (scénario des « pires des cas »). Néanmoins, les infor-
ved due to the gravel filters which reflects for all the mations détaillées sur la variabilité saisonnière de la com-
followed parameters. The physical and chemical reac- position des lixiviats sont essentielles pour la conception
tion of the filter sand is detailed and also the efficiency d’un système de traitement efficace. Afin d’améliorer le ren-
of the natural lagooning on wastes fluids from land- dement épuratoire d’une station de traitement par lagunage
fill.
naturel des lixiviats, nous avons opté pour des filtres à sable.
DÉCHETS - REVUE FRANCOPHONE D’ÉCOLOGIE INDUSTRIELLE - N° 30 - 2e trimestre 2003 - REPRODUCTION INTERDITE 11
Traitement d’un lixiviat par lagunage naturel
Les objectifs principaux de cette étude étaient : Dans le but d’améliorer le rendement épuratoire de la sta-
– (i) la caractérisation et une identification plus étendue des tion, 2 filtres à sable ont été installés en amont du premier
paramètres bio-physico-chimiques des lixiviats de la décharge bassin, équipés de drains perforés (Fig. 2).
d’Etueffont (Belfort, France) et leur comparaison avec ceux
Stratégie d’échantillonnage
trouvés dans la littérature et avec ceux effectués précé-
demment, Des échantillons de lixiviats ont été récoltés à la buse d’en-
– (ii) l’évaluation du fonctionnement des filtres à sables trée, à la sortie du filtre à sable, dans les quatre bassins et à
– et (iii) l’évaluation du rendement épuratoire de la station la sortie du dernier bassin entre 1999 et 2000 (4 prélève-
ments par an).
après ce pré-traitement.
Matériels et méthodes
MATÉRIELS ET MÉTHODES La température (T), le pH et la conductivité électrique (CE)
ont été mesurés in situ à l’aide d’une sonde multiparamètres
Site étudié de marque WTW (Multiline P3 PH/LF-SET). Les concentra-
La décharge d’Etueffont, ouverte en 1974, est située au tions en chlorures (Cl-) ont été dosées par chromatogra-
nord-est de Belfort (France, fig. 1) et s’étend sur 2,2 hec- phie ionique (Dionex DX-100). Les teneurs relatives au zinc
tares de terrains schisteux imperméables. Les déchets sont (Zn2+), au fer (Fe2+), au magnésium (Mg2+), au nickel (Ni2+),
gérés selon un mode d’exploitation à ciel ouvert avant sa au cuivre (Cu2+) ont été obtenues par photométrie à l’aide
fermeture en juillet 2000. La décharge renferme 200 000 d’un spectrophotomètre de type WTW (Photolab Spektral).
tonnes d’ordures ménagères broyées. Le lixiviat évacué par La technique consiste de manière générale à ajuster le pH de
un émissaire principal est traité selon le principe du lagu- l’échantillon soit à l’aide d’une solution d’hydroxyde de
nage naturel dans 4 bassins de décantation disposés en série. sodium en solution pour obtenir un pH élevé (Cu, Ni, Mg,
Les caractéristiques morphométriques sont rapportées par Zn) ou soit au contraire de l’acide chlorhydrique dilué (Fe).
ailleurs [Khattabi et al. 2001]. Des réactifs spécifiques, adaptés à des gammes de concen-
tration précises, sont ajoutés à l’échantillon, puis après un
temps de réaction de quelques minutes la mesure est effec-
Déchets Lixiviat tuée en choisissant une longueur d’onde d’absorption spé-
cifique du spectrophotomètre pour l’élément chimique ana-
Filtres Bassin 1 lysé. La demande biologique en oxygène (DBO) a été
Etueffont à sable
mesurée selon la norme EN1899-1 et EN1899-2 au
DBOmètre WTW avec terminal à sonde d’oxygène à agi-
Bassin 2 tateur intégré. La mesure de la demande chimique en oxy-
gène (DCO) a été réalisée après chauffage de l’échantillon
d’eau, additionné d’une solution sulfochromique, pendant
Bassin 3 2 heures à 148 °C dans un thermoréacteur puis après refroi-
Figure 1 :
Localisation géographique de la dissement à 20 °C par mesure au spectrophotomètre.
décharge d’ordures ménagères L’azote total (NT) a été estimé par distillation, après une
Bassin 4
d’Etueffont et position centrale du minéralisation en azote ammoniacal [15] et l’ammonium
filtre à sable dans la partie médiane (NH4+) par colorimétrie suite à une catalyse en milieu
du premier bassin de lagunage Lixiviat traité alcalin par une solution de nitroprussiate de sodium. Le
phosphore total a été mesuré par
2
Géotextile anti-UV 500 g/m sur talus colorimétrie [15]. Les teneurs en acides
Géotextile 700 g/m2 sur géomembane organiques, en AOX et en atrazine ont
Géotextile anti-poinçonnement 700 g/m2 sous géomembane été dosées par le bureau d’étude
Gravier roulé 15/25 Géotechnique Est (par chromato-
sur une épaisseur de 0,25 m
graphie en phase liquide).
Les rendements épuratoires ont été
calculés par la formule suivante :
X = ((C0 - Cf) / C0) * 100
Avec :
X : Rendement épuratoire (en %),
C0 : Concentration de l’élément chimique
à la sortie de la décharge,
Cf : Concentration de l’élément chimique
à la sortie du quatrième bassin.
Figure 2 : Schéma simplifié du filtre à sable utilisé placé dans la partie
médiane du premier bassin de lagunage
12 DÉCHETS - REVUE FRANCOPHONE D’ÉCOLOGIE INDUSTRIELLE - N° 30 - 2e trimestre 2003 - REPRODUCTION INTERDITE
Traitement d’un lixiviat par lagunage naturel
RÉSULTATS ET DISCUSSION C, de H, de S, et des quantités inférieures en groupes phé-
noliques, de faibles affinités de complexation avec le Cu et
Caractérisation des lixiviats de faible poids moléculaire. Afin de caractériser la compo-
et évolution 1999-2000 sante organique du lixiviat d’Etueffont, des analyses ont
porté sur l’estimation des teneurs en AGV. Les résultats
Substances organiques
enregistrés dans le tableau 1 montrent que la moyenne en
DBO et DCO AGV des lixiviats est de l’ordre de 450 mg/l. Toutefois, cette
Plusieurs chercheurs [5], [Lecoupannec 1999] indiquent que valeur est très faible et caractéristique de vieilles décharges
les substances humique-type constituent un groupe impor- en pleine phase de stabilisation [6]. L’évolution temporelle
tant de matière organique des lixiviats. Ces substances de la charge organique du lixiviat entre 1999 et 2000, met
humiques contiennent des composantes aromatiques et ali- en évidence une nette diminution des deux indicateurs de la
phatiques avec des groupes fonctionnels principalement car- pollution organique (DBO et DCO) vraisemblablement
boxyliques et phénoliques [Lecoupannec 1999]. Les groupes attribuable aux processus de biodégradation par la biais des
fonctionnels carboxyliques expliquent 60-90 % des groupes micro-organismes. Ceci ce répercute par une diminution
fonctionnels [Hong & Elimelech 1997]. La matière organique du rapport DBO/DCO qui passe de 0,09 à 0,05 avec une
dissoute dans le lixiviat est un paramètre très important légère augmentation du pH. Ceci est corroboré par les tra-
dans l’étude des lixiviats de décharges d’ordures ménagères vaux d’Ehrig [7] et Barkowski et al. [2] qui ont montré que si
couvrant ainsi une variété de produits organiques de dégra- le rapport DBO/DCO se rapproche de zéro, les décharges
dation englobant des acides faibles volatils et des acides ful- sont anciennes et sont souvent engagées dans un proces-
viques et humiques réfractaires [5]. Malheureusement, peu sus de fermentation ultime aboutissant à la production de
d’études ont ciblé la caractérisation de la matière organique lixiviats basiques.
des lixiviats d’ordures ménagères[13], et les teneurs en
matières organiques sont très dépendantes des facteurs phy- AOX et Atrazine
siques tel que la température. Harmsen [10] a mis en évi- Afin d’aller plus loin dans la caractérisation du lixiviat
dence une dominance des AGV dans le lixiviat jeune (plus de d’Etueffont, des analyses effectuées pour les prélèvements
95 % de la DCO). Weis et al. [20] en comparant les diffé- de 2001 par le laboratoire Géotechnique Est ont portées
rents acides fulviques des lixiviats isus de l’eau de lac, d’un sur l’estimation des teneurs en AOX et en atrazine rare-
sol et d’un terrain de marais ont pu vérifier que les acides ment étudiées dans les jus de décharge (tableau 1). La valeur
fulviques isolés dans le lixiviat ont des teneurs élevées en AOX désigne la teneur totale en composés organo-halogé-
nés généralement chlorés. La plupart de ces composés ne
Tableau 1 : Évolution saisonnière (4 prélèvements sont pas biodégradables ou presque. La teneur moyenne en
par an) de la composition biophysicochimique des AOX enregistrée dans le lixiviat est très élevée (950 μg/l),
lixiviats d’Etueffont de 1999 à 2000 vraisemblablement liée aux déchets et/ou déversements de
Lixiviat 1999 Lixiviat 2000 bois dans la décharge. Ces composés organo-halogénés sont
moyenne ecartype moyenne ecartype des indicateurs de la qualité et non de la toxicité. Ils peuvent
T °C 13,40 5,81 18,80 2,61 être fabriqués naturellement par des champignons qui en
pH 7,76 0,42 7,80 0,11 décomposant le bois produisent des acides chlorés phéno-
CE μS/cm 5343 1344 4673 1371 liques et humiques naturels [20].
MES mg/l 157 160 32 19 En ce qui concerne les teneurs en atrazine, on a décelé de
DBO 98 79 46 15 faibles teneurs de l’herbicide triazinique atrazine (2-chloro-
DCO 1085 587 892 597 4-éthylamino-6- isopylamino-1,3,5-triazine) (268 ng/l), uti-
NO2 0,00 0 7,11 3,08 lisé en agriculture, spécialement dans la culture du maïs. Sa
NO3 47 77 254 353 présence est vraisemblablement liée à la mise en décharge
SO4 163 64 139 38 de déchets verts traités par ce pesticide. Ces valeurs sont
Mg 34 6 42 8 plus faibles que celles observées par Schultz et Kjeldsen [17],
NH4 178 43 178 94 Gintautas et al. [9] et Lyngkilde & Christensen [12].
NK 188 74 174 68
Eléments inorganiques
PT 1,36 0,49 1,58 1,41
Par opposition aux substances organiques, l’étude compa-
Cu 0,73 0,90 0,22 0,05
rative de la composition physico-chimique des lixiviats entre
Fe 2,93 2,21 3,61 0,96
1999 et 2000 ne met pas en évidence une telle évolution
Ni 3,23 4,69 0,13 0,07
qualitative du lixiviat (tableau 1). Toutefois, on enregistre
Sn 0,51 0,48 0,11 0,08
une légère augmentation des teneurs en Mg (de 34 à
Zn 0,61 0,28 0,40 0,32 42 mg/l) et en Fe (de 2,93 à 3,61 mg/l) vraisemblablement
AGV * * 73 0,04 attribuable aux faibles précipitations atmosphériques enre-
Atrazine ng/l * * 268 31,13 gistrées en automne 2000. Les concentrations en sulfate
AOX μg/l * * 950 0,6 enregistrées en 2000 sont également inférieures à celles
DÉCHETS - REVUE FRANCOPHONE D’ÉCOLOGIE INDUSTRIELLE - N° 30 - 2e trimestre 2003 - REPRODUCTION INTERDITE 13
Traitement d’un lixiviat par lagunage naturel
9 12
Concentrations en mg/l pour NO2
Concentrations en mg/l pour le Nickel
± Ecart-type ± Ecart-type
7 10
± Erreur-type ± Erreur-type
Moyenne Moyenne
8
5
p = 0,04 6 p = 0,03
3
4
1
2
-1
0
-3
-2
E1999 E2000
Figure 3 : Représentation en “boîte moustache” du Figure 4 : Représentation en « boîte moustache » du
résultat du test Kruskal Wallis pour les teneurs en résultat du test Kruskal Wallis pour les teneurs en Ni
nitrites du lixiviat entre 1999 et 2000. du lixiviat entre 1999 et 2000.
observées en 1999. Cette diminution pourrait être attri- Estimation du fonctionnement
buable entre autre à la réduction microbienne de SO42- en du filtre à sable
S2. En ce qui concerne les formes azotées nos résultats ne La figure 5 montre les caractéristiques du lixiviat en amont
mettent aucune tendance de décroissance de NH4 de 1999 du filtre à sable et les valeurs des concentrations à la sortie
à 2000. De plus aucune tendance n’a été observée pour les du filtre. L’étude comparative entre ces deux lixiviats nous
teneurs en métaux lourds. Ceci est corroboré par les tra- permet de mettre en évidence les principales différences
vaux de Christeinssen et al. [6] qui montrent une stabilité
observées notamment une nette baisse de la DBO (qui
des teneurs au cours du temps. L’étude statistique par le
passe de 141 à 81 mg/l), de la DCO qui passe de 1293
test Kruskal Wallis appliquée sur l’ensemble des paramètres
à 932 mg/l. Cette diminution est vraisemblablement attri-
suivis met en évidence l’existence de différences statisti-
buable à la diminution des MES. Cette chute de la charge
quement significatives seulement pour les NO2 et le Ni
organique nous permet de suggérer la présence d’une part
(p = 0,03 pour le NO2 et 0,04 pour le Ni, fig. 3 et 4).
très importante de MOP (matière organique particulaire).
Le rapport sulfate/chlorure dont les fluctuations peuvent
L’évolution temporelle du taux d’abattement des autres
nous renseigner sur l’état d’oxygénation et sur la solubilité
des cations métalliques met en évidence une diminution espèces chimiques est similaire à l’exception de la DBO
rapide du rapport de SO4/Cl, qui passe de 0,36 en 1999 à dont l’abattement est important dans les périodes estivales,
0,23 en 2000. Cette diminution est vraisemblablement attri- les élévations de la température stimulant l’activité bacté-
buable à une diminution de la concentration initiale en sul- rienne. Ceci est corroboré avec une diminution du taux
fates, en raison des conditions anaérobies régnant dans la d’abattement du NO2 associé aux phénomènes de nitri-
décharge. Les anions en excès réagiront plus tard avec des fication. En ce qui concerne les autres paramètres, le
cations métalliques pour former des précipités de sulfures pourcentage moyen d’élimination par le filtre est très satis-
métalliques insolubles. Ces derniers peuvent coprécipiter faisant pour l’ensemble des éléments (entre 20 et 80 %), à
aussi avec le fer, mais également avec d’autres métaux. l’exception des AOX, NO2, Ba, Cu et Sn où des valeurs
Cette chute temporelle du rapport SO4/Cl observée dans le négatives ont été enregistrées.
lixiviat nous indique que l’élévation de l’anaérobie dans la
décharge d’Etueffont s’accroît [14], [18].
Variations en %
Variations en %
MES DCO AOX NO3 Cl Na Mg NK Atrazine As Cu Ni Zn
NO2
CE
MES
DBO
DCO
TOC
AOX
SO4
CL
HCO3
K
NA
CA
MG
NH4
NK
PT
A
Al
Ba
Cu
Ni
Sn
Zn
NO3
pH
Fe
As
Figure 5 : Variation des taux d’abattement en % de Figure 6 : Variation des taux d’abattement par la
l’ensemble des paramètres mesurés montrant station d’Etueffont en % de certains paramètres sauf
l’influence du filtre à sable de l’automne 1999 à l’été pour la DBO.
2000.
14 DÉCHETS - REVUE FRANCOPHONE D’ÉCOLOGIE INDUSTRIELLE - N° 30 - 2e trimestre 2003 - REPRODUCTION INTERDITE
Traitement d’un lixiviat par lagunage naturel
Efficacité du lagunage naturel * H. Khattabi, M. Schaivon et J-L. Morel
Laboratoire sols et environnement - Ecole nationale supérieure d’agronomie
Le suivi de la courbe d’évolution du rendement épuratoire et des industries alimentaires - 2 avenue Forêt de Haye - 54505 Vandœuvre
calculé en été 2000 pour certains paramètres est souvent les Nancy.
très important (fig. 6), à l’exception d’un dysfonctionnement ** J. Mania
pour la DBO et MES respectivement -146 % et -57 %. Ce Laboratoire de mécanique de Lille, UMR CNRS 8107 -
Ecole universitaire d’ingénieurs de Lille (Eudil) - 59655 Villeneuve d’Ascq.
dysfonctionnement est vraisemblablement dû au surplus de
matières organiques autochtones élaborées par l’activité *** H. Grisey et L. Aleya
Laboratoire de biologie et écophysiologie, Université de Franche-Comté
photosynthétique dans les quatre bassins en période esti- 1, Place Leclerc - 25030 Besançon Cedex. E-mail :
[email protected].
vale. Toutefois, la DCO semble être faiblement influencée
par cet apport organique ce qui nous laisse supposer que Nomenclature
AGV : acides gras volatiles (mg/l)
cet apport organique est vraisemblablement associé aux AOX : composés organiques halogénés absorbables (μg/l)
blooms phytoplanctoniques. Le taux d’abattement de la CE : conductivité électrique (μS/cm)
DCO enregistrées est de 58 %. De plus, on souligne un taux DBO : demande biologique en oxygène (mg/l d’O2)
d’abattement très prometteur de l’atrazine (80 %), attri- DCO : demande chimique en oxygène (mg/l d’O2)
MES : matières en suspensions (mg/l)
buable à sa biodégradation le long du cheminement du lixi- NK : azote Kjeldal (mg/l)
viat d’un bassin à un autre et/ou à son piégeage au fond par
les boues sur place. Ces deux processus sont favorisés par Bibliographie
l’élévation du pouvoir oxydant du lixiviat [Kirsten Rügge et [1] Baccini, G., Henseler R., Figi and [12] Lyngkilde, J. and Christensen, T.H.,
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bassin à un autre et par injection de l’oxygène produit par plume (Vejen, Denmark). J. Contam.
Waste Management Res. 5, 483-499.
l’activité phytoplanctonique très intense dans les derniers [2] Barkowski D., Gunther P. and
Hydrol. 10, 291-307.
bassins. Pour cela, il paraît nécessaire dans nos prochaines Rochert R., 1987. Atlasten. Edition C.F. [13] Navarro A., Bernard D., Millot N.,
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qualité du lixiviat présentée dans cet article peut fournir Frimmel F. H., 1989. Humic-like sub-
[10] Harmsen J., 1983. Identification of stances from landfill leachates-characteri-
une contribution substantielle à une meilleure compréhen- organic compounds in leachate from a zation and comparison with terrestrial and
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Remerciements and characteristics as a function of water Christodoulou, K. 2001. Enzymatic treat-
Les auteurs remercient Mr. Gérard Guyon, Maire d’Etueffont et Président du SICTOM input and landfill configuration. Wat. Poll. ment of sanitary landfill leachate.
et tous les agents techniques pour leur contribution à l’élaboration de ce travail. Res. J. Can. 20, 43-56. Chemosphere 44, 1103-1108.
DÉCHETS - REVUE FRANCOPHONE D’ÉCOLOGIE INDUSTRIELLE - N° 30 - 2e trimestre 2003 - REPRODUCTION INTERDITE 15