Cours Intégration 2 (Version 2 FSSM)
Cours Intégration 2 (Version 2 FSSM)
i
ii TABLE DES MATIÈRES
5 Modes de convergence 77
5.1 Convergence presque uniforme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77
5.1.1 Dé…nition et propriétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77
5.1.2 Théorème d’Egoro¤ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79
5.2 Convergence en mesure . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 80
5.2.1 Dé…nition et propriétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 80
5.2.2 Rapport avec les autres modes de convergence . . . . . . . . . . . . 82
5.3 Récapitulation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
5.4 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86
Chapitre 1
Rappels et compléments
d’intégration
M N =) M 2 B:
On dira aussi dans ce cas que l’espace (X; B; ) est complet et que B est -complète.
1
2 CHAPITRE 1. RAPPELS ET COMPLÉMENTS D’INTÉGRATION
Soit la famille
Remarque : Bb dépend de :
On va maintenant dé…nir sur Bb une mesure positive complète b qui prolonge : Pour
cela on pose :
b = (A)
b A b = A [ N 2 Bb
8A (A 2 B ; N B 2 B et (B) = 0):
A0 2 B ; N 0 B 0 2 B et (B 0 ) = 0 alors on a :
+
Proposition 3 . L’application b : Bb ! R dé…nie ci-dessus est une mesure positive
complète qui prolonge :
b = A N 2 Bb on a b A
et pour tout élément A b = (A):
Bb = fA [ N A 2 B et N R+ g :
b = A [ N 2 Bb (A 2 B et N R+ ) :
D’autre part on a pour tout A
(
b = (A) = 0 si A = ; ou A = R+
b A :
1 si A = R ou A = R
Notons que dans cet exemple B est …nie mais Bb est in…nie non dénombrable.
1.2.1 Cas de R
On pose :
+
On démontre que (A) ne dépend que de A et que l’application : AR !R est une
mesure positive sur l’algèbre AR :
Cette mesure est -…nie sur l’algèbre AR ; puisque R = [ ] n; n] ; ] n; n] 2 AR et
n 1
(] n; n]) = 2n < +1: Donc, d’après le théorème de Hahn1 -Caratheodory2 , elle se pro-
longe de manière unique en une mesure positive -…nie sur BR = (AR ): On la notera m1
1
Hans Hahn (1879-1934) mathématicien autrichien qui a fait beaucoup de contributions en analyse
fonctionnelle, topologie, calcul des variations, analyse réelle et autres théories.
2
Constantin CARATHEODORY (1873-1950), mathématicien grec, auteur d’importants travaux
dans divers domaines de l’analyse et particulièrement en théorie de la mesure avec l’introduction de la
notion de mesure extérieure et les résultats qui s’y rapportent (1918).
4 CHAPITRE 1. RAPPELS ET COMPLÉMENTS D’INTÉGRATION
Dé…nition 5 . La mesure positive -…nie m; défnie ci-dessus, est appelée mesure de Borel
b ; dé…nie sur BbR ; est appelée mesure de Lebesgue3 sur R: On
sur R: Sa mesure complétée m
la note (ou 1 ).
1
2) On a : (fag) = 0 pour tout a 2 R ; puisque fag = \ a n; a :
n 1
3) La remarque précédente entraîne :
([a; b]) = (]a; b]) = ([a; b[) = (]a; b[) = b a;
I
b
A = mI (A) = m(A) car A 2 BI et mI = m BI
= b :
A
Remarque : La mesure de Borel et celle de Lebesgue sont …nies sur tout intervalle borné.
Elles sont -…nies sur les intervalles non bornés.
1.2.3 Cas de Rn
A Rn = [ Ai : J est …ni; Ai 2 S n et Ai \ Aj = ; si i 6= j = a (S n )
i2J
Dé…nition 8 . La mesure positive -…nie mn ; dé…nie ci-dessus sur BRn ; est appelée me-
b n ; dé…nie sur BbRn ; est appelée mesure de
sure de Borel sur Rn : Sa mesure complétée m
Lebesgue sur Rn : On la note n ou même lorsqu’il n’y a pas de risque d’ambiguité.
6 CHAPITRE 1. RAPPELS ET COMPLÉMENTS D’INTÉGRATION
n (E) = mn (E) = 0:
n 1 n 1
fag = \ ai ; ai = \ ai ; ai
i=1 p 1 p p 1 i=1 p
Preuve. L’application
T : Rn ! Rn
x 7 ! T (x) = x a
Nous admettrons le résultat suivant qui énonce une propriété très importante de la
mesure de Lebesgue.
4
Georg CANTOR (1845-1918), mathématicien allemand, fondateur de la théorie des ensembles (1872-
1884) et de la théorie des nombres cardinaux et ordinaux trans…nis (1897). On lui doit en particulier la
construction de l’ensemble des nombres réels par complétion de l’ensemble des rationnels (1872), ainsi que
la démonstration de l’existence de nombres transcendants par la non-dénombrabilité de l’ensemble des
nombres réels.
1.3. INTÉGRATION PAR RAPPORT À DES MESURES PARTICULIÈRES 7
Théorème 11 . La mesure de Lebesgue n est régulière sur BbRn : Autrement dit on a pour
b 2 BbRn :
tout A
n o
i) b = inf
n (A) n (O)
b
: A O et O est un ouvert de Rn ;
n o
b = sup
ii) n (A) n (K) : K b et K est un compact de Rn
A b=
si A 6 ?:
K b
A O et n (O K) < ":
2) On a aussi :
n o
b
n (A) = sup n (F ) : F
b et F est un fermé de Rn
A b 2 BbRn :
8A
Le but de ce paragraphe est d’étudier le rapport entre l’intégrabilité sur cet espace et
l’intégrabilité sur (X; B; ) :
Si g : X ! R (resp. C) est une fonction, on notera gA la restriction de g à A:
Remarque : Soit f : X ! R (resp. C) une fonction B-mesurable. Alors fA est B \ A-
mesurable et f A est B-mesurable.
Preuve. Pour établir les égalités précédentes on distingue les cas suivants.
Si f = B avec B 2 B; alors on a :
(
1 si x 2 A \ B
fA (x) = :
0 si x 2 A B
Donc Z Z Z
fA d A = 1d A = A (A \ B) = (A \ B) = fd :
A A\B A
P
n P
n
Si f = i Bi 2 E + alors fA = i Bi A et on a, d’après le premier cas :
i=1 i=1
Z n
X Z Z
fA d A = i Bi d = fd :
A i=1 A A
(fA )+ = f + A
; (fA ) = f A
; (f A)
+
= f+ A et (f A) =f A:
1.3. INTÉGRATION PAR RAPPORT À DES MESURES PARTICULIÈRES 9
h est A -intégrable () e
h est -intégrable
puisque h = e
h et e
h=e
h A: De plus on a dans ce cas :
A
Z Z Z
hd = e
hd = e
hd :
A
A X A
1
(A) = ' (A) 8A 2 F
Dé…nition 15 . La mesure dé…nie ci-dessus est appelée mesure image de par ':
On la note '( ):
Exemple : Soient l’espace mesuré (Rn ; BRn ; n) et a 2 Rn : Soient les applications boré-
liennes ' et : Rn ! Rn dé…nies par :
Le théorème suivant, dit théorème du transfert, est d’une importance capitale dans la
théorie des probabilités.
Théorème 16 . Soient (Y; F) un espace mesurable, ' : X ! Y une application (B; F)-
mesurable et la mesure image de par ':
1) Si f : Y ! R+ est une application F-mesurable alors l’application f ' est positive
et B-mesurable et on a :
Z Z
fd = f 'd (égalité dans R+ ).
Y X
() x 7 ! f ( x) est n -intégrable.
Exemple : Soit l’espace mesuré [1; +1[ ; B[1;+1[ ; et soit la fonction borélienne
':x7 ! p1 dé…nie sur [1; +1[ : Soit la mesure positive sur B[1;+1[ de densité '
x
par rapport à : Z Z
d (x)
(A) = 'd = p 8A 2 B[1;+1[ :
A A x
sin x
Soit la fonction borélienne f : x 7 ! x dé…nie sur [1; +1[ : Comme l’intégrale
Z
+1
f (x) ' (x) dx est absolument convergente alors f ' est -intégrable sur [1; +1[ et par
1
suite f est -intégrable sur [1; +1[ ; d’après le théorème 18. De plus on a :
Z Z
sin x
fd = 3 d (x) 8A 2 B[1;+1[ :
A A x2
Z
+1
Notons que f n’est pas intégrable sur [1; +1[ puisque f (x) dx est semi-convergente.
1
Chapitre 2
2.1.1 Semi-normes Np
Cas p < +1
Z 1
p
p
Np (f ) = jf j d :
X
Propriétés : a) Np (f ) 2 R+ et Np (f ) = Np (jf j) :
b) Np (f ) = 0 () f = 0 p:p:
c) Np ( f ) = j j Np (f ) 8 2 K:
d) Np (f ) < +1 () jf jp est intégrable sur K:
Exemple : Soit l’espace mesuré (R+ ; BR+ ; ) et soit la fonction f dé…nie sur R+ par :
x
f (x) = e 8x 0:
15
16 CHAPITRE 2. ESPACES FONCTIONNELS DE LEBESGUE
R 3
x
2
3 R +1 3
x
2
3
N 3 (f ) = R+ e 2 d (x) = 0 e 2 dx
2
r
2h i+1 2 2
3
x
3 2 3
3 4
= e 2 = = :
3 0 3 9
Remarque : Si A 2 B alors on a :
Z 1
p 1
Np ( A) = Ad = ( (A)) p 8p 2 [1; +1[ :
X
Cas p = +1
N1 (f ) = inf f 0 : jf j p:pg
Exemples : 1) Soit l’espace mesuré (R+ ; BR+ ; ) et soit la fonction f dé…nie sur R+ par :
(
Arc tan x si x > 0
f (x) =
si x = 0:
2.1. SEMI-NORMES NP ET ESPACES LPK 17
f (x) = ex 8x 2 R:
2) N1 ( f ) = j j N1 (f ) 8 2 K:
1
Preuve. 1) Si N1 (f ) = 0 alors on a : jf j n p:p 8 n 1:
N1 (f ) = sup jf (x)j :
x2X
N1 (f ) sup jf (x)j N1 (f ) :
x2M c
N1 ( A) = 0 () (A) = 0 (car f A 6= 0g = A) :
N1 (f ) = sup jf (x)j :
x2I
8a; b 2 R+ 8 2 ]0; 1[ a b1 a + (1 ) b:
N1 (f g) Np (f ) Nq (g) :
On rappelle la convention : 0 1 = 0:
Preuve. a) Si p = 1 et q = +1; la proposition 28 entraîne
jf gj jf j N1 (g) p:p:
Par suite on a :
Z Z
N1 (f g) = jf gj d N1 (g) jf j d = N1 (f ) N1 (g) :
X X
D’où le résultat.
Cas particulier : En considérant l’espace mesuré (N; P (N) ; d) ; si (un )n2N et (vn )n2N sont
deux suites à valeurs dans K et si p; q 2 ]1; +1[ sont conjugués alors on a :
+1 +1
! p1 +1
! 1q
X X p
X q
jun vn j jun j jvn j :
n=0 n=0 n=0
Si p = 1 et q = +1 alors on a :
+1 +1
!
X X
jun vn j jun j sup jvn j :
n=0 n=0 n2N
1
8a; b 2 R+ 8 2 [1; +1[ (a + b) 2 (a + b ) :
Np (f + g) Np (f ) + Np (g)
Nq jf + gjp 1
: [Np (f ) + Np (g)] :
alors on a :
[Np (f + g)]p [Np (f ) + Np (g)] : [Np (f + g)]p 1
:
Ceci donne l’inégalité cherchée. (Noter que dans ce cas 0 < Np (f + g) < +1).
Remarque : En général Np n’est pas une semi-norme sur MK puisqu’elle est à valeurs
dans R+ ; comme le montre l’exemple suivant.
Exemple : Soit l’espace mesuré ]0; 1] ; B]0;1] ; et soit la fonction f dé…nie sur ]0; 1] par :
1
f (x) = 8x 2 ]0; 1] :
x
f est borelienne sur ]0; 1] et on a : Np (f ) = +1 8p 2 [1; +1] :
Lorsqu’il n’y a pas de risque de confusion, l’ensemble LpK (X; B; ) pourra tout simplement
être noté LpK (X) ou LpK ( ) ou LpK (B) ou LpK ou même Lp :
Remarques : a) L1K ( ) est le K-espace vectoriel des fonctions -intégrables dé…nies sur X
et à valeurs dans K:
b) L1
K ( ) est le K-espace vectoriel des fonctions B mesurables et -essentiellement bor-
nées dé…nies sur X et à valeurs dans K:
Noter que si p < +1; LpK n’est pas stable par le produit comme on peut le voir sur
l’exemple suivant :
1
puisque sup (f; g) = 2 [f + g + jf gj] et inf (f; g) = sup ( f; g) :
L’espace LpR ; muni de l’ordre usuel des fonctions, est donc un espace de Riesz, c’est-à-dire
un espace vectoriel ordonné réticulé.
Si p < +1 on a :
( +1
) +1
! p1
X X
LpK = u = (un )n2N : jun jp < +1 et Np (u) = jun jp :
n=0 n=0
L1
K = u = (un )n2N : sup jun j < +1 et N1 (u) = sup jun j :
n2N n2N
2.1. SEMI-NORMES NP ET ESPACES LPK 23
Le K-espace vectoriel L1 1 1
K sera noté lK ou tout simplement l :
Dans les deux cas précédents Np est une norme sur lp (1 p +1) puisque le seul
d -négligeable est l’ensemble vide.
2) Soit l’espace mesuré (X; P(X); a) où a 2 X et a est la masse de Dirac au point a:
Alors on a pour tout p 2 [1; +1] :
Notation : Si (fn )n 1 est une suite de LpK qui converge vers f 2 LpK pour la semi-norme
Np on écrira
Lp
fn ! f dans LpK ou fn !
K
f:
Remarques : a) En général, Np n’est pas une norme sur LpK car on a seulement
Np (f ) = 0 =) f = 0 p:p:
Cependant on a :
Np est une norme sur LpK () le seul -négligeable de B est l’ensemble vide.
Lp
K K Lp
fn ! f et fn ! g =) f = g p:p:
En e¤et on a : 0 Np (f g) Np (f fn ) + Np (fn g) 8n 1:
Par suite Np (f g) = 0; c’est à dire f = g p:p:
sup jfn (x) f (x)j sup jfn (x) f (x)j = N1 (fn f) sup jfn (x) f (x)j ;
x2M c x2Mnc x2M c
Dé…nition 35 . Soit p 2 [1; +1] et (fn )n 1 une suite dans LpK : On dit que (fn )n 1 est
une suite de Cauchy dans LpK ; Np si elle véri…e la propriété suivante :
Remarque : Toute suite convergente dans LpK ; Np est une suite de Cauchy.
Le théorème suivant, dit théorème de Riesz4 -Fischer5 , énonce un peu plus que la com-
plétude de LpK ; Np (1 p +1) :
Théorème 36 . Soit p 2 [1; +1] et (fn )n 1 une suite de Cauchy6 dans LpK ; Np :
Si p < +1 alors il existe f 2 LpK et une sous-suite (fnk )k 1 de (fn )n 1 qui converge
p:p vers f: De plus la suite (fn )n 1 converge vers f dans LpK :
Si p = +1 alors il existe g 2 L1 1
K tel que fn ! f dans LK :
Ainsi l’espace semi-normé LpK ; Np est complet pour tout p 2 [1; +1] :
4
Frédéric RIESZ (1880-1956), mathématicien hongrois, il est l’un des principaux fondateurs de l’ana-
lyse fonctionnelle. Le théorème de complétude des espaces Lp fut d’abord démontré dans le cas p = 2 en
1907, indépendamment par Frédéric Riesz et par Ernst Fischer.
5
Ernst FISCHER (1875-1959), mathématicien autrichien.
6
Augustain-Louis CAUCHY (1789-1857), mathématicien français, auteur de travaux novateurs par-
ticulièrement en analyse. La notion de suite de Cauchy apparaît pour la première fois, à propos du critère
de Cauchy de convergence des séries, dans son Analyse algébrique (1821).
2.1. SEMI-NORMES NP ET ESPACES LPK 25
Les ensembles Mn;m et M sont des -négligeables. D’autre part pour tout x 2 M c ; la suite
(fn (x))n 1 est une suite de Cauchy dans K; donc elle admet une limite dans K: Posons
8
< lim fn (x) si x 2 M c
f (x) = n!+1
: 0 si x 2 M:
Ainsi on dé…nit une application f : X ! K; qui est B-mesurable.
Soient " > 0 et n0 1 tels que
Si x 2 M c et n n0 sont …xés alors la suite (jfn (x) fm (x)j)m n0 est majorée par " et
converge vers jfn (x) f (x)j quand m ! +1:
Par suite
8x 2 M c 8n n0 jfn (x) f (x)j ":
Corollaire 37 . Soit un réel p 1 et soit (fn )n 1 une suite de LpK qui converge dans LpK
vers une fonction f 2 LpK : Alors il existe une sous-suite (fnk )k 1 de (fn )n 1 qui converge
p:p vers f:
Preuve. La suite (fn )n 1 étant de Cauchy dans LpK ; le théorème 36 entraîne l’existence
d’une sous-suite (fnk )k 1 de (fn )n 1 et d’une application g 2 LpK telles que
Remarque : En général si p < +1; la convergence dans LpK n’entraîne pas la convergence
p:p de toute la suite comme le montre l’exemple suivant.
Exemple : Soit l’espace ]0; 1] ; B]0;1] ; et soit la suite (fn;m ) dé…nie par :
f1;1 ; f2;1 ; f2;2 ; f3;1 ; f3;2 ; f3;3 ; :::; fn;1 ; fn;2 ; ::: ; fn;n ; :::
|{z} | {z } | {z } | {z }
n=1 n=2 n=3
2.2. ESPACES LPK 27
Elle converge alors vers 0: Par suite (fn;m ) converge vers 0 dans L1 ( ) :
D’autre part si x 2 ]0; 1] alors pour tout n 2 il existe mn ; m0n 2 f1; :::; ng tels que :
i 0 0
i
mn 6= m0n ; x2 mn
n
1 mn
; n et x 2 = mnn 1 ; mnn :
La suite (fn;m (x)) est donc divergente puisque les deux sous-suites (fn;mn (x))n 2 et fn;m0n (x) n 2
ne convergent pas vers la même limite. La suite (fn;m ) ne converge alors en aucun point
de ]0; 1] :
Théorème 38 . Soit p 2 [1; +1[ et soit (fn )n 1 une suite de LpK qui converge p:p
vers une fonction B-mesurable f : X ! K:
On suppose qu’il existe g 2 LpR positive telle que : jfn j g p:p 8n 1:
Alors f 2 LpK et fn ! f dans LpK :
8n 1 jfn f jp 2p 1
(jfn jp + jf jp ) 2p g p p:p:
Np (f ) = 0 8 f 2 NK :
28 CHAPITRE 2. ESPACES FONCTIONNELS DE LEBESGUE
8f; g 2 LpK f Rg () f g 2 NK
() f = g p:p:
f = g 2 LpK : f = g p:p :
f + g = f[
+ g et :f = cf 8f ; g 2 LpK NK
8 2 K:
D’autre part il est clair que : 8f; g 2 F (X; K) f =g a p:p () f (a) = g(a):
Théorème 39 . Pour tout p 2 [1; +1] ; l’espace LpK muni de la norme k:kp est un espace
de Banach sur K:
2.2. ESPACES LPK 29
Preuve. Si fn est une suite de Cauchy dans LpK ; la suite (fn )n 1 est alors
n 1
de Cauchy dans LpK : En vertu du théorème de Riesz-Fischer, il existe f 2 LpK tel que
fn ! f dans LpK : Par suite f 2 LpK et f n ! f dans LpK puisque
lim fn f = lim f\
n f = lim Np (fn f ) = 0:
n!+1 n!+1 n!+1
p p
est un produit scalaire sur L2R associé à la norme k:k2 de L2R : Autrement dit est une
forme bilinéaire symétrique dé…nie et positive telle que
s Z 1
2
2
f = f; f = jf j d 8f 2 L2R :
2 X
est un produit scalaire hermitien sur L2C associé à la norme k:k2 de L2C (g désigne la
fonction conjuguée de g). En d’autres termes est une forme sesquilinéaire hermitienne
dé…nie et positive telle que
s Z 1
2
2
f = f; f = jf j d 8f 2 L2C :
2 X
Corollaire 40 . L’espace L2K muni du produit scalaire dé…ni ci-dessus est un espace de
Hilbert sur K:
f g () f g p:p:
Elle est bien dé…nie et c’est une relation d’ordre sur LpR . De plus on a le résultat suivant :
30 CHAPITRE 2. ESPACES FONCTIONNELS DE LEBESGUE
Proposition 41 . Pour tout p 2 [1; +1] ; LpR est un espace de Riesz, c’est-à-dire un
espace vectoriel ordonné réticulé. De plus on a :
f _ g = f[
_ g et f ^ g = f[
^g 8 f; g 2 LpR LpR :
On rappelle que la valeur absolue, la partie positive et la partie négative d’un élément
f de LpR sont dé…nies respectivement par :
+
f =f_ f ; f = f _ 0 et f = f _ 0:
+ +
iv) f = fc v) f = f f vi) f = f + f
+
1 1
vii) f = f +f viii) f = f f :
2 2
2) Pour alléger l’écriture, on notera f au lieu de f pour désigner un élément de LpK et par
abus de langage les éléments de LpK seront appelés fonctions lorsqu’il n’y a pas de risque
de confusion.
1 1
puisque jf j kf k1 p:p: Donc f 2 LpK et kf kp [ (X)] p 1 kf k1 :
q
Si q < +1; on pose r = p et on note s son conjugué (r; s 2 ]1; +1[) : En utilisant
l’inégalité de Hölder on a :
Z Z 1
r 1 p 1 p
p p pr
jf j d Nr (jf j ) Ns (1) = jf j d [ (X)] s = kf kq [ (X)] q < +1:
1 1
Donc f 2 LpK et kf kp [ (X)] p q kf kq :
Soit p 2 [1; +1[ : Il est clair que si f : X ! K est une fonction étagée mesurable
non nulle alors on a :
f 2 LpK () (ff 6= 0g) < +1:
0
EK = EK \ LpK et EK
0
= 0
f : f 2 EK :
Remarque : si 0 =E
est …nie alors EK 0
K et EK = f : f 2 EK :
32 CHAPITRE 2. ESPACES FONCTIONNELS DE LEBESGUE
Le résultat suivant, dit théorème de densité, est d’une importance capitale en intégra-
tion.
0 est dense dans Lp et E 0 est dense
Théorème 43 . Pour tout p 2 [1; +1[ ; EK K K
dans LpK :
Si f est positive, soit (fn )n 1 une suite croissante de fonctions étagées B-mesurables et
positives qui converge simplement vers f: Alors on a :
jfn j = fn f 2 LpR 8n 1:
2) Soit f 2 LpK ; alors f 2 LpK et d’après 1); il existe une suite (fn )n 1
0 telle que
dans EK
lim Np (fn 0 pour tout n
f ) = 0: Donc fn 2 EK 1 et on a :
n!+1
lim fn f = lim f\
n f = lim Np (fn f ) = 0:
n!+1 n!+1 n!+1
p p
L’ensemble ( n )
X
i ]ai ;bi [ : n2N ; i 2 K et ai < bi
i=1
est dense dans LpK (R; BR ; ) pour tout p 2 [1; +1[ :
3) Si p = +1 on a EK L1
K ( ) et EK = f : f 2 EK L1
K ( ) : D’autre part, le
0
est une norme sur LpK :
0
L’espace dual LpK muni de cette norme est un espace de Banach sur K:
0
est une forme linéaire continue sur LpK ; c’est-à-dire Tg 2 LpK :
De plus on a kTg k = kgkq :
Si p = 1; le résultat est vrai lorsque est -…nie.
0
Le théorème suivant, dû à Riesz, permet de caractériser les éléments de LpK (1 p < +1) :
Théorème 45 . Soient p 2 ]1; +1[ ; q son conjugué et T : LpK ! K une forme linéaire
0
continue sur LpK (c’est-à-dire T 2 LpK ). Alors il existe g 2 LqK unique tel que T = Tg
et kT k = kgkq :
Si p = 1 le résultat est vrai lorsque est -…nie.
Le corollaire suivant est une conséquence immédiate des deux théorèmes précédents.
Si 1 < p < +1 alors est une isométrie bijective entre espaces de Banach.
Si p = 1 le résultat est vrai lorsque est -…nie.
34 CHAPITRE 2. ESPACES FONCTIONNELS DE LEBESGUE
0
Ce corollaire permet d’identi…er le dual topologique LpK de LpK avec l’espace LqK
0
( est -…nie lorsque p = 1). On écrit alors abusivement LpK = LqK :
00 0
Remarques : 1) Si 1 < p < +1 on a : LpK = LqK = LpK :
On dira alors que LpK est ré‡exif.
0 0
2) Si est -…nie on a L1K = L1 1
K et LK (L1
K ) : Cette inclusion est en général
stricte.
Soit p 2 [1; +1[ et soit q son conjugué. (Si p = 1 on supposera que est -…nie).
Dé…nition 47 . Soient (fn )n 1 une suite dans LpK et f 2 LpK : On dira que (fn )n 1
converge faiblement vers f si on a :
Z Z
8g 2 LqK lim fn g d = fg d :
n!+1 X X
Remarque : La convegence forte dans LpK entraîne la convergence faible dans LpK puisque
Tg est continue sur LpK pour tout g 2 LqK :
La réciproque est fausse comme le prouve l’exemple suivant :
Exemple : Soit l’espace L2R [0; 2 ] ; B[0;2 ] ; et soit (fn )n 1 la suite dé…nie par :
Il est clair que fn 2 L2R ( ) pour tout n 1: D’autre part si g 2 L2R ( ) alors g 2 L1R ( )
(car …nie) et on a, d’après le lemme de Riemann-Lebesgue :
Z
lim g (x) sin (nx) d (x) = 0:
n!+1 [0;2 ]
Par suite (fn )n 1 converge faiblement vers 0 dans L2R ( ) : Cependant (fn )n 1 ne converge
pas fortement vers 0 dans L2R ( ) puisque
p
kfn k2 = 8n 1:
2.4 Exercices
Exercice 48 : Soit l’espace mesuré (N; BN ; d) et soit la fonction f : N ! R dé…nie
1
par : f (n) = 4n 8n 2 N:
2 5
Calculer N 5 (f ):
4
Chapitre 3
39
40 CHAPITRE 3. INTÉGRATION SUR LES ESPACES PRODUITS
Proposition 60 . La tribu produit B1 B2 est aussi engendrée par les fonctions coordon-
nées p1 et p2 : En d’autres termes c’est la plus petite tribu sur X rendant ces fonctions
mesurables.
1 1
(p1 ) (A1 ) = A1 X 2 2 B1 B2 et (p2 ) (A2 ) = X1 A2 2 B 1 B2 :
D’autre part si F est une tribu sur X rendant les applications p1 et p2 mesurables alors
on a pour tout A1 A2 2 B 1 B2 :
1 1
A1 A2 = (p1 ) (A1 ) \ (p2 ) (A2 ) 2 F:
Par suite B1 B2 F:
Remarque : On dé…nira de même la tribu produit de m tribus B1 ; B2 ; ::: et Bm ; notée
B1 B2 ::: Bm :
B B = f;; A A; A Ac ; A X; Ac A; Ac Ac ; Ac X; X A; X Ac ; X Xg :
Il en résulte que
B B= (B B) = (fA A; A Ac ; Ac A; Ac Ac g)
= 1 2 = fB1 B2 : B1 2 1 et B2 2 2g :
A (A \ )=A\ Y ( ):
D’autre part, tout ouvert de R2 est une réunion au plus dénombrable d’éléments de ;
donc TR2 ( ) (TR2 est la topologie usuelle de R2 ).
Il s’ensuit que BR BR = ( )= (TR2 ) = BR2 :
BI BJ = I J (BI BJ ) = I J ((I \ BR ) (J \ BR ))
= I J ((I J) \ (BR BR ))
= (I J) \ R2 (BR BR ) = (I J) \ (BR BR )
= (I J) \ BR2 = BI J:
i) BT1 BT2 BT :
ii) Si de plus T1 et T2 sont à bases au plus dénombrables alors BT1 BT2 = BT :
a) Ax1 X2 et Ax2 X1 :
( (
A2 si x1 2 A1 A1 si x2 2 A2
c) (A1 A2 )x1 = et (A1 A2 )x2 =
; si x1 2
= A1 ; si x2 2
= A2 :
1 1 (B)
d) (fxi ) (B) = f xi
8B Z (i = 1; 2):
Preuve. Soient x1 2 X1 et x2 2 X2 :
1) Les propriétés b) et c) précédentes montrent que la famille
X
= fA 2 B1 B2 : Ax1 2 B2 et Ax2 2 B1 g
P
est une tribu sur X contenant B1 B2 : Par suite = B1 B2 :
1 1
(fxi ) (B) = f (B) xi
8B 2 F:
Soient A 2
= BR et = f(x; x) : x 2 Ag la diagonale de A A: L’application
': R ! R2
x 7 ! (x; x)
Dans toute la suite 1 et 2 sont deux mesures -…nies dé…nies respectivement sur
B1 et B2 :
44 CHAPITRE 3. INTÉGRATION SUR LES ESPACES PRODUITS
Lemme 66 . Si A 2 B1 B2 alors on a :
+
i) l’application x1 7 ! 2 (Ax1 ) dé…nie de X1 vers R est B1 -mesurable,
+
ii) l’application x2 7 ! 1 (Ax2 ) dé…nie de X2 vers R est B2 -mesurable,
R R +
iii) X1 2 (Ax1 ) d 1 (x1 ) = X2 1 (Ax2 ) d 2 (x2 ) (égalité dans R ).
Par suite tous les éléments de A véri…ent les propriétés i); ii) et iii):
Soit la famille
M = fA 2 B1 B2 : A véri…e i); ii) et iii)g :
et on utilise la relation
Exemple : Soient les espaces mesurés (R; BR ; ) et (R; P(R); d) et soit l’ensemble
C = f(x; x) : x 2 Rg :
Il est clair que d n’est pas -…nie sur P(R): D’autre part, comme l’application
' : (x; y) 7 ! x y est BR2 mesurable et C = ' 1 (f0g) alors C 2 BR2 = BR BR et par
suite C 2 BR P(R): Cependant on a :
Z Z
d (Cx1 ) d (x1 ) = +1 et (Cx2 ) d d (x2 ) = 0:
R R
+
Théorème 67 . L’application : B1 B2 ! R dé…nie par :
Z Z
(A) = 2 (Ax1 ) d 1 (x1 ) = 1 (Ax2 ) d 2 (x2 ) 8A 2 B1 B2
X1 X2
est une mesure positive -…nie sur B1 B2 : C’est l’unique mesure positive sur B1 B2 qui
véri…e la propriété :
[ An = [ (An )x1
n 1 x1 n 1
alors on a :
Unicité : Si est une mesure positive sur B1 B2 qui véri…e (3.3) alors elle coincide avec
sur l’algèbre A = a (B1 B2 ) et elle est -…nie sur A: On conclut donc par le théorème
de Hahn-Caratheodory.
2 1 1
d = d d:
m2 = m1 m1 :
mI J = mI mJ :
Théorème 69 (Tonelli-Fubini)
+
Soit f : X1 X2 ! R une application B1 B2 -mesurable et positive. Alors les
+ +
applications positives 1 : X1 ! R et : X2 ! R dé…nies par :
2
Z Z
1 (x1 ) = f (x1 ; x2 ) d 2 (x2 ) et 2 (x2 ) = f (x1 ; x2 ) d 1 (x1 ) 8x1 2 X1 8x2 2 X2
X2 X1
+
et ces égalités ont lieu dans R :
On obtient les mêmes résultats si on remplace A par une fonction étagée positive et
B1 B2 mesurable.
Si f est positive, le théorème d’approximation assure l’existence d’une suite croissante de
fonctions étagées B1 B2 mesurables et positives qui converge simplement vers f: On
conclut alors par le théorème de Beppo Levi.
1
Guido FUBINI (1879-1943), mathématicien italien connu pour ses travaux en géométrie di¤érentielle
et surtout en intégration. Le théorème de Fubini date de 1907.
2
Leonida Tonelli (1885 1946); mathématicien italien connu pour pour ses travaux en calcul des
variations et pour son théorème en intégration (théorème de Tonelli) qui est une version du théorème de
Fubini.
48 CHAPITRE 3. INTÉGRATION SUR LES ESPACES PRODUITS
Théorème 70 (Fubini)
Soit f : X1 X2 ! R (ou C) une application 1 2 intégrable. Les fonctions
1 : X1 ! R (ou C) et 2 : X2 ! R (ou C) dé…nies par :
Z Z
1 (x1 ) = f (x ;
1 2x ) d (x
2 2 ) et 2 (x2 ) = f (x1 ; x2 ) d 1 (x1 )
X2 X1
Le résultat suivant est souvent utilisé pour étudier l’intégrabilité d’une fonction par
rapport à 1 2: C’est une conséquence immédiate du théorème 69.
Soit u = (un;m )(n;m)2N2 une suite double à valeurs dans R (resp. C).
Si u est positive alors on a (sans aucune hypothèse de convergence) :
+1 +1
! +1 +1 !
X X X X
un;m = un;m (3.6)
n=0 m=0 m=0 n=0
+
et cette égalité a lieu dans R :
P
+1 P
+1 P
+1 P
+1
Si u est à valeurs dans R (resp. C) et si l’une des deux sommes jun;m j et jun;m j
n=0 m=0 m=0 n=0
est …nie il en est de même pour l’autre et on a encore l’égalité (3.6).
Il est clair que f est borélienne, donc elle est B[ 1;1] B[ 1;1] mesurable puisque
B[ 1;1]2 = B[ 1;1] B[ 1;1] : Comme m2 = m1 m1 sur B[ 1;1]2 ; le théorème 69 donne
Z Z !
R
[ 1;1] [ 1;1] jf j dm2 = jf (x; y)j dm1 (x) dm1 (y)
[ 1;1] [ 1;1]
Z Z !
f (x; y) dm1 (x) dm1 (y) (car f 0 sur ]0; 1]2 ).
]0;1] ]0;1]
50 CHAPITRE 3. INTÉGRATION SUR LES ESPACES PRODUITS
1 1
puisque (y) = : Par suite on a :
2y (1 + y 2 ) 0 2y
Z
jf j dm2 = +1:
[ 1;1] [ 1;1]
8A Rn A 2 BU () (A) 2 BV
1 1 1(
puisque (A) = (A) et A = (A)) :
Soit '1 ; '2 ; ::: et 'n les fonctions coordonnées de dé…nies de U vers R: Donc on a :
(x) = ('1 (x); '2 (x); :::; 'n (x)) 8x = (x1 ; x2 ; :::; xn ) 2 U:
3.3. THÉORÈME DE CHANGEMENT DE VARIABLES 51
D('1 ;:::;'n )
et que le jacobien de en x, noté D(x1 ;:::;xn ) (x) ou j (x) ; est le déterminant de cette
matrice
@'1 @'1
@x1 (x) : : : @xn (x)
: :
j (x) = : : :
: :
@'n @'n
@x1 (x) : : : @xn (x)
Dans toute cette section on notera encore mn (resp. n) la mesure de Borel (resp. celle de
Lebesgue) sur chacun des ouverts U et V:
Les deux théorèmes suivants sont d’une importance capitale dans la théorie d’intégration.
+
Théorème 72 . Soit f : V !R une fonction positive et borélienne. La fonction
x 7 ! f ( (x)): jj (x)j
+
et cette égalité a lieu dans R :
x 7 ! f ( (x)): jj (x)j
est mn -intégrable sur U: Dans ce cas la formule (3.7) reste encore vraie.
52 CHAPITRE 3. INTÉGRATION SUR LES ESPACES PRODUITS
2) Dans cette formule si on pose y = (x) alors on a dmn (y) = jj (x)j :dmn (x):
mn (A) = 0 () mn ( (A)) = 0:
puisque f = 1 =
A A: Comme jj j > 0 alors on a :
mn ( (A)) = 0 () mn (A) = 0:
b = A [ N 2 BbV avec A 2 BV ; N
2) Soit A B 2 BV et mn (B) = 0: Alors on a :
1 b =
A 1 (A) [ 1 (N ) et 1 (N ) 1 (B) ;
Remarque : Les deux théorèmes précédents sont également vrais pour une fonction f
Lebesgue-mesurable sur V et pour la mesure de Lebesgue n sur U et V: La BbU -mesurabilité
de la fonction (f ) : jj j découle de la continuité de j et du corollaire 74.
(x2 +y 2 )
f (x; y) = e 8 (x; y) 2 R2 :
D’autre part on sait que l’application : (r; ) 7 ! (x; y) = (r cos ; r sin ) est un C 1 -
di¤éomorphisme de l’ouvert U = ]0; +1[ ]0; 2 [ sur l’ouvert V = R2 n ([0; +1[ f0g)
dont le jacobien au point (r; ) est égal à r: Comme le demi-axe réel positif [0; +1[ f0g
est m2 -négligeable et m2 = m1 m1 alors on a, d’après le théorème 73 et le théorème de
Fubini :
Z
(x2 +y 2 ) dm
R (x2 +y 2 ) dm (x; y)
R r 2 rdm
e 2 (x; y) = V e 2 = U e 2 (r; )
R2
R r2 dm
R
= (3.9)
]0;+1[ re 1 (r) ]0;2 [ dm1 ( )
R +1 r2 dr
R2
= 0 re 0 d = :
Z +1
x2 dx p
On en déduit alors de (3.8) et (3.9) que e = :
1
3.4 Exercices
Exercice 75 : 1) Soient m1 la mesure de Borel sur R et m2 la mesure de Borel sur R2 :
Montrer que m2 = m1 m1 :
2) Soit (R; BbR ; 1 ) l’espace complété de (R; BR ; m1 ): Montrer que l’espace mesuré
3) Montrer que BbR BbR BbR2 et que la restriction de 2 à BbR BbR coincide avec 1 1:
X
[ An = (An ) ( -additivité).
n 1
n 1
Cette dé…nition sous-entend que la série au second membre de l’égalité de ii) converge
dans R (resp. C). Comme le premier membre ne change pas lorsqu’on change l’ordre des
An ; cette série est en fait commutativement convergente et donc absolument convergente
dans R (resp. C).
61
62 CHAPITRE 4. MESURES RÉELLES ET COMPLEXES
est une mesure réelle (resp. complexe) sur B si K = R (resp. K = C); appelée mesure de
densité f par rapport à :
Remarques : 1) Une mesure réelle sur B n’est pas nécessairement monotone comme le
montre l’exemple 1) précédent.
2) L’application A 7 ! j (A)j n’est pas une mesure positive en général, comme on peut
le voir sur le même exemple.
Proposition 88 . Soit une mesure réelle (ou complexe) sur B: On a les deux propriétés
suivantes :
i) Pour toute suite croissante (An )n 1 d’éléments de B on a :
[ An = lim (An ) :
n 1 n!+1
\ An = lim (An ) :
n 1 n!+1
Preuve. i) On pose : B1 = A1 et Bn = An An 1 8n 2:
On construit ainsi une suite disjointe (Bn )n 1 d’éléments de B telle que :
n
[ An = [ Bn et An = [ Bk 8n 1:
n 1 n 1 k=1
Par suite on a :
P
[ An = [ Bn = (Bn )
n 1 n 1 n 1
P
n
= lim (Bk ) = lim (An ) :
n!+1 k=1 n!+1
4.1. MESURES RÉELLES ET COMPLEXES 63
Cn = (An )c 8n 1
Mais il faut noter que si est une mesure réelle et (An )n 1 est une suite monotone
dans B; la suite ( (An ))n 1 n’est pas nécessairement monotone dans R:
On construit ainsi, par récurrence, une suite décroissante (En )n 1 dans B telle que l’on
ait pour tout n 1:
Si E 2 B on note PE l’ensemble
PE = = fAi : i 2 Ig : I …ni; Ai 2 B; [ Ai = E et Ai \ Aj = ? si i 6= j :
i2I
j (E)j j j (E) 8E 2 B:
j j = j j:j j et j + j j j + j j:
Si 0 2
= E alors
X X
8 2 PE j (A)j = (A) = (E) :
A2 A2
Théorème 91 . Si est une mesure réelle ou complexe sur B alors sa variation j j est
une mesure positive bornée sur B:
Preuve. i) Montrons que j j est bornée. Pour cela supposons d’abord que est réelle
et considérons une partition 2 PX : On pose :
+
= fA 2 : (A) 0g et = fA 2 : (A) < 0g :
On a alors
X X X
j (A)j = (A) (A) = [ A [ A 2M
A2 + A2
A2 A2 + A2
!
P
où M = sup fj (B)j : B 2 Bg : Avec les conventions j (A)j = 0 et [ A=? :
A2? A2?
j j (E) + j j (F )
66 CHAPITRE 4. MESURES RÉELLES ET COMPLEXES
j j (E [ F ) j j (E) + j j (F ) :
j j (E [ F ) :
j j (E) + j j (F ) j j (E [ F ) :
P P P
j (A)j j (A \ En )j (car est -additive)
A2 A2 n 1
P P
= j (A \ En )j (d’après Fubini)
n 1 A2
P P P
= j (B)j j j (En ) (car \ En 2 PEn ).
n 1 B2 \En n 1
Dé…nition 92 . Si est une mesure réelle sur B; les mesures positives bornées
+ 1 1
= (j j + ) et = (j j )
2 2
s’appellent respectivement la partie positive et la partie négative de :
4.2. THÉORÈME DE RADON-NIKODYM 67
Dé…nition 93 . Soit une mesure réelle ou complexe sur B et soit une mesure positive
sur B: Nous dirons que est absolument continue par rapport à et on écrit ; si
l’on a :
8A 2 B (A) = 0 =) (A) = 0:
( 1 et 2 ) =) a 1 +b 2 :
Proposition 94 . Soit une mesure réelle ou complexe sur B et soit une mesure
positive sur B: Alors on a :
() j j :
68 CHAPITRE 4. MESURES RÉELLES ET COMPLEXES
8B 2 (B) = 0:
P
Donc j (B)j = 0 et par suite j j (A) = 0:
B2
La réciproque provient immédiatement de l’inégalité
j (A)j j j (A) 8A 2 B:
Corollaire 95 . Soit une mesure réelle sur B et soit une mesure positive sur B:
Alors on a :
+
() et :
+ +
j j; j j et = :
Remarque : Si est une mesure complexe sur B et est une mesure positive sur B alors
on a :
() [Re ( ) et Im ( ) ]:
Théorème 96 . Soit une mesure positive et -…nie sur B et soit une mesure réelle
(resp. complexe) sur B absolument continue par rapport à : Alors il existe un unique
élément h de L1R ( ) (resp. L1C ( )) tel que :
Z
(A) = hd 8A 2 B:
A
Autrement dit, admet une densité unique h dans L1R ( ) (resp. L1C ( )) par rapport à
d
; appelée dérivée de Radon-Nikodym de par rapport à : On la note :
d
On rappelle que si est une mesure positive de densité h : X ! R+ par rapport à
+
et si f : X ! R est une fonction B-mesurable et positive, alors on a :
Z Z
f d = fh d 8A 2 B:
A A
d
Ceci explique la notation h = :
d
Lemme 97 . Soient 1 et 2 deux mesures positives sur B et soit = 1 + 2: Soit
f : X ! R une fonction B-mesurable. Alors on a les deux propriétés suivantes :
R R R
1) A jf j d = A jf j d 1 + A jf j d 2 pour tout A 2 B:
2) f est intégrable si et seulement si elle est à la fois 1 intégrable et 2 intégrable.
Dans ce cas on a :
Z Z Z
8A 2 B f d = f d 1 + f d 2:
A A A
Preuve. La première propriété se démontre en utilisant la méthode standard.
La deuxième propriété découle de 1) et de la relation f = f + f :
Preuve du théorème 96
1) Existence : On distingue les 4 cas suivants :
G : L2R ( ) ! R
R
f 7 ! G(f ) = X f d
est continue sur L2R ( ) : Le théorème de Riesz (Théorème 45) entraîne alors qu’il existe
g 2 L2R ( ) telle que :
Z Z
8f 2 L2R ( ) G(f ) = f d = fg d : (4.2)
X X
70 CHAPITRE 4. MESURES RÉELLES ET COMPLEXES
Comme 0 alors Z
0 gd (A) 8A 2 B:
A
Par suite 0 g 1 p:p: En modi…ant g sur un -négligeable on peut supposer que
0 g 1 partout.
D’autre part si f 2 L2R ( ) on a, d’après le lemme 97 et (4.2) :
Z Z Z Z
G(f ) = f d = fg d = fg d + fg d :
X X X X
Il s’ensuit que Z Z
f (1 g) d = fg d 8f 2 L2R ( ) : (4.3)
X X
R
Soit B = fg = 1g : En remplaçant f par B dans (4.3) on obtient B g d = 0; c’est-à-dire
(B) = 0: Comme alors (B) = 0:
En prenant f = (1 + g + ::: + g n ) A dans (4.3) on a :
Z Z n+1
!
X
n+1 k
1 g d = g d 8A 2 B: (4.4)
A A k=1
P
+1
Remarquons aussi que B = g k = +1 et posons :
k=1
8 +1
> P k
< g (x) si x 2 B c
h(x) = k=1
>
:
0 si x 2 B:
P
+1
Alors l’application h : X ! R+ est B mesurable, h = gk p:p et on a :
k=1
Z
(A) = hd 8A 2 B:
A
R R
Comme X jhj d = X hd = (X) < +1 alors h 2 L1R ( ) :
4.2. THÉORÈME DE RADON-NIKODYM 71
(Xn ) < +1 8n 2 I (I N) :
h Xn = hn 8n 2 I:
Exemple : Soit une mesure réelle (resp. complexe) sur B: Comme j j et j j est une
mesure positive …nie alors il existe f 2 L1R (j j) (resp. L1C (j j)) tel que :
Z
8A 2 B (A) = fd j j :
A
Proposition 98 . Si est une mesure réelle sur B alors il existe A 2 B tel que :
+
8E 2 B (E) = (A \ E) et (E) = (Ac \ E) :
En d’autres termes les mesures + et sont portées par des ensembles mesurables dis-
joints. En particulier on a + (Ac ) = 0 et (A) = 0:
72 CHAPITRE 4. MESURES RÉELLES ET COMPLEXES
D’autre part on a : = + =
1 2:
4.3 Exercices
Exercice 100 : (Contrôle de rattrapage, 14 15)
Soit (X; B) un espace mesurable.
1) Soient v1 et v2 deux mesures réelles sur B: Montrer par un contre exemple que l’ap-
plication v : B ! R dé…nie par :
PE = = fAi : i 2 Ig : I …ni; Ai 2 B; [ Ai = E et Ai \ Aj = ? si i 6= j :
i2I
3) Soit A 2 B et 2 PA : On pose :
+
= fB 2 : (B) 0g et = fB 2 : (B) < 0g :
P
a) Véri…er que : (A) + j (B)j = 2 [B :
B2 +
B2
Modes de convergence
Dé…nition 107 . On dit qu’une suite (fn )n 1 converge -presque uniformément sur X
vers une fonction f si on a :
8" > 0 9A" 2 B tel que (A" ) " et fn ! f uniformément sur (A" )c :
p:u
On écrit fn ! f p:u ou fn ! f:
Remarque : Dans la dé…nition précédente il su¢ t de prendre " dans ]0; 1[ (ou ]0; a[ avec
a > 0):
Alors on a :
s
fn ! 0 sur [0; 1] :
77
78 CHAPITRE 5. MODES DE CONVERGENCE
fn (x) = xn 8x 2 ] 1; 1[ 8n 1:
Alors on a :
s
fn ! 0 sur ] 1; 1[ ;
u p:u
Propriétés : 1) Si fn ! f sur X alors fn ! f sur X: La réciproque est fausse comme
on peut le voir sur chacun des deux exemples précédents.
L1 p:u
2) Si fn ! f alors fn ! f sur X: En e¤et si fn ! f dans L1 alors, d’après la
u
proposition 34, il existe un -négligeable N tel que fn ! f sur N c : Donc si " > 0 il su¢ t
de prendre A" = N:
La réciproque est fausse comme le montre chacun des deux exemples précédents.
p:u p:u p:u
3) Si fn ! f et gn ! g sur X alors fn + gn ! f + g sur X: En e¤et si " 2 ]0; (X)[
alors il existe A" ; B" 2 B tels que :
" " u u
(A" ) ; (B" ) ; fn ! f sur Ac" et gn ! g sur B"c :
2 2
u
On prend C" = A" [ B" : Alors C" 2 B; (C" ) "; C"c 6= ? et fn + gn ! f + g sur C"c :
5.1. CONVERGENCE PRESQUE UNIFORME 79
p:u
Par suite fn + gn ! f + g sur X:
p:u p:u
4) Si fn ! f sur X et 2 K alors fn ! f sur X:
p:u
5) Si fn ! f sur X alors fn ! f p:p: En e¤et on a :
u
8m 1 9Am 2 B tel que (Am ) 1
m et fn ! f sur (Am )c :
s
Donc fn ! f sur (Am )c pour tout m 1: Ainsi il est clair que l’ensemble N = \ Am
m 1
s
est -négligeable et que fn ! f sur N c:
s
Preuve. Soit N un -négligeable tel que fn ! f sur N c : On pose :
gn = fn Nc et g = f Nc 8n 1:
s
Il est clair que X = [ Akm pour tout k 1; puisque gn ! g sur X: Comme la suite
m 1
Akm m 1
est croissante, le théorème de continuité entraîne
1
8k 1 8n mk sup jgn (x) g(x)j k:
x2(A" )c
u u
Donc gn ! g sur (A" )c ; c’est-à-dire fn ! f sur (A" )c \ N c :
En prenant B" = A" [ N; alors on a :
u
(B" ) " et fn ! f sur (B" )c :
80 CHAPITRE 5. MODES DE CONVERGENCE
p:u
Il en résulte que fn ! f:
[n; n + 1] \ Ac 6= ; 8n 1:
En d’autres termes si on a :
On écrit fn ! f:
Remarque : Dans la dé…nition précédente il su¢ t de prendre dans ]0; 1[ (ou ]0; a[ avec
a > 0):
1
jfn j 2 = ([n; n + 1]) = 1 9 0; donc fn 9 0 en mesure.
P
Remarque : Si ( ; F; P ) est un espace probabilisé et fn ! f on dira aussi que (fn )n 1
converge en probabilité vers f:
fn ! f () fn f !0
() jfn f j ! 0:
3) On a : fn ! f et gn ! g =) fn + gn ! f + g ; puisque
n o n o
fj(fn + gn ) (f + g)j g jfn fj [ jgn gj 8 > 0:
2 2
4) fn ! f et 2 K =) fn ! f :
fn ! f et gn ! g =) fn gn ! f g :
(fjf gj g) = 0 8 >0
puisque
n o n o
fjf gj g jfn fj [ jfn gj 8n 1:
2 2
Il en résulte que
1
(fjf gj > 0g) = [ jf gj = 0:
m 1 m
7) L’espace MK muni de la convergence en mesure peut être équipé par plusieurs semi-
distances associées à cette convergence. Citons par exemple la semi-distance d dé…nie par :
fn ! f () lim d (fn ; f ) = 0:
n!+1
f Rg () f = g p:p 8f; g 2 MK
Cette dé…nition ne dépend pas du choix des représentants dans les classes fn et f :
L’espace quotient MK ; muni de la convergence en mesure, est un espace métrisable. La
distance d dé…nie par :
d f; g = d(f; g) 8f ; g 2 MK
fn ! f () lim d fn ; f = 0:
n!+1
Proposition 110 . Si fn ! f alors il existe une sous-suite (fnk )k 1 qui converge vers
f p:u et p:p sur X:
1 1
jfnk fj 8k 1:
2k 2k
Pour tout k 1; on pose :
1
Ak = jfnk fj et Bk = [ Aj :
2k j k
1
Il est clair que Ak ; Bk 2 B et (Bk ) 2k 1 pour tout k 1:
1
Soit " > 0 et soit k0 1 tel que 2k0 1 ": Alors on a :
1
8j k0 sup fnj (x) f (x)
x2(Bk0 )
c 2j
Exemple : Soit l’espace ]0; 1] ; B]0;1] ; et soit la suite (fn;m ) dé…nie par :
f1;1 ; f2;1 ; f2;2 ; f3;1 ; f3;2 ; f3;3 ; ::: ; fn;1 ; fn;2 ; ::: ; fn;n ; :::
|{z} | {z } | {z } | {z }
n=1 n=2 n=3
On a déja vu que cette suite ne converge en aucun point de ]0; 1] : Cependant il est clair
que pour tout 2 ]0; 1] ; on a :
1
lim (fjfn;m j g) = lim = 0:
n!+1 n!+1 n
p:u
Proposition 111 . Si fn ! f sur X alors fn ! f:
Preuve. Soient " > 0 et > 0: Alors il existe A" 2 B et n0 1 tel que :
Il en résulte que fn ! f:
K L1 p:u
Preuve. Si p = +1 et si fn ! f alors fn ! f et par suite fn ! f; d’après la
proposition 111.
84 CHAPITRE 5. MODES DE CONVERGENCE
K Lp
Si p < +1 et si fn ! f alors on a pour tout > 0 :
Z
p
[Np (fn f )] jfn f jp d p
(fjfn fj g) :
fjfn f j g
On a fn ! 0 puisque fn ! 0 p:p et
est …nie (Théorème d’Egoro¤ et
p
la proposition 111). Cependant fn 9 0 dans L2R puisque N2 (fn ) = n 9 0:
Théorème 113 . Soit p 2 [1; +1[ et soit (fn )n 1 une suite de LpK qui converge en
mesure vers une fonction B-mesurable f : X ! K:
On suppose qu’il existe g 2 LpR positive telle que :
jfn j g p:p 8n 1:
Preuve. La proposition 110 entraîne qu’il existe une sous-suite de (fn )n 1 qui converge
p:p vers f: Donc jf j g p:p et par suite f 2 LpK :
Supposons que fn 9 f dans LpK : Alors il existe "0 > 0 et une sous-suite (fnk )k 1 de
(fn )n 1 tels que :
Np (fnk f ) > "0 8k 1: (5.1)
Comme fnk ! f alors La proposition 110 entraîne l’existence d’une sous-suite (hm )m 1
de (fnk )k 1 qui converge p:p vers f: Cette sous-suite est dominée par g 2 LpR ; donc elle
converge vers f dans LpK ; d’après le théorème de la convergence dominée dans LpK : Ceci
contredit (5.1).