THÉOLOGIE CHRÉTIENNE AFRICAINE
vol. 1, nº 2 (2024) 369–381
La « contextéisation » théologique : Un
nouveau paradigme en théologie contextuelle
ESSAI CRITIQUE DU LIVRE
LYGUNDA LI-M, Fohle. Contextualisation aujourd’hui : Questions
approfondies en théologie contextuelle. Kinshasa : Fohle Legacy
Publishing, 2023.
Lessi TRAORÉ 1
Université de Strasbourg, Strasbourg, France
traoles@[Link]
Introduction
La contextualisation est un mot très bien connu en milieu chrétien et est
partout présent de nos jours dans la réflexion théologique. Sans aucun doute,
toutes les disciplines théologiques parlent de contextualisation à divers degrés.
En réalité, la nature de cette contextualisation généralisée est différente d’une
discipline théologique à une autre. Elle ne concerne pas seulement les éléments
du texte étudié, mais prend aussi en compte ceux qui concernent l’actualité du
théologien.
La contextualisation est un concept, sinon un paradigme théologique qui,
aux yeux de Fohle Lygunda li-Mwangwela (désormais Fohle), doit être repensée.
Dans ce livre, il propose un nouveau paradigme, comme alternatif à la
contextualisation traditionnelle. L’objectif de cette recension est d’exposer le
maillage argumentatif de ce concept. Les autres aspects du livre ainsi que des
incohérences, jeux de mots et paradoxes réels internes au livre, inhérents à toute
œuvre humaine, passeront sous silence, leurs enjeux étant jugés mineurs par
rapport aux idées fondatrices de la « contextéisation ».
Deux articulations ponctuent cette recension. L’auteur mérite d’être connu,
ce personnage doit être mis en lumière avec son œuvre gigantesque. À défaut de
présenter toute sa production intellectuelle, travail très fastidieux au regard de
la pléthore de ses écrits, le contenu de l’ouvrage fondateur de la
« contextéisation » sera dévoilé. Un examen critique de la pensée de l’auteur est
1
Lessi TRAORÉ est Burkinabé.
Publié avec licence par ACTEA | DOI: [Link]
© Lessi Traore, 2024 | ISSN: 3006-1768 (imprimé); 3007-1771 (en ligne)
Ceci est un article en libre accès distribué selon les termes de la licence CC BY 4.0.
Lessi Traoré
La « contextéisation » théologique : Un nouveau paradigme en théologie
contextuelle
ESSAI CRITIQUE DU LIVRE: Contextualisation aujourd’hui : Questions
approfondies en théologie contextuelle, par Fohle Lygunda Li-M
nécessaire, pour présenter les insuffisances des arguments avancés pour soutenir
la « contextéisation », ce faisant, on insistera, au passage, sur des aspects positifs.
L’auteur et sa pensée
Dans le monde de la réflexion théologique, il n’est pas très courant de
rencontrer, en lisant un ouvrage, de nouveaux concepts, encore moins de
néologismes. L’ouvrage ici recensé s’inscrit dans cette rareté. L’auteur, son livre,
et sa pensée retiennent l’attention.
Brève présentation de l’auteur
Fohle Lygunda li-Mwangwela est un nom qu’on ne peut plus ignorer
aujourd’hui dans le milieu théologique aussi bien africain que hors d’Afrique.
Couramment appelé le Professeur Fohle, cet homme atypique se démarque par
sa foisonnante production théologique. Ce génie est né le 17 novembre 1963,
dans le village de Malinda, dans la province orientale de Kisangani, en
République Démocratique du Congo (RDC). Sa singularité est enrichie par sa
facilité à parler plusieurs langues : topoke (sa langue maternelle), lingala,
français, et anglais. Son cursus académique fut des plus ordinaires. Il eut son
BAC théologique (BTh) en 1989, à l’Institut Supérieur de Théologie Evangélique
de l’Ubangi (RDC) ; fut titulaire d’un Doctorat en Ministère (DMin), option :
Théologie de la mission et développement du leadership, en 2009, à Asbury
Theological Seminary, Wilmore, Kentucky, aux États-Unis ; doublé d’un
Philosophiæ doctor (PhD), option : Éducation missiologique : théologie de la
mission, histoire de la mission et gestion de l'enseignement supérieur, en 2016, au
North-West University, en Afrique du Sud.
L’excellence de ses rendements dans ce parcours académique lui a valu
plusieurs récompenses et bourses dont on ne peut rapporter le nombre exact. Le
professeur Fohle se présente comme un homme très engagé et infatigable, épris
pour des questions de la mission et de la formation académique. Véritable
pasteur, son humilité n’a pas d’égale, il fait preuve de qualités humaines
exceptionnelles. Il est l’auteur de plusieurs structures qu’il a fondées, dont il
dirige certaines. Il enseigne dans plusieurs facultés et universités d’Afrique et
dans le monde. Ses productions intellectuelles sont essentiellement
missiologiques. La théologie contextuelle retient actuellement son attention, qui
l’a conduit à offrir au monde théologique son ouvrage fondateur du concept de
« contextéisation » : Contextualisation aujourd’hui. Questions approfondies en
théologie contextuelle.
Contexte général de rédaction et structure de l’ouvrage
Tout est parti d’un ouvrage collectif intitulé : Contextual Theology : Skills
Théologie Chrétienne Africaine 1, nº 2 (septembre 2024) : 369–381
- 370 -
Lessi Traoré
La « contextéisation » théologique : Un nouveau paradigme en théologie
contextuelle
ESSAI CRITIQUE DU LIVRE: Contextualisation aujourd’hui : Questions
approfondies en théologie contextuelle, par Fohle Lygunda Li-M
and Practices of Liberating Faith (anglais : ‘Théologie contextuelle :
Compétences et pratiques d’une foi libératrice’), sous la direction de Sigurd
Bergmann et Mika Vähäkangas, publié à Londres aux éditions Routledge en
2021, qui a suscité des discussions entre missiologues. L’auteur semble être
interpellé par cette publication, qui l’a conduit à requestionner la contextualité
de la théologie en Afrique francophone (chap. 1). Il entend participer aux débats
internationaux sur la contextualisation en en proposant un nouveau paradigme.
Il se pose la question fondamentale suivante, dont la réponse va donner une
nouvelle direction à sa penser : Faut-il contextualiser la théologie comme hier ?
Dans cette problématique ainsi posée, apparait une remise en question de
la traditionnelle contextualisation. Que reproche Fohle à cette contextualisation
habituelle, qui a pourtant servi de modèle théologique pendant longtemps ? Elle
porte probablement des aspects qui ne sont plus bénéfiques pour aujourd’hui.
Fohle tentera de le démontrer dans son ouvrage, en proposant un nouveau
modèle, qu’il baptise d’un nouveau nom, tout en gardant la racine linguistique
commune : contexte. Son nouveau paradigme est expliqué dans ce livre
fondateur : Contextualisation aujourd’hui. Questions approfondies en théologie
contextuelle.
L’auteur organise sa pensée en trois grandes parties réparties entre plusieurs
chapitres (25 en tout). On fera l’impasse sur l’étude spécifique de chaque
chapitre, qui n’est pas indispensable pour cette recension. La première partie
comporte sept chapitres, la deuxième onze chapitres et la dernière sept
chapitres. On voit bien apparaître une parfaite symétrie dans la réflexion de
l’auteur.
La première partie constitue un état des lieux de la contextualisation de la
théologie en Afrique, en établit un bilan évaluatif, des thèmes tels que la culture
africaine et la formation théologique sont longuement étudiées. L’auteur veut
comprendre le degré d’enracinement de la contextualisation traditionnelle dans
le milieu chrétien africain, mais aussi dans les milieux de productions
intellectuelles où se forme la plupart des leaders religieux, lieux où on leur
apprend à contextualiser. Les programmes académiques intéressent Fohle pour
en faire un diagnostic complet. Cette démarche lui permet de déceler le véritable
problème de la contextualisation théologique en Afrique, ce qui lui donne la
possibilité de proposer un autre modèle de faire de la théologie contextuelle.
Dans la deuxième partie, l’auteur rend compte des discussions d’autres
savants de la contextualisation, expose tour à tour les différents débats qui y sont
menés et en tire les conséquences qui s’imposent. L’interprétation des Écritures
semble retenir l’attention, détient une grande place, tout se joue là, dans la
contextualisation autour de ces textes sacrés.
Théologie Chrétienne Africaine 1, nº 2 (septembre 2024) : 369–381
- 371 -
Lessi Traoré
La « contextéisation » théologique : Un nouveau paradigme en théologie
contextuelle
ESSAI CRITIQUE DU LIVRE: Contextualisation aujourd’hui : Questions
approfondies en théologie contextuelle, par Fohle Lygunda Li-M
Dans la dernière partie, l’auteur poursuit les discussions sur la
contextualisation traditionnelle, entre dans son sanctuaire dans les chapitres 24
et 25, les plus long du livre, qui sont l’aboutissement de sa longue réflexion, pour
proposer au monde sa définition de la contextéisation, son nouveau paradigme
théologique. Toutes les conditions épistémologiques de ce concept y sont bien
expliquées. Il ne manque pas, dans cette partie, du sens de la pédagogie, de
définir la nature, le contenu et les sources de la contextéisation. Comment ce
paradigme s’applique-t-il ? L’auteur y répond en proposant une méthodologie.
Comme pour tout nouveau concept, Fohle est prolixe et très démonstratif, pour
l’expliquer au monde.
Argumentation de l’ouvrage
La thèse est la suivante : Le théologien africain dispose de toutes les ressources
en propre, il est capable de créer par lui-même, en toute liberté et indépendance
intellectuelles, de nouveaux cadres théoriques et concepts théologiques originaux
(CT), la « contextéisation » lui sert de guide épistémologique. Cette thèse met en
présence deux rapports, d’une part, celui du théologien africain avec lui-même,
et d’autre part, celui qu’il entretient avec la pensée occidentale. Tout réside dans
ces deux types de rapports, la contextéisation y joue un rôle fondamental.
Pour expliquer ces deux types de rapports, Fohle a recours à la trilogie
contextualité, contextuelle, et contexteisation, cette dernière qu’il oppose au
concept de contextualisation, à laquelle il attache les cadres théoriques et
concepts théologiques hérités mais importés (CTHI). Cette trilogie est ce à quoi
doit aboutir la théologie africaine, qui a longtemps été, selon l’auteur, une
théologie de contextualisation, c’est-à-dire d’adaptation, qui a toujours accordé
la prééminence aux CTHI, une telle contextualisation devrait maintenant être
dépassée.
La contextéisation réunit en elle le contextuel et la contextualité de la
théologie, ces deux concepts l’expliquent. La contextéisation est connotée
épistémologiquement, qui est un processus, une dynamique réflexive qui
consiste à penser de nouveaux cadres conceptuels théologiques originaux (chap.
24, pp. 231–232). Cette réflexion épistémologique se déroule — et c’est en cela
que l’auteur innove — dans le cadre fixé par quatre critères de la contextualité.
Une théologie est dite contextuelle chez Fohle, lorsqu’elle répond à ces quatre
critères : (1) elle émane d’un besoin réel du contexte concerné qui en définit la
problématique, (2) répond effectivement à ce besoin réel, (3) est construite à
partir des sources qui proviennent prioritairement du même contexte et
composée suivant les catégories épistémologiques et philosophiques du
contexte, (4) enfin se caractérise par une expression linguistique correspondant
Théologie Chrétienne Africaine 1, nº 2 (septembre 2024) : 369–381
- 372 -
Lessi Traoré
La « contextéisation » théologique : Un nouveau paradigme en théologie
contextuelle
ESSAI CRITIQUE DU LIVRE: Contextualisation aujourd’hui : Questions
approfondies en théologie contextuelle, par Fohle Lygunda Li-M
à celle des destinataires pour en faciliter la réception (chap. 3, pp. 52–53 ; chap.
15, p. 165 ; chap. 24, p. 237 ; chap. 25, p. 254).
Fohle est convaincu que le théologien africain possède tout ce qu’il faut
pour établir des CT (chap. 22, p. 214 ; chap. 24, pp. 29–30 ; chap. 25, p. 267). Les
différents écrits théologiques existants effectués par les Africains, les multiples
et innombrables prédications, les procès-verbaux écrits et oraux des différentes
réunions et consultations ecclésiales et théologiques, les rapports de colloques
tenus par les Africains, etc., sont autant d’éléments qui peuvent constituer des
sources de la réflexion en théologie contextuelle (chap. 5, pp. 70–71).
Le théologien africain doit partir de lui-même, de son milieu, de la réalité
qu’il veut étudier, pour construire un discours théologique africanisé (DTA), qui
est simplement dit dans des catégories conceptuelles africaines, selon une vision
africaine du monde. Il doit dire Dieu en Africain, avec la pure pensée africaine,
rester authentiquement africain pour parler de Dieu (chap. 21, p. 204). Ce DTA
veut garder cette altérité africaine tout en dialoguant avec les autres pensées
théologiques. La théologie contextuelle telle que présentée ne s’applique pas
seulement à l’Afrique Fohle la veut universelle (chap. 15, pp. 167–168). Il pense
qu'un théologien africain peut élaborer un discours théologique contextuel
occidental même s’il est lui-même en Afrique, tout comme un Occidental peut
articuler un discours théologique contextuel africain même s’il est lui-même en
Occident. Le lieu d’élaboration ne rend pas nécessairement contextuelle une
théologie. La contextualité théologique qu’il défend est mobile, transportable, et
le théologien en est le véhicule.
Fohle voit dans les CTHI des colons de la pensée théologique africaine, qui
pour lui constituent de véritables entraves à l’indépendance et à la liberté de
penser du génie théologique africain (chap. 25, pp. 260–261, 263–266, 279–281).
Ce qui explique que le théologien africain n’est pas en mesure de proposer des
CT. Le contexte, le milieu de production du discours théologique occidental, est
ici le facteur déterminant d’appréciation. Ce milieu occidental est affecté par
Fohle d’un coefficient de prétention impérialiste. On comprend dès lors sa
volonté de décoloniser l’esprit du théologien africain, à le conduire à se départir
de ces CTHI, à faire confiance en lui-même, et à créer des CT à partir de la
réflexion sur le contexte africain (chap. 25, pp. 272–273). La théologie
contextuelle fohlienne ne clôt pas l’étude sur un phénomène, la contextualité
théologique est pour lui un questionnement permanent sur un phénomène
donné, pour en découvrir le maximum d’aspects possibles en fonction des
contextes (chap. 25, p. 275).
L’interprétation des Écritures semble capitale pour la théologie contextuelle
fohlienne au point qu’il lui consacre sept chapitres (chap. 9–15). Le rapport du
Théologie Chrétienne Africaine 1, nº 2 (septembre 2024) : 369–381
- 373 -
Lessi Traoré
La « contextéisation » théologique : Un nouveau paradigme en théologie
contextuelle
ESSAI CRITIQUE DU LIVRE: Contextualisation aujourd’hui : Questions
approfondies en théologie contextuelle, par Fohle Lygunda Li-M
théologien « contextéisateur » avec les Écritures se veut simple. Le lecteur doit
être dépouillé de tous présupposés hérités, des préjugés intellectuels qui
pourraient l’influencer dans son approche des textes bibliques (chap. 6, pp. 76–
78). Il doit y réfléchir librement, sans aucune autre influence possible, l’individu
se tient face aux textes bibliques avec ses propres présupposés. L’auteur définit
ainsi une herméneutique pour l’exégèse contextuelle, qui met en face deux
contextes et les entraine à dialoguer. Fohle parle d’un va-et-vient entre ces deux
contextes : du contexte biblique à celui du lecteur, et de celui du lecteur au
contexte biblique (chap. 13 ; chap. 24, p. 232). Le théologien exégète contextuel
ne puise dans aucune autre ressource que lui-même et son contexte pour
interpréter le texte biblique. Pour lui, théologie biblique et exégèse biblique
doivent aller de pair (chap. 6, p. 78).
À l’instar de la contextualisation, la contextéisation devient un paradigme
théologique qui s’applique à toutes les disciplines théologiques. Fohle veut
changer la manière traditionnelle de faire de la théologie, la répartition de cette
science en plusieurs disciplines semble problématique à ses yeux. Il refuse le
cloisonnement des disciplines théologiques, qu’il juge limitatif, il veut les
décloisonner pour mieux mettre en exergue leur complémentarité (chap. 3, p.
54). Fohle est bien conscient de l’héritage théologique qui continue de façonner
le paysage théologique en Afrique (chap. 8, pp. 105–112). Informé de la lutte,
des revendications et dénonciations des pionniers, il veut les dépasser. Il ne
prétend pas refonder la théologie, mais plutôt la repenser et la reformuler (chap.
8, p. 114).
La théologie qu’il promeut n’est pas qu’une théologie pour les Africains, elle
est une théologie au service de l’Afrique et pour le monde (chap. 8, p. 114 ; chap.
15, pp. 167–168). Ce qui importe à ses yeux, qui est en réalité le nerf de son
combat, est que le théologien africain réussisse à formuler par lui-même ses
propres cadres conceptuels théologiques (chap. 8, pp. 114–116 ; chap. 24, pp.
29–30). Le théologien africain doit être à l’écoute de Dieu qui lui parle dans son
contexte, doit être en mesure d’exprimer librement sa foi avec ses propres
conceptions sans aucun recours à une conception étrangère. Ce faisant, en
accordant une place importante au Saint-Esprit dans sa réflexion (chap. 22, p.
210), le théologien africain en viendrait à formuler une théologie vivifiante, qui
s’oppose à la théologie mortifère (chap. 25, p. 251). Une théologie mortifère est
celle qui détourne l’Église de sa vocation et la plonge dans le formalisme, tandis
qu’une théologie vivifiante rend la foi vivante, active et fructueuse (chap. 25, pp.
251–253). La théologie vivifiante est marquée par un discours dont le contenu
est non seulement compris par les destinataires, mais élaboré en tenant compte
de leur contexte.
Théologie Chrétienne Africaine 1, nº 2 (septembre 2024) : 369–381
- 374 -
Lessi Traoré
La « contextéisation » théologique : Un nouveau paradigme en théologie
contextuelle
ESSAI CRITIQUE DU LIVRE: Contextualisation aujourd’hui : Questions
approfondies en théologie contextuelle, par Fohle Lygunda Li-M
Pour l’auteur, l’impact positif d’un discours théologique dépend de sa
contextualité, c’est-à-dire qu’il est exprimé dans des réalités conceptuelles des
destinataires. Le référentiel des destinataires commande la conception du
discours. Les CTHI étant construits hors contexte des destinataires en présence,
il n’est pas étonnant qu’ils aient un faible impact dans un contexte étranger à
leur conception. Le discours théologique élaboré en milieu occidental est
empreint du contexte occidental et semble inadéquat au contexte africain.
L’auteur pense qu’un tel discours théologique construit avec ces CTHI
conduirait à la mort. Seul un discours théologique construit en tenant compte
des réalités conceptuelles des destinataires aurait un impact sur ces derniers,
donc produirait la vie. La pensée de Fohle est cohérente dans l’explication qu’il
donne pour enraciner son concept de contextéisation. Malgré tout, on peut
observer quelques insuffisances dans ce système bien tissé.
Un regard critique sur l’ouvrage
L’analyse ici menée porte essentiellement sur quelques arguments, sur
certains de leurs aspects. Elle consiste à soulever des éléments qui font figure de
contrepoids ou qui n’ont pas été suffisamment approfondis par l’auteur. Les
limites avancées dans cette section sont de nature pratique.
Critique des thèses avancées
L’auteur est sans doute animé de bonnes intentions dans l’articulation qu’il
fait de son paradigme théologique. En recherchant une indépendance totale de
la pensée notamment théologique africaine, il est porté par une volonté
émancipatrice. De ce fait, son concept de contextéisation passe pour être un
concept éminemment politique. Il est l’idée d’une lutte qui veut une
autodétermination de la pensée théologique africaine. Ce néologisme en milieu
théologique est un signal lancé pour une réforme en profondeur de la théologie,
qui doit s’exprimer désormais au pluriel. Il ne devrait plus y avoir un critère
universel de validation de la réflexion théologique à prédominance des CTHI.
Fohle travaille pour une égalité de la pensée et du respect mutuel dans le
monde intellectuel théologique, s’oppose fortement à cette condescendance
théologique des CTHI. Il est temps pour le théologien africain de prendre
conscience de sa force intrinsèque et des ressources propres de son contexte qui
peuvent et doivent lui permettre de créer des CT. La théologie africaine n’est pas
à minimiser, elle a quelque chose à dire au monde, c’est au théologien africain
de s’éveiller à cette réalité et de travailler à produire des CT qui soient à la
hauteur des CTHI. L’échiquier mondiale de la théologie a longtemps été dominé
par ces CTHI, les CT des théologiens africains doivent désormais entrer en
concurrence avec ces derniers.
Théologie Chrétienne Africaine 1, nº 2 (septembre 2024) : 369–381
- 375 -
Lessi Traoré
La « contextéisation » théologique : Un nouveau paradigme en théologie
contextuelle
ESSAI CRITIQUE DU LIVRE: Contextualisation aujourd’hui : Questions
approfondies en théologie contextuelle, par Fohle Lygunda Li-M
Le processus de création des CT africains est porté par la contextéisation qui
définit quatre critères selon lesquels doivent se dérouler les réflexions
théologiques (cf. supra). La méthode fondamentale fohlienne est que le
théologien africain s’abstienne de dialoguer en amont avec les CTHI et ne le
fasse qu’en aval dans ce processus de création des CT. Cette méthode de
contextéisation est désormais opposable à la méthode traditionnelle qui admet
ce dialogue tout au long de la recherche. La promotion d’une nouvelle méthode
de faire de la science n’est pas ici remise en question, c’est plutôt l’inadéquation
de la méthode avec l’esprit de la lutte qui est mise en exergue. Comment peut-
on juger de l’originalité d’un CT sans dialogue préalable en amont d’une
recherche ?
En recherche théologique, il y aura toujours des aspects communs,
indépendamment du contexte de leur formation, qu’il faut connaître en amont
d’une recherche. C’est à partir de ces éléments, parmi lesquels peuvent figurer
les CTHI, qu’on peut juger si la recherche est innovante, originale ou non, s’elle
aboutira à la formation d’un quelconque CT. Ce principe est bien connu de
Fohle, mais pour lui, le dialogue en amont se tient uniquement (peut-être
prioritairement) avec les sources contextuelles, avec les productions issues des
théologiens africains (cf. supra critère 3). Il décide de ramener ce dialogue avec
les CTHI en aval de la recherche. Il pense qu’un tel dialogue en amont serait
susceptible d’influencer le chercheur africain, en réduisant de facto sa lucidité,
en lui faisant perdre toute liberté et indépendance intellectuelles. La création
d’un CT issu d’une telle recherche serait compromise.
Une telle façon de procéder, originale soit-elle, a la vertu de priver le
théologien africain d’informations très importantes, utiles pour sa recherche. Si
la crainte d’influence des CTHI est justifiée en amont, cette même influence
existe en aval. Le principe de la pensée, qui fait surgir des idées en mosaïque dans
l’entendement humain, puisqu’il n’y a jamais qu’une seule idée présente à
l’esprit, n’admet pas cette chronologie amont aval. Dans l’entendement humain,
la pensée se déroule toujours dans l’instant présent. La pensée en amont se tient
dans les mêmes conditions que la pensée en aval, et ne sont en réalité rien d’autre
qu’une seule et même pensée, qui n’est pas à l’abri d’une influence. À cet égard,
pour être cohérente avec elle-même, la contextéisation devrait aller au bout de
sa logique pour écarter définitivement toutes les formes de CTHI pour s’assurer
de l’originalité des CT, en refusant ainsi tout dialogue intellectuel avec toutes les
formes de pensée, sauf celles contextuelles africaines. Une telle position reste
arbitraire et méthodologiquement compromettante.
Tous les savoirs attestés sur un sujet donné, quel que soit le contexte de leur
élaboration, au nom du principe de l’universalité de la science, ne doivent pas
Théologie Chrétienne Africaine 1, nº 2 (septembre 2024) : 369–381
- 376 -
Lessi Traoré
La « contextéisation » théologique : Un nouveau paradigme en théologie
contextuelle
ESSAI CRITIQUE DU LIVRE: Contextualisation aujourd’hui : Questions
approfondies en théologie contextuelle, par Fohle Lygunda Li-M
être écartés à aucun moment de la recherche. Elles la rendent fécondent et
contribuent plutôt à la création de CT. Rien ne prouve qu’une réflexion n’est ni
indépendante ni libre parce qu’elle est effectuée en association. Toute réflexion
est par ailleurs associative et ne saurait empêcher une quelconque créativité. On
peut tout autant réfléchir avec les CTHI tout en créant des CT. Les CTHI ne
devraient pas être connotés négativement, ils ne portent en eux aucune velléité
dominatrice, ce ne sont que des savoirs neutres, il n’y a aucun danger à réfléchir
avec ces CTHI dès lors que l’esprit humain est capable de lucidité pour dissocier
les éléments contextuels qui y sont attachés. Dépouillés de leurs éléments
contextuels, les CTHI deviennent universels, et sont la propriété de l’humanité.
Les rejeter mordicus, revient aussi à rejeter la science, à rejeter la rationalité. Les
CTHI n’empêchent pas de réfléchir lucidement, rationnellement, sainement et
africainement. Il ne faut surtout pas opposer une rationalité théologique
africaine à une autre.
Au cours de sa réflexion, l’auteur fournit très peu d’exemples concrets sur
les CTHI. On voit apparaître dans son ouvrage le concept de démythologisation
de Bultmann. Peut-être que ce concept convient mieux à sa logique
argumentative, l’explication qu’il en donne suffit à créer un doute vis-à-vis de
tous les CTHI. Il reste particulièrement général sur ces CTHI, est étonnement
silencieux au sujet de ceux qui, en réalité, conviennent bien au contexte africain,
par exemples, ceux concernant la foi, le salut, le baptême d’eau, le travail, la
charité, le don de soi, etc. Cette lecture sélective de ces CTHI est préjudiciable à
sa démarche. Discerner dans les CTHI ce qui sied au contexte africain, revient à
écouter et vivre selon le modèle apostolique (1Thessaloniciens 5. 21).
L’auteur fait preuve, pour une des rares fois, de nuance vis-à-vis des CTHI,
dans la section qu’il consacre sur le développement de passer de la « théologie
d’émerveillement à une théologie d’engagement » (chap. 22, p. 207). Il dépeint
la situation actuelle des églises et de la théologie d’être une situation de
photosynthèse, un contexte qui n’est plus celui de l’époque des missionnaires,
une nouvelle réalité recomposée, qui nécessite, selon son expression, « de
remettre en question certains2 éléments épistémologiques appris selon le modèle
d'ailleurs. . . . [et d’] apprécier les valeurs culturelles et épistémologiques locales
afin d'en tirer la sève qui convient pour la formulation de . . . discours
théologiques contextuels » (chap. 22, p. 210). Pourquoi concède-t-il enfin cette
nuance ?
En vérité, elle ne peut se comprendre qu’au regard de ce qui précède dans
son livre, où il reconnait que des missionnaires occidentaux continuent encore
2
La mise en valeur est de nous.
Théologie Chrétienne Africaine 1, nº 2 (septembre 2024) : 369–381
- 377 -
Lessi Traoré
La « contextéisation » théologique : Un nouveau paradigme en théologie
contextuelle
ESSAI CRITIQUE DU LIVRE: Contextualisation aujourd’hui : Questions
approfondies en théologie contextuelle, par Fohle Lygunda Li-M
aujourd’hui d’intervenir et d’implanter des églises en Afrique. Cette section
s’adresse à cette situation pour signifier que les églises missionnaires actuelles
sont implantées dans un contexte de photosynthèse. Les théologiens doivent,
dans ce cas précis, « remettre en question certains3 éléments épistémologiques
appris selon le modèle d'ailleurs. . . . [et d’] apprécier les valeurs culturelles et
épistémologiques locales afin d'en tirer la sève qui convient pour la formulation
de . . . discours théologiques contextuels » (chap. 22, p. 210). La nuance ne
concerne donc pas de fait toutes les églises africaines de façon générale. L’auteur
reste fidèle à sa logique que ces CTHI, sans distinction aucune, sont des obstacles
à l’élaboration d’une théologie contextuelle africaine authentique.
Il ressort tout au long du livre des affirmations à caractère évasif, qui
suffisent pour l’auteur à fonder son concept (chap. 24, p. 234 ; chap. 25, p. 252).
Les causes réelles qui fondent sa pensée demandent plus de preuves concrètes,
l’auteur n’en donne à peine que quelques-unes, alors qu’il faudrait davantage en
fournir et dépasser des procès d’intentions, quand on veut asseoir un concept
noble comme celui de la contextéisation.
Est-il judicieux d’étendre la contextualité à tous les aspects de la théologie
et de la vie chrétienne ? L’auteur semble montrer que tous les textes bibliques
sont contextuels, en occultant au passage le caractère révélateur des Écritures.
La contextualité universalisante l’affaiblit et la rend relative, sa portée n’est qu’en
réalité réduite et ne s’applique finalement pas à tout le monde. N’est-il pas à
cause d’une telle conception que la théologie africaine est dite contextuelle et
marginalisée ? La contextualité fohlienne appliquée aux textes bibliques rend
inopérant leur caractère révélateur, les prive de leur universalité, et rend leur
message relatif. En suivant cette perspective, les textes bibliques finissent ainsi
par ne plus rien dire au monde d’aujourd’hui.
Toute théologie est contextuelle, affirmation récurrente chez l’auteur,
contextualité qui répond aux quatre critères qu’il a énoncés. Pourtant, il existe
des théologies qui sortent de son maillage épistémologique, qu’on pourrait
appeler de « théologies a-contextuelles », qui ne répondent ni au premier critère,
ni au deuxième encore moins au troisième. Le quatrième critère est
communicationnel, s’applique à toute forme de pensée. Il y a de ces théologies
qui sont nées, non pas d’un quelconque besoin du contexte du théologien, donc
ne solutionneront pas ce besoin, construites sur la base des sources disponibles
sans aucune distinction, mais venant simplement d’un besoin personnel, d’une
simple curiosité scientifique, d’un appel intérieur à explorer une thématique, un
sujet, d’une expérience personnelle avec Dieu, etc. Certains des écrits de Boèce,
3
La mise en valeur est de nous.
Théologie Chrétienne Africaine 1, nº 2 (septembre 2024) : 369–381
- 378 -
Lessi Traoré
La « contextéisation » théologique : Un nouveau paradigme en théologie
contextuelle
ESSAI CRITIQUE DU LIVRE: Contextualisation aujourd’hui : Questions
approfondies en théologie contextuelle, par Fohle Lygunda Li-M
d’Augustin, de Thomas d’Aquin, des réformateurs, etc., peuvent être rangés
parmi ces théologies a-contextuelles, parce qu’on leur reconnait un caractère
universel, ils traitent des problématiques qui concernent tout le monde.
Un théologien africain qui développe une théologie a-contextuelle est
appelé à réfléchir avec les CTHI dans ce domaine, qui ne constituent pas des
entraves à sa liberté de penser et à son indépendance intellectuelle, cela ne
l’empêcherait pas de créer des CT. Contextualité ou non, la création d’un CT ne
devrait pas nécessairement être liée au contexte, mais plutôt au génie du
chercheur. Toutefois, on peut admettre avec l’auteur que le contexte peut
favoriser leur création. Au-delà de ces insuffisances argumentatives, existent des
limites réelles à l’application de la contextéisation.
Limites de la « contextéisation »
On ne peut faire de la théologie contextuelle africaine sans des ressources
bibliographiques conséquentes bien connues. Les travaux des théologiens
africains, les discours tenus par des chrétiens africains, les colloques
universitaires tenus par les théologiens africains, les comptes rendus des
réunions ecclésiales africaines, etc., qui doivent servir de sources à la théologie
contextuelle africaine sont tapis dans l’ombre. L’un des échecs de la
contextualité de la théologie africaine viendra de son insuffisance en ressources
bibliographiques doublée d’un manque en ressources financières et matérielles
pour mener des recherches adéquates.
Les productions théologiques africaines ne sont pas suffisamment
vulgarisées. Les ressources bibliographiques les plus disponibles, les plus
vulgarisées sont celles produites selon des CTHI. Comme le dit un adage
burkinabè : « On danse aux sons des tam-tams qui battent à côté ». Les tam-tams
lointains de nos braves théologiens africains, comble du paradoxe, ce sont en
réalité des tam-tams qui battent à côté, mais leurs sons semblent très faibles au
point qu’on croit qu’ils proviennent de très loin. Ces sons ne peuvent pas
participer aux festivités de la théologie africaine. En revanche, ce sont des tam-
tams qui battent de très loin, qui réussissent à se faire entendre de très près, en
Afrique. Voici le paradoxe africain, qui nécessite de travailler à inverser la
tendance.
L’une des limites de la contextéisation réside dans les réticences auxquelles
elle fera face, qui s’ajoutent au manque d’assurance en eux-mêmes de certains
théologiens africains à produire des CT. Le plus grand défi sera de réussir à
rallier les esprits à la cause de la théologie contextuelle. Ce défi ne pourra être
relevé que lorsque les thématiques et les sujets abordés intéresseront vraiment à
la fois le monde universitaire, pour qu’il les intègre dans son programme, que le
lecteur lambda et le leader religieux, qui cherchent à se cultiver. La réception
Théologie Chrétienne Africaine 1, nº 2 (septembre 2024) : 369–381
- 379 -
Lessi Traoré
La « contextéisation » théologique : Un nouveau paradigme en théologie
contextuelle
ESSAI CRITIQUE DU LIVRE: Contextualisation aujourd’hui : Questions
approfondies en théologie contextuelle, par Fohle Lygunda Li-M
généralisée de ces théologies contextuelles africaines permettra de mesurer leur
degré d’influence et suscitera un engouement en leur faveur. De tel défi s’inscrit
naturellement dans un combat séculaire. Les pensées de certains théologiens,
aujourd’hui considérées comme portant un caractère universel, qui occupent
une place importante dans les programmes des facultés de théologie, ne se sont
pas imposées d’un seul coup à la première production. C’est à la suite d’un long
débat théologique que certaines pensées ont fini par s’imposer.
La contextéisation doit considérer le fait que certains théologiens africains
ignorent ce que sont exactement les catégories épistémologiques et
philosophiques de leur contexte (CEPC), pour deux raisons : d’une part, ils
vivent dans un monde hybride, façonné par l’interculturalité et l’école, qui les
éloignent de plus en plus de ces catégories, et d’autre part, en l’absence ou
l’insuffisance des ressources bibliographiques contextuelles à leur disposition,
ils ne peuvent pas constituer un capital de savoir sur ces CEPC pour former des
CT. Face à une telle réalité, la contextéisation doit se réinventer.
Le dernier élément est d’ordre linguistique. La pléthore des langues
vernaculaires africaines rend souvent difficile la communication. Il y a autant de
groupes ethniques que de CEPC en Afrique, au point que l’Afrique se conjugue
au pluriel. Comment construire un discours théologique qui s’inspire des CEPC
d’une localité, qui soit compréhensible dans toutes les autres localités
d’Afrique sans tomber dans la contextualisation traditionnelle (adaptation) ? Il
faudrait ici exclure le quatrième critère, qui veut que le discours théologique
contextuel soit exprimé dans des catégories linguistiques des destinataires.
Quels destinataires, en ce qui concerne l’Afrique, d’autant plus qu’il y a en
Afrique, au moins autant d’ethnies que de langues ? Peut-être que la solution
viendrait du côté de la langue du colon. Si tel est le cas, alors apparait le paradoxe
africain, la plupart des productions qui peuvent servir de sources pour le
théologien contextéisateur d’Afrique francophone sont en anglais, y compris la
majorité des productions intellectuelles de notre auteur, qui est issu d’un pays
francophone. On est en droit de se demander si on est en présence d’un mythe
ou de la réalité.
Conclusion
La Contextualisation aujourd’hui : Questions approfondies en théologie
contextuelle du Professeur Fohle Lygunda li-Mwangwela, est un véritable texte
fondateur, trace les linéaments d’un nouveau paradigme théologique qu’est la
contextéisation. En lisant cet ouvrage, le lecteur se sent connecté avec l’esprit de
l’écrivain qui parle avec toute la sincérité qu’on puisse trouver. Cette recension
n’aura pas tout dit sur la compréhension de ce concept, qui fait son apparition
Théologie Chrétienne Africaine 1, nº 2 (septembre 2024) : 369–381
- 380 -
Lessi Traoré
La « contextéisation » théologique : Un nouveau paradigme en théologie
contextuelle
ESSAI CRITIQUE DU LIVRE: Contextualisation aujourd’hui : Questions
approfondies en théologie contextuelle, par Fohle Lygunda Li-M
et qui demande à être davantage élucidé par d’autres textes explicatifs de son
fondateur ou de ceux qui seront épris de ce concept et acquis à cette cause. Cette
œuvre ne pouvant être complètement recensée, il est du devoir de celui qui veut
en savoir davantage de se rapporter directement à ce livre, qui lui parlera et qui
corrigera probablement certaines des appréhensions à l’égard de ce concept, qui
est un véritable apport substantiel dans le monde de la science théologique.
Théologie Chrétienne Africaine 1, nº 2 (septembre 2024) : 369–381
- 381 -