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XBC

Un jeune homme boiteux raconte son aversion pour un barbier, qu'il accuse d'être la cause de son malheur. Après avoir quitté Bagdad pour éviter le barbier, il le retrouve par hasard et se voit contraint de rester avec lui, malgré son impatience. Le barbier, bavard et excentrique, ne cesse de parler de ses talents et de ses prédictions, ce qui agace le jeune homme qui souhaite simplement se faire raser avant un rendez-vous important.

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Un jeune homme boiteux raconte son aversion pour un barbier, qu'il accuse d'être la cause de son malheur. Après avoir quitté Bagdad pour éviter le barbier, il le retrouve par hasard et se voit contraint de rester avec lui, malgré son impatience. Le barbier, bavard et excentrique, ne cesse de parler de ses talents et de ses prédictions, ce qui agace le jeune homme qui souhaite simplement se faire raser avant un rendez-vous important.

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barbier est cause que je suis boiteux, et qu’il m’est arrivé la plus cruelle affaire

qu’on puisse imaginer; c’est pourquoi j’ai fait serment d’abandonner tous les
lieux où il serait, et de ne pas demeurer même dans une ville où il demeurerait:
c’est pour cela que je suis sorti de Bagdad où je le laissai, et j’ai fait un si
long voyage pour venir m’établir en cette ville, au milieu de la Grande-Tartarie,
comme en un endroit où je me flattais de ne le voir jamais. Cependant, contre
mon attente, je le trouve ici: cela m’oblige, mes seigneurs, à me priver malgré
moi de l’honneur de me divertir avec vous. Je veux m’éloigner de votre ville
dès aujourd’hui, et m’aller cacher, si je puis, dans des lieux où il ne vienne pas
s’offrir à ma vue.
En achevant ces paroles, il voulut nous quitter; mais le maître du logis le retint
encore, le supplia de demeurer avec nous, et de nous raconter la cause de l’aversion
qu’il avait pour le barbier, qui, pendant tout ce temps-là, avait les yeux baissés et
gardait le silence. Nous joignîmes nos prières à celles du maître de la maison, et
enfin le jeune homme, cédant à nos instances, s’assit sur le sofa, et nous raconta
ainsi son histoire, après avoir tourné le dos au barbier de peur de le voir.
Mon père tenait dans la ville de Bagdad un rang à pouvoir aspirer aux premières
charges; mais il préféra toujours une vie tranquille à tous les honneurs qu’il
pouvait mériter. Il n’eut que moi d’enfant; et, quand il mourut, j’avais déjà
l’esprit formé, et j’étais en âge de disposer des grands biens qu’il m’avait laissés.
Je ne les dissipai point follement; j’en fis un usage qui m’attira l’estime de tout
le monde.
Un jour que j’étais dans une rue, je vis venir devant moi une grande troupe de
dames; pour ne pas les rencontrer, j’entrai dans une petite rue devant laquelle je
me trouvais, et je m’assis sur un banc près d’une porte. J’étais vis-à-vis d’une
fenêtre où il y avait un vase de très-belles fleurs, et j’avais les yeux attachés
dessus, lorsque la fenêtre s’ouvrit: je vis paraître une jeune dame dont la beauté
m’éblouit.
Je serais demeuré là bien longtemps, si le bruit que j’entendis dans la rue ne
m’eût pas fait rentrer en moi-même. Je tournai la tête en me levant, et vis que
c’était le premier cadi de la ville, monté sur une mule, et accompagné de cinq ou
six de ses gens: il mit pied à terre à la porte de la maison dont la jeune dame
avait ouvert une fenêtre, il y entra, ce qui me fit juger qu’il était son père.
Je revins chez moi et depuis cet instant je ne songeai qu’à la jeune dame que
j’avais entrevue. Cette préoccupation me donna une grosse fièvre, qui répandit
une grande affliction dans ma maison. Mes parents, qui m’aimaient, alarmés
d’une maladie si prompte, accoururent en diligence, et m’importunèrent fort
pour en apprendre la cause, que je me gardai bien de leur dire. Mon silence
leur causa une inquiétude que les médecins ne purent dissiper, parce qu’ils ne
connaissaient rien à mon mal, qui ne fit qu’augmenter par leurs remèdes, au lieu
de diminuer.
Mes parents commençaient à désespérer de ma vie, lorsqu’une vieille dame de leur
connaissance, informée de ma maladie, arriva. Elle me considéra avec beaucoup

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d’attention, et après m’avoir examiné, elle connut, je ne sais par quel hasard, le
sujet de ma maladie. Elle les prit en particulier, les pria de la laisser seule avec
moi, et de faire retirer tous mes gens.
Tout le monde étant sorti de la chambre, elle s’assit au chevet de mon lit: Mon
fils, me dit-elle, vous vous êtes obstiné jusqu’à présent à cacher la cause de votre
mal; mais je n’ai pas besoin que vous me la déclariez: j’ai assez d’expérience pour
pénétrer ce secret, et je serais ravie de vous tirer de peine, ayez confiance en moi.
Dans l’état de maladie où j’étais, je ne fis difficulté de lui raconter que j’avais
entrevu la fille du cadi et que je ne pouvais être heureux que si elle devenait
mon épouse.
XCVIIIˆ{E} NUIT
La vieille dame connaissait cette jeune personne et ne tarda pas à lui parler de
moi. Elle ne rejeta pas l’offre que je lui faisais de ma main, mais comme le cadi
son père était d’humeur fort difficile, elle désira me voir avant de lui parler de
ce mariage. Il fut convenu que je me trouverais chez elle le vendredi suivant;
la vieille dame devait m’y attendre, et nous aurions à nous entretenir jusqu’à
l’heure où la prière serait terminée et le cadi revenu chez lui.
Le vendredi matin, la vieille arriva dans le temps que je commençais à m’habiller,
et que je choisissais l’habit le plus propre de ma garde-robe. Je ne vous demande
pas, me dit-elle, comment vous vous portez: l’occupation où je vous vois me
fait assez connaître ce que je dois penser là-dessus; mais ne vous baignerez-vous
pas avant d’aller chez le premier cadi? Cela consumerait trop de temps, lui
répondis-je; je me contenterai de faire venir un barbier, et de me faire raser la
tête et la barbe. Aussitôt j’ordonnai à un de mes esclaves d’en chercher un qui
fût habile dans sa profession, et fort expéditif.
L’esclave m’amena ce malheureux barbier que vous voyez, qui me dit, après
m’avoir salué: Seigneur, il me paraît à votre visage que vous ne vous portez pas
bien. Je lui répondis que je sortais d’une maladie. Je souhaite, reprit-il, que
Dieu vous délivre de toutes sortes de maux, et que sa grâce vous accompagne
toujours. J’espère, lui répliquai-je, qu’il exaucera ce souhait, dont je vous suis
fort obligé. Puisque vous sortez d’une maladie, dit-il, je prie Dieu qu’il vous
conserve la santé. Dites-moi présentement de quoi il s’agit; j’ai apporté mes
rasoirs et mes lancettes: souhaitez-vous que je vous rase ou vous tire du sang?
Je viens de vous dire, repris-je, que je sors de maladie; et vous devez bien juger
que je ne vous ai fait venir que pour me raser; dépêchez-vous, et ne perdons pas
de temps à discourir, car je suis pressé, et l’on m’attend à midi précisément. . .
XCIXˆ{E} NUIT
Le barbier, continua le jeune boiteux de Bagdad, employa beaucoup de temps à
déplier sa trousse et à préparer ses rasoirs: au lieu de mettre de l’eau dans son
bassin, il tira de sa trousse un astrolabe fort propre, sortit de ma chambre, et
alla au milieu de la cour d’un pas grave prendre la hauteur du soleil. Il revint
avec la même gravité, et en rentrant: Vous serez bien aise, seigneur, me dit-il,

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d’apprendre que nous sommes aujourd’hui au vendredi dix-huitième de la lune
de safar, de l’an 653, depuis la retraite de notre grand prophète de la Mecque à
Médine, et de l’an 7320 de l’époque du grand Iskender aux deux cornes, et que
la conjonction de Mars et de Mercure signifie que vous ne pouvez pas choisir un
meilleur temps qu’aujourd’hui, à l’heure qu’il est, pour vous faire raser. Mais,
d’un autre côté, cette même conjonction est d’un mauvais présage pour vous: elle
m’apprend que vous courrez en ce jour un grand danger, non pas véritablement
de perdre la vie, mais d’une incommodité qui vous durera le reste de vos jours.
Vous devez m’être obligé de l’avis que je vous donne de prendre garde à ce
malheur; je serais fâché qu’il vous arrivât.
Jugez, mes seigneurs, du dépit que j’eus d’être tombé entre les mains d’un barbier
si babillard et si extravagant! Quel fâcheux contre-temps pour un amant qui se
préparait à un rendez-vous! J’en fus choqué. Je me mets peu en peine, lui dis-je
en colère, de vos avis et de vos prédictions. Je ne vous ai point appelé pour vous
consulter sur l’astrologie; vous êtes venu ici pour me raser: ainsi rasez-moi, ou
vous retirez, que je fasse venir un autre barbier.
Seigneur, me répondit-il avec un flegme à me faire perdre patience, quel sujet
avez-vous de vous mettre en colère? Savez-vous bien que tous les barbiers ne
me ressemblent pas, et que vous n’en trouveriez pas un pareil quand vous le
feriez faire exprès? Vous n’avez demandé qu’un barbier, et vous avez en ma
personne le meilleur barbier de Bagdad, un médecin expérimenté, un chimiste
très-profond, un astrologue qui ne se trompe point, un grammairien achevé,
un parfait rhétoricien, un logicien subtil, un mathématicien accompli dans la
géométrie, dans l’arithmétique, dans l’astronomie et dans tous les raffinements
de l’algèbre, un historien qui sait l’histoire de tous les royaumes de l’univers.
Outre cela, je possède toutes les parties de la philosophie: j’ai dans ma mémoire
toutes nos lois et toutes nos traditions. Je suis poëte, architecte: mais que ne
suis-je pas? Il n’y a rien de caché pour moi dans la nature. Feu monsieur votre
père, à qui je rends un tribut de mes larmes toutes les fois que je pense à lui,
était bien persuadé de mon mérite: il me chérissait, me caressait, et ne cessait de
me citer dans toutes les compagnies où il se trouvait, comme le premier homme
du monde. Je veux, par reconnaissance et par amitié pour lui, m’attacher à vous,
vous prendre sous ma protection, et vous garantir de tous les malheurs dont les
astres pourront vous menacer.
A ce discours, malgré ma colère, je ne pus m’empêcher de rire. Aurez-vous donc
bientôt achevé, babillard importun, m’écriai-je, et voulez-vous commencer à me
raser?
Cˆ{E} NUIT
Le jeune boiteux, continuant son histoire: Seigneur, me répliqua le barbier, vous
me faites une injure en m’appelant babillard; tout le monde au contraire me donne
l’honorable titre de silencieux. J’avais six frères, que vous auriez pu, avec raison,
appeler babillards; et afin que vous les connaissiez, l’aîné se nommait Bacbouc,
le second Bakbarah, le troisième Bakbac, le quatrième Alcouz, le cinquième

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Alnaschar, et le sixième Schacabac. C’étaient des discoureurs importuns; mais
moi, qui suis leur cadet, je suis grave et concis dans mes discours.
De grâce, mes seigneurs, mettez-vous à ma place: quel parti pouvais-je prendre
en me voyant si cruellement assassiné? Donnez-lui trois pièces d’or, dis-je à
celui de mes esclaves qui faisait la dépense de ma maison, qu’il s’en aille, et
me laisse en repos: je ne veux plus me faire raser aujourd’hui. Seigneur, me
dit alors le barbier, qu’entendez-vous, s’il vous plaît, par ce discours? Ce n’est
pas moi qui suis venu vous chercher, c’est vous qui m’avez fait venir; et cela
étant ainsi, je jure, foi de musulman, que je ne sortirai point de chez vous que
je ne vous aie rasé. Si vous ne connaissez pas ce que je vaux, ce n’est pas ma
faute. Feu monsieur votre père me rendait plus de justice: toutes les fois qu’il
m’envoyait querir pour lui tirer du sang, il me faisait asseoir auprès de lui, et
alors c’était un charme d’entendre les belles choses dont je l’entretenais. Je le
tenais dans une admiration continuelle, je l’enlevais, et quand j’avais achevé: Ah!
s’écriait-il, vous êtes une source inépuisable de science! Personne n’approche
de la profondeur de votre savoir. Mon cher seigneur, lui répondais-je, vous me
faites plus d’honneur que je ne mérite. Si je dis quelque chose de beau, j’en suis
redevable à l’audience favorable que vous avez la bonté de me donner: ce sont
vos libéralités qui m’inspirent toutes ces pensées sublimes qui ont le bonheur de
vous plaire. Un jour qu’il était charmé d’un discours admirable que je venais
de lui faire: Qu’on lui donne, dit-il, cent pièces d’or, et qu’on le revête d’une
de mes plus riches robes. Je reçus ce présent sur-le-champ: aussitôt je tirai son
horoscope, et je le trouvai le plus heureux du monde. Je poussai même encore
plus loin la reconnaissance, car je lui tirai du sang avec les ventouses.
Il n’en demeura pas là; il enfila un autre discours qui dura une grosse demi-heure.
Fatigué de l’entendre, et chagrin de voir que le temps s’écoulait sans que j’en
fusse plus avancé, je ne savais plus que lui dire. Non, m’écriai-je, il n’est pas
possible qu’il y ait au monde un autre homme qui se fasse comme vous un plaisir
de faire enrager les gens.
CIˆ{E} NUIT
Je crus, dit le jeune homme boiteux de Bagdad, que je réussirais mieux en
prenant le barbier par la douceur. Au nom de Dieu, lui dis-je, laissez là tous vos
beaux discours et m’expédiez promptement: une affaire de la dernière importance
m’appelle hors de chez moi, comme je vous l’ai déjà dit. A ces mots, il se mit à
rire. Ce serait une chose bien louable, dit-il, si notre esprit demeurait toujours
dans la même situation, si nous étions toujours sages et prudents: je veux croire
néanmoins que si vous vous êtes mis en colère contre moi, c’est votre maladie qui
a causé ce changement dans votre humeur; c’est pourquoi vous avez besoin de
quelques instructions, et vous ne pouvez mieux faire que de suivre l’exemple de
votre père et de votre aïeul: ils venaient me consulter dans toutes leurs affaires;
et je puis dire, sans vanité, qu’ils se louaient fort de mes conseils. Voyez-vous,
seigneur, on ne réussit presque jamais dans ce qu’on entreprend, si l’on n’a
recours aux avis des personnes éclairées. On ne devient point habile homme,
dit le proverbe, qu’on ne prenne conseil d’un habile homme. Je vous suis tout

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acquis, et vous n’avez qu’à me commander.
Je ne puis donc gagner sur vous, interrompis-je, que vous abandonniez tous ces
longs discours qui n’aboutissent à rien qu’à me rompre la tête et qu’à m’empêcher
de me trouver où j’ai affaire? Rasez-moi donc, ou retirez-vous. En disant cela,
je me levai de dépit, en frappant du pied contre terre.
Quand il vit que j’étais fâché tout de bon: Seigneur, me dit-il, ne vous fâchez
pas; nous allons commencer. Effectivement il me lava la tête et se mit à me raser;
mais il ne m’eut pas donné quatre coups de rasoir qu’il s’arrêta pour me dire:
Seigneur, vous êtes prompt; vous devriez vous abstenir de ces emportements qui
ne viennent que du démon. Je mérite, d’ailleurs, que vous ayez de la considération
pour moi, à cause de mon âge, de ma science et de mes vertus éclatantes. . .
Continuez de me raser, lui dis-je en l’interrompant encore, et ne parlez plus.
C’est-à-dire, reprit-il, que vous avez quelque affaire qui vous presse; je vais parier
que je ne me trompe pas. Eh! il y a deux heures, lui repartis-je, que je vous le dis:
vous devriez déjà m’avoir rasé. Modérez votre ardeur, répliqua-t-il; vous n’avez
peut-être pas bien pensé à ce que vous allez faire: quand on fait les choses avec
précipitation on s’en repent presque toujours. Je voudrais que vous me dissiez
quelle est cette affaire qui vous presse si fort, je vous en dirais mon sentiment.
Vous avez du temps de reste, puisque l’on ne vous attend qu’à midi et qu’il
ne sera midi que dans trois heures. Je ne m’arrête point à cela, lui dis-je; les
gens d’honneur et de parole préviennent le temps qu’on leur a donné; mais je
ne m’aperçois pas qu’en m’amusant à raisonner avec vous, je tombe dans les
défauts des barbiers babillards: achevez vite de me raser.
Plus je témoignais d’empressement, et moins il en avait à m’obéir. Il quitta
son rasoir pour prendre son astrolabe; puis, laissant son astrolabe, il reprit son
rasoir. . .
CIIˆ{E} NUIT
Le barbier, continua le jeune boiteux, quitta encore son rasoir, prit une seconde
fois son astrolabe et me laissa à demi rasé, pour aller voir quelle heure il était
précisément. Il revint. Seigneur, me dit-il, je savais bien que je ne me trompais
pas; il y a encore trois heures jusqu’à midi, j’en suis assuré, ou toutes les règles
de l’astronomie sont fausses. Juste ciel! m’écriai-je, ma patience est à bout;
je n’y puis plus tenir. Maudit barbier, barbier de malheur, peu s’en faut que
je ne me jette sur toi et que je ne t’étrangle! Doucement, monsieur! me dit-il
d’un air froid, sans s’émouvoir de mon emportement; vous ne craignez donc
pas de retomber malade? Ne vous emportez pas, vous allez être servi dans un
moment. En disant ces paroles il remit son astrolabe dans sa trousse, reprit son
rasoir, qu’il repassa sur le cuir qu’il avait attaché à sa ceinture, et recommença
de me raser; mais, en me rasant, il ne put s’empêcher de parler. Si vous vouliez,
seigneur, me dit-il, m’apprendre quelle est cette affaire que vous avez à midi,
je vous donnerais quelque conseil dont vous pourriez vous trouver bien. Pour
le contenir, je lui dis que des amis m’attendaient à midi pour me régaler et se
réjouir avec moi du retour de ma santé.

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Quand le barbier entendit parler de régal: Dieu vous bénisse en ce jour comme
en tous les autres! s’écria-t-il. Vous me faites souvenir que j’invitai hier quatre
ou cinq amis à venir manger aujourd’hui chez moi; je l’avais oublié, et je n’ai
encore fait aucun préparatif. Que cela ne vous embarrasse pas, lui dis-je; quoique
j’aille manger dehors, mon garde-manger ne laisse pas d’être toujours bien garni;
je vous fais présent de tout ce qui s’y trouvera; je vous ferai même donner du
vin tant que vous en voudrez, car j’en ai d’excellent dans ma cave; mais il faut
que vous acheviez promptement de me raser, et souvenez-vous qu’au lieu que
mon père vous faisait des présents pour vous entendre parler, je vous en fais,
moi, pour vous faire taire.
Il ne se contenta pas de la parole que je lui donnais. Dieu vous récompensera,
s’écria-t-il, de la grâce que vous me faites; mais montrez-moi tout à l’heure ces
provisions, afin que je voie s’il y aura de quoi bien régaler mes amis: je veux
qu’ils soient contents de la bonne chère que je leur ferai. J’ai, lui dis-je, un
agneau, six chapons, une douzaine de poulets, et de quoi faire quatre entrées. Je
donnai ordre à un esclave d’apporter tout cela sur-le-champ, avec quatre grandes
cruches de vin. Voilà qui est bien, reprit le barbier; mais il faudrait des fruits,
et de quoi assaisonner la viande. Je lui fis encore donner ce qu’il demandait. Il
cessa de me raser, pour examiner chaque

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