Agrégation interne de
Mathématiques
(et CAERPA)
Session 2009
Deuxième épreuve écrite
–2–
– NOTATIONS ET PRÉLIMINAIRES –
• On désigne par R le corps des nombres réels et par C le corps des nombres complexes.
• Si f est une fonction dérivable sur un intervalle de R, on note indifféremment f 0 ou D(f ) ou
simplement Df sa fonction dérivée. De même, pour n entier naturel supérieur ou égal à 1, on note
Dn f sa fonction dérivée nème . On convient de poser D0 f = f .
• On désigne par L∞ l’espace vectoriel des fonctions continues sur R, à valeurs complexes et bornées
sur R. Pour f ∈ L∞ , on pose kf k∞ = supx∈R |f (x)|.
• On désigne par L1 l’espace vectoriel des fonctions f continues sur R, Rà valeurs complexes et
intégrables sur R. Pour toute fonction f de L1 , on écrira indifféremment R f (x) dx ou R f pour
R
R +∞ R +∞
désigner −∞ f (x) dx. On définit une norme sur cet espace en posant kf k1 = −∞ |f (x)| dx .
• On dit qu’une fonction f est de classe C 1 si elle dérivable en tout point de R et si sa dérivée f 0
est une fonction continue.
• Les espaces vectoriels S et S 0 sont définis au début des parties III et IV de cet énoncé.
Les candidats sont invités à énoncer précisément les théorèmes d’intégration qu’ils comptent appli-
quer. Ils pourront éventuellement utiliser le résultat suivant qui sera admis :
Soit une fonction u continue sur R2 et telle que :
1. Pour tout x ∈ R, la fonction y 7→ u(x, y) est intégrable sur R, et
R
2. la fonction x 7→ R |u(x, y)| dy est continue et intégrable sur R, et
R
3. la fonction x 7→ R u(x, y) dy est continue sur R, et
4. pour tout y ∈ R, la fonction x 7→ u(x, y) est intégrable sur R, et
R
5. la fonction y 7→ R |u(x, y)| dx est continue sur R, et
R
6. la fonction y 7→ R u(x, y) dx est continue sur R.
Alors u est intégrable sur R2 ; de plus, la fonction y 7→ R u(x, y) dx est intégrable sur R et on a
R
ZZ Z Z Z Z
u= u(x, y) dy dx = u(x, y) dx dy .
R2 R R R R
Les quatre parties s’enchainent logiquement. Chaque question peut être traitée en admettant les
résultats établis dans les questions antérieures.
– Partie I : Transformation de Fourier –
1. Soit f une fonction appartenant à L1 .
(a) Démontrer que, pour tout ξ appartenant à R, la fonction x 7→ f (x)e−2iπxξ est intégrable
sur R.
(b) On définit alors une nouvelle fonction, notée fb, en posant pour tout ξ ∈ R :
Z +∞
fb(ξ) = f (x)e−2iπxξ dx
−∞
Démontrer que la fonction fb est continue, bornée et que l’on a kfbk∞ 6 kf k1 .
–3–
La fonction fb est appelée transformée de Fourier de la fonction f et est notée indifféremment
fb ou Ff . On pourra ainsi considérer F comme une application de L1 dans L∞ .
2. Soient a un nombre réel strictement positif et ϕ la fonction définie sur R par ϕ(x) = e−a|x| .
Vérifier que la fonction ϕ appartient à L1 et calculer sa transformée de Fourier.
3. Soient f et g deux fonctions appartenant à L1 . Démontrer que l’on a R f gb = R fbg.
R R
4. Soit f une fonction appartenant à L1 et telle la fonction t 7→ t × f (t), notée xf , appartienne à
L1 . Démontrer que fb est de classe C 1 sur R et que D(Ff ) = F(−2iπxf ).
5. Soit f une fonction dérivable sur R et telle que f et Df appartiennent à L1 .
(a) Démontrer que f admet des limites nulles au voisinage de +∞ et de −∞.
(b) En déduire que pour tout ξ appartenant à R on a F(Df )(ξ) = (2iπξ)Ff (ξ).
6. Calcul de la transformée de Fourier d’une gaussienne.
2
On considère la fonction γ définie sur R par γ(x) = e−πx .
R
(a) Justifier le fait que γ est intégrable sur R. On admettra que R γ = 1 .
2
(b) Pour tout ξ appartenant à R, on note Ω(ξ) = R e−π(x+iξ) dx. Démontrer que la fonction
R
Ω est constante. Indication : On pourra dériver la fonction Ω, ou bien intégrer suivant un
chemin convenable dans le plan complexe.
(c) En déduire que Fγ = γ .
(d) Soit a un nombre réel strictement positif. Soit la fonction γ a définie par γ a (x) = γ(ax) ;
1
exprimer la transformée de Fourier de γ a en fonction de γ a .
– Partie II : Convolution –
1. On considère deux fonctions f et g continues sur R et à valeurs complexes. Démontrer que si
f et g vérifient l’hypothèse
(H1) f appartient à L∞ et g appartient à L1
alors la fonction y 7→ f (x − y)g(y) est intégrable sur R.
Démontrer que ce résultat est encore vrai si f et g vérifient l’hypothèse
(H2) f appartient à L1 et g appartient à L∞ .
R moins des deux hypothèses précédentes est vérifiée, on définit la fonction f ∗ g
Lorsque l’une au
par f ∗ g(x) = R f (x − y)g(y) dy pour tout nombre x réel.
Cette fonction s’appelle le produit de convolution de f et de g.
2. Démontrer, sous l’hypothèse (H1), que f ∗ g = g ∗ f . Dans toute la suite, l’expression f ∗ g sera
utilisée en supposant que l’une des deux fonctions appartient à L1 et l’autre à L∞ (hypothèses
(H1) ou (H2)).
Démontrer, sous l’hypothèse (H1), que f ∗ g appartient à L∞ et que kf ∗ gk∞ 6 kf k∞ kgk1 .
3. On suppose dans cette question que f et g vérifient l’hypothèse (H1) et que, de plus, f est
dérivable sur R et que Df appartient à L∞ .
Démontrer que f ∗ g est de classe C 1 sur R et que D(f ∗ g) = Df ∗ g.
–4–
4. On suppose que f et g appartiennent à L1 et que l’une au moins des deux fonctions appartient
à L∞ .
(a) Démontrer que f ∗ g est dans L1 et que
R R R
Rf ∗g = Rf × R g.
(b) Montrer que F(f ∗ g) = Ff × Fg.
5. Soit θ une fonction appartenant à L1 et telle que
R
R θ(x) dx = 1.
Pour tout nombre ε ∈ ]0, 1[ on définit la fonction θε par la formule θε (x) = 1ε θ( xε ), x étant un
nombre réel quelconque.
Soit J un segment de R.
Soit f une fonction appartenant à L∞ , on veut démontrer que f ∗ θε converge vers f uni-
formément sur J quand ε tend vers zéro, c’est-à-dire que
lim sup |f ∗ θε (x) − f (x)| = 0 .
ε→0 x∈J
(a) Soit un nombre δ > 0. Démontrer qu’il existe un nombre réel A > 0 tel que
Z −A Z ∞
|θ(x)| dx + |θ(x)| dx < δ .
−∞ A
R
(b) Démontrer, pour tout x réel fixé, que |f ∗ θε (x) − f (x)| 6 R |f (x − εy) − f (x)||θ(y)| dy .
(c) En déduire que
Z A
sup |f ∗ θε (x) − f (x)| 6 2δkf k∞ + |θ(y)| sup |f (x − εy) − f (x)| dy .
x∈J −A x∈J
(d) Conclure en utilisant la continuité de f sur un compact convenablement choisi.
6. Théorème d’inversion de Fourier.
2 2
(a) Soit x ∈ R (x fixé). Soit ε > 0, et soit Φε la fonction définie par Φε (ξ) = e2iπxξ−πε ξ
pour tout ξ appartenant à R. Vérifier que cette fonction appartient à L1 et exprimer sa
transformée de Fourier à l’aide de la fonction γε définie par γε (y) = 1ε γ( yε ) (la fonction γ
a été définie en I.6).
(b) Soit une fonction f de l’espace L1 ; on note G(f ) la fonction définie par G(f )(ξ) = Ff (−ξ)
pour tout ξ appartenant à R ; on peut ainsi considérer G comme une application de L1
dans L∞ .
On suppose que f est aussi dans L∞ et que Ff est intégrable sur R.
Démontrer alors que f = G(fb).
R R
Indication : on pourra écrire R Φε (ξ)fb(ξ) dξ = R Φ
cε (y)f (y) dy, puis faire tendre ε vers
zéro, et utiliser la question II.5.
Dans la suite la transformation G sera parfois notée F −1 .
–5–
– Partie III : Espace S –
On dit qu’une fonction f de variable réelle et à valeurs complexes est à décroissance rapide si f est de
classe C ∞ et que pour chaque couple d’entiers naturels (α, β) la fonction x 7→ xα Dβ f (x) est bornée
sur R (on rappelle que Dβ désigne l’opérateur de dérivation d’ordre bêta).
Pour simplifier les choses, on notera xα Dβ f la fonction x 7→ xα Dβ f (x).
Enfin, on note S l’espace vectoriel des fonctions à décroissance rapide.
1. (a) Démontrer que pour toute fonction f ∈ S et pour tous entiers naturels m, α, β, la fonction
x 7→ (1 + |x|m )xα (Dβ f )(x) est bornée sur R.
(b) En déduire que la fonction xα Dβ f appartient à L1 (en particulier, on a S ⊂ L1 ).
(c) Vérifier que le produit de deux fonctions de S est aussi dans S.
2. Topologie de S.
Pour tout entier n ∈ N et toute fonction f ∈ S on pose
pn (f ) = max sup |x|α |Dβ f (x)| .
06α6n x∈R
06β6n
(a) Soient f et g deux fonctions de S. Démontrer l’inégalité pn (f + g) 6 pn (f ) + pn (g).
x
(b) On définit une fonction, notée σ, qui à x > 0 associe σ(x) = 1+x . Démontrer que σ est
croissante, bornée et vérifie σ(x + y) 6 σ(x) + σ(y) pour tous x, y positifs.
∞
1
P
(c) Étant données deux fonctions f, g de S on pose d(f, g) = 2n σ pn (f − g) . Démontrer
n=0
que d est une distance sur S et que cette distance est invariante par translation.
L’espace S sera désormais muni de la topologie définie par cette distance.
(d) Démontrer qu’une suite (fi )i∈N de fonctions de S converge vers 0 (la fonction nulle) pour
la topologie définie par la distance d (ce qu’on pourra noter fi → 0) si, et seulement si,
S
pour chaque couple (α, β) ∈ N2 on a
lim sup |x|α |(Dβ fi )(x)| = 0 .
i→∞ x∈R
(
f 7→ f
En déduire que l’application I : est continue.
S → L1
3. Soient f et g deux fonctions de S. Démontrer que f ∗g est de classe C ∞ , puis que f ∗g appartient
à S.
4. Transformation de Fourier dans S.
(a) Soit un élément f de S et un entier α. Démontrer que Dα (Ff ) = Fg, où la fonction g
est définie par g(x) = (−2iπx)α f (x) pour tout x appartenant à R (ce qu’on peut aussi
écrire à l’aide de la notation introduite en I.4 : g = (−2iπ)α xα f ).
(b) Démontrer, pour tout nombre réel ξ, la formule :
F(Dα f )(ξ) = (2iπξ)α Ff (ξ) .
(c) En déduire que si f appartient à S, alors fb appartient aussi à S.
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(d) Démontrer que l’application f 7→ fb est continue de S dans S (toujours au sens de la
topologie définie par d).
Par abus de langage, on notera encore F cette application.
5. Inversion de Fourier dans S.
Démontrer que la transformation de Fourier F établit une bijection de S sur lui-même, admet-
tant pour bijection réciproque la restriction de G à S.
Par abus de langage, on notera encore, dans ce nouveau contexte, G = F −1 .
– Partie IV : Espace S 0 –
On note S 0 le dual topologique de S, c’est-à-dire l’ensemble des applications linéaires continues de S
dans C (S étant muni de la distance d définie au III.2.c).
1. Quelques exemples.
(a) Soit δ la forme linéaire définie par δ(f ) = f (0) pour f ∈ S. Démontrer que δ appartient à
S 0.
(b) Soit u une fonction continue par morceaux, R intégrable sur R ou bornée. Démontrer, dans
chacun de ces deux cas, que l’intégrale R uf R a un sens ; en déduire qu’on définit bien un
élément de S 0 , noté Tu , en posant Tu (f ) = R uf pour f appartenant à S.
On utilisera cette notation Tu dans toute la suite du problème.
2. Construction d’opérateurs sur S 0 .
Pour construire d’autres éléments de S 0 on procède de la manière suivante. On se donne tout
d’abord une application linéaire continue de S dans S, notée L. On suppose qu’il existe une
application linéaire continue L0 de S dans S telle que pour toutes fonctions f et g de S on ait
0 0
R R
R L(f ) g = R f L (g) . On admettra que, dans ces conditions, l’application L est unique.
0
Enfin, pour tout élément T de S on pose L(T ) = T ◦ L . 0
Justifier le fait que L est une application linéaire de S 0 dans lui-même.
3. Dérivation dans S 0 .
(a) On choisit d’abord L = D (opérateur de dérivation). Vérifier que la question IV.2 s’ap-
plique bien à cet opérateur et expliciter L0 .
(b) Donner alors l’expression de D(T )(f ) pour T ∈ S 0 et f ∈ S.
(c) On choisit à présent L = Dα , pour α ∈ N, α > 2. Expliciter L0 et L(T )(f ) pour T ∈ S 0 et
f ∈ S.
(d) Soit Y la fonction définie sur R par Y (x) = 1 pour x > 0 et Y (x) = 0 pour x < 0.
Démontrer que D(TY ) = δ (avec les notations δ et TY introduites en IV.1).
4. Multiplication par des fonctions dans S 0 .
On dit qu’une fonction P de classe C ∞ est à croissance lente si pour tout entier β > 0 il existe
un entier α > 0 et deux nombres réels M et N tels que |Dβ P (x)| 6 (M + N |x|α ) pour tout x
réel.
Soit L l’opérateur défini sur S par : L(f )(x) = P (x) × f (x) (avec f ∈ S, x ∈ R).
Démontrer que L satisfait aux hypothèses de la question IV.2, et préciser l’expression de L0 et
de L(T )(f ) pour T ∈ S 0 et f ∈ S.
L’élément L(T ) de S 0 sera noté P × T dans la suite.
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5. Transformation de Fourier dans S 0 .
(a) Démontrer que l’application L définie, pour f ∈ S, par L(f ) = fb (soit L = F) vérifie les
hypothèses de la question IV.2 ; donner l’expression de L(T )(f ) pour T ∈ S 0 et f ∈ S.
L’élément L(T ) de S 0 sera noté dans la suite Tb ou indifféremment F(T ).
(b) Donner une définition analogue pour l’application G (voir question II.6), et démontrer que
G réalise une bijection de S 0 sur lui-même, dont la réciproque est F (voir la question III.5).
(c) On se donne une fonction u ∈ L1 . Démontrer que l’on a F(Tu ) = TF (u) .
(d) Démontrer que F(δ) = T1 , où 1 désigne la fonction constante égale à 1 sur R, puis que
G(δ) = T1 .
6. Soit un entier α > 0. On définit deux fonctions P et Q par P (x) = (−2iπx)α et Q(x) = (2iπx)α
pour tout x réel. Soit T appartenant à S 0 ; démontrer les relations
Dα (F(T )) = F(P × T ) et F(Dα (T )) = Q × F(T ) .
7. Équation différentielle −D2 U + U = δ.
Chercher, au moyen de la transformation de Fourier et des résultats de la question I.2, quelles
sont les solutions U ∈ S 0 de l’équation différentielle −D2 U + U = δ .
FIN DU SUJET