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Parc Ifrane

Ce mémoire de fin d'études de l'Institut Agro Rennes-Angers explore les impacts sociaux, politiques et économiques des dégâts causés par les singes magots sur l'agriculture dans le Parc National d'Ifrane. Il comprend une revue de littérature, des analyses sociologiques et économiques, ainsi que des recommandations pour gérer les conflits entre l'homme et la faune. Le travail met en lumière les perceptions des producteurs de cerises et les stratégies mises en place pour faire face à ces défis.

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Parc Ifrane

Ce mémoire de fin d'études de l'Institut Agro Rennes-Angers explore les impacts sociaux, politiques et économiques des dégâts causés par les singes magots sur l'agriculture dans le Parc National d'Ifrane. Il comprend une revue de littérature, des analyses sociologiques et économiques, ainsi que des recommandations pour gérer les conflits entre l'homme et la faune. Le travail met en lumière les perceptions des producteurs de cerises et les stratégies mises en place pour faire face à ces défis.

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L’Institut Agro Rennes-Angers

☐ Site d’Angers ☒ Site de Rennes

Année universitaire : 2023-2024 Mémoire de fin d’études


Spécialité : ☐ d'ingénieur de l’Institut Agro Rennes-Angers (lnstitut national d'enseignement
supérieur pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement)
Transition Environnement Agriculture Milieux
☒ de master de l’Institut Agro Rennes-Angers (lnstitut national d'enseignement
(TEAM)
supérieur pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement)
Spécialisation : Génie de l’Environnement ☐ de l’Institut Agro Montpellier (étudiant arrivé en M2)

☐ d’un autre établissement (étudiant arrivé en M2)

Caractérisation sociale, politique et économique des


enjeux relatifs aux dégâts causés par les singes
magots à l’agriculture dans le Parc National d’Ifrane
Par : Privas WIDA KIDIHOUNTA SIMEKOUA

Soutenu à Rennes le 04/11/2024

Devant le jury composé de :


Président : Gaëlle Simon Membre de jury extérieur :
Maître de stage : Philippe Boudes Pascaline Le Gouar
Enseignant référent : Catherine Darrot

Les analyses et les conclusions de ce travail d'étudiant n'engagent que la responsabilité de son auteur et non celle de l’Institut Agro Rennes-Angers

Ce document est soumis aux conditions d’utilisation «Paternité-Pas d'Utilisation Commerciale-Pas de


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1
Table des matières
Introduction ............................................................................................................ 9
Présentation de la zone d’étude ............................................................................... 13
Partie 1. Revue de littérature .................................................................................. 16
1. Le macaque de barbarie qu’est-ce que c’est ? .................................................... 16
1.1 Alimentation du magot ............................................................................. 16
1.2 Population ............................................................................................... 18
1.3 Habitat .................................................................................................... 19
1.4 Conclusion partielle .................................................................................. 20
2. Cadre de référence .......................................................................................... 22
2.1 Les relations Humains/Animaux ................................................................ 22
2.2 Les acteurs et leurs perceptions de la faune sauvage .................................... 22
2.3 Les conflits homme-faune (CHF) ............................................................... 23
2.3.1 Définitions ........................................................................................ 23
2.3.2 Etudes de cas régionaux : les facteurs explicatifs des CHF à travers le
monde……………. .......................................................................................... 23
2.4 Stratégies proposées pour faire face aux conflits homme-faune .................... 23
2.5 Conclusion partielle .................................................................................. 25
3. Cadre conceptuel............................................................................................. 27
3.1 La sociologie de la traduction .................................................................... 27
3.1.1 En quoi consiste la sociologie de la traduction ? ................................... 27
3.2 La sociologie compréhensive ..................................................................... 29
3.2.1 Les Concepts Clés .............................................................................. 29
Partie 2. Méthodes ................................................................................................. 30
4. Approche sociologique : Perception des dégâts et modes d’organisation .............. 30
5. La phase de terrain : Echantillonnage et Collecte de données ............................. 31
5.1 Phase exploratoire .................................................................................... 31
5.2 Échantillonnage ....................................................................................... 31
5.3 Structuration de l'interview ...................................................................... 32
6. Analyse sociologique : Perception des dégâts et modes d’organisation.......... 33
6.1.1 Perception des dégâts ......................................................................... 33

2
6.1.2 Analyse des modes d’organisations des producteurs de cerises face aux
dégâts…… ...................................................................................................... 35
7. Approche économique ..................................................................................... 35
7.1 Estimation des dégâts de magots dans les vergers de cerises......................... 35
7.2 Estimation des dégâts à partir des données éthologiques.............................. 36
7.3 Estimation des dégâts causés par les magots à l’aide de la méthode de
comptage............................................................................................................ 37
Partie 3. Résultats .................................................................................................. 42
8. Résultats de l’approche sociologique ................................................................. 42
8.1 Caractéristiques socio-économiques des répondants .................................... 42
8.2 Description des systèmes de production de cerises ....................................... 44
8.3 Les dégâts des magots : perceptions des producteurs de cerises .................... 46
8.3.1 A quel rythme les magots investissent-ils les vergers ? .......................... 46
8.3.2 Le nombre de magots par incursions ................................................... 48
8.3.3 Les causes des incursions de magots selon les producteurs de cerises ..... 50
8.3.4 Comportement des magots dans les vergers ......................................... 52
8.4 Les mesures entreprises : Classement en sous-groupes, concernant le rapport
aux singes selon discours, mode d’action et impact dans les vergers ........................ 54
8.5 Analyse croisée : quels profils socio-économiques dans chaque sous-groupe .. 59
8.6 Conclusion partielle .................................................................................. 62
8.6.1 Perception des macaques de barbarie : entre cohabitation et rejet ......... 62
8.6.2 Mesures de protection : individuelles vs collectives ............................... 63
8.6.3 Impact des incursions et distance à la forêt .......................................... 63
8.6.4 Facteurs socio-économiques et choix de stratégies ................................ 64
8.7 Modes d’organisations et rapport aux acteurs institutionnels pour les sous-
groupes les plus organisés collectivement .............................................................. 64
8.7.1 Les modes d’organisations des producteurs de cerises face en réponse au
conflit Homme-Magot ...................................................................................... 64
8.7.2 Rapport aux acteurs institutionnels pour les sous-groupes organisés
collectivement ................................................................................................. 67
9. Résultats de l’approche économique ................................................................. 70
9.1 Estimation des dégâts à partir des données éthologiques.............................. 70
9.2 Estimation des dégâts causés par les magots à l’aide de la méthode de
comptage............................................................................................................ 71

3
9.2.1 Résultats de l’estimation par méthode de comptage ............................. 76
Partie 4. Discussion ................................................................................................ 79
Conclusion ............................................................................................................. 85
Recommandations .................................................................................................. 87
Références bibliographiques ................................................................................... 89
Annexe .................................................................................................................. 95

4
Remerciements
Je tiens à exprimer ma profonde gratitude envers Catherine Darrot, pour votre expertise et vos
précieuses orientations qui ont guidé ma réflexion et m’ont permis d’affiner mes analyses. Au-
delà de votre apport d’encadrant, je tiens à vous remercier pour votre cœur de mère, qui m'a
permis de surmonter toutes les difficultés.

Je remercie également à exprimer ma reconnaissance à Philippe Boudes, Gaëlle Simon, Hind


Ftouhi, pour vos conseils méthodologiques et votre suivi rigoureux. Votre regard attentif sur
chaque étape du travail a grandement enrichi ce projet et m'a permis de surmonter les défis
rencontrés.

Je souhaite remercier chaleureusement Pascaline Le Gouar et Nelly Menard, de l'équipe


d'écologie du projet COHUMAG, pour leurs précieux conseils et les données éthologiques
partagées, qui ont été essentiels pour approfondir l'analyse de la dimension écologique de ce
travail.

Je tiens également à remercier mes co-stagiaires, Noé Daniel Nguyen, Héloïse Vaganay, Juliette
Menier, Lucie De Wever, Alys Blanc et à Alice Pallot (photographe du projet COHUMAG)
pour leur soutien, leur camaraderie et les nombreux échanges constructifs que nous avons
partagés tout au long de ce stage. Votre esprit de collaboration, vos idées et votre bonne humeur
ont rendu cette expérience d’autant plus enrichissante et agréable.

Mes plus sincères remerciements à mes traducteurs Safae Wahi, Fatimazara Lafryakh, et Salma
Chidali pour leur aide précieuse dans la traduction lors des entretiens réalisés dans le cadre de
cette recherche. Une mention spéciale à Hamza Wahi qui, au-delà de la traduction, a fait preuve
d'une endurance remarquable en arpentant sous le soleil et la pluie les vergers de cerises, bravant
même les épines.

Un grand merci aux producteurs de cerises qui, en plus de leurs savoureuses productions, m'ont
offert un accueil des plus chaleureux et de délicieuses pauses gourmandes lors de nos entretiens.
Je crois que je suis devenu un véritable expert en dégustation de thé grâce à eux !

Je tiens enfin à exprimer ma profonde gratitude à l'Agence Nationale des Eaux et Forêts
(ANEF), au Parc National d'Ifrane, et à la Direction Provinciale de l’Agriculture, pour leur
appui précieux lors de cette étude. Votre collaboration et vos informations ont été essentielles
pour mieux comprendre les enjeux environnementaux et la gestion des ressources dans cette
région.

5
Liste des abréviations
ANEF : Agence Nationale des Eaux et Forêts

IFAW: International Fund for Animal Welfare

PNI: Parc National d’Ifrane

PMV: Plan Maroc Vert

DPA : Direction Provinciale de l’Agriculture

UICN ou IUCN : Union Internationale pour la Conservation de la Nature

WWF: Worldwide Fund for Nature (Fonds Mondial pour la nature)

ESO : Espaces et Sociétés

UMR : Unité Mixte de Recherche

ECOBIO : Ecosystèmes, Biodiversité, Evolution

COHUMAG : Comprendre les normes de réaction spatiales des magots et des humains pour
construire des solutions nouvelles pour une coexistence durable

6
Liste des figures
Figure 1: Carte de la zone d'étude ............................................................................... 15
Figure 2 : Régimes alimentaires mensuels, et régime moyen sur tous les mois dans chaque site
............................................................................................................................. 17
Figure 3 : Temps d’alimentation consacrés aux principales catégories alimentaires qui
contribuent à l'alimentation du groupe des magots dans le site touristique des cascades
d’Ouzoud en 2007-2012. ........................................................................................... 17
Figure 4 : Méthode de réalisation des transects ............................................................. 39
Figure 5: Méthode de réalisation des quadrats .............................................................. 40
Figure 6: Rythme des incursions de magots selon les interviewés .................................... 47
Figure 7: Parcelle de A1 ............................................................................................ 49
Figure 8: Parcelle de A12 .......................................................................................... 50
Figure 9: Carte des sources et dégâts des magots .......................................................... 52
Figure 10: L'idéal type : le naturaliste ......................................................................... 56
Figure 11: L'idéal type :la sentinelle des vergers ........................................................ 57
Figure 12: L'idéal type : le résigné ............................................................................. 58
Figure 13: L'idéal type : L'hyperbolique ..................................................................... 58
Figure 14: Acteurs et représentations sociales du magot ................................................. 68
Figure 15: Transect réalisé n°1 sur la parcelle située à 350°N 33°16'22''N 5°21'4''O ........... 71
Figure 16: Transect n°2 réalisé sur la parcelle située à 350°N 33°16'22''N 5°21'4''O ........... 72
Figure 17: Transect n°3 réalisé sur la parcelle située à 350°N 33°16'22''N 5°21'4''O ........... 72
Figure 18: Transect n°1 réalisé sur la parcelle située à 33°15'44''N 5°21'29''O ................... 73
Figure 19: Transect n°2 réalisé sur la parcelle située à 33°15'44''N 5°21'29''O ................... 74
Figure 20: Transect n°3 réalisé sur la parcelle située à 33°15'44''N 5°21'29''O ................... 74

7
Liste des tableaux
Tableau 1: Actions collectives : identification des acteurs et de leurs rôles ........................ 28
Tableau 2: récapitulatif des du nombre d'entretiens ....................................................... 32
Tableau 3: Structuration des interviews ....................................................................... 32
Tableau 4: Critères d'attribution du score de vulnérabilité des parcelles ............................ 34
Tableau 5: Les variables utilisées pour la construction des idéaux types ........................... 34
Tableau 6: Facteurs de classification des producteurs de cerises dans les différents idéaux-
types ...................................................................................................................... 35
Tableau 7: Caractéristiques et localisation des parcelles ................................................. 38
Tableau 8: Caractéristiques socio-économiques des interviewés ...................................... 42
Tableau 9: Caractéristiques des systèmes de production ................................................. 44
Tableau 10: Répartition des idéaux-types ..................................................................... 55
Tableau 11: Caractéristiques socio-économiques et systèmes de production des idéaux types
............................................................................................................................. 60
Tableau 12: Modes d'organisations collectives .............................................................. 65
Tableau 13: Estimation des dégâts à l’aide de la méthode de comptage ............................ 76

Liste des photos


Photo 1: Cassure de branches de cerisiers .................................................................... 53
Photo 2: Moissonneur grimpant un cerisier .................................................................. 54

Liste des annexes


Annexe 1: Attribution des scores aux producteurs de cerises ........................................... 95
Annexe 2: degré d'impact des parcelles étudiées pour l'analyse économique ..................... 95
Annexe 3: Grille d'entretien ....................................................................................... 96
Annexe 4: Carte des parcelles P1 et P5 .......................................................................101
Annexe 5: Carte des parcelles P2 et P4 .......................................................................102
Annexe 6: Carte des parcelles P3 ..............................................................................103

8
Introduction
Depuis les années 1990, le Maroc a développé des stratégies nationales pour répondre aux défis
environnementaux et de biodiversité, tels que le Plan Directeur des Aires Protégées, le Plan
d’Action pour l’Environnement et le Plan d’action pour la Lutte contre la désertification
(Direction Régionale des Eaux et Forêts du Moyen Atlas, 2007). La création du Parc National
d’Ifrane (PNI), qui conserve un patrimoine forestier et biologique précieux, illustre
l’application de ces stratégies (Direction Régionale des Eaux et Forêts du Moyen Atlas, 2007).
Situé dans le moyen atlas, région Fès-Meknès, plus précisément dans la province d’Ifrane, le
PNI regorge de ressources naturelles telles que la plus grande cédraie au monde ou encore le
singe magot.

Dans son plan d’action et d’aménagement, le Parc National d’Ifrane réaffirme les 3 objectifs
qui lui sont assignés à sa création en 2004, à savoir (1) la conservation de la biodiversité et des
écosystèmes, (2) l’éducation à l’environnement et l’écotourisme et (3) le développement
durable des systèmes de production liés à la valorisation des ressources naturelles. Pour
atteindre le premier objectif du plan d’action du parc, il est essentiel de protéger sa faune et sa
flore, incluant certaines espèces menacées d’extinction.

C’est le cas du macacus sylvanus ou "Magot" ou "Macaque de barbarie", seul macaque


vivant en Afrique (IMS Nature, 2021). Depuis 2008, il figure sur la Liste Rouge des espèces
menacées de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (IUCN, 2016). C'est une
espèce indicatrice qui peut être utilisée comme indicateur du bon état de la forêt (Baazzi, 2009).
En effet, selon Margarita Astrálaga, directrice du Centre de Coopération pour la Méditerranée,
“Les macaques sont essentiels pour la dispersion des graines dans la forêt. Sans eux la
composition même de la forêt changerait de manière nette. Sa disparition pourrait également
affecter la situation économique du Maroc puisqu’ils attirent un grand nombre de touristes
chaque année” (UICN, 2009). La survie de ce bioindicateur est menacée par la combinaison de
plusieurs facteurs dont la dégradation de son habitat (surpâturage, sècheresse...), le
braconnage et les conflits avec les populations locales (El Alami,2016).

Les activités humaines sont connues pour être la principale cause directe de perte de
biodiversité, notamment à travers la destruction des habitats, due principalement à la
conversion d’habitats vierges et au changement d’utilisation des terres pour l’agriculture
industrielle (WWF, 2020). La situation du magot dans le PNI en est un exemple frappant avec

9
un impact de l’élevage sur les forêts, habitat des singes, et une agriculture comme source
importante de revenus des agriculteurs de la province.

En effet, l’élevage ovin sur parcours constitue la principale ressource économique de la


population de la province d’Ifrane (Monographie 2024). Jadis terre d’élevage transhumant, la
province a connu ces dernières années une profonde mutation vers la sédentarisation. D’après
(Hassani, 2021), cette reconversion est le résultat d’une combinaison de facteurs internes et
externes. Au niveau local, la croissance démographique de la population rurale s’élevant à 74%
soit 248 nouveau foyer/an et la mise en culture des terres préalablement destinés aux parcours
a induit une rupture des pactes d’échange de parcours existant entre les différentes tribus de la
région. Parallèlement, à l’échelle nationale, la réduction de l’espace pastoral due à la
réappropriation par l’Etat marocain et le secteur privé, ainsi que le désengagement du ministère
de l’intérieur de son rôle de gestionnaire des terres collectives, ont accentué cette tendance de
sédentarisation.

Aussi, l’alimentation du bétail provient principalement des parcours et des forêts (habitat du
magot). Cette diète a favorisé la dégradation de la végétation. Comme le souligne El Amiri,
(2006), dans le Moyen Atlas, « la devise de l’éleveur est de « tirer le maximum du parcours » :
profiter au maximum de l’herbe gratuite avec des effectifs (cheptel) qui augmentent sans cesse,
sans souci pour le devenir de ce patrimoine ».

Ainsi, cette sédentarisation a engendré une surexploitation des ressources forestières


indispensables à la survie du macaque de barbarie.

La dégradation de l’habitat du magot, due à l’intensification de l’élevage, est exacerbée par les
effets du changement climatique, notamment les épisodes de sécheresse de plus en plus
fréquents et intenses qui affectent l’ensemble du Maroc. La fréquence de sècheresse a
quasiment doublé ces cinq dernières décennies, passant d’une sécheresse par décennie dans les
années 50-60 à deux ou trois par décennie actuellement (Agoumi et Debbarh, 2006).

Cette dégradation des forêts pourrait expliquer les récentes incursions des magots dans les
exploitations agricoles limitrophes du PNI, à la recherche de ressources alimentaires. En effet,
dans le moyen Atlas, où se situe le PNI, les terres adjacentes aux forêts sont de plus en plus
converties en terres agricoles (Kouba et al., 2018). Ces exploitations sont le plus souvent des
vergers de cerises.

10
La province d’Ifrane est le principal producteur de fruits à noyau au Maroc, avec 7 millions de
plants de rosacées fruitières soit 65% de la production nationale (Monographie, 2020). Bien
que l’arboriculture ait toujours été présente dans la province, elle a connu un essor considérable
depuis 2008, grâce aux politiques agricoles mises en œuvre dans le cadre du Plan Maroc Vert
(PMV).

Première stratégie agricole du Royaume, le PMV a été guidée par les principes d'efficience
économique, d'équité sociale et de conservation des ressources naturelles. Ce plan a priorisé
l'intensification de la production et des investissements, utilisant des outils spécifiquement
adaptés aux différentes filières, zones géographiques et types d'exploitations (Ministère de
l’Agriculture, 2024). Le PMV a ainsi permis à certains producteurs de se reconvertir vers une
arboriculture fruitière avec plus de 12 millions d’arbres plantées par an, entre 2008 et 2018, soit
l’équivalent de 450 000 Ha.

Le bilan du PMV réalisé en 2020 fait état d’une nette amélioration de l’emploi agricole à la fois
qualitative et quantitative avec la création de près de 50 millions de journées de travail
additionnelles. De même, le revenu des travailleurs agricoles a progressé grâce à l’amélioration
de la productivité du travail, du nombre de jours travaillés par emploi agricole et du salaire
journalier. Aussi, la sécurité alimentaire a été renforcée, plaçant le Maroc parmi les premiers
pays de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord en matière de taux de couverture des besoins
alimentaires (Ministère de l’Agriculture, de la Pêche Maritime, du Développement Rural et des
and Eaux et Forêts, 2020).

Les incursions de magots dans les vergers qui jouxtent le PNI pourraient mettre en péril ces
acquis du PMV. De plus, les magots peuvent être perçus comme des nuisibles lorsqu’ils
s’aventurent dans les zones agricoles pour chercher de la nourriture, engendrant des dégâts dans
ces exploitations. Ces dégâts pourraient impacter le revenu des producteurs agricoles, ce qui
peut entraîner des actions de représailles, mettant ainsi en péril le plan de conservation du magot
mis en place par le PNI.

C’est dans ce contexte que le projet COHUMAG a été lancé. Co-porté par l’UMR ESO de
l’Institut Agro Rennes-Angers, l’UMR Ecobio de l’université de Rennes et le PNI à travers
l’Agence National des Eaux et Forêts du Maroc, le projet a pour dessein la compréhension des
normes de réaction spatiales des magots et des humains pour construire des solutions nouvelles
pour une coexistence durable. A terme, il proposera un portefeuille de politiques
économiquement et socialement acceptables pour l’humain et le macaque de Barbarie, basé sur

11
un diagnostic des contraintes socio-économiques et des besoins écologiques du macaque de
Barbarie et utilisant une approche interdisciplinaire mêlant écologie et sociologie.

Notre étude s’inscrit dans le volet sociologique du projet COHUMAG. Plus précisément, nous
nous intéressons aux conflits entre les producteurs de cerisiers et le magot dans les zones
agricoles qui jouxtent la cédraie du Parc National d’Ifrane. Nous nous penchons sur ce conflit
car, pour assurer efficacement la conservation des magots, il est crucial de bien comprendre les
facteurs humains qui déterminent leur survie (El Alami, 2016).

La revue de littérature que nous avons réalisée et que nous présentons ci-après montre
l’importance de la prise en compte des perceptions des acteurs vis-à-vis de l’espèce en général
mais aussi des dégâts qu’elle occasionne. Nous n’avons pas connaissance d’une étude ayant
pris en compte ces deux aspects du problème dans notre zone d’étude. De ce fait, il s’est avéré
nécessaire de les traiter afin de proposer des recommandations aux autorités du PNI pour qu’ils
soient mieux outiller dans le cadre de la conservation du magot. Ainsi nous tenterons de
répondre à la question suivante :

Question : Comment concilier la conservation du magot et les intérêts des producteurs de


cerises jouxtant le Parc National d’Ifrane ?

Pour répondre à notre question principale nous l’avons décliné en cinq sous-questions :

- Comment les producteurs de cerises perçoivent-ils les dégâts des magots dans leurs
vergers et quels sont les grands axes permettant de synthétiser ces perceptions ?
- Quelles sont les mesures entreprises par les producteurs de cerises pour gérer le conflit
humain-magot ?
- Comment les producteurs de cerises s’organisent-ils pour se protéger des incursions des
magots dans leurs vergers ?
- Comment estimer les dégâts causés par les singes dans les vergers ?
- Quelles solutions pouvons-nous proposer pour gérer le conflit ?

Afin d’apporter des éléments de réponses à ces sous questions nous avons émis les hypothèses
suivantes :

- Il n’existerait pas de corrélation entre l’intensité des dégâts et le portage public du conflit
homme-magot.
- La possibilité de bâtir des solutions dépend de la capacité à trouver un consensus entre
deux représentations sociales du singe : protégé et nuisible.

12
- L’intensité des dégâts dans les vergers dépend 1) de la présence d’un point d’eau
susceptible d’attirer les singes, 2) de la présence d’un gardien, 3) de la distance entre le
verger et la forêt.

Ce mémoire est structuré comme suit : après une présentation du site d'étude, nous effectuerons
une revue de la littérature existante. Les méthodes utilisées seront ensuite détaillées, suivies de
la présentation et de la discussion des résultats. Nous conclurons en formulant des
recommandations.

Présentation de la zone d’étude


Les premières phases du projet COHUMAG ont déterminé des zones de conflits entre le singe
magot et l’humain. Ces zones agricoles à la lisière de la forêt sont le plus souvent des vergers
de cerisiers. Des incursions de magots dans les vergers ont été ainsi constaté dans les communes
rurales de Aïn Leuh et d’Oued Ifrane. Ces communes sont situées dans la province d’Ifrane,
région de Fès-Meknès. Notre étude a porté sur les villages de Aïn Leuh Centre (Village de Aïn
Leuh ) et de Zaouia d’Ifrane (village de Oued Ifrane).

Le choix des deux zones pour mener notre étude socio-économique s’explique par le portage
public du conflit par une association de cerisiers à Aïn Leuh. En effet, nous avons trouvé
intéressant de comparer ces deux communes pour comprendre les modes d’organisations des
producteurs de cerises face au conflit homme-magot.

 Caractéristiques agro-écologiques

Les communes rurales d'Aïn Leuh et d'Oued Ifrane, toutes deux situées dans la province d'Ifrane
et caractérisées par un relief montagneux, offrent des profils agronomiques et
environnementaux spécifiques.

Créée en 1960, Aïn Leuh s'étend sur 40 604 hectares et repose principalement sur une
agriculture irriguée par des séguias, des canaux traditionnels (appelés séguias) alimentés par
des sources naturelles. Les fruits, notamment les amandes, les pommes et les prunes, sont les
principales cultures, complétées par l'élevage ovin. Les forêts de chênes verts couvrent 6 783
hectares de la commune.

Plus récente, Oued Ifrane, créée en 1992, s'étend sur 38 371 hectares. Son agriculture est
davantage dépendante du pompage de l'eau des oueds et des lacs. Les pommiers et les oliviers

13
y sont cultivés en abondance, tandis que les forêts de sapins dominent le paysage sur 12 638
hectares.

Comme mentionné plus haut (Partie : introduction), la culture de cerise a connu un récent essor
à travers les politiques agricoles du gouvernement notamment le Plan Maroc Vert. Les vergers
de cerises sont les plus proches des habitats des magots cultivés sur des terres précédemment
destinés à d’autres cultures telles que les céréales (observation de terrain).

 Climat

La province d’Ifrane bénéficie d’un climat méditerranéen, où les conditions varient en fonction
de l’altitude et de l’exposition. Les zones montagneuses (Jbel) appartiennent à un étage
bioclimatique allant de l’humide au sub-humide, tandis que les plaines (Azaghar) relèvent d’un
climat semi-aride. Les précipitations annuelles diffèrent d’une station à l’autre, diminuant
généralement du nord vers le sud. Sur une période de 50 ans, les pluies annuelles dépassent
souvent 600 mm, avec des années exceptionnelles atteignant plus de 1 800 mm.

Les premières pluies apparaissent en septembre, et la période de fortes précipitations s’étend


d’octobre à mai pour les deux principales stations. À partir de mai, les pluies deviennent
sporadiques et accompagnées d’orages, parfois intenses, avec des épisodes de grêle.

La région est également affectée par des phénomènes climatiques tels que la grêle, le gel et le
chergui. Ces aléas causent des dégâts notables sur les cultures arboricoles, maraîchères et
céréalières. L’enneigement, généralement étalé sur cinq mois, varie de 0,2 m à 2 m, mais peut
dépasser 5 m lors d’années exceptionnelles. La grêle est fréquente entre avril et septembre,
coïncidant avec la maturité des cultures et fruits. Quant aux gelées, elles surviennent surtout au
printemps et en automne. Les gelées printanières sont particulièrement destructrices car elles
touchent la période de floraison, cruciale pour les cycles des principales cultures fruitières.

 Hydrographie

Le Moyen Atlas où se situe la Province d’Ifrane est considéré comme le château d’eau du
Royaume du Maroc. La province bénéficie de multiples cours d'eau et lacs naturels constituant
un atout majeur pour le développement des activités agricoles et d'élevage dans la région.
Alimentés par des sources, ces ressources en eau sont indispensables à la vie économique locale.
Cependant, les sécheresses récurrentes au Maroc, liées au changement climatique, exercent une
pression croissante sur les ressources en eau de la province d'Ifrane. Cette situation compromet
le fonctionnement des écosystèmes locaux, se traduisant par la diminution des débits des cours

14
d'eau et l'assèchement de certains lacs, avec des conséquences directes sur la biodiversité et les
activités humaines.

Figure 1: Carte de la zone d'étude

Source : réalisation personnelle, 2024

15
Partie 1. Revue de littérature

1. Le macaque de barbarie qu’est-ce que c’est ?


Le macaque de barbarie a son alimentation et son habitat de prédilection qu’il nous a fallu
comprendre afin de mieux appréhender le conflit qui l’oppose aux humains. C’est dans cette
optique, que nous avons parcouru les principales bases de données et publications disponibles
sur ces aspects de l’écologie du magot. Nous présenterons dans cette partie du mémoire l’état
de l’art sur la population, l’alimentation et l’habitat des macaques de barbarie.

1.1 Alimentation du magot


Les macaques de barbarie ont une alimentation éclectique qui leur permet de s’adapter en
fonction du temps et de l’espace. Au Maroc, dans un milieu anthropisé, de juin à août, ils
consomment en majorité des produits de l'agriculture, qui composent 45% à 79% de leur
alimentation, alors que les mois de mai, octobre et novembre voient une prédominance de
plantes herbacées dans leur régime, allant jusqu'à 96% (Neves et al., 2023).

A contrario dans un habitat plus naturel, par exemple, dans une chênaie décidue en Algérie, le
magot est plutôt considéré comme un granivore-folivore qui consomme très peu de fruits. Au
mois d’avril et mai, ils consomment une importante quantité de proies animales (Ménard, 1985).

Le régime des macaques est également fonction du contact qu’ils ont avec les humains. Dans
le site touristique d’Ouzoud au Maroc, ils se nourrissent de plantes sauvages (44 % du temps
d’alimentation), de plantes cultivées (21 %), de plantes non-cultivées implantées par l’homme
- reboisements, ornementation, flore médicinale, anti-moustiques, etc. - (3 %), des aliments
donnés aux singes par les touristes (13 %) et de ceux recherchés dans les décharges d’ordures
(8 %) (El Alami and Chait, 2016a).

La disponibilité des ressources alimentaires varie également d’un milieu à l’autre. Les magots
s’y adaptent en modifiant leur préférence alimentaire d’un mois à l’autre. Au Maroc, le blé
prend la première place dans leur choix alimentaire en juillet, avant les cerises, et les noix sont
particulièrement appréciées en août et octobre. En Algérie, dans la chênaie décidue, le mois de
juillet est plutôt marqué par la recherche de ressources souterraines et les graines prennent le
dessus dans l'alimentation durant les mois d'octobre et novembre, ainsi qu'en juillet, août et
septembre. En revanche, les insectes sont le plus consommé en mai et juin à Akfadou (57% et
32%), et seulement en juin à Tigounatine (39%) (Ménard, 1985; Neves et al., 2023).

16
Les figures 1 et 2 illustrent respectivement la différence du régime alimentaire des macaques
de barbarie selon l’habitat dans lequel ils vivent et le temps d’alimentation consacrés aux
principales catégories alimentaires qui contribuent à l'alimentation du groupe des magots dans
le site touristique des cascades d’Ouzoud en 2007-2012.

Figure 2 : Régimes alimentaires mensuels, et régime moyen sur tous les mois dans chaque site

Source : (Neves et al., 2023)

Figure 3 : Temps d’alimentation consacrés aux principales catégories alimentaires qui


contribuent à l'alimentation du groupe des magots dans le site touristique des cascades
d’Ouzoud en 2007-2012.

Source : (El Alami and Chait, 2016a).

17
Même s’ils vivent dans un milieu dénaturé, les macaques vivant dans des milieux anthropisés
tels que les sites touristiques ou à l’interface des zones cultivées, bénéficient d'un
environnement moins contraignant saisonnièrement et d'une alimentation riche en fruits et
graines disponibles presque toute l'année, ce qui suggère que leur habitat n'est pas marginal
pour l'espèce et que leur population, en expansion, s'adapte bien à divers habitats. Cette situation
contraste avec celle de la plupart des autres populations de macaques, qui vivent dans des
conditions plus difficiles (Maibeche et al., 2015).

Néanmoins, les habitats utilisés par les éleveurs pour le pâturage ont un effet négatif sur la
qualité du régime alimentaire des magots. En surpâturant les milieux de vie des magots, les
éleveurs les privent de ressources herbacées aériennes qui représentent leur aliment de
prédilection (Ménard et al., 2014a).

Aussi, les macaques de Barbarie peuvent subir les effets négatifs de la vie urbaine, tels que
l'obésité due à la haute teneur énergétique de la nourriture anthropogénique, l'électrocution par
les fils électriques, et les dommages aux propriétés ainsi que le stress chez les résidents locaux
causés par le pillage des cultures et la fouille dans les ordures (Maibeche et al., 2015).

1.2 Population
Le Maroc compte le plus grand nombre de macaques de barbarie au monde, entre 65 à 75% de
la population mondiale. En 1975, on recensait 17 000 magots au Maroc (Taub 1975). Depuis
cette date, les populations de ces primates ont subi une régression importante. On estime la
population entre 5000 et 6000 têtes, vivant dans le Rif, le Moyen Atlas et le Haut Atlas (Alami
et al., 2013; Lavieren and Wich, 2010). Cette régression lui a valu de passer du statut d’espèce
vulnérable en 1986 à celui d’espèce en danger en 2008 dans la liste de l’UICN (Waters et al.,
2016b).

La régression du nombre de macaques a fait l’objet de plusieurs études au Maroc (Ciani et al.,
2005; Lavieren and Wich, 2010; Von Segesser F et al., 1999). Dans l'ensemble, la population
de cette espèce est estimée avoir diminué de plus de 50 % au cours des trois dernières
générations (24 ans). C’est pour cette raison qu’elle est classée comme espèce en danger selon
le critère A2bcd. Le statut de cette espèce varie selon les différentes parties de son aire de
répartition, mais dans l'ensemble, ce déclin devrait se poursuivre à l'avenir (Waters et al.,
2016b).

Au Maroc, la loi n° 29-05 relative à la protection des espèces de flore et de faune sauvages
interdit de tuer les macaques de Barbarie. Les sanctions pour la capture, le meurtre ou tout autre
18
acte portant atteinte à ces animaux incluent des amendes (jusqu’à 500 000 dirhams) et des
peines de prison (jusqu’à 5 ans) (Agence Nationale des Eaux et Forêts, 2022).

1.3 Habitat
Les macaques de barbarie vivent en groupe, avec une taille moyenne qui varie significativement
selon les régions : en Algérie, elle atteint 40 individus, alors qu'elle est de 62 dans la réserve de
Bouhachem et de seulement 25 dans le Moyen Atlas, toutes ces données étant relevées au Maroc
(Majolo et al., 2013; Ménard, 2003; Waters et al., 2016a) .

Les magots vivent généralement dans les forêts de cèdre et de chêne de haute altitude mais aussi
dans les garrigues côtières, les grottes et habitats souterrains (non aquatiques), et les zones
rocheuses (par exemple, falaises intérieures, sommets de montagne) (Waters et al., 2016b).
L'anthropisation croissante de ces milieux depuis quelques décennies, engendre une
fragmentation de l'habitat du magot (Ciani et al., 2005; van Lavieren, 2005).

Cette anthropisation comprend le pastoralisme et la coupe de bois facilitées par la corruption et


un « bricolage institutionnel imprévisible » (Coudel, 2015). Ici, l’auteur emploie l’expression
« bricolage institutionnel imprévisible » pour signifier que les règles qui régissent l’utilisation
de la cédraie sont souvent le produit de négociations et de compromis. Elles ne sont inscrites
dans des lois ou décrets, et profitent le plus souvent aux acteurs les plus puissants.

Fa (1991) souligne que la fragmentation de l'habitat entraîne une diminution des ressources
disponibles et une isolation des populations, ce qui peut conduire à une diminution de la
diversité génétique et à une vulnérabilité accrue aux maladies et aux catastrophes naturelles.

Les causes de la régression du nombre de macaques ont fait l’objet de plusieurs études (Von
Segesser F et al., 1999) (Ciani et al., 2005) (Lavieren and Wich, 2010). Une récente revue de
ces études (Alami et al., 2022), indique que le principal danger pour le magot réside dans la
détérioration et la destruction de ses milieux naturels. Les autres causes de la décroissance de
leur population seraient la fragmentation des habitats, l'exploitation et le trafic des macaques,
l'influence des activités humaines sur leur comportement et leur écologie, la réduction des
ressources en eau, ainsi que les risques liés aux maladies infectieuses (Alami et al., 2022). Pour
Lavieren et Wich (2010), la perte d'habitats induite par l'homme et la capture de jeunes pour le
commerce d'animaux de compagnie semblent être les deux principaux facteurs à l'origine du
déclin.

19
L'habitat disponible pour le macaque de Barbarie est également réduit par l'anthropisation
croissante, notamment en raison du surpâturage et de l'appropriation des ressources hydriques
par les communautés pastorales, limitant ainsi l'accès des primates aux points d'eau (Camperio
Ciani et al., 2003).

A ces pressions anthropiques s’ajoutent les effets du changement climatique notamment la


sécheresse qui affectent également les forêts du Moyen Atlas, habitat du macaque de barbarie
(Mhirit and Et-Tobi, 2010). La sécheresse, conséquence directe du changement climatique,
réduit considérablement les ressources en eau disponibles. Or, l'accès à l'eau est un facteur
crucial pour la survie de nombreuses espèces, y compris le macaque de Barbarie. La diminution
des points d'eau et le tarissement des cours d'eau limitent les zones habitables pour ces primates.

D’autre part, vivre dans un milieu agricole soumet les plus jeunes à d’importants risque de
mortalité. En Asie, les macaques résidant dans un environnement combinant forêt et plantation
de palmiers à huile affichent un taux de mortalité des jeunes très important, atteignant 57%.
L'exposition à des niveaux supérieurs à la moyenne aux zones de plantation réduit par trois la
probabilité de survie des jeunes. Les principales menaces pour ces macaques comprennent la
prédation, le braconnage, les conflits au sein du groupe (souvent dû au chevauchement de
l’habitat de différents groupes), ainsi que l'exposition aux pesticides utilisés en agriculture
(Holzner et al., 2024).

Dans le Moyen Atlas, il a été montré que la population de macaques ne variait pas en fonction
des caractéristiques de la végétation des zones forestières. Aussi, les activités humaines
apparaissaient comme le facteur principal contribuant à la diminution de leur population.
Aucune corrélation n'a été observée entre la densité des macaques et la configuration ou le
niveau de connectivité des zones forestières, ni avec leur altitude (Ménard et al., 2014b).

1.4 Conclusion partielle


En somme, la littérature sur l’écologie du macaque de Barbarie met en lumière la complexité
de ses interactions avec son environnement. Ce dernier qui subit différentes pressions tant
humaines que naturelles (sècheresse due au changement climatique) pourrait expliquer les
incursions du Macaca sylvanus dans les exploitations agricoles jouxtant la forêt.

En effet, les macaques de Barbarie sont des omnivores, et leur régime alimentaire s'adapte
fortement à la disponibilité des ressources dans leur environnement. Dans les zones où
l’agriculture est présente, notamment en période de carence en ressources naturelles, les
macaques se tournent vers les produits agricoles qui offrent des aliments riches en énergie, tels
20
que les fruits et les graines. Neves et al. (2023) ont montré que dans les milieux anthropisés, les
produits de l'agriculture peuvent représenter jusqu'à 79 % de leur alimentation pendant certains
mois. En revanche, durant les mois où les plantes herbacées sont abondantes, comme en mai ou
octobre, les macaques se nourrissent principalement de ressources naturelles. Cette dépendance
croissante aux ressources anthropogéniques pourrait expliquer pourquoi ces primates sont
attirés par les exploitations agricoles.

Par ailleurs, le déclin des ressources alimentaires disponibles dans les forêts naturelles, dû en
partie à la déforestation et au surpâturage, force les macaques à chercher de nouvelles sources
de nourriture (Ménard et al., 2014a). Ce phénomène est exacerbé par la sécheresse qui réduit à
la fois la ressource en eau disponible et les ressources alimentaires.

Aussi, L'interaction accrue avec les environnements anthropisés pose également des risques
pour les macaques. Dans les zones agricoles, ils peuvent être confrontés à des conflits directs
avec les agriculteurs, entraînant des comportements nuisibles tels que le braconnage ou
l'utilisation de moyens dissuasifs. En outre, les jeunes macaques sont exposés à une mortalité
accrue en raison de l'utilisation de pesticides et d'autres menaces liées à l'activité humaine
(Holzner et al., 2024).

En conclusion, l'incursion des macaques de Barbarie dans les exploitations agricoles est le
résultat d'une combinaison de facteurs écologiques et anthropogéniques. La dégradation de leur
habitat naturel, la disponibilité saisonnière des ressources, et l'attrait des cultures.

Ces récentes incursions ont mis en lumière l'urgence de trouver des solutions pour cohabiter
avec les magots, tant pour les écologues du projet COHUMAG que pour les agriculteurs qui
pensent qu’il est possible de les faire reculer dans la forêt. Il est important de rappeler que,
conformément à la loi n° 29-05, les agriculteurs doivent cohabiter avec les magots sans leur
porter atteinte, sous peine de sanctions pénales (Agence Nationale des Eaux et Forêts, 2022).

Ainsi, il est nécessaire de mettre en place des stratégies de conservation incluant la protection
des habitats naturels et la gestion des interactions homme-faune. De ce fait, il est essentiel de
comprendre les dynamiques socio-écologiques pour développer des solutions durables et
efficaces.

21
2. Cadre de référence
La thématique du conflit homme-faune a été abordée par plusieurs auteurs à travers le monde.
Dans un premier temps nous verrons comment la sociologie aborde la question des interactions
humains/animaux. Ensuite, nous présenterons les acteurs et leurs perceptions de la faune
sauvage dans un contexte de conflit. La dernière partie sera consacrée à des études de cas où
ces conflits sont récurrents.

2.1 Les relations Humains/Animaux


Le terme humains/animaux est le plus souvent utilisé pour faire référence aux diverses
interactions entre humains et animaux, qu'ils soient domestiques ou sauvages. Par exemple, des
chercheurs comme (Birke et al., 2007; Franklin, 2024) ont exploré comment la société perçoit
ces relations, notamment avec les animaux de compagnie et ceux vivant à l'état sauvage.

Les relations entre humains et animaux sont significatives, existent dans le cadre de problèmes
publics, influencent l'imaginaire social et peuvent être considérées comme des interactions à
part entière (Michalon, 2017).

La relation entre les humains et les animaux a souvent été traitée sous deux approches
sociologiques : la sociologie des animaux, qui s'intéresse aux comportements sociaux des
animaux entre eux, et la sociologie des relations humains/animaux, qui examine la coexistence
et l'interaction entre espèces différentes (Michalon et al., 2016).

Une illustration de la mobilisation de ces deux types de sociologie est l’étude de Nicolas
Claidière et Dominique Guillo qui explorent l'interaction quotidienne entre les macaques de
Barbarie et les touristes dans le Moyen Atlas marocain, révélant un apprentissage social
complexe chez les singes. Ces macaques ont acquis des compétences pour manipuler des objets
et développer des stratégies d'interaction pour obtenir nourriture et eau des humains, sans
contrainte physique, illustrant un double plan de sociabilité : intra et interspécifique. Ces
comportements, appris au contact des touristes, diffèrent des autres populations de macaques
qui évitent les humains, suggérant une coévolution culturelle entre les singes et les visiteurs
(Claidière and Guillo, 2016).

2.2 Les acteurs et leurs perceptions de la faune sauvage


L'évolution des perceptions d’une espèce est influencée par son expansion, les transformations
socio-économiques et l'apparition de nouveaux acteurs modifiant la vision des interactions entre
humains et nature (Udo et al., 2016).

22
La faune sauvage, lorsqu’elle interagit avec les activités humaines, est capable de créer des liens
sociaux entre différents acteurs. En effet, les conflits engendrés par les dégâts de cette faune
réorganisent la société en fonction de leur vision de la nature et de leurs intérêts. La division
entre les partisans et les opposants à la faune sauvage ne repose pas simplement sur une
opposition entre ceux qui aiment les animaux et ceux qui ne les aiment pas. La situation ne peut
être simplifiée en un affrontement entre les défenseurs des animaux sauvages et ceux des
animaux domestiques (Doré, 2011; Micoud, 2010).

L’étude sur les représentations sociales d’un animal envahissant souligne l'existence de
catégorisations complexes et contextuelles parmi les humains et les espèces, qui, tout en étant
adaptatives et interdépendantes, sont confrontées à des défis émergents, illustrant la fluidité et
la multifonctionnalité de leurs interactions et perceptions (Mougenot and Roussel, 2006).

Néanmoins, deux groupes se dessinent généralement autour de la question des dégâts causés
par la faune sauvage aux activités humaines. D’un côté les antagonistes, composés
d’autochtones issus du monde agricole et d’un autre, les naturalistes plutôt issus du milieu
urbain avec une vision de conservation de la nature (Mauz, 2002a). La production et la
protection d’un patrimoine culturel s’oppose à la production et la protection du sauvage
(Mounet, 2017).

Bien que la position idéale des animaux dans la société soit sujet à interprétation, un accord
général émerge sur leur rôle dans la structuration symbolique de l'espace, guidé par des critères
spatiaux et comportementaux, même si les animaux ne respectent pas toujours ces normes
humaines (Mauz, 2002b).

Aussi, au sein d’un même groupe des clivages peuvent également exister. Par exemple, la
légitimité d’un producteur à percevoir l’indemnité selon qu’il soit autochtone ou non divise
parfois les producteurs d’un même territoire (Mounet, 2017). La même étude note que les deux
groupes s’accusent mutuellement des causes des dégâts. La faune responsable des dégâts aurait
été introduite par les naturalistes ce qui remets en cause son caractère ‘’sauvage’’. Aussi, des
acteurs appartenant à deux groupes sociaux différents peuvent porter les mêmes rhétoriques.

2.3 Les conflits homme-faune (CHF)


2.4 Stratégies proposées pour faire face aux conflits homme-faune
D’après Hill (2000), les stratégies de gestion des conflits homme-faune mises en œuvre par les
populations locales sont susceptibles de fournir des informations précieuses sur leurs
perceptions des animaux sauvages. Ici, nous ne présenterons pas les moyens utilisés par les
23
populations locales pour gérer les CHF mais plutôt ceux proposés par les auteurs ayant travaillé
sur cette thématique. Nous partons du principe que les auteurs identifient les limites des
stratégies actuelles des populations locales pour proposer de nouvelles approches plus efficaces.

La mesure préconisée la plus courante est l’implication des populations locales dans les prises
de décisions concernant la gestion des conflits homme faunes. Cette approche est intéressante
car elle favorise l'acceptation des mesures prises car les populations locales se sentent
impliquées et respectées. De plus, elle permet de trouver des solutions plus durables car elles
sont coconstruites avec les populations locales, qui sont ainsi plus motivées à les mettre en
œuvre. Enfin, elle renforce le lien entre les communautés locales et les zones protégées
(Badaire, 2018; Moumbock et al., 2020; Moussavou, 2010).

Badaire (2018), souligne l'importance de comprendre à la fois les dimensions spatiales et


socioculturelles des conflits entre humains et faune sauvage afin de concevoir des stratégies de
gestion efficaces. En traitant ces facteurs, il est possible de réduire la fréquence et l'impact des
conflits et de promouvoir la coexistence entre les humains et la faune. Pour atténuer les CHF, il
propose de :

• Créer des zones tampons pour réduire les interactions directes entre la faune et les
activités humaines.

• Mettre en œuvre des programmes de conservation communautaire afin d'impliquer les


habitants dans la gestion de la faune sauvage.

• Développer des mécanismes de compensation pour les agriculteurs touchés afin de


soulager les pertes économiques.

• Promouvoir des moyens de subsistance alternatifs pour réduire la dépendance à


l'agriculture, susceptible d'être affectée par la faune sauvage.

Quant à Moumbock et al., (2020), ils proposent plusieurs mesures d'atténuation, telles que
l'installation de clôtures de protection, l'utilisation de méthodes de dissuasion non violentes
(comme des répulsifs acoustiques et visuels), et la promotion de pratiques agricoles compatibles
avec la conservation de la faune.

Baer-Bonnald, (2021) , propose de gérer les CHF en adoptant une approche holistique.
Autrement dit, il est nécessaire d'adopter une perspective globale et intégrée pour résoudre les
conflits entre les humains et la faune sauvage. Cela signifie que pour améliorer la coexistence
entre les communautés humaines et les animaux, il ne suffit pas de se concentrer uniquement
24
sur un aspect, comme la protection des cultures ou la gestion des populations animales. Il faut
plutôt prendre en compte l'ensemble des facteurs qui interagissent : les impacts économiques
(pertes agricoles), sanitaires (exposition aux maladies et dangers), éducatifs (enfants contraints
de surveiller les champs) et psychologiques (sentiment d'insécurité permanent). En abordant
ces différents aspects simultanément et en impliquant les communautés locales dans la gestion
de la faune, on pourra mieux répondre à leurs besoins et favoriser une cohabitation pacifique
avec la faune sauvage.

Pour Antoine EYEBE et al., (2012), il faut prendre en compte l’emplacement et le degré des
CHF afin de passer d’une perspective axée sur les aires protégées nationales et transnationales
pour considérer également les aires communautaires. Autrement dit, les stratégies à adopter
varie selon le contexte écologique et les types d’activités dans les zones de conflit. Il propose
également de remettre en question la vision selon laquelle la faune est systématiquement
responsable des conflits avec les humains. En effet, les actions anthropiques jouent souvent un
rôle déterminant dans leur déclenchement. Cette réalité impose de repenser les stratégies de
gestion de ces conflits en mettant l'accent sur la prévention et la mitigation des impacts humains.
L’auteur met également l’accent sur l’importance d’indemniser les populations locales car elle
constitue également un soutien moral important pour les populations locales. Aussi, il souligne
également l’importance de mener des études sur les CHF dans le but de recueillir le plus de
données possibles. Cela permettra l'émergence de nouvelles approches innovantes pour
prévenir et résoudre les conflits homme-faune. Enfin, pour envisager des solutions durables aux
conflits homme-faune, il est crucial de cartographier les responsabilités de chaque acteur et de
coconstruire des stratégies avec les communautés locales, en s'appuyant sur leurs connaissances
et leurs pratiques.

2.5 Conclusion partielle


Tout d'abord, la compréhension des relations humains/animaux, comme mentionné dans la
section sur la sociologie des interactions humains/animaux, souligne la complexité de ces
interactions et le rôle qu'elles jouent dans la structuration sociale. Cette dimension est
essentielle pour comprendre comment ces relations influencent non seulement les perceptions
des acteurs, mais également leurs réactions face aux conflits avec la faune sauvage. En effet,
les études sociologiques, comme celles de Michalon (2017) ou de Mauz (2002a), révèlent que
les perceptions sont façonnées par divers facteurs socio-économiques, culturels et
géographiques, et varient grandement entre les groupes urbains et ruraux. Ces différences de

25
perception sont particulièrement visibles dans les études de cas sur les conflits entre les
producteurs agricoles et la faune sauvage.

Les conflits hommes/faune sont rarement simplement des conflits d'intérêt autour des
ressources naturelles. Ils reflètent des tensions plus profondes entre des visions concurrentes de
la nature, souvent opposant ceux qui cherchent à protéger la faune sauvage et ceux qui sont
directement affectés par ses impacts. Mounet (2017) a montré que la division entre naturalistes
urbains et producteurs agricoles ne repose pas seulement sur un antagonisme lié aux dégâts,
mais sur des visions divergentes du rôle de la nature dans l’espace social.

Dans les études de cas internationales, telles que celles au Gabon, en Inde ou au Brésil, des
éléments communs apparaissent dans la gestion des CHF. En premier lieu, le manque
d'implication des communautés locales dans les décisions de gestion constitue un facteur
récurrent d’aggravation des tensions. Les recherches montrent qu'une gestion descendante des
CHF est souvent inefficace, car elle ne tient pas compte des réalités locales et des perceptions
des populations touchées. L’implication des communautés locales dans les décisions de gestion
de la faune est donc une stratégie clé pour favoriser la coexistence. Badaire (2018) et
Moumbock et al. (2020) recommandent ainsi la création de zones tampons et des mécanismes
de compensation pour atténuer l'impact des CHF.

De plus, les aspects socio-économiques des CHF ne peuvent être négligés. Le sentiment
d’insécurité, qu’il soit matériel ou psychologique, exacerbe les tensions, comme l’illustre
l’étude de Baer-Bonnald (2021) en Ouganda. Le fait que les CHF touchent non seulement la
sécurité alimentaire, mais aussi la santé et l’éducation des communautés rurales, montre que les
impacts de ces conflits sont vastes et multidimensionnels.

Enfin, la proposition d’une approche holistique pour la gestion des CHF semble la plus
prometteuse pour apporter des solutions durables. Cette approche, préconisée par plusieurs
auteurs, suggère de prendre en compte non seulement les aspects économiques des CHF, mais
aussi leurs dimensions sociales, culturelles et psychologiques. L'intégration des communautés
locales dans ce processus, ainsi que la co-construction des solutions, sont des éléments
indispensables pour assurer la durabilité des actions entreprises.

Cependant, une lacune importante ressort des études de cas présentées dans les différents pays
: elles ne traitent et ne proposent pas spécifiquement des mesures collectives initiées par les
populations locales pour gérer les CHF. Si les chercheurs soulignent souvent l'importance
d'inclure les communautés dans la gestion des conflits, les exemples concrets de mobilisation

26
collective ou de systèmes autoorganisés par les habitants eux-mêmes sont peu documentés. Cela
suggère un besoin de recherches supplémentaires sur les initiatives locales et communautaires
qui pourraient potentiellement jouer un rôle crucial dans la prévention et la résolution des CHF.
La documentation de telles pratiques pourrait offrir des perspectives nouvelles et enrichir les
stratégies de gestion des conflits homme-faune.

3. Cadre conceptuel
Dans le cadre de notre étude sur les conflits homme-magot, nous mobilisons divers cadres
conceptuels pour caractériser les producteurs de cerises et comprendre leurs dynamiques
d'organisation collective face aux incursions des macaques de Barbarie.

3.1 La sociologie de la traduction


La sociologie de la traduction, développée par Michel Callon et Bruno Latour, offre un cadre
d'analyse particulièrement riche pour étudier les processus de construction sociale d'un
problème, d'une innovation ou d'un objet technique. Ce cadre est particulièrement pertinent
pour notre étude sur les conflits homme-magot, car il permet d'analyser les interactions
complexes entre les différents acteurs impliqués et les processus de stabilisation des définitions
et des solutions. Nous l’utilisons pour évaluer les actions collectives des producteurs de cerises
face au conflit homme-magot. Plus précisément, nous souhaitons comprendre comment les
producteurs s’organisent collectivement autour de la question des incursions des macaques de
barbarie.

3.1.1 En quoi consiste la sociologie de la traduction ?


La sociologie de la traduction postule que les faits sociaux ne sont pas donnés, mais construits
au cours d'interactions entre des acteurs hétérogènes (humains, non-humains, objets,
institutions). Ces interactions sont des processus de "traduction" où les acteurs tentent d'imposer
leur définition de la situation et de mobiliser les ressources nécessaires pour rendre leur
définition la plus robuste possible (Akrich et al., 2006).

Les étapes clés de la sociologie de la traduction :

1. Problématisation : Identification d'un problème et définition de ses contours.

2. Intéressement : Mobilisation d'acteurs et de ressources pour résoudre le problème.

3. Enrôlement : Alliance avec d'autres acteurs pour renforcer sa position.

27
4. Inscription : Stabilisation des alliances et des définitions du problème (Akrich et al.,
2006).

Le tableau n°1 présenté ci-dessous, est réalisé à partir de deux cadres conceptuels issus de la
sociologie de la traduction (Akrich et al., 2006). Ce cadre nous permettra de ressortir les
similitudes et les disparités des actions collectives dans nos deux zones d’études. Le premier
est un cadre conceptuel proposé par (Cinq-Mars and Fortin, 1999) pour aborder l’implantation
d’intervention impliquant plusieurs partenaires et le second est une synthèse des étapes du
modèle de la sociologie de la traduction réalisé par (Durand et al., 2018).

Tableau 1: Actions collectives : identification des acteurs et de leurs rôles

« Community based » ou « Community Development » ou


«Collaborative Betterment» « Collaborative Empowerment»
Pour la communauté Par la communauté

Définition du problème Externe à la communauté Issue de la communauté (rôle


ou formulation du (institutions, central)
problème gouvernements, etc.)

Contrôle des décisions Leaders des institutions, du Communauté et ses leaders


gouvernement, et ainsi de
suite

Rôle des professionnels Central ; constituent les Périphérique ; sont surtout une
principaux « porteurs » et ressource et un soutien à la
décideurs communauté

Enrôlement Mobilisation des acteurs dans le réseau ; l’intérêt pour le projet


se traduit en action. Les acteurs se voient attribuer un rôle dans
le projet et acceptent de le jouer ; ils deviennent des « porte-
parole », prennent part au développement de l’innovation et
enrôlent à leur tour de nouveaux alliés.
Rallongement du réseau Logique qui conduit le projet sociotechnique du « centre »
(micro-réseau initial) vers la « périphérie » (nouveaux
partenaires au réseau).

Retombées attendues Amélioration des services ; Les mêmes, plus appropriation


changements dans les du projet par la communauté ;
politiques renforcement des capacités

28
individuelles et collectives ; auto-
détermination
Source : Inspiré des travaux de (Cinq-Mars and Fortin, 1999; Durand et al., 2018)

3.2 La sociologie compréhensive


La sociologie compréhensive de Max Weber offre une méthode pour analyser les actions
sociales, en se concentrant sur la signification subjective que les individus attribuent à leurs
actes. À travers ce cadre, nous pouvons construire des modèles théoriques appelés idéaux
types, qui sont des représentations abstraites de phénomènes sociaux servant à comparer et
interpréter la réalité sociale. L'idéal type n'est pas une reproduction exacte de la réalité, mais un
outil méthodologique facilitant l'analyse des structures sociales complexes.

3.2.1 Les Concepts Clés


❖ Action sociale : Selon Weber, l’action est sociale lorsqu’elle prend en compte les
comportements d’autrui. L’analyse de cette action repose sur la compréhension des
motivations subjectives des individus.
❖ Idéal Type : C’est une construction conceptuelle simplifiée qui permet de représenter
une version « pure » ou « parfaite » d’un phénomène social, sans correspondre
strictement à la réalité. L’idéal type facilite la comparaison entre différents cas ou
situations réels et théoriques.
❖ Rationalité : Weber distingue plusieurs formes de rationalité qui influencent les actions
des individus, notamment la rationalité en valeur (action motivée par des convictions)
et la rationalité en finalité (action orientée vers des objectifs précis) (Weber, 1978).

Ce cadre nous sert à catégoriser les différentes perceptions des producteurs vis-à-vis des dégâts
causés par les magots dans leurs vergers. La partie méthodologique du mémoire présente en
détail les modalités d'application de ce cadre conceptuel.

29
Partie 2. Méthodes
L’approche méthodologique utilisé au cours de notre étude se subdivise en deux parties. La
première partie est une analyse sociologique visant à comprendre comment les producteurs de
cerises perçoivent les dégâts causés par les magots. Quant à la seconde partie, c’est une analyse
économique visant à estimer les dégâts des magots dans les vergers de cerises. Pour chaque
approche, nous exposerons son objectif, les hypothèses à tester, la méthode de collecte de
données et la méthode d’analyse de ces données.

4. Approche sociologique : Perception des dégâts et


modes d’organisation
Objectif : Notre état des lieux de la littérature scientifique a mis en évidence une absence de
travaux adoptant une perspective sociologique compréhensive pour analyser les perceptions des
antagonistes dans les conflits homme-faune. Ainsi, notre étude sur le conflit humain-magot, se
propose de contribuer à cette thématique en élaborant des idéaux-types des producteurs de
cerises impliqués dans ledit conflit.

De même, les recherches font défaut sur les modes d’organisation des agriculteurs face aux
CHF. A travers notre étude, nous abordons également cet aspect des conflits homme-faune.

Pour atteindre ces objectifs nous avons émis les hypothèses suivantes :

H1 : Il n’existerait pas de corrélation entre l’intensité des dégâts et le portage


public du conflit humain-magot.

H2 : La possibilité de bâtir des solutions dépend de la capacité à trouver un


consensus entre deux représentations sociales du singe : protégé et nuisible.

Nb : L'équipe d'anthropo-sociologie du projet COHUMAG, sur la suggestion de Philippe


Boudes, a élaboré l’hypothèse H1. La seconde a été émise sur les conseils de Hind Ftouhi et
Cathérine Darrot.

30
5. La phase de terrain : Echantillonnage et Collecte de
données
La phase de terrain a eu lieu sur une période de deux mois et demi, du 13/04/2024 au
31/07/2024, avec l’appui du de l’Agence Nationale des Eaux et forêts à travers le Parc National
d’Ifrane.

5.1 Phase exploratoire


En amont à l’échantillonnage et la collecte de données nécessaire pour tester notre hypothèse 1
mentionné ci-dessus, nous avons effectués des sorties exploratoires au cours de notre première
semaine de terrain avec l’équipe d’anthropo-sociologie du Projet COHUMAG. Au cours de
ces sorties, nous avons mené des entretiens et des observations participatives, auprès d’acteurs
clés de la zone d’étude : le Parc National d’Ifrane, l’écomusée ‘’la maison de la cédraie’’ et des
groupes de producteurs de cerises. Cette phase nous a permis de prendre contact avec les
agriculteurs à interviewer par la suite, à Aïn Leuh et à Zaouia d’Ifrane.

5.2 Échantillonnage
La compréhension du mode d’organisation sociale autour de la question des dégâts occasionnés
par les magots a nécessité l’étalonnage de deux groupes de producteurs de cerises à Aïn Leuh à
raison de 3 producteurs adhérents de l’association de cerisiers et 3 non-adhérents. A Zaouia, il
n’y a pas d’organisation de producteurs de cerises qui défende les intérêts des agriculteurs. Nous
avons donc opté pour un échantillonnage en fonction de la situation géographique de
l’exploitation agricole. Ainsi, nous avons interviewé 2 agriculteurs ayant leurs champs sur la
falaise et 2 avec leurs parcelles sur le plateau car ils sont impactés par différents groupes de
singes. Nous avons également réalisé un entretien collectif à Zaouia avec 5 agriculteurs, en
dehors de notre premier échantillon, pour récolter le plus d’informations et éventuellement
ressortir les points de convergence et de divergence des producteurs de cerises sur les questions
de perception des dégâts de magots et d’organisation sociale autour de ces dégâts. Avec deux
membres de l’équipe d’anthropo-sociologie du Projet COHUMAG à savoir : Noé Nguyen et
Gaëlle Simon nous avons également réalisés des entretiens le long de la route entre Aïn-Leuh
et Zaouia d’Ifrane pour recenser les lieux de conflits humain-magot et pour tester une hypothèse
du projet selon laquelle la recherche de ressources hydriques serait le facteur explicatif des
incursions de magots. Le tableau n°2 récapitule le nombre d’entretiens que nous avons réalisé
avec les agriculteurs.

31
Tableau 2: récapitulatif des du nombre d'entretiens

Zone Nombre de Appartenance à une association


producteurs militante contre le conflit
Aïn-Leuh 6 3
Zaouia d’Ifrane 4 individuels 0
5 en collectif
Route entre Aïn-Leuh et 11 1
Zaouia d’Ifrane
Source : réalisation personnelle, 2024

5.3 Structuration de l'interview


Les entretiens semi-directifs ou interviews ont été menés à l’aide d’une grille d’entretien, d’une
durée moyenne de 1 heure. La grille d’entretien (annexe 2) a été élaborée avec Gaëlle Simon,
post-doctorante et membre de l’équipe d’anthropo-sociologie du Projet COHUMAG. Cette
grille a ensuite été affinée avec les contributions d'autres membres de l'équipe, à savoir
Catherine Darrot et Hind Ftouhi.

Le choix de faire des entretiens semi-directifs est motivé par la possibilité de collecter le
maximum d’informations grâce à des questions : fermées pour obtenir des données précises
telles que la description de l’exploitation, et ouvertes pour recueillir des informations telles que
leur mode d’organisation face aux incursions des magots.

Tableau 3: Structuration des interviews

Etapes Données
1 Description du système de production et de la situation économique de
l’exploitation
2 Comportements des singes et perceptions des dégâts
3 Mesures entreprises
4 Rapport aux acteurs institutionnels
Source : réalisation personnelle, 2024

32
6. Analyse sociologique : Perception des dégâts et modes
d’organisation
L’analyse sociologique de notre étude a porté sur la perception des dégâts et des modes
d’organisation des producteurs de cerises face aux incursions des magots. Nous allons présenter
ici la méthodologie employée pour chacune de nos analyses.

6.1.1 Perception des dégâts


Les stratégies de résolution du conflit homme-faune doivent prendre en compte l’impact
économique de la faune sur les rendements agricoles mais aussi : comment et pourquoi les
agriculteurs perçoivent les dégâts tels qu’ils le font, ce qu’ils espèrent d’une intervention ainsi
que les acteurs qui doivent endosser la responsabilité du conflit (Hill, 2010). C’est dans cette
optique que nous avons construit des idéaux types pour répondre aux questions :

- Comment les producteurs de cerises perçoivent-ils les dégâts des magots dans leurs
vergers et quels sous-groupes peut-on en tirer ?
- Quelles sont les mesures entreprises par les producteurs de cerises pour gérer le conflit
homme-magot ?

L’objectif est de déterminer si l’appréhension des incursions de magots dans les vergers de
cerises par les agriculteurs menace leur survie.

La perception des dégâts a été analysé grâce à la construction d'idéaux-types des producteurs
de cerises. Pour y parvenir nous avons procédé en plusieurs étapes à savoir :

 Au prime abord, nous avons caractérisé la population des producteurs de cerises d'un
point de vue socio-économique. Cette étape nous a permis de croiser les profils socio-
économiques des producteurs interviewés avec les idéaux-types élaborés
ultérieurement.
 Ensuite, nous avons caractérisé les parcelles et pratiques culturales des producteurs de
cerises. Le but de cette étape est d’évaluer le degré de vulnérabilité des parcelles face
aux incursions des macaques de barbarie. Ce degré de vulnérabilité, que nous avons
nommé degré d’impact, a également servi à la construction des idéaux-types.
Le degré d’impact a été calculé en attribuant des scores aux variables selon les critères
présentés dans le tableau 4.

Nb : les données socio-économiques de notre grille d’entretien (Etape 1 de la grille, annexe 2)


sont celles utilisées pour ces deux premières étapes de notre analyse.

33
Tableau 4: Critères d'attribution du score de vulnérabilité des parcelles

Variables Score
Distance entre la parcelle Le score d'une parcelle augmente avec sa proximité de la
et les derniers arbres de la forêt.
forêt
Nombre de cerisiers Plus un verger est grand, plus il offre de fruits, ce qui se traduit
par un score élevé.
Irrigation Plus un point d'eau est accessible aux magots, plus le score
augmente.
Age des cerisiers Plus un verger est ancien, plus il est susceptible d'offrir un
habitat favorable et une production fruitière abondante, ce qui
se traduit par un score élevé.
Présence d’un gardien Un verger protégé obtient un score élevé car, s'il n'était pas
exposé aux risques d'intrusion, il ne nécessiterait pas de
protection.
Source : réalisation personnelle, 2024

 Enfin, nous avons construit les idéaux types des producteurs de cerises selon leur
discours sur les singes, le degré d’impact (précédemment décrit) et les mesures
entreprises pour faire face au conflit.
Le discours sur les singes a été analysé à partir de la question ouverte : « parlez-nous
des singes ». Les sous-questions posées aux interviewés pour approfondir leur
perception des dégâts est présenté dans le tableau n°5. Un discours négatif ou conflictuel
est par exemple une exagération du nombre de magots dans un groupe ou encore de la
récurrence des incursions.

Tableau 5: Les variables utilisées pour la construction des idéaux types

Discours sur les singes Degré d’impact Mesures entreprises


Récurrence des incursions, Déterminer selon Actions engagées pour faire face aux
temps passé dans les vergers, les conflits. (Cf étape 3 et 4 de la grille
nombre de singes par incursion caractéristiques de d’entretien)
ou par groupe, discours sur le la parcelle de
comportement des singes dans l’interviewé

34
Discours sur les singes Degré d’impact Mesures entreprises
les vergers. (Cf étape 2 de la
grille d’entretien)
Source : réalisation personnelle, 2024

En fonction des réponses des enquêtés sur les dimensions de chacune des variables explicatives
(Perception des dégâts, Discours sur les singes, Solutions) nous avons attribué une échelle de
notation nous permettant de les classer dans des idéaux types. Les facteurs de classification
sont :

Tableau 6: Facteurs de classification des producteurs de cerises dans les différents idéaux-
types

Note Degré d’impact Discours sur les magots Solutions


1 Minimum Discours de cohabitation Aucune
5 Maximum Discours de conflits Collective
Source : réalisation personnelle, 2024

6.1.2 Analyse des modes d’organisations des producteurs de cerises face aux dégâts
Pour notre questionnement sur les modes d’organisations des producteurs face aux dégâts, nous
avons mobilisé un cadre d’analyse (tableau1) réalisé à partir de deux cadres conceptuels issus
de la sociologie de la traduction (Akrich et al., 2006). Le premier est un cadre conceptuel
proposé par (Cinq-Mars and Fortin, 1999) pour aborder l’implantation d’intervention
impliquant plusieurs partenaires et le second est une synthèse des étapes du modèle de la
sociologie de la traduction réalisé par (Durand et al., 2018). (Cf Partie1, 3.1)

Nous avons utilisé ce cadre pour retracer l’historique des actions collectives menées dans nos
deux zones d’étude. L’objectif est de nous appuyer sur le retour d'expérience des producteurs
afin d’identifier les déterminants du succès ou de l’échec de leurs actions collectives, et
proposer de nouvelles stratégies.

7. Approche économique
7.1 Estimation des dégâts de magots dans les vergers de cerises
Les dégâts causés par les magots dans les vergers de cerisiers sont multiples. On observe la
consommation des bourgeons pendant la période de floraison, des cerises durant la moisson,
ainsi que des cassures de branches, rameaux et ramilles qui peuvent survenir lors des
déplacements des magots d'une branche à l'autre ou lorsqu'ils sont repoussés par les gardiens.

35
Ainsi, nous avons subdivisé l’estimation des dégâts en deux phases. La première est basée sur
les données issues des observations éthologiques réalisées par les écologues du projet
COHUMAG en 2022. Les résultats obtenus après traitement de ces données serviront de
référence pour tous les vergers étudiés ultérieurement. La seconde est une estimation par
comptage des différentes parties de l’arbre cassées par les singes dans les vergers. Le cumul de
ces estimations représente la perte en revenus occasionnés par les incursions de magots dans
les vergers de cerises.

7.2 Estimation des dégâts à partir des données éthologiques


L’équipe des écologues du projet COHUMAG a observé les magots dans un verger de cerises
et à relever les données suivantes : la fréquence des incursions dans les vergers à Ajaabou
(nombre moyen par jour), le temps moyen passé dans les vergers (en min/incursion), le temps
moyen passé dans les vergers (en heure/jour), le pourcentage cerise dans l'arbre dans le régime
alimentaire (%), le temps passé en alimentation sur cerise dans l'arbre (h/jour) et le nombre de
cerises ingérées par minute. A l’aide de ces données, nous pourrons déterminer la quantité de
cerises consommées par les macaques de barbarie au cours d’une saison.

Soit N le nombre de cerises consommées par les macaques de barbarie au cours d’une saison
Nous avons donc :

N= (Ncm* Tm * Nj1 ) + (Ncj* Tj * Nj2 ) * Ns * 60

Avec

Ncm : le nombre de cerises consommées par un magot par minute en mai ;

Ncj : le nombre de cerises consommées par un magot par minute en juin ;

Tm : le temps passé en alimentation sur cerise en mai (h/jour) ;

Tj: le temps passé en alimentation sur cerise en juin (h/jour);

Nj1 : le nombre de jours dans le mois de mai avec des cerises ;

Nj2 : le nombre de jours dans le mois de juin avec des cerises et

Ns : la taille du groupe de singes.

La détermination de la perte en revenu occasionné par les incursions de magots dans les vergers
de cerises nécessite une conversion du nombre de cerises consommées en kilogrammes. Ainsi,
nous avons compté le nombre de fruits dans 1 kilogramme de cerises qui s’élève à 158 pièces.

36
D’où le nombre de kilogrammes (Nk) de cerises consommées par le groupe de magots au cours
d’une saison s’écrit comme suit :

Nk = N/158

Le prix d’un kilogramme de cerises varie d’une année à l’autre. Il oscille généralement entre
30 et 40 dirhams (enquête de terrain). Pour notre étude nous utiliserons la moyenne de ces deux
prix.

Ainsi, nous avons : P= (30+40) /2 d’où P= 35 dirhams/kg

La perte en revenus (R) engendrée par la consommation de cerises par les macaques est :

R= P*Nk

7.3 Estimation des dégâts causés par les magots à l’aide de la méthode de
comptage
Nous avons adopté une approche heuristique pour aboutir à une méthode efficiente et réplicable.
La première étape de cette approche a consisté à sélectionner les parcelles à examiner en tenant
compte de leur proximité avec la forêt, de la présence éventuelle d'un point d'eau attirant les
singes, ainsi que de la présence ou non d'un gardien. Ainsi, nous avons retenu 3 parcelles à
proximité de la forêt avec présence de point d’eau et de gardiens, 2 parcelles près de la forêt
sans point d’eau et gardiens, 2 parcelles éloignées de la forêt avec présence de point d’eau et de
gardiens et 2 parcelles sans incursions de singes. Les parcelles sans présence de singes ont été
choisies pour éliminer les dégâts causés par d’autres facteurs tels que les vents forts, les autres
animaux, les cassures dues aux ouvriers lors de la récolte. Pour assurer une objectivité
maximale dans l'estimation des dégâts, nous avons sélectionné des parcelles où la taille des
arbres permettait une observation détaillée et non biaisée. Ce choix a été motivé par la nécessité
d'étudier un grand nombre de parcelles dans un temps limité. Les cerisiers de taille moyenne
facilitent l'évaluation des dégâts et permettent ainsi d'obtenir des résultats plus représentatifs.

37
Tableau 7: Caractéristiques et localisation des parcelles

Localisation de la parcelle Identifiant Caractéristiques de la parcelle

68°E 33°16'39"N5°20'22"O P1 Près de la forêt avec gardiens et présence


d’une source d’eau

347°N 33°15'44''N 5°21'29''O P2 Près de la forêt avec gardiens et présence


d’une source d’eau

350°N 33°16'22''N 5°21'4''O P3 Près de la forêt sans gardiens et absence


d’une source d’eau

223°SO 33°15'43''N5°21'41''O P4 Loin de la forêt avec eau sans gardien

138°SE 33°16'37''N 5°20'36''O P5 Loin de la forêt avec eau sans gardien

302°NO 33°18'45''N 5°19'6''O P6 Sans incursions de magots

49°NE 33°18'5''N 5°19'28''O P7 Sans incursions de magots

33.2760425, -5.3401462 P8 Près de la forêt avec gardiens et présence


d’une source d’eau

33.2728157, -5.3515321 P9 Près de la forêt sans gardiens et absence


d’une source d’eau

Source : réalisation personnelle, 2024

La deuxième étape repose sur nos observations sur le terrain, lesquelles nous ont conduit à
formuler deux hypothèses que nous avons vérifiées en réalisant trois transects sur chaque
parcelle étudiée. La première hypothèse est que l’intensité des dégâts décroît de la périphérie
de la forêt à l’intérieur de la parcelle. La seconde est que les dégâts sont dispersés de manière

38
éparse sur la parcelle. Ces hypothèses ont été formulées au cours de la phase de terrain, où nous
avons remarqué une différence dans la répartition des dégâts sur les parcelles. En effet, à Zaouia
d’Ifrane, les parcelles de cerisiers situées sur la falaise sont investies par les magots à partir de
leur unique habitat, la grotte, ce qui explique que les dégâts soient concentrés sur les arbres les
plus proches de cet habitat. À l'inverse, à Aïn Leuh, les magots disposent de plusieurs habitats
et pénètrent dans les vergers par différents points de la parcelle. Pour évaluer le plus grand
nombre de parcelles possible, compte tenu de la contrainte de temps, nous avons réalisé ces
transects afin de choisir une méthode d'estimation adaptée aux hypothèses précédemment
mentionnées.

Les transects ont été effectués en comptant les branches, rameaux et ramilles cassés dans six
rangées en partant de la périphérie de la parcelle la plus proche de la forêt à la fin de la parcelle.

Figure 4 : Méthode de réalisation des transects

Source : réalisation personnelle, 2024

Les transects ont été traduits en courbe pour donner une idée de la répartition des dégâts sur les
parcelles étudiées. Chaque point de la courbe représente la somme des dégâts de deux arbres
comme indiqué par les flèches bidirectionnelles sur la figure 1.

La troisième étape a consisté à retenir le dixième du nombre d’arbres d’un hectare de cerisiers,
soit 30 arbres, en considérant la densité de 6 X 5 généralement utilisée dans la zone d’étude,
qui correspond à 333 arbres par hectare. Les 30 arbres retenus sont sélectionnés aux quatre
coins et au centre de la parcelle à raison de 6 pieds de cerisiers par quadrat dans le but de
capturer le plus de dégâts possibles. Les cassures sont comptées au sein de ces quadrats puis
extrapolées à l’échelle d’un hectare.

39
Figure 5: Méthode de réalisation des quadrats

Source : réalisation personnelle, 2024

Les dégâts dans les vergers étant causés par plusieurs facteurs, nous avons compté les cassures
dans deux parcelles jouissant de mêmes conditions agro climatiques que les parcelles impactées
par les magots. Pour ces deux parcelles sans incursions de singes, nous avons utilisé le même
mode opératoire avec des quadrats pour compter les dégâts causés par d’autres facteurs. Le but
de cette quatrième étape est d’éviter la surestimation des dégâts causés par les magots. Ainsi,
nous avons calculer la moyenne des dégâts comptabilisés sur ces deux parcelles. Ensuite, nous
avons soustrait cette moyenne des parcelles sujet aux incursions de singes.

La cinquième étape se résume au dénombrement des différentes parties de l’arbre. L’objectif de


ce dénombrement est de déterminer la quantité de cerises attendue par branche afin d'estimer le
nombre de cerises perdues en cas de cassure. Pour y parvenir, nous avons choisis aléatoirement
10 arbres sur chacune des parcelles étudiées puis compté le nombre de branches, rameaux et
ramilles. À l’aide d’une règle de trois, nous avons converti les rameaux et les ramilles en
branches afin d'obtenir une unité de mesure uniforme. Aussi, nous avons collecté les
informations sur la production des trois dernières années ou la production par arbre auprès des
propriétaires des parcelles étudiées.

Nb : Les dégâts évalués correspondent à ceux observés durant la saison en cours. Les impacts
à plus long terme, tels que la perte de production future ou la régénération des branches, n'ont
pas été pris en compte dans cette étude.

Une fois ces étapes de collecte de données empiriques achevées, nous pouvons procéder aux
calculs nécessaires pour estimer les pertes dues aux cassures occasionnées par les magots dans
les vergers de cerises :
40
• Calcul du nombre moyen de branches par arbre

Soient Ba, Ra et ra le nombre moyen de branches, rameaux et ramilles respectivement. On a:

1 1 1
Ba= ∑𝑛1 𝐵 × 𝑛; Ra = ∑𝑛1 𝑅 × 𝑛 et ra = ∑𝑛1 𝑟 × 𝑛

Ici, n= 10 car nous avons compté les différentes parties de l’arbre sur 10 arbres.

A l’aide d’une règle de trois, nous avons converti les rameaux et ramilles en branches pour
chaque parcelle.

Ra Ba ; ra Ba

1 Ba' 1 Ba"

Soit Bm le nombre total moyen de branches d’un arbre. On a donc:

Bm=Ba+Ba'+Ba"

• Calcul de la quantité de cerises escompté par branche (Qb)

Soit Q la quantité de cerises produite sur la parcelle. La quantité (Qa) de cerises par arbre est
déterminée en divisant la production moyenne des trois dernières années par le nombre d’arbres
sur la parcelle.

On a: Qb= Qa/Bm

• Calcul du nombre moyen de branches cassées sur la parcelle (Bc)

Déterminons d’abord le nombre de branches cassées dans l’ensemble des quadrats Bq

On rappelle que l’on a 30 arbres en tout dans les quadrats et 333 arbres sur 1 hectare.

On a : Bq= Bq1 + Bq2 + Bq3 + Bq4 + Bq5

A l’aide d’une règle de trois, le nombre moyen de branches cassées sur la parcelle équivaut à :

𝟑𝟑𝟑
Bc= 𝐁𝐪 × 𝟑𝟎

• Calcul de la quantité de cerises perdues dues aux cassures (Qp)

On a Qp= Qb× Bc

• Calcul de la perte en revenus sur la parcelle en dirhams (P)

On a P= 𝐐𝐩 × 𝟑𝟓𝐝𝐢𝐫𝐡𝐚𝐦𝐬

41
Partie 3. Résultats

8. Résultats de l’approche sociologique


8.1 Caractéristiques socio-économiques des répondants
Le tableau ci-dessous présente les caractéristiques socio-économiques des producteurs de
cerises interrogés. L’objectif est de croiser ces variables avec les idéaux types construits, afin
d’analyser l'influence des facteurs tels que l’âge, le niveau d’éducation, l’accès au financement,
la diversification des activités et les modes de commercialisation sur la manière dont ces
producteurs perçoivent et réagissent aux incursions de magots dans leurs vergers.

Tableau 8: Caractéristiques socio-économiques des interviewés

Variables Effectif Fréquence


Age
40-49 ans 4 27%
50-59 ans 5 33%
60-69 ans 5 33%
70 ans et plus 1 7%
Age moyen 55,13 ans
Education
Non scolarisé 7 47%
Scolarisé 8 53%
Accès au financement (PMV)
Oui 4 27%
Non 11 73%
Activités extra-agricoles
Oui
Non 6 40%
9 60%
Débouché de la production
Vente sur pieds 13 87%
Autoconsommation 2 13%
Source : réalisation personnelle, 2024

42
Interprétation

Le tableau n° montre que l’âge moyen est des producteurs de cerises est de 55,13 ans, avec une
majorité d’entre eux âgés entre 50 et 69 ans. Ce résultat concorde avec celui du Haut-
Commissariat au Plan du Royaume du Maroc qui estime l'âge moyen des exploitants agricole
à environ 52 ans (Haut-Commissariat au Plan, 2024). La moyenne d’âge des producteurs de
notre échantillon peut suggérer une perception plus aigüe du conflit, puisqu’ils ont une
connaissance approfondie de l'évolution des interactions avec la faune au fil du temps.

La même institution évalue le taux d’analphabétisme des exploitants agricoles à 81%. Ceci
contraste avec nos résultats. Nous comptons 53% d’exploitants scolarisés dans notre
échantillon. Ce contraste est peut-être dû au manque de données détaillées sur le niveau
d’éducation (primaire, secondaire ou universitaire) de notre étude, ce qui limite une analyse
plus fine de leurs profils. Le niveau d'éducation peut jouer un rôle dans la manière dont les
producteurs accèdent à l’information sur les mesures de protection ou les programmes de
gestion des conflits homme-faune. Les producteurs scolarisés pourraient être plus réceptifs aux
solutions modernes ou aux innovations techniques, alors que les non-scolarisés pourraient être
plus réticents à changer leurs pratiques.

La grande majorité (73%) des producteurs interrogés ont entrepris la production de cerises sur
fonds propre. Chaque perte due aux dégâts des magots représente un impact direct sur leur
capital personnel, ce qui peut renforcer leur sentiment de frustration face au conflit. Cela
pourrait expliquer des tensions exacerbées entre les producteurs et les macaques, ceux-ci étant
perçus non seulement comme des nuisances, mais aussi comme un danger pour leur stabilité
économique.

Nos résultats montrent un fort contraste entre les agriculteurs qui produisent pour le marché et
ceux qui destinent leur production à l’autoconsommation. En effet, une large majorité, soit 87%
des producteurs de cerises vendent leur production sur le marché. Ce qui signifie que les
acheteurs (intermédiaires) évaluent la récolte directement dans le verger. Cette méthode peut
poser un problème, car les incursions des macaques peuvent altérer l'apparence ou la quantité
des cerises visibles, affectant ainsi les négociations de prix. A contrario, 13% des répondants
qui produisent pour leur propre consommation sont moins affectés par cette dynamique de
marché, mais restent exposés aux pertes alimentaires.

Une proportion significative des producteurs de cerises (60%) dépend de l’agriculture qui
représente leur unique source de revenus, ce qui peut accentuer leur tension face aux dégâts

43
causés par la faune. Le reste (40%) exerce, en complément de l’agriculture, des activités extra-
agricoles. Leur engagement dans d'autres activités pourrait aussi limiter leur disponibilité pour
gérer quotidiennement les incursions, les obligeant à embaucher un gardien, ce qui représente
un coût de production supplémentaire.

8.2 Description des systèmes de production de cerises


Les différentes variables agronomiques analysées dans le tableau n°9 ont pour but d’affiner les
profils des producteurs présentées préalablement. En effet, grâce à ces variables nous avons été
en mesure d’évaluer le degré d’impact des incursions de magots sur les différentes parcelles
des producteurs étudiés. Pour y parvenir, nous avons attribués des scores à chacune de ces
variables en fonction de la vulnérabilité potentielle aux incursions. Ainsi, en fonction de la
proximité de la parcelle à la forêt, nous avons attribué un score élevé à celles qui sont les plus
proches et un score faible à celles qui sont les plus éloignées. De même, les parcelles avec une
source d’eau ouverte sont considérées comme étant à risque, car l’eau pourrait attirer les singes
magots dans les vergers. Par ailleurs, les vergers les plus anciens, tout comme les très grands
vergers, peuvent être attrayants pour les magots car ils offrent à la fois plus de fruits et davantage
de zones d’abri. Enfin, la présence d’un gardien qui représente un coût supplémentaire reflète
une forte perception des dégâts causés par les magots. Les scores correspondant à chaque
variable sont listés dans le tableau n°9 ci-après.

Tableau 9: Caractéristiques des systèmes de production

Variables Score Effectifs Fréquence


Distance entre la parcelle et
les derniers arbres de la
forêt
0-10 m 4 3 21%
11-100 m 3 5 36%
101-200m 2 4 29%
201 m et plus 1 2 14%
N/A 1 -
Nombre de cerisiers
10-100 1 3 20%
101-300 2 7 47%
301-500 3 2 13%

44
Variables Score Effectifs Fréquence
501-900 4 3 20%
Irrigation
Pluviale 1 1 8%
Gravitaire 2 12 92%
N/A 3 -

Age des cerisiers


0-5 ans 1 1 9%
6-10 ans 2 4 36%
11-15 ans 3 3 27%
15 et plus 4 3 27%
N/A 4 -

Présence d’un gardien


Oui 2 10 67%
Non 1 5 33%

Source : Réalisation personnelle, 2024

Interprétation

La proximité avec la forêt augmente le risque de visites fréquentes des macaques, notamment
pour les parcelles situées dans un rayon inférieur à 200 mètres. Ainsi, nous avons attribué les
scores comme suit : celles plus proches de la forêt (0-10m), avec un score de 4, représentent
21% des parcelles. Celles situées entre 11 et 100 mètres, avec un score de 3 constituent 36 %
du total. Les parcelles situées à une distance de 101 à 200 mètres, avec un score de 2,
représentent 29 %. Enfin, les parcelles situées à plus de 201 mètres avec un score de 1,
constituent 14 % des parcelles.

Les parcelles étudiées comptent en moyenne 327 cerisiers, soit approximativement 1 hectare
de cerisier en moyenne par producteur. Les très grands vergers (501-900 arbres) constituent
chacun 20% des cas. Ces vergers plus grands peuvent attirer davantage les macaques, car ils
représentent une source de nourriture plus importante, leur score est de 4. Les vergers les moins
fréquents, dans notre échantillon, sont ceux de 301 à 500 cerisiers et représentent 13% de notre
échantillon. Ils offrent moins de ressources alimentaires que les précédents, donc leur score est

45
de 3. Les vergers les plus courants (101-300 arbres), constituent 47% des parcelles étudiées. Ils
ont un score de 2 car ils sont moins vulnérables que les deux précédents. Les plus petits vergers
(10-100 arbres), représentent 20% des cas, et ont le score le plus faible parce qu’ils offrent
moins de cerises à consommer pour les macaques de barbarie.

La culture de cerises étant exigeante en apport hydrique, presque toutes les parcelles (92%) sont
irriguées. La forme d’irrigation la plus courante, de notre échantillon, est l’irrigation gravitaire
à l’aide des séguias. Ce système d’irrigation ouvert est susceptible d’attirer des macaques de
barbarie à la recherche de ressources hydriques. Les parcelles irriguées par la méthode
gravitaire, qui représente 92 % des cas, sont associées à un risque élevé (score de 2). En
revanche, les parcelles dépendantes des précipitations naturelles, bien qu'elles ne représentent
que 8 %, sont considérées comme à faible risque (score de 1).

Les vergers avec des cerisiers jeunes (0-5 ans), avec un score de 1 constituent 9 % des cas. Les
vergers ayant des cerisiers âgés de 6 à 10 ans ont un score de 2 et représentent 36 % des vergers.
Ceux avec des cerisiers de 11 à 15 ans ont score de 3 et représentent 27 %, tout comme les
vergers avec des cerisiers de plus de 15 ans, qui ont score de 4. Nous avons attribué ces scores
en fonction de l'attractivité de chaque tranche d'âge de cerisiers pour les magots, cette
attractivité étant liée à la quantité de cerises produites. Plus un cerisier produit de cerises, plus
il est susceptible d'attirer les magots et donc d'être endommagé.

La dernière variable évalue est la présence d'un gardien, indicateur de la préoccupation des
agriculteurs face aux risques. Les parcelles où un gardien est présent, représentant 67 % des
cas, avec un score de 2. En revanche, les parcelles sans gardien, représentant 33 %, sont
considérées comme indifférentes au risque avec un score de 1. Ces dernières ne sont pas
surveillées soit à cause du faible nombre de cerisiers sur la parcelle, soit à cause de l’absence
d’incursions des magots. Le score des parcelles avec un gardien est plus élevé, car si elles
n'étaient pas exposées aux incursions, elles ne seraient pas surveillées.

8.3 Les dégâts des magots : perceptions des producteurs de cerises


8.3.1 A quel rythme les magots investissent-ils les vergers ?
Afin d'identifier d'éventuelles divergences d'opinion, nous avons interrogé les producteurs sur
la fréquence des incursions de macaques, une question sensible qui peut révéler des perceptions
différentes du conflit. Le graphique de la figure n°5 illustre la diversité des réponses des
producteurs à cette question.

46
Figure 6: Rythme des incursions de magots selon les interviewés

Rythme des incursions selon les interviewés


4%4%
4% 19%
8%

8%
15%
11%

27%

Toute l’année, vit dans le champ Toute la journée


Surtout période de récolte Ne reviennent pas après être chassé
Pendant l’hiver ne vient pas Deux fois/ jour
Une fois/ jour La nuit
Une fois le mois

Source : réalisation personnelle, 2024

Un nombre non négligeable de producteurs (19%) considère que les macaques sont présents de
manière constante dans leurs vergers tout au long de l’année, « Il faut les faire sortir tous les
jours, ils sont là tout le temps. Ils vivent avec nous. » A5. Cela reflète une perception selon
laquelle les incursions ne sont pas liées à des périodes spécifiques, mais plutôt à une
cohabitation permanente avec les magots, suggérant que ces producteurs subissent une pression
continue sur leurs récoltes. Néanmoins, La majorité des producteurs interrogés (27%)
mentionnent que les incursions se concentrent principalement durant la période de récolte,
révélant une saisonnalité des dégâts, « le singe attend que le fruit soit rouge avant de
descendre » A7. Ce groupe semble percevoir les singes comme une menace davantage
opportuniste, liée aux périodes où les fruits sont mûrs et prêts à être récoltés. Ces propos sont
renforcés par les 8% de producteurs qui rapportent une absence d’incursions en hiver, « Ils
viennent surtout l'été quand il fait chaud, ils descendent moins l’hiver » A8. Ce qui reflète un
cycle saisonnier dans leur perception des dégâts des macaques de barbarie.

Par ailleurs, 15 % des producteurs de notre échantillon estiment que les macaques sont actifs
tout au long de la journée, « Si tu n’as pas de gardiens, ils peuvent rester toute la journée ici,
ou bien il part et reviens après ». A5 « Ils viennent toute la journée. Ils vivent avec nous. Ils
passent toute la journée » A1. « Sans gardien, ils peuvent rester toute la journée là-bas » A2.
Cette perception renforce l'idée que certains producteurs se sentent constamment envahis, ce

47
qui pourrait influer sur leur tolérance vis-à-vis des singes, particulièrement s’ils font face à des
perturbations constantes. Ces propos révèlent également la nécessité de protéger les vergers. En
effet, 11% des producteurs de notre échantillon signale que les macaques ne reviennent plus
une fois chassés, « il vient une fois, quand tu le chasses il ne revient pas dans la journée. » A13.
Ce résultat pourrait également refléter l’efficacité des méthodes de dissuasion utilisées par ces
producteurs.

A contrario, 8% des producteurs de cerises rapportent des incursions deux fois par jour,
« Toujours deux fois c’est la même chose de la floraison à la moisson » A2, « Ils viennent dans
le champ 2 fois par jours. A 7h du matin et à 16h. » A3. Ces réponses indiquent une perception
d’une forte récurrence des incursions chez ces producteurs, subissant des attaques fréquentes
et répétées dans une même journée. Cette perception renforce l’idée d’un sentiment d'urgence
à protéger les vergers, générant potentiellement une plus grande exaspération. Un seul
producteur estime que les incursions se limitent à une fois par jour, mais mentionne également
la nécessité de protéger les vergers, « Ils viennent toujours surtout quand il y a les fruits, une
fois par jour et ceci le matin, quand ils sont chassés ils ne reviennent plus dans la journée, ils
viennent le matin avec femmes et enfants » A10.

Seul un de nos interviewés mentionne des incursions de magots la nuit, « Parfois le singe vient
quand il y a la lune (la nuit tombée) » A1. Les magots ne se déplaçant pas la nuit, ce propos
pourrait être perçu comme une exagération du conflit des producteurs de cerises face au magot.
Une autre réponse particulière est que les incursions des magots ont lieu une fois par mois. Cela
s'explique par le fait que ces incursions sont très récentes dans cette zone, « 1 fois par mois et
quelquefois pas du tout, l'année dernière les singes descendaient mais cette année non » A7

8.3.2 Le nombre de magots par incursions


La taille maximale d’un groupe de magots est de 40 membres. Au-delà de ce seuil, les magots
ont tendance à migrer vers des groupes plus petits en nombre ou à en créer de nouveaux (El
Alami and Chait, 2016b). Deux de nos entretiens confirment les résultats de El Alami et Chait.
En effet, pour A3 et A7, les groupes qui s’introduisent dans leurs vergers sont composés de 15
à 20 membres. Trois autres de nos interviewés (A5, A8, A11) parlent de groupe de 40 à 50
membres.

A l’opposé, A1, A12 et A13 mentionnent des groupes de taille plus importante : « il y a deux
groupes de 100. Je ne mens pas. S’il n’y avait pas de singes, il y aurait plus de tranquillité »
A12 ; « Il y a 4 groupes de singes de 40 à 60 singes. » A13 ; « ça dépend du groupe. Parfois

48
70, 8 ou 9 » A1. Cette surestimation du nombre reflète leur perception de la menace ressentie.
Ceci pourrait être expliqué par la localisation de leur parcelle par rapport à la forêt. En effet, il
y a environ 10 m entre la parcelle de A1 (figure 7) et les derniers arbres de la forêt qui abrite
les magots. De même, la parcelle de A12 (figure 8) se situe littéralement au milieu de la forêt.
La situation géographique de ces parcelles pourrait donc expliquer ce sentiment
d’envahissement des interviewés part les magots.

Figure 7: Parcelle de A1

Source : réalisation personnelle, 2024

49
Figure 8: Parcelle de A12

Source : réalisation personnelle, 2024

8.3.3 Les causes des incursions de magots selon les producteurs de cerises
La sècheresse dû à un changement climatique, la recherche de ressources hydriques et
alimentaires, et la responsabilité de l’humain sont les trois facteurs qui expliquent les incursions
des magots dans les vergers de cerises selon nos interviewés.

En effet, 29% de notre échantillon évoquent la sécheresse comme une cause possible du
changement de comportement des macaques de barbarie, « En plus de cela c’est à cause de la
sècheresse car ils (singes) ont besoin de l’eau aussi » A1, « C’est peut-être à cause de la
sècheresse » A2, « Le problème que j’ai trouvé c’est que pendant les années de sècheresse
quand il ne trouve pas d’eau, il décortique le cèdre par manque de sels minéraux je crois, il
suce la sève. Les dégâts sur le cèdre sont plus importants que les petites quantités de cerises
qu’ils mangent (singe) » A6, « C'est la sècheresse qui fait descendre les singes, avant il y avait
des sources dans la forêt mais elles ont tari » A9, « La sècheresse, au cours de cette dernière,
ils ont gouté les aliments des humains et se sont habitué » A12.

50
Les réponses les plus récurrentes (50%) quant à la cause des incursions des macaques de
barbarie dans les vergers de cerises est la recherche de ressources alimentaires et hydriques.
« Ils ont faim c’est pour cela qu’ils viennent dans les champs » A1, « Les singes viennent à la
recherche de la nourriture et l’eau. » A3, « Ils (singes) n’ont pas trouvé quelque chose de
nouveaux dans la forêt c’est pour cela qu’ils viennent (vergers) et attaquent les gens. Ils ont
trouvé tout ce qu’ils veulent. L’eau et la nourriture. Ils ont les meilleures conditions. » A5,
« Avant ils étaient nombreux mais ne descendaient pas parce qu’il trouvait suffisamment d’eau
et d’alimentation » A6, « C'est la faim qui les fait descendre » A7, « Cela fait 10 ans qu'il rentre
dans les champs à cause de la faim, moins de pluie donc moins de nourriture dans la forêt. »
A13, « Donc ils sont ici dans un endroit qui n'est pas le leur, mais comme ils ont trouvé une
compensation, à savoir de l'eau, le problème c'est ça » A14. Cette cause est en effet liée à la
première : la sécheresse réduit les ressources alimentaires et hydriques disponibles pour les
magots en forêt, les poussant ainsi à se rapprocher des zones habitées à la recherche de
nourriture et d'eau.

L’hypothèse selon laquelle le manque d’eau en forêt expliquerait les incursions des magots dans
les vergers est un axe du projet COHUMAG, traité par Noé Daniel Nguyen, étudiant en Master
Eau et Agriculture et stagiaire sur le projet.

Néanmoins au cours de nos entretiens, parfois réalisé avec cet étudiant, les données recueillies
sur la date de début des incursions et le tarissement des sources en forêts, semble confirmer
cette hypothèse. En effet, à Aïcha Hamad, un puits a été creusé il y a 3 ans pour alimenter la
commune de Aïn Leuh en eau potable, et les incursions de singes ont débuté 1 an plus tard. De
même, lors de notre entretien collectif à la Zaouia d’Ifrane, les producteurs de cerises ont
mentionné l’abandon des terres agricoles les plus proches de la forêt en raison de leur
appauvrissement causé par la sécheresse. Ces parcelles, où étaient cultivées des céréales,
connaissaient rarement incursions de singes. Cependant, depuis que les sources à proximité de
ces parcelles ont taries les incursions se sont intensifiées. À partir de nos entretiens avec Noé,
nous avons élaboré une carte (figure 8) recensant les zones d'incursion des magots, les zones à
risque et les sources asséchées."

51
Figure 9: Carte des sources et dégâts des magots

Source : Privas WIDA K.S, Noé Daniel Nguyen, 2024

NB : Cette hypothèse sera totalement confirmée ou infirmée à la fin du traitement des données
du stage de Noé.

La responsabilité de l’humain dans le changement comportemental des magots est soulignée


par 3 de nos interviewés : « le malheur est que les gens ont changé le comportement des singes
en leurs donnant à manger, les passagers, les touristes qui passent par la route » A6, « Les gens
sont le facteur qui pousse les singes à sortir de leur zone de confort et d’aller à côté de gens
parce que maintenant les gens ont construit des maisons au sein des forêts. A l’époque le singe
était sauvage mais maintenant il s’est familiarisé avec l’homme. » A4, « Ils ont faim c’est pour
cela qu’ils viennent dans les champs et aussi à cause de l’élevage des moutons qui les pousse
à rentrer dans les villes. » A1.

8.3.4 Comportement des magots dans les vergers


Pour comprendre les dégâts que peuvent occasionnés les macaques de barbarie dans les vergers,
nous avons posé, aux producteurs de cerises, la question : que font les magots dans les vergers.
En posant cette question, nous cherchions à obtenir des informations précises sur les habitudes

52
des magots dans les vergers, ce qui nous a permis de mettre au point une méthode pour
quantifier les pertes agricoles causées par leurs incursions.

Ainsi, nous remarquons que, bien que 50% des producteurs de cerises soutiennent que les
macaques de barbarie sont à la recherche de ressources alimentaires et hydriques, seulement
trois d’entre eux stipulent qu’ils s’hydratent dans les vergers. En revanche, la consommation de
cerises et la casse (photo 1) des branches sont les réponses données par tous les interviewés :
« il casse les branches et mange toute la production » A3 ; « le singe a détruit tout ; Il casse les
branches et consomment les fruits. Parfois, il le fait exprès, quand tu le chasses, il casse la
branche et s’en fuit. » A4.

Photo 1: Cassure de branches de cerisiers

Source : réalisation personnelle, 2024

Hormis la consommation de fruits, les magots se nourrissent également des bourgeons des
cerisiers, « Ils cassent les arbres et mangent les yeux des arbres (les bourgeons) » A1.

Afin de nous assurer que les dégâts décrits par les interviewés sont bien ceux du magot, nous
leur avons demandé de nous fournir des critères de différenciation des dommages causés par
les singes. Les casses de branches s’avèrent être l’indice principal qui permet de reconnaitre le
passage des singes dans les vergers de cerises, « Les branches cassées, les fleurs sur terre
permettent de reconnaitre les dégâts des singes. » A4 ; « pour les fruitiers on reconnait les
dégâts des singes par les branches cassées (les branches avec le plus de cerises, ils le cassent
et s'enfuient avec) et pour le blé le singe le frotte tel un humain, pour les oignons il mange juste

53
la plante » A11. Néanmoins, notons que ces indices peuvent également être dus à d’autres
facteurs, « on reconnaît les dégâts des singes par les branches cassées sauf s'il y a de grands
vents. » A13 ; « cette branche vient d’être cassée par un corbeau qui s’est posée dessus (en
nous donnant la branche sur laquelle il y avait encore des cerises) » A7. Nos observations sur
le terrain ont mis en évidence une cause supplémentaire de casse des branches : les ouvriers
agricoles qui récoltent les fruits en grimpant aux arbres, comme le montre la photo n°2.

Photo 2: Moissonneur grimpant un cerisier

Source : Réalisation personnelle, 2024

8.4 Les mesures entreprises : Classement en sous-groupes, concernant le


rapport aux singes selon discours, mode d’action et impact dans les
vergers
La perception des dégâts des magots a été analysée en construisant des idéaux-types selon trois
critères :

- Le discours sur les singes qui oscille entre des perceptions positives (favorable à la
cohabitation), négatives (préconisant l’éloignement) ou mixtes (
- Les modes d’actions qui varient également d’un producteur à un autre. Certains
n’adoptent aucune mesure, d’autres se protègent individuellement, tandis que d’autres
s’engagent dans des mesures collectives. Notons que la majorité de ceux qui agissent
collectivement mettent également en place des mesures de protection individuelles.
54
- Le degré d’impact pour lequel nous avons attribué des scores à chaque producteur en
prenant en compte différentes variables telles que : l’âge des cerisiers, le nombre
d’arbres sur la parcelle, la distance entre la parcelle et les derniers arbres de la forêt, la
présence d’un gardien et la présence d’un point d’eau. Les résultats de cette attribution
sont présentés en annexe 1.

Le tableau n° 10 illustre différents profils de producteurs en fonction de leur perception des


incursions de macaques dans les vergers et des mesures qu'ils adoptent ou envisagent pour y
faire face. Chaque profil, du naturaliste au résigné, en passant par la sentinelle des vergers ou
l’hyperbolique, reflète des attitudes variées face à ce conflit homme-faune. L’analyse de ces
idéaux-types permet de comprendre non seulement la diversité des réactions, mais aussi les
motivations qui sous-tendent les choix des producteurs, qu’ils soient d’ordre économique,
écologique ou émotionnel. Ces distinctions sont essentielles pour identifier des solutions
adaptées à chaque profil dans le cadre de la gestion des conflits liés aux macaques.

Tableau 10: Répartition des idéaux-types

Aucune Individuelle Collective


Actions
Discours
Degré d’impact
A6 0
1
+ A7 A14 A3 2
3
A8 0
1
+/- A2 A5 2
3
A9 0
- A4 A15 1
A12 A3 A13 A1 A5 2
A10 A11
3
Source : réalisation personnelle, 2024

55
Légende : Le naturaliste

La sentinelle des vergers

Le résigné

L’hyperbolique

Le naturaliste : il est Figure 10: L'idéal type : le naturaliste

conscient que les incursions de Le naturaliste


magots dans les vergers Actions
4
pourraient affecter le revenu 3
des producteurs de cerises, 2
mais il les trouve insignifiant : 1
« Pour moi l’impact du singe 0
dans les cultures n’est pas un
grand impact. Il y a quelques Degré d'impact Discours
cultures aux abords de la forêt
Source: réalisation personnelle, 2024
où le singe peut descendre mais
à mon avis ce n’est pas un problème. » A6. De plus, il considère que le macaque de barbarie
fait partie intégrante de l’écosystème et que son extinction conduirait à un déséquilibre de ce
système : « on vit ensemble : le cèdre, le singe. Une fois un anneau de la chaine est cassé, il
aura un impact sur tout le reste. » A6. Il est important de préciser qu’il n’y a pas d’incursions
dans son verger, donc pas de dégâts.

Par ailleurs, on retrouve des producteurs subissant les dégâts ayant une certaine compassion
vis-à-vis du devenir des singes. C’est le cas de A3 qui craint pour la vie des magots « bientôt il
n’y aura plus de singes car il n’y a plus à manger dans la forêt et quand ils viennent dans les
vergers, les gens (gardiens) les tape, ils vont les tuer ». Pour se prévenir des dégâts, il préfère
des solutions qui ne menacent point la vie des macaques, « je tape dans un métal pour les faire
fuir ».

Il existe une variante de ce profil type qui est le naturaliste déçu. Initialement séduit par le
comportement des magots, il percevait leurs intrusions comme une opportunité de contempler
la faune sauvage de près : « Moi au départ, j'adorais les singes, je les voyais batifoler. Ici, c'était
bucolique, c'était bien. » A14. Les dégâts causés par cette dernière au fil du temps dans son

56
verger changeront progressivement sa perception des magots même s’il reste un amoureux de
la nature : « Mais après, quand je me suis rendu compte des dégâts qu'ils pouvaient occasionner
à ma propriété. Le charme a été rompu. Et puis j'ai commencé à les aimer de moins en moins.
Mais là, aujourd'hui, je les déteste vraiment parce que là, quand je les vois, ça y est. » A14.

Sentinelle des vergers : la Figure 11: L'idéal type :la sentinelle des vergers

caractéristique principale de La sentinelle


cet idéal type est la nécessité Actions
4
de protection du capital
3
investi dans la production de 2
cerises. Il avance 1
implicitement ou 0

explicitement des arguments


économiques pour justifier sa Degré d'impact Discours

position : « Quand le gardien


est installé on est tranquille. Source: réalisation personnelle, 2024

Le gardien coûte 100 dirhams la journée pendant environ 2 mois. Il vaut mieux payer le gardien
que de ne pas le faire. C’est une dépense supplémentaire. » A2, « Si tu n’as pas de gardiens tu
ne récolteras rien. Il (singe) est très efficace pour récolter tout. » A5. Il prend des mesures
dissuasives pour se protéger des dégâts que pourraient occasionnés les intrusions de magots.
Ces mesures sont généralement prises individuellement notamment la prise de gardiens « Sans
gardien, il n’y a pas de solution. Sans le gardien tu ne peux rien faire. » A2. Certains prennent
quand même des mesures collectives, comme A5, qui est adhérent d’une association active dans
la recherche de solution à ce conflit.

57
Le résigné : ce profil type, Figure 12: L'idéal type : le résigné

préfère subir les dégâts que


Le résigné
de prendre des mesures
Actions
protectives comme le ferait 4

la sentinelle des vergers : 3

2
« Je n’ai pas de gardiens
1
car j’ai un petit champ »
0
A4 ; « Non, on laisse le
singe mangé parfois pour
Degré d'impact Discours
qu'il ne meurt pas de faim »
A7. Ceci est dû soit, au petit Source: réalisation personnelle, 2024
nombre d’arbres qui l’a
dans son verger : « Les gens qui prennent un gardien ont un grand champ. » A4 ; ou à au faible
dégât causé par les magots dans son verger : « Pas de dégâts, les singes fuient à la vue de
l'homme »

L’hyperbolique : a une Figure 13: L'idéal type : L'hyperbolique

réaction disproportionnée
L'hyperbolique
Actions
face au conflit. Il amplifie 4

le conflit et a un discours 3

très prononcé : « Le 2

1
magot macaque a causé
0
beaucoup de dégâts. Par
exemple au lieu de vendre
Degré d'impact Discours
les cerises à 100000
dirhams, ils le vendent
Source: réalisation personnelle, 2024
seulement à 5000
dirhams. Il y a un fléau aussi parce que le magot arrache les tuiles pour chercher des insectes.
Ils jettent les tuiles donc c’est un destructeur numéro 1. » A15. Il rejette catégoriquement la
présence de magots de Barbarie à proximité de ses vergers et met en œuvre des mesures
radicales pour les en éloigner : « dans l’espoir de sauvegarder le magot nous allons construire
des mangeoires, des abreuvoirs, des grillages, les miradors, les collectes d'eau dans la forêt.
Nous allons recruter 40 gardiens pour les contenir dans la forêt. ». A15

58
8.5 Analyse croisée : quels profils socio-économiques dans chaque sous-
groupe
Cette section présente une analyse croisée des profils socio-économiques et des systèmes de
production des différents sous-groupes de producteurs de cerises, classés selon leurs idéaux-
types. L'objectif est de dégager des tendances spécifiques pour chaque sous-groupe, en fonction
des caractéristiques telles que l'âge, l'éducation, l'accès au financement, les activités extra-
agricoles, l'accès au marché, ainsi que les systèmes de production utilisés (irrigation, âge des
cerisiers, présence d’un gardien, nombre de cerisiers, etc.). Les résultats de cette analyse sont
présentés dans le tableau n°11.

59
Tableau 11: Caractéristiques socio-économiques et systèmes de production des idéaux types

Idéaux-types Age Education Accès au Activités Accès au marché Distance Irrigation Age des Présence Nombre
financement extra- entre la cerisiers d’un de
agricoles parcelle gardien cerisiers
et la
forêt
Le naturaliste 57,5 75% 100% Fonds 50% 50% 700 m 75% gravitaire 8 ans 2 oui et 1 292,5
scolarisés propres pluriactifs autoconsommations non
La sentinelle 48,25 50% 75% 50% 100% 75% gravitaire 17,66 75% 515
des vergers scolarisés Fonds pluriactifs Agri-preneurs 10-100 ans gravitaire
propres m avec
gardiens
Le résigné 48 50% 75% 100% 100% 125 m 100% 8,5 ans 100% 350
scolarisés Fonds Paysans Agri-preneurs Gravitaire sans
propres gardiens
L’hyperbolique 57,87 38% 57% Fonds 25% 13% auto- 103,33 75%gravitaires 12,42 25% 342,5
scolarisés, propres, 29% pluriactifs consommateur et m et 2 puits ans avec
63% non- financés, 14 et 75% 88% agri preneurs gardiens,
scolarisés % mixtes paysans 75% en
personne
Source : réalisation personnelle, 2024

60
Interprétation :

Le naturaliste

Ce groupe est principalement constitué de producteurs âgés (moyenne d’âge de 57,5 ans), dont
75 % ont une formation académique. Leur accès au financement est autonome à 100 %, et la
moitié d’entre eux sont engagés dans des activités extra-agricoles. Leurs productions sont en
partie (50%) destinées à l’autoconsommation, ce qui reflète un profil moins orienté vers le
marché. Ils exploitent des parcelles situées à une distance relativement éloignée de la forêt (700
m), ils sont moins soumis aux incursions des magots contrairement aux autres sous-groupes.
Leurs vergers ont en moyenne 8 ans d’âge avec 75 % d’entre eux utilisant l’irrigation gravitaire.
Leur taille moyenne de parcelle est modeste avec environ 292,5 cerisiers.

La sentinelle des vergers

Le groupe, la sentinelle des vergers, se distingue par un profil plus jeune (48,25 ans en
moyenne) et un accès au financement autonome pour 75 % des membres, tandis que l'un des
producteurs combine plusieurs sources de financement (PMV en plus de fonds propres). La
moitié des producteurs pratiquent, en plus de l’agriculture, d’autres activités. Tous les membres
de ce groupe sont des agri-preneurs, ils produisent essentiellement pour le marché. Ils exploitent
des parcelles relativement proches de la forêt (10 à100 m) sauf un membre qui est à 1km et ne
subit pas d’incursions. La majorité (75 %) d’entre eux utilisent l’irrigation gravitaire avec des
gardiens pour protéger leurs cultures. Les cerisiers sont plus matures dans ce groupe, avec un
âge moyen de 17,66 ans, et ils gèrent une plus grande superficie, comptant environ 515 cerisiers
par exploitation.

Le résigné

Les producteurs de ce groupe ont un profil caractérisé par une moyenne d'âge de 48 ans et une
éducation formelle pour seulement 50 % d'entre eux. Tous les membres de ce groupe produisent
sur fonds propres sauf un (25%) producteur qui combine en plus l’apport du PMV. Leurs
activités sont exclusivement agricoles, sans diversification extra-agricole. En termes de
production, ils sont principalement (100%) orientés vers le marché. Leurs vergers sont situés à
proximité de la forêt (125 m), donc à la portée des magots. Ils utilisent à 100 % l’irrigation
gravitaire et ne disposent pas de gardiens pour protéger leurs cultures. Leurs cerisiers sont
relativement jeunes, avec une moyenne de 8,5 ans, et ils possèdent environ 350 cerisiers soit 1
hectare.

61
L’hyperbolique

Ce groupe se caractérise par un âge moyen plus élevé (57,87 ans) que les autres sous-groupes
et une population majoritairement non-scolarisés (63 %), bien que 38 % aient reçu une
formation académique. Leur accès au financement est varié : 57 % sont autonomes, 29 % ont
bénéficiés du PMV, et 14 % combinent plusieurs sources de financement. Ils se distinguent
également par une prédominance de producteurs dépendant des activités agricoles (75 %) avec
seulement 25 % d’entre eux exerçant une activité secondaire. La majorité (88 %) des membres
sont des agri-preneurs (produisent pour le marché), tandis que 13 % pratiquent
l’autoconsommation. Leurs parcelles sont situées près de la forêt (103,33 m en moyenne), et ils
utilisent principalement l’irrigation gravitaire, bien que deux exploitants utilisent des puits. Les
cerisiers ont en moyenne 12,42 ans, et seulement 25 % d’entre eux emploient des gardiens,
tandis que la grande majorité se chargent eux-mêmes de la surveillance de leurs vergers
certainement par manque de moyens financiers. Leur production compte environ 342,5 cerisiers
par exploitation.

8.6 Conclusion partielle


L’analyse des comportements et des attitudes des producteurs face aux incursions des macaques
de Barbarie dans les vergers révèle une diversité de réponses, façonnées par des facteurs
économiques, écologiques et émotionnels. Les idéaux-types identifiés permettent de mieux
comprendre comment chaque groupe réagit à ce conflit homme-faune.

8.6.1 Perception des macaques de barbarie : entre cohabitation et rejet


La perception des macaques varie considérablement selon les groupes. Les naturalistes voient
les macaques comme une composante clé de l'écosystème et prônent la cohabitation, même
lorsque les singes causent des dégâts. Ce groupe reconnaît l’importance des macaques pour
maintenir l’équilibre écologique, et certains expriment même de la compassion envers eux,
adoptant des solutions non violentes pour les éloigner.

En revanche, les hyperboliques adoptent une attitude plus radicale. Leur perception du
macaque est souvent négative, ils le voient comme une menace majeure pour leurs revenus et
leur patrimoine agricole. Ce discours se traduit par des actions de rejet catégorique et des
solutions drastiques. Leur hostilité contraste nettement avec la vision plus nuancée des
naturalistes.

62
Quant aux sentinelles des vergers, leur perception est avant tout économique. Ils ne sont ni
pour ni contre les macaques, mais leur présence est perçue comme une menace pour leur capital
investi. Leur approche pragmatique se base sur la protection de leurs intérêts financiers.

Les résignés, quant à eux, oscillent entre indifférence et tolérance. Ils ne voient pas la nécessité
de prendre des mesures spécifiques, en partie à cause de la faible taille de leurs parcelles ou
parce qu'ils considèrent les dégâts comme négligeables.

8.6.2 Mesures de protection : individuelles vs collectives


Les modes d’action adoptés par les producteurs sont également un indicateur fort de leurs
priorités et de leur perception du conflit. Les sentinelles des vergers et les hyperboliques sont
les plus proactifs, optant pour des mesures individuelles comme l’embauche de gardiens pour
surveiller leurs vergers. Ces stratégies qui représentent un surcoût de production sont jugées
nécessaires pour protéger leur production.

Cependant, certains membres de ces groupes, en particulier les hyperboliques, s’engagent


également dans des mesures collectives, participant à des associations ou des initiatives
communautaires visant à trouver des solutions globales au conflit. Ces actions collectives
montrent une certaine ouverture à la coopération.

Les naturalistes, en revanche, prennent rarement des mesures proactives, notamment parce
qu’ils subissent moins de dégâts en raison de l’éloignement de leurs parcelles. Ils privilégient
des solutions passives ou symboliques, sans engager de dépenses importantes.

Les résignés optent souvent pour l’inaction, soit parce qu'ils considèrent les incursions des
macaques comme inévitables, soit parce que leurs ressources ne justifient pas des
investissements dans des mesures de protection.

8.6.3 Impact des incursions et distance à la forêt


Un autre facteur déterminant dans les réactions des producteurs est le degré d’impact qu’ils
subissent en raison de la proximité de leurs vergers avec la forêt. Les sentinelles des vergers
et les hyperboliques, dont les parcelles sont situées très près de la forêt, sont les plus exposés
aux incursions des macaques. Cela les conduit à adopter des stratégies défensives comme
l’emploi de gardiens.

Les naturalistes, en revanche, exploitent des vergers plus éloignés de la forêt, ce qui les expose
moins aux dégâts causés par les macaques. Ce facteur explique en grande partie leur attitude
plus détendue face au conflit.

63
Les résignés sont dans une position intermédiaire. Bien que leurs parcelles soient souvent
proches de la forêt, ils ne perçoivent pas les incursions comme un problème majeur,
probablement parce que leurs exploitations sont plus petites et que les pertes sont jugées
acceptables.

8.6.4 Facteurs socio-économiques et choix de stratégies


L'analyse montre que les choix des producteurs face aux incursions des macaques sont
influencés par des facteurs socio-économiques importants. Les naturalistes, souvent plus âgés
et mieux éduqués, ont une vision plus globale et écologique du conflit, tandis que les sentinelles
des vergers et les hyperboliques sont plus jeunes ou actifs dans une logique de rentabilité
économique, ce qui les pousse à réagir de manière plus protectrice. Les résignés, qui se situent
à mi-chemin en termes d’âge et d’éducation, adoptent des postures plus passives, avec moins
de ressources investies dans la protection.

L'accès au financement joue également un rôle clé : les groupes avec des ressources financières
limitées, comme les résignés, ont tendance à tolérer les incursions faute de moyens, tandis que
ceux qui ont plus de ressources, comme les sentinelles des vergers, peuvent se permettre
d'embaucher des gardiens.

En somme, cette analyse des idéaux types révèle que les réponses au conflit homme-macaque
sont façonnées par une combinaison de facteurs socio-économiques, écologiques, et la distance
physique à la forêt. Chaque groupe réagit en fonction de ses priorités : préservation de
l’écosystème pour les naturalistes, rentabilité économique pour les sentinelles des vergers,
tolérance par défaut pour les résignés, et rejet radical pour les hyperboliques.

8.7 Modes d’organisations et rapport aux acteurs institutionnels pour les


sous-groupes les plus organisés collectivement
8.7.1 Les modes d’organisations des producteurs de cerises face en réponse au conflit
Homme-Magot
Dans nos zones d’études, la gestion du conflit homme-magot a donné lieu à des actions
collectives que nous avons analysé à en nous inspirant des différentes étapes de la construction
d’une action concertée à travers le prisme de la sociologie de la traduction. Les résultats de cette
analyse sont présentés dans le tableau n°12.

64
Tableau 12: Modes d'organisations collectives

Thème Aïn-Leuh : création de Zaouia d’Ifrane : Actions


l’association des producteurs collectives pour se
de cerisiers prémunir des incursions
Définition du problème Fonds International pour la Initiatives des résidents du
protection des animaux (IFAW) village et des producteurs de
cerises
Contrôle des décisions IFAW et un bureau de 5 membres Producteurs de cerises
de l’association des producteurs
Rôle des professionnels Aide à la création de Pas de professionnels
l’association et intermédiaire
entre l’association et les
autorités locales
Enrôlement Mobilisation initiée par l’IFAW, Mobilisation par effet boule
création d’un bureau élu en de neige ; création d’un
fonction des réseaux relationnels gardien collectif
Rallongement du réseau Retrait de IFAW et arrivée d’un Pas de nouveaux partenaires
bureau d’études pour estimation
du coût des solutions
préconisées par l’association
Retombées attendues - Protection des vergers de - Protection des
cerisiers vergers de cerisier
- Maintien des magots en - Maintien des magots
forêt en forêt
Source : réalisation personnelle, 2024

Ce tableau compare deux approches distinctes adoptées par les producteurs de cerises d'Aïn-
Leuh et de Zaouia d'Ifrane face aux incursions de magots dans leurs vergers.

A Aïn-Leuh, la création d’une association de cerisiers a été initiée par le Fonds International
pour la Protection des Animaux (IFAW), qui a facilité la mobilisation et la création d’un bureau
de cinq membres : « c’est IFAW qui a payé un avocat pour la création de l’association » A3.
Ce bureau est chargé de représenter les producteurs et de négocier avec les autorités locales
(L’Agence Nationale des Eaux et forêts, le Parc National d’Ifrane, la Direction Provinciale de
l’agriculture).

65
Les membres du bureau ont été élus sur la base de leur niveau d’éducation et des relations qu’ils
entretiennent avec le reste de la communauté : « On a fait des élections. Les membres de
l’association sont tous d’Aïn Leuh. C’est la population qui a choisi les membres de l’association
avec des élections. Ils m’ont choisi comme président parce que je parle trois langues voire 4
langues y compris l’amazigh. C’est la langue du village. Je parle français et anglais aussi. Je
suis l’interlocuteur de tout le monde en plus de cela la plupart des gens étaient des élèves chez
moi. Je connais tout le monde » A15. L’adhésion des producteurs à l’association s’est faite suite
à une réunion de l’IFAW avec les producteurs directement impactés.

L’association interagit avec divers acteurs pour trouver des solutions au conflit homme-magot :
L'IFAW, un acteur essentiel pour son rôle dans la création de l’association, et qui a dû quitter la
région pendant la pandémie de Covid-19. Les institutions chargées de la protection de l’habitat
des magots telles que l'ANEF et le PNI, « La prochaine réunion est prévue dans deux semaines
pour le lancement du projet. Il y a 10 milliards pour ce projet financé par l’ANEF.
Prochainement il y aura IFAW, des associations françaises également » A15. Les chercheurs du
projet COHUMAG, ainsi que, plus récemment (4ans), un bureau d’études sollicité par les
membres de l’association pour estimer le coût des solutions qu’elle propose.

Les perspectives de l’association se résume en : « La solution pour sauvegarder le magot


macaque, il y a des entrepreneurs qui vont travailler avec nous dans la forêt. Primo on va
implanter des grillages, presque 45 km pour la population pour garder la forêt. Ensuite pour
garder le magot macaque dans un endroit initial on va travailler pour construire des
mangeoires et des abreuvoirs » A15

En revanche, à Zaouia d’Ifrane, les actions collectives ont été spontanées et motivées par
l’initiative des résidents et des producteurs eux-mêmes, d’Ifrane. « Pour la pétition c’est la
proposition de tous les habitants. Certains fonctionnaires du village nous ont proposé de faire
des pétitions mais sans mentionner leur nom » entretien collectif Zaouia d’Ifrane.

L’un des résultats concrets de cette mobilisation spontanée des résidents du village a été
l’embauche collective d’un gardien pour surveiller les vergers : « l’année dernière, nous avons
pris un gardien (collectivement) en Février et Mars. Nous ne l’avons pas payé pendant un mois
car certains agriculteurs ne contribuaient pas et les singes sont redescendus » Entretien
collectif à Zaouia d’Ifrane. Ceci souligne l’efficacité d’un gardien pour prévenir les incursions
mais également une possible incapacité financière de certains producteurs de cerises à s’offrir
un gardien.

66
D’autres actions ont également été menées sans succès : « nous avons écrit deux pétitions aux
Eaux et Forêts, qui nous ont répondu : il faut protéger le singe, nous ne pouvons pas
l’attaquer » Entretien collectif à Zaouia d’Ifrane. Aussi, des tentatives de création d’une
association formelle de producteurs agricoles en vue de plaider leur cause auprès des autorités
ont échoués pour des raisons politiques : « nous sommes conscient qu’il faut une association
pour échanger avec les autorités mais deux personnes du village bloquent les initiatives. L’un
d’eux a une association politique. » Entretien collectif à Zaouia d’Ifrane. Cette situation révèle
une disparité dans la mobilisation des habitants du village face au conflit homme-magot,
certains étant plus engagés que d'autres. Les intérêts politiques semblent parfois primer sur la
gestion de ce problème.

Contrairement à Aïn-Leuh, il n’y a pas eu de prolongation du réseau avec de nouveaux


partenaires, mais les objectifs restent similaires : protéger les vergers tout en maintenant les
magots en forêt. « Nous ne pouvons pas proposer de solutions mais les administrations le
peuvent, principalement les Eaux et Forêts. Cela a été fait pour les sangliers et les cerfs,
pourquoi ne pas le faire pour les singes. Nous sommes conscients que c’est difficile mais il faut
essayer. Mettre de la nourriture à 4 ou 5 points dans la forêt en respectant le territoire de chaque
groupe (singes). Lorsque le singe s’habitue à une zone, il y reste. » Entretien collectif à Zaouia
d’Ifrane.

En conclusion, les deux cas d’études présentés révèlent des approches distinctes, mais
potentiellement complémentaires pour gérer les conflits entre les producteurs de cerises et les
macaques de barbarie. A Aïn-Leuh, l’implication d’un acteur externe comme l’IFAW a permis
de structurer la réponse collective et de mobiliser des ressources techniques et financières. A
Zaouia d’Ifrane, la mobilisation spontanée des producteurs, bien que moins structurée, a permis
de mettre en place des actions rapides et concrètes, bien qu’elles n’aient pas durées. Ces deux
exemples montrent que la réussite d’une gestion collective des conflits dépend à la fois de la
capacité à s’organiser de manière structurée et de la mobilisation de l’ensemble des acteurs
locaux.

8.7.2 Rapport aux acteurs institutionnels pour les sous-groupes organisés


collectivement
La nécessité de s'unir en collectif pour pouvoir dialoguer avec les acteurs institutionnels et
trouver des solutions aux incursions de magots dans les vergers est un thème récurrent qui est
ressorti de nos entretiens : « il faut créer une association pour pouvoir parler à l'ANEF si non
tout seul les forestiers ne prêtent pas attention » A10, «je pense qu'il faut créer une association.

67
Je pourrai réunir les autres agriculteurs (40 à 50) parmi les plus touchés pour le faire. » A12
en réponse aux solutions envisageables.

Les principaux acteurs institutionnels mentionnés lors de nos entretiens sont le Parc National
d'Ifrane et l'Agence Nationale des Eaux et Forêts.D’autres acteurs sont également sollicités par
les producteurs pour la gestion du conflit avec le macaque de barbarie à savoir : le gouverneur
et le caïd, qui sont des représentants territoriaux du pouvoir public. Etonnamment, un acteur
qui nous semblait central est très peu mentionné lors de nos entretiens : il s’agit de la Direction
Provinciale de l’Agriculture (DPA). D’autres acteurs sont également concernés par les
incursions des macaques de barbarie à savoir les revendeurs de cerises, « je connais un
revendeur de cerises qui en tue chaque année » A14 ; mais aussi, dans une certaine mesure, les
populations riveraines (surtout à Zaouia d’Ifrane) qui perçoivent cela comme une menace pour
leurs activités « j’ai mis des barrières pour qu’ils ne rentrent pas dans ma boutique »
propriétaire d’une boutique à Zaouia d’Ifrane.

Comme mentionné dans notre méthodologie, nous avons réalisés des entretiens exploratoires
avec ces différents acteurs et nous avons pu en ressortir leurs perceptions du macaque de
barbarie. La figure n°13 illustre ces différents acteurs ainsi que leurs points de vue sur le magot.

Figure 14: Acteurs et représentations sociales du magot

Source : réalisation personnelle, 2024

68
La figure 13 montre la diversité des points de vue et des stratégies face au conflit avec le
macaque de Barbarie. Certains voient ce primate comme un nuisible qu'il faut éloigner à tout
prix, tandis que d'autres insistent sur la conservation et la cohabitation.

Les acteurs tels que les gardiens, les producteurs de cerises, et les revendeurs, perçoivent le
macaque de Barbarie comme un problème. Ils soulignent les pertes économiques, les dommages
causés aux vergers et les actes de destruction : « Ils mangent tout et cassent tout » gardiens,
« Sans gardiens, on perd toute la production » producteurs de cerises, « Je connais un
revendeur qui en tue chaque année » revendeurs de cerises.

En revanche, les administrations et les institutions environnementales (ANEF, Parc National),


ont une approche plus neutre ou protectrice « Le singe est un bioindicateur » Parc National,
« C’est la faute aux agriculteurs qui sont allés s’installer près de son habitat » DPA, « Ce
problème nous dépasse » administrations territoriales.

Les producteurs de cerises, regroupés en collectifs, mettent en place diverses initiatives, telles
que l'envoi de pétitions, afin de trouver des solutions au conflit avec les macaques. Ces pétitions
sont adressées aux acteurs institutionnels qui perçoivent les macaques différemment. Toutefois,
selon les témoignages recueillis lors des entretiens, comme indiqué précédemment, les acteurs
institutionnels n'ont pas encore mis en œuvre de solutions concrètes. Cependant, le fait que
notre étude ait été commandée par ces mêmes institutions montre qu'elles sont engagées dans
une démarche pour résoudre le conflit entre les producteurs de cerises et les macaques de
barbarie.

69
9. Résultats de l’approche économique
9.1 Estimation des dégâts à partir des données éthologiques

Le nombre de cerises consommés dans un verger de cerises par un groupe de magots au cours
d’une saison est :

N= [(𝑵𝒄𝒎 ∗ 𝑻𝒎 ∗ 𝑵𝒋𝟏 ) + (𝑵𝒄𝒋 ∗ 𝑻𝒋 ∗ 𝑵𝒋𝟐 ) ] ∗ 𝑵𝒔 ∗ 𝟔𝟎

N=
[((𝟕, 𝟔 ± 𝟑, 𝟏) ∗ 𝟎, 𝟐𝟔𝟒𝟗𝟒𝟑𝟓𝟑 ∗ 𝟐𝟖 ) + ((𝟕, 𝟔 ± 𝟑, 𝟏) ∗ 𝟎, 𝟕𝟒𝟒𝟔𝟏𝟗𝟏𝟕 ∗ 𝟕 ) ] ∗ 𝟐𝟖
∗ 𝟔𝟎

donc N= 162958±65789 cerises

Nb : - Nj1 et Nj2 correspondent au nombre de jours avec cerises sur les arbres. Selon les
données des écologues, on compte 4 à 6 semaines pour cette période soit en moyenne 5
semaines. Le mois de mai étant le mois avec le plus de cerises sur les arbres, nous avons retenu
4 semaines pour ce mois soit Nj1 = 4 * 7jours et Nj2= 1 * 7jours. On a : Nj1 = 28 et Nj2 = 7

- Le nombre de cerises consommées en mai n’est pas fourni dans es données des
écologues. Nous avons donc retenu celui du mois juin pour les deux mois soit
Ncm=Ncj= (7,6± 3,1)

Calculons à présent le nombre de kilogrammes (Nk) de cerises consommées par le groupe de


magots au cours d’une saison.

On a: Nk = N/158.

donc Nk= 162958±65789 /158

d’où la quantité de cerises consommés par un groupe de macaque de barbarie dans une parcelle
est: Nk = 1031,37±416,39 Kg

La perte de revenus due à la consommation de cerises d’un groupe de singes au cours d’une
saison est :

R= P*Nk , ainsi on a R= 35*1031,37±416,39

d’où R= 36 097,95±14 573,65 dirhams


70
En somme, chaque année la perte de revenus résultant de la consommation de cerises par un
groupe de singes (de 28 membres) pendant une période de récolte s'élève à 36 097,95±14 573,65
dirhams.

Nb : Il est important de rappeler que cette valeur ne reflète que le comportement alimentaire du
groupe de magots d'Ajabou, site sur lequel les écologues ont concentré leurs recherches sur la
consommation de cerises.

9.2 Estimation des dégâts causés par les magots à l’aide de la méthode de
comptage

La première étape de cette méthode est la réalisation de transects dans le verger étudié. Cette
étape est cruciale pour déterminer la méthode d’estimation a utilisée sur la parcelle mais
également pour comprendre le comportement des magots dans les vergers de cerises. Les
figures 14,15 et 16 représentent les transects réalisés sur la parcelle située à 350°N 33°16'22''N
5°21'4''O. La parcelle est située à proximité de la forêt (10 mètres des derniers arbres de la
forêt) avec présence de points d’eau et de gardiens.

Figure 15: Transect réalisé n°1 sur la parcelle située à 350°N 33°16'22''N 5°21'4''O

Transect 1
40
35
30
Cassures

25
20
15
10
5
0
0 5 10 15 20 25 30 35 40 45 50
Distance en mètres

Branches Rameaux Ramilles

Source : réalisation personnelle, 2024

71
Figure 16: Transect n°2 réalisé sur la parcelle située à 350°N 33°16'22''N 5°21'4''O

Transect 2
12
10
8
Cassures

6
4
2
0
-2 0 5 10 15 20 25 30 35 40 45 50
Distance en mètres

Branches Rameaux Ramilles

Source : réalisation personnelle, 2024

Figure 17: Transect n°3 réalisé sur la parcelle située à 350°N 33°16'22''N 5°21'4''O

Transect 3
14
12
10
8
Cassures

6
4
2
0
0 5 10 15 20 25 30 35 40 45 50
-2
Distance en mètres

Branches Rameaux Ramilles

Source : réalisation personnelle, 2024

Interprétation :

Dans les trois transects, les ramilles (ligne verte) subissent le plus de cassures. Cela suggère
que les magots préfèrent interagir avec les parties les plus fragiles de la végétation certainement
parce que ce sont les parties de l’arbre qui portent le plus de fruits.

Les cassures des rameaux sont plus modérées et plus régulières dans les trois transects. Cela
peut indiquer des incursions plus localisées où les singes utilisent les rameaux pour se stabiliser.

72
Ces observations pourraient corroborer les affirmations de certains producteurs selon lesquelles
les singes, face à une présence humaine, seraient tentés de briser des branches pour emporter
les fruits plus rapidement.

Les branches subissent très peu de cassures dans les trois transects, ce qui est cohérent avec
l'idée que les singes, étant relativement légers, ne causent pas de dommages importants aux
branches plus épaisses.

Les pics de cassures se situent dans les trente premiers mètres de la parcelle, à partir de la forêt.
L'ampleur des dégâts observés dans ces zones peut s'expliquer par la hauteur des arbres, qui
sont plus grands de taille par rapport aux autres arbres de la parcelle. Les singes, préférant les
points de vue élevés, concentrent leurs activités sur ces arbres. Cela peut aussi s’expliquer par
la proximité de cette zone à la forêt permettant aux magots de se replier plus facilement.

Les premiers minimums locaux (creux des courbes) sur les trois transects sont situés à 10 m de
la parcelle et les seconds se situent autour des 25 à 30 m. Sachant qu’il n’y a pas d’obstacles
sur la parcelle, l’on pourrait suggérer que ce sont plutôt des lieux de repos. Une autre explication
est que ces zones servent de lieux de surveillance pour les magots pour détecter les menaces
potentielles, notamment le bruit des voitures sur la route voisine.

Les figures 17,18 et 19 représentent les transects réalisés sur la parcelle située à 33°15'44''N
5°21'29''O. La parcelle est située à proximité de la forêt (10 à 20m) avec présence de points
d’eau et de gardiens.

Figure 18: Transect n°1 réalisé sur la parcelle située à 33°15'44''N 5°21'29''O

Transect 1
15

10
Cassures

0
0 5 10 15 20 25 30 35 40 45 50
-5
Distance en mètres

Branches Rameaux Ramilles

Source : réalisation personnelle, 2024

73
Figure 19: Transect n°2 réalisé sur la parcelle située à 33°15'44''N 5°21'29''O

Transect 2
6
5
4
Cassures

3
2
1
0
-1 0 5 10 15 20 25 30 35 40 45
Distance en mètres

Branches Rameaux Ramilles

Source : réalisation personnelle, 2024

Figure 20: Transect n°3 réalisé sur la parcelle située à 33°15'44''N 5°21'29''O

Transect 3
16
14
12
10
Cassures

8
6
4
2
0
-2 0 10 20 30 40 50
Distance en mètres

Branches Rameaux Ramilles

Source : réalisation personnelle, 2024

Interprétation :

La différence de cassures entre les différentes parties du cerisier sur ces trois transects semble
confirmer notre interprétation précédente : les magots endommagent davantage les ramilles à
cause de leur fragilité et du fait qu’elles portent le plus de fruits.

74
En revanche, sur les transects 1 et 2, les pics de cassures sont localisés autour des 25 à 40 mètres
de la parcelle à partir des derniers arbres de la forêt. A contrario, sur le transect 3, le pic se situe
dans les premiers 20 mètres. Ceci peut s’expliquer par la présence d’une habitation, occupée
par le gardien, à proximité de la forêt. Le transect 3 est le plus éloigné de l’habitation. Les
magots évitent donc de s’attarder sur les cerisiers proches de l’habitation afin de se protéger
d’une possible intervention humaine.

Les minimums locaux sont situés à des distances similaires dans les trois transects. On observe
néanmoins une récurrence dans la baisse des dégâts autour des 30 à 35 m correspondant au
milieu de la parcelle. Cette zone pourrait servir de lieu de vigie pour les magots ou en encore
un point d’accès à la ressource hydrique (système de goutte à goutte) présente sur la parcelle.

Discussion :

L’analyse des cassures sur les deux parcelles montre une tendance similaire : les ramilles, plus
fragiles et porteuses de fruits, sont les plus endommagées par les magots, tandis que les rameaux
subissent des cassures modérées, probablement utilisées pour stabiliser les singes lors de leurs
déplacements. Les branches plus épaisses, quant à elles, restent largement intactes en raison de
leur robustesse. Ces observations confirment une préférence des magots pour les parties des
arbres offrant un accès plus direct aux fruits tout en étant plus vulnérables aux dégâts.

Les différences entre les deux parcelles se manifestent principalement dans la répartition
spatiale des dégâts. Sur la première parcelle, les pics de cassures sont concentrés autour de 25
à 40 mètres, tandis que sur la seconde, ils se situent dans les premiers 20 mètres, probablement
en raison de la présence d’une habitation sur la première parcelle qui éloigne les singes. Dans
les deux parcelles, une baisse des dégâts est observée autour de 30 à 35 mètres, suggérant des
zones stratégiques pour les magots, utilisées comme lieux de repos ou points d’observation pour
détecter les menaces.

En somme, bien que les incursions des magots se manifestent de manière similaire sur les deux
parcelles, certaines particularités locales, telles que la configuration des arbres, la présence
humaine ou la proximité de la forêt, semblent influencer la répartition spatiale des dégâts. Ces
résultats confirment l’importance de prendre en compte les caractéristiques spécifiques de
chaque parcelle pour mieux comprendre les interactions entre la faune sauvage et l'agrosystème,
et adapter les stratégies de gestion des dégâts causés par les magots.

75
9.2.1 Résultats de l’estimation par méthode de comptage

Les comptages de dégâts ont été réalisés sur onze parcelles en tout, mais nous présentons dans
le tableau n°13, ci-dessous, les résultats de cinq parcelles. Parmi les quatre parcelles restantes,
deux nous ont servis de parcelles test (que nous ne présentons pas à cause d’une différence
méthodologique dans la prise de données) pour affiner la méthodologie d’estimation retenue.
Les deux autres parcelles, situées à Zaouia d’Ifrane, ont une configuration différente de celles
présentées dans cette partie. En effet, les dégâts causés par les magots sont concentrés sur une
partie de la parcelle, contrairement à une répartition plus diffuse observée sur les autres
parcelles présentées ci-dessous. L’estimation sur ces parcelles nécessite une autre démarche
méthodologique. Pour des raisons de comparaison entre les parcelles, il nous a fallu opter pour
une méthode d’estimation identique pour toutes les parcelles présentées dans nos résultats.

Il est important de souligner que la majorité des parcelles observées au cours de notre phase de
terrain ont une configuration similaire à celles que nous analysons dans cette partie du mémoire.

Le tableau n°13 récapitule les résultats des calculs effectués après comptage des dégâts dans les
vergers de cerisiers sujet aux incursions de magots.

Le revenu des parcelles a été estimé à partir des déclarations des producteurs quant à leurs
rendements en cerises.

La perte due aux autres facteurs a été évaluée à partir de deux parcelles exemptes d'incursions
de singes (302°NO 33°18'45''N 5°19'6''O ; 49°NE 33°18'5''N 5°19'28''O).

Le pourcentage de perte due aux singes a été calculée en appliquant la formule suivante :
Perte due aux singes
Pourcentage de perte due aux singes: ∗ 100
Revenu de la parcelle

Nous avons également procédé à une comparaison : le résultat du comptage direct des dégâts
et une analyse basée sur les scores attribués aux parcelles, tels que définis précédemment pour
les types idéaux. Cette comparaison nous a permis d'évaluer la concordance entre ces deux
méthodes et, par conséquent, la validité des scores en tant qu'estimateurs des dommages. Le
résultat de cette approche est consigné dans le tableau 13.

76
Tableau 13: Estimation des dégâts à l’aide de la méthode de comptage

Parcelles P1 P2 P3 P4 P5

Revenu sur la 209 790 50 990,625 256 410 44 070,46 111 000
parcelle (dirhams)

Perte due à tous 47 836,885 4 262,742 47 086,981 8 444,776 22 343,274


les facteurs

(Dirhams)

Perte due aux 5 419,368 2 054,267 13 678,850 2 008,255 6 936,670


autres facteurs

(Dirhams)

Perte due aux 42 417,517 2 208,475 33 408,131 64 36,521 15 406,605


singes

(Dirhams)

Pourcentage de 20,22% 4,33% 13,03% 14,61% 13,88%


perte due aux
singes

Degré d’impact 2,2 2,8 2 1,6 1,8


sur la base des
scores

Source : réalisation personnelle, 2024

77
Interprétation :

La parcelle P1, située à 10 m des derniers arbres de la forêt et abritant une source d’eau, est
celle qui subit le plus de dégât des magots, soit 42 417,517 dirhams (20,22% du revenu de la
parcelle). Cela suggère que, malgré la présence de gardiens, l’accès à l’eau et la proximité de
la forêt attire fortement les singes.

La parcelle P2, qui subit le moins de dégât (2 208 dirhams soit 4,33% du revenu) est également
proche de la forêt avec présence d’un point d’eau (goutte à goutte) et d’un gardien. Ce qui
contraste avec le résultat précédent. Ce qui peut justifier ce résultat est probablement la faible
croissance des cerisiers sur cette parcelle due à un dysfonctionnement du système d’irrigation
utilisée. Selon, le gardien de la parcelle « les cerisiers produisent très peu depuis que nous les
avons plantés à cause d’un problème d’eau ». Cette parcelle est vraisemblablement moins
attractive pour les magots à cause du faible nombre de fruits qu’elle produit mais également du
fait que l’eau n’y est pas permanente. Il est à noter que la parcelle est sur une pente donc le taux
d’infiltration de l’eau est probablement faible.

Le pourcentage de perte due aux macaques de barbarie s’élève à 13,03% soit 33408,131
dirhams sur la parcelle P3. Elle est également proche de la forêt comme les deux précédentes
mais dépend des précipitations pour son irrigation et n’est pas surveillé par un gardien. Ce taux
de perte due aux singes peut s’expliquer par l’absence de gardiens et la proximité à la forêt.

Malgré l’éloignement de la forêt des parcelles P4 et P5, les pertes y sont considérables par
rapport aux revenus dégagés. En effet, les pertes s’élèvent respectivement à 14,61% et 13,88%
du revenu de la parcelle. La présence d’un point d’eau sur ces parcelles semble jouer un rôle
dans leur attractivité pour les magots.

L’analyse du degré d’impact des parcelles révèle une tendance différente de celle observée lors
du comptage des dégâts. Selon cette approche, la parcelle P2 est celle qui subit le plus de
dommages. Cela met en évidence les limites de cette méthode et souligne la nécessité de
collecter des informations supplémentaires, telles que la quantité de fruits récoltés et le bon
fonctionnement du système d’irrigation, afin de mieux évaluer le degré d’impact.

Les parcelles subissant le moins de dégâts, d'après le calcul du score de degré d’impact, sont
les parcelles P4 et P5. Étant les plus éloignées de l’habitat des magots, ce résultat confirme les
observations issues du comptage direct des dégâts, qui mettent en évidence que la distance entre

78
une parcelle et l’habitat des magots est un facteur déterminant dans l’explication des dommages
causés par ces derniers.

Discussion :

En somme, trois facteurs permettent d’expliquer l’attractivité d’une parcelle par rapport à une
autre. Le premier est la proximité de la parcelle à la forêt comme nous avons pu le constater
avec P1 qui est la parcelle la plus impactée par les incursions de magots. Le deuxième facteur
est la présence d’une source d’eau car des trois parcelles la plus proche de la forêt (P1, P2 et
P3), celle qui subit le plus de dégâts est P1 avec une présence permanente d’eau. Le troisième
facteur est la disponibilité de nourriture car en dépit du fait que P2 soit proche de la forêt, elle
subit le moins de dégâts à cause de la faible production des cerisiers sur la parcelle.

Les pratiques agricoles jouent également un rôle déterminant dans l’attractivité des parcelles de
cerisiers pour les magots. Le bon fonctionnement du système d'irrigation a un impact direct sur
la production de fruits et donc sur l'attractivité de la parcelle pour les magots. Aussi, La présence
de gardiens semble avoir un effet dissuasif sur les magots, bien que cet effet ne soit pas
systématique. Le rôle des gardiens semble influencé par plusieurs facteurs tels que la proximité
de la forêt, la disponibilité de l’eau, et la productivité des vergers. Si leur présence peut limiter
les dégâts causés par les macaques, nos résultats indiquent qu’une stratégie combinée, prenant
en compte l’aménagement des parcelles et la gestion de l’eau, pourrait renforcer l’efficacité des
gardiens et réduire les incursions des macaques. Il serait intéressant d’explorer davantage
comment optimiser ces facteurs pour mieux protéger les vergers et minimiser les pertes.

Partie 4. Discussion

10. Retour sur les hypothèses


Les résultats de notre étude sur le conflit qui oppose les producteurs de cerises et les macaques
de barbarie, nous permettent de répondre aux trois hypothèses que nous avons émises.

Hypothèse 1 : il n’existerait pas de corrélation entre l’intensité des dégâts et le portage public
des dégâts.

Pour tester cette hypothèse, nous avons réalisé des idéaux-types des producteurs de cerises
rencontrés lors de notre phase de terrain, de deux mois et demi à Aïn-Leuh et à Zaouia d’Ifrane.

79
Quatre profils ont ainsi été construits, en fonction du discours (favorable, défavorable ou mitigé
à la cohabitation), des mesures entreprises (aucune, individuelles et/ou collectives) pour faire
face aux conflits, ainsi que du degré d'impact (ou de vulnérabilité) estimé à partir des
caractéristiques de leurs parcelles de cerisiers.

La perception des macaques et l'intensité des dégâts qu'ils causent varient considérablement
selon les groupes de producteurs, mais il semble qu'il n'y ait pas de corrélation directe entre
l'intensité des dégâts et le portage public du problème. L'analyse des différents profils de
producteurs montre que même ceux qui subissent des pertes lourdes économiques considérables
(ils ont le nombre moyen de cerisiers le plus élevé soit 515 et sont exposés aux incursions),
comme les sentinelles des vergers, n'adoptent pas toujours une approche collective pour porter
le conflit sur la scène publique. Ce groupe privilégie souvent des mesures individuelles telles
que l'embauche de gardiens pour protéger leurs vergers, bien que certains participent à des
actions collectives.

Le fait qu’il n’y ait pas un écart considérable entre le nombre de cerisiers moyens dans les trois
autres groupes à savoir : 292,5 ; 350 ; 342,5 cerisiers respectivement pour les naturalistes, les
résignés et les hyperboliques, renforce cette idée. En effet, les naturalistes et les résignés ne sont
engagés dans aucune initiative collective contrairement aux hyperboliques. Cependant, leur
attitude peut s’expliquer soit par le peu de dégâts qu'ils subissent en raison de la distance de
leurs parcelles à la forêt, pour les naturalistes. Les résignés sont néanmoins géographiquement
plus exposés mais acceptent les pertes comme inévitables ou négligeables.

Par ailleurs, les hyperboliques qui portent le plus le conflit sur la scène publique dépendent des
activités agricoles pour subvenir à leur besoin, ce qui peut expliquer leur attitude.

Ainsi, la décision de porter le problème des incursions des magots sur la scène publique semble
dépendre davantage de la perception subjective du conflit, de la vulnérabilité économique
perçue, et des priorités personnelles ou collectives, plutôt que de l'intensité objective des dégâts.
Les sentinelles des vergers, par exemple, sont ceux qui subissent le plus de dégâts sur leurs
parcelles, et qui devraient être les plus enclins à adopter des actions radicales ou à se joindre à
des initiatives collectives, mais cela n'est pas systématiquement le cas. Ce décalage entre
l’impact perçu et les actions entreprises souligne l’importance des représentations sociales et
des priorités personnelles dans la gestion du conflit homme-magot.

80
Hypothèse 2 : La possibilité de bâtir des solutions dépend de la capacité à trouver un consensus
entre deux représentations sociales du singe : protégé et nuisible.

Les divergences de perception entre les groupes d’acteurs renforcent l’idée que le consensus est
essentiel pour établir des solutions durables. Les producteurs de cerises perçoivent les macaques
de barbarie comme des nuisibles, engendrant des pertes économiques significatives. Leur
discours est axé sur les dommages matériels et financiers causés par les singes, appelant à des
solutions immédiates et parfois radicales. En revanche, les institutions environnementales,
telles que l'ANEF et le Parc National, et les administrations territoriales adoptent une position
protectrice envers les macaques, les considérant comme des éléments essentiels de
l'écosystème. Cette dichotomie entre la nécessité de préserver les macaques et les pertes que
subissent les producteurs pose un défi majeur à la recherche de solutions.

La possibilité d'élaborer des solutions viables repose sur la capacité des acteurs à reconnaître
les préoccupations des uns et des autres. Il est crucial d'établir un dialogue constructif entre les
producteurs, qui ressentent une menace pour leur subsistance, et les défenseurs de
l'environnement, qui insistent sur l'importance de la conservation. Les exemples de
collaboration, tels que l'embauche de gardiens et la participation à des initiatives collectives,
montrent que des solutions peuvent émerger lorsque les acteurs s'engagent ensemble, même si
les résultats peuvent varier.

L’implication de l’IFAW à Aïn-Leuh, qui apporte des ressources et une expertise, contraste avec
l’approche plus isolée de Zaouia d’Ifrane. Cela souligne l’importance de partenariats externes
pour renforcer les capacités locales et structurer les réponses face aux défis partagés.

En somme, cette hypothèse est vérifiée et met en lumière la nécessité d'un consensus entre les
différentes représentations sociales des macaques. La gestion efficace du conflit homme-magot
requiert une reconnaissance des intérêts variés et souvent opposés des acteurs impliqués. La
construction de solutions durables dépendra d'un dialogue continu et de la capacité à créer des
alliances qui transcendent les perceptions individuelles. La cohabitation entre la protection des
macaques et la préservation des moyens de subsistance des producteurs est non seulement
possible, mais essentielle pour un avenir harmonieux dans cette région.

Hypothèse 3 : L’intensité des dégâts dans les vergers dépend 1) de la présence d’un point d’eau
susceptible d’attirer les singes, 2) de la présence d’un gardien, 3) de la distance entre le verger
et la forêt.

81
La proximité d’un verger avec la forêt apparaît comme un facteur clé dans l’attractivité des
parcelles pour les macaques. Comme illustré par la parcelle P1, qui est la plus proche de la forêt
et celle qui subit le plus de dégâts, les vergers situés à proximité immédiate des habitats naturels
des macaques sont les plus exposés aux incursions. Cette proximité facilite l’accès des singes
aux ressources disponibles dans les vergers, augmentant ainsi la probabilité de dommages
importants. À l'inverse, les parcelles plus éloignées de la forêt tendent à subir moins de pertes,
les incursions étant moins fréquentes.

Le second facteur essentiel est la présence d’un point d’eau à proximité des vergers. La parcelle
P1, qui bénéficie d’une source d’eau permanente, subit davantage de dégâts que les autres
parcelles proches de la forêt. Cela suggère que l’accès à l’eau attire les macaques, qui sont non
seulement en quête de nourriture, mais également d’hydratation. En revanche, la parcelle P2,
bien que proche de la forêt, subit moins de dégâts, en partie parce que l’eau y est moins
abondante, et donc moins attrayante pour les macaques. Ce constat met en évidence que la
gestion de l’eau est un facteur critique dans la lutte contre les incursions de magots.

Le troisième facteur est la présence de gardiens, qui, bien que dissuasifs, n’offrent pas une
protection absolue contre les macaques. Les résultats montrent que les gardiens peuvent réduire
les dégâts, mais que leur efficacité dépend également d’autres facteurs comme la proximité de
la forêt et la disponibilité des ressources en eau et en nourriture dans les vergers. Dans les cas
où la production des cerisiers est faible, comme dans la parcelle P2, l’absence de fruits semble
jouer un rôle plus important que la présence d’un gardien. Par conséquent, il est possible que
les gardiens soient plus efficaces dans des vergers avec une production abondante, où
l’attractivité pour les macaques est plus élevée.

L’hypothèse est donc partiellement vérifiée. La distance à la forêt et la présence d’un point
d’eau sont confirmées comme facteurs majeurs de l’attractivité des parcelles pour les macaques,
mais l’efficacité des gardiens est influencée par des facteurs supplémentaires, ce qui empêche
de la valider pleinement.

11. Retour sur la revue bibliographique


Notre étude innove en appliquant l'approche des types idéaux de Weber à la caractérisation des
conflits homme-faune, une perspective inédite dans la littérature scientifique sur ce sujet. Nos
résultats contribuent ainsi à enrichir notre compréhension de ces phénomènes complexes.

 Diversité des perceptions et profils socio-économiques

82
Les résultats révèlent une diversité marquée dans les attitudes et perceptions des producteurs
face aux incursions des macaques, synthétisée à travers quatre idéaux-types : naturaliste,
sentinelle des vergers, résigné et hyperbolique. Ces profils reflètent des visions variées,
influencées par des facteurs socio-économiques, écologiques et émotionnels.

Les naturalistes, souvent plus âgés et mieux éduqués, perçoivent les macaques comme une
composante essentielle de l’écosystème et prônent la cohabitation, même en cas de dégâts. Cette
perception rejoint les conclusions de Moussavou (2010) sur l’importance de la biodiversité
dans l’équilibre écologique, mais contraste avec les hyperboliques, qui amplifient les impacts
des incursions et adoptent des mesures drastiques. Leur attitude, marquée par une hostilité
prononcée, rappelle les observations de Baer-Bonnald (2021) en Ouganda, où les impacts
psychologiques exacerbent les conflits.

Quant aux sentinelles des vergers, leur perception est avant tout économique : protéger leur
capital investi est une priorité. Enfin, les résignés, souvent contraints par des ressources
limitées, acceptent les incursions comme une fatalité. Ces variations dans les attitudes
démontrent que les réponses au conflit homme-faune sont façonnées par une combinaison de
facteurs socio-économiques, comme l'accès au financement et les priorités individuelles,
confirmant les analyses de Eyebe et al. (2012).

 Modes d’action : De l’inaction aux stratégies collectives

Les actions des producteurs face aux incursions varient également selon les profils, allant de
l’inaction des résignés à des mesures individuelles ou collectives plus élaborées. Les sentinelles
des vergers et les hyperboliques adoptent des stratégies proactives, comme l’embauche de
gardiens, pour protéger leurs vergers, bien que ces mesures représentent un coût important. À
l’inverse, les naturalistes, souvent éloignés des zones à risque, privilégient des solutions
passives ou symboliques.

Les actions collectives, bien que minoritaires, offrent des solutions prometteuses. À Aïn-Leuh,
l’intervention structurée de l’IFAW a permis de créer une association, de mobiliser des
partenaires externes et d’élaborer des projets ambitieux, comme l’installation de grillages et
d’abreuvoirs. En revanche, à Zaouia d’Ifrane, les initiatives spontanées, bien que rapides,
manquent de coordination et de soutien institutionnel, limitant leur durabilité. Ces observations
corroborent les conclusions de Moumbock et al. (2020) et de Badaire (2018), qui insistent sur
l'importance des réseaux formels et des partenariats pour garantir la pérennité des actions.

83
 Relations avec les acteurs institutionnels

Les interactions avec les acteurs institutionnels, comme l'ANEF ou le Parc National d’Ifrane,
sont essentielles mais encore insuffisantes. À Aïn-Leuh, l'association des producteurs bénéficie
d'un dialogue avancé avec ces institutions, tandis qu'à Zaouia d'Ifrane, les pétitions adressées
aux autorités n'ont pas encore conduit à des résultats concrets. Ces limites reflètent les critiques
de Moussavou (2010) sur les approches descendantes des politiques de conservation, souvent
perçues comme éloignées des réalités locales. Néanmoins, le fait que cette étude ait été
commandée par des institutions montre une volonté de progresser vers des solutions
participatives.

 Facteurs déterminants : Distance à la forêt et impacts socio-économiques

La proximité des vergers avec la forêt est un facteur clé influençant à la fois les dégâts subis et
les réponses adoptées. Les naturalistes, avec leurs parcelles éloignées, subissent peu
d’incursions, ce qui explique leur attitude détendue. À l’opposé, les sentinelles des vergers et
les hyperboliques, plus exposés en raison de la proximité de leurs parcelles avec la forêt,
adoptent des stratégies défensives, comme l’emploi de gardiens. Ces résultats confirment les
observations de Badaire (2018) en Inde et de Moumbock et al. (2020) au Cameroun sur
l’importance des zones tampons pour limiter les interactions directes.

En termes socio-économiques, l'accès au financement joue un rôle crucial. Les producteurs


ayant des ressources limitées, comme les résignés, tolèrent les incursions faute de moyens,
tandis que les sentinelles des vergers, mieux équipées, investissent dans des mesures de
protection. Ces disparités rejoignent les conclusions de Baer-Bonnald (2021) sur l’influence
des conditions socio-économiques sur la gestion des CHF.

 Complémentarité des approches

Les résultats des deux zones étudiées (Aïn-Leuh et Zaouia d’Ifrane) montrent que des approches
structurées et spontanées peuvent être complémentaires. À Aïn-Leuh, la structuration formelle
permet de mobiliser des ressources et des partenaires externes, tandis qu’à Zaouia d’Ifrane, la
spontanéité favorise une mobilisation rapide. Ces exemples illustrent que la réussite des actions
collectives repose à la fois sur une organisation rigoureuse et sur une mobilisation locale,
confirmant les analyses de Eyebe et al. (2012).

 Vers une gestion holistique et participative

84
Les résultats soulignent la nécessité d’une approche holistique, intégrant les dimensions
économiques, écologiques, sociales et psychologiques des CHF. Comme le recommandent
Baer-Bonnald (2021) et Badaire (2018), la co-construction des solutions avec les
communautés locales est essentielle pour garantir leur durabilité. De plus, il est crucial de
renforcer les capacités des producteurs les moins organisés et de promouvoir un dialogue
inclusif entre tous les acteurs concernés.

Conclusion
Ce mémoire s'est concentré sur l'étude des conflits homme-faune, en particulier entre les
producteurs de cerises et les macaques de Barbarie dans la région du Moyen Atlas. L'objectif
principal était de comprendre les perceptions des différents acteurs, d'évaluer les stratégies de
gestion des conflits déjà mis en œuvre (volet sociologique), et de quantifier les dégâts des
magots dans les vergers de cerises (volet économique). La finalité étant de fournir des données
nécessaires aux institutions environnementales à savoir l’Agence Nationale des Eaux et Forêts,
et le Parc National d’Ifrane. Notre étude est un volet du Projet COHUMAG qui cherche à
comprendre les normes de réaction spatiales des magots et des humains pour construire des
solutions nouvelles pour une coexistence durable. In fine, il proposera un portefeuille de
politiques économiquement et socialement acceptables pour l’humain et le macaque de
Barbarie, basé sur un diagnostic des contraintes socio-économiques et des besoins écologiques
du macaque de Barbarie et utilisant une approche interdisciplinaire mêlant écologie et
sociologie.

Pour atteindre notre objectif, pour le volet sociologique, nous avons eu recours à la sociologie
compréhensive de Max Weber qui nous a permis de construire des idéaux types des producteurs
de cerises selon leur discours sur les dégâts des magots, les mesures entreprises pour faire face
au conflit et le degré d’impact (estimé à partir des caractéristiques de leurs parcelles). Nos
observations ont mis en évidence une diversité d'attitudes parmi les producteurs, que l'on peut
regrouper en quatre catégories : les naturalistes (favorables à la cohabitation), les hyperboliques
(opposés), les résignés et les sentinelles des vergers (ayant une approche plus nuancée).

Nos résultats montrent aussi que la perception du macaque de Barbarie varie significativement
selon les groupes d’acteurs. Alors que les producteurs le perçoivent majoritairement comme
une menace pour leurs revenus, les institutions environnementales et les administrations

85
territoriales insistent sur son rôle d'espèce protégée. Cette divergence explique la difficulté de
trouver des solutions consensuelles au conflit.

Néanmoins, les mesures collectives implémentées par les producteurs de cerises montrent une
certaine ouverture à trouver des solutions consensuelles au conflit. En effet, grâce à la
sociologie de la traduction de Michel Callon, Bruno Latour et Madeleine Akrich, nous avons
été en mesure d’identifier les principaux facteurs ayant contribué à l'échec des mesures
collectives mises en place par les producteurs de cerises d'Aïn Leuh et de Zaouia d'Ifrane.

À Aïn-Leuh, le départ de l'IFAW, une organisation œuvrant pour la protection de la biodiversité


et initiatrice des actions collectives, explique le revers de ces initiatives. En revanche, à Zaouia
d’Ifrane, la mobilisation des producteurs fut proactive, mais a été stoppée pour des raisons
politiques et par la faible implication de certains agriculteurs.

Concernant le volet économique, nous avons pu estimer les dégâts causés par les macaques de
barbarie à partir des données éthologiques recueillies par l’équipe écologique du projet
COHUMAG. Les pertes dues à la consommation de cerises par un groupe de magots composé
de 28 membres s’élèvent à 35 724,4839 dirhams.

La consommation de cerises n'étant pas le seul préjudice que les macaques de Barbarie peuvent
causer à un verger, nous avons estimé le coût des branches cassées sur une année, en prenant
en compte différentes parcelles, chacune ayant des caractéristiques spécifiques. Nous avons
ainsi pu identifier la distance à la forêt et la présence d’un point d’eau comme facteur des
facteurs d’attractivité des parcelles pour les macaques. De plus, nous avons montré que la
présence des gardiens dans les parcelles ne dissuadait pas les magots de s’investir dans les
vergers.

Bien que cette étude ait permis de mieux comprendre les perceptions et les dynamiques locales
des producteurs de cerises face au conflit homme-magot et d’identifier les facteurs influençant
les dégâts des magots, elle s'est heurtée à certaines limites.

Pour la construction des idéaux types, il aurait été plus pertinent de pouvoir estimer les dégâts
dans les parcelles des producteurs de cerises utilisées pour cette analyse. Il est probable que des
résultats différents auraient conduit à une interprétation différente de la perception des dégâts
par les producteurs de cerises. Cela aurait nécessité une approche méthodologique différente
pour l’échantillonnage des producteurs à interviewer. Nous aurions ainsi sélectionné les

86
parcelles intéressantes pour l’estimation des dégâts, puis interviewer leurs producteurs et non
l’inverse.

Les contraintes temporelles liées au travail de terrain ont restreint la taille de notre échantillon
de parcelles, limitant ainsi la possibilité de mener une analyse multivariée plus. Ceci nous aurait
permis d’analyser plusieurs facteurs confirmant ou infirmant les facteurs d’attractivité de
cerises ci-dessus mentionnés.

En conclusion, cette recherche a permis d'apporter un éclairage nouveau sur les dynamiques
organisationnelles des producteurs de cerises dans un contexte de conflit homme-macaque dans
le Moyen Atlas, tout en proposant des pistes pour une meilleure gestion collaborative du
territoire. La recherche de solutions équilibrées reste essentielle pour garantir à la fois la
protection de la biodiversité et la préservation des moyens de subsistance des producteurs.

Recommandations
L'approche interdisciplinaire adoptée dans notre étude a permis de mettre en lumière la
complexité des interactions entre les facteurs sociaux, économiques et écologiques. Sur la base
de cette analyse approfondie et de la revue de littérature que nous avons réalisée, nous
formulons les recommandations suivantes à l’attention du commanditaire de cette étude, à
savoir l’Agence Nationale des Eaux et Forêts (ANEF) et le Parc National d’Ifrane :

1. Poursuivre les collaborations avec les chercheurs pour mieux comprendre le


comportement des macaques de barbarie et les dynamiques homme-faune.

2. Organiser des ateliers réguliers de concertation entre producteurs, institutions


environnementales, chercheurs et autres parties prenantes pour identifier ensemble des
solutions acceptables par tous et promouvoir un consensus sur la gestion des macaques
comme espèce protégée et sur la préservation des activités agricoles.

3. Les résultats montrent que les actions collectives des producteurs de cerises ont été
stoppées pour diverses raisons (politique, manque de mobilisation, départ de l'IFAW).
Il est essentiel d'encourager et de soutenir des initiatives collectives durables en
fournissant des ressources (techniques, aides financières) et en facilitant la mise en
réseau des producteurs de cerises avec des acteurs institutionnels et environnementaux.

87
4. Mettre en place des programmes de formation pour les producteurs de cerises afin de
les sensibiliser à des solutions durables pour la gestion du conflit homme-macaque, en
mettant l’accent sur des stratégies de répulsion des magots non violentes. Cela pourrait
inclure l'aménagement des parcelles (création de zone tampons) et/ou l’utilisation
d’appareils sonores pour empêcher les incursions de magots au détriment des frondes
utilisées actuellement (qui mettent en danger la vie des magots).

5. Considérer la mise en place d’un mécanisme d’indemnisation pour les producteurs


touchés par les dégâts des macaques de barbarie. Ce programme pourrait être géré par
les autorités locales en lien avec les acteurs environnementaux et les agriculteurs, afin
de compenser les pertes économiques et de réduire la tension autour du conflit.

6. Les résultats montrent que la présence de points d’eau est un facteur clé de l’attractivité
des parcelles pour les macaques. Des aménagements pour une meilleure gestion de
l’eau, tels que la réorganisation de l’irrigation dans les vergers et la limitation de l’accès
aux points d’eau en forêt pour les bergers, pourraient être explorés pour réduire les
incursions.

En appliquant ces recommandations, il serait possible de développer une stratégie plus intégrée
et durable pour la gestion des conflits entre les producteurs de cerises et les macaques de
Barbarie, tout en protégeant la biodiversité et les moyens de subsistance locaux.

88
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94
Annexe
Annexe 1: Attribution des scores aux producteurs de cerises

Producteurs Actions Discours Degré d'impact


A1 5 5 2,8

A2 3 4 2,8
A3 4 3 2,2

A4 4 4 1,5
A5 4 4 2,5

A6 1 1 0
A7 1 1 2,4
A8 3 2 3
A9 1 3 0
A10 4 5 2,6
A11 4 5 1,8

A12 3 4 2,4
A13 4 5 2,4

A14 2 3 2,33333333
A15 5 5 2
Source : réalisation personnelle, 2024

Annexe 2: degré d'impact des parcelles étudiées pour l'analyse économique

Identifiant Distance Nombre de Irrigation Age des Présence Degré


cerisiers cerisiers d’un d’impact
gardien
P1 4 1 2 2 2 2,2
P2 4 4 2 2 2 2.8
P3 4 2 1 2 1 2
P4 1 2 2 2 1 1.6
P5 2 3 2 1 1 1.8
Source : réalisation personnelle, 2024

95
Annexe 3: Grille d'entretien
Etape 1 : Description de l’exploitation

Nom de l’exploitant/ Niveau d’éducation


Age et sexe
Localisation de l’exploitation
(coordonnées gps)
La superficie totale emblavée.
La superficie emblavée pour chaque
culture/ nombre de cheptel. (Évolution)
Présence de sources d’eau (rivières, lacs,
puits) et leur état (profondeur).
Systèmes d’irrigation.
Pratiques de rotation/association de
cultures.
La variété de cerises cultivées.
Depuis quand la cerise ?
Présence et type de prairies ou de
pâturages.
Quantités produites par type de culture
ou d'animal.

Techniques et technologies utilisées


pour augmenter le rendement.

Problèmes rencontrés (maladies,


parasites, etc.) et solutions appliquées.
Structure de financement de
l'exploitation (auto-financement, prêts,
subventions).

Activités extra-agricoles

Main-d'œuvre employée (nombre


d'employés permanents et saisonniers).

Marchés de vente des produits (locaux,


nationaux, exportation).

Défis majeurs actuels de l'exploitation.

Projets d'expansion ou de
diversification.
Stratégies à long terme pour la durabilité
et la croissance.
Source : réalisation personnelle, 2024

96
Etape 2 : Observation des singes par les personnes interrogées/ représentations sociales
du singe (Parlez-moi des singes)
La fréquence de passage des singes
dans l’exploitation selon la saison

Combien de singes ?

Le temps passé dans l’exploitation (de


passage ou reste)

Que font les singes dans l’exploitation


quand ils y viennent ? (Boire, jouer)

Depuis quand avez-vous des problèmes


avec les singes ?

Quels sont les causes du changement de


comportement des singes selon vous ?

Source : réalisation personnelle, 2024

97
Etape 3 : Organisation sociale (Parlez-moi de la gestion des problèmes communs au sein
de votre localité)

Est-ce que vous avez déposé des plaintes ? si oui


auprès de qui ? si non pourquoi ?

Il y a eu quel retour par rapport aux plaintes ?

Est-ce que vous discutez des incursions des


singes dans votre exploitation avec d’autres
personnes (agri ou non) ?

Avez-vous entrepris des actions collectives pour


vous protéger du singe ?

Est-ce qu’ils font partie d’une


association/organisation ? d’autres ? depuis
quand ?

Comment l’association s’est créée ?


(Historique)

Quel rôle dans l’association ?

Est-ce que vous faites partie d’une tribu ?

Pourquoi le choix de l’asso, ce qu’ils en


pensent ?

Est-ce que vous avez entendu parler du projet


cohumag ? et comment ?

98
Est-ce que vous menez des activités extra
agricoles ? musique, football etc. ?

Avez-vous entendu parler des solutions aux


dégâts par le biais d’autres personnes ?

Les avez-vous appliqués ? ont-elles été


efficaces ?

Est-ce qu’ils ont eu contact avec des organismes


par le passé sur la thématique ?

Est-ce qu’ils ont des contacts avec l’Anef ? le


Parc ? la DPA ? ou tout autres institutions ?

Implication dans la commune, responsabilité


dans la commune ?

Source : réalisation personnelle, 2024

Etape 4 : Chiffrage des dégâts avec 2 méthodes : déclaration, et objectivation de visu

Déclaration des dégâts Objectivation visu


- Est-ce que vous subissez les dégâts des singes ? - Quelle est la distance entre l’exploitation et la
forêt ?
- Quel type de dégâts (cassure ou fruits) - Quelle est la superficie emblavée ?
- Quand les arbres ont-ils été plantés ?
- Quel est le nombre d’arbres dans
- Nombre d’arbres ?
l’exploitation ?
- Combien de branches porte un arbre ?
- Quelle est la superficie impactée ?
- Quel est le nombre d’arbres affectés par les
singes ?
- Est-ce qu’ils font la différence entre les dégâts
- Le type de dommages causés (quantité):
entre les singes et d’autres causes ?

99
Déclaration des dégâts Objectivation visu
o Fruits mangés ou endommagés
- Quels problèmes rencontrés sur l’exploitation
qui impactent le revenu ? o Branches cassées ou endommagées

o Dommages aux fleurs ou bourgeons


- Les moyens déployés pour la protection de
l’exploitation o Autres (à préciser) :

- Quelles mesures prenez-vous après une cassure


- L’efficacité de ces moyens
de branches ?
- Le coût de ces moyens - Quel est le temps mis pour qu’une branche
repousse ?
- Les solutions proposées par les autorités ou
d’autres organismes et leur efficacité

Source : réalisation personnelle, 2024

Nb : L’étape 4 n’a pas été entièrement utilisée au cours de notre étude mais pourrait être utile
pour des études futures.

100
Annexe 4: Carte des parcelles P1 et P5

Source : réalisation personnelle, 2024

Source : réalisation personnelle, 2024

Source : réalisation personnelle, 2024

101
Annexe 5: Carte des parcelles P2 et P4

Source : réalisation personnelle, 2024

102
Annexe 6: Carte des parcelles P3

Source : réalisation personnelle, 2024

103
Diplôme : Master
Spécialité : Génie de l’environnement
Spécialisation / option : Transition Environnement Agriculture Milieux
(TEAM Actors)
Enseignant référent : Philippe Boudes
Auteur : Privas WIDA Organisme d'accueil : Institut Agro Rennes-Angers
KIDIHOUNTA SIMEKOUA
Adresse : 65, rue de saint-brieuc
Date de naissance : 10/0792

Maître de stage : Catherine Darrot

Nb pages: 94 Annexes: 9
Année de soutenance: 2024
Titre français : Caractérisation sociale, politique et économique des enjeux relatifs aux dégâts causés par les
singes magots à l’agriculture dans le Parc National d’Ifrane
Titre anglais: Social, Political, and Economic Characterization of Issues Related to Damage Caused by Barbary
Macaques to Agriculture in Ifrane National Park
Résumé (1600 caractères maximum) : Ce mémoire s’inscrit dans le cadre d’une étude sur les conflits homme-
faune, spécifiquement entre les producteurs de cerises et les macaques de Barbarie dans le Moyen Atlas.
L’objectif principal était de comprendre les perceptions des différents acteurs face à ce conflit, d’analyser les
stratégies de gestion des incursions de macaques, et de quantifier les dégâts causés. Intégré au projet
COHUMAG, cette étude vise à proposer des solutions économiquement et socialement acceptables pour une
coexistence durable entre humains et macaques.
Sur le plan sociologique, la méthode d’analyse de Max Weber a permis de créer des idéaux types de producteurs
en fonction de leur perception des macaques, des mesures adoptées (individuelles ou collectives) et du degré
d'impact des dégâts. Quatre groupes ont été identifiés : les naturalistes, les hyperboliques, les résignés, et les
sentinelles des vergers. Il a été révélé une divergence entre la perception des producteurs, qui considèrent les
macaques comme une menace économique, et les institutions environnementales, qui privilégient une approche
protectrice.
Sur le plan économique, les pertes dues à la consommation de cerises par un groupe de macaques ont été
estimées à 35 724 dirhams. La distance aux forêts, la présence d’un point d’eau, et la productivité des cerisiers
sont des facteurs clés influençant les dégâts subis. La présence de gardiens a un effet dissuasif mais ne garantit
pas une protection totale.
En conclusion, l’étude recommande une collaboration entre producteurs, autorités locales et institutions pour
des solutions durables.

Abstract (1600 caractères maximum): This thesis is part of a study on human-wildlife conflicts, specifically
between cherry producers and Barbary macaques in the Middle Atlas. The main objective was to understand
the perceptions of different stakeholders regarding this conflict, analyze the strategies for managing macaque
incursions, and quantify the damages caused. Integrated into the COHUMAG project, this study aims to propose
economically and socially acceptable solutions for sustainable coexistence between humans and macaques.
On the sociological front, Max Weber’s analytical method was used to create ideal types of producers based on
their perception of macaques, the measures taken (individual or collective), and the degree of damage impact.
Four groups were identified: naturalists, hyperbolics, the resigned, and orchard sentinels. The study revealed a
divergence between the producers' perceptions, who see macaques as an economic threat, and environmental
institutions, which prioritize a protective approach.
On the economic front, the losses caused by cherry consumption by a group of macaques were estimated at
35,724 dirhams. Proximity to forests, the presence of water sources, and cherry tree productivity are key factors
influencing the damage. The presence of guards has a deterrent effect but does not guarantee full protection.
In conclusion, the study recommends collaboration between producers, local authorities, and institutions to find
sustainable solutions.

Mots-clés : Macaque de barbarie, Perceptions, dégâts, estimation


Key Words: Barbary macaque, Perceptions, damages, Assessment

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