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Xah

Dans cette histoire, trois sœurs, Zobéide, Safie et Amine, rencontrent un porteur et lui demandent de garder leur secret en échange de sa présence à leur repas. Le porteur, flatté par leur compagnie, promet de respecter leur intimité et est ensuite invité à passer la soirée avec elles. Alors qu'ils s'amusent ensemble, trois Calenders frappent à leur porte, cherchant refuge, et sont accueillis par les dames, ce qui promet une nuit pleine de divertissements.

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Xah

Dans cette histoire, trois sœurs, Zobéide, Safie et Amine, rencontrent un porteur et lui demandent de garder leur secret en échange de sa présence à leur repas. Le porteur, flatté par leur compagnie, promet de respecter leur intimité et est ensuite invité à passer la soirée avec elles. Alors qu'ils s'amusent ensemble, trois Calenders frappent à leur porte, cherchant refuge, et sont accueillis par les dames, ce qui promet une nuit pleine de divertissements.

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Les dames se prirent à rire du raisonnement du porteur.

Après cela, Zobéide lui


dit, d’un air sérieux: Mon ami, vous poussez un peu trop loin votre indiscrétion;
mais, quoique vous ne méritiez pas que j’entre dans aucun détail avec vous,
je veux bien toutefois vous dire que nous sommes trois sœurs, qui faisons si
secrètement nos affaires, que personne n’en sait rien. Nous avons un trop grand
sujet de craindre d’en faire part à des indiscrets; et un bon auteur que nous
avons lu dit: Garde ton secret et ne le révèle à personne: qui le révèle n’en est
plus le maître. Si ton sein ne peut contenir ton secret, comment le sein de celui
à qui tu l’auras confié pourra-t-il le contenir?
Mesdames, reprit le porteur, à votre air seulement j’ai jugé d’abord que vous
étiez des personnes d’un mérite très-rare, et je m’aperçois que je ne me suis pas
trompé. Quoique la fortune ne m’ait pas donné assez de biens pour m’élever à
une profession au-dessus de la mienne, je n’ai pas laissé de cultiver mon esprit,
autant que je l’ai pu, par la lecture des livres de science et d’histoire, et vous
me permettrez, s’il vous plaît, de vous dire que j’ai lu aussi dans un autre
auteur une maxime que j’ai toujours heureusement pratiquée: Nous ne cachons
notre secret, dit-il, qu’à des gens reconnus de tout le monde pour des indiscrets,
qui abuseraient de notre confiance; mais nous ne faisons nulle difficulté de le
découvrir aux sages, parce que nous sommes persuadés qu’ils sauront le garder.
Le secret chez moi est dans une aussi grande sûreté que s’il était dans un cabinet
dont la clef fût perdue et la porte bien scellée.
Zobéide connut que le porteur ne manquait pas d’esprit; mais jugeant qu’il avait
envie d’être du régal qu’elles voulaient se donner, elle lui repartit en souriant:
Vous savez que nous nous préparons à nous régaler; mais vous savez en même
temps que nous avons fait une dépense considérable, et il ne serait pas juste que,
sans y contribuer, vous fussiez de la partie. La belle Safie appuya le sentiment
de sa sœur. Mon ami, dit-elle au porteur, n’avez-vous jamais ouï dire ce que
l’on dit assez communément: Si vous apportez quelque chose, vous serez quelque
chose avec nous; si vous n’apportez rien, retirez-vous avec rien?
Le porteur, malgré sa rhétorique, aurait peut-être été obligé de se retirer avec
confusion, si Amine, prenant fortement son parti, n’eût dit à Zobéide et à Safie:
Mes chères sœurs, je vous conjure de permettre qu’il demeure avec nous: il n’est
pas besoin de vous dire qu’il nous divertira, vous voyez bien qu’il en est capable.
Je vous assure que, sans sa bonne volonté, sa légèreté et son courage à me suivre,
je n’aurais pu venir à bout de faire tant d’emplettes en si peu de temps.
A ces paroles d’Amine, le porteur, transporté de joie, se laissa tomber sur les
genoux, baisa la terre aux pieds de cette charmante personne, et en se relevant:
Mon aimable dame, lui dit-il, vous avez commencé aujourd’hui mon bonheur;
vous y mettez le comble par une action si généreuse; je ne puis assez vous
témoigner ma reconnaissance. Au reste, mesdames, ajouta-t-il en s’adressant
aux trois sœurs ensemble, puisque vous me faites un si grand honneur, ne croyez
pas que j’en abuse et que je me considère comme un homme qui le mérite; non,
je me regarderai toujours comme le plus humble de vos esclaves. En achevant ces
mots, il voulut rendre l’argent qu’il avait reçu; mais la grave Zobéide lui ordonna

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de le garder. Ce qui est une fois sorti de nos mains, dit-elle, pour récompenser
ceux qui nous ont rendu service, n’y retourne plus.
XXIVˆ{E} NUIT
Zobéide, reprit la sultane, ne voulut donc point reprendre l’argent du porteur.
Mon ami, lui dit-elle, en consentant que vous demeuriez avec nous, je vous avertis
que ce n’est pas seulement à condition que vous garderez le secret que nous
avons exigé de vous: nous prétendons encore que vous observiez exactement les
règles de la bienséance et de l’honnêteté. Pendant qu’elle tenait ce discours, la
charmante Amine quitta son habillement de ville, attacha sa robe à sa ceinture
pour agir avec plus de liberté et prépara la table, elle servit plusieurs sortes de
mets, et mit sur un buffet des bouteilles de vin et des tasses d’or. Après cela
les dames se placèrent et firent asseoir à leur côté le porteur, qui était satisfait,
au delà de tout ce qu’on peut dire, de se voir à table avec trois personnes d’une
beauté si extraordinaire.
Après les premiers morceaux, Amine, qui s’était placée près du buffet, prit une
bouteille et une tasse, se versa à boire et but la première, suivant la coutume
des Arabes. Elle versa ensuite à ses sœurs, qui burent l’une après l’autre; puis,
remplissant pour la quatrième fois la même tasse, elle la présenta au porteur,
lequel, en la recevant, baisa la main d’Amine et chanta, avant que de boire, une
chanson dont le sens était que, comme le vent emporte avec lui la bonne odeur
des lieux parfumés par où il passe, de même le vin qu’il allait boire, venant de sa
main, en recevait un goût plus exquis que celui qu’il avait naturellement. Cette
chanson réjouit les dames, qui chantèrent à leur tour. Enfin, la compagnie fut de
très-bonne humeur pendant le repas, qui dura fort longtemps et fut accompagné
de tout ce qui pouvait le rendre agréable.
Le jour allait bientôt finir, lorsque Safie, prenant la parole au nom des trois
dames, dit au porteur: Levez-vous, partez, il est temps de vous retirer. Le
porteur, ne pouvant se résoudre à les quitter, répondit: Eh! mesdames, où me
commandez-vous d’aller en l’état où je suis: je ne retrouverai jamais le chemin
de ma maison. Donnez-moi la nuit pour me reconnaître, je la passerai où il vous
plaira.
Amine prit une seconde fois le parti du porteur. Mes sœurs, dit-elle, il a raison;
je lui sais bon gré de la demande qu’il nous fait. Il nous a assez bien diverties: si
vous voulez m’en croire, ou plutôt si vous m’aimez autant que j’en suis persuadée,
nous le retiendrons pour passer la soirée avec nous. Ma sœur, dit Zobéide, nous
ne pouvons rien refuser à votre prière. Porteur, continua-t-elle en s’adressant à
lui, nous voulons bien encore vous faire cette grâce; mais nous y mettons une
nouvelle condition. Quoi que nous puissions faire en votre présence, par rapport
à nous ou à autre chose, gardez-vous bien d’ouvrir seulement la bouche pour
nous en demander la raison; car, en nous faisant des questions sur des choses qui
ne vous regardent nullement, vous pourriez entendre ce qui ne vous plairait pas.
Prenez-y garde, et ne vous avisez pas d’être trop curieux, en voulant approfondir
les motifs de nos actions.

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Madame, repartit le porteur, je vous promets d’observer cette condition avec tant
d’exactitude, que vous n’aurez pas lieu de me reprocher d’y avoir contrevenu,
et encore moins de punir mon indiscrétion. Ma langue en cette occasion sera
immobile, et mes yeux seront comme un miroir qui ne conserve rien des objets
qu’il a reçus. Pour vous faire voir, reprit Zobéide d’un air très-sérieux, que ce
que nous vous demandons n’est pas nouvellement établi parmi nous, levez-vous
et allez lire ce qui est écrit au-dessus de notre porte en dedans.
Le porteur alla jusque-là et y lut ces mots qui étaient écrits en gros caractères
d’or. «Qui parle des choses qui ne le regardent point, entend ce qui ne lui plaît
pas.» Il revint ensuite trouver les trois sœurs: Mesdames, leur dit-il, je jure que
vous ne m’entendrez parler d’aucune chose qui ne me regardera pas, et où vous
puissiez avoir intérêt.
Cette convention faite, Amine apporta le souper, et quand elle eut éclairé la
salle d’un grand nombre de bougies préparées avec le bois d’aloès et l’ambre gris,
qui répandirent une odeur agréable et firent une belle illumination, elle s’assit
à table avec ses sœurs et le porteur. Ils recommencèrent à manger, à boire, à
chanter et à réciter des vers. Les bons mots ne furent point épargnés. Enfin ils
étaient tous de la meilleure humeur du monde, lorsqu’ils ouïrent frapper à la
porte. . .
XXVˆ{E} NUIT
Dès que les dames, poursuivit Scheherazade, entendirent frapper à la porte,
elles se levèrent toutes trois en même temps pour aller ouvrir; mais Safie, à qui
cette fonction appartenait particulièrement, fut la plus diligente: les deux autres,
se voyant prévenues, demeurèrent et attendirent qu’elle vînt leur apprendre
qui pouvait avoir affaire chez elles si tard. Safie revint. Mes sœurs, dit-elle,
il se présente une belle occasion de passer une bonne partie de la nuit fort
agréablement; et si vous êtes du même sentiment que moi, nous ne la laisserons
point échapper. Il y a à notre porte trois Calenders, au moins ils me paraissent
tels à leur habillement; mais, ce qui va sans doute vous surprendre, ils sont tous
trois borgnes de l’œil droit, et ont la tête, la barbe et les sourcils ras, ils ne
font, disent-ils, que d’arriver tout présentement à Bagdad, où ils ne sont jamais
venus, et comme il est nuit et qu’ils ne savent où aller loger, ils ont frappé par
hasard à notre porte et ils nous prient, pour l’amour de Dieu, d’avoir la charité
de les recevoir. Ils se mettent peu en peine du lieu que nous voudrons leur
donner, pourvu qu’ils soient à couvert; ils se contenteront d’une écurie. Ils sont
jeunes et assez bien faits; ils paraissent même avoir beaucoup d’esprit; mais je
ne puis penser, sans rire, à leur figure plaisante et uniforme. En cet endroit Safie
s’interrompit elle-même, et se mit à rire de si bon cœur, que les deux autres
dames et le porteur ne purent s’empêcher de rire aussi. Mes bonnes sœurs,
reprit-elle, ne voulez-vous pas bien que nous les fassions entrer? Il est impossible
qu’avec des gens tels que je viens de vous les dépeindre, nous n’achevions la
journée encore mieux que nous ne l’avons commencée. Ils nous divertiront fort
et ne nous seront point à charge, puisqu’ils ne nous demandent une retraite que
pour cette nuit seulement, et que leur intention est de nous quitter d’abord qu’il

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sera jour.
Zobéide et Amine firent difficulté d’accorder à Safie ce qu’elle demandait, et
elle en savait bien la raison elle-même; mais elle leur témoigna une si grande
envie d’obtenir d’elles cette faveur, qu’elles ne purent la lui refuser. Allez, lui
dit Zobéide, faites-les donc entrer; mais n’oubliez pas de les avertir de ne point
parler de ce qui ne les regardera pas et de leur faire lire ce qui est écrit au-dessus
de la porte. A ces mots, Safie courut ouvrir avec joie, et peu de temps après elle
revint accompagnée des trois Calenders.
Les trois Calenders firent en entrant une profonde révérence aux dames qui
s’étaient levées pour les recevoir, et qui leur dirent obligeamment qu’ils étaient
les bienvenus, qu’elles étaient bien aises de trouver l’occasion de les obliger, et de
contribuer à les remettre de la fatigue de leur voyage, et enfin elles les invitèrent
à s’asseoir auprès d’elles. La magnificence du lieu et l’honnêteté des dames firent
concevoir aux Calenders une haute idée de ces belles hôtesses; mais, avant que de
prendre place, ayant par hasard jeté les yeux sur le porteur, et le voyant habillé
à peu près comme d’autres Calenders avec lesquels ils étaient en différend sur
plusieurs points de discipline, et qui ne se rasaient pas la barbe et les sourcils,
un d’entre eux prit la parole: Voilà dit-il, apparemment un de nos frères arabes
les révoltés.
Le porteur, à moitié endormi, et la tête échauffée du vin qu’il avait bu, se trouva
choqué de ces paroles, et sans se lever de sa place, il répondit aux Calenders,
en les regardant fièrement: Asseyez-vous et ne vous mêlez pas de ce que vous
n’avez que faire. N’avez-vous pas lu au-dessus de la porte l’inscription qui y est?
Ne prétendez pas obliger le monde à vivre à votre mode; vivez à la nôtre.
Bonhomme, reprit le Calender qui avait parlé, ne vous mettez point en colère;
nous serions bien fâchés de vous en avoir donné le moindre sujet, et nous sommes
au contraire prêts à recevoir vos commandements. La querelle aurait pu avoir
des suites; mais les dames s’en mêlèrent, et pacifièrent toutes choses.
Quand les Calenders se furent assis à table, les dames leur servirent à manger;
et l’enjouée Safie, particulièrement, prit soin de leur verser à boire. . .
XXVIˆ{E} NUIT
Une heure avant le jour, Scheherazade continua de cette manière ce qui se passa
entre les dames et les Calenders:
Après que les Calenders eurent bu et mangé à discrétion, ils témoignèrent aux
dames qu’ils se feraient un grand plaisir de leur donner un concert, si elles avaient
des instruments, et qu’elles voulussent leur en faire apporter. Elles acceptèrent
l’offre avec joie. La belle Safie se leva pour en aller quérir. Elle revint un
moment ensuite, et leur présenta une flûte du pays, une autre à la persane, et un
tambour de basque. Chaque Calender reçut de sa main l’instrument qu’il voulut
choisir, et ils commencèrent tous trois à jouer un air. Les dames, qui savaient
des paroles sur cet air, qui était des plus gais, l’accompagnèrent de leurs voix;
mais elles s’interrompaient de temps en temps par de grands éclats de rire, que

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leur faisaient faire les paroles. Au plus fort de ce divertissement, et lorsque la
compagnie était le plus en joie, on frappa à la porte. Safie cessa de chanter, et
alla voir ce que c’était.
Mais, Sire, dit en cet endroit Scheherazade au sultan, il est bon que Votre
Majesté sache pourquoi l’on frappait si tard à la porte des dames; en voici la
raison. Le calife Haroun-al-Raschid avait coutume de marcher très-souvent la
nuit incognito, pour savoir par lui-même si tout était tranquille dans la ville, et
s’il ne s’y commettait pas de désordres.
Cette nuit-là, le calife était sorti de bonne heure, accompagné de Giafar, son
grand vizir, et de Mesrour, chef des eunuques de son palais, tous trois déguisés
en marchands. En passant par la rue des trois dames, ce prince, entendant
le son des instruments et des voix, et le bruit des éclats de rire, dit au vizir:
Allez, frappez à la porte de cette maison où l’on fait tant de bruit; je veux y
entrer et en apprendre la cause. Le vizir eut beau lui représenter qu’il ne devait
pas s’exposer à recevoir quelque insulte; qu’il n’était pas encore heure indue, et
qu’il ne fallait pas troubler le divertissement de ceux qu’ils entendaient rire. Il
n’importe, reprit le calife: frappez, je vous l’ordonne.
C’était donc le grand vizir Giafar qui avait frappé à la porte des dames, par ordre
du calife, qui ne voulait pas être connu. Safie ouvrit; et le vizir, remarquant, à
la clarté d’une bougie qu’elle tenait, que c’était une dame d’une grande beauté,
joua parfaitement bien son personnage. Il lui fit une profonde révérence, et lui
dit d’un air respectueux: Madame, nous sommes trois marchands de Moussoul,
arrivés depuis environ dix jours, avec de riches marchandises que nous avons en
magasin dans un khan où nous avons pris logement. Nous avons été aujourd’hui
chez un marchand de cette ville qui nous avait invités à l’aller voir. Il nous a
régalés d’une collation; et comme le vin nous avait mis de belle humeur, il a fait
venir une troupe de danseuses. Il était déjà nuit; et dans le temps que l’on jouait
des instruments, que les danseuses dansaient, et que la compagnie faisait grand
bruit, le guet a passé et s’est fait ouvrir. Quelques-uns de la compagnie ont été
arrêtés. Pour nous, nous avons été assez heureux pour nous sauver par-dessus
une muraille; mais, ajouta le vizir, comme nous sommes étrangers, nous craignons
de rencontrer une autre escouade de guet, ou la même, avant que d’arriver à
notre khan, qui est éloigné d’ici. Nous y arriverions même inutilement, car la
porte est fermée, et ne sera ouverte que demain matin, quelque chose qui puisse
arriver. C’est pourquoi, madame, ayant ouï en passant des instruments et des
voix, nous avons jugé que l’on n’était pas encore retiré chez vous, et nous avons
pris la liberté de frapper, pour vous supplier de nous donner retraite jusqu’au
jour. Si nous vous paraissons dignes de prendre part à votre divertissement, nous
tâcherons d’y contribuer en ce que nous pourrons, pour réparer l’interruption
que nous y avons causée; sinon, faites-nous seulement la grâce de souffrir que
nous passions la nuit à couvert sous votre vestibule.
Pendant le discours de Giafar, la belle Safie eut le temps d’examiner le vizir et les
deux personnes qu’il disait marchands comme lui; et jugeant à leur physionomie
que ce n’étaient pas des gens du commun, elle leur dit qu’elle n’était pas la

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maîtresse, et que s’ils voulaient se donner un moment de patience, elle reviendrait
leur apporter la réponse.
Salie alla faire ce rapport à ses sœurs, qui balancèrent quelque temps sur le parti
qu’elles devaient prendre. Mais elles étaient naturellement bienfaisantes; et elles
avaient déjà fait la même grâce aux trois Calenders. Ainsi, elles résolurent de les
laisser entrer. . .
XXVIIˆ{E} NUIT
Le calife, son grand vizir et le chef de ses eunuques, dit la sultane, ayant été
introduits par la belle Safie, saluèrent les dames et les Calenders avec beaucoup
de civilité. Les dames les reçurent de même, les croyant marchands; et Zobéide,
comme la principale, leur dit d’un air grave et sérieux qui lui convenait: Vous êtes
les bienvenus; mais avant toutes choses ne trouvez pas mauvais que nous vous
demandions une grâce. Eh! quelle grâce, madame? répondit le vizir. Peut-on
refuser quelque chose à de si belles dames? C’est, reprit Zobéide, de n’avoir
que des yeux et point de langue; de ne nous pas faire de questions sur quoi que
vous puissiez voir, pour en apprendre la cause, et de ne point parler de ce qui
ne vous regarde point, de crainte que vous n’entendiez ce qui ne vous serait
point agréable. Vous serez obéie, madame, repartit le vizir. Nous ne sommes ni
censeurs, ni curieux, ni indiscrets; c’est bien assez

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