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Dissertations

La fiscalité des télécommunications et du numérique au Maroc doit s'adapter aux mutations technologiques pour garantir équité et compétitivité. Le cadre fiscal actuel présente des limites, notamment en matière d'imposition des géants du numérique, tandis que des réformes sont nécessaires pour une fiscalité plus juste et durable. Parallèlement, la fiscalité du secteur immobilier et du BTP souffre de complexité et d'inefficacité, nécessitant une réforme pour assurer une meilleure justice fiscale et une intégration avec les politiques publiques.

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La fiscalité des télécommunications et du numérique au Maroc doit s'adapter aux mutations technologiques pour garantir équité et compétitivité. Le cadre fiscal actuel présente des limites, notamment en matière d'imposition des géants du numérique, tandis que des réformes sont nécessaires pour une fiscalité plus juste et durable. Parallèlement, la fiscalité du secteur immobilier et du BTP souffre de complexité et d'inefficacité, nécessitant une réforme pour assurer une meilleure justice fiscale et une intégration avec les politiques publiques.

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La fiscalité des télécommunications et du numérique

Introduction
À l’ère de la digitalisation accélérée, les télécommunications et les
services numériques redéfinissent les circuits économiques, les
formes de consommation et les modèles d’affaires. Porté par le
développement du cloud, du streaming, des plateformes en ligne et
de l’intelligence artificielle, le secteur numérique génère aujourd’hui
une part croissante de la valeur mondiale. Pourtant, cette révolution
technologique met en évidence le décalage croissant entre
l’économie numérique et les cadres fiscaux classiques, conçus
pour une économie matérielle et localisée.
Au Maroc, ce secteur connaît un essor remarquable, tant en matière
d’infrastructures que d’emplois. Cependant, la fiscalité appliquée
aux acteurs du numérique – nationaux comme étrangers – soulève
des problématiques cruciales d’équité, d’efficacité et de
souveraineté fiscale.
Dès lors, il est légitime de poser la problématique suivante :
Comment adapter la fiscalité marocaine aux mutations
numériques tout en assurant justice fiscale et compétitivité
économique ?
Pour y répondre, cette dissertation s’articulera en deux temps : nous
analyserons d’abord les enjeux et limites du cadre fiscal actuel,
avant de proposer une lecture des défis contemporains et des
pistes de réforme à l’échelle nationale et internationale.
Chapitre I – Une fiscalité en décalage avec les mutations
numériques
Section 1 – Un secteur en forte croissance mais difficile à
encadrer fiscalement
Le secteur des télécommunications et du numérique connaît une
croissance rapide au Maroc et dans le monde. Entre 2015 et 2023,
le nombre d’abonnements Internet au Maroc est passé de 14 à 37
millions, et le taux de pénétration a atteint près de 95 %. Le
déploiement de la fibre optique et de la 5G, la montée des startups
et l’explosion de l’e-commerce témoignent d’une transformation
structurelle.
Mais cette évolution s’accompagne de nouveaux modèles
économiques dématérialisés : les GAFA, par exemple, peuvent
générer des revenus massifs dans un pays sans y être physiquement
présents. Cela remet en cause la base même du droit fiscal, qui
repose sur le principe de territorialité (présence physique = droit
de taxer).
Résultat : ces entreprises échappent largement à l’impôt local,
tandis que les acteurs traditionnels ou nationaux supportent une
fiscalité plus lourde, créant des inégalités fiscales et une
concurrence déséquilibrée.
Section 2 – Un cadre fiscal marocain en cours d’adaptation,
mais encore limité
Le Maroc a initié plusieurs mesures pour intégrer la fiscalité
numérique :
 TVA sur les services numériques étrangers (ex : Netflix,
Amazon Web Services), imposée via une plateforme déclarative
pour les non-résidents (article 115 bis).
 IS à taux plein pour les opérateurs télécoms (Maroc Telecom,
Orange, Inwi), en plus des redevances spécifiques (fréquences,
licences) et de la contribution au Fonds de service universel
des télécoms.
 Avantages fiscaux pour l’offshoring et les startups
technologiques (zones d’accélération, conventions).
Toutefois, plusieurs limites subsistent :
 Les plateformes étrangères échappent encore en grande
partie à l’impôt sur les bénéfices.
 La traçabilité des revenus numériques reste complexe.
 Le système fiscal est perçu comme techniquement lourd
pour les petites entreprises locales du numérique.
Chapitre II – Vers une fiscalité numérique plus équitable et
durable
Section 1 – Les défis fondamentaux : érosion fiscale,
localisation de la valeur et justice fiscale
La mondialisation numérique a accentué trois grandes
problématiques fiscales :
1. L’érosion de la base d’imposition (BEPS) : les
multinationales numériques transfèrent leurs bénéfices vers
des paradis fiscaux, causant une perte estimée par l’OCDE à
100–240 milliards USD/an.
2. La difficulté à localiser la valeur créée : les profits issus
des données, des algorithmes et des plateformes sont générés
dans des zones immatérielles, rendant les règles traditionnelles
inopérantes.
3. L’inégalité fiscale entre entreprises : les géants du
numérique paient en moyenne 9 % d’impôt effectif, contre
23 % pour les entreprises classiques.
Pour les pays en développement comme le Maroc, cette situation
menace la soutenabilité budgétaire et affaiblit la compétitivité
des entreprises locales.
Section 2 – Réformes en cours et perspectives d’adaptation
Face à ces enjeux, des réformes globales ont été initiées :
 L’OCDE, avec 136 pays, a adopté en 2021 deux piliers :
o Pilier 1 : réaffectation d’une part des bénéfices des
multinationales vers les pays consommateurs.
o Pilier 2 : mise en place d’un impôt minimum mondial
de 15 %.
 Plusieurs pays (France, Inde, Royaume-Uni) ont adopté des
taxes numériques ciblées sur les revenus des grandes
plateformes.
Au niveau national, le Maroc pourrait :
 Étendre le système déclaratif aux plateformes numériques
émergentes.
 Renforcer les contrôles croisés sur les flux de données, de
paiements et d’hébergement.
 Créer une taxe numérique nationale progressive, adaptée
aux réalités locales.
 Mettre en œuvre une fiscalité incitative mais conditionnelle
pour les startups et projets innovants.
Conclusion
La fiscalité des télécommunications et du numérique représente un
enjeu stratégique majeur pour le Maroc. Le secteur offre des
opportunités économiques, sociales et technologiques considérables,
mais soulève aussi des défis complexes liés à la dématérialisation
de l’activité, à l’injustice fiscale et à la perte de souveraineté.
Si des efforts notables ont été déployés, une réforme plus globale,
cohérente et territorialisée est nécessaire. Celle-ci doit garantir
un équilibre entre mobilisation des recettes, attractivité
économique et justice fiscale, dans un contexte de transition vers
une économie de plus en plus numérisée.
Construire une fiscalité adaptée au numérique, c’est aussi préparer
l’État à affronter les défis de demain, en s’assurant que
l’innovation rime avec responsabilité et équité.

La fiscalité du secteur immobilier et du BTP


Introduction
La fiscalité est un outil stratégique pour accompagner les politiques
publiques et réguler les secteurs économiques clés. Le secteur
immobilier et celui du BTP (bâtiment et travaux publics) occupent
une place centrale dans l’économie marocaine : ils contribuent à
hauteur de 6,3 % au PIB, créent plus d’un million d’emplois
chaque année, et influencent directement l’aménagement du
territoire et la dynamique urbaine.
Pourtant, la fiscalité qui leur est appliquée se caractérise par une
architecture complexe, une parafiscalité opaque, et une
accumulation d’exonérations qui remettent en question l’équité
et l’efficacité du système. Dès lors, se pose la question suivante : la
fiscalité du secteur immobilier et BTP au Maroc répond-elle
aux exigences d’équité, de cohérence et de performance
économique ?
Pour y répondre, nous étudierons d’abord la structure actuelle de la
fiscalité immobilière et ses principales faiblesses, avant d’analyser
les enjeux de réforme et les propositions d’amélioration du régime
en place.
Chapitre I – Une fiscalité complexe, fragmentée et peu
efficiente
Section 1 – Une architecture fiscale éclatée entre impôts, TVA
et taxes locales
Le régime fiscal applicable au secteur immobilier et BTP est composé
d’un ensemble d’impôts directs et indirects, de taxes locales et de
prélèvements parafiscaux, créant ainsi un système difficile à
maîtriser, tant pour les contribuables que pour l’administration.
Sur le plan des impôts directs, on retrouve :
 L’impôt sur le revenu foncier, avec un abattement de 40 %
sur les loyers bruts.
 La taxe sur les profits immobiliers (TPI) : 20 % sur les plus-
values immobilières, sauf cas d’exonération (résidence
principale, logements sociaux, donations...).
 L’impôt sur les sociétés (IS) pour les promoteurs
immobiliers et les entreprises de construction.
 Plusieurs taxes locales (professionnelle, habitation, services
communaux, TNB, taxes d’urbanisme).
Du côté des impôts indirects :
 La TVA immobilière est fixée à 20 %, mais avec des
exonérations fréquentes (ex : logement social), ce qui crée une
distorsion dans la chaîne de valeur.
 Les droits d’enregistrement (5 %) et la taxe de publicité
foncière (1 %) s’appliquent aux transactions.
Enfin, la parafiscalité pèse lourdement sur les matériaux de
construction (ciment, fer, sable) via des taxes affectées à des fonds
spécifiques, souvent mal contrôlés.
Section 2 – Des failles majeures en termes de justice fiscale
et de performance
Malgré cette pluralité d’outils fiscaux, le système est inefficace et
inéquitable. Plusieurs problèmes sont identifiés :
 Multiplication des exonérations, notamment au profit de
certains promoteurs qui ne répercutent pas les avantages
fiscaux sur les prix finaux.
 Confusion entre incitation à la construction et soutien à
l’achat, qui détourne la finalité sociale de certaines mesures.
 Fiscalité locale incohérente, mal perçue par les citoyens,
avec une grande hétérogénéité entre territoires.
 Le système favorise les logiques spéculatives, au détriment
des projets de logement durable ou à faible revenu.
 Les opérateurs informels restent largement en dehors du
circuit fiscal, tandis que les opérateurs formels supportent des
charges lourdes, notamment via la TVA non récupérée sur
certains projets.
Chapitre II – Vers une réforme de la fiscalité immobilière plus
équitable et cohérente
Section 1 – Repenser les incitations et lutter contre les effets
pervers
Une réforme structurelle est nécessaire pour rendre cette fiscalité
plus juste et plus efficace. Cela suppose d’abord une révision des
incitations fiscales :
 Limiter les exonérations aux projets réellement sociaux ou
durables.
 Mettre en place une taxation progressive des plus-values
immobilières, pour décourager la spéculation.
 Réformer la taxe sur les terrains non bâtis (TNB) pour
lutter contre la rétention foncière, en modulant son taux selon
la durée et la nature du bien.
 Harmoniser les régimes de TVA pour réduire les écarts de
traitement entre les différents types de construction.
La parafiscalité, quant à elle, doit être encadrée par la loi de
finances, soumise au contrôle parlementaire, et mieux répartie
selon les besoins des territoires.
Section 2 – Simplifier, territorialiser et articuler avec les
politiques publiques
Pour que la réforme soit cohérente, elle doit s’accompagner d’une
simplification des dispositifs fiscaux et d’une meilleure
articulation avec les politiques de logement, d’urbanisme et
d’aménagement du territoire.
 Mettre en place une fiscalité territorialisée, tenant compte
des besoins locaux, avec des recettes affectées aux
infrastructures urbaines.
 Réunir dans un seul texte ou code l’ensemble des règles
fiscales applicables au secteur (au lieu de les disperser entre
lois, circulaires et réglementations locales).
 Évaluer régulièrement les effets des dispositifs fiscaux sur les
prix, l’investissement, la qualité de construction, et l’accès au
logement.
L’objectif est d’aller vers un système fiscal lisible, prévisible,
incitatif et redistributif, au service d’un secteur immobilier
encadré, durable et solidaire.
Conclusion
La fiscalité du secteur immobilier et du BTP au Maroc souffre
aujourd’hui d’un excès de complexité, d’un empilement de taxes mal
coordonnées, et d’une faiblesse en matière de justice fiscale. Si elle
a permis de soutenir certains projets de logement, elle a aussi
encouragé des comportements spéculatifs et fragilisé la
transparence budgétaire.
La réforme de cette fiscalité apparaît donc urgente. Elle doit reposer
sur une meilleure gouvernance fiscale, une réduction des
exonérations inefficaces, et une intégration cohérente dans
les politiques publiques nationales et territoriales.
Ainsi, le Maroc pourra faire de sa fiscalité immobilière non seulement
un outil de financement, mais aussi un levier stratégique pour un
développement urbain inclusif et durable.

La fiscalité agricole au Maroc


Introduction
La fiscalité est un outil essentiel pour financer les services publics et orienter les
choix économiques. Le secteur agricole, qui joue un rôle vital dans l’économie
marocaine, a longtemps bénéficié d’un régime fiscal dérogatoire, marqué par une
exonération presque totale des impôts directs. Cette politique visait à soutenir un
secteur perçu comme stratégique, mais vulnérable.
Cependant, cette exonération prolongée a été critiquée pour son coût budgétaire
élevé, son manque d'efficacité économique, et les inégalités fiscales qu'elle a
créées. Depuis 2014, une refiscalisation progressive du secteur est engagée,
dans le but d’élargir l’assiette fiscale tout en continuant à soutenir les petits
agriculteurs.
Nous verrons ainsi dans un premier chapitre l’évolution du régime fiscal agricole
et les mesures d’encouragement, puis dans un second chapitre les effets socio-
économiques et budgétaires de cette politique.
Chapitre I : L’évolution du régime fiscal agricole et les incitations
fiscales
Section 1 : De l’exonération totale à la refiscalisation progressive
Pendant trois décennies (1984–2013), les revenus agricoles ont été entièrement
exonérés d’impôts sur décision royale, dans un contexte de sécheresse, de crise
économique et de pauvreté rurale. Cette exonération concernait aussi la TVA sur
les intrants et les produits de base.
Mais dès 2014, l’État marocain amorce une refiscalisation progressive, selon le
chiffre d’affaires des exploitations. Les petites exploitations (CA < 5 MDH) restent
exonérées, alors que les grandes sont désormais imposables.
La loi de finances 2014 a fixé un calendrier d’intégration fiscale, avec des taux
d’imposition allégés (20 %) pour les nouveaux redevables, dans une logique de
transition progressive vers le régime fiscal ordinaire.
Section 2 : Un système fiscal incitatif au service de l’investissement
agricole
Le Code Général des Impôts maintient plusieurs avantages fiscaux pour
encourager les agriculteurs à investir et à se formaliser :
 Exonération permanente d’IR ou d’IS pour les exploitants agricoles
réalisant moins de 5 MDH de CA.
 Exonération de la cotisation minimale pendant 3 ans pour les sociétés
agricoles nouvelles.
 Franchise d’impôt sur la plus-value en cas d’apport d’exploitation à une
société.
 Réduction d’IR en cas d’investissement dans des entreprises agricoles
innovantes.
Concernant la TVA, de nombreux produits agricoles bénéficient d’une exonération
totale ou avec droit à déduction (engrais, semences, matériels…), ce qui renforce
la compétitivité du secteur.
Par ailleurs, l’État soutient les projets agricoles via le Fonds de Développement
Agricole (FDA), qui accorde des subventions allant jusqu’à 100 %, selon la taille
de l’exploitation et la nature de l’investissement.
Chapitre II : Les impacts socio-économiques et budgétaires de la
fiscalité agricole
Section 1 : Un impact social contrasté et des inégalités fiscales
L’objectif principal de l’exonération fiscale était de protéger les petits agriculteurs
face à l’instabilité climatique et aux revenus irréguliers. Cette mesure a aidé à
maintenir une certaine stabilité sociale en milieu rural.
Cependant, les grandes exploitations agricoles ont aussi profité des
exonérations, créant ainsi un sentiment d’injustice fiscale, notamment vis-à-
vis des autres catégories de contribuables. Cette situation a renforcé les
inégalités fiscales et fragilisé la confiance dans le système.
En outre, l’absence de fiscalité a limité la formalisation du secteur, privant de
nombreux agriculteurs de droits sociaux (AMO, CNSS, retraite), alors même que
l’emploi agricole diminue progressivement au Maroc.
Section 2 : Un coût budgétaire élevé et une efficacité économique
limitée
Les exonérations fiscales ont engendré un manque à gagner important pour
l’État. Selon Oxfam, les niches fiscales agricoles figurent parmi les plus
coûteuses, avec une perte estimée à plus de 8 milliards de dirhams par an.
De plus, malgré tous les avantages fiscaux et les subventions, la part de
l’agriculture dans le PIB reste relativement stable, entre 12 et 14 %, et
fortement dépendante des conditions climatiques.
La refiscalisation entreprise depuis 2014 n’a pas encore permis de capter le
plein potentiel fiscal des grandes exploitations, dont certaines continuent à
échapper à l’impôt en fragmentant leurs activités.
Il devient donc nécessaire de mieux cibler les exonérations, de renforcer la
transparence fiscale, et de rendre plus équitable la participation du secteur
agricole au financement public.
Conclusion
La fiscalité agricole marocaine reflète un équilibre délicat entre le soutien au
développement rural et la nécessité d’élargir l’assiette fiscale. Si
l’exonération fiscale a permis d’amortir les chocs sociaux, elle a aussi creusé des
inégalités et engendré un manque à gagner pour les finances publiques.
La refiscalisation engagée depuis 2014 représente un pas important vers une
fiscalité plus équitable. Néanmoins, pour qu’elle soit pleinement efficace, elle doit
être accompagnée de mesures de formalisation, de ciblage des aides, et
de contrôle renforcé, afin de construire une fiscalité agricole juste,
progressive et durable, capable de répondre aux défis du développement.
La fiscalité du transport et de la logistique au Maroc
Introduction
Dans le contexte des mutations économiques mondiales, la fiscalité n’est plus
uniquement perçue comme un simple outil de financement public, mais
également comme un levier stratégique de politique économique sectorielle.
Chaque secteur d’activité présente en effet des caractéristiques propres qui
justifient une approche fiscale différenciée. C’est dans cette perspective que
s’inscrit la fiscalité sectorielle, entendue comme l’ensemble des règles fiscales
spécifiquement conçues ou adaptées à un secteur donné, en fonction de ses
enjeux, de ses structures, de ses externalités et de sa contribution à l’économie
nationale.
L’un des secteurs les plus impactés par les politiques fiscales est celui du
transport et de la logistique, qui constitue un pilier fondamental du
développement économique au Maroc. Il contribue à la mobilité des biens et
des personnes, soutient l’industrialisation, facilite les échanges commerciaux et
permet le désenclavement territorial. À lui seul, il représente environ 6 % du PIB,
et son importance ne cesse de croître avec la montée en puissance des
plateformes logistiques, des ports de classe mondiale (comme Tanger Med), et
des zones industrielles connectées.
Cependant, le régime fiscal applicable à ce secteur demeure fragmenté,
rigide, et parfois mal aligné avec ses besoins réels. Il combine impôts
directs, TVA, taxes spécifiques, redevances et droits de douane, sans toujours
tenir compte des spécificités économiques, techniques et géographiques du
secteur. Il en résulte un système lourd, peu incitatif, marqué par des distorsions
entre modes de transport et par une faible prise en compte de la transition
écologique.
Dès lors, la question centrale que nous nous posons est la suivante : dans
quelle mesure la fiscalité appliquée au secteur du transport et de la
logistique au Maroc parvient-elle à concilier efficacité économique,
justice fiscale et modernisation structurelle ?
Pour répondre à cette problématique, nous adopterons une démarche en deux
temps. D’abord, nous dresserons un état des lieux critique du régime fiscal
actuel appliqué au secteur et de ses effets sur son fonctionnement (Chapitre I).
Ensuite, nous analyserons les défaillances de gouvernance et les réformes
envisageables pour rendre cette fiscalité plus équitable et plus performante
(Chapitre II).
Chapitre I : La fiscalité actuelle du transport : complexité, incohérences
et effets négatifs
Section 1.1 – Un système fiscal dispersé et faiblement incitatif
Le régime fiscal appliqué au transport et à la logistique se compose de plusieurs
niveaux d’imposition. Les grandes entreprises sont soumises à l’Impôt sur les
sociétés (IS), tandis que les plus petites, y compris de nombreux exploitants
individuels, relèvent de l’Impôt sur le revenu (IR) ou de la Contribution
Professionnelle Unique (CPU), un régime forfaitaire censé simplifier les
démarches fiscales.
La Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) constitue un point névralgique du
système. Certaines opérations sont taxées à 10 % (transport de marchandises,
transport interurbain), d’autres à 20 % (services annexes), tandis que certaines
activités sont exonérées, parfois sans droit à déduction. De plus, plusieurs biens
et services essentiels au secteur (véhicules touristiques, carburants, immeubles,
etc.) sont exclus du droit à déduction, ce qui entraîne un surcoût pour les
entreprises.
Les taxes spécifiques comme la TSAV (Taxe Spéciale Annuelle sur les Véhicules),
les droits d’immatriculation, les redevances de passage ou d’exploitation
et les droits de douane sur les équipements viennent alourdir la pression
fiscale globale. Cette pluralité de prélèvements crée un système dense mais
parfois incohérent, où le poids fiscal ne correspond pas toujours à la capacité
contributive des opérateurs.
Section 1.2 – Un déséquilibre fiscal pénalisant entre transport routier,
maritime, ferroviaire et aérien
Le système fiscal actuel crée des inégalités de traitement entre les modes
de transport, sans justification économique claire. Le transport routier, très
utilisé, supporte des charges fiscales importantes, notamment sur le carburant,
qui représente à lui seul près de 80 % des coûts d’exploitation de nombreuses
entreprises. Or, le Maroc ne distingue pas le carburant professionnel du carburant
de consommation ordinaire, à la différence de nombreux pays européens.
Dans le secteur maritime, les armateurs marocains paient l’IS, la TVA, et
supportent des droits de douane élevés sur les navires et les pièces importées.
En revanche, les compagnies étrangères opérant dans les eaux marocaines sont
souvent exonérées, grâce aux conventions internationales. Cette situation a
poussé de nombreux armateurs marocains à immatriculer leurs navires à
l’étranger (Panama, Malte...), entraînant une chute vertigineuse de la flotte
nationale, qui est passée de 69 navires en 1990 à 14 en 2024.
Le transport ferroviaire, bien que stratégique pour la durabilité, est défavorisé
fiscalement : les prestations de l’ONCF sont soumises à une TVA de 20 %, et les
crédits de TVA générés par les investissements ne sont pas récupérables
rapidement, ce qui fragilise sa trésorerie.
Enfin, le transport aérien subit une superposition de taxes (TVA, redevances
aéroportuaires, taxes sur les billets), ce qui nuit à la compétitivité des hubs
marocains, face à des plateformes mieux dotées comme celles d’Istanbul ou de
Dubaï.
Chapitre II : Une gouvernance perfectible et des réformes nécessaires
pour une fiscalité plus juste et performante
Section 2.1 – Défaillances de gouvernance, poids de l’informel et
manque de coordination
Outre les déséquilibres techniques, le secteur souffre d’un déficit de
gouvernance fiscale. La gestion des impôts et taxes y est éclatée entre
plusieurs acteurs publics (Direction Générale des Impôts, Administration des
Douanes, ONDA, NARSA, etc.) sans coordination suffisante. L’absence
d’interopérabilité des systèmes informatiques freine la transparence, le suivi et la
lutte contre la fraude.
De plus, l’économie informelle est très présente dans le secteur. De nombreux
opérateurs (transport artisanal, fret local, transport rural) exercent sans
immatriculation, sans fiscalité déclarée, et souvent sans contrôle. Cela crée une
concurrence déloyale envers les acteurs formels, qui supportent l’intégralité de
la fiscalité tout en évoluant dans un environnement compétitif faussé.
Le secteur pâtit également de l’absence de fiscalité verte ou incitative.
Aucun mécanisme fiscal n’encourage aujourd’hui la transition énergétique, la
réduction des émissions, ou l’innovation technologique dans les transports.
Section 2.2 – Pour une fiscalité sectorielle plus adaptée, équilibrée et
incitative
Une réforme du système fiscal sectoriel est nécessaire pour transformer la
fiscalité du transport et de la logistique en un levier de performance
économique, sociale et écologique.
Plusieurs pistes se dégagent :
 Mettre en place un système de carburant professionnel, via
remboursement ou réduction des taxes sur le gasoil utilisé à des fins
professionnelles.
 Réviser la TVA, en harmonisant les taux, en élargissant les droits à
déduction, et en allégeant la charge sur les investissements structurants.
 Adopter un régime fiscal maritime incitatif, comme la taxation au
tonnage, pour restaurer la compétitivité des armateurs marocains.
 Accorder des crédits d’impôt à l’innovation logistique, à la
décarbonation ou à la formation dans le secteur.
 Renforcer la digitalisation, notamment à travers la facturation
électronique, la plateforme douanière BADR, et l’interconnexion entre les
administrations concernées.
 Enfin, intégrer progressivement l’informel par des régimes simplifiés,
attractifs et accompagnés de mesures de formalisation.
Conclusion
La fiscalité du secteur du transport et de la logistique au Maroc est à la croisée
des chemins. Elle doit dépasser son rôle de simple outil de prélèvement pour
devenir un instrument de développement intégré. Or, le système actuel,
bien que relativement productif, reste trop rigide, inégal et mal synchronisé
avec les spécificités du secteur.
Une réforme intelligente, combinant justice fiscale, efficacité économique, et
transition écologique, s’impose. Elle doit s’appuyer sur une gouvernance plus
cohérente, une gestion modernisée et des incitations ciblées. C’est à ce prix que
la fiscalité sectorielle pourra pleinement jouer son rôle de levier de compétitivité
et de transformation durable du secteur du transport au Maroc.
La fiscalité du secteur financier et bancaire au Maroc
Introduction
Le secteur financier, qui englobe les établissements de crédit et les compagnies
d’assurance, constitue un levier central de l’économie marocaine. Il assure
la mobilisation de l’épargne, le financement de l’investissement, la couverture
des risques, et contribue à la stabilité macroéconomique. Par son poids
économique, sa rentabilité structurelle et son haut degré de régulation, il fait
l’objet d’un traitement fiscal spécifique, conçu pour garantir sa contribution
aux recettes publiques tout en encadrant ses pratiques.
Ce régime fiscal sectoriel, ancré dans le Code Général des Impôts (CGI),
s’appuie sur des instruments classiques comme l’impôt sur les sociétés (IS) et la
TVA, mais aussi sur des dispositifs particuliers tels que la taxe sur les contrats
d’assurance (TCA), les retenues à la source, et plus récemment la
Contribution Sociale de Solidarité (CSS). Toutefois, l’émergence de
nouveaux acteurs numériques — FinTechs, plateformes de paiement,
cryptomonnaies — remet en cause l'efficacité et l'équité de ce cadre, en posant
des défis de traçabilité, de territorialité et d’adaptation technologique.
Dans ce contexte, une double question se pose : comment le système fiscal
marocain encadre-t-il le secteur financier traditionnel ? Et comment
peut-il évoluer face aux transformations digitales qui redéfinissent les
services financiers ?
Pour répondre à cette problématique, nous analyserons dans un premier temps
les caractéristiques du régime fiscal appliqué aux banques et aux assurances
(Chapitre I), avant d’examiner les dispositifs de solidarité et les enjeux fiscaux
soulevés par la digitalisation financière (Chapitre II).
Chapitre 1 :La fiscalité actuelle des banques et assurances au Maroc
Section 1.1 :Les impôts appliqués aux établissements bancaires
Les banques commerciales, participatives (islamiques) et sociétés de
financement sont soumises à un traitement fiscal plus contraignant que les
entreprises ordinaires, en raison de leur capacité contributive élevée. Leur
fiscalité repose sur quatre grands piliers :
 L’impôt sur les sociétés (IS) : les banques supportent un taux spécifique
de 37 %, appelé à atteindre 40 % à l’horizon 2026. Ce taux élevé reflète
leur rentabilité, leur transparence et leur poids économique. Le résultat
fiscal est déterminé à partir du résultat comptable, après ajustements
fiscaux.
 La taxe sur la valeur ajoutée (TVA) : les services bancaires sont soumis
à un taux réduit de 10 % (frais de dossier, virements...), mais certaines
activités (octroi de crédit, placements à intérêt) sont exonérées, limitant
le droit à déduction et générant un coût fiscal indirect.
 La fiscalité des produits participatifs : les banques islamiques
bénéficient d’un traitement différencié. Par exemple, en Mourabaha, la TVA
est calculée uniquement sur la marge bénéficiaire, pour éviter la double
imposition. Les autres produits (Ijara, Salam...) sont progressivement
intégrés dans le CGI.
 Les retenues à la source : les établissements bancaires sont tenus de
prélever l’impôt sur les intérêts, dividendes, honoraires et revenus versés à
des tiers, résidents ou non-résidents, selon des taux variant entre 10 % et
30 %. Ils jouent ainsi un rôle d’intermédiaire fiscal actif.
Enfin, les banques suivent un plan comptable spécifique (PCBM) et font
l’objet d’un double contrôle : prudentiel (par Bank Al-Maghrib) et fiscal (par la
DGI). Cette structuration renforce la transparence et l’efficacité du contrôle fiscal
dans ce secteur.
Section 1.2 :Le régime fiscal des compagnies d’assurance
Le régime fiscal des compagnies d’assurances repose sur un socle distinct de
celui des banques, notamment à travers la Taxe sur les Contrats d’Assurance
(TCA), prévue par l’article 280 du CGI.
 Cette taxe s’applique à la quasi-totalité des contrats (classiques ou
Takaful), à l’exception des risques situés à l’étranger ou des contrats
souscrits par des non-résidents. Son assiette est constituée des primes,
surprimes et cotisations, avec possibilité de déductions en cas de
contrats résiliés ou exonérés.
 Le taux de TCA varie de 7 % à 14 % selon la nature du risque
(assurance maritime, automobile, incendie, santé…). Certaines opérations
sont exonérées, pour des raisons sociales ou économiques (ex. :
assurance agricole, assurance maladie des indépendants, épargne
Takaful…).
 Les compagnies d’assurance sont exonérées de TVA, mais sans droit à
déduction. Cela signifie qu’elles ne peuvent pas récupérer la TVA payée sur
leurs propres achats, ce qui constitue un coût fiscal implicite.
En parallèle, ces entreprises sont aussi soumises à l’IS au taux de 40 %,
comme les établissements de crédit. Ce régime assure une contribution stable
aux recettes fiscales, tout en reconnaissant la spécificité technique du secteur
assurantiel.
Chapitre 2 :Les nouveaux enjeux fiscaux du secteur financier
Section 2.1 :La contribution de solidarité imposée aux grandes
entreprises
Dans un contexte de crise budgétaire et de réformes sociales, le Maroc a instauré
en 2021 la Contribution Sociale de Solidarité (CSS). Elle vise à faire
contribuer les entreprises les plus rentables, notamment les banques et
assurances, au financement de l’État et à la cohésion sociale.
 La CSS s’applique aux sociétés soumises à l’IS, ayant un bénéfice net
supérieur à 1 million de dirhams.
 Le barème est progressif : de 1,5 % à 5 % selon le montant du bénéfice.
Les grandes banques comme Attijariwafa Bank ou BCP atteignent
systématiquement la tranche maximale (5 %).
 Cette contribution, non déductible fiscalement, s’ajoute aux charges
existantes, traduisant une logique de justice fiscale et d’effort
national, particulièrement en période de crise (pandémie, inflation…).
 Bien que temporaire (2021–2025), la reconduction de la CSS ouvre le
débat sur sa pérennisation, notamment dans les secteurs stratégiques à
forte rentabilité. Elle constitue un outil symbolique et budgétaire de
solidarité verticale, justifié par le principe de capacité contributive.
Section 2.2 : Les défis fiscaux liés à la digitalisation du secteur financier
L’émergence des FinTechs — plateformes de paiement, banques en ligne,
cryptoactifs — bouleverse l’écosystème financier. Ces innovations posent de
nouveaux défis fiscaux, notamment :
 Des activités sans présence physique, difficilement imposables selon
les critères classiques de territorialité.
 Un vide juridique sur les cryptoactifs, encore absents du CGI, malgré leur
usage croissant.
 Une érosion de la base fiscale, car les revenus générés par ces acteurs
sont souvent non déclarés ou non localisés.
 Une inégalité de traitement entre FinTechs peu imposées et
établissements classiques lourdement fiscalisés.
Face à ces enjeux, des pistes émergent :
 Créer un statut fiscal spécifique pour les FinTechs.
 Rendre obligatoire la facturation électronique.
 Utiliser des technologies comme la blockchain pour sécuriser les flux.
 S’inspirer des expériences étrangères (taxe GAFA en France, taxe digitale
au Kenya).
Le Maroc a déjà amorcé certaines initiatives (loi sur le financement collaboratif,
stratégie d’inclusion financière, digitalisation de la DGI), mais une réforme plus
profonde et cohérente du cadre fiscal s’impose pour accompagner
durablement la digitalisation.
Conclusion
Le secteur financier marocain est soumis à une fiscalité rigoureuse,
structurée et différenciée, qui reflète à la fois son poids économique et ses
enjeux systémiques. Les banques et assurances contribuent massivement via
l’IS, la TVA, la TCA, et désormais la CSS. Ce régime permet de capter une partie
substantielle des richesses produites, tout en encadrant l’activité selon des règles
spécifiques.
Cependant, l’essor fulgurant des services financiers numériques remet en
question l’adéquation du système fiscal existant. La montée des FinTechs, la
dématérialisation des opérations et la fluidité transfrontalière exigent une
révision profonde des concepts fiscaux traditionnels, fondés sur la
territorialité et la matérialité.
Pour garantir l’équité, préserver la compétitivité et stimuler l’innovation, il est
impératif de moderniser la fiscalité du secteur financier, en combinant
rigueur, innovation et inclusion. La convergence entre finance, technologie et
fiscalité n’est pas un choix, mais une nécessité stratégique pour un Maroc
souverain, solidaire et résilient.

La fiscalité du secteur minier et énergétique au Maroc


Introduction
Dans un contexte mondial marqué par l’épuisement progressif des ressources
naturelles, la montée des préoccupations environnementales et la nécessité
d’une transition énergétique, les systèmes fiscaux sont appelés à jouer un rôle
multiple : mobiliser des recettes pour les finances publiques, orienter les
comportements économiques et favoriser l’investissement durable. C’est dans
cette perspective que s’inscrit la fiscalité minière et énergétique, entendue
comme l’ensemble des impôts, redevances, taxes et incitations fiscales qui
s’appliquent à l’exploitation et à la consommation des ressources naturelles,
qu’elles soient fossiles ou renouvelables.
Le secteur minier représente environ 6 % du PIB marocain, avec une part
importante dans les exportations, l’emploi rural et le développement territorial.
Le secteur énergétique, quant à lui, est au cœur des politiques publiques en
matière de sécurité énergétique et de réduction des émissions de
carbone, dans le cadre des engagements climatiques du Maroc.
Dès lors, la fiscalité dans ces secteurs doit concilier trois objectifs majeurs :
garantir des ressources budgétaires pour l’État, encourager les
investissements dans un domaine risqué mais stratégique, et accompagner
la transition vers une économie verte.
Ainsi, la problématique de cette dissertation peut se formuler comme suit :
Comment les systèmes fiscaux appliqués aux secteurs minier et
énergétique peuvent-ils concilier mobilisation des ressources publiques,
attractivité pour l’investissement et transition écologique ?
Pour y répondre, nous analyserons d’abord le cadre juridique et fiscal actuel, ainsi
que les mesures incitatives mises en place (Chapitre I), avant de nous pencher
sur les enjeux environnementaux, les limites du dispositif en vigueur et les
perspectives de réforme (ChapII).
Chapitre I : Une fiscalité structurée, entre encadrement réglementaire
et incitations sectorielles
Section 1.1 – Un cadre juridique spécifique et un régime fiscal adapté
Le secteur minier marocain est encadré principalement par la loi n° 33-13 qui
régit les modalités d’octroi des titres miniers, les obligations des exploitants et la
réglementation des concessions. Cette réforme s’inscrit dans une volonté de
moderniser le secteur, d’attirer les investissements, et de renforcer la
transparence et la traçabilité.
Sur le plan fiscal, les entreprises minières et énergétiques sont soumises :
 à l’Impôt sur les sociétés (IS) ;
 à la TVA, avec des régimes spécifiques selon les types d’énergie
(exonérations ou taux réduits pour les énergies renouvelables) ;
 à des redevances et droits d’exploitation sur les ressources naturelles,
souvent fixés en pourcentage de la production ou des bénéfices.
Le secteur minier participe activement au développement territorial par ses
retombées économiques : infrastructures rurales, création d’emplois, transport,
etc.
Dans le domaine des énergies renouvelables, la loi de finances 2024 prévoit
une réduction progressive de la TVA sur l’électricité verte, passant de
14 % à 10 % d’ici 2025. Cette mesure vise à rendre les énergies propres plus
accessibles, tant pour les ménages que pour les entreprises.
Section 1.2 – Des incitations fiscales pour promouvoir les
investissements durables
Afin de renforcer l’attractivité des secteurs minier et énergétique, le Maroc a mis
en place divers mécanismes d’incitation fiscale, parmi lesquels :
 Exonérations de TVA et de droits de douane sur les équipements
solaires, éoliens et technologiques à haut rendement énergétique ;
 Réductions d’IS pour les entreprises investissant dans les technologies
vertes ;
 Amortissements accélérés pour les équipements écologiques (inspirés
des pratiques OCDE) ;
 Crédits d’impôt à la transition énergétique dans des pays comme la
France, pouvant servir de référence.
Le modèle des partenariats public-privé (PPP) est également encouragé pour
développer les grands projets : la centrale solaire de Noor Ouarzazate ou les
projets miniers de l’OCP illustrent cette dynamique.
Ces dispositifs fiscaux permettent de :
 réduire les coûts d’entrée pour les investisseurs,
 améliorer la rentabilité des projets verts,
 corriger les défaillances de marché,
 et stimuler l’innovation verte.
Chapitre II : Les limites de la fiscalité actuelle et les enjeux d’une
transition énergétique juste et durable
Section 2.1 – Fiscalité verte et fiscalité environnementale : entre cadre
légal et instruments incitatifs
Le Maroc s’est doté d’un cadre juridique clair en matière de fiscalité
environnementale, notamment à travers :
 la loi-cadre n° 99-12 relative à la Charte nationale de l’environnement et
du développement durable ;
 les lois sectorielles sur l’air (n° 13-03), les eaux (décret n° 2-04-553),
et les énergies renouvelables (n° 13-09).
Diverses taxes environnementales existent déjà :
 Taxe sur les produits de carrière ;
 Taxes spéciales sur le plastique, le ciment, le sable et le fer à béton ;
 Taxes sur l’extraction, la pollution, ou les véhicules anciens (permis,
stationnement...).
Ces taxes visent à internaliser les coûts environnementaux générés par
l’activité économique, et à dissuader les comportements polluants.
Toutefois, leur application reste partielle, et leur rendement souvent faible.
La fiscalité verte reste donc encore à renforcer, pour devenir un véritable
levier de transformation des comportements.
Section 2.2 – Faiblesses du système actuel et pistes de réforme
Malgré les efforts réalisés, plusieurs limites structurelles subsistent :
 Lenteur dans la mise en œuvre des réformes fiscales annoncées ;
 Résistance des acteurs traditionnels (secteur extractif, énergies
fossiles) ;
 Manque de sensibilisation des investisseurs à la fiscalité verte ;
 Difficultés de financement pour les projets innovants ;
 Absence d’un cadre fiscal intégré, combinant objectifs budgétaires,
environnementaux et sociaux.
Parmi les pistes de réforme envisagées :
 Créer un code de la fiscalité écologique, unifiant les règles et les
incitations ;
 Rendre la TVA plus incitative pour l’énergie propre et les équipements
verts ;
 Augmenter la progressivité des taxes environnementales, pour
encourager les bons comportements ;
 Développer des outils de mesure d’impact pour évaluer l’efficacité des
mesures fiscales ;
 Mieux intégrer les collectivités territoriales dans la gestion et la répartition
des taxes environnementales.
Une fiscalité environnementale réussie nécessite donc une approche globale,
associant réforme légale, gouvernance administrative et acceptabilité sociale.
Conclusion
La fiscalité du secteur minier et énergétique au Maroc illustre les tensions entre
plusieurs impératifs : rentabilité économique, équité fiscale, et durabilité
environnementale. Le système fiscal actuel, bien qu’en évolution, demeure
encore partiellement adapté aux enjeux contemporains, en particulier ceux liés à
la transition énergétique et au changement climatique.
Les incitations fiscales mises en place ont permis d’attirer des investissements
majeurs, mais elles doivent désormais être renforcées, coordonnées et inscrites
dans une logique d’économie verte et d’exploitation responsable des
ressources. De même, la fiscalité écologique, encore sous-développée, offre un
levier puissant pour orienter les comportements et financer la transition.
Le défi est donc clair : il ne s’agit pas seulement de taxer pour collecter, mais
de fiscaliser pour transformer — en mettant la fiscalité au service d’un
développement durable, inclusif et souverain.

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