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Xaq

Dans ce récit, une femme rencontre ses deux sœurs après avoir prospéré dans l'élevage de vers à soie. Elles partent ensemble en mer vers les Indes, découvrent une ville où tous les habitants sont pétrifiés, à l'exception d'un jeune homme qui raconte comment il a échappé à ce sort. Ensemble, ils envisagent de quitter cette ville maudite pour un avenir meilleur.

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Xaq

Dans ce récit, une femme rencontre ses deux sœurs après avoir prospéré dans l'élevage de vers à soie. Elles partent ensemble en mer vers les Indes, découvrent une ville où tous les habitants sont pétrifiés, à l'exception d'un jeune homme qui raconte comment il a échappé à ce sort. Ensemble, ils envisagent de quitter cette ville maudite pour un avenir meilleur.

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de pitié, qu’elle en aurait inspiré aux cœurs les plus durs.

Je la fis entrer au
bain, je lui donnai de mes propres habits, et lui dis: Ma sœur, vous êtes mon
aînée, et je vous regarde comme ma mère. Pendant votre absence, Dieu a béni
le peu de bien qui m’est tombé en partage et l’emploi que j’en fais à nourrir et à
élever des vers à soie. Comptez que je n’ai rien qui ne soit à vous, et dont vous
ne puissiez disposer comme moi-même.
Nous demeurâmes toutes deux, et vécûmes ensemble pendant plusieurs mois en
bonne intelligence. Comme nous nous entretenions souvent de notre troisième
sœur, et que nous étions surprises de ne pas apprendre de ses nouvelles, elle
arriva en aussi mauvais état que notre aînée. Son mari l’avait traitée de la même
sorte; je la reçus avec la même amitié.
Il y avait un an que nous vivions dans une union parfaite; et voyant que Dieu
avait béni mon petit fonds, je formai le dessein de faire un voyage par mer, et de
hasarder quelque chose dans le commerce. Pour cet effet, je me rendis avec mes
deux sœurs à Bassora, où j’achetai un vaisseau tout équipé, et je le chargeai de
marchandises que j’avais fait venir de Bagdad. Nous mîmes à la voile avec un
vent favorable, et nous sortîmes bientôt du golfe Persique. Quand nous fûmes en
pleine mer, nous prîmes la route des Indes; et, après vingt jours de navigation,
nous vîmes terre. C’était une montagne fort haute, au pied de laquelle nous
aperçûmes une ville de grande apparence. Comme nous avions le vent frais, nous
arrivâmes de bonne heure au port, et nous y jetâmes l’ancre.
Je n’eus pas la patience d’attendre que mes sœurs fussent en état de
m’accompagner, je me fis débarquer seule, et j’allai droit à la porte de la ville.
J’y vis une garde nombreuse de gens assis, et d’autres qui étaient debout avec
un bâton à la main. Mais ils avaient tous l’air si hideux, que j’en fus effrayée.
Remarquant toutefois qu’ils étaient immobiles, et qu’ils ne remuaient pas même
les yeux, je me rassurai; et m’étant approchée d’eux, je reconnus qu’ils étaient
pétrifiés.
J’entrai dans la ville, et passai par plusieurs rues où il y avait des hommes,
d’espace en espace, dans toutes sortes d’attitudes; mais ils étaient tous sans
mouvement et pétrifiés. Au quartier des marchands, je trouvai la plupart des
boutiques fermées, et j’aperçus dans celles qui étaient ouvertes des personnes
aussi pétrifiées; je jetai la vue sur les cheminées, et n’en voyant pas sortir de
fumée, cela me fit juger que tout ce qui était dans les maisons, de même que ce
qui était dehors, était changé, en pierre.
Étant arrivée dans une vaste place au milieu de la ville, je découvris une grande
porte couverte de plaques d’or, et dont les deux battants étaient ouverts. Une
portière d’étoffe de soie paraissait tirée devant, et l’on voyait une lampe suspendue
au-dessus de la porte. Après avoir considéré le bâtiment, je ne doutai pas que ce
ne fût le palais du prince qui régnait en ce pays-là. Mais, fort étonnée de n’avoir
rencontré aucun être vivant, j’allai jusque-là, dans l’espérance d’en trouver
quelqu’un. Je levai la portière; et, ce qui augmenta ma surprise, je ne vis sous le
vestibule que quelques portiers ou gardes pétrifiés, les uns debout, et les autres

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assis, ou à demi couchés.
Je traversai une grande cour où il y avait beaucoup de monde: les uns semblaient
aller et les autres venir; néanmoins ils ne bougeaient de leur place, parce qu’ils
étaient pétrifiés comme ceux que j’avais déjà vus. Je passai dans une seconde
cour, et de celle-là dans une troisième; mais ce n’était partout qu’une solitude,
et il y régnait un silence affreux.
M’étant avancée dans une quatrième cour, je vis en face un très-beau bâtiment
dont les fenêtres étaient fermées d’un treillis d’or massif. Je jugeai que c’était
l’appartement de la reine. J’y entrai. Il y avait dans une grande salle plusieurs
eunuques noirs pétrifiés. Je passai ensuite dans une chambre très-richement
meublée, où j’aperçus une dame aussi changée en pierre. Je reconnus que c’était
la reine à une couronne d’or qu’elle avait sur sa tête, et à un collier de perles
très-rondes, et plus grosses que des noisettes. Je les examinai de près, et il me
parut qu’on ne pouvait rien voir de plus beau.
J’admirai quelque temps les richesses et la magnificence de cette chambre; et
surtout le tapis de pied, les coussins et le sofa garni d’une étoffe des Indes à
fond d’or, avec des figures d’hommes et d’animaux en argent, trait d’un travail
admirable. . .
LVˆ{E} NUIT
Sire, continua Zobéide, de la chambre de la reine pétrifiée je passai dans plusieurs
autres appartements et cabinets propres et magnifiques, qui me conduisirent
dans une chambre d’une grandeur extraordinaire, où il y avait un trône d’or
massif, élevé de quelques degrés, et enrichi de grosses émeraudes enchâssées; et,
sur le trône, un lit d’une riche étoffe, sur laquelle éclatait une broderie de perles.
Ce qui me surprit plus que tout le reste, ce fut une lumière brillante qui partait
de dessus ce lit. Curieuse de savoir ce qui la rendait, je montai, et, avançant la
tête, je vis, sur un petit tabouret, un diamant gros comme un œuf d’autruche,
et si parfait, que je n’y remarquai nul défaut. Il brillait tellement, que je ne
pouvais en soutenir l’éclat en le regardant au jour.
Il y avait, au chevet du lit, de l’un et de l’autre côté, un flambeau allumé
dont je ne compris pas l’usage. Cette circonstance néanmoins me fit juger qu’il
y avait quelqu’un de vivant dans ce superbe palais; car je ne pouvais croire
que ces flambeaux pussent s’entretenir allumés d’eux-mêmes. Plusieurs autres
singularités m’arrêtèrent dans cette chambre, que le seul diamant dont je viens
de parler rendait inestimable.
Comme toutes les portes étaient ouvertes ou poussées seulement, je parcourus
encore d’autres appartements aussi beaux que ceux que j’avais déjà vus. J’allai
jusqu’aux offices et aux garde-meubles, qui étaient remplis de richesses infinies,
et je m’occupai si fort de toutes ces merveilles, que je m’oubliai moi-même. Je
ne pensais plus ni à mon vaisseau, ni à mes sœurs, je ne songeais qu’à satisfaire
ma curiosité. Cependant la nuit s’approchait, et son approche m’avertissant
qu’il était temps de me retirer, je voulus reprendre le chemin des cours par où

2
j’étais venue; mais il ne me fut pas aisé de le retrouver. Je m’égarai dans les
appartements; et me retrouvant dans la grande chambre où était le trône, le
lit, le gros diamant et les flambeaux allumés, je résolus d’y passer la nuit, et de
remettre au lendemain de grand matin à regagner mon vaisseau. Je me jetai sur
le lit, non sans quelque frayeur de me voir seule dans un lieu si désert; et ce fut
sans doute cette crainte qui m’empêcha de dormir.
Il était environ minuit, lorsque j’entendis la voix d’un homme qui lisait l’Alcoran
de la même manière et du ton que nous avons coutume de le lire dans nos temples.
Cela me donna beaucoup de joie. Je me levai aussitôt, et prenant un flambeau
pour me conduire, j’allai de chambre en chambre du côté où j’entendais la voix.
Je m’arrêtai à la porte d’un cabinet d’où je ne pouvais douter qu’elle ne partît.
Je posai le flambeau à terre, et regardant par une fente, il me parut que c’était
un oratoire. En effet, il y avait, comme dans nos temples, une niche qui marquait
où il fallait se tourner pour faire la prière, des lampes suspendues et allumées, et
deux chandeliers avec de gros cierges de cire blanche allumés de même.
Je vis aussi un petit tapis étendu, de la forme de ceux qu’on étend chez nous
pour se poser dessus et faire sa prière. Un jeune homme de bonne mine, assis
sur ce tapis, récitait avec grande attention l’Alcoran qui était posé devant lui
sur un petit pupitre. A cette vue, ravie d’admiration, je cherchais en mon esprit
comment il se pouvait faire qu’il fût le seul vivant dans une ville où tout le
monde était pétrifié, et je ne doutais pas qu’il n’y eût en cela quelque chose de
très-merveilleux.
Comme la porte n’était que poussée, je l’ouvris; j’entrai, et me tenant debout
devant la niche, je fis cette prière à haute voix: Louange à Dieu qui nous a
favorisés d’une heureuse navigation! Qu’il nous fasse la grâce de nous protéger
de même jusqu’à notre arrivée en notre pays. Écoutez-moi Seigneur, et exaucez
ma prière.
Le jeune homme jeta les yeux sur moi, et me dit: Ma bonne dame, je vous prie
de me dire qui vous êtes, et ce qui vous a amenée en cette ville désolée. En
récompense, je vous apprendrai qui je suis, ce qui m’est arrivé, pour quel sujet
les habitants de cette ville sont réduits en l’état où vous les avez vus, et pourquoi
moi seul je suis sain et sauf dans un désastre si épouvantable.
Je lui racontai en peu de mots d’où je venais, ce qui m’avait engagée à faire ce
voyage, et de quelle manière j’avais heureusement pris port après une navigation
de vingt jours. En achevant, je le suppliai de s’acquitter à son tour de la promesse
qu’il m’avait faite, et je lui témoignai combien j’étais frappée de la désolation
affreuse que j’avais remarquée dans tous les endroits par où j’avais passé.
Ma chère dame, dit alors le jeune homme, donnez-vous un moment de patience.
A ces mots, il ferma l’Alcoran, le mit dans un étui précieux, et le posa dans la
niche. Il me fit asseoir près de lui; et avant qu’il commençât son discours, je ne
pus m’empêcher de lui dire: Aimable seigneur, on ne peut attendre avec plus
d’impatience que je l’attends l’éclaircissement de tant de choses surprenantes qui
ont frappé ma vue depuis le premier pas que j’ai fait pour entrer en cette ville;

3
et ma curiosité ne saurait être assez tôt satisfaite. Parlez, je vous en conjure;
apprenez-moi par quel miracle vous êtes seul en vie parmi tant de personnes
mortes d’une manière inouïe.
LVIˆ{E} NUIT
Zobéide, dit Scheherazade, poursuivit son histoire dans ces termes:
Madame, me dit le jeune homme, vous m’avez fait assez voir que vous avez la
connaissance du vrai Dieu, par la prière que vous venez de lui adresser. Vous
allez entendre un effet très-remarquable de sa grandeur et de sa puissance. Je
vous dirai que cette ville était la capitale d’un puissant royaume dont le roi mon
père portait le nom. Ce prince, toute sa cour, les habitants de la ville et tous les
autres sujets étaient mages, adorateurs du feu, et de Nardoun, ancien roi des
géants rebelles à Dieu.
Quoique né d’un père et d’une mère idolâtres, j’ai eu le bonheur d’avoir, dans
mon enfance, pour gouvernante une bonne dame musulmane, qui savait l’Alcoran
par cœur, et l’expliquait parfaitement bien. Mon prince, me disait-elle souvent,
il n’y a qu’un vrai Dieu. Prenez garde d’en reconnaître et d’en adorer d’autres.
Elle m’apprit à lire en arabe; et le livre qu’elle me donna pour m’exercer fut
l’Alcoran. Dès que je fus capable de raison, elle m’expliqua tous les points de
cet excellent livre, et m’en inspirait tout l’esprit à l’insu de mon père et de tout
le monde. Elle mourut; mais ce fut après m’avoir fait toutes les instructions
dont j’avais besoin pour être pleinement convaincu des vérités de la religion
musulmane. Depuis sa mort, j’ai persisté constamment dans les sentiments
qu’elle m’a fait prendre, et j’ai en horreur le faux dieu Nardoun et l’adoration
du feu.
Il y a trois ans et quelques mois qu’une voix bruyante se fit tout à coup entendre
par toute la ville si distinctement, que personne ne perdit une de ces paroles
qu’elle dit: «Habitants, abandonnez le culte de Nardoun et du feu. Adorez le
Dieu unique qui fait miséricorde.»
La même voix se fit ouïr trois années de suite: mais personne ne s’étant converti,
le dernier jour de la troisième, à trois ou quatre heures du matin, tous les
habitants généralement furent changés en pierre en un instant, chacun dans
l’état et la posture où il se trouva. Le roi mon père éprouva le même sort: il fut
métamorphosé en une pierre noire, tel qu’on le voit dans un endroit de ce palais,
et la reine ma mère eut une pareille destinée.
Je suis le seul sur qui Dieu n’ait pas fait tomber ce châtiment terrible. Depuis
ce temps-là, je continue de le servir avec plus de ferveur que jamais, et je suis
persuadé, ma belle dame, qu’il vous envoie pour ma consolation: je lui en rends
des grâces infinies, car je vous avoue que cette solitude m’est bien ennuyeuse.
Prince, lui répondis-je, il n’en faut pas douter, c’est la Providence qui m’a attirée
dans votre port, pour vous présenter l’occasion de vous éloigner d’un lieu si
funeste. Le vaisseau sur lequel je suis venue peut vous persuader que je suis en
quelque considération à Bagdad, où j’ai laissé d’autres biens assez considérables.

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J’ose vous offrir une retraite jusqu’à ce que le puissant Commandeur des croyants,
le vicaire du grand Prophète que vous reconnaissez, vous ait rendu tous les
honneurs que vous méritez. Mon vaisseau est à votre service, et vous en pouvez
disposer absolument. Il accepta l’offre, et nous passâmes le reste de la nuit à
nous entretenir de notre embarquement.
Dès que le jour parut, nous sortîmes du palais et nous nous rendîmes au port,
où nous trouvâmes mes sœurs, le capitaine et mes esclaves fort en peine de
moi. Après avoir présenté mes sœurs au prince, je leur racontai ce qui m’avait
empêché de revenir au vaisseau le jour précédent, la rencontre du jeune prince,
son histoire, et le sujet de la désolation d’une si belle ville.
Les matelots employèrent plusieurs jours à débarquer les marchandises que j’avais
apportées, et à embarquer à leur place tout ce qu’il y avait de plus précieux dans
le palais en pierreries, en or et en argent. Nous laissâmes les meubles et une
infinité de pièces d’orfèvrerie, parce que nous ne pouvions les emporter. Il nous
aurait fallu plusieurs vaisseaux pour transporter à Bagdad toutes les richesses
que nous avions devant les yeux.
Après que nous eûmes chargé le vaisseau des choses que nous y voulûmes mettre,
nous prîmes les provisions et l’eau dont nous jugeâmes avoir besoin pour notre
voyage. Enfin, nous mîmes à la voile avec un vent tel que nous pouvions le
souhaiter. . .
LVIIˆ{E} NUIT
Zobéide reprit ainsi son histoire, en s’adressant toujours au calife:
Sire, dit-elle, le jeune prince, mes sœurs et moi, nous nous entretenions tous les
jours agréablement ensemble, mais, hélas! notre union ne dura pas longtemps.
Mes sœurs devinrent jalouses de l’intelligence qu’elles remarquèrent entre le jeune
prince et moi, et me demandèrent un jour malicieusement ce que nous ferions
de lui, lorsque nous serions arrivées à Bagdad. Je m’aperçus bien qu’elles ne
me faisaient cette question que pour découvrir mes sentiments. C’est pourquoi,
faisant semblant de tourner la chose en plaisanterie, je leur répondis que je
le prendrais pour mon époux; ensuite, me tournant vers le prince, je lui dis:
Mon prince, je vous supplie d’y consentir. D’abord que nous serons à Bagdad,
mon dessein est de vous offrir ma personne, pour être votre très-humble esclave,
pour vous rendre mes services, et vous reconnaître pour le maître absolu de mes
volontés.
Madame, répondit le prince, je ne sais si vous plaisantez; mais, pour moi, je
vous déclare fort sérieusement, devant mesdames vos sœurs, que dès ce moment
j’accepte de bon cœur l’offre que vous me faites, non pas pour vous regarder
comme une esclave, mais comme ma dame et ma maîtresse, et je ne prétends
avoir aucun empire sur vos actions. Mes sœurs changèrent de couleur à ce
discours, et je remarquai depuis ce temps-là qu’elles n’avaient plus pour moi les
mêmes sentiments qu’auparavant.
Nous étions dans le golfe Persique, et nous approchions de Bassora, où, avec le

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bon vent que nous avions toujours, j’espérais que nous arriverions le lendemain.
Mais la nuit, pendant que je dormais, mes sœurs prirent leur temps, et me
jetèrent à la mer; elles traitèrent de la même sorte le prince, qui fut noyé. Je me
soutins quelsques moments sur l’eau, et par bonheur, ou plutôt par miracle, je
trouvai fond. Je m’avançai vers une noirceur qui me paraissait terre, autant que
l’obscurité me permettait de la distinguer. Effectivement je gagnai une plage, et
le jour me fit connaître que j’étais dans une petite île déserte, située à environ
vingt milles de Bassora. J’eus bientôt fait sécher mes habits au soleil; et en
marchant, je remarquai plusieurs sortes de fruits, et même de l’eau douce; ce qui
me donna quelque espérance que je pourrais conserver ma vie.
Je me reposais à l’ombre, lorsque je vis un serpent ailé fort gros et fort long,
qui s’avançait vers moi en se démenant à droite et à gauche, et tirant la langue;
cela me fit juger que quelque mal le pressait. Je me levai; et m’apercevant qu’il
était suivi d’un autre serpent plus gros qui le tenait par la queue et faisait ses
efforts pour le dévorer, j’en eus pitié. Au lieu de fuir, j’eus la hardiesse et le
courage de prendre une pierre qui se trouva par hasard auprès de moi; je la jetai
de toute ma force contre le plus gros serpent; je le frappai à la tête, et l’écrasai.
L’autre, se sentant en liberté, ouvrit aussitôt ses ailes, et s’envola; je le regardai
longtemps en l’air, comme une chose extraordinaire; mais l’ayant perdu de vue,
je me rassis à l’ombre dans un autre endroit, et je m’endormis.

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