MESSAGE FINAL
Message de la 20ème Assemblée Plénière du Symposium des Conférences
Épiscopales d’Afrique et de Madagascar
Réunie à Kigali, au Rwanda, du 30 juillet au 4 août 2025, la 20 ème Assemblée
Plénière du Symposium des Conférences Épiscopales d’Afrique et de Madagascar a
porté sur le thème : « Le Christ, Source d’Espérance, de Réconciliation et de Paix :
La Vision de l’Église-Famille de Dieu en Afrique pour les 25 Prochaines Années
(2025-2050) ».
Après les interventions de différents orateurs venus d’Afrique et d’autres
continents, suivies de fructueux échanges, nous, Cardinaux, Archevêques et Évêques,
membres du SCEAM, adressons ce message à l’Église, Famille de Dieu qui est en
Afrique et ses Îles, ainsi qu’aux personnes de bonne volonté.
Dans notre Message Final de la 19 ème Assemblée Plénière, qui s’est tenue à
Accra au Ghana du 25 juillet au 1 er août 2022, nous avons rappelé « la grande
insécurité qui règne dans plusieurs régions de notre continent, en raison de l’instabilité
socio-politique, de la violence, de la pauvreté économique, de la faiblesse des
structures sanitaires, de l’insurrection, du terrorisme, de l’exploitation de la religion à
des fins politiques et du manque de respect de l’environnement et de la bonne
gouvernance ». Ces défis restent encore à relever dans leur globalité, mais cela ne doit
pas constituer un motif pour désespérer. Car, avec le Christ et par Lui, une vertu
essentielle est en mesure de combler notre cœur et nous permettre de tourner notre
regard vers l’avenir avec assurance et optimisme. Le Christ est Source d’espérance
pour l’Afrique et ses peuples.
1. L’espérance au cœur de nos vies
Avant de retourner dans la maison du Père, le Pape François a mis l’ensemble
de l’Église sur le chemin de la synodalité. C’est dans cette démarche que s’inscrit notre
rencontre de cette année qui se veut un témoignage de réflexion sur notre marche
ensemble pour les prochaines 25 années. On le sait, synode veut dire marcher
1
ensemble. Mais nous ne pouvons marcher ensemble que vers un but. Notre but est
celui de rendre le Christ toujours présent dans nos communautés et dans nos vies. Le
Christ est la fin ultime de notre synode ; il est la raison d’être de notre espérance et de
notre engagement à porter la croix à sa suite ; il est notre espérance et le chemin (Jn
14, 6) qui nous conduit à la vérité tout entière et à la vie en abondance (Jn 10, 10).
L’espérance chrétienne repose sur la priorité du Royaume de Dieu. Elle est une
promesse du règne de Dieu parmi les hommes de bonne volonté. Cela implique une
vie de foi et d’obéissance à Dieu ; un Dieu qui pourvoit à tous les besoins de ceux qui
mettent leur confiance en lui : « Cherchez d’abord le Royaume et la justice de Dieu et
toutes ces choses vous seront données par-dessus tout » (Mt. 6, 33).
Nous exhortons les chrétiens d’Afrique et des Îles à s’ouvrir à cette espérance
que donne le Christ « Résurrection et Vie en abondance » pour être délivrés de toutes
les formes de mort auxquelles ils sont confrontés dans leur quotidien. Il nous semble
opportun de rappeler ces paroles prophétiques du Pape Saint Jean Paul II, lors de son
intronisation, Place Saint Pierre, le 22 octobre 1978 : « N’ayez pas peur ! Ouvrez,
ouvrez toutes grandes les portes au Christ, à sa puissance salvatrice. Ouvrez, ouvrez
les frontières des États, des systèmes politiques et économiques, ainsi que les
immenses domaines de la culture, du développement et de la civilisation. N'ayez pas
peur ! » Le défi d’être nous-mêmes les « architectes de l’Afrique que nous voulons »
passe, en définitive, par l’ouverture des horizons d’espérance pour notre
accomplissement en tant qu’humains et en tant qu’enfants de Dieu », appelés à la
nouveauté de l’Évangile qui libère de tout mal (Cf. Instrumentum Laboris, Octobre
2023).
L’espérance chrétienne ne peut être confondue avec une simple vue de l’esprit
sans aucune prise sur la réalité humaine concrète. Elle est un engagement, une
présence active, au nom du Seigneur Jésus, auprès de ceux qui souffrent, ceux qui
subissent des injustices, ceux qui sont laissés au bord de la route par les puissants de ce
monde. À la suite du Christ, l’Église d’Afrique et de Madagascar doit faire sienne
l’option préférentielle pour les pauvres prônée par son Maître. « Prêcher à temps et à
contretemps » (2 Tim 4, 2), à la manière de Saint Paul, c’est cultiver l’audace d’une
parole qui bouscule et dérange ce monde. Le Pape Saint Jean Paul II n’avait pas hésité
à affirmer qu’« un signe de contradiction » pourrait être « une définition distinctive du
Christ et de son Église ». « Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups »
(Mt.10,16), prévenait ainsi Jésus ses disciples, mais, dans le même temps, en
adjoignant cette parole qui rassure : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la
fin du monde » (Mt. 28, 20). Donc, malgré les difficultés de la mission, la présence de
Jésus est une source d’espérance pour « une Église en sortie », selon le mot du Pape
François, constituée de chrétiens engagés dans la construction d’un monde nouveau,
du ciel nouveau et de la terre nouvelle qui nous a été promise. Il s’agit de chrétiens qui
2
transforment l’humanité pour qu’elle devienne Famille de Dieu et pour qu’elle habite
le Royaume de Dieu.
Le 15 juin dernier, a été béatifié à Rome, un jeune laïc Congolais Floribert
Bwana Chui assassiné en 2007 à Goma pour avoir refusé de laisser entrer des denrées
alimentaires avariées en échange d’un pot-de-vin. Le Pape François a rendu hommage
a ce jeune reconnu comme « martyr de l’honnêteté et de l’intégrité morale ». Nous
encourageons notre jeunesse africaine à être témoin des valeurs évangéliques.
Le Document de Kampala appelait de ses vœux l’invention d’une Afrique
nouvelle, « celle des baptisés qui sont conscients que leur vocation, liée à leur
identité, est de s’attacher à la Personne de Jésus Christ, de demeurer en lui, de
se laisser transformer par l’Esprit Saint dans l’amour du Père et de travailler pour
que le règne de Dieu s’étende davantage au cœur des sociétés africaines (n. 131).
2. Le Christ, source de Réconciliation et de Paix
Les tensions inter-ethniques ou inter-étatiques dans plusieurs régions africaines
n’ont d’autre conséquence qu’un appauvrissement humain, engendrant lui-même
d’autres appauvrissements qui paralysent l’ensemble du continent. Personne ne sort
gagnant dans un conflit, quelle qu’en soit la nature. La réconciliation, le pardon et la
paix sont des éléments essentiels pour le développement dans toutes les dimensions de
la vie humaine. « Au nom du Christ, insiste Saint Paul, nous vous le demandons,
laissez-vous réconcilier avec Dieu. Celui qui n'a pas connu le péché, Dieu l'a pour
nous identifié au péché des hommes, afin que, grâce à lui, nous soyons identifiés à la
justice de Dieu ». (2 Co, 5, 20-21). La réconciliation entre les hommes, bien plus entre
les chrétiens, doit trouver son fondement dans la réconciliation de Dieu avec
l’humanité tout entière dans le Seigneur Jésus.
Nous, vos Pasteurs, estimons que notre mission, au nom du Seigneur Jésus-
Christ, est d’appeler à la réconciliation et au pardon de tous les baptisés en conflit pour
que l’harmonie, le vivre ensemble instaurés par l’acte salvifique du Christ devienne un
choix de vie pour tous.
La réconciliation et la paix « sont un chemin d’espérance » dans le sens où elles
dévoilent la vraie nature de l’homme en sa qualité intrinsèque d’un être ouvert aux
autres. La proclamation de ce message d’espérance est d’autant plus pressant, quand
on sait, hélas ! la persistance des situations où « tant d’hommes et de femmes,
d’enfants et de personnes âgées, sont bafoués dans leur dignité, leur intégrité physique,
leur liberté, y compris religieuse, privés de la solidarité communautaire, de l’espérance
en l’avenir. De nombreuses victimes innocentes portent sur elles le supplice de
3
l’humiliation et de l’exclusion, du deuil et de l’injustice, voire même les traumatismes
d’une persécution systématique contre leur peuple et leurs proches.1
La paix entre les filles et fils de l’Église d’Afrique et des Îles, baptisés du
Christ, doit être sans compromission et sans contrepartie. Elle doit s’enraciner dans la
gratuité du don de Dieu dans le Christ par l’Esprit Saint. « Je vous laisse la paix, je
vous donne ma paix. Je ne vous donne pas comme le monde donne » (Jn. 14, 27),
disait Jésus. C’est dans ce sens que le Pape Léon XIV le jour de son élection, affirmait
solennellement : « C’est la paix du Christ ressuscité, une paix désarmante, humble et
persévérante. Elle vient de Dieu, de Dieu qui nous aime tous inconditionnellement ».
L’Église témoin de la souffrance du peuple dans les zones en conflits armés
doit s’engager d’une manière plus vigoureuse en termes de sensibilisation et d’action
concrète pour la paix. L’éducation à la paix des jeunes générations doit faire partie de
ses priorités, afin que tout homme, toute femme d’Afrique et de Madagascar soit un
relais de la Paix de Dieu dans le Seigneur Jésus. Nous saisissons cette occasion pour
nous adresser à tous nos leaders politiques pour qu’ils aient à cœur le souci des
peuples qu’ils gouvernent, qu’ils protègent les plus faibles et promeuvent le dialogue
et un mieux vivre ensemble.
Le Pape Saint Paul VI, dans son Encyclique Populorum Progressio (1967)
lançait ce message qui demeure d’actualité pour notre continent : « Le développement
est le nouveau nom de la paix ». Autrement dit, la paix est une condition sine qua non
pour l’émergence d’un environnement sain, seul capable d’assurer les fondamentaux
du progrès social e économique. Mais cette paix qui ouvre au développement ne peut
être véritable que reliée à sa Source qu’est le Christ. Avec Saint Paul, forts de notre
mission prophétique, nous n’aurons de cesse de souhaiter à notre continent : « Que la
paix et la charité avec la foi soient données aux frères de la part de Dieu le Père et du
Seigneur Jésus-Christ! » (Ep. 6, 23).
3. Marcher ensemble comme Église-Famille de Dieu.
Le message que le SCEAM entend placer dans les cœurs des filles et fils
d’Afrique et de Madagascar, en sa 20ème Assemblée Plénière, revêt une double
dimension : d’une part, raviver et vivre notre véritable identité en tant qu’Église-
Famille de Dieu ; Dieu comme notre Père, l’Église comme notre Mère, et les autres
comme nos frères et sœurs ; d’autre part, embrasser pleinement la grande mission de la
réconciliation.
1
Pape François, La paix, un chemin d’espérance : dialogue, réconciliation et conversion
écologique » : 1er janvier 2020, 53e Journée mondiale de la paix.
4
Parce que nous sommes humains, et que nous nous blessons souvent les uns les
autres, nous avons constamment besoin de guérir et de restaurer nos relations. La
réconciliation, puisant sa source dans le Christ, nous permet de réparer les liens brisés,
et à travers cette guérison, nous sommes appelés à vivre dans la justice et dans la paix.
Telle est la mission que nous lègue la deuxième Assemblée Spéciale pour l’Afrique
du Synode des Évêques : « Le visage de l’évangélisation prend aujourd’hui le nom de
réconciliation, condition indispensable pour instaurer en Afrique des rapports de
justice entre les hommes et pour construire une paix équitable et durable dans le
respect de chaque individu et de tous les peuples ; une paix qui s’ouvre à l’apport de
toutes les personnes d bonne volonté au-delà des appartenances religieuses, ethniques,
linguistiques, culturelles et sociales respectives ». (Africae Munus, n. 174)
Marcher et vivre comme une Église-Famille de Dieu, c’est être en juste relation
avec Dieu et les uns avec les autres. Cela signifie reconnaître Dieu comme notre Père,
l’Église comme notre Mère, et nous-mêmes comme frères et sœurs. Cette image nous
engage à vivre une vie de communion, d’amour et de responsabilité mutuelle.
Le Christ nous envoie aujourd’hui en mission : renouveler notre compréhension
et notre pratique d’être une Famille de Dieu, et servir nos communautés et notre
continent avec l’Évangile de la réconciliation, de la justice et de la paix.
Dans le Document de Kampala en 2019, nous disions, dans la même optique,
que « L’Église est une famille de personnes unies par la vie, l’acceptation mutuelle,
l’amour, l’engagement, la célébration de la foi, le pardon, la joie et le partage. Elle est
une communauté de construction de la justice, de la paix, de la solidarité et de la
fraternité vécue en parole et en acte. ». Ainsi comprise, l’Église-Famille de Dieu
devient un véritable lieu de gestation et d’éclosion de l’espérance, de la réconciliation
et de la paix.
Conclusion
En cette année jubilaire, nous rappelons que la mission fondamentale de tous les
baptisés est d’être des messagers et des bâtisseurs de l’espérance. C’est ainsi que
l’Eglise-Famille de Dieu qui est en Afrique et dans les Îles propose une vision pour les
25 prochaines années ; une vision qui s’enracine dans le Christ notre Espérance et
s’articule autour de 12 piliers, à savoir : évangélisation – auto-prise en charge –
modèle familial de gouvernance – formation à la synodalité et à l’engagement
missionnaire – sauvegarde de la création- jeunesse et renouveau de l’Eglise – justice,
paix et développement humain intégral – œcuménisme et dialogue interreligieux -
Mission dans l’environnement numérique - Santé du peuple de Dieu - vie liturgique de
l’Eglise en Afrique - Eglise et la politique.
Que la Vierge Marie, Notre Dame d’Afrique, accompagne l’Église de notre continent
afin qu’elle témoigne de Jésus Paix et Espérance.
5
6