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La Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) est devenue essentielle pour les entreprises modernes, notamment en République Démocratique du Congo (RDC), où son intégration dans la stratégie et la gouvernance reste limitée. Ce document analyse comment la RSE peut être un levier pour le développement durable dans un contexte de gouvernance fragile, en posant des questions sur son adoption, ses impacts et les obstacles rencontrés. L'étude vise à formuler des recommandations pour renforcer la RSE en tant qu'élément stratégique dans les entreprises congolaises.

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La Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) est devenue essentielle pour les entreprises modernes, notamment en République Démocratique du Congo (RDC), où son intégration dans la stratégie et la gouvernance reste limitée. Ce document analyse comment la RSE peut être un levier pour le développement durable dans un contexte de gouvernance fragile, en posant des questions sur son adoption, ses impacts et les obstacles rencontrés. L'étude vise à formuler des recommandations pour renforcer la RSE en tant qu'élément stratégique dans les entreprises congolaises.

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Introduction

Dans le contexte contemporain, les entreprises sont appelées à dépasser la simple quête du
profit financier pour intégrer des responsabilités sociales et environnementales dans leur
fonctionnement. Cette évolution est encapsulée dans la notion de Responsabilité Sociétale des
Entreprises (RSE), définie par la Commission européenne comme « la responsabilité des
entreprises vis-à-vis des impacts qu’elles exercent sur la société »1. La RSE représente ainsi
une démarche volontaire qui incite les entreprises à adopter des pratiques éthiques et durables,
contribuant à la création de valeur partagée non seulement pour les actionnaires, mais aussi
pour l’ensemble des parties prenantes.

Michael Porter et Mark Kramer soulignent que « la RSE peut devenir une source d’avantage
concurrentiel si elle est intégrée dans la stratégie de l’entreprise et vise à créer une valeur
partagée entre l’entreprise et la société »2. Cette idée met en lumière le rôle stratégique
fondamental que peut jouer la RSE dans la gouvernance d’entreprise, transformant les
pratiques managériales traditionnelles en un modèle plus inclusif et durable.

Dans les pays en développement, et plus particulièrement en République Démocratique du


Congo, où la gouvernance des entreprises est souvent fragilisée par des facteurs
institutionnels, politiques et socio-économiques, la mise en œuvre de la RSE représente un
défi majeur mais aussi une opportunité. Comme le note l’Organisation des Nations Unies pour
le Développement Industriel (ONUDI), « la RSE en Afrique doit être contextualisée pour
tenir compte des réalités économiques, sociales et culturelles locales »3. Cette
contextualisation est essentielle pour que la RSE dépasse le simple cadre normatif et devienne
un véritable levier de développement durable.

En RDC, pays riche en ressources naturelles mais confronté à des défis persistants de
gouvernance, la question centrale est donc de comprendre comment la RSE est intégrée dans
la stratégie et la gouvernance des entreprises, et quel impact elle peut avoir sur leur
contribution au développement national. Comme le soulignent Donaldson et Preston, « la

1
Commission européenne, Communication sur la Responsabilité Sociale des Entreprises : une nouvelle stratégie
pour 2011-2014, Bruxelles, 2011, p. 6.
2
Porter, M. E., & Kramer, M. R., “Creating Shared Value,” Harvard Business Review, 2011, vol. 89, n°1-2, p. 67.
3
ONUDI, Rapport sur la responsabilité sociale des entreprises en Afrique, Vienne, 2015, p. 14.
théorie des parties prenantes oblige les entreprises à reconnaître les intérêts de tous les acteurs
affectés par leurs activités, ce qui est particulièrement crucial dans les contextes fragiles »4.

Ce travail se propose d’analyser, à travers une démarche théorique et documentaire, le rôle


joué par la RSE dans les entreprises modernes en RDC. Il s’agira d’évaluer dans quelle
mesure la RSE est un facteur structurant pour la stratégie d’entreprise et un instrument de
bonne gouvernance, capable de répondre aux exigences d’un développement durable dans un
contexte congolais spécifique.

Problématique

La Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) est devenue un concept central dans la
gestion moderne des organisations, inscrivant les entreprises dans une dynamique où les
objectifs économiques se conjuguent avec des impératifs sociaux et environnementaux.
Pourtant, si dans les pays développés la RSE est progressivement intégrée au cœur de la
stratégie d’entreprise, son appropriation dans les pays en développement, et notamment en
République Démocratique du Congo (RDC), demeure limitée et souvent superficielle. Cette
situation soulève plusieurs questions majeures qui nourrissent la problématique centrale de
cette étude.

D’une part, la RDC est caractérisée par un environnement institutionnel et économique


complexe marqué par des faiblesses en matière de gouvernance, de transparence et de cadre
réglementaire. Dans ce contexte, les entreprises opèrent souvent dans des conditions où la
responsabilité sociale est peu institutionnalisée, voire perçue comme une contrainte
secondaire. D’autre part, les pressions internationales, les attentes des parties prenantes
locales et les enjeux liés au développement durable incitent à une révision des pratiques
managériales. Ainsi, la problématique s’articule autour de la question suivante : dans quelle
mesure la RSE est-elle véritablement intégrée dans la stratégie et la gouvernance des
entreprises congolaises, et comment influence-t-elle leur contribution au développement
durable national ?

Cette interrogation se décline en plusieurs dimensions critiques :

4
Donaldson, T., & Preston, L. E., “The Stakeholder Theory of the Corporation: Concepts, Evidence, and
Implications,” Academy of Management Review, 1995, vol. 20, n°1, p. 67.
1. La nature de l’intégration de la RSE dans la stratégie d’entreprise : La RSE est-
elle perçue et mise en œuvre comme une opportunité stratégique générant de la valeur
partagée, ou reste-t-elle une démarche accessoire, dictée par des impératifs externes
tels que la conformité réglementaire ou les pressions des investisseurs internationaux ?
2. Les modalités de gouvernance responsable : Comment les entreprises congolaises
adaptent-elles leurs mécanismes de gouvernance pour intégrer les principes de
transparence, d’éthique et de participation des parties prenantes, indispensables à une
RSE efficace ?
3. Les impacts socio-économiques et environnementaux : Dans quelle mesure la mise
en œuvre des pratiques RSE dans le contexte congolais contribue-t-elle à la résolution
des défis sociaux, économiques et environnementaux spécifiques au pays ?
4. Les freins et obstacles à la RSE : Quels sont les principaux facteurs limitant
l’adoption et la pérennisation d’une démarche RSE structurée dans les entreprises en
RDC (manque de sensibilisation, contraintes financières, faiblesse institutionnelle,
etc.) ?

Répondre à ces questions est essentiel pour mieux comprendre le rôle réel de la RSE dans la
transformation des entreprises congolaises, non seulement en tant qu’acteurs économiques
mais aussi comme parties prenantes responsables du développement national. Cette analyse
permettra également de formuler des recommandations adaptées pour renforcer l’intégration
stratégique et la gouvernance durable au sein des entreprises en RDC.

Objectifs de recherche

L’analyse du rôle de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) dans la stratégie et la


gouvernance des entreprises en République Démocratique du Congo (RDC) nécessite la
définition précise d’objectifs qui guideront la démarche théorique et documentaire de ce
travail. Ces objectifs se déclinent en un objectif général et plusieurs objectifs spécifiques
permettant d’aborder la problématique de manière complète et ciblée.

Objectif général

 Analyser le rôle de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) dans la


définition stratégique et la gouvernance des entreprises modernes en République
Démocratique du Congo, en vue de comprendre son impact sur leur performance
globale et leur contribution au développement durable.

Objectifs spécifiques

1. Définir et clarifier les concepts fondamentaux de la RSE, de la stratégie


d’entreprise et de la gouvernance, en mobilisant les principales théories
managériales et économiques pertinentes.
Cette étape vise à construire un cadre théorique solide permettant d’appréhender les
liens entre RSE, stratégie et gouvernance.
2. Identifier et décrire les pratiques courantes de RSE adoptées par les entreprises
en RDC, en s’appuyant sur des études de cas, des rapports et la littérature
documentaire disponible.
Il s’agit ici de cerner les formes que prend la RSE dans le contexte congolais, ses
secteurs d’application et ses modalités d’exécution.
3. Évaluer l’intégration de la RSE dans la stratégie globale des entreprises
congolaises, notamment en ce qui concerne la création de valeur partagée, la
gestion des parties prenantes et les objectifs de développement durable.
Cette analyse vise à comprendre si la RSE est un levier stratégique ou un simple outil
de conformité.
4. Examiner les mécanismes de gouvernance mis en place pour assurer la mise en
œuvre effective de la RSE, en insistant sur les principes de transparence, de
responsabilité et de participation des parties prenantes.
Cette étape permet d’évaluer la gouvernance d’entreprise sous l’angle de la RSE.
5. Mettre en lumière les défis, les freins et les opportunités liés à l’adoption d’une
démarche RSE structurée en RDC, afin de formuler des recommandations
adaptées pour renforcer son rôle dans la stratégie et la gouvernance.
Ceci permettra d’identifier les leviers d’amélioration et les conditions favorables à une
RSE durable.

Hypothèses de recherche

Dans le cadre de cette étude, plusieurs hypothèses sont formulées afin de guider l’analyse
sur le rôle de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) dans la stratégie et la
gouvernance des entreprises en République Démocratique du Congo (RDC).
1. Hypothèse 1 : La RSE est faiblement intégrée dans la stratégie globale des
entreprises congolaises.
Cette hypothèse suggère que, malgré une prise de conscience croissante, la RSE reste
souvent marginale dans la définition des orientations stratégiques, considérée plus
comme une démarche ponctuelle ou une réponse aux exigences externes que comme
un levier stratégique interne.
2. Hypothèse 2 : Les pratiques de RSE en RDC sont principalement motivées par
des pressions institutionnelles internationales plutôt que par une volonté
managériale intrinsèque.
Ici, l’on suppose que l’adoption des initiatives RSE est souvent influencée par les
attentes des partenaires étrangers, des investisseurs ou des normes internationales, plus
que par une culture d’entreprise proprement congolaise.
3. Hypothèse 3 : L’intégration effective de la RSE dans la gouvernance d’entreprise
améliore la transparence, la responsabilité et la performance globale des
entreprises.
Cette hypothèse avance que la RSE, lorsqu’elle est bien institutionnalisée dans les
mécanismes de gouvernance, favorise une meilleure gestion des risques, un dialogue
plus ouvert avec les parties prenantes et une performance durable.
4. Hypothèse 4 : Plusieurs obstacles internes et externes limitent la pleine adoption
de la RSE dans les entreprises congolaises.
Il s’agit d’identifier les freins tels que le manque de sensibilisation, les ressources
financières insuffisantes, la faiblesse du cadre légal et institutionnel, ainsi que la
méfiance envers les démarches non directement liées au profit.

Ces hypothèses guideront l’analyse documentaire et théorique, permettant de mieux cerner les
réalités et les enjeux liés à la RSE dans le contexte congolais.

Méthodologie

Pour analyser le rôle de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) dans la stratégie
et la gouvernance des entreprises modernes en République Démocratique du Congo, ce travail
adopte une méthodologie qualitative basée sur l’analyse théorique et documentaire. Cette
approche permet d’explorer en profondeur les concepts, pratiques et enjeux sans recourir à
une collecte de données empiriques.
1. Type de recherche

La recherche est exploratoire et descriptive, visant à clarifier des notions complexes et à


décrire les modalités d’intégration de la RSE dans le contexte congolais. Elle s’appuie
essentiellement sur l’étude de documents secondaires.

2. Sources de données

 Documents académiques : articles scientifiques, ouvrages de référence sur la RSE, la


stratégie d’entreprise et la gouvernance.
 Rapports institutionnels et officiels : publications de la Commission européenne,
ONU, PNUD, ONUDI, CNUCED, Banque mondiale.
 Études de cas et rapports d’entreprises : documents disponibles sur les pratiques
RSE en RDC, notamment dans les secteurs minier, bancaire et télécom.
 Textes normatifs et législatifs : normes internationales (ISO 26000), cadres
réglementaires congolais liés à la RSE et à la gouvernance.

3. Techniques d’analyse

 Analyse documentaire : lecture critique, synthèse et confrontation des informations


recueillies afin d’identifier les principaux concepts, tendances et enjeux.
 Analyse comparative : mise en perspective des pratiques congolaises avec les
standards internationaux et les expériences africaines similaires.
 Cadre théorique : mobilisation des théories managériales (théorie des parties
prenantes, théorie des ressources, théorie institutionnelle) pour structurer l’analyse.

4. Limites méthodologiques

L’absence de données primaires (enquêtes, interviews) limite la portée empirique du


travail. Cependant, cette méthodologie permet d’établir un état des lieux solide et de formuler
des pistes de réflexion pertinentes pour des recherches futures.
I. Cadre conceptuel et théorique

L’étude du rôle de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) dans la stratégie et la


gouvernance des entreprises nécessite de clarifier les concepts clés et d’identifier les cadres
théoriques sur lesquels repose l’analyse. Cette section présente les fondements conceptuels de
la RSE, de la stratégie d’entreprise et de la gouvernance, avant d’en explorer les théories
explicatives les plus mobilisées dans la littérature.

A. Définition de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE)

La RSE est une notion en constante évolution. Selon la Commission européenne, elle se
définit comme « la responsabilité des entreprises vis-à-vis des effets qu’elles exercent sur la
société »5. Cette définition insiste sur l’obligation pour l’entreprise d’intégrer dans ses
activités non seulement des considérations économiques, mais également sociales et
environnementales.

Carroll (1991), dans son célèbre modèle de la pyramide de la RSE, identifie quatre niveaux
d’obligations : économiques, légales, éthiques et philanthropiques². Selon lui, la RSE consiste
à « faire des profits, obéir à la loi, être éthique et être un bon citoyen corporatif ». Cette
approche a largement influencé la conception moderne de la RSE comme un processus
multidimensionnel.

Par ailleurs, la norme internationale ISO 26000 décrit la RSE comme « la responsabilité
d’une organisation vis-à-vis des impacts de ses décisions et de ses activités sur la société et
sur l’environnement, se traduisant par un comportement éthique et transparent »6.

B. Stratégie d’entreprise et gouvernance

La stratégie d’entreprise est définie comme l’ensemble des choix à long terme visant à
assurer la croissance durable de l’organisation. Pour Johnson, Scholes et Whittington (2011),
la stratégie consiste à « positionner l’entreprise dans son environnement concurrentiel afin de
créer une valeur durable »7.

5
Commission européenne, Communication sur la responsabilité sociale des entreprises : une nouvelle stratégie
pour 2011-2014, Bruxelles, 2011, p. 6.
6
ISO 26000, Lignes directrices relatives à la responsabilité sociétale, Organisation internationale de
normalisation, Genève, 2010.
7
Johnson, G., Scholes, K., & Whittington, R., Stratégique, Pearson Education, 2011, p. 8.
La gouvernance d’entreprise, quant à elle, fait référence à l’ensemble des mécanismes qui
régissent les relations entre les dirigeants, les actionnaires et les autres parties prenantes.
Selon l’OCDE, la gouvernance vise à « garantir que l’entreprise est gérée de manière efficace,
responsable et transparente afin de répondre aux intérêts des parties prenantes »⁵.

L’intégration de la RSE dans la stratégie et la gouvernance implique une redéfinition des


finalités de l’entreprise, qui ne se limitent plus à la maximisation du profit, mais s’étendent à
la création de valeur sociale, environnementale et humaine.

C. Théories explicatives de la RSE

1. La théorie des parties prenantes (Stakeholder Theory)

Développée par Freeman (1984), cette théorie postule que l’entreprise ne peut se limiter à
satisfaire les seuls intérêts des actionnaires. Elle doit aussi tenir compte des attentes des autres
groupes concernés par ses activités : employés, clients, fournisseurs, communautés locales,
ONG, etc. Freeman affirme que « l’entreprise est un système de relations entre les parties
prenantes et doit gérer activement leurs intérêts » ⁶. Cette approche est fondamentale pour la
RSE, car elle élargit le périmètre des responsabilités de l’entreprise.

2. La théorie des ressources et des compétences (Resource-Based View)

Cette approche, développée par Barney (1991), soutient que les ressources internes rares,
précieuses et difficiles à imiter – comme la réputation, la culture éthique, ou l’engagement
social – constituent des sources d’avantage concurrentiel durable⁷. Intégrer la RSE dans la
stratégie permet donc à l’entreprise de renforcer sa compétitivité à long terme.

3. La théorie institutionnelle

Selon DiMaggio et Powell (1983), les organisations adoptent certaines pratiques – y


compris la RSE – en réponse à des pressions institutionnelles : coercitives (lois, régulations),
mimétiques (copie des leaders du secteur), ou normatives (attentes sociales) 8. Dans le contexte
congolais, cette théorie est particulièrement pertinente, car bon nombre d’entreprises adoptent
des pratiques RSE pour se conformer aux exigences des bailleurs, des ONG ou de leurs
maisons mères à l’étranger.
8
DiMaggio, P. J., & Powell, W. W., “The Iron Cage Revisited: Institutional Isomorphism and Collective
Rationality in Organizational Fields,” American Sociological Review, vol. 48, 1983, pp. 147–160.
Conclusion partielle

Le cadre conceptuel et théorique de cette étude met en évidence que la RSE n’est pas une
simple action philanthropique, mais bien une orientation stratégique qui s’inscrit dans une
logique de gouvernance élargie. Les théories mobilisées permettent de comprendre comment
et pourquoi les entreprises adoptent ou résistent à l’intégration de la RSE dans leurs processus
décisionnels. Ce socle théorique éclaire l’analyse qui sera menée sur les pratiques RSE dans
les entreprises congolaises.

II. RSE et stratégie des entreprises modernes : vers une mutation du management

L’intégration de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) dans la stratégie des


entreprises modernes ne constitue plus une démarche périphérique, mais une transformation
fondamentale du management stratégique. Cette mutation traduit un passage d’une logique
strictement économique centrée sur la performance financière vers une approche plus globale
intégrant les dimensions sociale, environnementale et éthique.

1. L’évolution du rôle stratégique de la RSE

La RSE est désormais perçue comme un levier stratégique de création de valeur durable.
Elle dépasse le simple respect des normes pour devenir une source d’innovation, de
différenciation et de compétitivité. Comme le souligne Porter et Kramer, « les entreprises
peuvent créer de la valeur partagée en générant des bénéfices économiques d'une manière qui
produit aussi des bénéfices pour la société »9. Ce concept de "valeur partagée" repositionne la
RSE au cœur de la stratégie d’entreprise, en particulier dans les économies émergentes où les
attentes sociétales sont élevées.

Dans ce cadre, la stratégie d’entreprise ne se limite plus à la gestion des ressources internes,
mais s’élargit à la gestion des relations avec les parties prenantes. Selon Freeman, « le succès
de l’entreprise dépend de sa capacité à satisfaire les attentes de toutes ses parties prenantes »10.
Cette approche stratégique impose aux dirigeants d’intégrer les préoccupations sociales et
environnementales dès la conception des objectifs d’affaires.

2. De la performance économique à la performance globale

9
Porter, M. E. & Kramer, M. R. (2011). Creating Shared Value. Harvard Business Review, 89(1/2), 62–77.
10
Freeman, R. E. (1984). Strategic Management: A Stakeholder Approach. Pitman Publishing.
La RSE transforme la notion de performance en y intégrant les dimensions sociale
(conditions de travail, droits humains, équité), environnementale (réduction des déchets,
consommation d’énergie) et de gouvernance (transparence, lutte contre la corruption). Cette
vision élargie s’inscrit dans le cadre du "triple bottom line" de Elkington, qui prône
l’évaluation simultanée des performances économique, sociale et environnementale11.

Ce modèle pousse les entreprises à revoir leurs outils de pilotage stratégique : tableaux de
bord équilibrés, indicateurs de performance extra-financière (ESG), bilans RSE, etc. Il en
résulte un management plus holistique et adaptatif, en phase avec les exigences d’un
développement durable.

3. L’impact sur la structure managériale et la culture organisationnelle

La mutation du management stratégique implique également une révision des structures et


des processus décisionnels. Les fonctions RSE sont de plus en plus intégrées à la direction
générale ou aux conseils d’administration. Cela reflète une volonté de transversalité : la RSE
ne peut être efficace que si elle est partagée par l’ensemble des services (production,
ressources humaines, finance, marketing).

Par ailleurs, cette évolution affecte la culture organisationnelle. Elle favorise des valeurs
comme la transparence, l’éthique, la responsabilité, la solidarité ou encore l’écoute active. La
mise en œuvre réussie de la RSE repose sur la mobilisation des collaborateurs autour de ces
valeurs. Comme le rappelle Capron et Quairel-Lanoizelée, « la responsabilité sociétale
modifie profondément les comportements managériaux et les modalités de gouvernance »12.

III. RSE et gouvernance d’entreprise en RDC

La gouvernance d’entreprise en République Démocratique du Congo (RDC) est confrontée


à de multiples défis structurels : faiblesse des institutions, gouvernance étatique fragile,
prédominance du secteur informel, faible responsabilisation des dirigeants, corruption, etc.
Dans ce contexte, l’intégration de la RSE dans les mécanismes de gouvernance apparaît à la
11
Elkington, J. (1997). Cannibals with Forks: The Triple Bottom Line of 21st Century Business. Capstone.
12
Capron, M. & Quairel-Lanoizelée, F. (2004). Mythes et réalités de l'entreprise responsable. La Découverte.
fois comme une exigence éthique et une opportunité stratégique de réhabilitation du tissu
entrepreneurial formel.

1. Un cadre institutionnel encore embryonnaire

En RDC, bien que la RSE ne soit pas encore encadrée par une législation spécifique,
plusieurs textes juridiques et initiatives publiques abordent de manière indirecte les
responsabilités sociales et environnementales des entreprises. Par exemple, l’article 53 de la
Constitution de 2006 dispose que « toute personne a droit à un environnement sain et à la
protection de celui-ci. L’État veille à la protection de l’environnement » 13. En outre, certaines
dispositions du Code du travail, du Code minier et du Code de l’environnement imposent aux
entreprises des obligations relevant des piliers de la RSE.

Cependant, en l’absence d’une politique nationale de RSE, les pratiques managériales


restent très hétérogènes et souvent cosmétiques, relevant davantage de la philanthropie que
d’une réelle stratégie intégrée. Comme l’indique Mutombo Bondo (2020), « la RSE en RDC
demeure largement volontaire et limitée aux grandes entreprises extractives, sans réelle
structuration ni suivi public »14.

2. La RSE comme levier d’amélioration de la gouvernance interne

Intégrer la RSE dans la gouvernance d’entreprise permet d’améliorer la transparence, la


redevabilité et la participation des parties prenantes. En effet, une gouvernance fondée sur la
responsabilité sociétale impose aux dirigeants une plus grande rigueur dans la prise de
décision, la reddition de comptes et la lutte contre les pratiques de corruption. D’après Niane
(2016), « la gouvernance d’entreprise fondée sur la RSE renforce la légitimité sociale de
l’entreprise et contribue à restaurer la confiance dans les institutions économiques »15.

En RDC, certaines entreprises minières ou du secteur bancaire commencent à adopter des


codes de conduite, des chartes RSE ou des comités éthiques, souvent sous la pression des
bailleurs internationaux ou des standards internationaux (ISO 26000, Equator Principles, etc.).
13
Constitution de la République Démocratique du Congo, adoptée par référendum en décembre 2005,
promulguée en février 2006, article 53.
14
Mutombo Bondo, A. (2020). « Pratiques de RSE dans les entreprises minières de RDC : entre impératifs
éthiques et pressions externes ». Revue Congolaise de Management, n°12, p. 45–61.

15
Niane, M. (2016). « Gouvernance d’entreprise et responsabilité sociétale : une perspective africaine ». Revue
Internationale des Sciences de Gestion, Vol. 3, n°2, p. 85–97.
Toutefois, ces pratiques peinent encore à se diffuser dans les PME ou dans les entreprises
publiques, où les logiques de clientélisme et d’opacité prédominent.

3. Les défis spécifiques de gouvernance responsable en RDC

Le contexte congolais impose des défis spécifiques à l’exercice d’une gouvernance


d’entreprise responsable. Parmi les plus notables :

 L’absence de contrôle effectif des organes de régulation (INSS, Inspection du travail,


ANAPI, etc.) réduit l’impact des normes existantes ;
 La corruption systémique affaiblit la transparence et décourage les bonnes pratiques
managériales ;
 Le déficit de culture entrepreneuriale éthique, notamment dans les sphères
dirigeantes, freine l’adhésion à des logiques durables ;
 La faiblesse des syndicats et de la société civile organisée limite la pression des
parties prenantes internes et externes.

Dans ce cadre, la RSE pourrait jouer un rôle pédagogique et institutionnalisant : en


formalisant les engagements sociaux et environnementaux, elle invite les entreprises à adopter
une gouvernance plus inclusive, à construire des mécanismes de régulation interne (audit
RSE, reporting extra-financier, dialogue parties prenantes, etc.) et à se conformer à des
standards internationaux.

IV. Étude contextuelle : RSE et réalités congolaises

L’analyse de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) dans le contexte congolais


doit tenir compte des dynamiques économiques, politiques, sociales et culturelles propres à la
République Démocratique du Congo (RDC). Si les principes de la RSE trouvent une
résonance croissante dans les discours institutionnels et les pratiques de certaines grandes
entreprises, leur ancrage réel dans la structure du tissu entrepreneurial reste problématique. La
RSE en RDC se heurte à des réalités spécifiques qui en limitent l’application systématique.

1. Une adoption encore sectorielle et déséquilibrée

En RDC, les pratiques de RSE sont principalement portées par des multinationales du
secteur extractif (mines, pétrole) ou par certaines grandes entreprises du secteur bancaire.
Cela s’explique par les pressions exercées par les bailleurs internationaux, les ONG, les
communautés locales, ainsi que par l'existence de standards mondiaux auxquels ces firmes
doivent se conformer pour maintenir leur réputation et accéder aux marchés financiers.

Par exemple, la société minière Tenke Fungurume Mining (TFM) a mis en place des
programmes communautaires dans le Katanga : construction d’écoles, forages d’eau,
campagnes sanitaires, etc. De même, la Brasserie Bralima a engagé plusieurs actions liées à
l’environnement (recyclage, traitement des eaux usées) et à la santé (lutte contre
l’alcoolisme). Ces actions témoignent d’un début d’intégration de la RSE, mais elles restent
concentrées dans des zones géographiques et des secteurs précis.

« En RDC, la RSE est encore une affaire de grandes entreprises, soucieuses de leur image et
de leur légitimité sociale. Les PME, quant à elles, restent peu concernées ou mal informées
des enjeux liés à la durabilité »16

2. Des pratiques souvent perçues comme de la philanthropie

Une autre réalité du contexte congolais est la confusion fréquente entre la RSE et la
philanthropie ou le mécénat. Dans plusieurs cas, les entreprises se limitent à faire des dons
ponctuels à des écoles, des hôpitaux ou à financer des activités sportives, sans intégrer la
responsabilité sociale dans leur stratégie globale de gestion.

Cette vision caritative découle à la fois de l’absence de cadre réglementaire contraignant, du


manque de culture managériale durable et de la perception que la RSE est une charge
supplémentaire, et non une opportunité de création de valeur. Comme le note Kabeya K.
(2022) :

« Le modèle dominant de la RSE en RDC repose davantage sur des actes isolés à visée sociale
que sur une démarche stratégique intégrée à la gouvernance d’entreprise »17.

3. Un potentiel immense dans les domaines sociaux et environnementaux

16
Kasongo, M. (2021), Revue Africaine de Management Responsable.
17
Kabeya, K. (2022). « La Responsabilité sociétale des entreprises dans un État fragile : enjeux et perspectives
pour la RDC », Revue Congolaise de Management, n°15, pp. 88–103.
Le contexte congolais, marqué par une pauvreté persistante, un accès inégal aux services
sociaux de base, une forte pollution industrielle et une déforestation massive, constitue à la
fois un défi et une opportunité pour les entreprises en matière de RSE.

 Sur le plan social, les entreprises peuvent jouer un rôle crucial dans la couverture
santé, l’éducation, la formation professionnelle, l’égalité de genre ou encore l’insertion
des jeunes.
 Sur le plan environnemental, les secteurs minier, forestier, pétrolier et agro-
industriel ont une responsabilité majeure dans la réduction des impacts négatifs :
dépollution, reforestation, traitement des déchets, gestion durable des ressources
naturelles, etc.

Ces enjeux sont également des sources de risques réputationnels et de conflits


communautaires si la RSE est ignorée. À ce titre, la RSE peut servir de mécanisme de
prévention et de pacification.

4. Vers une structuration progressive des initiatives RSE

Des efforts émergent pour structurer davantage les pratiques de RSE à travers des partenariats
public-privé, la création de plateformes nationales ou régionales, ou encore des formations
universitaires spécialisées. On note notamment :

 L’initiative de la Fédération des entreprises du Congo (FEC) qui promeut la RSE


auprès de ses membres via des séminaires et chartes d’engagement.
 Le lancement de programmes académiques sur le développement durable à
l’Université de Kinshasa ou à l’Université Protestante du Congo.
 L’implication croissante de certaines ONG locales qui accompagnent les entreprises
dans l’élaboration de plans RSE cohérents.

Toutefois, ces efforts restent embryonnaires et doivent être consolidés par un cadre juridique
incitatif, des incitations fiscales, ainsi qu’une meilleure sensibilisation des chefs
d’entreprise à la valeur stratégique de la RSE.

IV.2. Contexte congolais : défis et perspectives de la RSE


La République Démocratique du Congo, bien que riche en ressources naturelles, reste
confrontée à des défis majeurs sur le plan du développement durable, de la gouvernance
d’entreprise, et de la mise en œuvre de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE). Le
contexte congolais présente à la fois des obstacles structurels et des opportunités pour un
ancrage plus profond de la RSE dans le tissu économique.

A. Les principaux défis

1. Cadre réglementaire faible et non contraignant


La RDC ne dispose pas encore d’un cadre légal spécifique et rigoureux sur la RSE.
Les rares dispositions sont dispersées dans des textes sectoriels (Code minier, Code du
travail, lois environnementales, etc.) et restent souvent sans application effective.
Cette situation favorise une approche volontaire de la RSE, laissant les entreprises
libres de choisir ou non d’intégrer des pratiques responsables.

Comme le souligne Musungayi (2020), « le flou juridique autour de la RSE en RDC réduit
son caractère obligatoire et favorise une adoption cosmétique des principes de durabilité »18.

2. Faiblesse institutionnelle et gouvernance publique défaillante


La corruption, le manque de transparence et la faiblesse des institutions de contrôle
constituent des freins à la responsabilisation des entreprises. Le climat des affaires en
RDC est souvent instable, ce qui rend difficile la mise en œuvre cohérente de
politiques RSE durables.
3. Méconnaissance du concept de RSE par les dirigeants locaux
De nombreuses entreprises congolaises, notamment les PME, ignorent encore les
principes fondamentaux de la RSE ou la confondent avec des dons ponctuels ou du
mécénat. Il existe un déficit de formation et de sensibilisation à la gouvernance
responsable.
4. Pressions sociales et environnementales non structurées
La société civile et les consommateurs sont peu organisés pour exiger une conduite
éthique des entreprises. Le rôle des syndicats, ONG et médias reste marginal dans la
promotion de la RSE, contrairement à d'autres pays africains plus avancés en la
matière (comme le Ghana ou l’Afrique du Sud).
18
Musungayi, J.-C. (2020). RSE et environnement des affaires en RDC : entre nécessité et illusion, Cahiers
africains de gouvernance, vol. 5.
B. Perspectives et dynamiques émergentes

1. Éveil progressif de la société civile et des consommateurs


On note une montée graduelle de la prise de conscience des enjeux environnementaux
et sociaux, portée par certains acteurs non étatiques (ONG, universités, presse
indépendante). Cette dynamique pourrait accroître la pression sur les entreprises et
encourager leur engagement volontaire.
2. Ouverture à la normalisation internationale
Certaines grandes entreprises (notamment dans les télécoms, la banque et
l’exploitation minière) commencent à aligner leurs pratiques sur des standards
internationaux (ISO 26000, Global Compact, normes ESG), parfois sous l’impulsion
des maisons mères ou de bailleurs internationaux.
3. Potentiel de structuration par les politiques publiques
L’élaboration d’un cadre stratégique national pour le développement durable (Agenda
2030, ODD) ouvre la voie à une meilleure intégration de la RSE. Le gouvernement
pourrait initier des réformes législatives et fiscales incitatives, à condition d’une
volonté politique affirmée.
4. Responsabilité stratégique comme levier de compétitivité
Les entreprises congolaises ont tout à gagner à intégrer la RSE dans leur stratégie. En
effet, au-delà du respect des obligations morales ou sociales, la RSE peut renforcer la
performance globale, l’image de marque, l’attractivité des talents et la résilience face
aux crises.

Comme l’affirme Matondo (2022), « la RSE ne doit plus être perçue comme une contrainte,
mais comme une opportunité de transformation du modèle économique congolais »19.

V. Perspectives et recommandations

La Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE), bien qu'encore balbutiante en


République Démocratique du Congo, constitue un levier stratégique majeur pour repenser la
gouvernance des entreprises et favoriser un développement économique inclusif et durable.
Les perspectives d’évolution sont prometteuses à condition de lever certains freins structurels
et d’engager des réformes multisectorielles.
19
Matondo, G. (2022). Responsabilité sociétale des entreprises et compétitivité durable en RDC, Université de
Kinshasa, Mémoire DEA.
A. Perspectives d’évolution de la RSE en RDC

1. Vers une institutionnalisation progressive de la RSE


L’avenir de la RSE en RDC repose en partie sur la création d’un cadre juridique clair,
cohérent et adapté. L’institutionnalisation de la RSE — à travers une loi spécifique ou
une charte nationale — permettrait de sortir de l’approche volontaire actuelle et
d’imposer des exigences minimales de responsabilité à toutes les entreprises, tout en
prévoyant des incitations fiscales.
2. Montée en puissance des exigences internationales
Avec la mondialisation des échanges, les entreprises congolaises intégrées dans des
chaînes de valeur mondiales (ex. : mines, agro-industrie, télécoms) devront s’aligner
davantage sur les normes internationales de durabilité (ISO 26000, normes ESG, Pacte
mondial de l’ONU), sous peine d’être exclues des marchés internationaux.
3. Émergence d’un capitalisme responsable local
Le développement d’un écosystème entrepreneurial local plus conscient des enjeux
sociétaux (notamment via les start-ups sociales, les coopératives, ou les PME à
impact) augure l’essor d’un capitalisme responsable enraciné dans les réalités locales
et sociales congolaises.
4. Renforcement des mécanismes de redevabilité
L’amélioration de la transparence, du reporting extra-financier et du contrôle citoyen
par la société civile pourra jouer un rôle déterminant dans l’instauration d’une culture
de gouvernance responsable. Le renforcement du rôle des médias, des ONG et des
plateformes multipartites est ici crucial.

B. Recommandations pratiques

Pour accompagner cette transition vers une RSE effective et porteuse de transformation,
plusieurs recommandations peuvent être formulées à l’intention des parties prenantes :

1. À l'État congolais :

 Élaborer une politique nationale de la RSE, assortie de lois, normes et mécanismes


incitatifs (fiscalité verte, subventions aux entreprises durables, etc.) ;
 Mettre en place un organe de régulation et de suivi de la RSE, indépendant, chargé
de promouvoir, contrôler et évaluer les engagements des entreprises ;
 Renforcer les capacités des administrations publiques en matière de développement
durable et de gouvernance environnementale et sociale.

2. Aux entreprises :

 Intégrer la RSE dans leur stratégie d’entreprise en tant que levier d’innovation, de
performance durable et de différenciation concurrentielle ;
 Publier régulièrement des rapports de durabilité ou ESG, en conformité avec les
bonnes pratiques internationales ;
 Mettre en œuvre des projets d’ancrage local (éducation, santé, environnement,
emplois locaux) en partenariat avec les communautés d’accueil.

3. Aux universités et centres de recherche :

 Promouvoir l’enseignement et la recherche appliquée sur la RSE, adaptée aux enjeux


spécifiques de la RDC ;
 Développer des programmes de formation certifiante à destination des dirigeants et
cadres sur la gouvernance durable.

4. À la société civile et aux médias :

 Renforcer les mécanismes de plaidoyer, de veille citoyenne et de dénonciation des


abus des entreprises ;
 Organiser des campagnes de sensibilisation auprès des consommateurs sur leurs
droits et sur le comportement responsable attendu des entreprises.

En résumé, la mise en œuvre effective de la RSE en RDC dépendra d’une volonté politique
affirmée, d’une implication stratégique des entreprises et d’une mobilisation coordonnée
des acteurs de la société civile. La RSE doit être envisagée non pas comme une contrainte,
mais comme un levier de compétitivité, de stabilité sociale et de transformation
structurelle.

Conclusion générale
La Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) apparaît aujourd’hui comme un principe
incontournable dans la redéfinition des finalités et des pratiques de gestion des entreprises
modernes. Bien au-delà d’un simple exercice de philanthropie ou de conformité
réglementaire, elle constitue une stratégie intégrée, visant à concilier performance
économique, justice sociale et préservation de l’environnement.

Dans le contexte spécifique de la République Démocratique du Congo, la RSE se heurte


encore à de nombreux défis structurels, notamment l’absence de cadre légal contraignant, la
faiblesse de la gouvernance publique, la prédominance du secteur informel, ou encore la
méfiance historique entre les entreprises et les communautés locales. Pourtant, les enjeux
sociaux et environnementaux considérables du pays — pauvreté, inégalités, dégradation
écologique, conflits miniers, chômage des jeunes — rendent indispensable une transition vers
des modèles économiques plus inclusifs et durables.

Ce travail a montré que la RSE peut et doit devenir un pilier fondamental de la stratégie
et de la gouvernance des entreprises en RDC. Elle représente une opportunité pour
restaurer la légitimité des entreprises, renforcer leur acceptabilité sociale, mais aussi améliorer
leur compétitivité à long terme sur les marchés globalisés. La condition principale reste
cependant l'engagement coordonné de tous les acteurs : pouvoirs publics, entreprises, société
civile, monde académique.

Il est donc impératif, à la lumière des perspectives identifiées, de poser les bases d’une
culture de responsabilité partagée, ancrée dans les réalités du pays, pour que la RSE
devienne non seulement un vecteur d’innovation stratégique, mais aussi un levier de
transformation profonde du tissu socio-économique congolais.
Bibliographie indicative

1. Carroll, A. B. (1991). The Pyramid of Corporate Social Responsibility: Toward the


Moral Management of Organizational Stakeholders. Business Horizons, 34(4), 39–48.
2. Freeman, R. E. (1984). Strategic Management: A Stakeholder Approach. Boston:
Pitman.
3. Elkington, J. (1997). Cannibals with Forks: The Triple Bottom Line of 21st Century
Business. Oxford: Capstone Publishing.
4. Porter, M. E. & Kramer, M. R. (2006). Strategy and Society: The Link Between
Competitive Advantage and Corporate Social Responsibility. Harvard Business
Review, 84(12), 78–92.
5. Gond, J.-P., & Igalens, J. (2008). La responsabilité sociale de l’entreprise. Paris : La
Découverte.
6. Capron, M. & Quairel-Lanoizelée, F. (2004). Mythe et réalités de l’entreprise
responsable. Paris : La Découverte.
7. Nsimba, A. K. (2020). La Responsabilité Sociétale des Entreprises en République
Démocratique du Congo : Enjeux et perspectives. Revue Congolaise de Gestion,
15(2), 67–82.
8. Kabuya, C. M. (2018). Entreprises minières et développement durable en RDC : un
mariage impossible ? In Revue Africaine des Sciences de Gestion, Vol. 6, n°1, pp.
45–61.
9. OCDE (2011). Principes directeurs à l’intention des entreprises multinationales. Paris
: Organisation de Coopération et de Développement Économiques.
10. Commission Européenne (2011). Responsabilité sociale des entreprises : une nouvelle
stratégie de l'UE pour la période 2011–2014, COM(2011) 681 final.
11. UN Global Compact (2020). Rapport mondial sur la mise en œuvre des dix principes
de la RSE. Nations Unies.
12. Banque Mondiale (2023). Rapport sur le climat des affaires et la gouvernance des
entreprises en République Démocratique du Congo. Washington, DC.
13. Transparency International (2024). Indice de perception de la corruption 2023.
Berlin : TI.

Thème ; Rôle de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) dans la stratégie et la


gouvernance des entreprises modernes : une analyse contextuelle en République
Démocratique du Congo

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