De La Bibliotheque de La Fiscalite
De La Bibliotheque de La Fiscalite
Toute
La
Fiscalité
Des entreprises
Critique 1
Certes, les IFRS font plus souvent appel à la notion de
Les IFRS pratiqueraient une juste valeur et à la valeur actuelle que les référentiels
comptables d’Europe continentale ou ceux qu’ils ont
« juste valeur » inspiré (par exemple au Japon).
généralisée Mais contrairement à ce que certains affirment, il ne
s’agit pas, et de loin, d’un système « tout juste
valeur».
La valeur actuelle est la valeur présente d’un actif ou passif à échéance future, actualisée pour tenir compte de la
valeur temps de l’argent
Le Board de l’IASB, tout comme son prédécesseur l’IASC, a clairement confirmé sa préférence pour un système
mixte, combinant mesures à la juste valeur et mesures au coût historique amorti, en fonction du « business model »
de l’entreprise et de la probabilité de réaliser les cash flows afférents aux actifs et passifs par voie d’exploitation ou
de cession.
La juste valeur figure soit en lecture directe dans les états financiers - et affecte la mesure de la performance et la
situation nette comptable - soit en notes annexes pour améliorer l’information sur les risques et sur les valeurs
éventuellement réalisables.
Je reviendrai ultérieurement sur la Norme IFRS 13 qui a été élaborée pour résoudre les difficultés d’application de
la juste valeur dans certaines situations de marché (elle est entrée en vigueur dans l’Union Européenne au 1er
janvier 2013).
Pour une entreprise industrielle ou commerciale, l’essentiel du bilan est constitué d’éléments comptabilises au coût
historique amorti, à l’exception du cas rare des entreprises qui se développent uniquement par croissance externe et
doivent comptabiliser les actifs et passifs acquis à la juste valeur à la date d’acquisition.
Ceci est d’ailleurs requis par les règlements français sur les comptes consolidés (CRC 99-02 et 07).
Sauf exception bien justifiée, les stocks, les immobilisations, figurent au bilan au coût historique amorti. En effet,
IAS 36 ne permet pas de comptabiliser en juste valeur les actifs corporels (usines, machines, matériels de transport,
etc.) en constatant des profits dans le résultat.
Critique 2
Les normes IFRS ont pour objectif de refléter la valeur
financière globale de l’entreprise.
Certains ont même affirmé que l’IASB veut que les entreprises mesurent leurs actifs à une valeur « à la casse »,
même si elles ne souhaitent pas ou n’ont pas besoin de céder leurs actifs.
Le recours (limité, comme expliqué ci-dessus) dans les normes IFRS à une mesure comptable d’actifs ou de
passifs à la juste valeur est souvent confondu avec une prétendue volonté de refléter dans les capitaux
propres comptables la valeur financière globale de l’entreprise.
C’est une lecture erronée, car le Cadre conceptuel des IFRS précise : «les états financiers à caractère général n’ont
pas pour objectif de montrer la valeur d’une entreprise ; mais ils fournissent des informations pour aider les
investisseurs, préteurs et autres créanciers, présents ou potentiels, à estimer la valeur de l’entreprise ».
Il est clair pour l’IASB que les comptes établis selon les IFRS n’ont pas pour objectif de renseigner sur la valeur de
revente en bloc de l’entreprise, quand bien même l’essentiel des actifs et passifs identifiables seraient évalués à la
juste valeur.
La seule ambition est d’aider l’utilisateur à évaluer les flux futurs de trésorerie dégagés par l’exploitation, qu’il
pourra comparer aux investissements futurs nécessaires, afin de déterminer le cash-flow libre qui pourra servir à
rémunérer le capital investi ou à rembourser l’endettement.
De plus, les IFRS ne permettant pas d’inscrire à l’actif du bilan les actifs incorporels générés en interne par les
activités de l’entreprise, toute volonté de refléter dans les comptes la valeur globale de l’entreprise serait vouée à
l’échec.
La seule situation dans laquelle une entreprise apparaît pour sa valeur vénale est quand elle est acquise par une
autre qui va la consolider dans ses comptes.
Les actifs et passifs identifiables, qui justifient en partie le prix payé, sont repris par l’acquéreur à leur juste valeur,
et la différence (souvent importante) avec le prix payé constitue l’écart d’acquisition (goodwill).
La règle comptable est la même dans le référentiel français.
Enfin, l’obligation de comptabiliser des provisions pour dépréciation des actifs (« impairments ») lorsque la valeur
réalisable devient inférieure au coût historique amorti se retrouve dans tous les référentiels comptables modernes :
la Norme IAS 36 ne diffère pas fondamentalement des dispositions en vigueur dans les textes français.
Ces provisions résultent de la mise en œuvre du principe de prudence et n’ont rien à voir avec une quelconque
approche d’évaluation « à la casse » de l’entreprise, puisqu’elles ne sont pas fondées sur une hypothèse de
cessation des activités.
Bien au contraire, le test d’impairment prend en compte les prévisions d’activité à long terme de l’unité
opérationnelle sous revue.
Les comptes établis selon les IFRS sont préparés à partir d’une hypothèse de continuation de l’activité (« going
concern assumption »).
Critique 3
Pour qu’un altimètre soit efficace, il doit être étalonné de
Les IFRS nient le concept façon neutre, et ne pas comporter de mécanismes d’inertie
masquant les variations d’altitude.
de prudence comptable De même, s’agissant des informations financières, les
transactions et événements économiques doivent être
reflétés dans les comptes avec un souci de neutralité, sans privilégier un « principe de prudence » qui consisterait,
en réalité, à mettre en œuvre un biais négatif systématique de mesure et à constituer des réserves occultes.
Sous-évaluer des actifs ou surévaluer des passifs au cours d’une période comptable conduit souvent à déformer la
performance économique réelle, non seulement au cours de la période concernée, mais aussi au cours d’une période
ultérieure: c’est incompatible avec un objectif d’information neutre et avec le principe d’égalité entre actionnaires
présents et futurs. Cela a été dénoncé avec vigueur par les autorités boursières de plusieurs pays, et c’est de
surcroit, à mon avis, en contradiction avec le principe d’image fidèle (« true and fair view ») figurant dans les 4eme
et 7eme Directives européennes.
Le Cadre conceptuel des IFRS, guide que le normalisateur s’est donné et qu’il doit suivre lorsqu’il rédige une
nouvelle norme, a donc supprimé la référence explicite à la prudence comme principe fondamental car l’IASB,
comme son prédécesseur l’IASC, estimait que son utilisation pouvait conduire à des pratiques comptables abusives.
L’IASB pose l’hypothèse que l’utilisateur de l’information financière est suffisamment compétent en matière
économique pour savoir réagir rationnellement aux phases d’expansion ou de contraction, sans qu’il soit nécessaire
de mettre en œuvre à sa place, de manière générale et pour les comptes de toutes les entreprises, un « filtre
prudentiel ».
Mais les régulateurs prudentiels des intermédiaires financiers (banques et compagnies d’assurance principalement),
tout en partant de l’information comptable qui leur est communiquée, peuvent souhaiter mettre en œuvre des «
filtres prudentiels » complémentaires, en plus de la fixation des ratios de liquidité ou de capital, afin d’influencer le
comportement des banques ou compagnies d’assurance et de garantir un niveau de fonds propres suffisant pour
résister aux crises.
Ces intermédiaires portent en effet dans leur bilan des risques « pour compte de tiers » qui justifient une
supervision spécifique et des précautions particulières.
Ceci ne saurait être une préoccupation strictement comptable.
Le rôle des IFRS n’est pas d’être un instrument de régulation économique, au-delà d’assurer la transparence
financière qui est une condition de bon fonctionnement des marchés.
Critique 4
Les IFRS donnent une prééminence à la réalité
économique sur l’apparence juridique
Les normes ne nient pas l’importance de l’environnement juridique de l’entreprise, notamment
l’interprétation que des tribunaux seront susceptibles de faire des engagements contractuels.
Par exemple, lorsqu’il s’agit de transactions commerciales, une des conditions requises pour qu’un contrat soit
comptabilisé en chiffre d’affaires est qu’il existe un accord réel entre les parties et que son exécution puisse être
imposée par les autorités compétentes.
Il reste que les normes IFRS sont fondées sur un cadre conceptuel qui consacre leur autonomie par rapport
à la discipline juridique.
Toute idée de trouver dans le droit positif la source systématique de toute norme comptable est d’ailleurs
inapplicable dans un cadre international.
Les normes IFRS privilégient donc l’analyse de la réalité économique et financière des engagements afin de fournir
une vision complète et pertinente des risques et avantages auxquels l’entreprise est confrontée.
Cela amène parfois les IFRS à dépasser l’apparence juridique d’une transaction (l’apparence étant ici prise au sens
de « désignation »).
Un engagement financier étiqueté «location financière » pourra ainsi être traité comme l’achat à crédit d’un bien ;
un engagement pris envers les salariés et qui se matérialisera après leur départ de l’entreprise sera traité comme une
dette présente ; une vente assortie de conditions extensives de retour pourra être traitée comme une mise en dépôt ;
une opération de titrisation ou de « repo » qui ne transfère pas les risques de crédit ou de marché sera traitée
comme une opération de financement gagée sur les créances …
Le traitement comptable des événements postérieurs à la date du bilan (Norme IAS 10) démontre également que les
Normes requièrent une analyse juridique fine pour décider du rattachement des dépenses à l’exercice concerné.
Nous l’illustrerons par le cas, malheureusement trop fréquent, des plans sociaux.
La direction d’une entreprise décide de réduire l’effectif d’une usine et met en œuvre un licenciement économique ;
celui-ci a lieu entre la date du bilan et celle de l’arrêté des comptes par le Conseil d’administration.
Faut-il en provisionner le cout à la clôture de l’exercice ? Le comptable «prudent » sera tenté de le faire (cf. le cas
de Renault Vilwoorde en 1996).
Le comptable qui applique les IFRS devra aussi se demander si les modalités de mise en œuvre étaient
suffisamment précisées et annoncées aux salariés de telle façon qu’elles créaient à leur égard une « obligation
constructive » à la date du bilan.
A défaut, cet événement ne sera pas provisionné à la clôture, mais mentionné dans l’annexe, à titre d’information
sur les événements postérieurs.
Critique 5
Avec les comptes en IFRS, les dirigeants ne s’y retrouvent
pas
Il faut commencer par rappeler que le champ de la normalisation par l’IASB est restreint aux informations
relatives à la situation financière et aux résultats publiés périodiquement par une entreprise faisant appel public à
l’épargne.
Les normes ne couvrent donc pas les nombreux autres domaines (responsabilité sociétale et environnementale,
politique salariale et de ressources humaines, gouvernement d’entreprise, etc.) qui peuvent intéresser les salariés,
les gouvernements, ni les informations ponctuelles qui sont également utiles aux investisseurs (en application de la
«Directive Transparence » sur l’information permanente du marché).
La détermination du résultat fiscal et du dividende distribuable reste associée aux comptes
individuels, généralement établis selon les règles comptables nationales, même si dans la pratique les entreprises
cotées en bourse s’efforcent de suivre une politique de rémunération des actionnaires calée sur le résultat
comptable consolidé, déterminé selon les normes IFRS. Le superviseur prudentiel a ses propres exigences et ajoute
des « filtres » lorsqu’il détermine les ratios de capital règlementaire ou de liquidité.
Il est exact que la coexistence de ces référentiels comptables, fiscaux et prudentiels différents est un facteur de
complexité : l’IASB n’en est pas responsable.
De même, l’inflation des obligations d’information sur toutes sortes de sujets, cause principale de l’accroissement
du volume des rapports annuels, est-elle imputable au seul IASB ?
Les états financiers sont complétés en droit européen par le rapport de gestion, dont la normalisation est en dehors
du champ de compétence de l’IASB.
Le rôle principal du rapport de gestion est d’expliquer et de commenter le contenu des états financiers et c’est un
excellent vecteur de communication pour commenter la performance, notamment en liaison avec l’information
sectorielle (IFRS8).
Pour établir des normes d’information financière cohérentes, il est utile de définir au préalable les objectifs de
ces normes, et les caractéristiques qualitatives d’une information utile.
C’est la raison d’être du Cadre conceptuel des IFRS, initialement publié en 1989 et actuellement en cours de
révision. Ce cadre identifie les destinataires principaux de l’information financière (les apporteurs de capitaux
externes à l’entreprise, tels que les actionnaires, les créanciers) et le type de décisions économiques que
l’information financière doit leur permettre de prendre.
De manière plus générale, il prend en compte les personnes extérieures à l’entreprise qui n’ont pas accès à
l’information : l’information financière est ainsi utile aux clients et aux fournisseurs, voire aux salariés dans
nombre de pays ou aucune information n’est prévue pour les représentants des personnels.
Il ne s’agit donc pas d’une information à usage interne pour les dirigeants, ni d’une information directement à objet
fiscal, ni destinée à des statistiques nationales ou à la régulation prudentielle. En effet, les dirigeants ont accès,
autant qu’ils le souhaitent, à des informations provenant du reporting de gestion interne.
Les régulateurs prudentiels imposent des reportings spécifiques en fonction de leurs besoins. Les autorités fiscales
ne se préoccupent généralement pas des comptes consolidés.
On notera toutefois que, sur de nombreux aspects, les normes IFRS ont été établies avec l’objectif de ne pas créer
de divorce entre les instruments de pilotage interne et les comptes publiés.
C’est ainsi que la présentation du compte de résultat ne privilégie pas le classement par nature ou que les
informations sectorielles doivent être en phase avec l’organisation de l’entreprise. La publication en France d’une
structure-type de compte de résultat qui réponde à nos traditions a répondu au souhait de nombreux groupes cotés.
Il est bien sur souhaitable d’aligner les mesures de performance publiée avec celles utilisées en interne, et de ne pas
favoriser le recours à des indicateurs de performance indépendants des informations comptables auditées par les
commissaires aux comptes.
Mais définir ce qui relève du résultat comptable de la période et ce qui relève des autres changements dans l’actif
net comptable de l’entreprise est un challenge permanent.
D’ores et déjà, les normes affectent les effets des transactions et événements tantôt au compte de résultat (Profit
and Loss), tantôt à l’« other comprehensive income » (autre résultat d’ensemble).
A l’occasion de la révision du cadre conceptuel, une réflexion est en cours pour améliorer la cohérence entre les
normes sur ce point et préciser les contenus informationnels respectifs de ces deux niveaux d’analyse.
Il conviendra de définir également de façon plus rationnelle les conditions dans lesquelles une variation de valeur
qui a été inscrite dans le other comprehensive income sera reclassée au compte de résultat, par exemple lorsque la
valeur est « cristallisée » par une cession ou un règlement.
L’IASB est bien conscient que la norme IAS 1qui traite de la présentation des états financiers, héritée de son
prédécesseur, mérite un toilettage. Un premier projet sur la présentation de la performance, lancé en 2006, a dû être
mis de coté : sans doute était-il trop ambitieux. Mais il faudra y revenir.
D’ores et déjà, le Board a initié un programme d’action à court et moyen terme visant à résoudre l’épineuse
question du volume excessif des annexes aux comptes consolidés (le fameux « disclosure overload »).
Ceci pourrait nécessiter des modifications des normes, mais aussi et surtout des modifications comportementales de
la part des responsables de la préparation des comptes, des commissaires aux comptes et des régulateurs de marché:
il faut cesser de penser la préparation des annexes comme un seul exercice de compliance, il faut faire une
meilleure utilisation du principe de caractère significatif et ne pas encombrer les annexes d’information non
pertinentes ou portant sur des montants peu importants.
D’une façon générale, tant les investisseurs internationaux que les autorités de marché sont satisfaits de la qualité
des informations fournies par les comptes établis selon le référentiel IFRS, à tel point que la US S.E.C., si
soucieuse de la protection des investisseurs, reconnaît depuis 2007 les IFRS comme étant de qualité équivalente
aux normes américaines et en autorise l’utilisation pour les sociétés étrangères cotées aux USA.
De même, ni l’ESMA ni l’AMF n’expriment des interrogations sur la pertinence des informations fournies au
marché par les comptes établis selon les IFRS. 17
Critique 6
Les comptes IFRS ne reflètent pas le « business model »
Une des critiques souvent adressées par les dirigeants au Cadre conceptuel des IFRS est qu’il privilégierait une
approche « par le bilan » et ne s’intéresserait pas assez au reporting des transactions « par les flux ».
De ce fait, il ne refléterait pas bien le business model ou la réalité opérationnelle des entreprises.
Le cadre conceptuel impose-t-il réellement de mesurer la performance financière de l’entreprise comme étant égale
à la variation de la situation nette comptable entre deux bilans successifs ?
C’est à la fois vrai et faux.
Vrai, puisque Cadre définit surtout les attributs qui caractérisent un actif (ressource économique positive pour
l’entreprise) ou un passif (ressource économique de valeur négative) et qu’il appréhende un revenu ou une charge à
partir de la variation de valeur comptable d’un actif ou d’un passif.
Dès lors, dans la logique d’une comptabilité en partie double, la performance financière globale est affectée par
les variations de valeur des actifs et passifs comptabilisés au bilan.
Mais c’est également faux, car une variation de l’actif net comptable ne sera pas toujours traduite dans le
résultat net comptable de la période.
D’une part, les transactions entre l’entreprise et ses actionnaires (dividendes ou rachats d’actions, émissions de
capital ou de stock options) affectent directement les composantes de la situation nette.
Mais au-delà, il convient de remarquer que l’IASB fait de plus en plus souvent appel à une composante particulière
des états financiers, l’Other Comprehensive Income - OCI pour enregistrer la contrepartie de la variation de valeur
au bilan. On citera par exemple la récente modification d’IAS 19 sur les engagements de retraite, qui enregistre en
‘OCI’ le re-calcul de la valeur actuelle de l’engagement, la norme IFRS 9 qui permet d’y enregistrer les variations
de valeur d’un portefeuille d’actions, ou encore le projet de norme IFRS4 sur les passifs d’assurance, pour y
comptabiliser les changements des taux d’actualisation.
Il est possible de débattre de la signification du solde figurant au pied du tableau OCI au regard de la
compréhension de la performance de l’entreprise pendant la période sous revue, et la mise en sommeil du projet «
Présentation des états financiers » laisse la question entière. Mais comme indiqué plus haut, le Board de l’IASB va
prochainement y revenir.
Je ne pense pas que le Board ait l’intention de revenir à l’idée de fusionner en un seul état financier le compte de
résultats et celui du Other Comprehensive Income.
Le résultat net comptable restera un indicateur de performance très important.
Une évolution sensible est observée depuis quelques années : la notion de business model est de plus en plus
présente dans les IFRS, qu’il s’agisse du classement des instruments financiers détenus, de l’option de
valorisation des immeubles de placement à la juste valeur ou au coût amorti, de la distinction entre stocks et actifs
immobilisés, et enfin de la flexibilité laissée aux entreprises pour choisir la structure de leurs états financiers et
mettre en évidence les données de performance jugées les plus pertinentes (Norme IAS 1).
La révision du cadre conceptuel lancée récemment accordera une place importante à l’examen plus fondamental du
rôle du business model dans la présentation des informations financières, tout en conservant un équilibre avec
l’objectif de comparabilité inter-entreprise.
La norme IFRS 8 sur l’information sectorielle fait une large place au business model puisqu’elle demande de
présenter la performance des différents secteurs d’activité «à travers la vision du management », c’est à dire en
alignant la communication externe avec les indicateurs utilisés pour le pilotage de l’entreprise.
Il ne faut cependant pas confondre business model et comptabilité d’intentions.
Les intentions du management concernant tel ou tel élément d’actif sont susceptibles de changer en fonction des
opportunités du moment, et cela n’a rien d’anormal.
Si tous les actifs étaient évalués à la juste valeur, cela n’aurait aucune importance du point de vue comptable.
Mais dès lors qu’un modèle mixte de mesure (cout historique / juste valeur) existe dans le référentiel IFRS,
permettre de modifier librement le classement comptable et le mode de mesure d’un actif en fonction des
intentions du moment serait ouvrir une voie royale à de multiples abus.
Un actif évalué à la juste valeur, dont on craint que le prix de marché baisse, serait reclassé dans la catégorie coût
amorti, pour éviter de constater des pertes.
Un actif évalué au coût historique serait reclassé dans une catégorie à la juste valeur en fonction de la nécessité de
faire apparaître les plus-values potentielles.
C’est pourquoi l’IASB utilise la notion de business model avec précaution :
Un business model est un mode de gestion qui est observable au niveau d’un ensemble d’actifs (par exemple, la
conservation des prêts bancaires au bilan de la banque par opposition à la titrisation systématique) ; il ne change
que dans des circonstances particulières et ce changement fait l’objet d’une communication adéquate.
On ne saurait encourager ni le «cookie jars6 » ni le « pilotage » des résultats.
L’expression « cookie jar accounting » ou «comptabilité de boite a biscuits » a été utilisée par Arthur LEVITT,
ancien président de l’US SEC, pour décrire une politique de lissage des résultats comptables des périodes
successives, au moyen de dotations et de reprises de provisions comptables économiquement non justifiées.
Critique 7 :
Le traitement des rapprochements d’entreprises est
aberrant
En cas d’acquisition d’entreprise (« Business combination »), les règles comptables internationales (IFRS 3 et son
pendant SFAS 141 aux USA) et françaises (CRC 99-02) sont pratiquement équivalentes :
Elles requièrent que les actifs et passif identifiables de la société acquise soient repris au bilan consolidé à leur juste
valeur au moment de l’acquisition.
La différence entre la valeur nette des éléments d’actif et de passif identifiables et la juste valeur des instruments
remis en paiement (qui est la traduction du prix d’acquisition) est le goodwill. Le goodwill devra être déprécié
(c’est ce qu’on appelle l’ «impairment ») si les résultats attendus ne se matérialisent pas.
L’acquisition de l’entreprise est le seul événement de sa vie sociale qui amène à évaluer l’ensemble des
éléments d’actif et de passif identifiables à leur juste valeur.
Lors d’une acquisition « en cash », le prix payé est le montant des espèces remises.
Lors d’une prise de contrôle payée par échange avec des actions émises par l’acquéreur ou remises par celui-ci (par
exemple, des titres d’une société filiale), le prix payé est la juste valeur de ce qui est remis en paiement,
généralement appréciée par référence au cours de bourse avant l’opération.
Une longue polémique comptable a eu lieu dans les années 2000 sur le traitement comptable du goodwill :
convenait il de s’en «débarrasser » immédiatement en l’imputant sur les capitaux propres ou en le passant en
charges ?
Fallait-il le déprécier uniquement en cas de difficulté économique, ou bien l’amortir dans le temps de façon
systématique en constatant une charge linéaire au compte de résultats ?
Si oui, quelle période retenir, afin de permettre la comparaison entre les entreprises ?
Les USA pratiquaient jusqu’alors une durée forfaitaire de 40 ans, les Européens des durées allant de 5 à 20 ans...
L’imputation immédiate en charges ou en diminution des capitaux propres a été écartée en 2002, considérant que
l’écart d’acquisition ne correspond pas à un « cadeau » fait aux actionnaires cédants de la cible (sauf cas très rares
d’une transaction faite à des conditions anormales).
La méthode du « pooling of interests » (mise en commun d’intérêts, qui était utilisable sur option lorsque la prise
de contrôle se fait par échange d’actions) a donc été abandonnée.
Elle subsiste dans les normes françaises de consolidation sous l’appellation de méthode dérogatoire.
L’amortissement linéaire du goodwill, s’il présente l’avantage (selon certains) de réduire progressivement le
montant résiduel au bilan, ne dispenserait pas de procéder en plus à un test d’impairment régulier pour s’assurer
que sa valeur nette comptable n’est pas supérieure à la valeur réalisable.
Le problème de l’impairment ne serait donc pas réglé par le recours à un amortissement systématique, surtout si
une période longue était retenue à cet effet.
Et quelle serait la justification économique d’amortir rapidement le coût d’un investissement dont, dans bien des
cas, le retour ne se matérialisera que sur une longue période ?
Enfin, pourquoi amortir systématiquement le coût d’un investissement à durée de vie indéterminable et dont la
valeur peut en réalité s’accroitre ?
Les normalisateurs comptables FASB et IASB (Norme IFRS3) ont donc décidé que le goodwill ne serait plus
amorti mais ferait l’objet, à la clôture de chaque période comptable, d’un test comparant la valeur comptable avec
la valeur économique (comprise comme étant la somme actualisée des cash flows futurs sur un horizon de
prévision propre à l’entreprise, majorée d’une valeur résiduelle).
En cas de différence négative, une perte de valeur est comptabilisée au compte de résultats.
Les Règlements comptables français CRC 99-02 et CRC 99-07 ont été alignés sur les normes internationales.
Une autre décision a été prise par l’IASB lors d’une modification récente de la norme :
Les frais et commissions payés aux intermédiaires lors d’une acquisition ne sont plus considérés comme faisant
partie du coût de l’entreprise achetée, mais comme une dépense engagée par l’acquéreur :
Donc, il n’y a pas de justification à les ajouter au montant du prix payé (c’est à dire la valeur de ce qui a été remis
aux actionnaires anciens de la société cible) et ainsi d’augmenter mécaniquement le goodwill. Plusieurs directeurs
financiers, après avoir initialement réagi de façon négative à cette décision, qui allait détériorer les résultats de leur
société en cas d’opération de croissance externe, m’ont ensuite dit qu’ils trouvaient « plus sain » de faire apparaître
ces frais et commissions comme ce qu’ils sont réellement, des charges, plutôt que de les noyer au sein du goodwill.
Enfin, je dois signaler que toutes les normes émises par l’IASB depuis 2005 doivent faire l’objet, trois ans après
leur entrée en vigueur, d’une revue dite « post implémentation » pour vérifier que les résultats comptables
présentés en application de la norme répondent, en réalité et au vu de l’expérience, aux objectifs qu’avait fixé
l’IASB.
La norme IFRS 3 fera donc l’objet d’un tel examen, qui débutera à la mi-2013. 21
Critique 8
Les instruments financiers seront bientôt en « full fair
value » ce qui accroitra la volatilité des résultats
Dans les travaux préparatoires7 de la norme IFRS 9 (publiée à la fin de l’année 2009, pour mise en application à
compter du début de 2015, en remplacement de la norme IAS 39), la généralisation de la juste valeur pour mesurer
les instruments financiers n’a été évoquée que comme une possibilité théorique permettant de simplifier à
l’extrême la comptabilisation des actifs et passifs financiers.
Dès le départ, l’IASB était bien conscient que cette idée ne rencontrerait pas un grand soutien, même si certains
organismes représentant les investisseurs (par exemple le CFA Institute) soutenaient cette solution. Rapidement,
l’IASB, comme le normalisateur américain, a décidé de conserver un modèle mixte pour la mesure des actifs
financiers. Les passifs financiers resteront au coût historique, sauf application d’une option juste valeur dans
certains cas très restreints.
Les instruments dérivés (swaps, options, etc…) resteront, comme sous IAS39, évalués à la valeur de marché
puisqu’ils n’ont généralement pas de coût d’entrée et que seule leur valeur de marché est susceptible de refléter
fidèlement le risque financier pour l’entreprise contractante. Mais l’IASB a maintenu, tout en les améliorant, les
dispositifs de comptabilité de couverture (« hedge accounting ») visant à neutraliser la volatilité induite par le «
mark-to-market » des dérivés, dès lors que leur utilisation répond à une stratégie de couverture des risques.
S’agissant des actifs financiers, le coût historique amorti demeure le modèle comptable applicable pour ceux qui
sont émis, ou acquis, en vue de recouvrer par voie d’encaissement dans le temps un capital et des intérêts
contractuels.
Les actifs bancaires « classiques » (prêts et créances) et les portefeuilles de placements obligataires détenus
jusqu’à leur échéance, qui représentent l’essentiel du bilan d’une banque, restent donc classés et évalués au
coût historique, dès lors que l’intention de l’établissement est de les porter dans son bilan.
Les actifs financiers structurés ou complexes, qui génèrent des cash flows ne dépendant pas seulement du capital et
d’intérêts contractuels représentatifs de la valeur temps de l’argent et du risque de crédit, sont évalués en juste
valeur par compte de résultats.
En effet, la comparaison avec les cash flows futurs, nécessaire pour déterminer les éventuelles provisions pour
dépréciation, ne peut se faire sur la base du capital et des intérêts car ils sont modifiés de façon importante par les
dérivés incorporés au contrat.
Mais l’IASB propose aussi, dans l’exposé-sondage publié fin 2012, de créer une troisième catégorie comptable
évaluée à la « juste valeur par capitaux propres » (« Fair value through OCI ») afin de supprimer une différence
importante avec les dispositions des normes américaines et de prendre en compte l’interaction entre la
comptabilisation des instruments financiers détenus par les entreprises d’assurance et le mode de mesure proposé
pour leurs passifs d’assurance.
Pour les banques comme pour les assurances, cette catégorie concernerait les portefeuilles obligataires détenus soit
en vue d’être conservés, soit comme réserve de liquidité.
Il s’agit donc bien de refléter le « business model » de l’entreprise, tout en fournissant les deux types
d’information utiles : juste valeur des instruments au bilan, produits d’intérêts et dépréciations au compte de
résultat. Le lien comptable entre les deux jeux d’informations serait fourni par le résultat d’ensemble (Other
Comprehensive Income - OCI).
Il est important de rappeler ici que le traitement prudentiel en termes de capital réglementaire ne relève pas de
la responsabilité ni de la compétence de l’IASB.
Enfin, la convergence entre normes IFRS et US GAAP applicables aux instruments financiers, ainsi que leur
simplification, est une des priorités fixées aux deux normalisateurs par les sommets successifs du G20, et reste
d’actualité
Critique 9
La « juste valeur » se définit toujours comme une « valeur
de marché » même quand les marchés sont illiquides
Publiée en réponse aux interrogations apparues pendant la crise financière de 2008, face à des marchés illiquides,
c’est la Norme IFRS 13 qui décrit précisément le concept de juste valeur et les modalités de sa mise en œuvre.
Elle s’applique lorsqu’une autre norme IFRS requiert (ou permet) l’application de la juste valeur ; elle n’étend
donc absolument pas le champ d’application de la juste valeur en comptabilité.
La juste valeur n’est pas toujours identique à la valeur de marché, même si l’estimation d’une juste valeur par
le recours à un modèle mathématique doit toujours privilégier l’utilisation de données observables.
La juste valeur se définit comme le prix qui serait perçu à l’occasion de la vente d’un actif, ou le prix qui serait
payé pour transférer une dette, dans le cadre d’une opération conclue à des conditions normales entre des
intervenants de marché, à la date de l’évaluation.
Il s’agit donc d’un prix de sortie.
La technique d’évaluation à utiliser dépend de chaque contexte, et cite trois approches possibles : par les revenus,
par le marché, par les coûts.
Pour les instruments financiers, la juste valeur est donc un prix de marché, soit observé quand des cotations sont
disponibles, soit estimé à partir de données économiques.
Les modèles utilisés à cette fin ne sont pas prescrits par la norme.
Lorsqu’il y a une diminution importante du volume de transactions sur le marché, telle que la valeur observée ne
reflète plus le prix qui résulterait d’une transaction conclue dans des conditions normales, un examen plus
approfondi de ces transactions est nécessaire et un ajustement du prix doit éventuellement être opéré.
S’agissant d’un actif autre que financier, une mesure de la juste valeur doit refléter la capacité des participants à
une éventuelle transaction, à générer des bénéfices économiques en utilisant cet actif dans les meilleures conditions
possibles (« highest and best use »).
Cette utilisation doit être :
- Physiquement possible, compte tenu des caractéristiques de l’actif qui seraient prises en compte pour la
détermination d’un prix (par exemple, l’emplacement d’une propriété),
- Légalement autorisée (un terrain en zone constructible n’a pas la même valeur qu’un terrain en zone non
aedificandi)
- Financièrement réalisable, compte tenu des coûts de transformation éventuels nécessaires pour réaliser le projet.
Cette utilisation optimale est appréciée du point de vue d’un acteur indépendant de l’entreprise, même si celle-ci a
l’intention d’utiliser l’actif en question d’une autre façon.
Cependant, la norme présume que l’utilisation actuelle est l’utilisation optimale, sauf lorsqu’il existe des
indications (prix de marché ou autre facteur) démontrant qu’un usage différent par un autre acteur maximiserait la
valeur de cet élément d’actif.
On peut penser à un immeuble industriel qui pourrait être reconverti en immeuble d’habitation.
La Norme IAS 36 qui traite des provisions pour pertes de valeur d’actifs non financiers définit la valeur
recouvrable comme la plus haute des deux valeurs suivantes :
Valeur d’usage ou valeur de cession possible (juste valeur déterminée en application d’IFRS13) moins les couts à
supporter pour la vente. 24
Critique 10
Les IFRS créent une volatilité comptable qui ne reflète
pas la réalité économique
L’IASB pense qu’il n’est pas approprié de cacher, ou d’atténuer artificiellement, la volatilité des résultats quand
cela reflète les conditions économiques réelles.
Les utilisateurs des comptes doivent voir cette volatilité mise en évidence, afin de bien comprendre la situation
financière d’une entreprise.
Il s’agit de mettre en évidence les aspects du business qui créent, ou sont soumis à, la volatilité et comment les
différentes composantes de la performance financière d’une entreprise sont significatives pour évaluer le montant,
la date de réalisation et le degré d’incertitude des cash flows futurs de l’entreprise.
Une référence systématique au coût historique aurait en réalité des effets pervers, en masquant l’étendue des
risques encourus et en occultant la réalité des cycles économiques.
C’est la raison pour laquelle les investisseurs et les régulateurs des marchés financiers soutiennent8 de façon
générale l’utilisation de la juste valeur pour les instruments financiers, au moins pour ceux qui sont destinés à être
cédés.
Les leçons tirées de la volatilité dépendent de la stratégie (et du sang froid) des acteurs (dirigeants et utilisateurs des
comptes) et des règles prudentielles, pour les intermédiaires financiers.
Les constatations comptables ne sont qu’un élément de la prise de décision et il n’est pas équitable de faire porter
au thermomètre la responsabilité de la fièvre et des décisions prises pour y faire face.